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D. LES PICS AMÉRICAINS

Sont fort nombreux, et Buffon en a connu quelques uns.

Les bords du détroit de Magellan et les îles de Chiloé, dans l'Amérique méridionale, sont fréquentés par le pic mélanocéphale (!), à tête et dessus du corps noirs, ce dernier tacheté de blanc. La poitrine et le ventre sont blancs.

Le Chili a quatre espèces qui lui sont propres, dont deux sont nouvelles. La première est le pic à téte dorée (?), noir, tacheté et rayé de blanc sur le corps, avec une large bandelette au-dessus des yeux, qui s'étend jusqu'aux épaules ; une seconde interrompue sous les yeux : l’une et l’autre blanches. La gorge est aussi de cette dernière couleur. Le thorax et le ventre sont d’un blanchâtre sale, avec quelques stries brunes. La tête est noire, avec des rayures jaunes sur le front, et le sommet de la tête jaune d’or. Sa taille est de six pouces et demi. La seconde espèce est le pic chilien (3), qui nous semble nouveau, bien que le jésuite Molina, dans son Essai sur l'Histoire naturelle du Chili, page 216, ait décrit deux pics sous les noms de picus lignarius et de picus pitius, ou de pitico.

Ce pic est nommé carpentro par les Chiliens, et ce nom est généralement appliqué à toutes les espèces de pics, aussi bien en Europe qu’en Amérique, par les Espagnols.

Il a le croupion blanc et onze pouces de longueur totale; le bec a dix-huit lignes, la queue près de quatre pouces, les tarses un pouce; les ailes se terminent au milieu de la queue.

Le plumage de cet oiseau est généralement sombre et bariolé de brun et de blanchâtre, excepté sur la partie inférieure du dos et au croupion, où une seule couleur domine et forme une large tache d’un blanc pur ; le bec est noir ; une calotte cendrée, sinuolée de gris très clair, revêt la tête; les joues sont rousses, et la gorge blanchâtre ; toute la partie supérieure du corps, les ailes, et même les grandes pennes, sont d’un brun roux, bariolé de petites bandes blanchâtres; les baguettes des pennes sont d’un jaune doré, et leur partie interne est d’un fauve brun, avec une bordure blanche, ou une étoile unique vers le milieu, et de la même couleur; la poitrine, l’abdomen et les flancs sont blanchâtres, œillé de brun : la couleur de chaque plume , en effet, est d’un blanc jaunâtre, tandis que le milieu est occupé par un rond d’un brun plus foncé sur la poitrine.

Les pennes de la queue, roides et cunéiformes, sont brunes en dessus, avec une légère teinte de fauve, couleur qui est beaucoup plus claire en des-

(") Picus melanocephalus, Kiag., Proc., I, 14. (2) Picus aurocapillus, Cuming , Proc., IL, 4. (5) Picus chilensis, Less, Zool, de la Coq., pl. 32.

DES OISEAUX

sous ; les deux plus externes et les deux plus internes sont sinuolées de bandes blanchâtres sur leur bord.

La couleur des tarses est verdâtre, et celle des ongles tire sur le roussâtre.

Ce pic habite les bois de la province de la Conception, au Chili, et nous en tuâmes plusieurs individus sur la presqu’ile de Talcahuano.

La Californie a deux pics. Le premier, le pic scapulaire (1), est assez commun à San-Blas, et a onze pouces de longueur. Son plumaze est noir, avec deux raies latérales qui partent de l’angle du bec, et qui descendent jusque sur les scapulaires : ces raies sont d’un blanc fauve, ainsi que le ventre. Une seconde raie à la commissure du bec est rouge ; le bec est de couleur d'ivoire. La seconde espèce est le pic imperial (2), dont le plumage est noir, avec de riches reflets verts. Une huppe allongée et rouge part de l’occiput ; une tache blanche triangulaire règne entre les scapulaires. Les rémiges secondaires et les rachis des primaires sont blancs ; le bec est éburné. La femelle, plus petite, a la huppe de la couleur du plumage et sans rouge. Le mâle a deux pieds anglois de longueur.

Le Mexique nous a offert dans ces dernières années cinq pics nouveaux : 4° Le front blanc(3), qui a le dessus du corps noirâtre, transversalement rayé de lignes blanches, le dessous olivâtre ; le front, le menton et les côtés de la tête blancs; l’occiput et le cou rouges. Sa longueur totale est de dix pouces et demi. Il est rare à Table-Land, au Mexique. 2° L’élégant (#), également rayé de noir et de blanc, avec le dessous du corps gris; les sourcils noirs, une couronne rouge, et le derrière de la tête doré. Sa longueur totale est de neuf pouces et demi. [1 habite les terres littorales du Mexique. 5° Le formicivore (5) est bleu noir brillant ; le derrière de la tête est rouge ; le front, le croupion et une bande sur les rectrices sont blancs; la gorge est jaune ; le thorax est noir, tacheté de blanc. Sa longueur totale est de huit pouces. Il est rare sur Table-Land, dans les forêts de pins; il vit de fourmis presque exclusivement. 4° Le pic du Mexique (f) a de longueur totale neuf pouces, et sur ces dimensions le bec n’a que huit lignes, et la queue trois pouces. Il a les plus grands rapports, au premier coup d'œil du moins, avec le pic badius de sir Raflles, que M. Vieillot nomme dans le Dictionnaire d'Histoire naturelle pic brachyure.

Cette espèce a la tête surmontée d’une huppe

(") Picus scapularis, Vig.,Zool. Journ., n° XV, Bull. XXI, 318.

(2) P. imperialis, Gould., Proc., II, 140.

() P. albifrons, Sw., Phil., mag., no 82.

(4 P. elegans, Sw., Phil., mag., n° 81.

(5) P. formicivorus , Sw., ibid.

(6) P, badioides, Less., Cent, zool,, pl. 141.

IT

moyenne assez fournie. Sa coloration est d’un jaune roux franc, qui s'étend en se fonçant en marron sur les joues et le haut du cou. Le bec, brunâtre à sa base, est de couleur de corne dans le reste de son étendue ; il est fortement sillonné sur la mandibule supérieure par trois arêtes longitudinales qui s’effacent vers son extrémité. Tout le plumage est d’un marron foncé el éclatant, que relèvent sur le manteau, le devant du cou, la poitrine et le dessous du corps des taches noires régulières , en chevron presque droit en dessus et en croissant en dessous. Les pennes alaires secondaires sont d’un roux sans tache, excepté les supérieures, où se dessine un trait noir. Les rémiges et les rectrices sont marron à leur naissance, et d’un noir mat à leur extrémité : ces dernières sont roides, pointues et rigides. Les tarses sont bruns.

5° Le mélanopogon (1) est remarquable par la forme droite de son bec, privé d’arête vive; bec un peu déprimé à la base, bien que légèrement voûté. Un noir parfait forme tout autour du bec une bande assez étroite, qui se dilate sous le menton comme une barbe ; l’occiput est rouge ; le sommet de la tête couvert d’une large bande noire, et le front ceint d’une bande d’un blanc éclatant : cette bande com munique par une fine raie passant sur la région du lorum ; un grand espace d’un blanc lustré de jaunätre, qui forme sur le devant du cou le dessin d’un hausse-col parfait, tranche avec le noir des joues, des côtés du cou et de la poitrine; des mèches d’un noir intense sont distribuées sur le milieu des plumes de la poitrine, qui sont toutes entourées d’un bord noir; le milieu du ventre est blanchâtre ; les plumes des flancs, d’un blanc plus pur, portent toutes une petite raie longitudinale qui suit la direction des baguettes ; la nuque, le dos et les scapulaires sont d’un beau noir, à reflets verdâtres ; le croupion et les couvertures de la queue d’un bleu éclatant ; la queue et les ailes d’un noir mat; les quatre premières rémiges sont blanches à la base, et seulement sur les barbes intérieures ; les quatre qui suivent le sont totalement jusqu’à la moitié de leur longueur, et les pennes secondaires portent intérieurement une large bordure blanche; le bec et les pieds sont noirs. Il a de longueur totale huit pouces.

Le Brésil et le Paraguay ont quelques pics communs aux deux contrées. Le pic vert doré (?), que d’Azara a mentionné dans son Voyage, se présente le premier. Il a huit pouces ; une calotte d’un pourpre vif revêt sa tête; une moustache de même couleur part du bec; un trait noir enveloppe l'œil; le dessus du corps est d’un jaune verdâtre, passant au vert ;

(:) Picus melanopogon, Temm., pl. 451.

(2) P. aurulentus, Illig. Temm., pl. 59, fig. 4. Azara, Voy., t. IV, p. 256. Picus macrocephalus, Spix, pi. 53, fig. 2.

le dessous est brun, rayé de jaune ; la queue noire, fourchue. La femelle n'a point de rouge.

Le second est le pic à ventre rouge (1), ou le carpentero vientre roxo d’Azara(?). Le mâle a le front doré, le ventre rouge et les flancs rayés; le dos et es ailes sont noirs La femelle a le thorax roux cendré. Le troisième est le dominicain |*), décrit également par Azara (voyez pag. 254, . Il a la tête, le cou et le dessous du corps blancs ; un trait noir derrière l'œil ; le manteau et les ailes noirs.

Le quatrième est le pic des champs {f), qui a le sommet de la tête et la gorge noirs; les joues, les côtés du cou et la poitrine jaune d’or; le dos brun, rayé de blanc; le ventre gris clair, rayé de noir. La femelle a la gorge grisâtre et le tour des yeux blanc.

Le Brésil a quelques espèces nouvelles de pics qui semblent être exclusivement propres à ses forêts. jo Le pie casqué (5) est remarquable par la huppe élégante qui recouvre sa tête. Cet ornement, composé de plumes longues, courbées en avant et à barbes décomposées, forme deux plans adossés , et imite le socle du casque ancien qui porte le cimier ; les plumes effilées diminuent graduellement en longueur jusqu’à la nuque, où sont les plus courtes. La huppe, toute la tête et une large moustache aux joues sont d’un rouge vermillon ; le méat auditif est couvert de petites plumes rayées transversalement de lignes noires et blanchâtres ; du blanc roussâtre, sans mélange, règne sur la gorge : cette couleur forme deux larges bandes aux côtés du cou; elle se trouve aussi sur lafpartie interne des ailes et sur les couvertures du dessous de la queue. La poitrine est noire, tachetée de roussâtre; toutes les autres parties inférieures sont rayées, à égale distance, de bandes noires et roussâtres claires; le dos, les ailes et la queue sont d’un noir légèrement teint de roussätre; les barbes intérieures des pennes des ailes sont d’un roux vif. Le bec est bleuâtre à la base et blanc sur le reste; les pieds sont cendrés. Longueur totale, onze pouces. 2° Le pic à gorge jaune (°) a la tête rousse ; les joues, les côtés du cou et la poitrine jaune d’or; le dos roux brun, rayé de blanc; le ventre gris clair, avec des rayures noires. La femelle a la gorge janne. 5° Le pic Boié(') a été découvert au Brésil par M. Auguste de Saint-Hilaire. Il a la tête et les plumes supérieures de la huppe noires; les joues et le reste de la huppe sont rouges, ainsi qu’une cra-

(:) Picus rubriventris, Vieill,, Gal., pl. 27. P.corona-

() Voÿ. CLP: 255. ;

6) P. dominicanus, Vieill. Six, pl. 50. P. candidus, Otto. P.melanopterus, Wied. P. bicolor, Sw.

(4) P. campestris, lilig. Freiress. Azara.

(5) P. galeatus, Natterer. Temm., pl. 1741.

6) P. polyzonos, Temm., Gal. de Paris.

(:) P. Boieri, Wagler, esp. 3.

HISTOIRE NATURELLE

vate sur la gorge. Un trait blanc, bordé de noir, part de la commissure du bec. Le corps est noir, mais le dos est d’un blanc neigeux. 4° Le pic à oreilles bicolores 1, a la tête et une huppe rouges, ainsi que le cou : ce dernier est parfois noir. Le dos est blanc, les ailes et la queue sont noires ; la poitrine et le ventre sont rayés de marron et de noir; les oreilles sont noires et blanches. 5° Le pic à face rouge (?) a le devant du corps noir; la tête et les moustaches rouges : celles-ci bordées de blanc. Les joues sont grises. Quand il est jeune, il a le front noir, les joues grises, rayées de blanc, avec deux raies blanches qui cotoient les jugulaires et qui vont se rendre aux épaules. Le dos et le thorax sont noirs; le ventre est maillé de noir et de blanc, 6° Le pic à cou rouge (?), qui se trouve à Cayenne, a offert à M. Charles Bonaparte upe variété (f) qui a les parties supérieures du corps d’un brun noirâtre, et les inférieures roux jaunâtre. 7° Le pie à thoraæ jaune (5) est gris, rayé de blanchâtre. Les côtés de la tête et du cou, de même que la poitrine, sont d’un beau jaune doré; le vertex et le cou sont noirs. Ce pic est rare dans la province de Bahia, qu’il habite. L'individu déerit éloit du sexe feminin. 8° Le pic du Brésil (6), aussi de Bahia, a le plumage olivâtre en dessus, jaunâtre en dessous, et rayé de brun. La tête est rouge en dessus et surmontée d’une huppe, et a de chaque côté des lignes olivâtres, brunes et rouges.

La Guyane a des pics qui tous ont été décrits ou figurés par Buflon, tels sont le mordoré (7). le jaunet (5), le pie à chrevron d'or (?) le pic de Cayenne(1), le pic roux (1), le ouentou(??), le pic strié (13), et le multicolore ({).

Les Antilles ont aussi deux pics représentés dans les enluminures de Buffon : le carolin (5), qui.se trouve à Porto-Rico, mais surtout aux Etats-Unis, où il est commun ; le pic rayé (1), qui vit aux Antilles.

L'ile de la Trinité nous a donné le pic à front

() Pieus robustus, Hlig.

(2, P. erythrops, Gm.

3) P. rubricollis, Gm.

() Bull., VI, #12. XIII , 240. Jour. of ac« of Philad., NVoA1S 1

(5) P. chrysosternus, Swains. Mém. soc., LI, 288. Bull., VIF, 250.

(6) P. brasiliensis, ibid.

(1) P. cinnamomeus, Gm.,enl. 509.

(8; P. exalbidus, Gm.,enl. 509.

(9, P. hirundinaceus, Gm., enl. 694.

(ro) P. cayennensis, Gm.

(5) P. rufus, Gm., enl. 694, fig. 1.

(12) P. lineatus et melanoleucus, Gm.

(3) P. senegalensis, Gm., enl 345, fig. 2.

(4) P. multicolor, Gm.,enl. 863.

(5) P. carolinus, Gm. Wils., pl. 7, fig. 2; enl. 593.

(:6) P, striatus , Gm., enl. 281. ,

DES OISEAUX

brun (1), ayant l’occiput et les moustaches rouges ; le dessous du corps rayé de blanc et de noir. La femelle n’a pas de rouge.

La grande île de Cuba possède deux espèces assez remarquables. 1° Le pic à sourcils noirs (?), dont le front et la huppe sont rouges. Il a les sourcils noirs; le ventre et la région anale rouges; la gorge, les joues, le devant de la tête, cendrés; le flanc, la poitrine, roussâtres ; le dos, les ailes et la queue maillés de blanc et de noir; les couvertures inférieures et les plumes des cuisses maillées de noir ; les rectrices échancrées au bout; les rémiges, le bec et les pieds noirs. 2° Le pic poignardé (3) a le dessus de la tête et de l’occiput rouge de sang. Le front a deux larges traits sur les joues et sur les côtés du cou, blancs ; la région auriculaire noire; le piumage vert en dessus, jaune en dessous, verdâtre sur les flancs, mais ces parties couvertes de flammèches et de chevrons noirs. Les rémiges sont barrées de gris -et de noir; la queue a ses rectrices latérales arrondies. La femelle a le devant de la tête noir, picoté de blanc; le gosier noir, comme le mâle; du rouge à l’occiput et au-devant du cou.

L'Amérique septentrionale possède huit espèces de pics; Buffon en a connu sept ({,.

La seule espèce que nous ayons à mentionner est le pic l’Herminier (5), découvert da s l'Amérique du Nord par le savant voyageur dont il porte le nom. Son plumage est entièrement d’un noir profond; la poitrine et le ventre sont nuancés de rouge de sang.

Oa ignore quelle est la patrie de certains pics, parmi lesquels le plus beau d’entre eux est sans contredit le pic somptueux ($), que M. Temminck a nommé pic Boié (M. Wagler avoit déjà donné ce nom à une autre espèce), en émettant le doute que l'Amérique méridionale pourroit bien être la patrie de cette rare espèce.

Le pic de Buié (7) conservé dans le Musée des Pays-Bas, sans indication de patrie, a été supposé par M. Temminck provenir de quelque contrée de l'Amérique intertropicale. C’est une des plus somptueuses espèces du genre, tant par ses riches et vives couleurs, qui teignent son plumage, que par l’allongement des deux pennes moyennes, qui sont très

VF) Picus rubiginosus , Swaïins., Zool. illust., pl. 74.

(} P superciliaris, Temm., pl. 433.

13) P. percussus, Temm., pl. 390 et 424.

(4) P. erythrocephalus, Gm., enl. 117. Wils., pl 9, fig. 1. P. villosus , Gm., enl. 574. Wils,, pl.9, fig. 3. P. varius , Gm., enl., 788. Wils., pl. 9, fig 2. P. principalis, L. Wils., pl. 29, fig. 4. P. pileatus, Gm., enl. 718 Wils. pl. 20, fig. 2. P. pubescens, Gm. Wils., pl. 9, fig. 4.

(5) P. Herminieri, Less., Ornith., p. 228.

(6) P. somptuosus, Less., Ornith., p. 229. P. Boie, Temm., pl. 473.

(7) P. Boie, Temm., pl, 473.

étagées. Son bec est aussi plus aigu, plus mince que celui des autres pics. M. Temminck le décrit en ces termes : sa taille est de quinze pouces six lignes. Une huppe touffue couvre l’occiput et se trouve formée de plumes minces et eflilées : cette huppe, le front, la tête et les joues sont d’un jaune d’or très brillant, Un soureil rouge vif cotoie un bandeau noir du front et surmonte l’œil. Tout le cou, le thorax et le dos sont d’un rouge de feu, que relèvent le blanc neigeux du gosier et les deux bandes jugulaires qui longent verticalement le cou. Les ailes, la queue et le ventre sont noir profond, avec des reflets sur les premières parties ; mais ce qui tranche avec ce noir est le blanc pur du croupion, des bords de l’aile, des rémiges et des rectrices latérales, Les tarses sont noirs, et le bec est couleur cannelle.

LES PICUMNES ().

Sont aux picules ce que les picoïdes sont aux pics; car ils n’ont que trois doigts. Leur bec est court, droit, conique, pointu, sans arête. Les narines sont linéaires; le tour des yeux est nu. Les ailes sont arrondies, brèves, à quatrième et cinquième rémiges les plus longues. Leur queue est courte et arrondie, à pennes non usées au bout. On ne sait rien des mœurs de la seule espèce connue de ce petit genre, confiné à Java. C’est le picumne abnorme (2), d'un beau vert supérieurement, nuancé de gris cendré sur l'occiput. Le front, les joues, sont brun marron; le croupion et les parties inférieures sont d’un roux lavé d’orangé ; les rectrices sont noires; le bec est noir en dessus, d’un blanc rougeâtre en dessous; les yeux sont entourés d’une membrane nue et rouge; les pieds d’un brun rougeâtre ; le quatrième doigt, au côté postérieur interne, est remplacé par une-petite callosité. Sa taille est de trois pouces.

Peut-être devra-t-on classer avec les picumnes l'oiseau de l'Himalaya, que M. Vigors appelle pic pygmée (3). Les deux plumes du milieu de la queue du mâle s’allongent un peu, et toutes se terminent de manière à rester souples et molles. Le mâle est gris, mais le milieu du dos est linéolé de blanc et de noir. Du blanc colore une bande sourcilière qui se rend à la nuque; la gorge, des taches éparses sur les bords internes des rémiges et des rectrices. Les parties inférieures sont blanchâtres, striées de lignes brunes très minces. Une bandelette rouge se dessine derrière les yeux. La femelle est privée de cette dernière particularité, et ressemble au mâle par le reste de sa coloration.

(") Picumnus , Temm.

(2) P, abnormis, Temm, pl. 11, 494 (3, Picus pygmeϾus , Nig., Proc., I, 44,

Une troisième espèce est celle que M. Burton regarde comme un vrai picumne de l’Ancien Monde, l’innominé (1), qui habite les montagnes de l’Himalaya. Long de quatre pouces, cet oiseau est vert jaunâtre sur le corps, d’un blanc sale en dessous, avec des taches noires disposées en bandes sur le ventre et sur les flancs. Le front est rayé de noir et d’orangé obscur. Les rémiges sont brunes, avec leur bord interne frangé de vert jaunâtre. Les rectrices moyennes sont noires; les autres sont rayées de blanc et de noir. Les côtés du cou sont bruns, relevés par deux bandelettes blanches, dont une passe sur les yeux

et l’autre en dessous, et qui se joignent au niveau de l’épaule,

LES PICULES (©).

Sont des oiseaux intermédiaires aux torcols et aux picumnes. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, le créateur de ce genre, en a tracé les caractères suivants : « Leur bec est droit, pointu, et forme un cône très allongé. La mandibule supérieure est convexe dans le sens transversal, et sans arête marquée. Les narines sont percées à la base du bec et recouvertes par de petites plumes. Leurs tarses sont moyens et écussonnés. Les doigts sont au nombre de quatre, dont deux en avant. Le doigt externe, correspondant au médian des autres oiseaux, est très long ; et des deux doigts placés en arrière, celui qui occupe le bord extérieur est aussi plus long : de sorte que les portions antérieure et postérieure du pied sont symétriques. La queue est irrégulièrement carrée, courte, composée de petites pennes bien arrondies à leur extrémité, et garnies dans toute leur étendue de longues barbules. Leurs ailes sont moyennes et obtuses. »

Le type de ce petit genre est l'oiseau figuré dans Buffon sous le nom de torcol de Cayenne (3), enluminure 786, fig. 1.

Les picules, assez peu connus dans leurs habitudes, n’ont été observés que par d’Azara. Cet auteur rapporte qu'ils grimpent le long des petites tiges dans les buissons épais, et qu’ils sautent d’une branche à l’autre, en les saisissant fortement avec les doigts, et en posant leur corps en travers. Ils n’ont pas la facilité de s'appuyer sur leur queue comme les pics; mais ils ont cependant des manières communes avec la plupart des oiseaux de ce genre, et de même ils

(1) Picumnus innominatus, Burton, Proc., V, 154.

(2) Piculus, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Soc. d'hist. nat , 1833.

G) Yunæx minutissima, Gm. Picus minutus, Lalh. Vieill., Gal., pl. 28. Picumnus minutissimus, Temm,, texte des pl. col, Piculus minutus, Isid, Geoff,

se creusent avec le bec des trous dans les parties cariées des troncs d'arbres, et ils y déposent leurs œufs au nombre de deux. Ils habitent les forêts de l'Amérique méridionale.

Les deux espèces nouvelles sont celles décrites par M. Temminck :

LE PICULE A TOUPET (:).

A les parties supérieures brunes, avec le bord des rémiges et l’extrémité des tectrices alaires d’un brun pâle ; le sommet de la tête garni de plumes longues, susceptibles de se redresser en large huppe, noirûtre , tachetée de blanc; le front d’un rouge vif; le lorum d’un brun isabelle; un trait oculaire blanc, une tache brune sur le méat auditif; les rectrices noirâtres ; les latérales bordées extérieurement d’une bande blanche, frangée de noir ; les deux intermédiaires blanches dans leur moitié; les parties inférieures blanches, nuancées de brunâtre vers les flancs, et largement rayées de brun ; le bec blanchâtre, noir à la pointe et à la base de la mandibule inférieure; pieds cendrés. Sa taille est de quatre pouces. La femelle n’a point de rouge au front ; les jeunes ont les parties inférieures rayées irrégulièrement, ou plutôt mouchetées. On le trouve au Paraguay et au Brésil.

LE PICULE MIGNON (1.

A les parties supérieures d’un cendré brunâtre; le sommet de la tête noir, tiqueté de blanc; le front, les joues et la nuque d’un roux orangé qui tire au blanchâtre sur les côtés du cou; les grandes rémiges bordées extérieurement de brun; les moyennes le sont de blanchâtre; les rectrices d’un brun noirâtre ; les latérales blanchâtres extérieurement ; les parties intérieures blanchâtres, largement rayées de brun ; le bec brun, blanchâtre à la base de la mandibule inférieure; les pieds d’un brun rougeâtre. Sa taille est de trois pouces six lignes. On le trouve au Brésil.

LES TORCOLS (.

N'ont long-temps eu que l'espèce d'Europe ({), représentée par Buffon dans le n° 698 des enluminures. On a trouvé dans l’intérieur du cap de Bonne-Espérance, dans une collection expédiée de la baie

() Picumnus cirrhatus, Temm , pl. col., 371, fig. 1; le carpentero nono, Azara, Voy., L. IV, n. 260. Yunx cirrhatus,Less.,yunæz minutus, Vieill., Dict.,t. XXXIV, p. 230.

@) Picumnus exilis, Temm., pl. col. 371, fig 2. Yunx exilis, Less.

(3) Yunx ,L,

(3) Yunzæ torquilla , L.

DES OISEAUX

d’Algoa, le torcol pectoral (1). Cet oiseau est d’un gris brunâtre, pâle sur le corps, relevé par de fines rayures brunes ondulées. La nuque et les scapulaires sont marquées de noir, et la queue est rayée de bandes de cette derrière couleur. Le dessous du corps est blanchâtre, avec des rayures noires, plus serrées au front et plus lâches sur les plumes tibiales. Le ventre est aussi linéolé de noir. Ce qui légitime le nom spécifique de ce torcol est une grande tache rousse qui occupe la poitrine jusqu’au gosier. Les rémiges sont brunes, et le fouet de l’aile est rayé de ferrugineux. On ne sait rien de ses habitudes. Sa taille est celle du torcol de France, qu’il représente assez complétement en Afrique.

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