LE FOURNIER DU CHILI
Furnarius chilensis (1).
Cette espèce de fournier, de même taille que la précédente, a le bec et les tarses plus forts ; elle se rapproche d’ailleurs beaucoup de l’annumbi de d'Azara.
Le fournier du Chili a un peu plus de huit pouces
{r)Less., Zool. dela Coq.Furnarius Lessonii, Dumont, Atlas, Dictionn. des Sc. nat.
HISTOIRE NATURELLE
de longueur totale ; le bec a un pouce de la commissure à son extrémité, la queue trois, et les tarses douze lignes; les ailes sont pointues, et se terminent à douze ou quinze lignes du croupion ; la queue est rectiligne et composée de dix pennes ; la couleur du bec et des pieds est d’un brun rougeûtre; les ongles sont plus forts que ceux du précédent, jaunes et très comprimés ; le plumage entier est un mélange de brun roux fuligineux entremêlé de taches fauves assez vives et de brun.
La tête est revêtue d’une calotte brune ; une teinte rousse uniforme est la couleur du manteau, du dos et du croupion; la gorge est grivelée de fauve et de blanc; le ventre, les flancs et les couvertures inférieures de la queue sont d'un brun roussâtre fauve; un trait fauve clair surmonte chaque œil. Les ailes sont brunes avec des espaces d’un jaune fauve assez vif; une bande de la même couleur occupe le milieu des grandes pennes : celles-ci sont en dessous brunes à leur extrémité et d’un blanc rose à leur milieu ; les couvertures du coude sont d’un fauve ferrugineux ; la queue est brune, et les pennes les plus extérieures sont terminées par une tache fauve clair.
Cet oiseau, dont nous ignorons les mœurs, vit au milieu des buissons ras et dans les alentours du port Saint-Vincent, au Chili.
Nous nous bornerons à ajouter la description d’une belle espèce nouvelle, que nous avons nommée le fournier rosalbin (!), et qui pourroit bien appartenir au genre picerthie.
Les autres fourniers ont le plumage sombre, et généralement brunâtre ou roussâtre : par tous leurs caractères, ils sont voisins des grimpereaux, et par leur livrée ils se rapprochent des merles, dont ils ont quelques unes des habitudes. Celui que nous décrivons diffère des espèces connues par la couleur rose tendre du dessous du corps. Il provient du Brésil et du district peu connu de San-Jose.
Long, en totalité, de sept pouces quatre lignes, cet oiseau a le bec de couleur de corne ,'et les tarses brunâtres. Le pouce surtout est robuste, armé d’un ongle plus puissant que ne le sont ceux des autres doigts : tous sont jaunâtres. Les ailes sont très courtes, concaves, et dépassent à peine le croupion; la première rémige est très courte, la deuxième est presque égale à la troisième, et celle-ci, avec les quatrième et la cinquième , est la plus longue. Leur forme n’a rien de particulier. La queue est médiocre, légèrement arrondie ou presque égale , composée de rectrices un peu rigides, étroites, arrondies à leur sommet.
Le plumage de cet oiseau est doux, moelleux, très abondamment fourni de duvet. Un bandeau
() F.roseus, Less., Illust, de zool., pl. 5.
DES OISEAUX
rouge rosé s’étend sur le front. Le dessus de la tête, du cou, du dos, les couvertures des ailes, le croupion, les couvertures supérieures de la queue, sont d’un brun ardoisé uniforme. Un sourcil blanc surmonte l’œil. Les joues sont noires. Le menton et le devant du cou, jusqu’au milieu du ventre, sont d’un rouge vif, à teinte rose prononcée. Les flancs et la région anale sont brun ardoisé. Les couvertures inférieures sont du même rouge rosé que le thorax. Les ailes, brunes , ont leur rebord et l’épaule rouge rosé, et les rectrices moyennes sont légèrement frangées de gris blanc. La queue est brunâtre uniforme.
LES PICERTHIES ().
Tiennent à la fois des fourniers, des grimpereaux et des picucules , mais ils diffèrent des premiers par leurs ailes plus courtes, leur bec et leur queue. Leur bec est grêle, comprimé, assez long, non échancré, sensiblement arqué. Leurs narines sont basales et linéaires. Les tarses sont longs, et la queue, de dimensions médiocres, est arrondie ; les tiges de ses pennes sont grêles et se prolongent au-delà des barbes. Leurs ailes sont brèves et obtuses , et atteignent à peine la base de la queue. La seule espèce de ce genre est le fournier de Saint-Hilaire (?), qui vit au Brésil, et dont le plumage est enfumé en dessus, blanc en dessous, mais chaque plume cerclée de brun. Une seconde espèce semble devoir être le fournier rosalbin.
LES, UPUCERTHIES ().
Se rapprochent encore des fourniers, des pomatorhins, et même des huppes. Son bec est très long, assez comprimé, mais un peu élevé, arqué, non échancré. La mandibule supérieure a son arête formant une surface convexe étroite, dont les bords sont parallèles , et entaillent légèrement les plumes du front. Les narines sont basales, latérales, de forme allongée et irrégulière, non recouvertes par des écailles, mais bornées en arrière par les plumes du front qui s’avancent un peu sur les côtés du bec. Les tarses sont courts, nus, couverts de larges plaques ou écussons. L’ongle du pouce est fort long, aigu, arqué et comprimé. La queue est légèrement arrondie, à douze pennes, dont les tiges sont rigides. Leurs ailes sont brèves, dépassent à peine le crou-
() Picerthia, Isid., Geoff. Saint-Hilaire.
(2) Furnarius Sancti-Hilairii, Less., Ornilh., p. 307. (3, Upucerthia, Isid. Geoff, Saint-Hil,
pion , à première penne très courte. Les quatre suivantes presque égales.
La seule espèce de ce nouveau genre est de la Patagonie : c’est l’upucerthie des buissons (1) qui se tient dans les buissons, où elle cherche dans les herbes les insectes dont elle se nourrit. Elle perche peu', ne pénètre jamais dans les bois, mais en revanche fréquente les alentours des fermes, dans lesquelles il lui arrive d’entrer. Son plumage est généralement brun, mais un sourcil fauve surmonte l'œil, Au milieu du ventre se dessine une grande tache d’un blanc sale. La gorge est blanche, écaillée de noir.
LES FALCULIES ().
Sont caractérisés par leur bec très long, fortement comprimé. La comparaison de sa forme avec celle d’une lame de faux se présente à l’esprit dès qu’on jette les yeux sur lui, et c’est cette ressemblance que nous avons voulu indiquer par le nom de falculia.
Les deux mandibules sont courbées sur toute leur longueur de haut en bas. La courbure, quoique un peu moins prononcée vers la base, est, en somme, assez régulière pour qu’on puisse la comparer à un arc de cercle; arc qui seroit égal au cinquième environ d’une circonférence.
Le bec est tellement comprimé, que sa surface se compose de deux faces latérales parallèles, séparées par deux arêtes médianes, toutes deux mousses, l’une supérieure, convexe, qui est le dos de la mandibule supérieure, l’autre inférieure, concave , qui est la ligne médiane de la mandibule inférieure. Chaque face latérale est divisée en deux portions presque égales par la commissure des deux mandibules, courbe aussi bien que les arêtes supérieure et inférieure. En d’autres termes, les deux mandibules, de forme très semblable, sont aussi sensiblement de même hauteur. La supérieure est toutefois un peu plus longue que l’inférieure ; elle forme, à elle seule, la pointe du bec, ou plus exactement son extrémité terminale; car cette extrémité est arrondie et non aiguë,
Toute la surface des mandibules est lisse, et leurs bords ne sont point dentelés; seulement Ja mandibule supérieure présente sur chaque bord, vers son extrémité, une légère sinuosité, foible vestige de ces dentelures qui, très prononcées chez les dentirostres, passoient autrefois pour leur appartenir en
() U. dumetosa, ibid.
(2) Faleulia, Ysid. Geoff., Mag. de zool., 1837, de falcula, petite faux ou faucille.
propre, mais que j'ai retrouvées depuis dans un grand nombre de genres de divers groupes.
Si ce n’est vers l’extrémité du bec, où la mandibule inférieure pénètre un peu dans la supérieure, la commissure n’est qu’un simple sillon, résultant de la rencontre des deux bords légèrement rentrants de chaque demi-bec. F
Les narines, placées à la base du bec, sont ovalaires : elles sont séparées des plumes antérieures du front par un intervalle très étroilet presque exactement linéaire. Il est à remarquer qu’elles sont toutà-fait latérales et non supérieures; ce qui est une conséquence nécessaire de la forme très comprimée du bec. Les yeux sont de grandeur moyenne.
Parmi les organes du mouvement, les ailes, dont l'extrémité n’atteint que la région moyenne de la queue, se composent d’une très petite penne, d’une autre double de la première, mais encore courte, d’une troisième plus longue, puis de deux autres sensiblement égales, les plus longues de toutes : après celles-ci, les pennes décroissent graduellement en longueur. Les ailes, trés semblables à celles des huppeset des promérops, sont donc, en somme, établies sur le type que j'ai nommé surobtus.
Les membres abdominaux offreit une conformation plus remarquable et beaucoup mieux caractéristique.
Les tarses sont épais, robustes, mais courts. Chacun d'eux est recouvert antérieurement par une rangée de larges écussons irrégulièrement quadrangulaires. Il n’est pas sans intérêt de remarquer que, dans l'individu qui sert de type à notre description, les écussons diffèrent de forme et même de nombre d’un tarse à l’autre : c'est une preuve de plus de l’impossibilité de trouver, comme quelques ornithologistes ont cru pouvoir le faire , de bons caractères génériques dans la conformation de ces plaques épidermiques.
Les pieds ont, comme chez la plupart des oiseaux, quatre doigts. trois antérieurs, un seul postérieur. Celui-ci, ou le pouce, est remarquable tout à la fois par sa longueur, qui surpasse (toutefois en comprenant l’ongle) celle du tarse, et par sa grosseur. Il est bordé, de chaque côté, d’une membrane qui, indiquée par un simple véstige linéaire à l’extrémité onguéale, s’élargit de plus en plus en se rapprochant de l’autre extrémité, et qui finit même par former une expansion triangulaire qui rend le pouce au moins deux fois plus large en avant qu’en arrière. Dans la moitié postérieure de ce doigt, il est même à remarquer que la membrane ne borde plus seulement le doigt, mais est changée en une sorte de semelle qui en couvre toute la partie inférieure, en même temps qu’elle le dépasse de beaucoup en dedans eten dehors. Cette semelle paroît, au premier aspect, lisse et seulement membraneuse; mais en l’exa-
HISTOIRE NATURELLE
minant de près à l'œil nu, et mieux encore à la loupe, on reconnait qu’elle est recouverte d’une multitude de petites écailles, en d’autres termes, qu’elle est très finement réticulée. En dessus, au contraire, le pouce est couvert d’écussons semblables à ceux des tarses, mais un peu plus petits.
Chacun des trois doigts antérieurs ressemble au pouce par la nature et la disposition de ses téguments. Chacun d’eux, écussonné en dessus, est recouvert en dessous d’écailles extrêmement fines, et pourvu, vers l’extrémité onguéale, d’un rebord membraneux, linéaire, qui se continue en arrière avec une sorte de semelle assez épaisse, et couvrant la totalité de la face inférieure. Le doigt interne, qui est le plus court, a sa semelle antérieure distincte de celle des autres doigts : l’externe, un peu plus long, et le médian plus long encore, et qui, plus grêle que le pouce, le surpasse même en longueur, ont au contraire leurs semelles confondues sur toute l'étendue de la première phalange. Ces deux derniers doigts sont de même supérieurement un peu plus intimement réunis entre eux, que ne le sont ensemble le doigt externe et le médian, disposition qui est, au reste, commune à la plupart des passereaux, et qui est anaïogue, en petit, à celle qui caractérise les syndactyles.
Les ongles sont grands, comprimés, assez pointus, et tous très aigus (!) : leur courbure peut être représentée par une demi-circonférence presque entière. Quant à leur longueur, celui du pouce l’emporte de beaucoup sur tous les autres ; viennent ensuite celui du doigt médian , puis ceux des deux doigts latéraux ; mais ces derniers le cèdent à peine au médian.
La queue se compose de douze longues pennes, sensiblement égales entre elles. Étalée, elle est, dans son ensemble, carrée: chaque penneest néanmoins irrégulièrement arrondie à son extrémité. Onne | sur aucune partie de la queue, rien que l’on puisse considérer comme une trace d’usure; mais, dans chacune des trois pennes externes, on voit la pointe de la baguette tutrice dépasser un peu les barbes ; caractère qui rappelle, mais seulement par un foible vestige, ce qu’on observe chez la plupart des oiseaux qui grimpent en prenant appui sur leur queue.
Enfin, nous devons noter, comme un dernier caractère générique , la nature du plumage. Nulle part on ne voit aucun développement comparable, soit à celui qu’on observe dans les huppes, soit, à plus forte raison , aux ornements de quelques épimaques. La
() C’est là , après celle qui résulte de la coñformation du bec, une des plus remarquables différences qui distinguent la falculie des huppes. On sait que celles-ci ont les ongles des pouces presque droits,
DES OÏSEAUX.
coloration manque également de l'éclat accordé à quelques oiseaux de la même famille; des reflets métalliques , assez ternes , rappellent seuls, et seulement sur une portion du plumage, la parure si resplendissante des épimaques.
LA FALCULIE MANTELÉE (1.
La falculie mantelée a la tête, le cou, toute la partie emplumée des membres d’un blane plus ou moins pur; et l’on retrouve aussi un peu de blanc en dessus , immédiatement au-dessus de l'insertion de la queue; au contraire, le dos, le dessus des aileset de la queue, et c’est ce caractère que rappelle le nom de falculia palliata, sont d’un vert métallique très foncé , et l’on pourrait même dire d’un noir verdâtre, dont les reflets sont toujours sans éclat, même sous l'influence de la plus vive lumière ; encore ne les apercoit-on guère que par réflexion. Lorsqu'on place l’oiseau entre la lumière et l’œil, et, à plus forte raison, lorsqu'on le considère dans un lieu mal éclairé, les parties métalliques non seulement perdent tout éclat, mais leur couleur verte elle-même n’est plus sensible, et l'oiseau paroit blanc et noir.
Le dessous des ailes et de la queue est noirâtre et sans aucun reflet; disposition de couleur qui est, au reste, commune à la falculie et à un grand nombre d'oiseaux très brillants.
Les yeux sont d’un noir bleuâtre. Le bec, noirâtre dans sa première portion, estgrisätre dans sa région moyenne, et blanchâtre à son extrémité. Les pattes sont entièrement noires.
Une disposition assez remarquable de la couleur de la falculie mantelée est celle que l’on aperçoit lorsqu'on examine avec soin les plumes du dos. On reconnoît alors que toutes sont de deux couleurs, blanches près de leur insertion, d’un vert métallique à leur extrémité libre; mais ces deux couleurs varient beaucoup dans leur disposition, suivant la région où on les examine. Près du cou, et même plus exactement; sur le bas du cou, ce sont des plumes presque entièrement blanches, avec un simple liséré vert. Plus bas, la portion verte s’accroit aux dépens de la blanche, et lui devient égale, puis, bientôt, de beaucoup supérieure en étendue. Plus bas encore, au contraire, le blanc commence à reprendre plus d’étendue, jusqu’à ce qu’enfin on trouve près du croupion, comme près du cou, des plumes blanches à liséré vert, puis enfin d’autres toutes blanches.
(‘) Falculia palliata, Isidore Geoffroy, Mag. de zo0l.,
LES CRAVEHUPPES (!).
Tiennent à la fois des huppes, des craves et des martins. La seule espèce est la huppe du Cap, figurée enl. 697, et décrite par Buffon.
LES CRAVES (.
Ont un bec plus long que la tête, grêle, entier, fléchi en are, eflilé et pointu. Les narines sont couvertes de plumes sétacées dirigées en avant. Buffon n’a connu que l'espèce d'Europe, qu’il nomme le coracias des Alpes (enl. 255). On en connoit deux autres espèces étrangères. Le crave aux ailes blanches (3), que les naturels de la Nouvelle-Galles du Sud nomment waybung. EL vit en troupes dans les montagnes, et paroît émigrer suivant les saisons. Il est noir, avec la partie inférieure des rémiges d’un blanc neigeux. L’enca (4), ainsi nommé à Java, sa patrie. Son plumage est d’un noir bleuâtre, brillant en dessus, plus terne en dessous, avec des reflets mats et d’un noir intense sur le front, les joues et le devant de la gorge. Le derrière de l’œil est dénudé.
LES HUPPESO)
Comprennent aujourd’hui plusieurs espèces, bien qu’on en sépare la kuppe du Cap de l’en!. 697. La huppe commune a été décrite avec beaucoup de soins par Buffon, et nous ne devons dans cet article que mentionner deux espèces bien distinctes, quoiqu’elles soient regardées par divers voyageurs comme de simples variétés. Ce sont: La huppe d'Afrique (5), qui a la plus grande analogie d’aspect et de coloration avec l'oiseau d'Europe. Cependant cette huppe africaine a constamment son bec plus grêle et plus mince à la base que notre huppe, et son ventre est entièrement teint de brunâtre. La huppe étrangère (?) se trouve aussi communément dans l'Inde
() Fregilupus, Less., Ornith., p. 323.
(2) Fregilus, Cuv. Coracias, Gm. Fregilus el corcorax , Less.
3) F. leucopterus, Horsf. et Vig, Trans, XV, 265. Pyrrocorax leucopterus, Temm., Man., 1, 121.
(4) F. enca, Horsf., Trans., XI, 164.
(5, Upupa , L.
(6) U. africana, Levaill., Af., pl. 22. U.epops, variété, auct.
(1) U. minor, Gm, U, cristatella, Vieill., Gal,, pl. 184, Shaw. Pr, V, 62,
qu'aux alentours du cap de Bonne-Espérance. Elle rappelle assez exactement notre huppe, à sa taille près, quiest moindre, et aussi parce qu'elle à un bec proportionnellement plus long, un plumage roux vineux plus vif, etsa huppe simplement terminée de noir.
LES ÉPIMAQUES.
Nous réunissons sous le nom d’épimaques une petite tribu d’oiseaux qui nous paroit très naturelle, etque tous les auteurs indistinetement semblent n'avoir point comprise; Car on ne peut se dissimuler les fluctuations sans nombre dont elle a été l’objet. C’est avec les huppes et les promerops que les anciens naturalistes rangeoient Ja seule espèce connue par eux. Et bien que Levaillant, Cuvier, Vieillot et Temminck aient eu sous les yeux les autres épimaques, on voit ces auteurs les placer loin des oiseaux de paradis dans les coupes purement artificielles de leurs méthodes. C’est ainsi que Cuvier les maintient dans ses passereaux ténuirostres ou huppés, Vieillot dans ses sylvains épopsides, Temminck dans ses anisodactyles, etc., ete. Nous-même, dans notre Traité d’ornithologie, avons sacrifié aux idées reçues, bien qu'aujourd'hui nous reconnaissions que cette famille des épimaques tient de près à celle des paradisiers , et doit être un lien intermédiaire entre les coraces et les vrais meliphagidées, ou la famille que nous avons nommée dansnotre Manuel philedonées.On conçoit, en effet, qu’un caractère purement artificiel, comme celui du bec, ne doit pas suflire seul pour diriger les vues d’un classificateur, mais qu’il est nécessaire d’adjoindre à ce caractère ceux naturels, tirés de la forme des ailes, et surtout des pattes, organes locomoteurs par excellence.
Les épimaques ne diffèrent donc des vrais paradisiers que par un plus grand allongement du bec, qui s’'amincit et se recourbe, tout en conservant le type général de cet organe dans la famille des coraces, comme aux paradisiers les plumes veloutées du front s'avancent sur les narines. Les mandibules sont dentées à leur pointe, et leur commissure ample s'étend jusque sous l’æil. Les pieds sont forts, avec de larges scutelles sur l’acrotarse, et ont un pouce notablement robuste. Les ailes dépassent légèrement le croupion , et leurs premières rémiges sont taillées en lames d'épée, tandis que les suivantes sont larges et obtuses à leur sommet.
Les mâles sont vêtus d’une splendide livrée : celle des femelles est terne, ondée de brunâtre sur un fond roussâtre : les jeunes tiennent à la fois de Jeurs père et mère.
HISTOIRE NATURELLE
Leurs mœurs et leurs habitudes sont entièrement inconnues. Toutes les espèces, à l’exception du ptiloris paradisier, qui habite la Nouvelle-Galles du Sud, sont de la Nouvelle-Guinée.
Cette famille ne comprend que quatre genres, qui sont, les pliloris, épimaque, séleucide ou falcinelle et canéliphage. Chacun de ces genres ne renferme qu’une espèce.
LES PTILORIS.
Ptiloris.
Les ptiloris ont un bec plus long que la tête, dont l’arête entame les plumes du front, qui sont écailleuses et imbriquées. Leur plumage est velouté, mais sans aucune parure (!), bien que les plumes des flanes soient läches. Leur queue est moyenne, presque rectiligne. Les ailes sont concaves , et si les deux premières rémiges sont étroites, les suivantes sont arrondies à leur extrémité.
Le mâle de la seule espèce connue à le plumage velours noir violet, avec des franges ou des plaques métallisées. La femelle est grisâtre et roussàtre, avec des chevrons et des taches brunâtres.
La seule espèce a élé rencontrée dans les alentours du port Macquarie à la Nouvelle - Hollande.
LE PTILORIS PARADISIER.
Ptiloris paradisœus (?).
Cette magnifique espèce fut signalée (4825) aux ornithologistes par M. Swainson, sous le nom que nous lui conservons , bien que dès 4824 nous l’ayons décrite sous celui d’épimaque royal ; car cet oiseaa étoit alors inconnu en France. Plus tard (1854) M. Wilson figura le mâle et la femelle en dédiant l'espèce au général Brislaw, alors gouverneur des établissements anglois de la Nouvelle-Hollande, actif protecteur des sciences naturelles, et qui nous accueillit nous-même avec un noble désintéressement dans cette partie du monde. Tels sont les détails qui se rattachent à l’histoire de ce magnifique oiseau, encore rare dans les collections, et connu depuis quelques années seulement,
Le ptiloris mâle a de dix à onze pouces de longueur totale , et le bec entre pour quinze lignes dans cette dimension, en le mesurant depuis les plumes du front jusqu’à la pointe ; car il est largement fendu , et la commissure avance jusque sous les yeux. La couleur du bec, celle des tarses et des ongles, est
(9 Règle générale , les caractères Lirés de la livrée appartiennent exclusivement aux mâles.
(2) Moho, Less,, Ornith., 302,
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DES OISEAUX
un noir mat. La queue est élargie, presque rectiligne, et composée de dix rectrices. Les ailes sont couvertes, concaves, la première rémige très courte, la deuxième plus longue , les cinquième, sixième, septième et huitième presque égales, et les plus longues de toutes.
Le dessus de la tête est revêtu de plumes écailleuses d’un vert bleuâtre d'acier irisé : une cravate triangulaire occupe le devant du cou et de la gorge, en formant un plastron de plumes écailleuses brillantes, et jouissant de tout l'éclat de l’émeraude en prenant sous les rayons lumineux divers reflets chatoyans et métallisés. Ces plumes sont triangulaires, colorées en vert olive mat et comme frangées sur les bords , tandis que leur portion moyenne est à facettes et resplendissante. Les plumes du dos, des ailes, ont la douceur du velours, et leur couleur noir intense en offre l’aspect et la nature séricéeuse sous un certain jour, tandis que différemment éclairées elles prennent les teintes les plus suaves du velours noir ponceau , passant au riche violet; des plumes comme écailleuses recouvrent aussi l'abdomen; elles sont plus fermes que celles du cou et de locciput, noires séricéeuses au centre, et frangées de cuivre de roseute et d'acier chatoyant.
La queue est courte, presque rectiligne, et les rectrices sont d’un vert doré uniforme en dessus, Les tarses sont noirs, garnis de scutelles en avant et de plumules réticulées en arrière; les ongles, ainsi que les doigts, sont très robustes, très erochus, comprimés sur les côtés et concaves en dessous ; celui du pouce est le plus puissant.
Le bec, légèrement fléchi dans sa longueur, est très comprimé sur ses bords, et la commissure se déjette un peu en se recourbant en dessous ; les narines sont percées dans une membrane située à une fossette que les plumes du front recouvrent en partie; il est complétement noir.
La femelle a dix pouces et demi de longueur totale. La queue entre pour trois pouces et demi dans cette dimension , et dépasse les ailes de vingt lignes.
Les plumes qui recouvrent la têle, depuis le front jusqu’à l’occiput et sur les joues, sont d’un gris brun, et chaque très petite plume est rayée en long d’un trait blanc. Un sourcil blanchâtre assez larg se dessine derrière les yeux. Les petites plumes du tour des yeux, du rebord de la mandibule inférieure, et celles des jugulaires, sont blanchâtres, teintées de roux vif. Le dos, les couvertures des ailes, le croupion , sont d’un gris olivâtre brun uniforme, Les rémiges et les rectrices d’un fauve brunâtre, parfois tirant au blond vif. Le rebord de l'aile est varié de blanc et de brun, ainsi que le dessous ; les rémiges en dessous sont brunes près des tiges, et couleur rouille ou d’un blond doré sur leurs bords.
La gorge est blanchâtre, sans tache : devant le
cou, ses côtés , le thorax, et toutes les parties inférieures jusqu'aux plumes tutrices de la queue en dessous, sont d’un gris teint de roux ; et sur le milieu se dessine en forme de V, et souvent de fer de lance, un ruban fauve noirâtre. Les plumes du basventre sont seulement rayées en travers de ce même trait noir. Le bec et les pieds sont noirs.
Nous nous procurâmes pour huit dollars un très bel individu du ptiloris à Sydney dans la Nonvelle- Galles du Sud. Il provenoit du port Macquarie, et portoit dans la colonie le nom vulgaire de riffleman, pour rappeler que ce fut un soldat de la garnison qui le tua le premier. Depuis, M. le docteur Bussoeil, chirurgien-major de la frégate la Thétis, commandée par M. de Bougainville, en donna un deuxième individu au Muséum d'histoire naturelle, dans les galeries duquel on l’a déposé.