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L'OISEAU-MOUCHE A QUEUE SINGULIÈRE

Ornismya heteropygia. LESSs., Synop.

Le nom que porte cet oiseau indique que les plu-

mes qui forment sa queue offrent une disparate avec celles qui sont propres aux diverses espèces du même

() Trochilus enicurus, Vieillot, Nouv. Dictionn.

= oo

genre. En effet tous les oiseaux-mouches connus jusqu’à ce moment ont dix rectrices à la queue, tandis que celui-ci n’en a que six; et l’on ne doit pas supposer que cette particularité est due à la chute de quelques unes de ces plumes, puisqu’on a pu s’assurer sur plusieurs individus de la persistance de cette modification. Une seule dépouille connue à Paris appartient à M. le baron Laugier, dont la collection très citée renferme des espèces rares et précieuses. M. Vieillot affirme que Levaillant en connoissoit plusieurs autres individus en tout semblables à celui dont il traça le premier la description, et que le collecteur de Lalande lui assura la même chose. Enfin il paroît que cet oiseau se trouvoit aussi dans le musée justement célèbre de Bullok à Londres.

L’oiseau-mouche à queue singulière est donc le seul, même de tous les oiseaux connus , qui n’ait que six rectrices. Leur disposition est remarquable en ce qu’il y en a deux qui sont très courtes, et par conséquent peu apparentes, tandis que les quatre autres sont élagées entre elles et distantes à leur extrémité de manière à donner une forme fourchue à la queue. Ces quatre rectrices sont longues de deux pouces, et beaucoup plus par conséquent que le corps lui-même, et sont faconnées de telle sorte qu’elles sont étroites, minces, grèles, légèrement déjetées en dehors et arrondies à leur extrémité; leur couleur est d’un brun noir uniforme, tandis que les deux courtes sont d’un vert doré comme le dessus du corps.

Cet oiseau est remarquable par sa petite taille, ses formes grêles et élancées, que termine en avant un bec mince, délicat, un peu renflé vers la pointe; il est noir ainsi que les pieds, dont la ténuité est extrême ; les ailes sont arrondies, minces, et ne s’étendent pas au-delà du point de départ de la queue ; les rémiges sont d’un brun pourpré.

Les couleurs qui embellissent cette charmante et précieuse espèce sont : le vert doré métallique uniformément répandu sur le sommet de la tête, sur les petites couvertures des ailes et sur le corps; le même vert couvre le ventre, le bas de la poitrine et la gorge, immédiatement sous la base de la mandibule inférieure. Mais ce qui embellit principalement cet oiseau est le plastron écailleux qui revêt le devant du cou, plastron brillant d’un vif éclat de pourpre et de violet métallisés, que relève encore, par des oppositions de teintes, un collier blanc prolongé sur les jugulaires après s'être dessiné sur le haut de la poitrine où il se confond avec une ceinture d’un jaune de buffle.

L’oiseau-mouche à queue singulière a de longueur totale, c’est-à-dire de la pointe du bec à l’extrémité de la queue, quatre pouces. M. Vieillot dit qu'il

d'Hist. nat., t. XXII, p. 429 (14818); Temm.,, pl. col., no LXVI, fig. 3.

DES OISEAUX

vient du Brésil, tandis que M. Temminck lui donne au contraire pour patrie l’ile de la Trinité. Nous regardons cette dernière indication comme la seule vraie.

LE NATTERER ().

Ornismya Natterii. LEss., Synop.

Parmi les oiseaux-mouches du Brésil, le Natterer est sans contredit un des plus remarquables ; il joint au plumage brillant des individus de la même famille des singularités dans sa vestiture ; c’est ainsi que les plumes du cou forment deux touffes goîtreuses, qui ne se développent sans doute qu’à l’époque des amours, et comme parure de noces, ainsi qu’on le remarque chez un oiseau des rivages nommé le combattant ou le paon de mer.

Cette espèce , que nous avons représentée de grandeur naturelle, a la queue égale ou rectiligne; les ailes s'étendent jusqu’au milieu à peu près des rectrices ; le corps en dessus, les flancs et les petites couvertures des ailes sont d’un vert doré uniforme, et commun à presque tous les oiseaux-mouches ; les rémiges sont brunes, mais ayant quelques reflets violets, tandis que les rectrices sont d’un vert métallique brillant aussi bien en dessus qu’en dessous; le bec est noir, assez droit et peu long.

Ce qui distingue le Natterer est d’avoir la face et la gorge encadrées par des plumes écailleuses jouissant de l'éclat le plus vif de l’émeraude glacée d’or. Ces plumes, à peineétenduessur le front, descendent au-devant du cou en se terminant en pointe, tandis qu’elles sont sur la tête séparées des plumes vertes dorées par une bandelette d’un noir velouté qui coupe l’occiput en se dirigeant d’un œil à l’autre. Sur les côtés du cou s'élèvent deux touffes de plumes épaisses, très fournies, qui élargissent singulièrement cette partie et imitent de chaque côté une collerette étoffée. La couleur de ces plumes est un bleu indigo très foncé et mat, qui est relevé latéralement sur les parois de la poitrine par deux taches d’un jaune teinté de buffle clair plus ou moins apparentes. Les plumes de la poitrine et du ventre sont du même bleu que la collerette , ou comme elle jouissent d’une coloration foncée qui n’est point ordinaire aux espèces de ce genre. Le bas-ventre, de même que les couvertures inférieures de la queue , sont blanchâtres.

L'oiseau-mouche Natterer porte le nom du voyageur allemand qui le premier l’a fait connoître en Europe. On ignore encore quelles sont les particularités qui distinguent la femelle.

Le cabinet du Jardin du Roi possède deux beaux individus mâles qui proviennent du voyage dans l’in-

(:} Oiseau-mouche écussonné, trochilus scutatus, Patterer; Temm., pl. 299, fig. 3.

IE

térieur du Brésil d’un botaniste justement célèbre, M. Auguste de Saint-Hilaire,

Nous n'avons point conservé à cet oiseau-mouche le nom d’écussonné qu’on lui a donné, car il n’est pas plus écussonné que les huit dixièmes des espèces du genre. Ces noms qui s'appliquent à un grand nombre d'individus ont l'inconvénient de ne rien rappeler de caractéristique dans les formes de l’être, et dans ce cas il vaut mieux un mot complétement insignifiant, mais sonore, qu’une dénomination qu’on peut appliquer à dix espèces et qui ne dit rien à l’imagination.

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