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LES RUMINANTS

Pecora. L.

Cette grande famille s’est enrichie de nombreuses espèces, surtout dans les genres cerf, antilope et mouton, mais d'aucun genre à caractères du premier ordre, ou de quelque valeur. Nous ne signalerons donc que les faits les plus remarquables des écrits qui les concernent.

Vicq-d’Azyr proposa le nom de ruminants pour un ordre de mammifères éminemment naturel, que Linné nommoit pecora, et qu’Illiger appeloit bisulca. Les ruminants ont été presque constamment classés par les naturalistes méthodiques dans les mêmes rapports : leurs caractères généraux consistent , pour le système dentaire, en 6 ou 8 incisives seulement en bas, remplacées en haut par un bourrelet calleux (le chameau et le paca exceptés). L'espace qui sépare les incisives des molaires est

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vide le plus ordinairement, et rempli dans quelques genres par des canines. Les molaires, communément au nombre de douze à chaque maxillaire, ont Ja surface de leur couronne marquée de deux doubles croissants, Les pieds reposent sur deux doigts garnis chacun d’un sabot convexe en dehors et rapprochës en dedons, en se touchant par une surface plane Les doigts latéraux sont réduits à des vestiges ongulés qui surmontent les sabots, et qu’on nomme onglons. Le métatarse et le tarse sont soudés en un seul os, qu’on nomme le canon. Le nom de ruminant a été donné aux animaux de cet ordre, parce que tous, par une disposition de leur organisme, peuvent mâcher et triturer leurs aliments après les avoir d’abord ingérés, et cette fonction, qui leur est spéciale, se nomme rumination. Cela tient à l’existence de quatre poches stomacales, qu’on appelle Danse, bonnet, feuillet et caillette, et que suit un tube intestinal formé d’un grand cœcum et d’une longue suite d'intestins grêles.

Les formes corporelles des ruminants sont généralement lourdes dans certains genres, et sveltes pour le plus grand nombre. Leur tête est nue, garnie de cornes ou de bois. Leur pelage se compose de poils généralement ras, parfois soyeux ou laineux. La graisse qui remplit les mailles du tissu cellulaire prend, dans plusieurs genres, le nom de suif. Les œægagropiles ou amas en boules de poils et de duvet de chardon dans l’este aac, ne se trouvent que dans les ruminants. La nourriture de ces mammifères ne consiste qu'en herbes et en feuilles, en bourgeons et en lichens. Ils sont polygames et multiplient beaucoup, et vivent communément par grandes troupes.

Les ruminants sont de tous les animaux ceux qui fournissent le plus de secours à l’homme. Leur chair, leur lait, le nourrissent ; leur suif, leurs peaux, leurs cornes, leur laine, sont l’objet des arts qui satisfont à ses premiers besoins. Ils vivent dans toutes les contrées, sous tous les climats, dans toutes les positions ; on trouve des ruminants dans les plaines comme sur les montagnes, au milieu des herbages plantureux comme dans le vague des déserts, près des glaces du pôle comme sous les feux de l'équateur. Partout quelques unes de leurs espèces se sont pliées à la domesticité.

LES LAMAS. Auchenia, Izuic.; Lama, Cuv.

Ont été mieux étudiés depuis quelques années, bien qu'on manque de bons renseignements sur les distinctions réelles à établir entre le guanaco ou lama (1) à l’état sauvage, dont l’alpaca (C. arucanus,

(:) Observations on the structure of the Peruvian lame ; by Robert Kuox, Edimb., 1831.

Molina), à longs poils laineux , ne seroit qu'une riété, au dire de plusieurs naturalistes (Atlas, pl. Cet alpaca a sa laine fréquemment barriolée de r ron et de blanc, comme certains moutons de contrées, et nous en avons vu des individus en ment blancs. Une jeune vigogne (1) que nous a été à même de voir vivante chez M, Deles qui avoit été apportée du Pérou par le capi Hoff, nous a permis de tracer une description complète que celles qu'on possède, Cette vigo mourut peu de temps après son arrivée (189) sa dépouille a été préparée pour les galeries Muséum.

La vigogne que possédoit M. Delessert étoit femelle âgée de dix-huit mois. Délicate, très et bien proportionnée dans toutes ses parties, jambes surtout étoient fines et déliées, Elle à environ quatre pieds de hauteur totale, Ses ore étoient longues, droites et couvertes de poils ses yeux gros, saillants et bruns; la lèvre supé profondément fendue. Les deux doigts, ene en deux ongles petits, triquêtres, carénés en sus, se trouvoient séparés l’un de l'autre par un si profond qui entamoit même le devant du tarse, deux sabots qui en résultoient étoient étendus, vexes, et formés par un épaississement de l'épi me ; le dos étoit légèrement renflé, Elle avoi châtaignes ou plaques cornées aux jambes, q mamelles inguinales, la queue épaisse, long huit pouces, pendante. Son pelage étoit médi ment long, très fourni sur le dos, et compo poils déliés, plus longs que la bourre fine, tén soyeuse qui étoit en dessous. Les poils des parti férieures et internes étoient courts, blancs, que le dessus du corps paroissoit d’un fauve vif forme, et ceux de la tête brunâtres. Les poil jambes étoient ras et blancs; les sabots noirs,

Cette femelle étoit très apprivoisée, et d'un cessive douceur. Tous les auteurs s'accordent garder les vigognes comme d’un naturel farot timide et incapable d’attachement. Il n'enestf même de celle-ci. Elle reconnoissoit parfaite les personnes qui en avoient eu soin.

Elle venoit, lorsqu'on l’appeloit, manger d cre, et surtout du papier. Cette habiwude de m du papier est propre à tous les ruminants qui transportés à bord des vaisseaux. Nous avons moutons ne vivre en quelque sorte que de la de vieilles gazettes, lorsque leur séjour prolt mer les avoit dégoûtés de toute autre nourriluré substantielle. Cette matière leur rappelle-t+ saveur des feuilles des arbres, ou bien le br les dents font en la déchirant fait-il illusion

() Camelus vicunna, L.; Lesson, Bull, FÉ Ut. Xi, p.119; Zool. journ,, t. 1, p. 242.

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t) Moschus kanchil, Raffles, Calal., Trans. Soc. linn., t, XI, p. 262 ; Fr. Cuv., 62e Jiv. (Atlas, pl. 63, Gg. 2.)

uit? Pendant son séjour à bord, la vigogne monik plus grande antipathie pour les chèvres, et elle étoit inquiétée , sa manière de se défendre soit à leur lancer sa salive, en leur crachant Qhhce, L femelle de vigogne commença à être en chale 12 août, ce qui annonceroit que dans leur siphère le rut a lieu pendant l’hiver. Mais une jularité singulière que cet animal nous offrit, i d'aller flairer, avec une sorte de vif plaisir, ant son museau entre leurs jambes, les perpes qui alloient le visiter, comme pour ne rien ne de cette odeur que le bon Henri IV aimoit Letqu'on peut appeler effluve sexuel. L'odeur etanimal exhale tient un peu de celle du bouc; ataussi désagréable, mais beaucoup moins ex- SIDIC,

LES CHEVROTAINS.

Moschus. L.

Mlemusc (1), meminno (?), de Java (3) et pyg- {l}, se trouvent décrits dans l'Histoire des mamkes de Buffon ; nous n’aurons à faire connoitre ls trois espèces suivantes , toutes trois des îles Haies et de Sumatra, où les habitants, au dire \rhafles, les distinguent par les noms de napu, hnchill et de pélanduk. 4° Le Naru (5) est décrit ‘r Rafles en ces termes : « C’est le plus grand Minis chevrotains. El a environ vingt pouces de {éttreize de haut. Il est beaucoup plus haut en keque sur les épaules. Sa couleur est ferrugik, mélangée sur le dos. grise variée de blanc clés et blanche en dessus et en dedans des “, La queue a deux ou trois pouces de long ; Si touffue et blanche en dessous et à l'extré- Une raie blanche s’étend depuis la base de la dire inférieure jusqu'aux deux côtés de l'angle ur, L'espace qui se trou+ entre est aussi set donne naissance à irais raies blanches difl, qui vont des épaules au milieu de la poi- Le sommet de la tête est très plat et de la couugineuse du dos, mais cette couleur devient inbre derrière le cou. Une raie noire part de œil et aboutit au nez. Une raie grise s'étend Ve milieu du ventre. Il a de petits éperons

Loschus Moschiferus, L.

oehus meminna, Erxl.

Hoschus javanicus, L.

us Pugmœus, L.; Shaw, misc., t. 1 (1790),

Hoschus Napu, Fr, Cuv.; moschus javanicus, Raf-

Lirans, Soc, linn, ? .(Atà 182) linn, de Lond., t. XI, p. 261. ( At

» Cette espèce fréquente les halliers près du rivage de la mer, ct se nourrit des graines d’un ardisia. Si on la prend jeune on l’apprivoise facilement, et elle devient alors très familière. »

2° Le KANCHILL (!) est plus petit que le napu, il n’a que quinze pouces environ de longueur sur neuf ou dix de haut. Il lui ressemble beaucoup par sa forme, mais il est plus svelte et plus vif. Sa couleur est très différente, elle est d’un brun foncé rougeatre, qui s'approche du noir sur le dos et devient bai brillant snr les côtés. Le ventre et le dedans des jambes sont blancs. Il a trois raies blanches sur Ja poitrine, de même que le napu, mais disposées autrement. La raie de chaque côté de la mâchoire inférieure est prolongée jusqu’à l'épaule, et devient plus étroite à mesure qu’elle s'éloigne. La raie du milieu est plus large en bas, et se rétrécit en pointe au-dessus : elle ne s’unit point aux raies latérales. Dans le napu, au contraire, les trois raies blanches partent d’un même point entre les maxillaires, ct semblent être le commencement d’une autre paire; puis toutes trois deviennent plus larges en arrière. La tête du kanchäüll n’est pas aussi plate et le museau est plus courbé en dessus. Les raies noires, des yeux au nez, manquent ; mais une raie noire bien prononcée s'étend sur le derrière du cou, ce qui n'existe pas dans le napu. Une raie brune part d’entre les jambes de devant jusqu’au milieu du ventre. Cette espèce se distingue encore par ses dents canines supérieures , qui sont longues et se recourbent en arrière, tandis que dans le napu elles sont courtes et droites. La queue est longue d’un pouce et demi à deux pouces, touffue, blanche en dessus et à l’extrémité, et, comme le premier, cet animal a des éperons cornés.

« Ces différences sont constantes à tous les âges, et ils ne sont pas moins opposés par leurs habitudes et leurs manières. Ce ruminant se trouve dans la profondeur des forêts, et sc nourrit principalement du fruit du kayo briang (gmelina villosa, Roxb.). Il vivra privé de sa liberté, mais il ne deviendra jamais apprivoisé comme le napu. S'il parvient à s'échapper, il se sauvera dans les bois. La finesse et la vivacité de cet animal sont passées en proverbe chez les Malais, et lorsqu'ils veulent parler d’un grand coquin , ils disent : éére rusé comme un kanchill. Les naturels racontent beaucoup de tours de cet animal. S'il est pris dans le piége qu’on lui a tendu, il restera sans mouvements, et simulera la mort lorsque le chasseur arrivera , et si celui-ci, trompé par cette manœuvre, le détache, le kanchall saisira cet instant pour se relever et disparoître. On cite un expédient plus singulier : lorsqu'il est poursuivi de près par des

() Moschus kanchil, Raffles, Catal., Trans. Soc. linn., & XI, p, 262 ; Fr, Cuv., 62e liv. (Aulas, pl. 63, fig. 2.)

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