INTRODUCTION
Il semblait, après la discussion de 1906 à l'Acadé- . mie de Médecine, le rapport de Walter et Silhol au XXIVe Congrès de Chirurgie en 1911 quien avait précisé les lésions anatomo-pathologiques, les manifestations cliniques, les complications, le traitement et les nombreuses communications qui en approuvaient les conclusions, que la cause de l’appendicite chronique était gagnée malgré les attaques relentissantes dont elle avait été l’objet.
Des travaux étrangers, allemands, anglais, américains repris en France, et tout récemment, deux articles de Grégoire, dans les Annales des maladies des voies digestives(péricôlite membraneuse et appendicite chronique, février 1919. Dilatation douloureuse du côlon droit et appendicite chronique, août 1920)
ro
ont de nouveau posé l’intéressant problème de l’appendicite chronique.
C’est que les résultats de l'intervention n’ont pas toujours été conformes au désir des chirurgiens et de leurs opérés. £
Ceséchecs post-opératoires, fréquemment signalés, semblaient devoir donner raison à ceux qui niaient l'existence de l’appendicite chronique, qu'il s'agisse d’appendicite chronique résiduelle ou d’appendicite chronique d'emblée.
Les statistiques fournies par les chirurgiens ne concordent guère. Au XXIV° Congrès de Chirurgie, Delagénière rapporte 320 appendicites opérées ; 230 de ses opérés guérissent en moins de deux mois, 64 de deux à quatre mois, sur 26 échecs 17 finissent par guérir, tandis que neuf malades restent neurasthéniques.
Les opérés de Phocas ont tous guéri, dans un délai
de six à huit mois.
Forgue, sur 1 20 interventions note 90 succès complets, 24 de ses malades atteints simultanément de côlite chronique n’ont été qu'améliorés, 4 n’ont bénéficié d'aucune amélioration et deux grandes nerveuses ont continué à souffrir.
Vanwertz de Lille n'a eu que des succès opératoires,
Sonnenburg de Berlin n’accuse qu’un nombre d'échecs très réduit sur 2,000 interventions.
Gibson (Americ J. of the Medical sc., 5 mai 1920,
p. 654) constate chez 550 de ses opérés d’appendicite chronique :
259 succès complets;
65 résultats satisfaisants avec conservation de troubles dyspeptiques ;
102 mauvais résultats sans amélioration ;
63 0/0 des appendices enlevés avaient été reconnus malades histoluvgiquement ;
106 cas perdus de vue ;
3 décès.
Soit environ 4o o/o d’échecs.
Connel (Journ. of the Americ Medic associat., 1916, 335) discute l’appendicite chronique comme entité morbide et cite un nombre considérable de cas dans lesquels l’appendicectomie a été impuissante à faire disparaître les accidents.
Il croit que ces malades souffrent en réalité de ptose viscérale, de constipation, de neurasthénie et s’il existe des modifications de l’appendice, ces modifications constituent un élément d’un processus plus important et non la cause du syndrome observé.
Mais les malades qui continuent à souffrir ne peuvent pas toujours s’adresser de nouveau au chirur- gien qui les a opérés et les statistiques médicales qui constatent mieux les résultats post-opératoires de l’appendicectomie accusent un nombre plus élevé d'échecs. Pour M. Enriquez ceux-ci ne seraient pas loin de la proportion de 30 0/0.
Si l’on parle beaucoup et souvent pour les exagérer encore des échecs post-opératoires on ne met
pas suffisamment en relief les succès obtenus et les résultats parfois inespérés qu’en ont retirés nombre de malades. On oublie trop, semble-t-il, que sous son apparente bénignité,l’appendicitechronique justifie toutes les appréhensions en raison de ses complications si nombreuses qu’elles ont pu faire dire à Comby qu’on intervenait peut-être pas assez.
M. P. Descomps ne vient-il pas encore d'insister sur les complications toxiques souvent insidieuses malgré leur gravité ? Il importe donc d'établir le bilan de ces complications et de les comparer aux séquelles qui peuvent survivre à l'intervention.
Le plan que nous nous proposons de suivre dans ce travail, comportera donc successivement :
1° L'étude des complications de l’appendicite chronique ;
2° Les manifestations cliniques des séquelles postopératoires ;
3° Les raisons qui ont été données des échecs de l'intervention ; |
4° Enfin, dans un dernier chapitre, nous essaierons de montrer comment nous pouvons prévenir ces séquelles, et les moyens dont nous disposons pour tenter de guérir ces Qinvalides », ces « balafrés » dont on a tant parlé.