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L'OISEAU-MOUCHE SAPHO

Ornismya Sapho. Less. Synop.

Cet oiseau admirable, dont la queue resplendissante par son développement comme par ses riches couleurs rappelle, quoique sous d’autres rapports, la queue si belle du ménure de la Nouvelle-Hollande, a reçu de M. Temminck, sur l’étiquette qu’il porte dans les galeries du Muséum , le nom de radieux ; mais avant la dénomination de l’auteur hollandois nous lui avions appliqué le nom de la muse de Mitylène, du poëte des verssaphiques; car la queue de cet oiseau faite en forme de luth antique dont les cordes seroient rompues, est destinée à faire revivre dans nos souvenirs la lyre d’or de la célèbre Lesbienne. Toutefois dès 1811 Shaw avoit décrit et assez mal figuré cette espèce sous le nom d’oiseaumouche à queue rubanée (bar-lailed hummingbird (1). La figure qu'il en donne est médiocrement gravée et tirée en noir; elle porte le n° 59, et se trouve dans la première partie de l’histoire des oiseaux dans sa Zoologie générale. La description de Shaw, assez incomplète, suivant l'habitude de cet auteur, se borne aux détails suivants : cette espèce a de longueur environ huit pouces; les ailes sont brunâtres ; sa queuc est longue, très fourchue; les deux rectrices externes longues de quatre pouces et demi, les autres graduellement plus courtes : toutes

(:) Trochilus sparganurus, Shaw.

sont arrondies à l’extrémité. Les teintes du plumage sont d’un vert doré passant à l’émeraude sur la gorge, et les rectrices sont noireset largement rayées de bandes d’or pourprées. Un individu conservé dans le cabinet de Bullok provenoit, à ce que l’on suppose, dit Shaw, du Pérou.

L’oiseeu-mouche Sapho, robuste dans les habitudes du corps et l’un des plus grands de la famille, a surtout sa queue énormément développée, qui n’a pas moins de quatre pouces, et qui forme une fourche très profonde. Le bec est à peu près droit, aigu, peu allongé, ayant au plus sept lignes ; il est noir ainsi que les tarses. Les ailes sont arrondies, recourbées, et ne dépassent que d’un peu la naissance de Ja queue; le corps peut avoir deux pouces et demi.

La gorge, la poitrine, le devant du cou, sont recouverts par un plastron de plumes écailleuses d’où jaillissent les teintes les plus pures du vert d’émeraude, prenant sous la mandibule inférieure un aspect de velours vert foncé. Une bandelette d’un vert doré plus jaune s'étend de l’œil et descend sur les côtés du cou; la région anale est garnie de plumes grisâtres. Tout le plumage en dessus, ainsi que les petites couvertures des ailes, est d’un vert doré métallique ; mais les plumes du croupion et les couvertures supérieures de la queue, bien plus étoffées qu’à l’ordinaire, jouissent de l'éclat le plus vif du cinabre pur : les rémiges sont d’un brun pourpré, et leurs tiges sont coudées et élargies.

Les dix rectrices qui composent la queue sont très étagées ; les deux moyennes sont très courtes etovalaires ; les deux externes sont très longues, rubanées , aplaties, et dépassent de dix-huit lignes les deux plus voisines. Toutes, carrées et à peine arrondies à leur extrémité, étincellent diversement sous les rayons de la lumière qui viennent les frapper ; leur éclat le plus ordinaire est celui du cuivre rouge chatoyant en or; mais parfois ces riches couleurs métalliques se changent en pourpre ou en violet sombre. À ces nuances d’un luxe sans pareil vient s'adjoindre le noir de velours, qui forme sur leurs bords extérieurs d’étroits lisérés, ou qui les termine par une plaque quadrilatère dont l’épaisseur diminue à mesure que les rectrices sont plus courtes, au point de border simplement les deux moyennes.

La planche 28 représente la femelle de ce magnifique et rare oiseau-mouche. Sa taille est un peu plus petite que celle du mâle; elle est aussi privée de ce plastron d’émeraude qui le décore ; sa livrée est en entier d’un vert doré uniforme, auquel se joint le gris qui occupe la partie inférieure de chaque plume, et qui apparoît cà et là: le bas-ventre est également du même gris enfumé.

La queue est aussi étagée, mais les couleurs qui

teignent les rectrices se bornent à deux nuances pour les deux plus longues d’entre elles ; l’une du côté étroit et externe de la tige est d’un blanc jaunâtre, tandis que l’autre côté, garni de barbes plus longues, est d’un pourpre sombre ou violâtre pourpre, qui colore toutes les autres rectrices sans partage.

Aucun renseignement positif n’accompagnant la dépouille de cetoiseau-mouche Sapho, que nous présumons appartenir au sexe féminin, il se pourroit que ce fût un jeune mâle dans sa deuxième année, et qui ne seroit point encore parvenu à cette époque de la vie où il doit jouir de tout le luxe attaché à sa condition.

Nos descriptions du mâle et de la femelle ont été faites sur les deux beaux individus récemment phacés sur les tablettes du Muséum, et qui provenoient de l’intérieur du Brésil. On en est redevable aux démarches réitérées d’un jeune naturaliste très distingué , M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; et jusqu’à ce jour cette espèce, qui paroit être d’une grande rareté, n’avoit point été vue en France.

Combien il est fâcheux d'ignorer quelles peuvent être les mœurs de l’oiseau-mouche Sapho! Certes, combien est somptueuse, combien est riche et variée cette nature que nous connaissons si peu ! cette pature si bonne et si sublime, qui jette à pleines mains sur ce globe les germes de la vie, féconde les abimes, anime les glaces hyperborées, couvre de pourpre, d’or, de rubis ou d’opale les êtres les plus disparates, place les oiseaux de paradis dans de profondes forêts habitées par des nègres cruels, et 1elègue loin des regards de l’homme civilisé ce qu’elle a créé de plus riche, ce qu’elle a doté des dons les plus merueilleux ! Quel magique tableau doivent offrir ces lianes festonnées où l’oiseau-mouche Sapho, étincelant sous le sombre feuillage, suspend son nid ouaté, berceau de ses amours, et n’étale que pour les yeux de sa douce compagne une parure qui semble exclusivement faite pour la séduction !

L'OISEAU-MOUCHE MÉDIASTIN.

Ornismya mesoleuca. Less. Synop.

L'oiseau-mouche médiastin est une découverte récente que M. Temminck a fait connoître dens la cinquante-troisième livraison de ses belles planches coloriées. Le Muséum d'histoire naturelle en possède plusieurs individus des deux sexes parfaitement bien conservés.

C’est du Brésil que provient cette espèce, remarquable par sa taille robuste comme par sa large cravate bifurquée, et par la bandelette blanche qui suit sur la ligne médiane du corps. Son bec est très long, droit, arrondi, de couleur noire.

HISTOIRE NATURELLE

Un riche vert doré métallique recouvre la tête et forme deux bandelettes plus claires sur les sourcils; le cou, la poitrine, le ventre et les flancs sont ornés du même vert doré, mais plus foncé, et imitant parfois les teintes sombres, changeantes et séricéeuses du velours vert foncé; le dos et les couvertures des ailes sont du même vert doré tirant sur le noir. Une cravate d’un pourpre doré, et dont l’effet est celui du saphir ou plutôt du grenat almandin taillé, couvre la gorge, et descend sur les côtés du cou en formant une profonde échancrure en avant, ou comme un hausse-col dont la bifurcation au lieu d’être vers le haut se trouveroit dirigée vers le bas. Une écharpe d’un blanc plus ou moins pur, et tranchant sur le vert métallique des flancs, part de la bifurcation du plastron et descend sur la poitrine et sur le ventre, en traversant ces parties dans le sens vertical pour aller se perdre à la région abdominale inférieure, au milieu des couvertures de la queue, dont les plumes sont vertes et bordées de blanc. La queue est légèrement fourchue, de couleur brune ainsi que les rémiges ; les plus externes de ces dernières ont leur tige légèrement élargie. Telle est la livrée du mâle lorsqu'il a atteint l’âge adulte.

Les jeunes oiseaux-mouches médiastins n’ont point, dans les deux premières années de leur existence, leurs couleurs aussi vives et aussi nettement arrêtées que dans les individus âgés : leur cravate pourprée est mal dessinée , ses teintes sont simplement ou du blanchâtre ou du brun; les plumes écailleuses qui la composent sont noires à leur milieu ct lisérées delblanc sur leurs bords ; çà et là apparoissent des écailles pourprées brillantes qui annoncent la métamorphose que ces parties vont éprouver : du reste, ils se ressemblent en tous points sous les autres rapports.

La femelle dans toutes les circonstances de sa vie a des vêtements plus simples. Il semble que les mêmes lois d'existence qui donnent à l’homme une barbe épaisse ct touffue , dont elles privent sa gracicuse et plus timide compagne, a par l'excès même de la vitalité prodigué tous les avantages de coloris dans la parure des mâles, pour ne laisser au sexe opposé que des atours plus simples ct plus modestes. Les femelles du médiastin ne joui-sent donc point de l’éclat des mâles; leur gorge simplement grise est privée du plastron doré brillant qui prête tant de charme à ceux-ci; la bandelctte médiane qui traverse le corps est d’un blanc sale et est mal arrêtée dans ses contours ; le vert doré enfin qui teint diverses parties de l'oiseau disparoît pour faire place à un vert sombre sans éclat; la queue est brune, mais les deux rectrices externes sont œillées de blanc à leur extrémité. La taille de la femelle se trouve être un peu plus forte que celle du mâle, ainsi

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qu'il n’est pas rare d’en trouver des exemples dans un grand nombre de familles d'oiseaux.

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