LES MOINEAUX VRAIS
Ont le bec conique, court, comprimé, bombé vers la pointe seulement, à rebords de la mandibule supérieure légèrement rentrants. Les tarses sont médiocres ; la queue est moyenne et échancrée (3). Ils
() Tiaris pusillus, Swains., Phil. mag., juin 1827, ‘p. 438.
(2) Pyrgita, Cu.
() Buffon a connu : le moineau domestique* (F. domestica, L ; enl. 6, fig. 1); le friquet (F. montana, Gm.; enl. 267, fig. 1); le moineau à ventre jaune (emberiza capensis, Gm.; enl.66#); le M. du Cap(F.arcuata, Cuv.; enl. 230, fig. 1 ).
Le muséum de Paris possède les espéces nommées sur les tablettes : M. du Buisson, du Cap; M. du cap Vert ou de San-Yago, et M. du Sénégal.
* Buffon a décrit le moineau avec les préjugés de son temps, j'ai tracé son histoire avec ceux de mon époque,
S'il est un être qui ait le droit de se plaindre du Pline
Hi,
sont de l’ancien continent, un seul excepté, qui est de l’Océanie. Les Grecs connoissoient le moineau commun sous le nom de pyrgila.
de la France, c'est sans contredit le moineau. Le moineau proteste contre le génie de Buffon, autant et plus peut-être que nos lois actuelles ne protestent contre celles du xvirre siècle. Il a le droit de se plaindre du grand seigneur qui écrivait l'histoire naturelle en mar = cheltes et en jabot de malines, lui oiseau prolétaire qui représente le grand mouvement social du xixesiécle. Buffon n’a pas compris cet hôte plébéien de nos cités et de nos campagnes; il lui a réservé ses dédains. C’est que Buffon, représentant des doubles aristocraties dela naissance et du génie; Buffon lisant son histoire des animaux dans les riches salons de la capitale, ne foulant jamais le sol de la Bourgogne qu’enfermé dans les panneaux vernis d’une voiture, Buffon n’ayait pas jeté les yeux sur ce volatile, peuple par ses allures , peuple par ses habitudes et son laisser-aller. Et cependant cet enfant chéri de Lesbie, chanté par les poëles érotiques de rancienne Rome, était vénéré par les païens, qui enviaient , avec tant de raison, les facultés dont une libérale nature l'avoit doté. Catulle et Horace l'ont chanté, cet oiseau que le peuple, si sincére dans les affections qu'il porte aux êtres qui partagent sa misére, a appelé Pierrot: Pierrot , diminutif de Petit- Pierre ; Pierrot ce sobriquet familier du pêcheur qui tient les clefs du paradis; Pierrot, nom religieusement conservé par la tradition dans la masse infime du populaire qui chéritcet oiseau repoussé des voliéres dorées et des demeures opulentes. Puis, le moyen âge avec ses croyances religieuses fortement trernpées, le caractérisant par son capuce noir, l’appela petit-moine , moineau; et des voix enfantines du peuple, ce nom prenant droit de bourgeoisie, est venu par la force de l'usage s'impalroniser dans le langage national. Chaque province cependant a conservé à ce commensal une désignation familière, tant son heureux naturel a forcé les populations à l'identifier avec leur destinée.
Que Buffon ait réservé la pompe et la richesse de son style pour décrire le paon, cet emblème de la sottise recouverte d'or ou de la nullité puissante; qu'il ait soigné l’histoire du rossignol, image du poëte qui s’égosille à chanter, vêtu à la légère et non garanti des injures de la bise ; qu’il ait réuni toutes les couleurs de sa palette pour peindre les somptueux habits des colibris, frêles embryons de la fatuité et du dandysme; que le cygne au plumage blanc et amoureux de son individu, soit le type du pédartisme qui se rengorge, comme le dindon faisant la roue l’est de la stupidité qui se croit de l'esprit; pourquoi Buffon a:-t-il fait le moineau stupide, lourd, criard, gourmand et maraudeur? le moineau, cet industriel moaerne, qui va à ses fins{sans détour, sans s'inquiéter des gens avec lesquels il vit! le moineau, cet artisan de ses propres succés, qui sait que sa vie est un labeur continuel, et qu’il doit la conquérir sur les superfluités de l’homme?
Le moineau niche sur nos demeures; c’est qu’il ne craint ni le bruit ni le citadin , car il n’a ni un chant ni un plumage fait pour le tenter. Ce n’est pas que son courage et son audace ne le fassent tomber dans les mains desenfants, ses ennemis les plus implacables: mais il espére déjouer leurs ruses. Ses vêtements sont sombres comme ceux des fils de l’Auvergne;mais sousce costume vulgaire batun cœur ferme et prévoyant. Comme