LE PARADISIER ROUGE
Paradisæa rubra.
Long-temps rare dans les collections , ce magnifique paradisier, dont les parures des flancs semblent être teintes par le sang le plus vermeil , existe maintenant dans la plupart des grandes collections et même dans les cabinets de beaucoup de simples amateurs. L’individu qu’a figuré Levaillant, et qu’on voit encore au Muséum d'histoire naturelle, avoit été jusqu’à ces dernières années le seul connu en France; Vieillot lui-même avoue n’en avoir jamais vu que trois ; mais de 182, à 1852 nous eûmes occasion d’en expédier plusieurs rapportés par nous ou envoyés en Angleterre par M. Guy, et principalement une peau d’une rare intégrité conservée dans la collection de notre ami Longuemare. Enfin la seule femelle du paradisier connue que l’on voit au Muséum de Paris a été découverte par nous, et a figuré dans l’atlas zoologique du voyage la Coquille (pl. 27).
Les auteurs qui ont décrit cet oiseau si remarquable par sa coloration, bien qu’il soit le reflet complet quant aux formes des deux paradisiers émeraudes, ne sont ni anciens ni nombreux. Valentin, Forrest, Sonnerat, n’en ont pas eu connoissance. La première mention paroît être due à Daudin, et date de 1800 ; elle a été faite sur l’individu de la collection du stathouder, que feu de Lacépède avoit nommé du nom qu’il porte en le déposant sur les tablettes du Musée. Levaillant et Vieillot, dans l'Histoire de leurs paradisiers et oiseaux dorés, Shaw, dans sa Zoologie générale, et Sonnini dans le Supplément aux œuvres de Buffon, ont mentionné cette espèce qu’on voit figurer depuis lors dans tous les articles des dictionnaires d'histoire naturelle et dans les traités d’ornithologie.
Le paradisier rouge mâle et adulte a douze pouces de longueur totale, du bout du bec à l'extrémité de la queue. Le bec, de la longueur de la tête, est plombé ou blanchâtre , légèrement convexe, fendu presque jusque sous l’œil. Les tarses sont médiocres, bleuàtres, l'iris est jaune. Les plumes du front, jusqu’au milieu de la tête, celles placées entre la commissure et l’œil sur les joues, les côtés et le devant du cou, sont d’un vert noir sablé d’or. Ces petites plumes sont veloutées, serrées, émeraudines, et s’avancent sur la région temporale, en dessinant sur la ligne médiane une échancrure. Il en résulte sur les peaux mutilées par les Papous, et dont la partie osseuse de la tête a été enlevée ou brisée, deux sortes de petites huppes produites par le racornissement dé la peau du front et par le soin qu’ont les préparateurs de les faire saillir sur les individus qu'ils fabriquent en collant les plumes sur du liége, ainsi
qu’on le voit dans beaucoup de musées. Le derrière de la tête et du cou, le haut de la poitrine et la partie supérieure du dos sont d’un jaune beurre frais de nuance uniforme et douce, passant au rouge cannelle sur les épaules et sur le dos. Les ailes, le croupion et le ventre à partir du thorax sont d’un brun marron luisant foncé. Les parures des flancs se composent de plumes longues de douze à quinze pouces , eflilées, recourbées , à barbes plus serrées que chez les émeraudes, d’un rouge luisant et fulgide , du rouge de carmin le plus vif pour les antérieures, tandis que les postérieures ont leur extrémité décolorée et blanchâtre. La queue est médiocre, rectiligne, composée de dix rectrices, sans y comprendre deux brins longs de vingt-deux pouces et quelquefois convexes sur un bord, concaves sur J’autre, recoquillés sur eux-mêmes dans leur plus grande étendue, terminés en pointes, mais garnis à leur insertion de barbes rudes et très courtes. Ces deux filets d’un brun marron noir partent du eroupion par une insertion commune, se séparent bientôt pour flotter librement sur les parties latérales de la queue.
Les habitudes de ce rare et admirable oiseau sont inconaues ; sa patrie est l’ile de Waigiou. Les Papous des alentours d’Offack nous en donnèrent quelques peaux , et un officier tua une femelle pendant le séjour de la corvette La Coquille dans ce havre.
Les voyageurs n’avoient donné quelque attention qu'aux mâles des oiseaux de Paradis, Leurs dépouilles , destinées à servir de parure ou à enrichir les cabinets des curieux, étoient les seules dont on recherchât avec empressement la possession. L’autre sexe dédaigné n’étoit point parvenu en Europe, et Levaillant seul fit connoître une femelle du petit émeraude.
Comme toutes les femelles des oiseaux de paradis, celle du paradisier rouge, que nous figurons (pl. 8), estsans parures et sans vives couleurs, bien cependant que les teintes qui composent sa livrée soient assez douces pour flatter l'œil et ne pas la faire dédaigner par ceux qu'attire seule la beauté du plumage.
La femelle du paradisier rouge a douze pouces quatre lignes de longueur totale : dans ces dimensions la queue entre pour quatre pouces et demi. Les tarses ont dix-huit lignes, et sont garnis de larges scutelles en avant. Les doigts antérieurs sont gradués, moins robustes que le pouce, qui est terminé par un ongle fort et puissant, tandis que les antérieurs sont de moitié plus foibles. Les tarses sont bleus dans l’état de vie, tandis que le bec est plombé avec une teinte rougeâtre. Dans celte espèce les parines ne sont point recouvertes par les plumes du front : elles sont placées dans une fossette larg et basale,
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HISTOIRE NATURELLE
Un masque d’un marron très foncé et d’un aspect soyeux recouvre le front jusqu’au milieu de la tête, descend sur les joues, en enveloppant les yeux, et se termine en s’arrondissant au milieu et en devant du cou. L’occiput, le derrière du cou et le devant, au-dessous du masque marron, sont d’un jaune doré plus franc sur la tête, et qui se mêle {sur le manteau et sur la poitrine avec le marron qui teint ces parties. Sur le dos toutefois apparoît une teinte jaune, orangée, brillante, mais peu dessinée. Tout le dessus du corps, le dos, le croupion, les rémiges, les rectrices, sont d’un marron franc à aspect séricéeux. Sur les épaules le marron est teint de jaune rougeätre. Tout le dessous du corps, le haut de la poitrine, les flancs, le bas-ventre, et même les couvertures inférieures, sont d’un marron ou chocolat plus clair que sur le dos et à aspect velouté. Les ailes sont marron en dedans, ainsi que l’est la queue en dessous. Elles ne s'étendent que jusqu’au tiers supérieur de celle-ci, qui est assez longue, égale, et composée de rectrices peu fermes.
C’est dans l'ile de Waigiou, qui fait partie du système des terres des Papous, que nous nous procurâmes la femelle du paradisier rouge. Nous en sommes redevables à M. Bérard, lieutenant de vaisseau de la marine, qui la tua sur les bords du havre d’Offack, et qui voulut bien en enrichir les collections que nous avons déposées au Muséum d'histoire naturelle par suite du voyage d'exploration de la corvette la Coquille.
Il ne nous reste plus, après avoir examiné sous ses divers rapports l’histoire du paradisier rouge, qu’à signaler les particularités anatomiques qui méritent de fixer l'attention. Dans les organes des sens, celui de l’odorat est des plus actifs. Les narines, qui recoivent les effluves odorants, sont arrondies, percées à la base de la mandibule supérieure, et découvertes, bien que les plumes capistrales s’avancent sur elles. L’audition s'exécute à l'aide d’une conque externe évasée et comme circulaire , percée de deux conduits, dont l’un, intérieur et petit, se dirige vers l'extrémité postérieure de la mandibule inférieure, et dont l’autre se porte directement à l'oreille interne. La langue, principal organe du goût, ressemble assez, par sa disposition générale, à celle des autres passereaux : elle a dix lignes de longueur, et est munie à sa base de deux prolongements mucronés et bifides, qui sont disposés en croissant. La forme est allongée, étroite, triangulaire ; son sommet est bifurqué, et chaque laciniure de sa bifurcation se trouve divisée en un grand nombre de filaments, de manière à imiter un pinceau. Les deux mandibules présentent de chaque côté une légère échancrure vers la pointe, et peut-être ces échancrures sont-elles dues à l’usure qui doit résulter du genre de nourriture par suite du rapproche-
DES OISEAUX
ment fréquent des demi-becs. Le larynx est divisé en deux parties, ayant quatre muscles moteurs, deux supérieurs et deux inférieurs sur chaque côté prenant leurs attaches près du larynx inférieur. La longueur de cette trachée, dont les anneaux sont entiers, de la partie supérieure du larynx à celle inférieure, est de trois pouces ; celle-ci correspond à l'extrémité supérieure du sternum , et se trouve un peu enfoncée dans la poitrine. Les cornes de l'os hyoïde ont un pouce deux lignes de longueur. L'œsophage est long de quatre pouces, et l’estomac est ample, dessiné en forme de fève, ayant des parois épaisses de deux lignes, marquées en dedans de replis saillants se dirigeant de gauche à droite. Les ouvertures cardiaque et pylorique sont percées presque vis-à-vis l’une de l’autre, tandis que Îa grosse extrémité de ce viscère occupe le côté dextre. Le pancréas est double. Le premier a sept lignes de long , le deuxième, encore plus allongé, est plus grêle, et tous les deux correspondent à la première courbure des intestins grêles. Le tube intestinal a de longueur totale six pouces, et deux cœæcums, longs de trois lignes, se projettent à un pouce de la terminaison du rectum. Les ovaires apparoissoient sous forme de granulations, occupant, en devant de la colonne vertébrale, l’intervalle des lobes antérieurs des reins. Ces ovaires étoient flétris, disposition qui pourroit coïncider avec l’époque à laquelle fut tuée cette femelle, c’est-à-dire assez long-temps après la ponte (45 septembre 1855). Le foie est peu volumineux, et occupe la région hypocondriaque droite, en s'étendant vers l’épigastre. La vésicule biliaire se prolonge, tout en affectant une forme de poire, dans une largeur de huit lignes seulement. La rate est très petite. Les reins, rétrécis à leur milieu, sont allongés et logés dans la gouttière lombaire. Le cœur est volumineux, et n’a pas moins de huit lignes. La glande adipeuse du croupion est amplement développée.
Les organes locomoteurs présentent aux ailes dix pennes primaires, dont la première est la plus courte , et n’atteint que la moitié de la seconde. La cinquième est la plus longue de toutes, car, à partir de celle-ci, les autres vont successivement en diminuant jusqu’à la dixième. Les pennes secondaires sont également au nombre de dix : à la queue on compte douze rectrices, dont les deux moyennes sont légèrement amincies, et par conséquent plus étroites que les autres. Aux jambes on remarque six larges écailles recouvrant l'articulation du tarse avec le carpe et l’extrémité tarsienne des phalanges. Les écailles du tarse sont, elles, larges et parfaitement lisses.
Une autre femelle présenta sa troisième rémige à peine sortie de son tuyau, tandis que la quatrième étoit plus avancée, et que les rectrices étoient non
encore bien formées, manière d'être qui pourroit bien légitimer l’opinion de M. de Blainville, à sa voir que les plumes doivent sortir de leurs tubes et se grouper à la manière alternative des noyaux osseux qui remplissent les alvéoles des arcades dentaires des mammifères.
Les côtes sont au nombre de sept de chaque côté la première est libre, et les cinq suivantes se rendent à Ja partie osseuse qui tient la place du cartilage sterno-costal ; la dernière, ou septième, se soude au dernier cartilage à demi-osseux.
Le sternum (pl. 4, fig. 40 et 44) est beaucoup plus étroit à la partie moyenne qu’à ses extrémités. La partie de la base comprise entre les deux échancrures est coupée carrément. On observe cependant une dépression peu marquée dont la saillie est antérieure. Sa longueur est de seize lignes sur huit de largeur à la partie moyenne, correspondant à Ja dernière surface articulaire qui uhit le cartilage avec la côte correspondante. Son pédicule a seize lignes sur cinq lignes à la base, tandis que l’extrémité abdominale du sternum a quatorze lignes. L’extrémité claviculaire présente trois apophyses, dont celle du milieu est la plus épaisse, figurée en Y ou à trois faces, et deux échancrures qui forment l’extrémité sternale de la clavicule. Sur les bords du sternum, très près de l'extrémité claviculaire, se dessinent cinq facettes articulaires. A la portion basale ou abdominale, sont deux larges échancrures ovalaires, bordées en dehors par des apophyses imitant un marteau à deux pointes.
L'omoplate, longue de seize lignes, est extrême: ment étroite, falciforme, amincie et tronquée à l’extrémité. La clavicule, qui a quatorze lignes, est très élargie à son extrémité sternale, et l'intervalle qui sépare les branches de l’os furculaire est de onze lignes, et celles-ci ont à peu près la même longueur, bien que leur disposition générale soit analogue à celle des autres passereaux. L’appendice qui finit ces os au sternum est saillant.
LES" SIFILETS:
Parolia.
Les sifilets, dont on ne connoît encore qu’une espèce , se distinguent des vrais paradisiers par plusieurs caractères : leur bec, plus court que la tête, est emplumé jusqu’au milieu ; les mandibules sont légèrement inégales ; la supérieure échancrée à la pointe , l’inférieure pointue et très légèrement entaillée. La tête est garnie de plumes écailleuses roides, formant une sorte de diadème ; six brins srê-
les, minces, filiformes, partent des régions auriculaires et se terminent en palettes. Les ailes sont concaves, à rémiges arrondies à leur sommet, presque égales, les première et deuxième exceptées, qui sont taillées en lames de canif à leur sommet. La première est également beaucoup plus courte. (Consultez les caractères de la pl. 9.) Les plumes hypocondriales sont allongées, flexibles, décomposées et très fournies.
Les femelles n’ont point les parures des mâles. La seule espèce connue vit à la Nouvelle-Guinée, et surtout dans l’ile de Waigiou.
Levaillant a placé le sifilet parmi les geais, et Buffon', ou plutôt Gueneau de Montbelliard, l’a décrit sous le nom de manucode à six filets, et Sonnerat sous celui d’oiseau de paradis à gorge d’or. C’est à Vieillot que l’on doit la distinction générique de cet oiseau et le nom de parotia.