LE PODARGE DE STANLEY
Se trouve aussi à la Nouvelle-Galles du Sud. Sa longueur totale est de trente-trois pouces. Son plumage est rayé de fauve et de cendré en dessus; il a des taches rhomboïdales noires sur la tête, Le dos, le cou et les tectrices sont rayés de noir. Le dessous du corps ponctué de cendré et de fauve sale, est aussi rayé de noir. Les soics sont longues et déjetées en dehors; les tarses sont jaunâtres.
LE PODARGE PAPOU ().
Celui qui a été tué sur le pourtour du havre de Doréy, à la Nouvelle-Guinée, a un pied sept pouces de longueur totale. C’est la plus grande espèce du genre, et il est fort difficile de déterminer les couleurs de son plumage, tant les nuances sont fausses et mélangées. Tout le dessus du corps est d’un gris
(:) P. cornatus , Temm., pl. 159.
() P. humeralis, Vig. et Horsf., Trans., XV, 98. Coldesp. 39.
etHorsf., Trans. XV, 197.
(5) P. stanleya
Gaim., Astr., pl. 13, p. 207.
DES OISEAUX
ferrugineux, mélangé de stries noires et blanches. Cette couleur est aussi celle du dessus des ailes, dont les couvertures supérieures présentent des lunules d’un blanc jaunâtre, à demi cerclées de noir. Les grandes pennes, sur un fond brun, ont leurs barbes extérieures marquées de taches jaunes assez régulières. La queue à onze bandes brisées jaunätres, et maculées de brun. Le bec est jaune sale et les pieds sont bleuâtres.
LE PODARGE OCELLÉ (1.
Est du même pays que le précédent ; il n’a que onze pouces de longueur. Son plumage est sur le corps d’un roux assez uniforme, piqueté de noir et de roux sur la tête et le cou, et garni de taches plus grandes sur le dos. Du roux, du brun et du blanc se partagent la gorge et le ventre. Les pieds sont jaunâtres. La queue est rousse, barrée de brun.
LES GUACHAROS.
Steatornis. Hume.
Sont des oiseaux qui ont fortement embarrassé les naturalistes, et qui ne sont bien connus que depuis les recherches persévérantes de M. Lherminier (?). M. de Humboldt révéla le premier leur existence en 4800, dans le Journal de physique, eten 1817 il lut à l’Institut un mémoire qui établissoit le genre stéatorne , mémoire qui fut inséré dans le volume de zoologie et d'anatomie comparée, faisant suite à son Voyage dans l’Amérique méridionale (3). M. Lherminier, dont l’amour de la science est bien connu, fit faire plusieurs voyages dans le but de se procurer ce rare et singulier oiseau, et c’est à lui que l’on est redevable des trois individus qu’il a généreusement distribués aux naturalistes de la France, en les accompagnant d’un excellent mémoire inséré dans le tome V des Nouvelles Annales du Muséum (i).
Les guacharos, grâce aux recherches de MM. de Humboldt et Lherminier, devront prendre place
(") P. ocellatus, Quoy et Gaïm., Astr., pl. 14, p. 208.
(2 Nous adréssons icinos remerciements publics à M.le docteur Lherminier, de la Guadeloupe, pour la bienveillance avec laquelle il nous a adressé un steatornis, dont nous avons commencé l’étude, et sur lequel nous espérons publier un mémoire enrichi de planches anatomiques.
(8) Mémoire sur le guacharo de la caverne de Caripe.
(:) Mémoire sur le guacharo (steatornis caripensis, Humb.),avec une belle figure, lettre adressée au secrétaire perpétuel de l’Acadèmie des sciences: nouvy. Ann. du Mus.,t.IIl, pag. 321 et suiv.
naturellement à côté des podarges et à la tête des œgothèles , des ibijaux et des engoulevents, en formant un genre distinet, et qui n’a jusqu'à présent que l'oiseau de Caripe pour représentant. Les caractères du steatornis {oiseau graisseux ) sont les suivants (1) : le bec est fort, solide, comprimé sur les côtés, crochu à la pointe, à mandibule supérieure, ayant une arête vive et une forte dent, sans y comprendre le crochet. La commissure du bec est ample, garnie de soies rigides, fasciculées, pectinées à leur base et simples à leur sommet. Les narines sont nues et obliques. Les ailes sont peu aiguës, ayant les troisième et quatrième rémiges les plus longues. La queue est arrondie, formée de dix rectrices. Les tarses sont gros, courts, moins longs que le doigt médian, à doigts bien séparés, terminés par des ongles crochus, tranchants, mais nullement pectinés.
« Le guacharo de Caripe(?), dit M. Lherminier, mesure de quinze à dix-sept pouces sur trois pieds d'envergure. Le fond de son plumage est roux marron, mêlé de brun, à reflets verdâtres, barré, piqueté et vermiculé de noir plus ou moins foncé, marqué de taches blanches de forme et de grandeur variées. Les petites sont cordiformes où rhomboïdales à la tête, au coù , sur les parties inférieures, et elles deviennent demi-sphériques ou triangulaires, et sont plus clair-semées sur les ailes et sur la queue. Elles dessinent sur le bord iñterne des pennes de celle-£i cinq à six marques espacées également et disposées en série longitudinale. Les barres noires de la queue sont plus larges que celles des ailes. Le bas du cou, le dos et les parties inférieures sont plus pâles que le reste du plumage, qui a moins de moelleux que celui des choüettes et des engoulevents. Le bec est gris rougeâtre. Le sternum de cet oiseau n’a offert aucune différence essentielle avec celui des engoulevents. »
M. Lherminier signale quelques différences entre les individus décrits par M. de Humboldt et les siens. C’est ainsi que M. de Humboldt donne dixsept rémiges, deux dents au bec, un plumage gris bleuâtre à son guacharo, tandis que M. Lherminier a trouvé à ceux qu’il à reçus de la caverne de Caripe même, vingt rémiges, une longueur de dix-sept à dix-neuf pouces, une seule dent au bec et un plumage marron. Il attribue ces différences à l’âge, et regarde comme des jeunes les guacharos décrits et Sgurés par M. de Humboldt. Cette opinion paroît être fondée.
A ces détails, M. Lherminier ajoute : « Plus robuste que les engoulevents, les podarges et les ibi-
() Humb. et Lherm., Loc. cit.
() Steatornis caripensis, Humboldt, Loc, cit. Lherminier, pl. 15.
jaux, plus fortement constitué qu'eux, dans toutes ses parties, le guacharo se rapproche, par son facies, son port, etc., des oiseaux de proie, et des nocturnes surtout, dont il a quelques habitudes ; mais il s’éloigueroit complétement d’eux, s’il est prouvé qu’ils se nourrissent exclusivement d'aliments végétaux. Tout porte à croire que cet oiseau est insectivore, à en juger par la force de son bec et par la forme de ses intestins, qui sont analogues à ceux des ibijaux et des engoulevents, oiseaux qui se nourrissent exclusivement d’insectes. Leurs pieds ont les plus grands rapports avec ceux des chauves-souris et iles martinets, et sont très propres à les maintenir accrochés le long des parois des cavernes. »
Quant à quelques autres détails relatifs à l'oiseau singulier et curieux qui nous occupe, nous les emprunterons à M. de Humboldt. Ce savant dit : « Les missions des Indiens Chaymas, situées dans la partie montueuse de la province de Cumana, renferment une caverne célèbre par l’innombrable quantité d’oiseaux nocturnes qui l’habitent. Ces oiseaux, qu’on appelle guacharos, fournissent une graisse fluide, inodore, plus transparente que l’huile d'olives. Les Indiens de Guaripe, et les religieux qui vivent dans le couvent de ce nom, n’emploient d'autre graisse pour préparer leurs aliments que la manteca del guacharo. Xls pensent que cet oiseau ne se trouve dans aucune autre région de l'Amérique. Cette assertion est probablement inexacte, et cependant, à l'exception des montagnes de Cuchivano, près de Cumanacoa, et par conséquent peu éloignées de Caripe, on n’a point encore découvert ailleurs des oiseaux de ce genre. Le guacharo a la voix rauque et aiguë. F1 fuit la clarté du jour, et ne sort que pendant la nuit ou dès le coucher du soleil.
» Pris (1) au nid et soumis à un feu de broussailles, Îles jeunes guacharos fournissent en abondance une graisse demi-liquide, transparente, inodore, également recherchée pour la cuisine et l’éclairage, et qui se conserve sans rancir au delà d’une année. On l'appelle dans le pays manteca ou aceite del guackaro. Les semences des fruits contenus dans leur estomac sont aussi recueillies avec soir, et constituent, sous le nom de semilla del guacharo, un remède célèbre contre les fièvres intermittentes de Cariaco. » |
LES OEGOTHÈLES.
OEgotheles. Vic. Et Horsr.
Sont le lier qui unit les podarges aux stéatornis et aux engoulevents. MM. Vigors et Horsfield ont
{) Lherminier, loc. cit.
HISTOIRE NATURELLE
appliqué à ce genre le nom d’«yc0r5, qu’Aristoté donnoit à l’engoulevent d'Europe, pour rappeler les analogies de l’espèce type avec les vrais engoulevents; mais il y a toujours de graves inconvénients à donner à un oiseau de la Nouvelle-Hollande un nom que les anciens avoient consacré à un volatile de l'archipel de la Grèce et de l’Europe. Les ægothèles ont donc pour caractères zoologiqnes et distinctifs un bec court, épais, large, déprimé à sa base et entier sur ses bords. La commissure est très ample. L’arête qui surmonte en carène la mandibule supérieure est onguiculée et fortement crochue. Les soies sont pectinées à leur naissance et simples au sommet. Les narines sont médianes et percées en fente oblique. Les ailes sont aiguës, à troisième et quatrième rémiges les plus longues. Les tarses sont robustes et allongés : la queue est médiocre et arrondie. Les ongles ne sont pas pectinés.
Le seul œsothèle connu cest le teringing (1) des nègres de la Nouvelle-Galles du Sud, aux alentours du port Jackson. Son plumage est fauve noir et d’un blanchâtre sale en dessus, blanchâtre en dessous. Le cou et la poitrine sont obscurément rayés, et le front est surmonté d’une huppe de plumes dressées et imitant des soies. Sa nourriture consiste principalement en insectes, et notamment en mouches.
LES IBIJAUX ().
Ont été séparés des engoulevents, dont ils se distinguent par les caractères du premier ordre, par M. Vieillot. Cet auteur à caractérisé ce genre ainsi qu’il suit : « Le bec, très dilaté et garni de soies à » sa base, est rétréci et crochu à la pointe. La man- » dibule supérieure est munie sur les côtés, vers » son origine, d’une dent obtuse. L’inférieure, plus » large, a ses bords recourbés en dehors. Les doigts » antérieurs sont unis, à l’origine, par une petite » membrane, Les latéraux sont inégaux et le pouce » est épaté. »
Dans un travail de révision publié par M. Lafresnaye, cet ornithologiste propose de séparer sous le nom d’engoulevents humicoles, les vrais engoulevents qui seuls possèdent l’ongle du doigt du milieu garni de dents sur son bord, de manière à imiter un peigne des engoulevents préhenseurs, renfermant les genres podarge, quacharo, ægothèle et
{) Caprimulqus Novæ-Hollandiæ, Lath., esp. 18: crested goat-sucker, Philipp, it., pl. et p. 470 : œgotheles Novæ-Hollandiæ, Nig. et Horsf., Trans. XV, 197; White, pl. et p. 241. -
e) Nyctibius, Vieill., Annal. d’ornithologie (1816), p.38, n. 110; Lafresnaye, Hermés, n. 42 (1836), pag. 188.
DES OISEAUX
ibijau , qui ont cet ongle parfaitement lisse. Il y a aussi quelques autres différences dans l’épatement de la plante du pied. M. Lafresnaye signale aux ibijaux une organisation du pied toute différente de ce qui a lieu chez tous les oiseaux indistinc'ement. « Elle consiste dans un tarse tellement court et large » (son articulation avec la jambe dépassant à peine » l'insertion du pouce), qu’il à toute l’apparence » d’un métatarse, et qu’on ne trouve des exemples » de cette manière d’être que chez les manchots, les » aras et les calypthorhynques, par l’épatement de » la plante; entre la base des doigts, le long de leurs » bords, et surtoutentre le pouce et le doigtinterre ; » on reconnoît encore de nouveaux rapports entre le pied d’un ibijau et celui des perroquets. »
Si les ibijaux diffèrent, par certains détails d’organisation, des engoulevents, ils n’en diffèrent pas moins par leurs mœurs. C’est ainsi que d’Azara peint les habitudes de l’urutau qui appartient au genre nyclibus. « Cette espèce se tient constamment dans » les grands bois : elle se perche sur les arbres éle- » vés et secs, se tenant toujours accrochée à l’ex- » trémité d’une branche cassée, le corps vertical et » appuyé sur sa queue à la manière des pies, de » sorte que la moitié de son corps dépasse le tronc. » Les urutaus ne se posent point à terre, et, sion » les y met, ils étendent les ailes et en appuient » l'extrémité et leur croupion contre terre, en con- » servant une position verticale sans se tenir sur » leurs pieds. »
On connoîit actuellement trois espèces d’ibijaux. La première a été décrite par Buffon sous le nom de grand ibijau de Cayenne (1). La seconde est luru- Lau (?) de d’Azara, qui a le corps varié de roux,de brun et de noir en dessus, de brun roussâtre et de noir en dessous. L’abdomen tire au brunâtre très clair. La gorge est roussâtre. Les pieds sont rosés. Cet oiseau pond deux œufs bruns tachetés dans un creux d’arbre sec, mais sans apparence de nid, de sorte que la mère, accrochée dans une position verticale sur l'ouverture du creux, peut les toucher ou les couver avec sa poitrine. Les habitants du Paraguay connoissent cet oiseau sous le nom d’urutau. Ses mœurs sont solitaires, mais son cri est bruyant, long et mélancolique. Le cri d'inquiétude du mâle et de la femelle peut être rendu par les syllabes qua, qua, articulées avec force. La troisième espèce est l’ibijau à longue queue (3) qui vit au Brésil, où l’a découverte le docteur Spix.
() N. grandis, Vieill., enl. 325.
(2) Caprimulqus cornutus, Vieill., Encycl., p. 538; Azara , n. 308.
&) Nyct. longicaudatus , Lafresn. ; caprimulgqus longicaudatus, Spix, Bras., pl. 1.