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PEINTURE
Après avoir passé en revue remploi multiple île» coloration» dan» l'industrie par application des couleurs sur des surfaces, il nous faut dire quelques mots de la peinture. Bien que cet art ne rentre pas dans notre cadre, et soit à juste titre l'objet de nombreux et savants ouvrages, néanmoins il n'est pas sans intérêt de rappeler que, dans les ligues générales de son histoire, elle se prête parfaitement aux divisions que nous avons établies, d'après les manifestations des idées régnantes dans chaque siècle, à l'aide des produits industriels et de leur décoration; qu'elle a subi les mêmes influences. ('.'est ce qu'il nous sera facile d'établir brièvement et sans trop nous écarter du plan de notre travail .
Grecs. — Il ne nous est rien resté de la peinture des Grecs (exécutée, pénse-t-on, à la cire) ; mais le caractère de cette peinture ne saurait être douteux d'après les décorations céramiques que nous possédons et surtout d'après le goilt de cette nation. Le peuple qui admirait avec tant d'enthousiasme la sculpture grecque, n’aurait pu accepter des peintures chargées, confuses, Zcu.xis, Appelles ne devaient pas se borner à de» œuvres décoratives; les récits des auteurs contemporains nous rappellent l'adujiratiun qu'excitait leur reproduction excellente d’objets animés. Nous ne saurions nous représenter la peinture grecque comme très-différente de celle des Byzantins dont nous allons parler, peinture qui conservait les traditions grecques, niais uon le sentiment Si parfait de la beauté.
Romains. — Leurs peintures à la cire nous sont connues par des restes trouvés à Pompéi et il Herculamun, et, d’après la tradition, se rapprochent des peintures grecques. Toutefois l'art riiez les Humains avait perdu cette finesse, celte élégance de l'art grec; il était devenu, comme la religion, plus grossier. Gênés dans la reproduction des effets de lumière, les artistes se bornaient à représenter des personnages isolés, d’un ton mat et égal. Leurs œuvres se rapprochaient de la décoration des vases campaniens. C'est surtout aux mosaïques que les Romains demandaient des représentations qui leur paraissaient parfaitement suffisantes (remarquons que la perspective est toute moderne) et les séduisaient par leur éclat.
Byzantin-roman. — Le christianisme, en créant un mouvement d'exaltation religieuse qui vint se mêler aux traditions affaiblies de l’art grec, inspira, après que la fureur des iconoclastes qui associèrent l'art grec et le [laganisme fut passée, les peintures byzantines. Des fonds d’or, de couleurs franches, parsemés d'étoiles; des pi olils très-purs, des auréoles d'or, peu d’étude de la nature, un assemblage de disproportions monstrueuses entre les figures du Christ et celles des saints personnages, mais avec cela une heureuse alliance de tons qui semblent rappeler un écho affaibli de l'art de l'Inde : tels sont les caractères principaux de ce style.
Dos catacombes de Rome sortit un art chrétien qui, empruntant beaucoup au
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byzantin, chercha à rendre l'idée, l'aspiration chrétienne. Celle-ci devait, quelques siècles plus tard, trouver dans le bienheureux Fra Angelico de Fiesolc son dernier et plus pur interprète, au seuil de la païenne renaissance.
A l'Occident, les décorations des églises, bien qu’inspirées par les préceptes de l’église d'Orient, ne produisent |«is d’œuvres bien remarquables. C'est moins l;i qu'il faut aller chercher les monuments de la peinture au moyen âge que dans l'enluminure des manuscrits. En effet, presque toujours ceux-ci étaient illustrés à l'aide d'initiales dessinées sur un fond bleu ou tin fond d’or; bien souvent ces compositions formant de petits tableaux exécutés avec des couleurs à l’eau en général, et fixées sur le parchemin du volume à l'aide de recettes assez compliquées, acquéraient sur la peau un éclat fort apprécié. Ces miniatures ou enluminures, étaient souvent le produit du travail de véritables artistes, de moines qui étaient les gens les plus instruits de leur . épocpie, et qui, usant leur vie à de semblables ouvrages, eussent mérité parfois une véritable célébrité, si la postérité se fût intéressée à ce genre de tiavaux comme elle s’est passionnée pour la peinture à l'huile. On possède des Heures de Charlemagne qui renferment des dessins remarquables. Dans la maigreur des plis, dans l'emploi du vermillon et du bleu non rompu, dans les hachures d'or des draperies , on ne peut méconnaître l'inlluence byzantine sur ces œuvres de l'Occident. Il faut aussi citer comme très-remarquables deux Bibles de Charles le Chauve où se trouvent des compositions d’un grand intérêt, dues à un artiste nommé Ingohert. Ces compositions, étudiées avec le plus grand soin , sont les œuvres d'art, les tableaux d'histoire de l'époque. Le goût s'en maintint jusqu'à la découverte de l’imprimerie.
.En général, les enluminures du vin*, du ix» et du xr siècle, sont, pour le dessin, inférieures à celles des siècles précédents, mais elles les surpassent pour la vivacité des couleurs et l'originalité de la composition. Les fonds bleu et or sont prodigués et les détails exécutés avec une fidélité minutieuse.
• Il suffit d'examiner des manuscrits précieux de diverses époques pour reconnaître l'influence des styles qui sont manifestes |>our tous les yeux dans les grandes modifications de la peinture et de la sculpture. C'est ainsi (pie les miniatures ont conservé longtemps la raideur de la manière byzantine, les formes conventionnelles du style roman.
Gothique. — On peut suivre bien facilement dans les manuscrits la transformation du roman en gothique. Le genre de ce premier style, qui n'est plus du tout celui de Jean Fouquet (de Tours), qui vécut sous Louis XI et laissa de véritables chefs-d'œuvre.
La perspective va poindre; elle se rencontre dans les œuvres de Fouquet avec un emploi du clair-obscur inconnu jusqu'à lui. Les Antiphonaires de la Libreria (sacristie) de Sienne forment une série de volumes in-folio remplis de lettres initiales d’une rare beauté d’exécution. Le plus célèbre miniaturiste était le chanoine don Guilio Cloyio, qui vivait au xv siècle; ses petits ouvrages ornés de fleurons élégants sont de véritables tableaux.
Après l’invention de l’imprimerie, et bientôt après la découverte de la peinture à l'huile, les enluminures sur peau vélin devinrent plus rares, et les artistes se livrèrent surtout à la peinture des portraits A l'aide des mêmes procédés.
Renaissance. — Nous nous garderons bien de vouloir esquisser l’histoire de la peinture à cette époque de merveilles. Nous rappellerons seulement (pie Cimabuè reçut
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ses leçons des raosatsles byzantins; que l’école do Pérugin, d’où sortit Haphaël , procédait directement de Ta tradition byzantine modifiée et singulièrement agrandie [Mtr Giotto et ses nombreux élèves dans les 1 telles fresques dont ils couvraient les murailles et les voûtes des églises du nu* et xiv' siècle, et que Lucas Cranach eu Allemagne, qui le premier s'illustra dans la peintura à l’huile, tout nouvellement découverte, s’inspirait évidemment du style gothique, que la renaissance allemande et Albert Durer allaient transformer.
La peinture à l'huile, trouvée de 1420 t\ 1430, par Jean Van Eyck, dit Jean de Bruges, en facilitant les procédés matériels de l’art, vint aider aux progrès qui tendaient à se faire jour de toute part. Jusqu'à Masaccio, on n’employa, en Italie, que les procédés de la peinture byzantine. On sait quelle place la fresque occupa dans l’art de la renaissance , combien les fresques de Raphaël notamment rappellent, en les perfectionnant les peintures d'Herculanum ; et que c’est en visitant les thermes de Titus qu’on venait de découvrir, qu’il conçut la décoration des loges du Vatican.
Toute l'œuvre de Raphaël personnilla avec éclat la restauratiou des lignes de l’art grec dans leur pureté, eu même temps qu’il y mêla cette grâce merveilleuse qui lui a valu le nom de divin. Michel-Ange fut le représentant le plus hardi des tendances nouvelles des artistes de la renaissance; il résuma dans ses puissantes fresques toutes les données modernes de la science de l’art. Titien, le Vinci, le Corrège, trois beaux génies encore, concoururent avec le Vèronése et André del Sarto à développer avec une glorieuse activité les progrès rapides de l’art de peindre, qu’à leur suite et plus tard le Dominiquin, les Carraches, Guido Reni, etc., eurent la biche de continuer.
Il serait inutile de compléter l'énumération de la pléiade d’artistes èminentsqui ont fait, à cette époque, de la peinture le premier des beaux-arts; contentons-nous de citer ici, après les illustres maîtres, un artiste que François I" ramena d’Ibdie, et ipii peut être pris pour type de l’emploi de la peinture dans la décoration industrielle ; nous voulons parler du Ib-imatice. Les fresques de Fontainebleau, dues à la main facile de ce fécond artiste, ainsi que ses peintures à l’huile que possèdent le Louvre et le musée de Cluny, montrent bien le style élégant de cette époque, mieux que les tableaux des grands maîtres préoccupés d'exprimer des sentiments profonds plutôt que de produire des images gracieuses et séduisantes.
École flamande. — Avant de parler de la peinture sous Louis XIV, nous ne pouvons • nous disjienser de faire une exception à toutes nos omissions de noms d’artistes, en faveur de Rubens et de l'école flamande; ce qui nous fournit une vérification du fait déjà signalé par nous, de la relation intime qui existe entre l’art et l’industrie, et fait toujours concorder leurs grands développements à cause de la grande influence qu’ils exercent l’un sur l'autre. Les germes d’art qui existaient nécessairement dans un paya que l'on a vu exceller si longtemps dans les tapisseries, l’orfèvrerie, la' sculpture sur bois, etc., devaient produire une école puissante; ce fut l’école flamande.
Louis XIV. — Chacun sait que Lebrun fut le peintre de Louis XIV ; tout le monde a vu ses batailles d’Alexandre, sous les traits duquel il s'attachait sans cesse à représenter le grand roi. Chef suprême de la direction des travaux artistiques, super-intendant des manufactures royales , Lebrun ne pouvait donner aux travaux d'industrie que nous avons étudiés d’autre caractère que celui que l'on reconnaît dans ses tableaux, qui sont la véritable expression du style Louis XIV eu peinture. Grandeur théâtrale, no-
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blesse un peu guindée, couleurs éclatantes, etc., telles! sont les tendances île toutes se* œuvres, qui étaient bien plus estimées à la cour que celles du l’oussin, ouvrages profonds par leur liante philosophie, mais sévères do style et de ton; d’ailleurs Poussin vécut presque constamment à Home. Les autres peintres, leurs contemporains, sans même en excepter Lesueur, ne paraissent pas avoir eu d'intluencc sérieuse sur le mouvement industriel de l'époque. *
Louis XV. — Sous Louis XV, la peinture change tout à fait de caractère et se modifie aussi profondément que les mœurs. Vanloo, Boucher, AVatteau, etc., avec leurs petite* scènes familières ou imaginaires et leurs bergeries, furent les complices d’une époque qui ne connaissait plus ni l’idéal, ni le grandiose, mais concevait seulement la grare et la volupté. A leur suite se fit jour un commencement de réaction favorable au côté moral de la peinture. Chardin et Grouze préparèrent le développement du genre intime dans sa plus saine acception.
XIX« siècle. — Au commencement du siècle, David, avec une grande force de volonté et un talent supérieur, mit à néant les restes de la tradition de l’époque de Louis XV et Louis XVI, et remit en honneur la pureté classique en soumettant l'étude du modèle vivant aux exigences de formes et de style de la plastique antique. Il est constant aujourd’hui qu’il outra un mouvement heureux en soi. Dominé exclusivement par l’absolutisme de ses principes révolutionnaires (qu’il avait conservés seulement en peinture), laissant de côté toute tradition nationale, il exagéra l’étude du nu jusqu'il vouloir faire de la sculpture avec le pinceau, sans laisser une ]tart suffisante au charme du coloris.
Enfin parmi les grands peintres vivants, ou dont le souvenir est encore trop présent à toutes les mémoires pour que nous nous permettions de les juger dans ce travail, tels que Proud’hon, Géricault, Gros, etc., on doit citer :
En France. — MM. Ingres, le maître illustre qui rappelle dans ses œuvres la beauté, la précision raphaélesques ; — Ary Sclieffer, le peintre de l’idée, de l’aspiration rêveuse et doucement mélancolique; — Yernct, Delamclie, etc., dont les œuvres sont toujours accueillies avec bonheur i>ar un public qui sait les apprécier à des titres bien différents : le premier pour sa verve toujours jeune et l'élan de son pinceau, le second pour un goût exquis d’arrangement ; — Delacroix, coloriste puissant, qui semble négliger systématiquement b- dessin ; — Decamps, dont la palette est si étonnante d'accent et de vigueur ; — Mcissonnier, l'intelligent traducteur de la peinture hollandaise, etc.
En Allemagne. — Overbeok, le restaurateur de la peinture catholique, qui rappelle les pieux archalstes de la renaissance par la pureté naïve des contours et la pensée religieuse à laquelle tout est sacrifié dans ses mystiques compositions ; l’école de Munich et celle de Dusseldorf, représentées par MM. Cornélius et Kaulbach, etc., écoles qui ne sacrifient pas autant à l’effet des couleurs que les maîtres italiens, et jieut-être pas assez en ce qu’elles semblent mettre trop de recherche de pensée dans leurs œuvres.
En Angleterre. — Depuis Heynolds et Lawrence, deux admirables peintres de portraits qui rappelaient Van Dyck et son éclatant coloris, les œuvres les plus remarquables chez cette nation sont celles des peintres réalistes, qui donnent une place trèsgrande aux représentations des détails de la nature. Il y a jiarmi eux assez de talents |iour constituer une école qui, quoi qu’on en dise, pourra amener les productions peintes de l'industrie anglaise à un haut degru de perfection.