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LA JACOBINE

Ornismya mellivora. Lrss., Synop.

La première figure qui ait été donnée de cet oiseau-mouche se trouve être la pl. 55 d'Edwards, qui le nommoit colibri au ventre blanc. Brisson le décrivit sous la dénomination d'oiseau - mouche à collier de Surinam, et Buffon lui conserva le nom de jacobine que les amateurs lui donnoient à cause de la disposition affectée par la couleur blanche dans son plumage. C’est sous ce nom que le mâle est figuré parmi les oiseaux dorés d'Audebert et de M. Vicillot, pl. 25, tandis que le jeune âge est distingué comme espèce (pl. 22), et porte le nom d'oiseau-mouche à gorge tacheiée.

Bien que la jacobine soit une des espèces les plus anciennement connues , bien qu’elle soit commune dans toutes les collections, on ne peut se dispenser toutefois de la regarder comme une des plus remarquables par le mélange des vives couleurs qui teignent son plumage. |

Sa longueur totale est d'environ quatre pouces et demi, et sur cette dimension le bec entre pour dix ligaes et la queue pour dix-huit. Ses formes sont assez massives, assez robustes; son bec, entièrement noir, terminé en pointe aiguë, se renfle à peine à son extrémité, tandis qu’il s’élargit à la base, et forme le passage par son organisation au bec de certains colibris. Il est assez droit cependant, et na point cette finesse et cette ténuité qu’on remarque dans quelques espèces.

Les tarses sont noirs, et les très petites plumes semblables à des poils qui les recouvrent jusqu'aux doigts sont aussi de cette couleur; les ailes, médiocrement étroites et recourbées, sont de même longueur que la queue. Cette dernière est large, étoffée, et parfaitement rectiligne.

Dans son plumage parfait, l’oiseau-mouche jacobine a la tête, le devant du cou, de la gorge et le haut de la poitrine recouverts d’un riche bleu de cuivre carbonaté, et passant au sombre en devant et au vert sur le derrière de la tête et sur les parties latérales du cou. Une ceinture verte dorée traverse

HISTOIRE NATURELLE

la poitrine et s’étend sur les flancs en allant joindre le croupion; elle enveloppe ainsi le blanc de neige qui forme sur le ventre une large plaque ovalaire, qui se confond avec les plumes abdominales et les couvertures inférieures de la queue, qui sont également d’un beau blanc.

Le dessus du corps est d’un vert doré métallique très éclatant, qui s’est étendu sur les couvertures de la queue, couvertures larges et aussi développées que les rectrices qu’elles revêtent ; mais ce vert doré foncé et brillant du corps et des couvertures supérieures des ailes se trouve interrompu avec le vert et puis le bleu du cou par une large surface parfois arrondie, parfois disposée en pèlerine, qui est d’un blanc mat d’une grande pureté.

Les rémiges sont d’un brun teint de pourpre très foncé, sorte de couleur ambiguë qu'il est difficile de préciser, mais qu’on peut délinir une teinte noire qui seroit mélangée de rouge dans de foibles proportions. Les rectrices au contraire sont larges, arrondies, d’un blanc très pur, excepté sur leurs bords, parfois très finement lisérés de noir, et à leur extrémité, qui se trouve bordée d’un ruban noir.

Le Muséum en possède une variété dont le bleu de la poitrine et le vert des parties supérieures du corps sont plus ternes, moins chatoyants, mais qui est remarquable en ce que les rectrices du milieu de la queue sont complétement noires.

Une deuxième variété, également conservée dans les galeries du Muséum, offre des particularités vraiment singulières dans son plumage, Le bleu de la gorge et du haut de la poitrine ne règne sur ces parties que sous forme d’un ruban étroit, et la gorge, de même que les yeux en dessous, se trouve traversée par une large bandelette couleur de rouille. Les rectrices moyennes se trouvent être également brunes comme dans la variété précédente, seulement les rectrices blanches sont terminées par une plus large bordure noire; le vert doré de dessus le corps tire aussi sur le brunûâtre terne.

M. Vieillot a figuré à la planche 24 de ses Oiseaux dorés une troisième variété qui a le dessus de la tête et du cou, le dos, le croupion et les petites couvertures inférieures de la queue variés de vert et de bleu ; la zorge mélangée de gris, de bleu et de blanc; les grandes couvertures et les pennes d’un brun violet ; les rémiges d'un vert doré, mais bleues à leur extrémité et bordées de blanc; le bec et les pieds noirs.

Le jeune âge de la jacobine (t) est caractérisé par l’uniformité de la couleur verte dorée des parties supérieures du corps, par le plastron écaillé noir et blanc qui recouvre le devant du cou et le haut de la poitrine, et qui est dû à ce que chaque plume im-

() Trochilus fimbriatus etpunctatus, Vieillot, pl. 22.

DES OISEAUX

briquée sur sa voisine est noire au centre et bordée de gris très clair ou de blanchâtre ; le bas de la poitrine et l'abdomen sont d’un verdûtre tirant sur le brun enfumé ; les rectrices sont brunes et lisérées de blanc.

Une deuxième variété plus avancée en âge présente le même plumage; seulement certaines des plumes écailleuses du devant du cou se trouvent avoir pris le bleu métallique qui les caractérise toutes chez les vieux individus. Le vert doré, au lieu d’être terne, prend de l'éclat , et le blanc des plumes du ventre et des rectrices augmente aux dépens des nuances sombres.

La femelle de l’oiseau-mouche jacobine est d’un vert brillant sur le dos, la tête et les petites couvertures des ailes; le devant du cou, la poitrine, les flancs, sont tachetés de vert, de brun, de gris et de blanchâtre; le milieu du ventre est blanc; les rectrices sont d’un vert brillant en dessus et d’un vert plus mat en dessous : elles sont aussi, vues de ce dernier côté, largement bordées de noir et lisérées de blanc tout-à-fait en leur bord. Quelques auteurs, en décrivant les individus ainsi caractérisés, les ont pris pour des jeunes mâles.

Les auteurs s'accordent à dire que la jacobine est originaire de Cayenne et de Surinam. Nous n’en trouvons toutefois aucune mention ni dans l’Essai sur la Guyane de Bancrofh, ni dans l'Histoire naturelle de Surinam, de Philippe Fermin. Plusieurs des individus qui ornent les galeries du Muséum proviennent de la Martinique, et probablement aussi de quelques unes des iles Antilles voisines,

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