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LE PARADISIER GRAND ÉMERAUDE

Paradisæa major.

La majeure partie des faits que nous avons rapportés dans l’histoire du paradisier petit émeraude sont également applicables à la race de forte taille que nous distinguons par le nom de grand ëémeraude, et la plupart des auteurs s'accordent à ce sujet. Ce qui nous a autorisé à agir contradictoire-

ment, c’est l’abondance du petit émeraude compa- |

HISTOIRE NATURELLE

rée à l’extrême rareté du grand paradisier, à l’estime dont jouissent chez les Malais les dépouilles du premier, tandis que celles du second sont considérées comme de moindre valeur et d’un débit plus difiicile. Les naturalistes modernes avoient donc confondu sous le nom de paradisæa apoda, le grand et le petit émeraude, en ne les regardant que comme deux races d’une même espèce. Cependant Forster avoit, il y a long-temps, établi leur distinction en s’étayant de l'opinion de Forrest et de Valentin; mais long - temps avant lui, dès 1605, Clusius avoit signalé deux espèces, l’une plus grande, habitant les îles d’Arou, et l’autre plus petite vivant à la Nouvelle-Guinée, et la figure qu’il donne à la p. 560 est bien celle du paradisier grand émeraude, qu’il nomme paradisæa avis majoris generis, tandis que le petit émeraude est appelé (p. 360) manucaudiata minoris generis.

Le bec, long de dix-huit lignes, légèrement recourbé, est d’un bleuâtre plombé, excepté sur les bords coupants qui sont blanc argenté. Les plumes du front s’avancent sur les narines. Elles sont courtes, serrées, veloutées, et d’un vert émeraude. Ce plastron velouté s'étend de la commissure à l’œil, couvre la gorge, s’avance sur le cou en devant en s’élargissant en une sorte de plastron séricéeux. Le dessus de la tête, de même que les côtés du cou, sont jaune paille sale ; le bas du cou et le thorax sont d'un brun violâtre sombre ; le manteau, les couvertures des ailes et le dos, sont d’un brun marron intense, qui s’éclaircit et prend une nuance plus douce sur le ventre. Les rémiges et leurs couvertures sont également brun châtain. Elles donnent à l’aile une disposition pointue, et atteignent en longueur la presque totalité des rectrices. Celles-ci sont égales, au nombre de dix, sans y comprendre les deux longs brins, qui dépassent de plus de dix pouces l’extrémité de la queue. Ces deux brins sont duveteux à leur origine, garnis de barbes très courtes et très roides, allongées à l’extrémité, où elles forment une palette étroite et allongée. Les plumes qui naissent sous l’aile pour constituer les faisceaux des flancs dépassent la queue, et sont décomposées, molles , transparentes , blanchâtres et légèrement lavées de jaunâtre ocreux , et puis lavées de rouge vineux à leur extrémité libre. Les plus courtes ou les plus antérieures sont maculées de rouge foncé. Leurs tarses sont longs et noirs. La longueur totale de loiseau, du bout du bec à l’extrémité de la queue, est de quinze pouces, ou de dix pieds deux pouces en y comprenant les filets.

Les dépouilles de cette espèce sont peu prisées aux Moluques. À Amboine, on les connoît sous le nom de bourong-maté, oiseaux morts. On dit dans l’histoire que les auteurs en ont tracée d’après les récits de Valentin, que le grand paradisier séjourne *

DES OISEAUX

dans les îles d’Arou pendant la saison sèche, ou la mousson d’ouest, et qu’il ne retourne à la Nouvelle- Guinée que lors des pluies qui arrivent dans la mousson d’est. On dit aussi, qu’il voyage par bandes d’une quarantaine d'individus, sous la conduite d’un autre oiseau , qui vole toujours au-dessus de la troupe. Ce chef, suivant Valentin (1), seroit noir et tacheté de rouge et seroit regardé comme le roi des oiseaux de paradis par les habitants : dans leur opinion, ils ne quitteroient jamais ce chef mystérieux, soit qu’ils volent, soit qu’ils reposent ; et cet attachement leur seroit fatal, car, en se posant par terre, ils éprouveroient la plus grande difficulté pour reprendre leur vol. Mais tout porte à croire que cette opinion ne repose que sur des idées fabuleuses, et ce qui est plus certain, c’est qu’ils se perchent sur les grands arbres, et qu’ils recherchent les figues du waringa ( ficus benjamina ?).

Les Malais disent encore que les grands paradisiers perdent leurs longues plumes des faisceaux des flancs, de même que les filets de la queue, pendant la mousson d’est, mais qu’ils ne restent ainsi dépouillés de leurs parures que pendant quatre mois. Il est moins démontré encore que ces longues parures puissent leur permettre de s'élever fort haut dans l’action du vol, en servant de sorte de parachute , et que c’est la facilité qu'ont ces oiseaux de fendre l’air avec célérité, que leur vient leur nom vulgaire d’hirondelles de Ternate ; de plus, que ces parures nuisent au contraire à la direction du vol, lorsque les vents deviennent contraires, et que dans ce cas ils ne peuvent éviter le danger qu’en s’élevant perpendiculairement dans une région où la couche d’air atmosphérique plus paisible permet de continuer leur route.

Nous ne rencontrâmes point le grand paradisier à la Nouvelle-Guinée , et jamais, parmi les centaines de peaux séchées du petit émeraude que les Papous apportoient à bord journellement, nous n’en vimes une seule dépouille. Les échantillons que nous en avons eu nous ont été remis à Amboine et provenoient des corocorés malais qui trafiquent avec les habitants de Céram. Cette espèce seroit donc vraiment propre aux îles d’Arou et à la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée seulement.

La femelle (Levaillant, Ois. de parad. pl. 2) est, comme celle du petit émeraude, sans parures des flancs, sans brins, sans vert émeraude à la tête. L'occiput et le cou sont d’un brun nuancé de jaunätre ; le front et la gorge sont d’un brunâtre fuligineux assez intense ; le dessous du corps est d’un blanchâtre satiné; les ailes, le dos, la queue marron foncé et les pieds noirs.

(‘) Voyage de Forest à la Nouvelle-Guinée, p. 195,

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