L'OISEAU-MOUCHE CORA
Ornismya Cora. Less. Synop.
Nous avons découvert cette gracieuse espèce d’oiseau-mouche au Pérou, dans le mois de mars 1825, et la figure en a été publiée dans la Zoo'ogie du Voyage autour du Monde de la corvette la Coquille (!). Depuis, de nomireux individus sont venus enrichir les collections particulières et le Muséum de Paris.
Le Cora, dont le nom rappelle une touchante prêtresse du soleil, peinte sous des couleurs si pures dans le roman des Incas de Marmontel, habite le Pérou. C’est sur les rivages de ce riche pays, entre Callao et la Ciudad de los Reyes, la Cité des Rois, ainsi que le farouche Pizarre nommoit Lima, qu’il balance ses longues plumes rectrices, et qu’étincelle sa gorge améthyste. L’intervalle qui sépare Callao de Lima est d'environ deux lieues. La surface de cet endroit est basse, marécageuse, couverte de quelques petits buissons de baccharis, dont le feuillage triste et glauque ne contribue point à récréer la vue. Des galets roulés annoncent çà et là que les tremblements de terre, si communs sur ces côles, ont bouleversé les vagues, et leur ont fait franchir la digue que leur opposoient les rivages. Des efflorescences salines couvrant de larges espaces , où l'herbe croît à peine, s'opposent à la fraicheur des pelouses; partout le soleil darde à plomb ses rayons brülants ; nul feuillage ne vient abriter le chasseur de ses atteintes sous une latitude de douze degrés : tels sont les lieux où se plait l’oiseau-mouche Cora, où il vole dans le milieu du jour, sans jamais se fixer sur les corymbes des fleurs dont il suce le nectar. Il est beaucoup moins multiplié que celui appelé par nous oiseau-mouche Amazili, et qui se trouve dans les mêmes localités.
Le Cora, que sa petite taille et sa longue queue rendent remarquable, a de longueur totale cinq pouces cinq lignes, et sur cette dimension les rectrices ont trois pouces deux lignes, et le bec en a six. Le dessus de la tête, du dos, du croupion et les couvertures des ailes, sont d’un vert uniforme et métallique ; une large cravate irisée ou couleur d’acier bruni, ou de fer oligiste chatoyant, occupe la gorge jusqu’à la moitié du cou et des joues ; le bas du cou en avant, la poitrine et toute la partie inférieure
(} Ornismya Cora, Less. et Garn., Zool. du Voy. autour du monde , publié par ordre du Roi, pl. 31, fig. 4
DES OISEAUX
du corps, sont d’un blanc sale, auquel s’uuit un peu de brun sur les flancs ; la queue, pour les individus soumis à notre examen, n’avoit que huit pennes étagées brunâtres , bordées de blanc en dedans; les deux pennes moyennes, beaucoup plus longues que les autres, sont blanches sur leur côté interne, brunâtres sur le bord externe , et tout-à-fait brunes à l'extrémité ; le bec est grêle, de couleur noire, et les pieds sont rougeûtres.