ETOFFES
Sectionnement duquel Vaucansun el Jacquart out si remarquablement contribué en rendant tout mécanique un travail qui ne pouvait jusque-là être produit que par l'imitation directe, et fil à 111, d’un dessin modèle.
Le passage du dessin primitif à la fabrication mécanique se fait à l'aide de l'opération intermédiaire dite ■ mise en carte. ■ La mise en carte 1 est étudiée par des artistes qui, en se livrant à l’étude des étoilés au point de vue du goilt. ont fait singulièrement avancer la fabrication en parvenant à réaliser, à des pris modérés par suite de la facilité de la multiplication, des étoiles île grande valeur artistique.
Étoffe de soie noire.
Nous u 'avons pas à parler ici du procédé technique, mais seulement de la reproduction de dessins plus ou moins compliqués à l'aide des ressources qu’offrent les procédés d'exécution les plus parfaits, et qui s'accroissent chaque jour. Dans leur degré le plus avancé, elles permettent au besoin de contourner autour de chaque point de la chaîne un 111 de la trame d'une nuance déterminée. Elles offrent donc le moyen de réaliser un dessin quelconque, et l’on n’est limité dans ces travaux que par l'élévation du prix dé revient lorsque la complication des nuances dépasse toutes limites.
1 La mise en carte remunie à 1770; elle est attribuée à Revel, peintre d'histoire assez médiocre, qui eut le premier l'idée de reproduire dos (leurs sur les étoffes, et qui, «près quelques essais, arriva aux moyens pratiqués aujourd'hui. L'idée de colorier la mise on carte se présenta bientôt. On en fit usage dés 1774. el on la doit h Philippe de la Salbe.
A HT INDUSTRIEL
Les études de soie, les plus brillantes par leur uature même, et celles par suite sur lesquelles se concentrent principalement les efforts du tissage , sont fréquemment ornées d'imitations de fleurs naturelles qid, par leur éclat, charment les yeux. Lorsqu’on n’emploie qu'une seule couleur, c’est à l’aide de modes d’entrelacements varies en divers points qu’on obtient des contrastes d'éclat qui différencient parfaitement les divers contours et forment ces magnifiques damas de soie , produits si beaux et si justement appréciés. Nous avons offert ci-dessus pour exemple une étoffe de soie noire qui figure à l’Exposition de 1 855.
Nous citons encore un autre exemple d’étoffe moderne, brochée en couleur sur fond blanc, qui donne idée du style et des moyens nouveaux de production appréciés aujourd’hui.
Etoffe brochet*.
Ce n’est vraiment que pour les étoffes de soie qu’il existe une tradition historique, car on les recevait d’Orienl pendant le moyen âge; c’est le commerce des beaux produits fabriqués dans l’Inde et la Chine, et que nous admirons encore, qui a enrichi Venise. C’est par suite, jusqu’au style moderne, le goût oriental qui a dominé ilaus la fabrication des soieries ; il y lient encore une grande place. Eu fait d’autres styles, et seulement dans quelques cas spéciaux, tels que les étoffes pour ornements d’église, pour bannières, etc., on peut trouver des décorations qui rappellent l’art gothique ou l’art byzantin.
La fabrication européenne a une origine assez ancienne ; on sait que, dès le
TlSSl’S.
iv» siècle, sous Justinien, deux moines rapportèrent le ver à soie et le mûrier, et que l’industrie de la soie commença en Orient mais sans ]iénétrer à l'Occident. Nous avons déj;i dit que c’étaient les Normands qui, au xit» siècle, avaient introduit en Sicile et ravi à la Grèce l'industrie de la soie, qui s’y était conservée depuis l’introduction du ver à soie. Cette industrie se répandit eu Italie, et fut introduite dans le midi de la France, vers 1260, par des familles guelfes chassées dp Florence par les Gibelins. Toutefois cette industrie ne fit que peu de progrès.
Louis XI établit des manufactures à Tours et fit venir des ouvrière de Grèce et d’Italie; mais Charles VIII, et principalement François 1", durant les guerres d’Italie, furent les principaux fondateurs de cette fabrication en France. Enfin c’est le grand Colbert, au milieu des triomphes des beaux-arts, qui l’achemina vers le degré de splendeur et d'étendue où nous la voyons. Toutefois c’est à l’industrieuse activité de la population lyonnaise qu’on doit faire remonter avant tout l’honneur du développement immense de cette belle industrie et aussi à la grande invention de la Jacqtiart, grtlce à laquelle la production et la vulgarisation des beaux tissus de soie ont atteint des limites extrêmement reculées 1 .
CHALES CACHEMIRES.
Le châle de l’Inde appartient essentiellement au ■ style oriental < par sa nature même, par l'imitation des fleurs de l’Inde, étalées à plat comme dans un herbier, sans essai de perspective, de dégradation de teintes. C’est l’éclat de ces couleurs juxtaposées pour produire un maximum d'effet, avec une entente traditionnelle mais parfaite du contraste des couleurs, plutôt que la bizarrerie des formes, qui, avec la finesse du tissu, a fait le succès du châle de l’Inde.
Longtemps les artistes français ont conservé la tradition de copier plus ou moins fidèlement le châle do l'Inde. La nécessité de varier pour plaire au goût des consommateurs a fait tenter d’en modifier le dessin ; le genre renaissance a d'abord été tenté avec peu de succès. Il consistait dans un mélange de l'ornement et de la fleur de fantaisie, le tout modifié dans le style châle, c’est-à-dire oriental, à teintes plates et à couleurs vives.
i C'est X Lyon que se sont accompli* presque tous le* grand* progrès dan* l’industrie du tissage des soies, et ils ont été nombreux et impurtants depuis un siècle. Elle est aujourd'hui la métropole de cette magnifique industrie, qui n'est pas une source de richesse seulement mais encore d'honneur pour notre pays. Elle l’était déjà lorsque les fabricants protestants, chassés par la révocation de l’Édit do Nantes, créèrent les centres, rivaux aujourd'hui, de Crefeld, Spitalfields, etc. Grèce aux perfect.onneraents de chaque jour, la fabrication des étoffes de soie brochées exécute des chefsd'œuvre qui sont peut-être l'expression la plus élevée de la partie des arts industriels qui procèdent de la peinture. Ou ne saurait croire à quelle sûreté de goût parviennent les habiles fabricants et contfc-mallres de Lyon qui font le succès de celle belle industrie. Nous ne les citons pas ici, parce qu'ils forment une trop nombreuse phalange.
246 AHT INDUSTRIEL.
Nous en donnons pour exemple un magnifique châle dit ■ lspahan » , dessiné par M. Couder, un de nos plus habiles dessinateurs industriels.
Le genre renaissance usé, le goût français, enhardi par cet essai, dans lequel on avait introduit les vues de bâtiments, des essais de perspective, erreur que le goût
msrs.
public avait bientôt reconnue, n’a pas craint de modifier le type primitif sousio triple point de vue de la hardiesse des lignes, de la richesse et de la multiplicité du détail ; peut-être môme il est d’abord allé jusqu'à l'excès sous ce dernier rapport; aussi a-t-il été ramené à se rapprocher beaucoup du style de l'Inde.
Les fabricants de châles de Paris, créateurs d’une industrie qui, en utilisant les ressources les plus perfectionnées du tissage, a pris un admirable développement, sont vraiment, au point de vue de l'art, à la tête d’une école de dessin industriel appliqué à toute espèce d’étoffes d'un genre spécial et ayant de très-heureuses applications.
On se rendrait difficilement compte, sans un exemple, de l'immense travail de composition, tant sous le rapport du dessin que de la coloration, qu’exige l’œuvre du dessinateur en cliàles. C'est sûrement un des plus grands travaux qui puisse être l'objet des efforts d’un artiste industriel doué d'uue imagination fertile.
Ce que nous avons dit de l’éclat des couleurs fait bien comprendre la brillante apparence des châles tissés avec des fils teints en couleurs vives, dont les extrémités viennent s’engager dans le tissu ; des points brillants se multiplient ainsi à l’infini. L’impression ne saurait donner des étoffes ayant un éclat comparable à celuides étoffes brochées, surtout quand, comme dans celles dont nous parlons ici, on n'emploie pour les dessins que des couleurs franches qui ont le plus d’éclat, le rouge, le jaune, le bleu brillant, et jamais les teintes obscures, telles que le brun '.