Indigo (indigo blanc, indigotélne
Les réactions auxquelles donne lieu l’indigo hlou dansquclques circonstance» parlaitement définies, pourront un jour fournir la clef de bien des phénomènes chimiques quo présentent les matières colorées. Au nombre «les principes les plus intéressant» à coup sûr, on pout pincer la fécale bleue fournie pur les plantes du genre indigo fera.
On rencontre dans le commerce, sous le nom d’indigo, le produit d’une préparation spéciale à laquelle on soumet les feuilles de certaines plantes. Los pains cubiques que la consommation reçoit sont un composé très-variable daus lequel l'indigo bleu domino; il entre au moins pour 50 pour 400 du poids de la matière brute.
Nous renvoyons à l’article wmoo de ce Dictionnaire pour ce qui concerne l'Histoire de co produit, sa préparation, -es débouchés, les variétés que l'industrie roncontre; nous chercherons dans ce travail à faire connultre, surtout au point «le vue chimique, les
caractères de l'indigotine et sa composition de laquelle résulte la méthode employée pour son application à l'art do lu teiuturc. L'indigotine n'est autre chose quo le principe utile de l’imligo; elle est insoluble et ne prend par elle-même aucune adhérence à l'étoffe; il faut l'appliquer à l’état soluble ; c'est sous certaines influences réductrices que l'indigo bleu se transforme en indigo blanc, forme sous laquelle il se dissout.
Indigo blanc. — Lorsqu'on traite sur les côtes de Coromandel les végétaux qui renferment de l’indigo, c’est toujours des feuilles sèches qu'on l'extrait; on fait infuser pendant deux ou trois heures les feuilles concassées, on passe la dissolution à travers un titou peu seiré, on bat la liqueur et on ajoute environ 48 litres d’eau de chaux pour 400 kilug. de feuilles sèches. On agite pendant quelques minutes; enfin on laisse déposer. Quand le dépôt est formé, ou décante ; on lave avec un peu d’eau bouillante et ou met à égoutter sur une. toile le dépôt lavé. On soumet alors l’indigo pôtcnx à l’action d'uno presse, puis on coupe la masse en morceaux cubiques qu'on dessèche & l’air; chacun de ces morceaux peut peser 90 grammes.
L'indigo n'existe donc pas tout formé dans les plantes; il sc trouve à l’état soluble, incolore et peut-être même à l’état plus complexe, sons forme d’une matière analogue à la lécanorine du lichen, susceptible de se dédoubler dans l'enu en indigo blanc et d’autros produits : c'est alors l'indigo blanc qu'il conviendrait de désigner sons le nom d'mrfii/oiin<.
Quoi qu'il en soit, lorsqu’on ajoute à la dissolution de l’indigo blanc un excès de chaux, on détermine la formation d’un sel de clianx qui se précipita. Ce sel absorbant l’oxygène do l'air passe petit à petit à l’état «l'indigo, bleu qu'il conviendrait de dénommer indigotéine. Ij* chaux, devenue libre, te trouve dissoute dans l’eau ou précipitée sous forme de carbonate de chaux.
I'our «ibtenir à l’état do pureté l’indigo blanc, il sera-.t difficile de le prendre directement dans les feuilles.
Comme on connaît les conditions dans lesquelles l'indigotéino se décolore, c’est à cette source qu’on doit nller la puiser. Et en effet, lorsqu’on place dans un petit tonneau d'environ 400 litres de capacité du sulfate de 1er, de la chaux et 500 grammes d’indigo bleu, on aperçoit une décoloration complète de la masse : on verso le liquide tiède au commencement de l'opération dans des flacons chargé» d'rcide carbonique pour éviter le contact de l'air; quand le» flacons sont à peu près pleins, on y verse de l'acide chlorhydrique étendu et bouillant, de manière à les remplir tout à fait de li-. quide : on bouche les flacons, et pour le* conserver on les immerge complètement dans l’eau.
Dès qn'on a versé l’acide chlorhydrique, l'iudigo blanc se précipite en flocons d’un blanc sale ; laissçt-ou le flacon h l'air, celui-ci péuètre peu à peu, et l'indigo passe au vert sale, puis au bleu dans sa partie supérieure. lorsque l’indigo blanc s'est déposé, on jette le tout sur des filtres placés dans un entonnoir «hui» lequel circule ou «le l’hydrogène ou de l’acide carbonique. On lave avec do l’eau bien dépôt! ÜJéa d’air et complètement refroidie. Ou dessèche l'indigo dans lo vide d'une machine pneumatique; après la dessiccation complète, on remplit l'appareil d'acide carbonique.
Préparé comme nous venons do le dire, l’indigo blanc est uue poudre solide, oristallino , fibreuse, soyeuse, plus dense quo l'eau, inodore et sans saveur ; insoluble dans l'eau, il est solublodans l'alcool et dans l’é'her qu’il coloro en jaune : il no s’unit pus avec les acides faibles. Le* alcalis, c'est-à-dire la pota*.-.o, la soude, l’ammoniaque, la chaux, la baiyie, la stroutiane, la magn&ie forment des dissolutions qui, saturées «l'indigo blanc, sont complètement solubles. Mais si l’on ajoute, au contraire, un excès de chaux, il se
TEINTURE
TEINTURE
forme un sel insoluble ; par double décomposition, on forme des indigotures insolubles avec les sels qui contiennent de l'alumine, du protoxyde de fer, de l’étain, du plomb, du cobalt et du manganèse. Ces composés, généralement blancs, bleuissent à l'air. L'iudigoture d'étain seul donne de l’indigo par sublimation. Le sulfate de protoxyde de fer qu’on verse avec précaution dans une dissolution d'indigo blanc, produit un dépôt noir qui devient bien par un excès de sulfate. L’indigo blanc, soumis à la chaleur, devient bientôt d'un pourpre foncé. Chauffé dans le vide, il- se décompose sens développer de gnz; il se produit de l’eau, de l'indigo bleu et du charbon.
Les acides concentrés l’attaquent promptement. L’acide snlfurique fumant le dissout instantanément, la dissolution est pourpre; l’acide nitrique la fait virer nu bleu; l’acide nitrique concentré altère l’indigo hlanc qui bleuit rapidement. Au reste, l’indigo blanc devient instantanément bien dans l:ean aérée; il se fait de VhutiyotHnê par une absorption d’oxygène, d’autant plus rapide que la masse est plus divisée.
tndvptriur . — L’îndigobleu, suffisamment pur pour la plupart dos recherche», se prépare en pulvérisant l’indigo du commerœ pour le laver successivement à l’eau bonillante.h l’alcool bouillant, àl’eau acidulée par l’acide chlorhydrique également bouillante. Le résidu est presque & VétAt de purdté. L’indigo bleu tout à fait pur s'obtient ou par voie humide ou par sublimation. Pan» le premier cas on part de l'indigo blanc qu'on transforme par l’oxydation à l'air libre en indigo bleu, L’indigo régénéré, bienTlavé et séché, est épuisé par l’alcool qui le débarrasse du rouge d’indigo, et par le sulfure de carbone qui le dépouille du soufre libre provenant du sulfure de calcium qui l’accompagne presque toujours. En effet, la réaction des matières organiques sur le sulfate de chaux forme du sulfure de calcium que l’acide chlorhydrique décompose avec dépôt de soufre.
Lorsqu'on soumet h l’action d'une douce chaleur, sous une épaisseur peu considérable, de l’indigo brut couca&sé, on remarque ii'la surface do la couche un lacis de cristaux, qu'on enlève pour les soumettre à un triage attentif. Ces cristaux d’un bleu pourpre constituent l’indigotéine pifre. M. Kopp a proposé la fabrication industrielle du l’iniiigo bleu par voie de sublimation en se servant, pour éviter l’altération du produit, d’un courant de vapeur d’eau surchauffée. Nous nous sommes étendu longuement sur ce »ujet en parlant de son application à l’étude de l'alizarine.
A l’état de pureté, l’indigotéine e6t volatile, elle, présente do magnifiques vapeurs pourpre», lorsqu’on la projette en petits grains sur une plaque métallique convenablement chauffée. Lorsqu'on distille eu vase clos, une partie seule se sublime sans altération, l’autre sc décompose en produisant de l’eau, du carbonate d’ammoniaque, de l'huile’ et des gnz inflammables; il reste un dépôt de charbon. On décompose la vapeur d’indigo par son passage dans un tube de verre dont la température est supérieure au point de volatilisation de cotte matière.
L'air et l'oxygène n’agissent point sur l’indigo bleu, l'eau n'en dissout pas trace; il est insoluble dans l'éther, et l'alcool n’en dissout que fort peu en se colorant en bleu. Les acides faibles sont sans action sur lui toutefois, les acides qui peuvent céder facilement l’oxygène l'attaquent rapidement. L’acide tiitriqno concentré peut l'enflammer par son simple contact; moins concentré, il donne naissance aux acides piçriqut et ■indiyoliq**; plus étendu encore, il détermine l'oxydation de l’indigotéine qn’il transforme en Matins. J/ncide sulfurique concentré dissout l’indigo en prenant une teinte verte; mais h la fin-Jn liqueur devient d’un beau bleu, sans dégagement d'acide sulfureux. L’acide
sulfurique fumant donne un liquide d’tm rouge pourpré.
Les alcalis carbonatés ou caustiques agissent comme les acides faibles L’indigo bleu, délavé dans do la potasse ou de la soude caustique, s'y maintient en suspension et ne so sépare que très difficilement par le repos ou la filtration.
I,e chlore exerce sur l'indigo bleu des actions variées suivant les conditions de l’expérience ; à l’état sec, le chlore et l’indigo no réagissent pas l’un sur l’aufre, ni à une température basse, ni k 100°. Mais vient-on h délayer l’indigo bleu dans l’eau de manière à le r«^ duire en nnc bouillie dans laquelle on fait passer un oourantde chlore, la couleur bleue de l’indigo disparaît, de l’acide chWhydriqne se dissont, et le liquide contient des produits chlorés dérivés de l’isatine.. Le brome, en réagissant pur l'indigo, conduit h des produits en tout semblables aux précédents. Sous l’influence des corps réducteurs, la potasse et le giuqpse, il y a décoloration.
Il est curieux de voir cette décoloration se produire dans de» circonstances tout opposées. M. Wurtz, de Washington, n démontré, vers 1858, quoies dissolu-, tions de peroxyde de fer peuvent décolorer l’indigo ; M. Kuhlmann a présenté* la même observation. Les sels de fer sont ramené» nu minimum. On pourrait tirer parti de ce fart en sc servant des sels de peroxyde de feT comme rongeant de l’indigo.
S» nous cherchons n représenter par des formules la composition de l'indigo bleu et celle de l'intdgo blanc, nous voyons qu'elles ne diffèrent l’une de loutre que par un équivalent d'hydrogène. L’indigo bleu a pour formule O* Hk Az O1, et 1-indigo blanc C“ Hf Az O*. Voyons s’il est possible d’expliquer simplement la transmutation de ces deux corps l'an dans l'autre.
• Ajonte-t-on h l’indigo bleu l'hydrogène qui hir manque, on le transforme en indigo blnnc, qu’on peut représenter par les deux formules (4) et (2)
( (4)C‘« 114 AzO1
C" II1 Az 0! 4- H =3 J ou :
( (2) C14 IP Az 0,TI0.
Quant h l'indigo hlanc, vient-on è le mettre en contact avec l’oxygène, il se forme un oxyde supérieur avec élimination d’un équivalent d’eau, .
(4) C'» H4 Az O1 4- O = C*4 IP A* O3 4- HO . (3) C" IP AzO, no 4- O = C,fl IP Az O3 -f- HO. Le» conditions de l'expérience sont ainsi facilement expliquées Les équation» (3) et f4) rendent compte de la transformation uu contact do l’air de l’indigo blanc ctl indigo bleu, quelle que soit la formule par laquelle ou représenté l’indigo blanc.
Lorsqu’il y a réduction, on explique avec autant dé facilité la formation de l'indigo bleu.
20 gram. de sulfate de protoxyde de fer, auxquels on ajoute 4 0 grain, d’indigo bleu, sont précipités par 1U gr. de chaux; il se forme de l’oxyde de fer qui passe de l'état de peroxyde aux dépens de l’eau ; il en résulte do l’hydrogène qui se porto sur l’indigo bleu directement, ou qui, enlevaut une molécule d’oxygène, fixe un équivalent d'eau.
(6# G* IP Az O3 4- &SS C" U6 AzO»
(6) C'4 JP AzO3 4- H = C'4 IP Az O, HO;
Ce» interprétations sont donc d'accord avec la théorie et la pratique des atelier». Nous aurons plu» tard h les revoir en parlant de la teinture proprement dite.