‹ Complément du Dictionnaire des arts et manufacturesChapitre 39 sur 394 · INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

INDUSTRIELLE

formes et de leurs positions respectives. Dans ce sens, c’est un moyen de rechercher la vérité ; clic offre des exemples perpétuels de passage du connu à l'inconnu ; et parce qu’elle est toujours appliquée à des objets susceptibles de la plus grande évidence, il est nécessaire de la faire entrer dans le plan d’une éducation nationale. Elle est non-seulement propre à exercer les facultés intellectuelles d’un grand peuple et à contribuer par là au perfectionnement de l'espèce humaine, mais encore elle est indispensable à tous les ouvriers, dont le but est de donner aux corps certaines formes déterminées; et c’est principalement parce que les méthodes de cet art ont été jusqu’ici trop peu répandues, ou même presque entièrement négligées, que les progrès de notre industrie ont été si lents.

On contribuera donc à donner A l’éducation nationale une direction avantageuse, en familiarisant nos jeunes artistes avec l’application de la géométrie descriptive aux constructions graphiques, qui sont nécessaires au plus grand nombre des arts, et en faisant usage de celle géomélrie pour la représentation et la détermination des éléments des machines, au moyen desquelles l'homme, mettant à contribution les forces de la nature, ne se réserve pour ainsi dire, dans ses opérations, d’autre travail que celui de son intelligence.

ART INDUSTRIEL

L’art industriel, les applications des bcaux-arls à l’industrie avaient jusqu’ici été complètement laissés do côté dans noire œuvre. Préoccupés trop exclusivement des procédés techniques, comme toutes les personnes qui avaient avant nous écrit sur l'industrie, nous avions négligé toutes les questions qui se rapportent à l’élégance des formes, à l’harmonie des proportions et des couleurs. C’était là une lacune regrettable que j’ai tenté de faire disparaître par l’étude qui termine ce volume. Il est facile d’en faire apprécier l’utilité et de montrer que ce devait être la fin nécessaire de notre œuvre, comme on devait la commencer par les sciences.

ART INDUSTRIE!

Il n’esl pour ainsi dire pas de fabrication qui n'exige l’emploi de la faculté (pie nous appelons le goût , pour laquelle il sufilsc de remplir des conditions de solidité, d'économie. Qu'on jette un coup d'œil sur la plupart, et on aura bientôt reconnu que l'art entre pour une grande part dans la production industrielle , et c'est souvent la plus importante ; il n’est pas de fabricant qui, à un point de vue spécial, ne l’ail senti. Il me suflil, pour le prouver, d'indiquer quelques cas pour lesquels aucune contestation n’esl possible, do citer l'orfèvrerie, les bronzes, les meubles, les poteries, les étoiles. Pour tous ces produits, la bonté de la fabrication ne suffit pas; il faut compléter l'œuvre par l'élégance des formes, le charme des décorations. C'est la condition essentielle de supériorité pour les individus comme |>our les nations qui veulent exporter au loin les produits de leur industrie ; c'est la cause la plus certaine du succès do la plupart des grandes fabrications de la France.

S’il n’esl pas d'industriel qui n'ait en à se poser ces questions relativement à l’élégance, au bon gnftl de ses produits, il n'en est pas non plus qui n'ait aussi éprouvé de déception, en reconnaissant l'impossibilité de trouver un ouvrage qui lui enseigné! les notions fondamentales de l'art industriel que pratiquent avec tant de supériorité quelques artistes éminents. Certes il existe quelques intéressantes collections de dessins; mais, sans vouloir les juger ici, l'absence de texte et par suite d'indication du moindre principe, montre que leur conception se rapporte à un point do vue trop éloigné de l’enseignement; aussi sontelles presque complètement inutiles dans la plupart des cas, lorsqu'il s’agit d'autre choso quo d'y trouver des modèles.

L'idée de l’intervention de l'art dans l'industrie est assez nouvelle, et jusqu'ici la science industrielle a été considérée par les esprits distingués qui ont vu autre chose que l'habileté manuelle ou des collections de recettes dans le savoir des fabricants, comme reposant exclusivement sur la connaissance des sciences pures. Aujourd'hui il n’en est plus ainsi, cl l’importance de l'art est, depuis quelques années, devenue une idée populaire, grâce aux grande! expositions universelles de Londres eide Paris, qui.cn mettant en présence les produits des diverses nations, ont montré combien quelques-unes brillaient par le bon goût et l’élégance. Aussi , sans s’aveugler par un sot amour-propre, l’Angleterre, avec son éminent lion sens, ayant vu clairement à l’Exposition de Londres tout ce qu’elle avait à faire dans cette voie, a fondé aussitôt les musées de Sydenham, de Marlborough-House, ainsi qu’un très-grand nombre d’écoles do dessin. Elle a parfaitement compris qu’il s’agissait d’une condition vitale de succès pour sa puissante industrie, si admirable au point de vue technique, mais qui était dépassée par des nations rivales au point de vue artistique. Elle a senti que l’avenir d’une partie de son immense commerce d’cx|>ortation était en jeu, cl elle s’est mise â l’œuvre pour obtenir encore celle condition de succès. L'Exposition de 1855 a montré qu'elle avait rapidement accompli d'importants progrès.

Le caractère le plus saillant de celle-ci a été de faire briller l’état avancé de l'art industriel à l’époque actuelle. Celui-ci a même pris une si grande place qu’une réaction s'est fait sentir à la (in contre le rôle trop prépondérant, trop exclusif qu’on lui faisait jouer.

Sans nier ce qu’il y a de fondé dans les reproches adressés aux Expositions de mettre et: lumière des pièces exceptionnelles , des tours de force qui ne sont pas de l'industrie , je dirai seulement qu'il était impossible d'imaginer de spectacle plus favorable que celui quo présente une Exposition universelle pour constater l'état avancé de l’art industriel & notre é|ioquc, pour enregistrer les arrêts de l'Europe en fait de goût. Sans les ressources qu'elles m’a fournies, je n'eusse jamais pu mener à bien cet essai. C’est surtout dans les visites à l'Exposition de l’aris que se sont manifestées clairement à mes yeux les quelques règles que j'ai osé établir ; c’est à ce grand speclacle que j’ai pu prendre les dessins d’œuvres consacrées par la voix publique comme des chefs-d'œuvre.

En consultant les comptes rendus qu’a fait naître celle Exposition, j’ai trouvé dans loin

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XVUI

INTRODUCTION

une confirmation éclatante de la méthode historique que j'ai suivie dans mon étude sur

l'art industriel ; la seule, comme je l’établis dès le début, qui puisse fournir une hase solide à une élude profitable de l'art. En effet, aucun n'a traité d'une industrie artistique sans parler d'abord de l'éclat qu’elle a pu jeter aux grandes époques de l'humanité, sans y puiser des points de comparaison nécessaires. Or ces indications sans les momimcnUà l'appui, sont de minime intérêt et peu profitables; avec leurs représentations, elles forment la base de toutes les connaissances relatives à l'art, (l'est cette étude fondamentale de la tradition, sans laquelle on ne peut rien formuler de sérieux et qui est toujours à refaire, que je tente de rendre définitive cl vraiment instructive, en l'appuyant des gravures des monuments et des produits industriels les plus remarquables à chaque é|>oque.

Quant à ees époques mêmes , je n'ai pas besoin de justifier ici le choix que j'ai fait de celles qui ont toujours été considérées comino les plus mémorables dans la vio de l'humanité. Les divisions que j'établis 6ont celles auxquelles on arrive forcément toutes les lois que l'on cherche à reconnaître les moments de plus grande splendeur de la civilisation; ce sont celles que l’on admet, par exemple, pour la littérature ; c'est la Grèce de Démos- Ihènc, de Platon, de Sophocle; c'est la Home de Virgile, d'Horace; c’est le Moyen âge de l'Imitation, de Froissarl; la Renaissance du Dante, de Pétrarque; lu siècle de Racine, de Gorueille ; celui de Voltaire, de Rousseau. Enfin, c'est l'é|ioque actuelle avec sa passion pour l'art, dans toutes scs manifestations.

On ne saurait être étonné de voir que la méthode à suivre pour s'avancer quelque peu dans un ordre de connaissances tout différent des connaissantes scientifiques soit tout autre que celle qui nous a guidé pour les autres parties de cet ouvrage. Il suffit (tour le comprendre facilement de réfléchir à la nature du genre du notions auquel ap|>artient l'esthétique, dont relèvent les règles qui dominent les heaux-arts, c'est-à-dire à une théorie essentiellement d'ordre moral, philosophique, toute autre que celui des scicuccs positives, et qui, dans une classification universelle des connaissances humaines, si les sciences positives foi nient le point de départ, doivent êlro placés à l'extrémité cl couronner l'édifice. D'après cela et en laissant de côté les parties positives , techniques des beaux-arts , fort iinpnrluutcs et que nous avons eu soin de ne pas négliger, ce n'est plus l’expérimentation physique aidée de la déduction pure, c'est l'étude des aspirations successives qui ont |iassionné l'humanité, c'est l'ordre historique qui peut seul mener à quelques résultats. Mais malheureusement il résulte de ce que les règles ne se déduisent |>as d’un premier principe qu'on ne peut formuler des résumés aussi satisfaisants, établir des règles aussi positives que celles que fournit l'application des sciences exactes au travail industriel. Toutefois, l'on peut espérer dans un semblable travail : fournir un utile point de départ, montrer la voie pour des recherches ultérieures, enfin, guider cl épurer legotH, c'està-dire, ce qui varie le plus avec l'individu, en réunissant ce qu'il est possible de formuler de plus incontestable, et ainsi sûrement tout au moins faire éviter de grossières erreurs en signalant les écueils.

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