DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE IX
Si les circonscriptions de ces groupes varient suivant les naturalistes, ils sont généralement admis dans l’ordre de généralité où nous en parlons.
Évidemment, conformément aux idées de M. Guizot, aucune expression synonyme ne leur est applicable ; ce qu’on appelle synonymes en histoire naturelle, sont les noms divers que les savants ont donnés à des individus ou aux différents groupes dans lesquels on les a classés.
256. M. Guizot ne professe pas l’opinion absolue de Dumarsais, à savoir que, dans une langue bien faite, il n'y a pas de synonymes ; en évitant de se prononcer dans un sens ou dans l’autre, il agit conformément à la méthode a posteriori expérimentale ; et après y avoir mûrement réfléchi, j’accepte la réserve de M. Guizot et je ferai quelques remarques parlant en sa faveur.
257 . N’y aurait-il pas un progrès accompli si des mots usités sans avoir été définis rigoureusement faute de connaissances spéciales précises , recevaient ultérieurement du progrès de la science des sens déterminés qui ne permettraient plus de les employer indifféremment l’un pour l’autre ?
Je cite un fait personnel pour la clarté de ma pensée. La sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française de i835 définit les mots nuances et ton en peinture, de manière qu’on puisse employer l’un pour l’autre ; j’ai pensé, au contraire, qu’il y aurait avantage à les distinguer l’un d’avec l’autre; en conséquence, j’emploie le mot ton exclusivement pour distinguer la modification qu’une couleur reçoit exclusivement du blanc ou du noir qui la modifie en clair ou en brun, et j’emploie le mot nuances pour
distinguer des couleurs voisines les unes des autres d’avec des couleurs qui ne le sont pas. Dans mes cercles chromatiques, les tons d’une même gamme de couleur se trouvent sur un des rayons du cercle, tandis que les nuances sont des gammes voisines comprises dans un arc du cercle chromatique d’une faible étendue.
Le cas que je viens de citer est particulier, et je pense que, à aucune époque, il soit donné à un homme d’imposer, non plus à quelques mots, mais à un ensemble nombreux de synonymes des sens individuels, de manière que chacun d’eux ne pourrait être plus tard employé qu’avec le sens qu’il lui aurait attribué.
Je combats depuis longtemps l’expression d 'homme complet, par le fait de mon observation personnelle qu’un homme complet n’existe point et qu’un être complet ne serait plus un homme, mais un être divin.
Je n’estime une nation comme civilisée que par la considération qu’elle attache aux qualités morales des hommes et à leurs qualités intellectuelles en quoi que ce soit ; or, pour moi, la part d’un seul individu, homme, quelle que soit l’élévation de son intelligence, de son génie même, n’a fait à une époque donnée, pour ses semblables, ce que ses semblables qui l’ont précédé dans la vie ont fait pour l’humanité; en définitive, je crois qu’en toutes choses la société ne doit ses grands progrès qu’à quelques grands hommes, mais qu’aucun d’eux ne peut être qualifié à’ homme complet.
Conséquemment à cette manière de voir, ce que je refuse à un seul homme, quelle que soit la distinction deson esprit, je le refuse même à une association de quelques