‹ Compléments de BuffonChapitre 165 sur 667 · LE CISALPIN · texte numérisé non relu

LE CISALPIN

Que M. Bonelli a le premier distingué du moineau ordinaire, est commun aux alentours de Turin, le long du golfe de Ligurie, et dans toute l'Italie ; passé Trévise, on cesse de le rencontrer, et il est remplacé par le moineau ordinaire ou pierrot.

Le mâle a le sommet de la tête, la nuque et le haut

” du dos marron pur, et très vif en été, passant au roussâtre terne après la mue. Les joues sont d’un

blanc pur.

ces derniers il vit dans les rues des miettes tombées de la table du riche. Il gagne sa nourriture quotidienne au milieu des journées agilées. Son oreille el sa vue sont sans cesse au guel; Ses membres sont agiles et alertes. Il mesure le danger avec sang-froid. Le manége d'un chat qui se pelotonne pour bondir sur lui ne lui échappe pas, et aussi rusé que son ennemi, il lui oppose son expérience. Il aime la sociabilité, comme les pauvres dont il est le représentant dans ie monde emplumé , el son nid est simple et modeste. Là, il élève une nombreuse famille, toujours comme le pauvre; car, avec ure complexion robuste, un solide appélit, une vie journaliére hérissée de fatigues , l'amour est une compensation que lui devait la destinée. Bon époux, bon pére (sans que cette phrase banale soit inscrite sur son tombeau), il est esclave de ses devoirs temporaires. Il est vrai que, dans.le reste de ses loisirs, on peut le taxer d'inconstance , mais la faute en est-elle bien à lui; à lui que le Créateur a doué de qualités que tant d'hommes envieraient?.. Que de moineaux ont dû rire de pilié aux forfanteries de tant de frêles muguets!... Il est gourmand, maraudeur, lui prolétaire qui vit des superfluités des gens riches, de son adresse et de son industrie! Il s’estdit sans doute : Mais l'homme pourrait-ilme montrer le testament d'Adam qui l’intitule son unique héritier, sur ce globe créé pour tous les êtres ? La force me manque, rivalisons avec ce despote par l'adresse el la ruse : il sémera des moissons, nous les mangerons; il battra le blé dans sa grange et nous irons prélever le tribut du pauvre; il nous fera une guerre d’extermination, mais nous saurons braver ses piéges.—Le moineau a donc le caractère fier, car ildoiïl sa nourriture de tous les jours à ses seuls moyens. C’est l'industriel qui se soutient par ses propres lalents. Il en a l'indépendance et peut-être l'esprit frondeur. Heureux moineau! s'il p’avait dans le gamin le bourreau-né de sa famille, caz, par les affections de père, le moineau est malheureux!-1l voit ses fils privés de plumes, ayant le chef surmonté d'une ignoble crête taillée dans du drap écarlate, grimpant à la courte échelle sur deux doigts erasseux. 11 les voit, esclaves résignés, gambadant à la volonté d’un maître capricieux et tant soit peu cruel. Mais que l’univers chancèie sur les débris de notre globe broyé par la foudre, et le vieux moineau trouvera encore une fissure pour s'échapper; que le pôle de la terre pirouette et se couvre de glaçons, le moineau s'abritera sous la neige. Le moineau est aux êtres de la nature ce que l’orest à la civilisation : l’un et l'autre sont aussi vivaces au physique qu'au moral.

(") Fringilla cisalpina, Temm., Man., t. I,p.351, et HI, p. 256. FF, Italiæ, Vieill., Gal., pl. 63. Roux, pl. 82 bis,

HISTOIRE NATURELLE

La femelle a le dessus de la tête et la nuque cendré brun ; un sourcil roussâtre, une bande blanchâtre sur les ailes.

Cet oiseau est de passage en septembre et octobre dans le midi de la France.

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