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L'OISEAU-MOUCHE AUX HUPPES D'OR

Ornismya chrysolopha. Less. Synop.

Ornement des campos-geraes du Brésil, non loin des sources de la rivière San-Francisco, vit l’oiseaus mouche aux huppes d’or. Parmi les espèces les plus belles de cette famille, il doit obtenir un des premiers rangs : richesse de parure, grâce de formes, élégance dans le port, éclat dans le plumage, tout en lui est fait pour plaire. Le moindre souffle des vents devroit l'emporter dans le vague des airs, le moindre orage gâter ses plumes si éclatantes ; et cependant ce petit être, livré sans défense aux embüches des oiseaux de rapine et des reptiles immondes, brave dans sa vie aérienne les atteintes de ses ennemis, ne redoute point les dangers des variations subites de la température des tropiques, et remplit paisiblement sa carrière au milieu des plaines découvertes de l’intérieur du Nouveau - Monde. Les forêts vierges et profondes élèvent l’âme du voya= geur, et impriment à ses pensées des sentiments d’une immensité qui le confond. Les campos au contraire, ou ces terrains uniformes qui dessinent leur vaste surface en certaines parties du Brésil, sans avoir le monotone aspect de nos plaines de France, font naitre des sensations douces et paisibles, reposent agréablement la vue par les ondulations légères du sol, où se mêlent de gras pâturages, des gazons frais et d’un vert gai, et des bouquets touffus de bois que domine l’araucaria au feuillage sombre. Des vallées, des nappes d’eau, des cabanes agrestes, des troupeaux errants, animent, vivifient ce paysage; et c’est là que semble exclusivement vivre, au milieu d’une nature riante, le petit oiseau-mouche dont nous allons tracer la description.

Le prince Maximilien de Wied-Neuwied, que son goût pour l’histoire naturelle a porté à entreprendre un long voyage dans le Brésil, a décrit avec soin cet oiseau-mouche, en lui donnant l’épithète de cornu (1); il en envoya un individu à M.'Temminck, qui le figura sous le nom d’oiseau-mouche à dou-

() Trochilus cornutus , prince de Wied, Voyage au résil, trad. francç., t. II, p. 118, |

ble kuppe(1). Le mâle que nous décrirons fait partie de la riche collection d’oiseaux-mouches de M. Dupont, où depuis long-temps la femelle existoit sans qu’on ait su à quelle espèce elle devoit appartenir. L'oiseau-mouche aux huppes d’or a près de quatre pouces de longueur totale, et la queue à elle seule entre au moins pour moitié dans ces dimensions. Le bec et les pieds sont d’une grande foiblesse, et de couleur obscure. Le premier, recourbé d’une manière presque imperceptible, est mince et peu renflé ; mais les deux mandibules se terminent en pointes très déliées et d’une extrême finesse. Ce qui caractérise cette espèce d’une manière aussi gracieuse que peu commune sont deux huppes aplaties, composées de six petites plumes rangées en éventail, et qui partent du devant de la tête au niveau des yeux, pour se diriger horizontalement, et imiter un deltoïde. Ces deux huppes jouissent de l’éclat le plus extraordinaire ; elles étincellent avec le brillant de l'or et celui du cuivre rouge : les reflets du rubis et ceux de l’émeraude, le rouge de feu, le vert le plus pur, le jaune le plus éclatant, chatoient de manière à éblouir les yeux , et surpasser la description qu’on chercheroit à faire de ces teintes si fugitives et si belles. Les plumes écailleuses du front s'étendent entre les deux huppes, et brillent d’un vert métallique uniforme, tirant sur le bleu de l'acier. Un camail d’un noir violâtre, peut-être nuancé de ponceau sombre, s'étend depuis la gorge ju:que derrière les yeux, s'arrête, descend sur les côtés du cou pour se terminer devant la poitrine par des plumes longues, terminées en une seule pointe prolongée, de manière à imiter un rochet tombant en pointe en devant. Ce violâtre indécis tirant sur le bleu non métallique, et dont la teinte veloutée est très foncée, tranche nettement sur le blanc de lait de la poitrine, qui s'étend à la partie inférieure du cou, de manière à dessiner très distinctement un assez large collier blanc. Le bas-ventre est blanchâtre ; mais le milieu de l’abdomen et les flancs sont d’un vert doré analogue au dos, et auquel se mêle un peu du grisâtre de la base des plumes. L'occiput et les côtés de la tête en arrière, le dos et les plumes uropygiales sont d’un vert doré métallique ; les rémiges sont brunes. La queue est étagée : elle se compose de quatre rectrices plus longues que les six autres; les deux du milieu sont brunes, les deux plus externes sont d’un blanc pur; les autres rectrices externes plus courtes sont blanches, mais leur bord externe se trouve être liséré de brun. La queue en dessous est d’un blanc légèrement enfumé ; les ailes ne se rendent qu’à la moitié de la queue, dont la forme générale est longue, acuminée et étroite.

Cetoiseau-mouche a, dit le prince de Wied, qua-

Trochilus bilophus, Temm., pl. col,, n° xvru, fig. 3,

tre pouces cinq à six lignes d'envergure, et le bec Jong de six lignes et demie. Tel est l'individu mâle. La femelle n’a point de huppe; sa livrée est plus terne, et les rectrices moyennes, au lieu d’être noires, sont d’un blanc pur, ainsi que toutes les autres : aucune n'offre la moindre trace de brun sur les bords.

Les deux sexes de cette espèce n'existent à Paris que dans la collection de M. Dupont. Elle provient, ainsi que nous l’avons déjà dit, du Brésil.

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