SUR LA RELIGION ET LES MOEURS DE LA POPULATION DE QUÉBEC
Les habitants de Québec sont fidé jours de dimanche et de fête d'obli foule pieuse et recueillie, Tous le dustrie sont fermés. Les pharm
les à leurs devoirs religieux. Les gation, les églises se remplissent d’une 8 établissements de comr.erce et d'inacies seules ouvrent leurs portes aux clients obligés, d’une heure à trois heures des boissons alcooliques est prohibée ces jours-là, et les tramways ne circulent que l'après-midi, afin de permettre aux employé offices religieux du matin.
Les sacrements dePénitence et d'Eucharistie sont très souvent fréquentés. Les jours de Ja Toussaint et de la C:
de l'après-midi. La vente
s d'assister aux
ommémoration des morts, le jour de Noël, la population presque entière s'approche de la table sainte, Le nombre de ceux qui n'accomplissent pas leur devoir pascal est peu considérable, et cette abstention a Pour cause, non pas tant l'indifférence religieuse que certaines di
duite qui font remettre à plus tard l'ac
le plus souvent, fficultés de con.
complissement de ce devoir. Dans
, ou l'autre, et per- 'être muni des secours de la religion. C'est dire qu'ici on ignore ce que peut être un enterrement civil.
PR ARRET PE Lu
La populr‘ion est très friande de prédications, elle aime à écouter la parole de Di u. Le prêtre est aimé et respecté, et il jouit d’une influence considérable. Cette influence est moindre cependant dans les villes que dans les campagnes ; toutefois, même à la ville, le prêtre est l'homme de confiance et de bon conseil.
Le Canadien français doit beaucoup à son clergé. Lorsque le Canada fut cédé à l'Angleterre, les nobles retournérer ‘en Fru 1ce, le clergé resta à son poste, protecteur du peuple, son éducateur, son avocat, son juge. « Vivant au milieu d’une population profondément religieuse, il exerçait naturellement une haute autorité morale; il acquit bientôt une très grande influence politique et sociale. Le peuple sentait que ses évêques et ses prêtres étaient ses guides naturels et ses chefs les plus sûrs; il leur confiait volontiers la direction de ses affaires individuelles et la sauvegarde de son existence nationale. » (Bourassa : Les Canadiens français et l'empire britannique.) Les Français restés au pays, épuisés par la guerre, se serrèrent autour de leurs pasteurs. Sans écoles, sans secours de la part d'un gouvernement qu’ils croyaient hostile, n'osant s'adresser aux tribunaux dont les juges étaient anglais, c'est du prêtre qu'ils rece- ‘est devant le prêtre qu'ils st lui qui conserva en leur cœur l'amour de la France et l'attachement à la foi et à la langue des ancêtres, c’est lui
vaient l'instruction religieuse et profane,
portaient leurs différends, €
qui, avec un esprit de sacrifice, un zèle et un dévouement qu’on ne saurait trop admirer, fondu tous les établissements scolaires, les écoles primaires, les collèges classiques et l'Université Laval elle-même, que le séminaire de Québec a établie et qu'il soutient de ses deniers depuis cinquante ans.
L'influence du clergé apparaît surtout à l'époque des élections politiques. Les deux partis qui se disputent la victoire connaissent si bien l'autorité dont il jouit qu'ils cherchent à profiter de son influence. Chacun s'efforce de se procurer des adhérents dans le clergé et vilipende les prêtres qui se montrentfavorables au parti opposé ; de là bien souvent des luttes acrimonieuses, des déclamations contre ce qu'on appelle l'influence indue. Le clergé est généralement assez prudent, et si quelques prêtres vont quelquefois trop loin, c'est qu'ils sont entrainés par des politiciens qui veulent à tout prix le triomphe de leur parti; ces politiciens sont d’ailleurs les premiers à condamner chez leurs adversaires la conduite qu’ils tiennent eux-mêmes.
L'influence du clergé est apparue d’une manière particulière à propos d’un différend ouvrier survenu à la fin de 1900 dans la ville de Québec : on
08 N° 404, — couposrreur TYPOGRAPHE DE QUÉBEC,
trouvera dans une note particulière (ÿ 21) l'histoire de ce différend terminé par l'arbitrage de Sa Grandeur Mgr L.N. Hégin, archevêque de Québec.
Les habitudes religieuses ne présentent pas de caractére spécial, Chacun s'adonne surtout aux grandes pratiques, ot à la réception des sacrements, | fêtes nationales, fêtes ouvritres, par la sainte messe,
Dans les habitations on trouve dans toutes les cham sacrées et plus particulièrement les images du Sacré Vierge, de saint Joseph et de sainte Aune, Les Canadiens ont une très grande dévotion envers celle que l'on appelle la « bonne sainte Anne ». Un sanctuaire dédié à cette sainte dès les commencements de la colonie, et situé à vingt kilomètres de Québec, est un endroit de pèlerinage très fréquenté. On y vient de toutes les parties du Canada et des États-Unis. A Québec, en général, chaque personne fait annuellement son pélerinage à Sainte-Anne de Beaupré,
Dans un grand nombre de familles, une console, des statues devant lesquelles une lampe res; de petit autel; c'est là qu'on se réunit peur ju
Les cérémonies du Mariage,
à la prière en commun a religion est de toutes les fêtes :
fêtes de famille commencent toujours
bres des images -Cœur, de la sainte
portant une imageet ‘onstamment allumée, sert litre du soir.
du baptême et des funérailles donnent toujours lieu à des réunions de famille. Les noces étaient autrefois l'oc-
casion de grandes agapes, suivies de danses, auxquelles étaient conviés tous les parents et amis, au nombre quelquef.
ois de plusieurs centaines, C'est encore ce qui se fait
assez souvent dans les campagnes. Aujourd’hui, à la ville, après un déjeuner auquel n'assist les époux partent pour le voyage de noces. ( tune ou les occupations empêchent de faire du moins en petit, les anciennes coutumes,
ent que les proches, ‘eux cependant que la forun voyage, suivent encore, Au repas qui suit la cérémonie religieuse, on invite le curé ou le prêtre qui a bénit les mariés, Le baptême des enfants est une occasion de de l’église, le Parrain et la marraine assistent Par les parents, I] est d'usage que le Marraine et à la mère de l'enfant.
Lors des décès, surtout des adultes, les veiller les restes funèbres de la personne décédée, La nuit ge passe dans la chambre où repose le corps du défunt, ou dans une chambre avoisinante : à des intervalles plus où moins rapprochés, ou d'autres prières, A minuit, la table est mise Le Canadien a le culte des morts,
réjouissances. Au retour au souper de gala offert Parrain offre un petit cadeau à la
Parents et les amis viennent on récite le chapelet
et un goûter est servi.
il aime à prendre soin des tombeaux
qu'il couvre de fleurs, il visite souvent les cimetières et il fait dire des messes pour le repos des bonnes âmes. Le 2 novembre, jour de la Commémoration des morts, est peut-être le jour de l’année où le plus grand nombre de personnes s'approchent des sacrements de Pénitence et d'Eu-
charistie.
Des fêtes de l'année, l'une des plus solennelles est celle de la Fôte- Dieu, avec la procession du très saint Sacrement. On apporte un'soin tout particulier à orner les rues où la procession doit passer : des ares de triomphe sont élevés en maints endroits sur le parcours, des arbres apportés de la forêt voisine sont fixés au bord des trottoirs, et des milliers de pavillons sont suspendus dans les airs. Les protestants euxmêmes tiennent à décorer les abords de leur maison. La procession renferme dans ses rangs des personnes de toutes les classes de la 50ciété : des juges, des médecins, des avocats, des ouvriers de tout métier, le clergé, des hommes, des femmes et des enfants. Le jour de la procession est la date fixée pour étrenner les toilettes.
Les œuvres de charité sont complétement laissées à l'initiative privée ; elles sont confiées aux congrégations religieuses, qui y pourvoient grâce à des ressources personnelles provenant de propriétés acquises au commencement de la colonie, auxquelles elles ajoutent les contributions volontaires qu'elles recoivent.
La charité privée est très développée, et l'on donne volontiers pour les œuvres de miséricorde et les œuvres religieuses, On ne connaît pas ici les misères de la pauvreté ‘ui sont si communes dans les grandes villes européennes. La Société Saint-Vincent de Paul compte à Québec de nombreuses conférences dont les membres dévoués savent découvrir les misères et y porter secours,
Dans le diocèse de Québec et dans toute la province, le clergé de la campagne cst rétribué au moyen des dimes. Le curé recoit le vingtsixième minot des céréales récoltées dans sa paroisse. La loi civile conéales. Si elle ne
sacre le droit du curé à la perception de la dime des cé constitue pas un revenu suflisant, l’évêque demande aux paroissiens d’y ajouter un supplément de patates ou de foin. En ville, les citoyens n'ont aucune contribution directe à payer au clergé. Le curé et les vicaires sont payés par la Fabrique, dont les revenus proviennent du casuel et de lu location des bancs.
La moralité de la ville de Québec est relativement bonne; le meurtre et le suicide sont choses excess:: ement rares, et les citoyens généralement fidèles à leurs devoirs religieux le sont aussi aux obligations
qu'imposent la famille et la cité. Les vertus domestiques et civiles sont donc pratiquées d'ordinaire avec fidélité, et les habitants de Québec ont une réputation de probité qui leur fait honneur, Cela ne veut pas dire qu'ils soient suns défauts. L'humanité est encoré jci l'humanité, les Passions jouent leur rûle et remportent leurs victoires; mais le théâtre est petit, elles ne se meuvent pas très à l'aise et les habitudes religieuses de la population rendent la victoire plus dificile,
Les principaux défauts sont l'ivrognerie, le luxe et la jalousie, défauts d'ailleurs communs aux Canadiens francais, L'ivrognerie empêche bien souvent l'ouvrier de profiter des facilités «le vivre qu'offre la ville de Québec, elle le prive de cette indépendance, de cette aisance relative que possèdent la plupart des ouvriers sobres et honnètes, L'iv compte encore des victimes malheureuses parmi les avocats, 1 tionnaires publics et les politiciens ; elle est la cause de bien des carrières brisées, de bien des espérances déçues, de ruines nombreuses,
Le luxe se rencontre surtout chez les jeunes filles employées dans les manufactures : elles aiment les toilettes brillantes et dépensent souvent la plus grande partie de leur salaire à l'achat de vêtements dont Je prix est peu en rapport avec leur bourse et leur condition,
La jalousie est une cause de division et constitue d'ordinaire Ja raison de cette absence d'unité que l'on constate trop souvent e diens français, et qui nuit au progrès de la nationalité, cilement quelqu'un qui réussit, et on est naturellemen “onner de malhonnêteté et de concussion,
Le Canadien est hospitalier et recoit la
roynerie es fonc-
ntre les Cana- On supporte diffit porté à le soupsurtout si c'est un homme public.
rgement visiteurs, parents, amis.
Il n'y a pas ici ce que l'on appelle en France des différences de classes. Nous sommes tous fils de la plé
be, et les hommes qui occupent aujourd’hui les hautes positions
dans le clergé, la magistrature, la politique, l'administration et le commerce sont tous sortis des entraill
La noblesse est le fruit du talent et du travail. On peut voir dans une
réunion de famille cette égalité et cette fraternité qui existent entre toutes les classes. Dans la même famille,
es du peuple.
en effet, on trouve des prêtres, des juges, des députés, des cultivateurs, des ouvriers de tout métier, Ces derniers sont aussi bien vêtus que les h maison,
ommes de profession, et leur sans présenter rien de très riche, est meublée d'ume manière
bourgeoise. Il est facile de concevoir que les luttes de classe ne peuvent se produire que difficilement, Aussi les relations entre patrons et ouvriers sont-elles généralement bonnes et très sympathiques.
Philéas est dans le même établissement
d'imprimerie depuis vingt-
ELEMENTS DIVERS DE LA CONSTITUTION SOGIALE, tot
six ans. Pendant cette période, les ouvriers présentérent à leur patron, en deux circonstances, des adresses de félicitations accompagnées de cadeaux, Le patron, à l'occasion du jour de l'an, ouvrit, à deux reprises, ses salons à ses ouvriers, leur offrit chez lui un diner somptueux auquel assistaient des ministres du cabinet provincial et plusieurs journalistes, L'an dernier, le propriétaire de l'établissement fut forcé, par la mauvaise fortune, de céder la place à un autre, Les ouvriers se réunirent pour lui présenter à cette occusion leurs sympathies les plus vives, ainsi que leurs remerciements, et lui atlirmérent qu'ils garderaient longtemps le souvenir «les bonnes relations qui avaient toujours existé entre eux
Ces bonnes relations, quoi qu'il en soit, semblent cependant aujourd'hui menacées, En effet, la fondation des sociétés ouvrières à amené les ouvriers à faire bande à part, à se séparer des patrons pour la plupart sortis de leurs rangs. Des personnes étrangires, intéressées à en-
rôler les travailleurs canadiens sous la banniére du tra ail organisé, leur ont fait croire que certains de leurs droits étaient méconnus, qu'ils devaient les défendre, et que le meilleur moyen de défense, c'était l'union internationale des ouvriers. On est donc arrivé à croire que la question ouvrière, qui n'existait pas ici il y a quelques années, et qui n'avait pas raison d'exister, devait être mise à l'ordre du jour. L'internationalisme fit ses victimes, et les ouvriers furent appelés à contribuer de leurs deniers au soutien des grèves des États-Unis L'internationalisme doit être considéré comme l'ennemi, non seulement de l'industrie nationale qu'il livre à |’
ranger, Mais aussi de l'ouvrier lui-même, Il tend en effet à tout unifier : sans considérer que les conditions de la vie varient avec les différentes villes où travaille l'ouvrier, il propose à tous, du moins dans le même métier, les mêmes beures de travail et le même salaire.
st ainsi que l'ouvrier de Québec voudrait avoir le salaire de l'ouvrier de Montréal, bien que le coût de la vie soit moindre de beaucoup à Québec, L'industrie de la chaussure avait prospéré ici grâce précisément au bas prix de la maind'œuvre. La concurrence avec Montréal et les villes de l'ouest n'était possible qu'à cette condition. Aujourd'hui, les manufactures se trouvent dans une impasse diflicile, et de l'opinion de plusieurs, cette industrie semble menacée.
Heureusement, grâce à l'initiative et à l'autorité de Mgr L.-
N. Bégin, archevêque de Québec, les sociétés ouvrières ont secoué le joug de l'étranger et, mieux inspirées désormais, elles pourront assurer l'existence et le progrès de l’industrie qui les fait vivre,
La ville de Québec a une population mixte, anglaise et française, protestante et catholique. Les Anglais, bien que peu nombreux, jouissent d’une influence assez considérable, grâce à leur union et à leur esprit essentiellement pratique. Les Canadiens francais donnent à la minorité anglaise à Québec et dans la province bien plus que ne reçoit la minorité française dans les autres provinces. Sans aimer l'Anglais, le Canadien français, loyal envers la couronne britannique, heureux et fier des institutions libres dont il jouit, accorde à ses concitoyens anglais la plénitude de leurs droits. Bien plus, ami de la liberté pour lui et pour les autres, généreux et non égoiste, il leur donne plus qu'ils n'ont droit d'obtenir. Le protestant anglais jouit dans Québec de la plus entière tolérance, et les relations entre catholiques et protestants sont empreintes de respect pour la libert‘ ‘e chacun.
Le Canadien français n’est généralement pas économe, et s’il arrive qu’il fasse fortune, les biens amassés ne restent pas longtemps dans les mêmes mains. Les fortunes durent à peine trois générations. Les enfants dissipent bien vite l'héritage. La première cause en est dans la mollesse avec laquelle sont élevés les enfants au sein de la famille. Les parents ne savent pas leur inculquer l'énergie de caractère qui fait envisager la vie non comme un lieu de jouissances et de plaisirs, mais comme un champ de bataille où l’on a des combats à livrer, surtout contre soimême et ses passions. Bien peu ont appris à se vaincre, et alors chacun ne vit que pour soi, dans le présent, et oublie l'avenir, I] faut plusieurs générations pour asseoir une fortune sur des bases solides, il faut des traditions de famille, dont les enfants héritent avec les biens qu'on leur laisse, La noblesse du sang avait sous ce rapport des avantages que notre démocratie n’offre pas. Aussi, rien de plus pénible que de voir le plus souvent les fils des meilleures familles dépenser leur jeunesse sans profiter des facilités qu'ils ont de s'instruire. Comptant sur la fortune de leurs parents, ils ne cherchent nullement à être quelque chose par euxmêmes, et ils n’entrent bientôt dans la vie que pour en devenir les victimes. Ils sont là pour justifier les paroles de La Bruyère : « Rien ne fait mieux comprendre le peu de chose que Dieu croit donner aux
hommes en leur abandonnant les richesses... que le genre d'hommes qui en sont le mieux pourvus ».
Il y a peut-être plus d'épargne toutefois chez l’ouvrier que chez les hommes de professions libérales. Ces derniers vivent largement et s'occupent de garantir l'avenir de leur famille au moyen d'assurances sur la vie. Mais ce n’est pas toujours un moyen sûr : il peut arriver, en effet, et
ilarrive souvent que les revenus ne suivent pas la progression des dépenses ; il devient alors impossible de payer les primes d'assurances, il faut emprunter sur les assurances mêmes, et avec la mort du chef de famille survient la pauvreté ou du moins la déchéance,
Les ouvriers ont des sociétés de secours mutuels qui leur paient une petite indemnité pendant la maladie et une assurance à la mort. La Société des artisans canadiens-français est une des plus prospéres, elle compte actuellement au delà de 16,000 membres, et possède un fonds de réserve de 1,250,000 francs. Elle paie à ses membres 25 francs par semaine pendant vingt semaines, chaque année, en cas de maladie, et 5,000 francs à la mort, Les Forestiers catholiques, l'Alliance nationale, les Unions Saint-Joseph offrent des avantages similaires. Les cotisations mensuelles sont de 5 à 10 francs selon l'age du sociétaire au moment de son admission dans la société.
Le Canadien français aime son pays, sa maison et sa famille; cepéndant cet amour s’allie très facilement avec le goût des voyages, et l’émigration ne l’effraie nullement. I1 y a autant de Canadiens francais aux États-Unis qu'au Canada. L'amour de l'argent et du bien-être qu'il procure amène trop fréquemment les gens des campagnes dans les villes, et si dans une ville on ne trouve pas ce qu’on avait désiré, on émigre vers une autre. La population de Québec a peu augmenté dans les trois dernières décades, l’émigration en est la cause. Certaines indus tries ont disparu, et les ouvriers qu’elles occupaient sont allés ailleurs ; le siège du parlement fédéral a été transféré, en 1867, de Québec à Ottawa, et la plupart de ceux qui étaient employés dans l'administration ont émigré vers la nouvelle capitale. Montréal compte au delà de 50,000 Québecquois, et la population française d'Ottawa est en graude partie originaire de Québec.
Le Canadien est un peu routinier. Si dans l'agriculture il met à profit les nombreuses machines qui facilitent son travail, ses méthodes de culture sont encore peu perfectionnées. Dans l’industrie cependant, il sait suivre le progrès avec une prudence qui le met à l'abri des inventions téméraires, mais peut-être rend plus rares les grands succès financiers,
Au point de vue politique, ilest absolument satisfait des libertés dont il jouit, et il ne désire aucun changement, M. Henri Bourassa, député au Parlement fédéral, a exprimé dans des pages pleines de vérité \1) les
sentiments des Canadiens francais sur cette question. Nous lui emprun-
(1) Les Canadiens français et l'Empire britannique.
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tons quelques citations bien Propres à faire connaître la mentalité canadienne.
« Les Canadiens francais vivent aujourd'hui dans une heureuse quiétude. Ils sont contents de leur sort. Ils ne demandent qu’à rester libres et paisibles. Ils éprouvent un désir modeste d'agrandir leur situation individuelle et nationale ; mais ils sont peut-être trop portés par instinct à compter sur la Providence et sur le développement des forces sociales qui les entourent, plutôt que sur les résultats de leurs propres efforts...
« Ils sont désireux de vivre en bons termes avec les Anglo-Canadiens et de contribuer avec eux à la prospérité du Canada. droits de la minorité anglaise
Anglais ont toujours représenté, au
Parlement et dans les corps municipaux, des groupes francais et catholiques, il est Presque inouï qu'une majorité anglaise ait nommé un Canadien français à une fonction publique quelconque. J'ajouterai que si Canadien français n'éprouve aucune sympathie pour le peuple anglais
dans son ensemble, — et c’est le résultat normal de son histoire et des événements politiques qui ont menacé sa nationalité, — il entretient volontiers des relations cordiales avec son voisin. Il est même étrange de constater qu’il fait meilleur ménage avec l'Anglais et l'Écossais, tous deux protestants, qu’avec l’Irlandais catholique, »
Notre tempérament national ne nous porte pas à désirer de changement radical dans l'organisation politique du Canada.
« Les changements de régime que le Canada Pourrait subir sont l'indépendancé, l’annexion aux États-Unis, l'impérialisme anglais, la réunion à la France, Il est indéniable que les deux derniers projets sont ceux que nous combattrions davantage.
« L'indépendance est à nos Yeux le couronnement naturel de nos destinées. Mais aussi longtemps que l'Angleterre ne tentera Pas de resserrer les liens qui nous unissent à ga puissance, nous ne ferons aucun effort Pour les rompre, Nous Comprenons que l’œuvre du temps nous favorise chaque jour davantage en nous apportant de la population et des capitaux : plus nous tarderons à prendre notre voie, plus elle sera sûre...
« Il existe entre les Français d'Europe et ceux du Canada des divergences politiques plus profondes encore que celles qui séparent la Grande-Bretagne et les États-Unis. Une série d'évolutions constitutionnelles a dirigé les deux nationalités françaises dans des voies différentes. C’est bien de l'Angleterre que la France a emprunté la forme extérieure de son gouvernement ; mais elle y a introduit un esprit essentiellenrènt bureaucralique et centralisateur. Par atavisme, les Français du Canada ont accueilli avec enthousiasme le principe des institutions britanniques, auxquelles leurs ancêtres normands, conquérants de l'Angleterre, avaient ajouté plusieurs traits distinctifs. Mais à l'encontre des Francais d'Europe, nous avons accentué l'esprit décentralisateur de ce régime, et rendu les pouvoirs publics plus directement responsables au peuple.
« L'amour que nous portons à notre patrie d’origine vient à la fois du cœur et de l'esprit. 11 s'adresse plutôt à l’âme nationale de la France et aux productions de son génie qu’à la personne des Français euxmêmes.
« Notre hérédité française restera donc absolument inoffensive, pourvu que la majorité anglaise fasse preuve à cet égard de beaucoup de jugement, de sens commun et de justice. Nous voulons parler notre langue dans les cercles intimes et dans les affaires publiques, ct l’enseigner à nos enfants, conserver nos traditions, manifester nos aspirations nationales, et même exprimer librement l'amour platonique que la France nous inspire; mais nous ne pouvons éprouver pour l'Angleterre les sentiments qui naissent de l’aflinité du sang, et nous refusons d'accepter de nouvelles entraves que nulle loi ni aucune obligation morale ne nous imposent. Nos compatriotes anglais sauront, je n'en doute pas, respecter ces désirs et ces tendances légitimes ; et ils n’auront alors rien à crairidre de la double fidélité qui nous est propre : fidélité intellectuelle et morale à la France, fidélité politique à l'Angleterre; car toutes deux sont entièrement subordonnées à notre patriotisme exclusivement canadien, »