STYLE BYZANTIN ROMAN
Du vi* au xm* siècle , les arts de la forme jetèrent peu d'éclat : la plastique eut quelque chose de barbare, et 11e se sépara pas de l'architecture; dans les œuvres de cette époque, la beauté naturelle ne fut pas mêlée à l'esprit, a l'aspiration de
SCULPTURE, ORFEVRERIE, l'artiste dans une proportion suffisante. [/asservissement de l'art à des règles invariables ôtait aux productions tout mouvement et toute variété.
« Au xi" siècle, dit M. Bourquelot • (I’atriai, » la statuaire se présente sous deux formes bien distinctes : lune courte et ronde , sans noblesse et sans grâce, grossier souvenir de l'art dégénéré ; la seconde apportée de Constantinople et dont les caractères sont : rallongement des figures, le parallélisme des plis dans les draperies, l'absence de perspective dans les pieds et les genoux, la courbure des sourcils, la disposition des yeux saillants, fendus et relevés aux extrémités. Ces deux formes se maintinrent presque simultanément jusqu'au xiir siècle qui fut, pour la statuaire comme pour les autres arts, une époque de renaissance. »
M. Emeric David fait observer avec, raison quelles artistes du temps de Constantin (et à [dus forte raison les sculpteurs de l'Occident) crurent pouvoir se dispenser d'étudier l’antique et l'homme nu, par la raison que dans des images, la plupart religieuses, ils n'avaient à représenter que des toges. Aussi bientôt ne surent-ils plus poser une figure d'aplomb sur ses pieds, et ils arrivèrent enfin â ne dessiner que des pygmées presque dénués de toute forme humaine.
Remarquons tpie la statuaire pouvait difficilement ne pas dégénérer lorsque le christianisme vint faire disparaître le paganisme, et qu'avant d'avoir conçu la pensée de constituer un art propre à leurs croyances, les premiers chrétiens voyaient partout les chefs-d'ieuvre de l'art païen; aussi, par haine de l'idolâtrie, proscrivirent-ils les arts et les artistes. Nous n’avons pas besoin de rappeler ici les querelles des Iconoclastes.
Nous ne reviendrons pas ici sur la sculpture décorative du style roman; nous aurons â compléter plus loin les exemples que nous avons donnés des zigzags, des pointes de diamant, et autres ornements propres à ce style.
llaoNZE. — On connaît, de cette époque, des bas-reliefs en bronze, obtenus presque entièrement â l'aide de la ciselure. C’était une sculpture en métal, évidemment inspirée par la vue des letivres nombreuses d’orfèvrerie dont nous allons parler, et par le désir de produire des œuvres plus durables, plus résistantes.
Oiifévmerik. — L'orfèvrerie byzantine, comme l'architecture des empereurs d’Orient, affecta des formes moins sévères, moins pures, moins classiques enfin que l'orfèvrerie antique. On y voit moins d'étude, de calcul dans la combinaison des lignes Mais, en revanche, une grande recherche de richesse matérielle caractérise l'orfèvrerie du « style byzantin. ■ On trouve â la Trésorerie d’Aix-la-Chapelle des produits do ce style, qui datent du temps de Charlemagne, et qui pourraient servir do modèles aux artistes de nos jours. La sculptnre en métal , par repoussé, occupa une très-grande place dans l'art de cette époque.
Dînant le moyen âge, l'orfèvrerie brilla particulièrement dans la fabrication des châsses, des reliquaires, des tabernacles, des ostensoirs, des chandeliers, des retables d'autels, des crucifix, etc. L'orfèvrerie «'ligneuse prit de bonne heure un grand développement chez les Franks, peuple qui identifia ses intérêts à ceux des évêques des Cailles; elle était en quelque sorte leur art national. Le luxe des souverains, mais bien plus encore la foi, inspirèrent àes œuvres merveilleuses; ainsi vers l'an 1000 la [leur de la fin du monde Ut affluer les métaux précieux dans les églises; aussi c'est dans les Trésors des cathédrales que vinrent se réunir les plus beaux travaux. Les châsses, les tabernacles, les reliquaires reproduisent le plus souvent les formes des églises, et
121 A HT INDt'STHlEL.
suivent, par conséquent, 1rs évolutions île Karl-type, 1 aivliiteeture. Jusqu au milieu du xn* siècle, et quelquefois plus tard encore, les arcatnres et les liaies sont en plein cintre, les figures sont très-allongées, avec peu de hanches; les plis îles draperies sont verticaux, milles, parallèles et serrés; les poils et les cheveux finement indiqués; les costumes ornes d'une étonnante profusion de hijoux.
Nous donnerons pour type de cette orfèvrerie le morceau bien curieux dont vient de s'enrichir le musée de f.luny . Nous voulons parler du retable en or donné par Henri II, empereur d'Allemagne, à la cathédrale de Utile, et qui est un spécimen bien
R«tablc *lo la cuih«dn>le do Bâle
fù tÿiV* j
complet de l'art roman au xi siècle. L'inscription du ■ Unis sicut Het medicus suter- (qui pourrait être médecin sauveur comme le Très-Haut |llet||, dit par saint Benoit, indique qug cette pièce était donnée par l'empereur après sa guérison d'une maladie. On le voit prosterné avec sa femme aux pieds du Seigneur. On retrouve dans cette œuvre le plein cintre du style roman, et tout y respire le sentiment religieux de l'artiste. C’est un exemple curieux de bas-relief exécute en métal au marteau, par le procédé du repoussé. Comme dans les œuvres importantes de cette époque, le symbolisme respire dans chacun des éléments de cette composition : Raphaël représente la force, un autre ange la grâce. La croix gt'ecipte et la croix latine se trouvent réunies dans un morceau contemporain de la séparation des églises grecque et latine.
Bijoi :ïkhik-Joaili.i-:iue. — L'orfèvrerie ne se sépare pas à cette époque de la bijouterie, ou plutôt toutes deux sont consacres à la décoration des églises, .au luxe du culte catholique1.
‘ Un ouvrage bien curieux (Dii'ersunim artium tcedula , écrit au xé siècle, par le moine Théophile, qui était h ta fois enlumineur ite manuscrits, peintre-verrier et orfévre-émailleur, renferme ta descriptiun de tous les procédés employés dans les déférents arta qu'il pratiquait. On y trouve
sr.n.iTi ue. orfèvrerie.
Saint Éloi lin dus premiers évêques du nord du la Gaule, fit sus [dus beaux ouvrages d’orfèvrerie dés le vu' siùclu. Il lit grand nombre du châsses; celle du saint Grégoire de Tours fut la [dus célèbre, l/art était [dus avance dans nos contrées qu'on ne pourrait croire; il avait déjà pénétré de l'Italie dans les provinces méridionales, chez . les Visigoths. L'art de nieller était déjà connu au x* siècle.
Nous donnons ici la couronne de Gharleiuague. qui a deux ornements émaillés.
(.'••uroone «le Cbarleuiagnr.
comme curieux échantillon de joaillerie. Les émaux jouaient un si grand nMe dans la bijouterie de cette époque, qu'on en couvre aujourd'hui les pièces que l'on fait en imitation de ce style, [iris souvent comme rappelant le mieux la tradition catholique, tels que les vases d'église, les autels, etc., etc.