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LE TOURNE-PIERRE A COLLIER

Strapsilas collaris (1).

Buffon a figuré cet oiseau sous le nom de coulonchaud , que Brisson avoit consacré dans son Ornithologie. On le nomme encore bure en Picardie ; gega-washne chez les naturels des bords de la baie d'Hudson, et horse-foot (pied de cheval) aux Etats- Unis.

Le mâle adulte a le front, un espace entre l’œil et le bec, un large collier sur la nuque, une partie du dos, une bande longitudinale et une autre transversale sur l'aile, les couvertures supérieures de la queue. le milieu de la poitrine, ainsi que les autres parties inférieures, d’un blanc de neige ; une bande d’un noir intense passe sur le front, au-devant des yeux, s’élargit, contourne la gorge, et forme un large plastron sur le devant du cou et sur le côté de la poitrine. L’occipul est d’un blanc roussâtre, rayé longitudinalement de noir; le manteau, les scapulaires et les couvertures des ailes sont d’un marron roux fort vif, parsemé de taches noires irrégulières : une large bande brune traverse le croupion; les rectrices sont noires, et blanches à leur extrémité, excepté les deux plus externes ; le bec est noir et les pieds rouges ; l'iris est noir. Longueur totale, huit pouces deux ou trois lignes. La femelle ne diffère du mâle que par des teintes moins vives, et surtout par le noir qui est remplacé par le brun.

Les jeunes de l’année n’ont rien de noir ni de roux marron; la tête et la nuque sont d’un brun cendré, rayé de brun foncé ; des taches blanches sur les côtés de la tête et du cou; la gorge et le devant du cou blanchâtres ; plumes des côtés de la poitrine d’un brun foncé, terminées de blanchâtre; les autres parties inférieures et le dos d’un blanc pur ; le haut du dos, les scapulaires et les couvertures des ailes, d’un

(5 Temm., Man. d'Ornith., t. Il, p. 553. Tringa interpres, Linn., Gmel., enl, 856. Morinella collaris, Meyer.

brun foncé ; toutes les plumes entourées par une large bordure jaunâtre; la bande transversale du croupion d’un brun foncé, bordé de roux ; les pieds d’un rouge jaunâtre : le noir et le blanc se dessinent plus régulièrement à mesure que l'oiseau avance en âge. C’est alors le coulon-chaud de Cayenne et le coulon-chaud gris, enl. 540 et 857.

Les jeunes, à l’âge d’un an, ont un large plastron ou collier sur le devant du cou et sur les côtés de la poitrine : il se dessine par des plumes noires, terminées par une étroite bordure blanchâtre; joues et front pointillés de noir sur un fond blanchätre; sommet de la tête et nuque bruns, tachés de brun noirâtre; le dos, les scapulaires et les couvertures des ailes noirs; toutes les plumes entourées par une bordure rousse ; une grande tache noire sur les pennes latérales de la queue; le reste comme chez les adultes.

Le coulon-chaud habite les rivages des deux mondes. En France c’est un oiseau de passage qui vit par paires ou isolément, et qui recherche sur les grèves les petits insectes, les crustacés, les petits mollusques. La mue n’a lieu qu’une fois dans l’année. Il niche dans le Nord, et pond dans des creux de rochers trois ou quatre œufs verdâtres ou olivàtres , tachetés de brun.

Les individus envoyés du Sénégal, d'Amérique, ne diffèrent en rien de ceux d'Europe. M. Vieillot a érigé en espèce distincte le coulon-chaud cendré (tringa interpres, var. À , de Latham) et le coulonchaud de Cayenne (tringa interpres, var. B, de Latham), dont les enl. 540 et 857 donnent la figure. Or cette dernière n’est, suivant M. Temminck, que le jeune âge de l’espèce commune.

Nous ajouterons cependant une espèce nouvelle, le tourne-pierre à tèle noire (1), qui a été découvert sur les côtes boréales et occidentales de l'Amérique par l’expédition du capitaine Beechey. Son plumage est noir, avec le milieu du dos, le croupion, deux bandes sur les ailes; le ventre et le dessous de la queue, de même que la pointe des rectrices, blancs. Sa taille est de six pouces et demi anglois.

LES PHALAROPUS .

Sont des petits oiseaux riverains, dont le bec, de la longueur de la tête, est droit, assez épais, large, et seulement un peu recourbé à la pointe. La mandibule supérieure dépasse légèrement l’inférieure. Leurs tarses sont médiocres, mais les ailes sont aussi longues que la queue.

(:) S. melanocephalus, Vig. Bull., XXI, 318.

(+) Phalaropus, Briss. Cuv. Crymophilus ; Vieill.

HISTOIRE NATURELLE

La seule espèce est le phalarope lobé(1), qui porte divers noms, suivant les nuances que présente son plumage. Sa livrée d'hiver est cendrée en dessus, blanchâtre en dessous et sur la tête; la nuque est traversée par une bande noire. Son plumage d'été est noir, flambé de fauve en dessus, rôoussâtre en dessous ; l’aile reste constamment noirâtre, avec une bande blanche. Cette espèce est assez rare et ne quitte guère le nord de l’Europe.

LES EURINORHYNQUES ().

Ont un bec court, mince, très aplati, très déprimé, taillé en forme de spatule, évasé à son extrémité ; leurs tarses sont courts, grêles, réticulés, munis d’un pouce très petit, à doigts festonnés; les ailes sont remarquablement longues et pointues. La seule espèce de ce genre fort remarquable imite en petit une spatule. C’est un oiseau du cercle arctique, dont un individu, déposé au Muséum, a été tué aux environs de Paris.

L'eurinorhynque gris(), de la taille d’une alouette de mer, a le plumage gris glacé en dessus, blanc de neige en dessous.

LES LAPIPÉDES ().

Joignent à un bec de chevalier, c’est-à-dire à un bec arrondi, terminé en pointe mince et grêle, des doigts lobés comme ceux des phalaropes. La seule espèce connue vit dans le nord de l’Europe et de l'Amérique; et Buffon l’a figurée , en]. 766, sous le nom de phalarope de Sibérie (5).

LES HOLOPODES ().

Sont des oiseaux très voisins des lobipèdes, mais qui cependant ont leurs doigts bordés d’un simple repli membraneux, droit et nullement disposé en

(‘) Plumage d'hiver: tringa lobata, L. Gm. Edw., pl. 308.

Plumage d'été: Ph. hyperboreus, Wils., pl. 73, p. #1. Phalaropus rufus, Bechst. Tringa fulicaria, L. Edw., 442. Cymophylus rufus, Vieill., Gal., pl. 270. Ph, fulicarius , Ch. Bonap., no 277.

&) Eurinorhynchus, Wils. Thumb., Acta suecica, 1816, pl. 16.

(3) E. griseus, Nills. Platalea pygmea, L.

(4) Lobipes , Cuv.

(5) Tringa hyperborea, tringa fusca , Gm. Phalaropus hyperboreus, Lath.

(6) Holopodius , Ch. Bonap. Lopides, Cuv.

DES OISEAUX

festons. Leur bec, plus long que la tête, est légèrement arqué dans sa longueur, et se termine par une pointe déliée; le sillon nasal en parcourt toute l’étendue. Leurs jambes sont assez allongées, et le pouce touche à terre par sa pointe. Leur queue est courte, cunéiforme ; leurs formes sont grêles et élancées. La seule espèce de ce genre est l’holopode de Wilson (!), qui est assez rare dans le nord de l’Amérique et aux Etats-Unis, mais qui émigre et s’avance du Mexique jusque sur les rives de la Plata, au Paraguay.

M. Temminck le décrit en ces termes :

« Cet holopode porte sur les côtés du cou une large bande noire, longitudinale, partant de l’orbite des yeux, et aboutissant vers la région thoracique dans une grande tache marron , placée vers l'insertion des ailes, Le dos et les scapulaires sont d’un beau gris cendré, marqué de grandes taches marron. Lesommet de la tête et le lorum sont d’un gris clair, la nuque, la gorge, le ventre, l’abdomen, d’un blanc pur, la poitrine légèrement teintée de roussâtre, les ailes et la queue d’un gris brun, le bec noir et les pieds verdûtres.

» Les sujets revêtus de la livrée non adulte ont la bande longitudinale des côtés du cou marquée de brun marron. Le devant du cou et la poitrine nuancés de roussâtre. Tout le plumage des parties sûpérieures varié de brun, de roux et de cendré, avec des bordures blanches. »

Les jeunes ont un plumage gris cendré (?) en dessus, avec des taches rouille sur le cou et sur le dos. Le dessous du corps est blanc. Le bec et les tarses sont noirs , et quelques plumes de cette dernière couleur apparoissoient sur les jugulaires. L’individu que nous signalons avoit été tué au sud de la Plata.

LES ÉROLIES (.

OU FALCINELLES (5).

Ont un bec plus long que la tête , arrondi à la base, sillonné en dessus, fléchi en arc. Les tarses sont longs et grêles, privés de pouce. Les ailes sont longues et pointues, et dépassent la queue, qui est rectiligne. La seule espèce de ce genre est de la taille de l’alouette de mer, mais se trouve bien plus haute sur jambes. C’est l’érolie variée ou falcinelle cou-

() Phalaropus lobatus, Wils., pl. 73, fig. 2. Lopides incanus, Jard., Illust., Ornith., pl. 16. P. Wilson, Sabine. Ch. Bonap., Syn., 279. P. fimbriatus, Temm., pl. 370. P. frenatus, Vieill., Gal., pl. 271.

(2) P. Wilsonii, Sabin.Bull., XII, 125. P. fulicarius, Ch. Bonap., ibid.

B )0Erolia, Vieill, Falcinellus , Cuv. Temm,

reur (1), que Levaillant avoit tué sur les bords de la rivière des Gamtos, en lui donnant le nom de chorlita coureur. Cet oiseau, qui habite l'Afrique, passoit accidentellement en Europe. L’adulte a le sommet de la tête et la nuque parsemés de mèches brun cendré sur un fond gris. Le dos et les ailes sont d’un brun plus foncé , et chaque plume porte une fine raie noirâtre le long de la baguette. Une nuance noirâtre se dessine sur le poignet de l’aile. Les rémiges sont noires, avec leurs baguettes blanches. La queue est égale, brune en dessus, et blanchâtre en dessous. La poitrine porte de petites stries brunes sur un fond blanc. Les pieds sont bruns. Les dimensions totales de cet oiseau ne dépassent guère sept pouces.

Le jeune âge est taché de gris et de blanc en dessus, gris, avec des lignes brunes sur le devant du cou et sur la poitrine. Le dos et les ailes sont brun noirâtre , et chaque plume est bordée de roussâtre. Les sourcils, la gorge, le croupion et le ventre sont d’un blanc pur.

LES IBIDORHYNQUES ©).

Forment un genre nouveau, intermédiaire aux huitriers et aux courlis. Leur bec est allongé, grêle, courbé , et assez semblable à celui des courlis ou des ibis. Les narines sont latérales, longitudinales, et entiérement recouvertes par une membrane. Leur corps est grêle et élancé comme celui des échassiers en général. Les ailes sont allongées et subgraduées. Les deuxième et troisième rémiges sont égales et les plus longues. La première est légèrement plus courte ; les autres décroissent successivement. Les pieds sont médiocres et terminés par trois doigts ; ils sont semblables à ceux des huitriers. Tous les doigts sont bordés par un repli membraneux ; mais l’interne est libre , tandis que l’externe a une membrane qui s’étend jusqu’à ia première phalange. Les ongles sont obtus ; la queue est médiocre et égale. La seule espèce de ce genre nouveau est l’ibidorhynque de Struthers (3), qui a été rapportée des montagnes de P'Himalaya par le naturaliste anglois dont elle porte le nom. C’est un oiseau long de quatorze pouces, qui a le corps, le cou et le front gris ; le dessous du corps blanc, le vertex, la face et la gorge noirs, tachetés de blanc. Un collier mince et noir s’élargissant vers la nuque se dessine sur le thorax. Le croupion est également noir ; les rectrices moyennes sont rayées de bandelettes en zigzag d’un brun obscur et marquées de noir à leur sommet. Les latérales sont

() OE. variegata, Vieill., Ann. d'Ornith., note O. Gal., pl. 231. Falcinellus cursorius, Temm., pl. 510.

(2) Ibidorhyncha , Nig. Proc., 1,174.

(3) Ibid, Struthersii, Vig., ibid.

rayées de noir et de blanc à leur bord externe seulement. On ignore complétement les habitudes de cette espèce.

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