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L'OISEAU-MOUCHE HUPPÉ

Ornismya cristata. LEss., Synop.

Cet oiseau-mouche à été mentionné sous le nom de colibri à huppe verte par les anciens historiens des îles Antilles, tels que Dutertre, Labat et Feuillée. C’est en effet une des espèces les plus remarquables et les plus intéressantes des îles Caraïbes, que distingue son plumage mi-partie de noir et d’or relevé par un chaperon d’émeraude. Sa petite tailie, son bec mince, grêle, pointu et noir ; ses pieds foibles et débiles, cachés sous les plumes de l'abdomen ; une vestiture qui n’est point calquée sur les autres individus de la famille, prêtent à cet oiseau-mouche des agréments qui lui assignent un rang distingué dans sa riche et brillante tribu. Très répandu dans les collections, son histoire n’est pas exempte toutefois de doutes et d’incertitudes qui ne sont point encore dissipés.

L'oiseau-mouche huppé mâle a au plus trois pouces de longueur totale, et le bec entre dans ces dimensions pour six lignes, et la queue pour dix lignes. Le plumage est sur le corps, c’est-à-dire sur le derrière du cou, le dos, le croupion et les couvertures supérieures des ailes, d’un brun glacé de vert doré foncé et chatoyant ; sa gorge et le devant du cou sont d’un gris enfumé clair, tandis que cette teinte prenant une nuance fuligineuse très foncée, caractérise les plumes de la poitrine, du ventre, des flancs et des couvertures inférieures de la queue : toutefois des reflets vert doré forment, chez les individus adultes, une ceinture sur la poitrine et sur les flancs. Une petite touffe de plumes blanches marque la naissance des cuisses. Les ailes sont minces, étroites, recourbées, et les rémiges qui les composent sont d'un brun plus violet qu’à l'ordinaire ; elles dépassent les rectrices de plusieurs lignes : celles-ci sont égales, assez larges et arrondies à leur extrémité; elles sont en dessus comme en dessous d’un bleu noir bronzé très intense, passant au vert doré sur les deux du milieu. Ce qui distingue le mâle, et qui lui a valu le nom de huppé que porte l’espèce, est donc une huppe formée d’un très grand nombre de petites plumes écailleuses, serrées, imbriquées, et recouvrant la majeure partie du demi-bec supérieur ; ces plumes s’allongent d’autant plus qu’elles s’implantent plus près de l'occiput. La huppe qu’elles concourent à former est triangulaire et droite en arrière ; elle brille le plus ordinairement du vert d'émeraude le plus vif et le plus pur. Cependant, chez un grand nombre d'individus, il s’y joint des

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reflets d’or très brillants , et, vers l'extrémité, deS teintes d’acier ou de fer oligiste d’un beau bleu métallisé. Le bec et les pieds sont noirs.

Notre description a été faite sur plus de vingt individus, et ne nous permet point, par conséquent, de regarder l’oiseau-mouche à huppe bleue comme différant spécifiquement de l'espèce que nous venons de décrire. D'ailleurs dans le passage que nous consacrerons plus bas à cette variété, nous expliquerons plus au long nos idées à ce sujet.

La femelle diffère beaucoup du mâle, surtout parce qu’elle n’a point comme lui la tête revêtue d’une huppe d’émeraude. Labat, le premier, sut parfaitement distinguer les deux sexes, et c’est bien gratuitement que Mauduit éleva des doutes sur la disparité qui existe entre le mäle et la femelle. Cette dernière n’a done point de huppe, et les parties supérieures de {a tête, du dos, du croupion et les petites couvertures des ailes, brillent uniformément d’un vert doré foncé et uniforme. Tout le dessous du corps est d’un gris enfumé séricéeux, moins foncé sur la gorge et la poitrine, plus fuligineux sur les flancs, où ne se mêlent aucuns reflets verts. Les rectrices moyennes sont d’un vert doré en dessus, tandis que les autres sont d’un brun mat, et que les trois plus extérieures de chaque côté sont terminées de blanchâtre. En dessous toutes sont d’un bleu d'acier chatoyant, et se trouvent plus ou moins marquées de gris à leur sommet. Le bas-ventre est blanchâtre.

La variété la plus remarquable de l’oiseau-mouche que nous décrivons est celle qui porte une belle huppe bleue chatoyante, que Gmelin, Latham, M. Vieillot lui-même, regardoient comme espèce distincte, bien que ce dernier ait reconnu plus tard que rien ne pouvoit légitimer cette idée, et qu’il étoit plus naturel de ne la regarder que comme une race distincte de localité. L’oiseaumouche à huppe bleue habite la grande ile d'Haïti; sa taille est ur peu plus forte que celle de l’espèce ordinaire ; mais ce quile particularise comme variété nette et tranchée, est son plumage d’un brun foncé séricéeux, uniforme, foiblement teinté de vert métallique sur le dos; sa gorge blonde ou d’un brun fuligineux plus clair, et sa huppe étoffée dont la moitié antérieure est une émceraude étincelante, tandis que l’autre moitié est d’une teinte d'acier azurée très vive.

L’oiseau-mouche huppé paroit vivre de préférence dans les iles Antilles , et notamment à la Trinité et à la Martinique. C’est du moins de ces deux iles que provient ce grand nombre de dépouilles qui ornent les cabinets des amateurs ct nos musées. Les mœurs de ce charmant volatile ont été obser -

vées avec soin par M. Vieillot , et voici comment il

s'exprime à ce sujet (!): « L'oiseau-mouche huppé fréquente les jardins , se plait dans les habitations, s'approche volontiers des cases, attache quelquefois son nid, soit à un brin saillant d’une couverture, soit à une branche d'oranger , de chèvrefeuille ou de jasmin. Ce charmant oiseau devient audacieux si on lui enlève ses petits ; sa tendresse pour eux lui fait tout braver ; partout il les suit, et ne craint pas d'entrer dans un appartement pour les nourrir. Si l’on garnit cet appartement de fleurs, on se procure le plaisir de posséder plus long-temps cet oiseau, car le père et la mère, qui y trouvent des aliments, y séjournent et se familiarisent tellement qu'ils y passent la nuit avec leurs petits. »

L'oiseau-mouche à huppe bleue que nous avons décrit comme une variété de l'espèce des Antilles se trouveroit-il au Brésil? Le prince Maximilien de Wied-Neuwied s'exprime de manière à le faire supposer, car il dit {?) : «Ayant voulu examiner la fleur d’un palmier, nous trouvâmes fixé aux branches le nid de l’oiseau-mouche à tête bleue, trochilus pileatus (3), qui ressemble beaucoup au saphir-émeraude de Buffon ({rochilus bicolor Auct,). Ce nid étoit aussi proprement revêtu de mousse que le sont ceux des chardonnerets et de plusieurs autres petits oiseaux d'Europe. On trouve dans tous les nids d'oiseaux-mouches deux œufs blancs de forme allongée, qui chez quelques espèces sont extraordinairement petits. »

On a dit que l’oiseau-mouche huppé se trouvoit aussi à la Guyane ; mais Mauduit a combattu cette assertion, et la description de l'oiseau - mouche huppé par Banerofh, dans ses Lettres sur Surinam, est si erronée, et l'indication du prince de Wied si incomplète, qu'on doit raisonnablement douter que cet oiseau se soit propagé sur le continent américain. Sa vraie patrie restera donc les îles Antilles, et principalement la Trinité et la Martinique.

C’est à l’époque de l’hivernage que l’oiseau-mouche huppé fait son nid à la Martinique. Cette saison est celle où le feuillage reverdit, où les arbres se chargent de fleurs et de fruits ; aussi ces volatiles , pressés par le besoin de se reproduire, tissent leur nid et le suspendent aux rameaux des mélastômes ou sous les feuilles du mancenillier redoutable.

(«) Hist. nat. dés Ois. dorés, par Audebert, t. HE, p. 91.

(2) Voyage au Brésil, trad. franc., t. 1, p. 89.

() Ne seroit-ce pas plutôt le trochilus glaucopis?

HISTOIRE NATURELTE

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