Contraste mixte
Le contraste mixte commence par le contraste successif, mais il présente un fait de plus.
Voici la manière de s’en faire Une idée parfaitement
juste.
L’observateur ferme l’œil gauche, et de l’œil droit il regarde durant une minute une feuille de papier vert. Durant ce temps, l’image, après avoir gagné de la netteté dans la première moitié de la minute, en perd ensuite : évidemment, l’œil semble fatigué ; si alors l’œil droit se porte sur une feuille de papier bleu d’une grandeur égale à la feuille verte, il la voit non pas verte, mais violette. Il en acquiert la certitude en fermant l’œil droit, et, en ouvrant l’œil gauche qui n’a pas vu le papier vert, la feuille bleue lui paraît bleue ; il referme l’œil gauche en ouvrant l’œil droit, la sensation du violet, quoique affaiblie, existe encore. En regardant alternativement des deux yeux, il arrivera un moment où il la verra bleue, c’est-à-dire de la couleur dont elle est réellement : je suppose que le spectateur aies yeux égaux.
Pourquoi ai-je nommé ce contraste mixte ? C’est qu’en réalité il commence par être successif, mais il finit par
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être mixte, puisqu’en dernier lieu la sensation est le résultat d’une première vision qui a prédisposé l’œil à voir dans le temps suivant sa complémentaire, et qu’en définitive il voit une couleur mixte, résultante de cette complémentaire avec la couleur propre à l’objet qu’il voit en dernier lieu.
ig. A quelles conclusions conduit cette introduction ? A celles-ci incontestablement.
Après avoir pris pour guide dans la distinction des couleurs :
i° L’Optique de Newton, j’ai admis conformément aux expériences qu’il dit avoir faites,
Que chaque rayon de couleur rouge, ou orangée, jaune, verte, bleue, violette a trois propriétés qui le caractérisent individuellement, parce qu’elles lui sont inhérentes, la reflexibilité, la réfrangibilité et la propriété active, cause de la couleur qui se développe en nous lorsque nous en recevons l’impression nette.
Newton, en faisant cette distinction, a émis pour les rayons colorés de la lumière, un principe que j’ai généralisé en distinguant la catégorie des propriétés organoleptiques, de celles des propriétés physiques et des propriétés chimiques .
Je n’ai point cru devoir admettre deux genres distincts de rayons indigo et de rayons violets.
2° Le principe sur lequel repose l’admirable polariscope d’Arago, instrument que tous les amis de la méthode a posteriori ne doivent jamais perdre de vue, ni trop louer parce qu’il offre à la fois X expérience afin de connaître l’inconnu au moyen de X analyse et de la synthèse, en prouvant que l’analyse n’a point erré; aussi n’ai-je point hésité
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à admettre en principe que le rouge et le vert , le jaune et le violet , le bleu et l'orangé sont mutuellement complémentaires.
3° Tous les physiciens, enfin, qui, comme Arago, ont adopté les mêmes couleurs complémentaires en les fondant sur les expériences démonstratives du grand Newton.
20. Le bleu, ainsi que Thomas Young l’a prétendu, et comme un certain nombre de physiciens et de physiologistes contemporains le pensent, peut-il être considéré comme un composé de vert et de violet ? Je ne le pense pas d’après les expériences suivantes qui s’expliquent parfaitement à mon sens dans l’opinion la plus ancienne.
On dispose un cercle de manière qu’une moitié ait un 2 vert 9 ton, et l’autre moitié un 2 violet 12 ton (1).
Le cercle en mouvement rapide présente, le 3 vertjjton 8,5, puis le 5 vertj-; ton 7.
Le mouvement se ralentissant, le moire apparaît, le violet rougit de plus en plus et le vert augmente de ton peu à peu, en jaunissant conformément à la loi du contraste simultané, le bleu commun aux deux couleurs diminuant dans chacune d’elles, le contrasté devient de plus en plus magnifique.
Cette expérience me paraît donc ce qu’elle doit être, dans les idées de Newton et dans les miennes.
J’ajouterai cju’en se servant d’un cercle de 37 centimètres de diamètre, le mouvement initial peut être assez faible pour ne pas apercevoir le 3 vert ni le 5 vert qui lui
(1) Papiers peints. Le cercle a un diamètre de 14 centimètres.
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succède. On aperçoit immédiatement l’augmentation du rouge dans le violet.
21. Grâce aux travaux que j’ai présentés à l’Académie dans la séance du 22 d’avril 1878 sur un moyen bien simple de développer la complémentaire d’une couleur occupant la moitié d’un cercle partagé par une ligne diamétrale, l’autre moitié étant blanche et paraissant colorée de la couleur complémentaire par un mouvement convenable du cercle sur un axe qui lui est perpendiculaire ; j’ai pu donner aux contrastes de couleur, le simultané, le successif et le mixte, une intimité qu’ils n’avaient point; et, grâce à cette intimité démontrée, il sera désormais impossible de prétendre que le rouge et le vert, le jaune et le violet, et le bleu et l’orangé ne sont pas complémentaires, et dès lors de prétendre encore que les couleurs fondamentales sont le rouge, le vert et le violet, et enfin que le jaune est formé de rouge et de vert, et le bleu de vert et de violet.
22. Il y a plus enfin : je serais bien étonné si, en approfondissant le sujet que je. viens d’exposer qui, Dieu merci, n’est qu’une extension de mes travaux antérieurs, on 11e parvenait pas à faire rentrer les trois contrastes de couleur dans un principe général, unique (IIe partie).