LE PETIT RUBIS
Ornismya colibris. Less., Synop.
C’est contre le sentiment des auteurs que nous allons décrire comme espèce le petit rubis, que la plupart ne distinguent pas de l’améthyste. Plusieurs individus, que nous ontobligeamment communiqués
ne permettent plus aujourd’hui de confondre le petit rubis et l’améthyste, bien isolés l’un de l’autre par leur plumage et par leur patrie.
Brisson, le plus exact des descripteurs, s'exprime ainsi : « L’oiseau-mouche à gorge rouge de la Caro line est un peu plus gros que l’oiseau-mouche huppé (pl. 295). Sa longueur, depuis le bout du bec jusqu’à celui de la queue, est de trois pouces deux lignes, et jusqu'à celui des angles de deux pouces six lignes. Il a quatre pouces dix lignes de vol, et ses ailes, lorsqu’elles sont p iées , s'étendent jusqu’au bout de la queue. Les parties supérieures de la tête, du cou, le dos, le croupion, les côtés, les plumes scapulaires, les couvertures de dessus la queue et les petites du dessus des ailes, sont d’un beau vert doré, changeant en couleur de cuivre de Rosette. La gorge ct la partie inférieure du cou sont d’un pourpre éclatant, changeant en une belle couleur d’or. La poitrive, le ventre et les couvertures du dessous de la queue sont d’un blanc sale, mêlé de gris brun. Les jambes sont de cette dernière couleur. Les grandes couvertures du dessus des ailes et les plumes de l'aile sont d’un brun tirant sur le violet. La queue est composée de dix rectrices : les deux du milieu sont d’un vert doré, changeant en cuivre de Rosette; les latérales sont d’un brun pourpré ; celles du milieu sont un peu plus courtes que les latérales, ce qui rend la queue un peu fourchue. Le bec, les pieds et les ongles sort noirs.
» La femelle est de la même grosseur et de la même grandeur que le mâle, mais il y a un peu de différence dans ses couleurs. Les parties supérieures de la tête et du cou, le dos, le croupion, les plumes scapulaires, les couvertures du dessus de la queue et les petites du dessus des ailes sont d’un beau vert doré, changeant en cuivre de Rosette; la gorge, la partie inférieure du cou, la poitrine, le ventre, les côtés et les couvertures du dessous de la queue sont d’un blanc sale; la gorge est variée de quelques petites taches brunes ; les jambes sont d’un gris brun ; les grandes couvertures de dessus les ailes et les plumes de l’aile sont d’un brun tirant sur le violet; les deux du milieu de Ia queue sont d’un vert doré, changeant en couleur de cuivre de Rosette; les latérales sont d’un brun doré depuis leur origine jusque vers la moitié de leur longueur, ensuite elles sont d’un noir changeant en couleur d’acier poli, et terminées de blanc; la queue est un peu fourchue comme celle du mâle. On trouve cet oiseau-mouche dans les régions chaudes de l’Amérique, et en été seulement dans la Caroline et au Canada. »
Brisson pense que le petit rubis est l’ourissia ou tomineio de Clusius, le huitzitzil de Jean de Laët; l’aratarata-guaca où le guainumbi de Maregrave ; le goumanbuch de Laët; le colibri de Catesby : mais
M. le duc de Rivoli et quelques autres amateurs, | dans cette synonymie il ÿ à sans doute plus d’un
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rapprochement hasardé ; aussi ne doit-on pas lui accorder une entière confiance.
Buffon s’est exprimé sur la patrie du rubis en ces termes : « On le trouve en été à la Caroline, et jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, et c’est la seule espèce d’oiseav-mouche qui s’avance dans ces terres septentrionales. Quelques relations portent cet oiseaumouche jusqu’en Gaspésie, où les habitants l’appellent nirido (oiseau du eiel ), et le père Charlevoix prétend qu’on le voit au Canada ; mais il paroit l’avoir assez mal connu quand il dit que le fond ce son nid est tissu de petits brins de bois, et qu’il pond jusqu’à cinq œufs. On donne Ja Floride pour retraite en hiver aux oiseaux-mouches de la Caroline ; en été ils y font leurs petits, et partent quand les fleurs commencent à se flétrir en automne. Ce n’est que des fleurs qu’il tire sa nourriture; « et je n'ai jamais observé , dit Catesby, qu’il se nourrit d'aucun insecte ni d'autre chose que du nectar des fleurs. »
Quant aux particularités descriptives, Buffon s’accorde avec Brisson, et M. Vieillot corrobore les détails fournis par les deux premiers. Toutefois M. Vicillot a donné sur les habitudes du petit rubis des observations faites par lui-même et pendant son séjour aux Etats-Unis, de sorte que nous les extrairons textuellement pour compléter l’histoire d’un oiseau qui est parfaitement distinct, nous le répétous, de l’améthyste.
» Quoique cet oiseau, dit M. Vieillot (Oiseaux dorés, p. 66 et suiv. ), habite pendant quatre ou cinq mois des régions très septentrionales de l'Amérique, et qu'il se trouve à New-York au commencement de mai, et au Canada vers la fin de ce mois jusqu’à l'automne, il égale en beauté ceux qui ne quittent pas la zone torride. Il en est même peu qui aient la gorge ornée de couleurs plus vives : sous un point de vue elle est d’un vert brillant; sous un autre elle a le feu et l’éclat du rubis; sous un troisième l'or en couvre les côtés; si on regarde l’oiseau en dessous il offre une couleur de grenat sombre. On ne peut décrire toutes les nuances qu’il présente. Le rubis se retire pendant l'hiver dans les Florides, et on le rencontre rarement dans les Antilles. Il n’est pas farouche, mais dès qu’on en approche pour Je saisir, il part et disparoït comme l’éclair. Ces petits êtres sont extrêmement jaloux les uns des autres; s'ils se rencontrent plusieurs sur les mêmes arbres en fleur, ils s’attaquent avec la plus vive impétuosité, et ne cessent de se poursuivre avec tant d’ardeur et d’opiniâtreté qu’ils entrent dans les appartements , où le combat continue et ne finit que par la fuite du vaincu et la perte de quelques plumes. Si les fleurs sont fanées , ils manifestent leur dépit et leur colère en arrachant les pétales, dontils jonchent la terre.
» Les rubis ne peuvent supporter la privation to-
HISTOIRE NATURELLE
tale du miélat que pendant douze à quatorze heures au plus, et souvent il en périt à l'automne, lorsqu'ayant été retenus par des couvées tardives , les fleurs se trouvent détruites par des gelées précoces, et les ressorts de leurs ailes affoiblis par le défaut de nourriture. Les mouvements de l’oiseau ne s’exécutent plus alors avec cette rapidité qui le maintient suspendu sur la corolle dépositaire de la substance nutritive. Plus le besoin augmente, plus ses forces diminuent ; il se perche souvent, vole avec moins de vélocité, se pose à terre, languit et meurt. Les jeunes des tardives couvées sont exposés à ce malheur , et souvent en automne on les trouye dans cet état de dépérissement.
» La difliculté de se procurer ces jolis oiseaux sans en gâter le plumage a fait imaginer différentes manières pour les prendre : les uns les noient avec une seringue ; d’autres les tuent avec un pistolet chargé de sable, et même, lorsqu'on est très près, l'explosion de la poudre est quelquefois suflisante pour les étourdir et les faire tomber. Il est inutile de dire que le plomb le plus fin ne sauroit être employé pour la chasse de ces petits oiseaux , car un seul grain les écraseroit et n’en laisseroit que des débris. Comme ces moyens ont encore des inconvénients, l’eau sâtant les plumes, et le sable les faisant tomber , j'ai eu recours à deux autres méthodes. J'ai employéarec succes le filet nommé toile d’araignée, dont j'entouroisles arbrisseaux à un pied ou deux de distance. Cet oiseau fend l'air avec une telle rapidité qu'il n’avoit pas le temps d’apercevoir le filet, et s'y prenoit aisément. Je me suis aussi servi d’un gaze verte en forme de filet à papillons ; mais cette manière demande de la patience, et ne peut être employée que sur les plantes et sur les arbrisseaux nains. 1] faut d’ailleurs se tenir caché ; car, quoique l'oiseau se laisse approcher de très près , il n’en est pas moins méliint, et si un corps étranger lui porte ombrage , il quitte les fleurs, s'élève à environ un pied au-dessus de la plante, y reste stationnaire , fixe l’objet qui l’inquiète , et, après s’être assuré que sa crainte est fondée, jette un cri et disparoit. Pour avoir quelques succès dans cette chasse, il faut construire une petite niche, la plus basse possible, avec les plantes et les arbrisseaux voisins, et de là envelopper l'oiseau avec le filet, de la même manière que l’on prend les papillons.
» Enfin , ayant remarqué que souvent les oiseauxmouches se perchoient sur les branches sèches des arbrisseaux, et voulant contempler au soleil, sur l'animal vivant, toute la beauté d’un plumage resplendissant de mille nuances dont la mort ternit l'éclat, j'insérois dans les fleurs de petites büûchettes où ils venoient se percher. J’avois ainsi pendant une minute le plaisir de les voir darder la langue dans les vases nectarifères, pour en aspirer un
DES OISEAUX
, son bec mi-partie blanc, mi-partie noir, par le vert
suc approprié à la délicatesse de leurs organes.
» Cet oiseau place son nid sur les arbres et les arbrisseaux, et le compose avec un duvet brun qui se trouve sur le sumac , et le recouvre à l’extérieur de lichens. Celui que j'ai conservé étoit sur une petite branche de cèdre rouge. Le mâle apporte les matériaux et la femelle les arrange. Tous deux couvent alternativement. La ponte est de deux œufs d’une grosseur proportionnée à l’oiseau. »
Le rubis arrive done aux Etats-Unis au printemps, lorsque les arbres à noyaux sont en fleur , et se retire pendant l'hiver au Mexique et aux Antilles, et sans doute alors dans les provinces limitrophes de la Floride et de la Guyane. Les individus placés sur les tablettes du Muséum d'histoire naturelle sont dits provenir de Cayenne.