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LES ENGOULEVENTS

Caprimulqus. L.

Se sont enrichis, depuis la mort de Buffon, d’un grand nombre d'espèces. Ils sont reconnoissables à leurs narines tuberculeuses, et en ce que l’ongle du doigt du milieu est, chez toutes les espèces, garni d’une rangée de dents disposées en peigne. Ils sont répandus dans toutes les parties du monde. Buffon en à connu plusieurs espèces (1). Les engoulevents ont de grands rapports avec les rapaces nocturnes par la mollesse de leur plumage, qui chez toutes les espèces présente la plus grande similitude dans les dispositions des lignes et des bariolages. Leurs yeux sont grands; leur bec, foible et crochu, est excessivement fendu, et garni de moustaches ou de soies plus ou moins fortes. Ils peuvent avaler les plus gros insectes, qu’ils retiennent dans leur gosier par une salive visqueuse. Leur chair sent le muse, et leur graisse est presque fluide et très abondante. Leur peau (st tellement mince, qu’elle se déchire avec la plus grande facilité. Leurs ailes sont très longues et aiguës ; leurs pieds sont courts et emplumés. Ce sont des oiseaux qui vivent solitaires, ne volant qu’au crépuscule ou au clair de lune, et poursuivant les lucanes, les bousiers, les phalènes, et autres insectes nocturnes. L'espèce européenne peut, par ses mœurs, donner une idée de celles de ses congénères exotiques. On ne la rencontre guère, pendant le jour , que blottie au pied des sepées dans les bois, et surtout dans ceux qui ont des bruyères. Lorsqu'on la fait lever, son vol est court, puis elle se laisse de nouveau tomber sur le sol, les ailes placées comme si elle avoit été atteinte par le plomb d’un chasseur. Le soir, les engoulevents ou tette- chèvres s'abattent sans cesse sur les chemins , en se collant au sol, puis s’enlevant de nouveau pour s’abattre encore à quelques pieds plus loin, sans se servir des pieds pour franchir ce petit espace. [ls nichent à terre dans les bois et les bruyères, sans faire de nid. Quand il leur arrive de se percher, ils choisissent les grosses branches et les plus basses des arbres, au tronc, par exemple, pour s’y placer en long, et non en travers, comme le font tous les oiseaux percheurs. C’est dans cette position, ou mieux lorsqu'ils sont appuyés sur un petit tertre, qu’ils font entendre leur cri discordant, imitant assez celui d’une cresserelie.

On doit grouper ces oiseaux en plusieurs tribus,

() Caprimulqus europeus, L.,enl. 325 ; C. quyanensis, L., enl. 733; C. rufus,en!.735; €. semitorquatus, f.,enl. 734; C. cayennensis, L., enl. 760; C. acutus, L., en]. 752.

en se servant des modifications que présentent leurs grandes penries, et surtout les rectrices.

Les vrais engoulevents à queue subégale sont : 4° l’uméricain (1) est noirâtre, tacheté de roussâtre et de blanc en dessus. Il est noirâtre en dessous, avec des rayures noires et blanches. Les pennes primaires sont noîres, maculées de blanc. La queue est légèrement échancrée. Le mâle a une tache triangulaire neigeuse sur la poitrine et une bande blanche sur la queue. Cet engoulevent n’habite les Etats- Unis que pendant la belle saison Il émigre aux approches de l'hiver. On le nomme rain bird, ou oiseau de pluie, parce qu’il abandonne sa retraite avant le coucher du soleil, lorsque le temps est couvert ou pluvieux. Popetlue est le mot que semble articuler le cri de cet oiseau. 2° Le vocifère, ou le whip-poor-will (?) des Anglo-Américains, est célèbre dans les romans de Cooper. Ses moustaches sont plus longues que le bec : sa queue est arrondie, un peu plus longue que les ailes. Le mâle a ses trois rectrices externes terminées de blanc. La femelle à la queue frangée de jaune ocreux. Le cri de cet oiseau des plaines du Missouri, et qui s’avance dans l'été dans le nord des États-Unis, est rendu par les syllabes qui composent son nom anglois, et que l’on peut traduire par ouipourvouelle. Sur les bords de Ja bäie d'Hudson , les naturels l’appellent payk, ailleurs muchaonise. Les colons le distinguent sous le nom de faucon des moucherons. La femelle dépose à terre, dans un sentier battu, deux œufs d’un brun verdâtre, parsemés de raies et de zigzags noirs. 5° Le carolinois (3) a les moustaches plus courtes que le bec; sa queue est arrondie, dépassant les ailes d’un pouce. Les trois rectrices externes sont terminées et bordées de blanc. La femelle a ses plumes terminées de jaune ocreux. Il habite les États méridionaux de l’Union pendant l’été. 4° Le jamaïcien (*) a le plumage ferrugineux strié de noir. Les ailes sont tachetées de blanc. Les rémiges, brunes, ont des maculatures neigeuses, et les rectrices sont Parrées de noir. On le trouve dans les forêts de la Jamaïque. Sa taille est de six pouces. Ses yeux sont orangés. 5° Le long-bec (5) a beaucoup de rapport avec l’engoulevent à demi-collier de j'enl. 734. El vit dans le sud de l'Amérique, et son plumage, noirâtre, est finement ponctué de roux et de blanchätre. Les quatre premières rémiges, sans taches, ont

() Caprimulqus americanus, Wilson, pl. 40, fig. 1 et 2, tome V; C. virginiatus, Briss., Edw., pl. 63; C. popetue, Vieill., esp. 20; Encycl., p. 642.

(2) € vociferus, Wils., Am. orn., pl. 41, fig.1,2et3 (jeune); C. clemator, Vieill., Encycl., n. 6, p. 557.

(3) C. Carolinensis, Wils., pl. 54, fig 2, t. VI, p. 95.

(:) C. jamaïcensis, Lath. ind., esp. 2.

(5) C. longirostris , Ch. Bonap., Journ. ac. phil., t. IV, p. 384. Bull., VI, 412.

HISTOIRE NATURELLE

à leur milieu une bande rousse oblique. Le cou porte un collier blanc. Sa taille est de neuf pouces. 6° Le nacunda (1) se trouve au Brésil et au Paraguay. Sa taille est de six pouces. Son corps est en dessus pointillé de roux et de noir. Une lunule blanche existe sur le menton. Les parties inférieures sont de cette dernière couleur, mais des lignes brunes se font remarquer sur la poitrine. Les pieds sont olivâtres. Nacunda signifie dans la langue des Guaranis, qui a la bouche large. 7° Le natterer (?) habite le Brésil. Il a une cravate blanche, tout le dessus du corps brun, vermiculé de petits cercles aurores. Le ventre est couleur de buffle, rayé de noir. Sa queue est rectiligne. 8° L’engoulevent à collier roux () est rayé en travers sur le corps de gris et de noirâtre, et longitudinalement de noir et de roux. Sa gorge est blanche, et un large collier roux s'étend sur la nuque. Cet oiseau, qui se tient en Afrique, paroît quelquefois dans le midi de l'Europe. Un individu a été tué à Marseille. 9° L’isabelle (4), que l’on trouve dans la haute Egypte, est d’une couleur isabelle de nuance douce, couverte de petits traits noirs. Un demi-collier blanc occupe le devant du cou. 18e Le distingué (5) a été rencontré dans le Sennaar, Sa taille est de sept pouces et demi, son plumage est fauve doré, avec un plastron blanc au-devant du cou, le bas-ventre, et l'extrémité des rectrices externes, de même qu'une raie sur l'aile, neigeuses. Des raies blanchâtres, bordées de traits noirs et ovales, sont épars sur le corps, les ailes et la queue. 14° L'engoulevent enfumé (6) se trouve en Nubie : son plumage est brun roussâtre, avec de nombreuses stries onduleuses et noires. La gorge, un trait sur le menton, une bandelette sur les rémiges et l’extrémité des deux rectrices externes, sont blancs. Sa taille est de sept à huit pouces. 12° L’engoulevent à collier (7) vit dans l’intérieur du cap de Bonne-Espérance. Il est généralement émaillé de noir, de brun, de fauve et de blanc. Sa queue dépasse les ailes. Le devant de sa gorge a un croissant blanc. Les rectrices externes sont de cette dernière couleur. L'Inde et les îles d'Asie possèdent aussi plusieurs espèces d’engoulevents. 15° Le monticole ($) vit sur les bords du Gange,

(1) C. diurnus, Wied., it.; t. TEE, p. 91 ; Temm., pl.182; C. naeunda, Azara , Par., t. EV, p. 119, n. 312 ; C. nacunda, Vieill., Encycl., p. 538.

GC; G nattereri, Temm., pl. 107.

() C.ruficollis, Temm., Man,, t.1. p. 438; C. ruftorquis, Vicill., Encycl.

(&) C. isabellinus, Temm., pl. 379; C. Ægyptius, Licht., cat., n. 610, p. 59.

(5) C. eximius, Ruppell, Temm., pl. 398.

(6, C. infuscatus, Ruppell, Af., pl. 6, p. 9. C. nubicus, Licht., Cat., n. 611.

(7) C. pectoralis , Cuv., Levaill., pl. 49.

(E C.monticolus, Frank., Proceed., 1,116. Great Bom-

| bay goat-sucker, Lath.?

DES OISEAUX

entre Bénarès et Calcutta. Son plumage est d’un cen- | miges sont brunes, ponctuées de jaune par goutte-

dré brun pâle, tacheté de roux et de brun par plaques éparses. Le ventre est d’un brun roussâtre rayé. Les rémiges secondaires sont rayées de roux et de noir, Les primaires sont d’un brun noirâtre, et quatre d’entre elles portent à leur milieu une large bande blanche. Les deux rectrices externes sont blanches, terminées de brun. La femelle à une bandelette rousse sur les ailes et la queue unicolore, c’est-àdire sans rectrices blanches. Sa taille est de dix pouces. 44° L’asiatique (1) qui se trouve aux environs de Bombay et de Calcutta, a le plumage cendré, mais mélangé de brun et de ferrugineux. La poitrine est rayée de cendré. Sa gorge a une tache plus claire. Sa longueur est de huit pouces et demi. 15° Le macrotis (?) se trouve aux îles Philippines. Son plumage est d’un brun intense, ondulé de roux. Le corps en dessous et la queue sont rayés de roussâtre. La tête a des touffes de plumes qui semblent simuier deux oreilles. Les touffes, la tête et les scapulaires sont d’un brun roux, ondulé et ponctué de brun et de noir. Un collier blanc s'étend jusqu’à la nuque qui est rousse. Sa taille est de quinze pouces anglois, 46° Le mahratte (), du Dukhun, sur le continent indien, est sur le corps d’un gris cendré pâle, ondulé et tacheté de brun et de ferrugineux. La poitrine et les trois rémiges les plus externes, de même que les deux rectrices latérales à leur pointe, sont marquées de blanc. Sa taille est de huit pouces environ. 47° L’ajfinis ($) se trouve à Java. Il est voisin de l’asiatique et a neuf pouces englois de longueur. Son plumage e:t varié de noir, de fauve, de ferrugineux. $es rémiges sont fauves, et les trois extérieures sont rayées de blanc, et les internes sont variées de gris et de ferrugineux.

La Nouvelle-Hollande à des engoulevents qui diffèrent peu de* espèces de l’Ancien-Monde. 18° Le moustac (°), long de douze pouces, est vermiculé de brun, de fauve, de gris, de noir , a du roux vif sur les côtés du cou et deux plaques neigeuses sur Ja même partie. Sa queue est arrondie, 49° La gorge b'anche ($) est brun varié de noir, de gris et de fauve. Le ventre est jaunâtre, rayé de brun. Il a une tache ovalaire oblique blanche de chaque côté de la gorge comme le précédent, avec lequel il a les plus grands rapports. Sa taille est de vingt et un pouces. 26° Le ponctué (T), que Les nègres Australiens des environs du port Jackson nomment wat-watkin, est d’un ferrugineux franc en dessus, rayé de fauve. Les ré-

() C. asiaticus, Lath.Bombay goat-sucker, ib ,esp.16. (2) € macrotis , Vig., Proceed., I, 97.

6) C. mahrattensis, Sykes ; Proceed., II, 83. (4) C. affinis, Horsf, Trans., XIII, 142.

5) C. mystacalis, Temm., pl. #10.

C. albagularis , Vig. et Horsf., Trans,, XV, 194, C. guttatus, ibid., p. 192.

lettes régulièrement disposées en cinq lignes. Le dessous du corps est d’un jaunâtre sale. Les ailes sont brunes, et les tarses sont vêtus jusqu'aux doigts. 21° Le rayé (1) est blanchätre, avec le dos obscur et bleuâtre, relevé par une bandelette sur la nuque, noire comme l’occiput. Les rémiges et les rectrices sont rayées de ferrugineux. 22° Le strigode (?) est brun ferrugineux, rayé et tacheté de brun foncé. Les yeux sont surmontés de sourcils blancs. 25° Le gréle (3) est cendré, varié de brun et de blanc en dessus, blanchâtre en dessous. Les rayures et les taches sont jaune ocreux. Sa queue est allongée; son corps mince, son bec est robuste. Les yeux et les tarses sont jaunes.

L'Afrique a quelques engoulevents, dont la queue ou certaines plumes accessoires offrent des anomalies fort remarquables, et qui les distinguent des espèces précédentes.

Une seule espèce a la queue plus longue que le corps, et composée de rectrices étagées, de manière que ce sont les deux moyennes qui se trouvent être les plus longues, et les externes qui graduellement se raccourcissent. 24° Le climacure:(f) se distingue en outre par des moustaches formées de soies fortes et rigides, plus longues que le bec, qu’elles enveloppent. Cet oiseau se trouve au Sénégal, Il est caractérisé par un coilier blanc placé en travers du cou et par une large écharpe, aussi de cette couleur, coupant en travers de l’aile. Le reste de son plumage est bariolé de brun, de roux , de fauve, de jaunâtre, de noir, etc. Sa taille est de douze pouces, et la queue seule en a six et demi.

Java paroit posséder une espèce 25° d’engoulevent (5), à queue plus longue que le corps, et cunéiforme, dans le genre de celle du climacure. Son plumage est noirâtre ferrugineux sombre, avec une raie verticale et des rayures sur les tectrices d’un noir profond.

Un outre engoulevent africain présente une disposition inverse dans sa queue, qui est profondément fourchue. C’est 26° l’engoulevent à queue fourchue(S), qui vit dans le pays des grands Namaquois, sur les bords de la rivière des Lions; il a vingt-six pouces de longueur. Son bec est excessivement large, et terminé par un petit croc, quiressemble, dit Levaillant, plus à une griffe qu’au bout d'un bec d'oiseau. La mandibule supérieure possède un cran des plus marqués. Son cri consiste en une

(1) C.vittatus , Lath., Ind., esp. 19.

(2) C. strigodes, Lath., Ind., esp. 20.

() €. gracilis , ibid., esp. 22.

(4) C. climacurus, Vieill , Gal., pl. 422, p. 195. (5) C. macrurus, Horsf., Trans. XIII, 142.

(6) Levaill., Af., pl. 47 et 48, esp. 120. C. furcatus, Cuv. C, forficatus, Vieill., Encycl., 540,

espèce de chevrotement guttural, qu’on peut rendre par gher-rrrrrr, gher-rrrrrr.

L'Afrique nourriten outre un engoulevent à queue roude, mais qui présente à chaque poignet de l’aile une longue tige nue, épanouie ou garnie de barbes seulement à son extrémité. C’est 27° le longipennes(1), ou engoulevent de Sierra-Leone, est varié de gris, de rouxet de brun.Vers le milieu des couvertures supérieures naît une plume longue de près de vingt pouces, sans barbes, sur une longueur de quinze pouces, avec quelques poils isolés sur un seul côté, puis garnie de grandes barbes marquées de cinq raies. Cet oiseau habite la Sénégambie et la côte d’Angole.

L'Amérique méridionale possède un engoulevent qui s'éloigne de toutes les autres espèces par l’extrême allongement des deux rectrices externes de la queue, tandis que les deux moyennes dépassent les latérales, qui sont légèrement étagées et fourchues entre elles. L'ongle du doigt du milieu est aussi beaucoup plus fort, recourbé et plus long que chez les autres espèces. Les soies sont plus longues que le bec, rigides et rangées en dents de peigne. C'est 28° l’engoulevent à queue en ciseaux (?), qui paroît être de passage au Paraguay, et qui se trouve aussi au Brésil. Le collier, roux vif, occupe le derrière du cou. La femelle a les rectrices externes beaucoup moins longues.

Le Paraguay possède encore un engoulevent à queue singulière, 29°, ou l’énicure($), que d’Azara a fait connoiître, mais qui nest pas figuré. C’est l’ibijau cola extrana de l’auteur espagnol. Sa queue paroît fortement échancrée en carré, parce que la troisième rectrice dépasse la première de quatre lignes, et les quatrième et cinquième de près de dix lignes. Cet oiseau, long de sept pouces et demi, a le vertex blanchâtre, varié de points et de lignes longitudinales noirâtres. Le corps, en dessous, est roux rayé en travers de noirâtre.

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