PHASES PRINCIPALES DE L'EXISTENCE
Le père de Philéas avait neuf enfants, six garçons et trois filles; six sont encore vivants : quatre garcons et deux filles. 11 était mécanicien; ce métier, de tradition dans la famille, est exercé encore aujourd’hui par un de ses fils et deux de ses petits-fils.
Philéas, le troisième des garcons, est né à Saint-Roch de Québec, le 10 août 1848. Il reçut la première éducation dans sa famille, puis il fré-
quenta l’école d’un instituteur d’une grande réputation. Après sa première communion, il entra à l'école des Frères de ‘coles chrétiennes, où il continua ses études jusqu’à l’âge de quatorze .ns.
Alors il commentca son apprentissage comme typographe dans les ateliers d'imprimerie du Journal de Québec. Il y passa cinq années, après lesquelles, devenu compagnon, il se rendait, au mois de mai 1867, dans la ville de Rimouski, située sur le côté sud du fleuve Seint-Laurent, à soixante lieues en aval de Québec. Un nouveau journal, {& Voix du golfe,
venait d’y être fondé, et sur la promesse d’un salaire plus élevé, il avait loué ses services comme typographe aux promoteurs de l’entreprise.
Ce journal ne vécut que peu de temps et, de retour à Québec au mois de février suivant, Philéas entra à l'imprimerie du journal /e Canadien. Quatre ans plus tard, entrainé pur des amis, il engageait la plus grande partie de ses épargnes dans la fondation d’un journal, l’EÉcho de Lévis. Ce fut pendant cette année qu’il contracta mariage aux Écureuils, et, après la noce qui avait eu lieu chez le curé de la paroisse, Philéas amena sa femme à Lévis, où s'écoulérent les premières années de leur mariage.
La fortune ne leur fut pas favorable; l'Écho de Lévis cessa de paraitre, faute de ressources, et Philéas dut revenir à Québec après avoir perdu l'argent qu’il avait engagé dans cetie affaire. Il fut quelques semaines sans emploi, puis il entra en 1878 aux ateliers du journal l'Evénement, où il travaille encore aujourd’hui.
in 1834, le père de Philéas mourut. Sa veuve continua à tenir maison avec un garçon et ses deux filles qui étaient institutrices. En 188x, celles-ci, fatiguées de l'enseignement, allérent avec leur mère demeurer chez Philéas qui leur donna le logement et la nourriture pendant dixhuit mois, sans exiger aucune rétribution. Après ce repos, les deux filles reprirent leur classe et se mirent en pension; mais la mére resta chez son fils jusqu’à sa mort, arrivée le 18 février 1901.
Le mariage de Mathilda et d'Anna, filles de Philéas, ne les a pas beaucoup éloignées de la maison paternelle; elles demeurent toutes deux dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, Anna à un petit quart d'heure, Mathilda à quelques pas du logis des parents.
Les deux garçons s'occupent de faire des épargnes, qui puissent leur permettre de prendre femme et de s'établir d'une manière convenable.
MOŒURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE
Grâce à l'économie et aux habitudes de vie chrétienne qu’on trouve dans la famille, on peut assurer qu’elle vit dans l'aisance et jouit d’un borheur aussi complet que le permettent les conditions 4e la vie humaine sur la terre. Satisfaits de leur sort, heureux de ce bonheur que donnent l’accomplissement du devoir et le témoignage d’une bonne cons-
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. si
cience, tous ses membres ne demandent qu'à continuer leur course ici-bas dans les mêmes sentiers.
Les quelques épargnes qu'ils ont pu faire, et qu'ils feront désormais plus facilement, les mettent à l'abri de la misère, si la maladie venait à les frapper. Les sociétés de secours mutuels leur assurent d’ailleurs un certain revenu même pendant la maladie.
Le mobilier est assuré contre le feu pour une somme de 2,000! 00.
Les assurances sur la vie constituent encore une garantie pour l’avenir. Le père de famille a une assurance de 2,500°00 à une compagnie d'assurance, plus 400! 00 payables par l'Union typographique.
Le fils aîné a 5,000! 00 assurés à l'Alliance nationale; le fils cadet de même, et de plus 5,000! 00 également à une compagnie d'assurance, système dotation à vingt ans.
Les ouvriers ne pouvant d'ordinaire disposer à la fois d’une forte
somme, ne s’assurent guère en dehors des sociétés de secours mutuels. Celles ci, en effet, n'exigent qu'une faible cotisation mensuelle de cinq à huit francs que l’ouvrier paie assez facilement. Il n'en est pas ainsi lorsqu'il faut payer une prime de deux cent cinquante francs. Aussi le cas du fils cadet ayant une assurance, système dotation, payable dans vingt ans, est-il assez rare, Le père de famille laissant à ses enfants le produit de leur travail, le fils cadet peut sans difliculté supporter la charge d’une police d'assurance de ce genre, Ce placement de fonds est avantageux, il force les jeunes gens à économiser, il leur assure à un moment déterminé un capital qui peut les aider à commencer un établissement industriel ou commercial.
Cependant, cette organisation spéciale qui permet aux enfants de se constituer des économies propres est peut-être de nature à assurer moins fermement l'avenir des parents. En effet, il arrive assez rarement, dans les familles ouvrières, que le père puisse économiser lorsque retombe sur lui seul tout le fardeau de la dépense familiale, et ce n'est que grâce aux gains des enfants que les parents peuvent un peu plus tard se constituer une réserve pour leur vieillesse. Quoi qu'il en soit, cette habitude existe maintenant, et si elle a ses inconvénients, elle n'est pas tout à fait sans avantages. Les jeunes gens, excités par l'intérêt personnel, travaillent
avec plus d’ardeur, et arrivent, non sans une légitime fierté, à se suf-
fire à eux-mêmes et à s'établir sans avoir besoin de recourir à la bourse paternelle. D'ailleurs, si les parents devenus vieux n’ont pas de revenus suffisants pour subsister par eux-mêmes, les enfants les recoivent volontiers à leur foyer.