LES TYRANS
Tyrannus. AUCT.
Brisson le premier groupa sousce nom des oiseaux que MM. de Lacépède et Vieillot isolèrent des gobemouches . des moucherolles et des pies-grièches.
Les tyrans n’ont été considérés par M. Cuvier que comme la première tribu du grand genre linnéen, muscicapa, que ce savant à divisé en trois sections : les tyrans, les moucherolles et les gobe-mouches. I les caractérise ainsi : « Leur bec est droit, long, très fort, à arête supérieure droite, mousse, à pointe subitement crochue; ils habitent l'Amérique, et sont de la taille de nos pies-grièches et aussi braves qu’elles ; ils défendent leurs petits avec courage même contre les aigles, savent éloigner de leur nid tous les oiseaux de proie. Les plus grandes espèces attaquent les petits oiseaux et ne dédaignent pas toujours les cadavres. »
M. Cuvier range parmi les tyrans le oiseaux sui-
(1) Todus cyanocephalus, Quoy, Ast., pl. 5, fig. 4. page 227.
() Pipra leucotis, L. Turdus auritus, Gm., en]. 822, Conopophaga leucotis , Vieili, Gall., pl. 127.
(5) P. nœvia, Gm., enl. 823, fig. 2.
we Conopophaga nigrogenys, Less., Orn., 393,
vants : le bentavéo, lanius pilangua, enl. 212; le tyran à ventre jaune, lanius sulfuraceus, ou le garlu , corvus flavus des ent. 296 et 249; le lanius tyrannus, enl. 357 et 676; le tyran à queue rousse, muscicapa auda , enl. 455, f.2; le AL. ferox, en. 574,1.1; le D. tyrannus, enl. 571, f.2; le M. forficita, enl. 677.
M. Vieillot sépara nettement les tyrans des gobemouches , et en fit un genre intermédiaire aux muscicapa et aux bécardes (ty'ira) ou les psaris de M. Cuvier. Il le caractérisa en ces termes : « Bec robuste garni de soies à la base, déprimé dans toute sa longueur, convexe en dessus , échancré et crochu vers le bout; mandibule inférieure un peu plate en dessous, aiguë et retroussée à la pointe. Les types de ce genre ainsi constitué sont le ben'areo, le moucherolle à huppe verte de Buffon, et le {yran pepoaza. »
En somme les tyrans sont pour plusieurs auteurs des oiseaux qui diffèrent principalement des piesgrièches, parce que leur bec est aplati horizontalement au lieu d’être comprimé sur les côtés, mais dont les caractères génériques ne nous paroiïssent pas aisés à distinguer de ceux des gobe-mouches ou de certaines bécardes.
Le travail le plus complet que nous ayons sur le genre tyrannus est celui de M. William Swainson, Il est inséré dans le 40° numéro du Journal des Sciences et des Arts de l’Institution d'Angleterre. Nous croyons devoir le suivre entièrement, comme étant l'expression de recherches directes, et parce qu'il renferme un grand nombre d'espèces nouvelles.
Les tyrans sont propres à l'Amérique, où ils remplacent les drongos de l’ancien continent. Ce sont des oiseaux querelleurs dont les habitudes sont solitaires et peu sociables, qui se nourrissent d’insectes, de petits oiseaux et de lézards. Suivant Daudin (Traité d'Ornith., t. {, p.514), on leur à donné le nom de {yrans, parce que leur courage les porte à se mesurer même.contre des oiseaux de proie de grande taille.
{ jer
Bec robuste et grand, ailes médiocres, les pennes internes du poignet sans échancrure, la queue égale.
Les tyrans de cette première section ont un bec beaucoup plus robuste que celui des autres espèces ; ils se rapprochent beaucoup des bécardes, et ont aussi des mœurs plus carnivores : leurs ailes peu développées ne leur permettent point d’avoir un vol étendu.
LE BENTEVE OU TICTEVI.
Tyrannus sulfuratus. Vigizz. (1).
Le bentevé a de longueur totale huit ou neuf pouces. Son plumage est brun en dessus, jaune en dessous; l’occiput ést occupé dans le milieu par une petite touffe de plumes d’un jaune d’or et par une plaque d’un noir profond qu’un cercle blanc entoure ; la gorge est de cette dernière couleur ; le bec est comprimé et allongé; les pieds sont gris; le bec et les ongles sont noirs ; les rémiges et les rectrices fauves bordées de brun.
Le bentevé est très commun dans toute l’Amérique méridionale entre les tropiques, mais surtout à la Guyane et au Brésil.
LE PITANGUA OU LE BENTAVÉO.
Tyrannus pilangua €).
Le bentavéo a la taille, l’ensemble des formes et jusqu'aux teintes du plumage de lPespèce précédente. Ilest brun roux en dessus, jaune en dessous, ayant la tête variée de noir et de jaune ; la gorge et le cercle qui entoure le crâne blanes; en un mot il offre à s’y méprendre les teintées du bentevé, mais il en diffère d’une manière bien distincte par la forme aplatie, très déprimée ét faconnée presque en cuiller de son bec. Le pitangua est figuré dans les dessins inédits de Commerson qui y a joint celte note : Sic Hispanis dictüs quia perpetuo vociferatur ben-te-veo. C’est un oiseau criard, peu défiant, excessivement multiplié dans les forêts du Brésil, et surtout dans la province de Sainte-Catherine , ainsi qu’au Paraguay.
Le bec aplati de l’espèce qui nous occupe a une forme si caractéristique qu’on ne pourra se dispenser tôt où tard de la séparer des tyrans et d’en former un genre à part distinct. Tout nous porte à croire que cet oiseau est d’ailleurs le type de la spatule pygmée (platalea pygmea) des anciens auteurs, dont Wilson avoit fait son genre eurynorhynchus en donnant à l’espèce le nom trivial de griseus. M.Temminck a placé le pitangua, à l’imitation de M. Des-
marest, parmi les platyrhynques; mais après un exa-.
men attentif, les oiseaux de ce dernier genre ont des caractères trop distincts pour que pitangua puisse leur être associé.
() Swains., sp. 1 : lanius sulphuratus, L., sp. 19: lanius cayeñnensis ; luteus, Briss., pl. 16, fig. 4: le garlu pie-grièche, ou bécarde à ventre jaune de Cayenne, Buffon, enl. 296 : yellow-bellied-shrike, Lath., Syn., t. 1, sp. 40 : corvus flavus, L.
(2) Swains., sp. 2 : lanius pitangua, L., sp. 15 : tyrannus brasiliensis , Briss., pl. 36 , fig. 5 : le bentaveo ou cuiriri, tyran du Brésil, Buff.,enl. 212: brasilian shrike, Lath, ; tyrannus bentaveo, Vieill., Ois, am., pl. 4,
HISTOIRE NATURELLE