NOTIONS DE PLAIN-CHANT EN DEUX FEUILLES A ET B
Les notions pratiques de plain-chant , distribuées sur les deux feuilles [A et B) de l’appendice du premier Cours, devaient être précédées de notions historiques et de notions théoriques ; mais on a craint d’introduire dans cette première partie des tableaux de la méthode des notions qui , quoique fort intéressantes par le fond, paraîtraient peut-être sortir du cadre purement élémentaire dans lequel tout le reste du premier cours a été strictement renfermé. Le tableau déjà composé a donc été supprimé; ruais dans l’espoir que les notions exactes qu’il contenait pourront inspirer quelque intérêt, placées dans ce Co/wplcment du Guide , on va les reproduire ici en deux paragraphes.
Notions historiques.
Le plain - chant est un reste défiguré , mais précieux , de l'ancienne musique grecque. Voici comment cêtte transformation s’estopérée.
Les Grecs subjugués ayant apporté tous les arts à Rome, la musique n’y fut pas oubliée, et dès le commencement de Père chrétienne on en fit usage dans les assemblées religieuses. Mais là on s’en tint d’abord à une sorte de récitation musicale des psaumes, telle à peu près que nous la connaissons aujourd’hui, et tirée sans doute du chant des Israélites répandus en Égypte , dans la Palestine , dans l’Asie-Mineure, la Grèce et l’Italie.
Pendant les temps de persécutions plus ou moins vives et jusqu’à la fin du IVe siècle, il n’y eut rien de fixe dans le chant de l’église ; mais vers Pan 370, saint Ambroise, archevêque de Milan (ou saint Miroclet), donna unepremière forme régulière au chant ecclésiastique, et, d’après les modes 6e l’ancienne musique grecque, il lui imposa des règles particulières , afin qu’il fût plus sévèrement approprié à son objet et aussi pour le sauver de la barbarie et du dépérissement où la musique tombait alors. Les mélodies choisies par saint Ambroise étant fort simples et presque toutes syllabiques, on a donné aux chants de ce
caractère le nom de chant Ambroisien ; telles sont les préfaces delà messe , le symbole de Nicée} etc.
Dans le Ve siècle et dans une grande partie du VI», l’invasion des Barbares avait réduit la musique aux chants de l’église, lorsque, de 599 à 604 , le pape saint Grégoire-le-Grand, faisant de nouveaux emprunts à la musique grecque, compléta le système ambroisien et donna au chant ecclésiastique romain la constitution fixe et définitive qu’il a conservée jusqu’à nos jours.
Saint Grégoire confectionna en outre un rituel composé de pièces choisies dans les meilleurs restes de l’antiquité, et, non content d’avoir formé un corps complet de doctrine, il prit le meilleur moyen de le maintenir et de le propager par l’établissement d’une école où l’on élevait dans la science du chant de jeunes orphelins qui fournissaient ensuite de bons chantres aux diverses églises de la chrétienté.
Déjà avant lui , vers 493 , sur la demande de Clovis à Théodoric-le-Grand, le chant perfectionné avait été introduit en France par le chanteur Acorède, choisi par le savant Boèce ; mais ce fut le moine saint Augustin , l’apôtre de l’Angleterre , qui , envoyé par saint Grégoire , introduisit le chant romain dans ce pays, comme il fut aussi porté en Allemagne, vers celte époque, par saint Boniface de Mayence.
En 787, Charlemagne ayant demandé au pape Adrien I*r des chantres pour corriger de nouveau le chant français , le pape lui en donna deux très instruits nommés Théodore et Benoît, avec des antiphonaires notés par saint Grégoire lui-même. De ces deux chantres, l’un fut placé à Soissons et l’autre à Metz, et Charlemagne ordonna à tous les chantres de France de corriger leurs livres et d’apprendre le chant romain ; ce qui s’exécuta avec plus ou moins de difficultés et de succès.
Ainsi du IIIe siècle au VIIIe , et même jusqu’au XVe, la mélopée ecclésiastique fit de constants progrès ; en effet, l’église, pour donner plus de pompe et de solennité à ses cérémonies, avait admis successivement dans la liturgie des cantiques et des hymnes dont les mélodies plus variées étaient assujéties à une sorte de rythme à la fin de chaque verset ou de chaque strophe; certaines hymnes même, composées à l’instar de la poésie grecque ou latine, étaient entièrement soumises à la quantité rythmique. Enfin, au XVe siècle , par suite de la révolution opérée dans le système musical par Guido d’ Arezzo (1022), le chant à plusieurs parties, qui commençait à devenir en usage , venant à être considéré comme musique proprement dite, sous le nom de res ^^(composition), musica ficta (musique feinte), le chant simple, uni et non mesuré de l’église conserva exclusivement le nom de musica plana , camus planus , Plair- Cuant. En mémoire des améliorations et des corrections que saint Grégoire avait faites à toutes les pièces du chant ecclésiastique, et parce qu’il avait mis de l’ordre dans les graduels et les antiphonaires qu’il copia lui-même ou qu’il fit
REMARQUES SUR LES TABLEAUX
copier sous ses yeux, le plain-chant se nomma aussi cantus gregorianus ,
Chant Grégorien.
« Le chant grégorien ou romain , établi par Charlemagne , subsista assez «généralement en France jusqu’au commencement du XVIIIe siècle, époque à «laquelle les évêques français résolurent de réformer leur liturgie, ce qui eut «un résultat déplorable quant au chant, parce que presque partout des gens « ignorants et sans goût substituèrent des plain-chants insipides au chant « romain qui , dans son extrême simplicité , a conservé de la phrase et du « nombre. »
Notions théoriques.
Première constitution du chant ecclésiastique par saint Ambroise.
Vers l’an 370, saint Ambroise, archevêque de Milan, donna au chant ecclésiastique une première constitution qui fut conservée pendant près de deux siècles.
11 tira des anciens modes grecs quatre échelles diatoniques ayant nour finales les notes ré, mi, fa, sol , et pour limites l’étendue d’une octave.
IV. B. Pour les détails sur le système des tétracordes grecs, voir le deuxième tableau complémentaire du deuxième cours.
Les quinze cordes ou notes du genre diatonique des Grecs , partagées en tétracordes ou demi-gammes de quatre notes.
1er tétracorde. 2e 3e 4«
- si - ut - re
fa - sol - la, si - ut - ré - mi - fa sol » la ou la - si |? - ut ré
Pentacorde. Tétracorde;