LE RUBIS-TOPAZE
Ornismya moschita. Less., Synvp.
Le rubis-topaze est le plus commun , sans contredit, de tous les oiseaux-mouches , et cependant c’est celui sur lequel les yeux se portent avec le plus d’admiration, par l'éclat sans pareil dont son plumage jouit. « Il a les couleurs, et il jette le feu, dit Buffon, des deux pierres précieuses dont nous lui donnons le nom. » L’éclat extraordinaire que possède en effet ce petit oiseau n’est pas facile à rendre, et l’éclat des pierres précieuses qui scintillent sur sa tête et sa gorge échappe aussi bien aux descriptions qu’à la peinture.
Le rubis-topeze mâle adulte a trois pouces huit lignes de longueur totale; la partie cornée de son bec n’a pas au-delà de six lignes ; la queue a quinze lignes ; les tarses et le bec sont bruns.
Des plumes écailleuses recouvrent toute la tête depuis les narines, sur lesquelles elles s’avancent considérablement en s’allongeant un peu jusqu’au baut du cou; elles forment ainsi une calotte étendue qui jouit de l’extraordinaire éclat du rubis auquel se joindroient les reflets violets de l’iode en vapeur ; la lumière, en frappant sur ces plumes, les fait chatoyer depuis la couieur de feu jusqu’au plus riche violet; d’autres plumes écailleuses occupent le dessous du gosier, s'étendent sur la gorge et les côtés du cou, jusqu’au haut de la poitrine, et paroissent vertes et veloutées dans l’obscurité, mais brillent des teintes les plus admirables du vermeil ou de la topaze glacée d’or ; à ces deux nuances si somptueuses et si belles se joint sur la partie supérieure du dos un noir de velours dont il a l’aspect soyeux ; ce noir se dégrade en vert doré olivâtre sur le dos, les petites couvertures des ailes, le croupion, et les couvertures supérieures de la queue; les côtés du cou , entre les deux plaques à formes de gemmes, sont d’un brun noir séricéeux ; la poitrine et le ventre sont d’un brun de suie légèrement teinté de cuivre peu brillant; le bas-ventre est d’un blanc de neige, et les couvertures inférieures de la queue
HISTOIRE NATURELLE
sont rousses ; les ailes sont de même longueur que la queue, qui est arrondie; leurs rémiges sont brunes pourprées, tandis que les rectrices sont larges et presque d’égale longueur ; elles sont colorées en dessus comme en dessous en rouge cannelle très brillant, et que relève un liséré noir qui borde leur extrémité. Telle est la livrée du rubis-topaze mâle dans toute sa parure.
L’escarboucle, figuré pl. 34 des Oiseaux dorés d’Audebert, et décrit comme espèce par Buffon, Linné et Latham, est le rubis-topaze dans sa vieillesse. Cet oiseau se distingue seulement du mâle adulte par le rouge d’escarboucle ou de rubis foncé qui teint la gorge , le devant du cou jusqu’à la poitrine, et qui, au lieu d’être d’un jaune de saphir, ressemble à la couleur de l’occiput ; la disposition de toutes les autres couleurs est parfaitement identique.
Lorsque le rubis-topaze est dans sa première année , le rouge de sa tête apparoît à peine, et se trouve mélangé à beaucoup de brunâtre; le brillant du saphir se dessine çà et là par écailles luisantes, se détachant sur le fond gris de cendre du devant du cou; tout le plumage en dessus comme en dessous est mélangé d’un brun sale fuligineux, et d’olivâtre gris légèrement doré; les plumes de la région anale sont d’un bleu pur, et les couvertures inférieures de la queue sont d’une belle teinte rouille ; les rectrices sont brunes, terminées de blanc. Chez quelques individus la poitrine et le ventre sont désagréablement mélangés de brun enfumé et de blanc grisâtre.
Chez de jeunes individus le sommet de la tête est gris, et quelques écailles rubis se dessinent sur l’occiput ; les plumes de la gorge ont un aspect vert doré tirant sur le jaune, et les rectrices externes rousses sont bleu d’acier pour les plus extérieures. On en trouve une figure dans les Oiseaux dorés, à la planche 56, qui représente à peu près cette livrée.
Le volatile figuré sous le nom d’oiseau-mouche à gosier doré, à la planche 46 des Oiseaux dorés d’Audebert et de M. Vieillot, est encore un jeune mâle dans sa deuxième année, et sur le point de changer de plumage; toutes les parties supérieures sont d’un vert doré peu éclatant, et la gorge et le devant du cou sont d’un gris blanc, sur lequel se dessine un commencement de petite plaque rubis; les rectrices sont vertes dorées et terminées de blanc. Le très jeunerubis-topaxe, pl. 56 des Oiseaux dorés, ressemble à l’état que nous venons de décrire, excepté que la tête est brunâtre ainsi que la gorge sur laquelle n’apparoît aucune trace de plumes écailleuses et brillantes. Nous avons représenté cette modification à Ja figure 2 de la 55e planche de notre Monographie.
DES OISEAUX
L'état le plus voisin du mâle adulte, chez les jeunes qui vont revêtir leur parure de noces, ressemble assez à celui de la femelle, c’est-à-dire que les parties supérieures du corps sont vertes dorées, que le rouge de la tête commence à se développer par des plaques brunes violettes, que le gris des parties inférieures est orné devant le cou per une suite longitudinale d’écailles mordorées ; les rectrices sont bleu d’acier, et terminées de blanc pour les plus extérieures.
La femelle du rubis-topaze (pl. 55, fig. 1 ) diffère considérablement du mâle; ses atours sont d’une simplicité qui contraste avec le luxe de parure de son époux : elle n’a pas toutefois trois pouces de longueur totale. Tout le dessus de son corps est d’un vert doré peu brillant ; cette teinte est propre aux couvertures des ailes et de la queue en dessus ; et les parties inférieures, depuis la gorge, les côtés, et le devant du cou, la poitrine et l'abdomen, sont d’un brun clair un peu foncé sur les flancs; les rectrices sont brunes, terminées de blanc et de rouge d’ocre; les deux moyennes sont vertes et dorées; les ailes dépassent la queue d’une ou deux lignes. Nous regardons comme une jeune femelle du rubis-topaze l’espèce que nous avons figurée, pl. 5%, avec l’épithète de petit oiseau-mouchr. En comparant minutieusement l’individu de notre dessin, nous retrouvons tous les caractères des jeunes femelles du rubis-topaze, c’est-à-dire le vert doré des parties supérieures, le gris blanc des régions inférieures, auquel se joint un peu de roux. Mais les proportions et les couleurs de cette figure ont été peintes avec un peu d’arbitraire par le dessinateur.
Jusqu'à ce jour les erreurs les plus graves ont obseurci l’histoire de ce charmant oiseau-mouche ; ses variétés d’âge et de sexe surchargent les nomenclatures d'histoire naturelle, par leurs noms d’espèces, et c’est ainsi qu'on en a fait tour à tour les trochilus hypophœus et maculatus, qui sont des jeunes ; leucogaster, qui est une jeune femelle; le carbunculus, qui est un vieux rubis-topaze ; le pelagus, qui est un jeune âge; le thaumatia de Séba, qui est encore cet oiseau ; et enfin le {rochilus obscurus de M. Vieillot, qui est une femelle.
Nos descriptions ont été faites sur une trentaine de peaux dans les divers états, que nous a obligeamment communiquées M. Florent Prévost. On pourra donc regarder nos descriptions comme positives dans leurs détails, et comme le résultat de nombreuses comparaisons.
Le rubis-topaze habite la Guyane. C’est une des espèces les plus communes , et cependant nous n’avons sur ses mœurs ni sur ses habitudes aucuns détails qui puissent servir à donner du charme à son histoire; nous nous bornerons donc à l’indica-
tion pure et simple de ses formes, ne pouvant peindre la partie morale de sa vie. M. Robin en a déposé des individus aux galeries du Muséum qui provenoient de l'ile de la Trinité.