ANHYDRIDE CARBONIQUE CO
Historique. — Van Helmont (1577-1644), le premier, distingua le gaz carbonique de l'air ordinaire : il observa que, dans certaines circonstances, il pouvait y avoir formation d’un principe gazeux parliculier qu'il désigna sous le noi de « Spirilus sylvestris »; il reconnut l'existence de cet air sylvestre dans l’action des acides sur les substances calcaires, dans la combustion du charbon, dans les fermentations ; il attribua à ce gaz les effets pernicieux observés dans la Grotte du Chien (environs de Naples), la combustion du charbon, les cuves en fermentation, et il étudia son action sur les flammes.
Les chimistes, au commencement du xvint siècle, Hales 1727, Boërhave 1752, considéraient ce gaz comme identique à l'air atmosphérique, malgré l'observation faite par F. Hoffmann, au sujet de l’action de l’air sylvestre sur la matière colorante des fleurs bleues qui rougissent sous l'influence de ce gaz.
Black en 1757(‘) montra nettement que le gaz de von Helmont était différent de l’air et précisa un certain nombre de ses modes de formation et de ses propriétés. Celles-ci furent fixées définitivement par les recherches de plusieurs savants, parmi lesquels nous pouvons mentionner Cavendisch (?), Priestley () et surtout Bergmann. Ce dernier savant est l’auteur d’une monographie (*) « de acido aëreo », dans laquelle sont nettement indiquées les principales propriétés du gaz carbonique.
Jusqu'aux recherches de Lavoisier, la véritable nature du gaz carbonique fut méconnue, el ce gaz avail reçu les noms les plus divers :
) Med. and Phil. Comm. Soc. Édinburg.
) Phil. Trans., 1766 et 1784.
) Exp. and Observ. on diff. Kinds of air, 4, 45. ) Opuse., I, 1, 9e édit., 1788.
air artificiel (Boyle), air fixe, air fixé, acide ou air méphitique (Macquer), acide aérien (Bergmann), acide crayeux (Bucquet). Les chimistes, conformément aux idées admises à cette époque, le considéraient comme une combinaison d'air vilal et de phlogistique. Sa véritable nature fut fixée par Lavoisier (!), peu de temps après la découverte de l'oxygène : ce savant, en brûlant du carbone dans l'oxygène, obtint un gaz absorbable par la potasse, et qui n'était autre que le gaz carbonique, il rapprocha le corps formé dans la combustion du charbon des acides obtenus dans la combustion du soufre et du phosphore et le désigna sous le nom d’acide carbonique.
État naturel. — Le gaz carbonique libre ou combiné est très répandu dans la nature. L'air contient normalement de petites quantités de ce gaz. Dans cerlains cas, il peut s'accumuler en forte proportion et nous citerons, à titre d'exemple, la Grotte du Chien à Naples et les vallées empoisonnées de Java ; on connaît un grand nombre d’endroits où des dégagements naturels de gaz carbonique ont été observés, notamment en Allemagne, dans la vallée du Rhin, en France, à Vichy, etc. Les volcans en activité dégagent une énorme quantité de ce gaz, ainsi que cela a été observé par Diego Franco (?) dans une éruption du Vésuve. Moissan (?), dans les gaz du Mont Pelé, a reconnu la présence de CO?. Ce gaz, d’après A. Gautier (‘), proviendrait de l’action de l’eau, même avant la température du rouge sur les carbonates naturels, spécialement sur la sidérose.
Toutes les eaux de sources, de rivières, de fleuves, contiennent en dissolution une certaine quantité de gaz carbonique : dans certaines sources, la proportion est assez forle pour communiquer à ces eaux une saveur acidulée (Vichy, Spa, etc.).
L'eau de mer tient en dissolution une quantité notable d'anhydride carbonique. On le trouve également dans l'humus et la terre arable.
Beaucoup de minéraux contiennent de l’anhydride carbonique occlus dans leur masse, soit sous forme de gaz comprimé, soit même liquéfié. Il résulte en effet des observations de Hartley ) que CO?, dans ces cristaux, doit être considéré comme étant à l’état liquide.
(1) Mém. Acad. Roy. des se., 1784, 448 à 467, (2) Ann. Chim. Phys., (4), 30, 87.
(4) Bull. Soc. Chim., (3), 29, 193.
Chem: Soc., 29,437%309291,:
D'ailleurs les conditions dans lesquelles il y a formation de gaz carbonique sont pour ainsi dire innombrables; la respiration de tous les êtres vivants, animaux ct végétaux, donne lieu à sa formalion; toutes les matières carbonées servant à l'éclairage et au chauffage, un grand nombre de fermentations, la putréfaction des subslances organiques, sont également des sources de gaz carbonique ; on conçoit donc qu'il se trouvera dans tous les Lissus ou liquides animaux Gu végétaux.
Le sang artériel ou veineux lient en dissolution une certaine quantité de CO*, el de nombreuses recherches ont été faites sur ce point; d’après Paul Bert('), il n’y a pas dans le sang de gaz carbonique libre et ce corps est combiné aux alcalis; si les alcalis sont saturés et si le gaz libre apparaît à l'état de simple dissolution, la mort survient rapidement. Sous forme de combinaisons l'acide carbonique est également très répandu; une grande partie de l'écorce terrestre est constituée par différents carbonates métalliques; en particulier, le carbonate de calcium se trouve en quantité énorme dans les divers terrains où comme partie essentielle de tissus animaux {syslème osseux, coquilles des mollusques et des crustacés, corail, etc.).