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LE MICROPTÈRE DE LA PATAGONIE

Découvert sur le bord occidental du détroit de Magellan par le capitaine King, ressemble beaucoup au précédent, mais sa taille est moindre. Son plumage est gris de plomb en dessus, avec la gorge et les scapulaires roussâtres; le ventre a un miroir sur l’œil blanc; le bec est brun verdûtre.

x L'EIDER DE LEISLER (3).

Esttrès voisin de l’eider commun (f) ; maisilen diffère par sa taille, par la forme de son bec, par la couleur noire et blanche, et par la courbure des pennes postérieures de l’aile du vieux mâle; enfin par le plumage de la gorge et du cou du jeune âge. Son

() À. brachyptera et cinerea, Lath. Quoy et Gaim., Ur., pl. 39. Mycropterus brachypterus, Less., Ornith., p.630.

(2) Micropterus patachonicus, Vig , Proc., I, 15.

() Platipus Leisleri, Brehm., Ornis., 1824. Bull., X,

) Mœurs du canard sauvage (eider} (*). — La grande douceur de température des deux hivers qui ont précédé celui-ci a presque entiérement interrompu depuis deux ans l’arrivée et le passage des palmipédes du Nord dans nos départements; celle année-ci, au Contraire, désles premiers jours de novembre, et par le vent nord-est qui souffla pendant six ou septjours seulement, près d’un mois par conséquent avant la grande gelée que nous venons d'éprouver, on à vu passer des bandes coniinuelles d'oies et de canards sauvages. Quoique ce passage trés nombreux dans nos contrées, d’espéces babituellement voyageuses , fût déjà l'indice d'un hiver plus froid que les deux précédents, l'apparilion d’une troupe de canards eiders dans nos environs, à la même époque , m'a fait conjecturer que le froid serait vigoureux, œar cette espèce à duvet si précieux, habitante des mers glaciales, n’apparoît que très rarement sur nos côtes, el seulement lorsqu'un redoublement de froid dans les contrées arctiques la force à les quitter pour se diriger vers le sud. Les premiers que j'aie vu tuer dans ce paysci le furent au commencement de l'hiver de 1830, et

(+) Par F. de La Fresnaÿe; Echo du Monde savant, pn. 2, du 10 janvier 1836, p.02.

HISTOIRE NATURELLE

+ haut vers sa base, et s’édeux branches légèe son extrémité est à

bec, un peu court, est for tend assez loin sur le fron rement saillantes : le croch

depuis cet hiver rigoureux jusqu’à celui-ci, je n’ai pas eu copnoissance qu'on en ait Lué ni apporté un seul à nos marchés de Caen et de Bayeux. Celui que je possède vivant, depuis sept semaines environ, m'’ayant offert quelques particularités digues d’intéresser les ornithologistes, je crois devoir raconter ces détails minutieux en apparence , mais dont on peut Lirer quelques conséquences vraisemblables. Il me fut apporté le 11 novembre , un mois par conséquent avant la gelée, par un paysan qui l’avoit arraché des griffes d'un oiseau de proie contre lequel il se débattoit fortement. II me raconta qu'une bande d'à peu près ure vingtaine de ces oiseaux passoil au-dessus d’un plaleau voisin de cette ville, et nommé les Monts d'Éveines. Ce plateau est fréquenté tous les ans par des faucons pélerins (falco peregrinus, à leur double passage de printemps et d'automne; et sous Louis XV et Louis XVI, lorsque la fauconnerie éloit en usage en France, deux fauconniers du pays y en prenoient chaque année un certain nombre qu'ils dressoient ettransportoient ensuite à Versailles, au moment où les chasses du vol commencoient. Il est donc trés probable que c'étoit un de ces courageux oiseaux que notre homme vit fondre sur la troupe d’eiders. Ceux-ci épouvantés se dispersérent et se précipitérent dans un petit vallon au pied du plateau, cherchant un refuge dans les haies et les buissons les plus voisins. Un seul essaya d'échapper par la rapidité de son vol, mais le faucon (car je ne doute pas que ce n’en fût un)se mit à sa poursuite, et aprés l'avoir harcelé et manqué plusieurs fois, l’'abattit enfin à près d'une demi-lieue du point de l’attaque. On ne sera pas étonné de cette lutte prolongée en pensant à la grosseur des eiders, presque égale à celle d'une oie sauvage, et surpassant d’un tiers

celle du faucon femelle. Lorsqu'on me l’apporta, une

forte blessure à la partie antérieure du cou, et qui le laissoit voir à nu, et une autre aussi grave derrière la nuque , me firent craindre de ne pouvoir le sauver. Il but à plusieurs reprises de l’eau que je lui présentai; et comme il ne vouloit manger ni pain trempé ni orge, je mis dans son eau de petites lanières de viande crue dont il goûta, et qu'il finit par saisir avec empressement. Je pus remarquer alors que pendant sept ou huit jours cet oiseau étoit d'une voracitéincroyable: je pouvois à peine lerassasier, quoique je lui fisse faire trois ou quatre repas de viande ou de poisson par jour; et lorsque j'entrois dans l'appartement où je l'avois mis, il étoit si familier qu'il venoit à moi pour saisir à ma main les morceaux de viande que je lui présentois, et en quelques secondes tout étoitavalé Bientôt il y joigoit des repas d'orge, à laquelle il s’étoit habitué insensiblement, et plusieurs fois je fus étonné de l'entendre respirer avec un sifflement semblable à celui d’une personne asthmatique ; mais je ne tardai pas à m’apercevoir que cette respiration difficile provenoit de la grande tension du jabot alors trop plein d'aliments.

On peut, ce me semble, conelure de ces différents faits, d'abord , que l'apparition deseiders dans nos départements est un indice certain d’un hiver rigoureux ; de plus que la voracité de ces oiseaux à leur arrivée provient sûrement de ce qu'ils font, presque sans s'arrêter, l'énorme trajet des mers glaciales jusque dans nos con:

DES OISEAUX

peine marqué. Il fréquente les côtes du Groënland, se nourrit de testacés iennent aux rochers, et a les mœurs de l’eider ordinaire.

trées , continuant leur vol le jour ef la nuit comme les oies sauvages ; et enfin , que leur grande familiarité est une preuve de ce que Jj’ai pensé , que les espèces sauvages en général sont d'autant moins effrayées de la présence de l’homme et d'autant plus familières, que les pays d’où elles viennent sont moins habités et plus sauvages. N'ayant pas éprouvé, comme celles de nos pays civilisés, que leur plus grand ennemi est l’homme, elles ne redoutent point sa présence, et se familiarisent en peu de temps, tandis que nos espêces sauvages indigènes, au contraire, telles que la perdrix, le héron, le ramier et autres, qui ne quittent jamais nos contrées populeuses , conservent en captivité une sauvagerie extraordinaire.

Il n’y a que les jeunes eiders de l’année qui viennent, à de longs intervalles, visiter nos contrées ; jamais on n’y ena vu d'adultes. On se demandera naturellement quelle en peut être la cause, et pourquoi des oiseaux habitués à vivre au milieu des glaces polaires, qui ne trouvent que dans la mer leur nourriture, consistant en coquillages bivalves et en petits poissons, abandonnent tout-à-coup ces lieux, lorsqu'un froid plus intense s’y fait sentir. Il est à peu prés reconnu que la difficulté de trouver leur nourriture ordinaire est la principale cause des migrations des oiseaux; tous les insectivores nous quittent au moment où les insectes eux-mêmes deviennent rares chez nous, etils se dirigent vers des lieux où ils en retrouveront en abondance. 11 me paroît vraisemblable que le refroidissement subit des mers arctiques causé par l’apparition des glaçons innombrables qui viennent en couvrir Ja surface dans certains hivers, comme celui de 4830 et celui-ci, témoin les onze bâtients baleiniers anglois qui ont été surpris et envelopés derniérement par les glaces ; il est, dis-je, très probable qu’alors tous les mollusques et aatres animaux délicats, pâture ordinaire des eiders, se trouvent refoulés à d'assez grandes profondeurs, et que ceux-ci, bientôt affamés par cette disette d'aliments, peut-être même contrariés par l'apparition de ces innombrables glaçons , se décident à quitter des lieux qui ne leur offrent plus de ressources, se dirigent d’un vol facile et soutenu vers le sud, et ne s’arrétent qu'à de grandes distances du point de leur départ. Tous les vieux déjà expérimentés s’arrétent probablement où la mer, plus calme et sans glaçons , leur offre de nouveau une nourriture facile, tandis que parmi les jeunes, quelques bandes seulement plus aventureuses que les autres, ou poussées par de violents coups de vent, poursuivent leur vol jusque sur nos côtes, où ils arrivent comme égarés , en quelque sorte, et probablement extérués de faim et de fatigue.

Une dernière conséquence que l’on peut tirer de la grande familiarité des eiders et de la facilité avec laquelle ils s’habituent à vivre de grains (le mien ne mange plus que de l'orge aujourd’hui) , c'est qu'il seroit peut-être assez facile , avec quelques soins, d’acclimater en France cette espèce précieuse. Il est certain que les oiseaux des pays froids s’habituent bien plus facile mentau climat des pays tempérés que ceux des pays chauds. De plus, des oiseaux aquatiques, placés prés d’une eau courante ou d'une pièce d’eau, y trouvent

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