‹ Compléments de BuffonChapitre 442 sur 667 · L'OISEAU-MOUCHE VIEILLOT · texte numérisé non relu

L'OISEAU-MOUCHE VIEILLOT

Ornismya Vieillotii. LEss., Synop.

M. Vieillot a décrit en 4825, dans la partie ornithologique de l'Encyclopédie, cet oiseau-mouche qui vit au Brésil. Il en avoit fait une belle peinture qui se trouve dans le troisième volume manuscrit des Oiseaux dorés, maintenant en la possession de S. A. R. Madame. M. Temminck en a publié une figure gracieuse dans la pl. 66 de ses Oiseaux cololoriés. Ses dimensions sont d'environ trois pouces quatre lignes, et ses formes sont sveltes et élancées. Il porte sur les côtés du cou deux faisceaux de plumes allongées disposées en forme d'éventail; ces plumes, qui se déjettent ainsi à la manière de celles du huppe-col, sont vertes et marquées d’un point blanc tranché à leur extrémité qui est arrondie. Le front et les joues sont d’un vert brillant; la tête, le dessus du cou et du corps sont d’un vert bronzé; les côtés et le bas du cou à sa partie antérieure sont teintés de bleu et tachetés de noir ; la gorge et le devant du cou sont verdätres. Une ligne noire part du bec et se perd à l’occiput; toutes les parties inférieures sont grises, sinuolées ou mélangées de noir ; une bande blanche traverse la région anale et s'étend sur le croupion ; les rémiges sont d'un brun pourpré, et les rectrices presque égales sont mordorées ou d’un rouge cannelle brillant.

L'oiseau-mouche Vieillot rappellera le nom d’un ornithologiste persévérant et laborieux, qui demeura paisible au milieu de ses livres et de ses douces études : c’est assez dire qu’il fut peu vanté par les journaux, et qu’il vécut dans un état bien voisin de l’indigence.

On ne connoit point la femelle de cetteespèce, dont l’histoire se borne à une description de formes, et qui est très rare dans les collections.

L'ORVERD.

Ornismya prasina. LEss., Synop.

Buffon a parfaitement décrit l’orverd, que tous les auteurs après lui ont confondu avec plusieurs autres espèces ; il paroît surtout avoir été complétement inconnu à M. Vieillot, qui du moins n’en a pas eu d'idée nette et distincte. La peinture que fait Buffon de l’orverd est très exacte, et ainsi s'exprime cet écrivain : « Le vert et le jaune doré brillent plus ou moins dans tous les oiseaux-mouches; mais ces belles couleurs couvrent le plumage entier de celuici avec un éclat et des reflets que l’œil ne peut se lasser d'admirer. Sous certains aspects, c’est un or brillant et pur; sous d’autres un vert glacé qui n’a pas moins de lustre que le métal poli. Ces couleurs s'étendent jusque sur les ailes; la queue est d’un

HISTOIRE NATURELLE

noir d’acier bruni, le ventre blanc. Cet oiseau-mouche est encore très petit, et n’a pas deux pouces de longueur. »

L'orverd, bien que de très petite taille, a toutefois deux pouces huit lignes du bout du bec à l’extrémité de la queue ; le bec a sept lignes et la queue neuf. Ce petit oiseau, très délicat dans toutes ses parties, a le bec assez fort pour sa taille, pointu et noir einsi que les tarses; les ailes aussi longues que la queue sont étroites et brunes pourprées ; la queue est très légèrement arrondie; et les rectrices sont assez larges, et d’un bleu indigo foncé en dessus comme en dessous. Tout le plumage est d’un vert glacé d’or, mais un vert frais, brillant, chatoyant, dont les teintes sont foncées et tirent sur le bleu : les plumes de la région anale sont blanches.

M. Florent Prévost nous a communiqué plusieurs dépouilles de cette charmante espèce qui paroît babiter le Brésil.

LE SASIN.

Ornismya Sasin. LEss., Synop.

Certes le sasin est un des oiseaux - mouches que son plamage fera le plus remarquer, et c’est aussi celui de tous qui s’avance le plus au nord de l’Amérique. Les rivages Ge Nootka’s Sound, par 49 degrés de latitude boréale, sont les lieux où on le rencontre dans l'été, et tout porte à croire qu’il se réfugie vers la Californie pendant la saison rigoureuse, lorsque les glaces s'emparent de la côte nord d’Amérique : toujours est-il qu’il se trouve aussi aux environs de Monterey et de San-Francisco. C’est à Cook que l’on doit la première mention du sasin, et c’est lui qui a conservé le nom qu’il porte chez les naturels. Ce qu’il en dit est de peu d'intérêt, mais toutefois doit être recueilli. « [1 y a aussi des colibris qui semblent différer des nombreuses espèces déjà connues de ce petitanimal, à moins qu’ils ne soient une variété du trochilus colubris de Linné : peutêtre que ceux-ci sont établis au sud, et qu’ils se répandent au nord à mesure que la saison avance; car nous n’en aperçûmes point au commencement de notre relâche, et vers le temps de notre départ les naturels nous en apportèrent une quantité considérable. Mais Latham le décrivit, d’après des individus apportés par les compagnons de Cook luimême, ce qui par conséquent ne permet pas de récuser l'identité du sasin avec le colibri de ce célèbre navigateur.

Le sasin n’a point tout-à-fait trois pouces de longueur ; sa queue a au plus sept lignes , et son bec, qui est droit, mince, arrondi, de couleur noire, a huit lignes ; les tarses sont très courts et bruns; les ailes se trouvent être presque aussi longues que la

DES OÏISEAUX.

queue ; et celle-ci, composée de rectrices foibles et terminées en pointe, affecte une disposition cunéiforme dans le repos et un peu fourchue dans le mouvement.

Ce qui distingue de prime abord cette espèce est la jolie couleur de rouille, ou plutôt de cannelle, qui teint les plumes des joues, des côtés du cou, des flancs , du ventre, du croupion, de la queue. A cette teinte fort nette se mêle du vert doré sur le front , le sommet de la tête, le derrière du cou et le dos. Les ailes sont foibles, minces et d’un brun pourpré : deux traits noirs se dessinent sur les tiges à l’extrémité des deux plus longues rectrices ; la gorge , le devant du cou jusqu’au haut de la poitrine, sont recouverts par un plastron écailleux , terminé par une bifurcation, et jouissant d’un éclat admirable de vermeil ou de pourpre glacé d’or , ou mieux d’or rouge : parfois s’y joignent des teintes de rubis, et, lorsque la lumière est absorbée, une couleur de velours vert sombre ou olive mat. Le roux qui entoure ce plastron est affoibli et tire sur le blanc, et il paroît que les deux extrémités de la bifurcation, formées par des plumes plus longues que les précédentes , peuvent composer sur les côtés du cou deux légères parures saillantes.

L'individu adulte qui a servi à notre description nous a été communiqué par M. le duc de Rivoli.

La femelle du sasin n’est connue que par la description de Latham; elle difière du mâle parce que les plumes des diverses parties supérieures sont vertes, etqu’on ne distingue nulle part aucune teinte de cannelle. La gorge est tachetée de rouge vif, et une tache blanche se dessine à l'extrémité de chaque rectrice , excepté les deux moyennes. Quant à la forme de la queue, elle est analogue à celle du mâle.

Le jeune âge du sasin , que nous avons représenté d’après la figure qu’en à donnée M. Vicillot, se rapproche de la femelle : sa queue est toutefois un peu fourchue, et composée de rectrices qui ne finissent pas en pointe comme on l’observe chez le mâle adulte ; sa taille est moindre; le dessus de la tête, le dos, le croupion , sont d’un vert doré uniforme. De la commissure de la bouche naît un trait brun verdâtre , qui passe sous l’œil et va s’élargir sur les joues ; les ailes et Ja queue sont brunes ; le plastron de la gorge est d’une teinte de rubis changeant en jaune; la poitrine est colorée en gris verdâtre, qui s'étend sur le ventre et le bas-ventre, les tarses sont bruns. La figure de M. Vicillot avoit été dessinée à Londres d’après un individu du Musée de Lever par M. Parkinson.

On ne possède aucun détail sur les habitudes et sur les mœurs du sasin.

L'OISÉAU-MOUCHE MAUGE.

Ornismya Maugei. Less., Synop.

Le premier auteur qui ait fait connoître cet oiseau nous paroît être Edwards dans sa pl. 55 , où il est nommé otseau-mouche bleu et vert ; et Brisson par suite en à tracé une excellente diagnose sous le nom d’oiseau-mouche à poitrine bleue de Surinam. Buffon lui appliqua l’épithète d’émeraude-amélhyste, et les auteurs systématiques lui réservèrent le nom d’ourisia que portoit une espèce chez les Indiens du Brésil. C’est donc bien à tort que plus tard M. Vieillot en fit une espèce distincte sous la dénomination d’oiseau-mouche Maugé ; car nous n'avons pu trouver aucune différence dans les formes et la disposition des couleurs de la figure qu’il en donne d'avec celle de Buffon de la planche enluminée 297, fig. 5. Cependant nous avons conservé le nom de Maugé par respect pour la mémoire de ce zélé et estimable voyageur , mort victime de son zèle dans l'expédition aux terres australes commandée par Baudin.

L’oiseau-mouche Maugé est long de trois pouces sept à huit lignes, son bec de six lignes, et noir , excepté à Ja base de la mandibule inférieure qui est jaunâtre. Le dessus du corps est d’un vert sombre glacé d’or et très brillant , qui s'étend sur les parties inférieures en prenant des reflets plus intenses et tirant sur le bleu; la poitrine , les côtés du cou et le haut du dos prennent une teinte d’acier brillant ou chatoyant sous certaines réflexions des rayons lumineux ; les plumes du bas-ventre sont blanchâtres, et les couvertures inférieures de la queue sont grisâtres ; les ailes sont moins longues que la queue, leurs rémiges sont d’un brun pourpré ; la queue est assez profondément fourchue, composée de rectrices d’un bleu d'acier luisant, sans mélange d’aucune autre couleur ; les tarses sont noirs.

La femelle diffère notablement du mâle; sa taille est un peu moindre, et toutes les couleurs de son plumage sont plus ternes. Le dessus du corps est d’un vert cuivré uniforme et peu brillant; les parties inférieures sont grisâtres, parfois mélangées de quelques mèches vertes ou de quelques flammettes brunes. La queue est un peu moins fourchue ; les rectrices qui la composent sont les moyennes vertes, les autres d’un brun foncé en bleu, et les deux plus externes terminées de blanc. Les pieds sont bruns.

Les deux individus que nous avons décrits et figurés sont ceux que Maugé avoit apportés de Porto- Rico et déposés aux galeries du Muséum, où ils se trouvent encore, et par conséquent les mêmes qui ont servi aux planches d’Audebert et de Vieillot,

bien que d'assez fortes dissembla: ces existent entre

la figure de l’oiseau mâle et la nôtre, dans les proportions des ailes avec la queue notamment,

LE SWAINSON.

Ornismya Swainsonii. LEss., Synop.

Cet oiseau-mouche a quatre pouces deux à quatre lignes de longueur totale, et sur ces dimensions le bec à sept lignes et la queue dix-huit. Celle-ci est très fourchue, composée de rectrices colorées en bleu indigo foncé ; les ailes sont un peu moins longues que la queue, et leurs rémiges sont brunes pourprées ; la mandibule supérieure du bec est brune, l’inférieure est blanche à sa base et noire à son extrémité. Le dessus du corps est d’un vert doré uniforme, tandis que la gorge et le devant du cou sont revêtus de plumes brillant du vert d’émeraude le plus riche, et dont les teintes se dégradent en sert sombre sur les flancs ; le milieu de la poitrine est occupé par une tache d’un noir de velours mat, tandis que le bas-ventre et les couvertures inférieures de la queue sont d’un vert mélangé, et que les plumes de la région anale sont blanches.

Cette belle espèce, dont nous ne connoissons qu’un seul individu placé dans les galeries du Muséum, habite le Brésil. Elle porte le nom d’un ornithologiste distingué de la Grande-Bretagne, connu par d'excellents ouvrages, et auquel nous unissent les liens de l’amitié.

LE VERAZUR.

Ornismya cyanea. LESs., Synop.

Le verazur, que M. Vieillot a le premier fait connoître en 1818 sous le nom d'oiseau mouche bleu, est remarquable par la petitesse de sa taille. A peine a-t il trois pouces quatre à cinq lignes de longueur totale, et encore sur cette dimension le bec entre pour huit lignes et la queue pour neuf lignes : le bec est d’un jaune clair que relève la teinte noire de l’extrémité ; il est élargi à sa base, dilaté et légèrement renflé à sa pointe. Les tarses sont minces, grêles, terminés par des ongles crochus brunâtres.

La tête est d’un vert sombre, qui passe sous les rayons lumineux au bleu d’azur pur et brillant; la gorge est mélangée de gris brun et de bleu d’outremer le plus vif, devenant sombre dans plusieurs positions; une plaque gutturale garnie d’écailles conserve sa teinte bleu céleste plus pure et avec moins de mélange de brun grisâtre ; le derrière du cou, du dos, les petites couvertures des ailes , sont d’un vert doré ou cuivré; le croupion présente une teinte de cuivre de Rosette très chatoyante, qui s’étend sur les couvertures supérieures de la queue, et leur donne

HISTOIRE NATURELLE

une couleur de cuivre rouge intense ; les ailes sont aussi longues que la queue : elles sont étroites et d’un brun pourpré; les rectrices sont pointues et à peu près fourchues, par suite d’une inégalité de longueur : elles sont d’un bleu d’acier foncé, sans la moindre tache en dessus comme en dessous; la poitrine est mélangée de vert doré et de bleu de saphir; les flancs et l’abdomen sont d’un vert doré brunätre ; le bas-ventre est gris; les plumes de la région anale sont blanches, et les couvertures inférieures de la queue d’un brun foncé.

Le jeune âge du verazur a le bleu de la gorge bien moins apparent que £elui du mâle adulte, il est aussi beaucoup plus mélangé de gris; le ventre est gris brun ; les flancs sont vert doré, le bas-ventre grisâtre, et les teintes bleues de la poitrine très foibles : souvent le bec a sa mandibule supérieure brunâtre.

Cet oiseau habite le Brésil, où il a été découvert dans ces dernières années par MM. de Largsdorff et Delalande. Nous en avons observé plusieurs beaux individus dans les collections du Muséum et dans plusieurs cabinets particuliers. La femelle n’est point connue.

Page 1