EV
LES MANUCODES.
Cicinnurus.
Une seule espèce encore appartient à cette petite tribu, dont le mâle est si remarquable par ses brillantes parures ; il est en effet distingué par des
formes petites, assez épaisses; deux éventails de
plumes élargies sur les flancs, des ailes concaves, aussi longues que la queue qui est courte, carrée et débordée par deux longs brins grêles, recoquillés sur eux-mêmes à leur extrémité, et garnis de barbes formant une palette colorée en or vert luisant. Le bec est médiocre, finement entaillé à la pointe de la mandibule supérieure, et abondamment recouvert sur les fosses nasales d’un duvet soyeux, court et très fourni.
Les manucodes que nous observämes aux alentours du havre de Doréy à la Nouvelle-Guinée, y portoient le nom de saya dans la langue des Papous. Nous ne les rencontrâmes que par couples solitaires, se tenant sur les branches moyennes des tecks et des figuiers d’amilou, dont ils recherchoient les fruits.
LE MANUCODE SPINTURNIX.
.Cicinnurus spinturnix.
Cet admirable et rare paradisier mérite bien le nom de spinturnix où d’incendiaire , que Pline, dans son Histoire naturelle, applique à un oiseau d’espèce inconnue, car le rouge éclatant de son plumage le fait ressembler, lorsqu'il vole, à un charbon étincelant. Le spinlturnix a été regardé par les commentateurs comme devant être un faucon : on le disoit de mauvais augure ; mais Pline avoue qu’il n’avoit trouvé personne qui eût pu se vanter de savoir quel oiseau ce pouvoit être(1).
Le manucode a joué de tout temps un rôle dans les croyances superstitieuses des peuples d’origine malaise. Ses dépouilles, portées en panache ou placées sur les armes des guerriers malais, devoient les empêcher de faillir un jour de combat. De là les
() Le spinturnix est un oiseau dont les Romains auroient eu de vagues notions par les Indiens. « Æthiopes atque Indi, discolores maximé et inenarrabiles ferunt aves. » di Ci de Pulaié
HISTOIRE NATURELLE
noms de manou deouata, ou oiseau divin, qu’ils leur conservèrent et qu’ils reçurent des langues tidoriennes. Les premiers voyageurs hollandais firent connoître en Europe, sous le nom corrompu de manucode, les paradisiers émeraudes, et ce nom, traduit en latin barbare par Cardanus, a été exclusivement transporté par les auteurs modernes à l’espèce qui nous occupe. Les récits exagérés, consignés dans Ausius, ne peuvent plus intéresser que ceux qui aiment les recherches historiques. Certes, le manucode ne mérite point le titre pompeux de roi des oiseaux de paradis, que lui conservent tous les auteurs sans y attacher de l'importance, et que lui donnoient, au dire des vieux auteurs, les insulaires qui en vendoient les dépouilles. Suivant eux, le manucode voloit toujours en tête des troupes formées par les émeraudes lorsqu'ils émigrent d’une île dans une autre, et c’étoit lui qui, chargé de la conservation de la bande, alloit goûter l’eau des fontaines placées sur leur route, et que les Papous empoisonnoient pour obtenir, par cette chasse facile, un grand nombre des paradisiers dont ils recherchent les plumes avec tant d’avidité. Mais ces récits, propagés dans des temps d’ignorance, tombent d’euxmêmes ; et certes les manucodes, s’ils émigrent, ce qui est douteux, ils émigrent seuls, ne recherchent point la compagnie des émeraudes, et il est plus que douteux que les insulaires empoisonnent les eaux où ils vont boire pour se les procurer.
On dit, et ceci est plus probable, que les Papous chassent les manucodes en les prenant aux lacets à l’aide de Ja glu faite avec le suc laiteux des jacquiers.
Le mâle adulte a six pouces et demi de longueur totale, les brins de la queue non compris. La ‘tête est forte et son bec médiocre et jaunâtre ; sa langue en cilice, l'iris en brun, et les tarses sont bleu azur clair. Une tache noire se dessine à l’angle interne de l'œil, et les narines sont entièrement recouvertes par les plumes veloutées et serrées qui s’avancent jusqu’à la moitié de Ja mandibule supérieure. Les ailes sont amples et dépassent dans l’état de repos (quatre pouces et demi) la queue. Celle-ci est très courte (dix-huit lignes), formée de dix rectrices égales et de deux brins; ces derniers tiennent donc la place des deux rectrices médianes, et apparoissent sous forme de deux lignes grêles ou criniformes, entièrement nues, se prolongeant bien au-delà de la queue, se recourbant en dehors en s’évasant avec grâce (ils ne s’entrecroisent jamais dans l’état de vie), de manière à s'épanouir à leur terminaison, ou en d’autres termes, à se garnir en dehors seulement de barbes assez longues qui, contournées, forment un disque vide au centre, ou un demi-cercle enroulé ayant l'éclat et le jeu de l’émeraude. On compte aussi une vingtaine de plumes subalaires
DES OISEAUX
dont les premières, fort courtes, ont de larges barbes.
Les plumes qui revêtent les narines et le front sont d’un orangé qui passe au rouge, mais qui devient d’un pourpre éclatant et des plus fulgides sur le cou, les parties supérieures, les rémiges et même les rectrices. Le devant du cou est de ce même rouge, teinte de mordoré et parfois de brunâtre sur les côtés. Les teintes de ces diverses parties ont aussi bien l’aspect du velours que son toucher moelleux et doux. Une large écharpe d’un vert métallique traverse la poitrine, et tranche sur le blanc neigeux de tout le dessous du corps. Sur chaque flanc, audessous de l'aile, naissent des plumes longuettes, droites, coupés carrément à leur sommet, et grises dans leur plus grande étendue, et que rendent remarquables deux bandelettes étroites, l’une blanche, l’autre roux vif, puis une plus large occupant toute l’extrémité', et d’un vert émeraude des plus éclatants. Les rémiges sont jaunes en dedans, et les rectrices brunâtres en dessus.
Le jeune âge doit tenir de la femelle dans ses deux premières années, du mâle dans Ja troisième. Levaillant a regardé comme un jeune âge un individu ayant son écharpe thoracique jaune, le ventre mélangé de grisâtre et de brun.
Si le manucode mâle est sans contredit un des plus brillants oiseaux de paradis, sa femelle, jusqu’à ces derniers temps ignorée, découverte par nous dans les vastes forêts de la Nouvelle-Guinée, est venue fournir un nouvel exemple de l'identité de création qui a présidé chez tous les divers membres de la famille à la répartition de leurs attributs corporels. La femelle du manucode est donc, comme celle des paradisiers émeraude, rouge, sifilet, ou des épimaques , à livrée terne, bariolée de roux, de brun et de bistre. Cette femelle a six pouces et demi de longueur totale. Son bec, de couleur roussâtre, est légèrement comprimé sur les côtés et élargi à la base. Les plumes du front s’avancent sur les fosses nasales et dérobent les narines. Les ailes s’étendent jusque vers le milieu de la queue : elles sont concaves et composées de rémiges assez larges. Les rectrices, au nombre de douze, sont égales, arrondies à leur extrémité, et peu consistantes. Les tarses sont longs d’un pouce, garnis de scutelles très minces, peu apparentes. Les doigts antérieurs, gradués, sont plus faibles que le pouce, dont l’ongle est robuste. Les pieds sont en entier colorés en bleu de ciel tendre dans l’état de vie. Tout le plumage de cet oiseau est un marron brun sale et jaunâtre, disposé de la manière qui suit : la tête, le dos, les couvertures des ailes et le croupion, sont d’un brun roux foncé uniforme. Les moyennes couvertures des ailes et les rémiges sont d’un roux ocreux vif, se changeant en brun sur les barbes internes de ces dernières, La