‹ Compte de la construction du château royal d'Amboise, 1495-1496Chapitre 2 sur 15 · O COMPTE DE LA CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

O COMPTE DE LA CONSTRUCTION

ce qui fait, pour environ 64 journées par trimestre, 20 livres tournois (1). Pierre Bryant ne paraît que dans les comptes des trois premiers trimestres; du reste, pendant le quatrième, on ne trouve plus que cinq charpentiers occupés au château. Durant le premier trimestre, il a à côté de lui Robin Rousseau, charpentier, « ayant également la charge et conduite », mais ce dernier n'est payé que 5 sous par jour, puis 4 sous 2 deniers (2).

Les trois maîtres-maçons dont il vient d'être parlé ne sont pas inconnus. Le premier, Colin Byart ou Biard, serait né à Amboise en 1460; M. J. de Croy a résumé sa biographie depuis 1499 (3); le document publié ici nous le montre, quatre ans auparavant, dirigeant les travaux du château d'Amboise. On le trouve successivement chargé, en 1499, de « conduire le commencement des pons de Nostre-Dame de Paris » (4), appelé ensuite au château du Verger par le maréchal de Gié, qui l'avait connu à Amboise dont il était capitaine, puis mandé plusieurs fois à Gaillon par le cardinal Georges d'Amboise. D'octobre 1508 jusqu'à l'été de 1513, il dirige les travaux de la tour de la cathédrale de Bourges et

2 deniers le cent. Sur les gages et salaires des maîtres- maçons, cf. Marins Vachon : La Renaissance française, p. 39-40.

(1) Le chiffre le plus élevé est 73 journées, faites par Colin Byart pendant le trimestre de janvier-mars 1496, n. st. (22 1. 16 s. 13 d.) et le plus bas 56 journées, faites par Louis Amangeart pendant le trimestre de juillet-septembre 1496 (17 1. 10 s.).

(2) Robin Rousseau continue à travailler, moyennant ce dernier prix, pendant le second trimestre, mais il n'est plus indiqué comme ayant la charge et conduite des travaux.

(3) Maîtres-maçons iies châteaux de Chamhord et d'Amboise, p. 10 à 15. — Cf. aussi Deville : Comptes des dépenses de la construction du château de Gaillon, Paris, 1850, in-4»; collection des Documents inédits, p. cv-cvni, et M. Vachon : La Renaissance française, p. 169 et suiv.

(4) Cf. Le Roux de Lincy : Recherches sur la chute et la reconstruction du pont Notre-Dame à Paris, dans la Bibl. de l'École des Chartes, [. VII (2« série, t. II), 1845-1846, p. 38-39.

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reçoit 10 sous par jour. A la fin de 1515, il est de nouveau à Amboise, et est qualifié maître-maçon « ayant la charge et conduytte du fait de la maçonnerie » des édifices et bâtiments du château et des environs (1) ; comme en 1495-1496, on le paye 6 sous 3 deniers par jour. Aucun document n'indique ce qu'il devint après cette date.

Pour Guillaume Senault, il est employé à Gaillon dès 1502 ; il y recevait pour son travail manuel et son regard sur les ouvriers 7 sous 6 deniers, c'est-à-dire 1 sou 3 deniers de plus qu'à Amboise. En septembre 1506, il est appelé de Gaillon à Rouen pour donner son avis sur les cintres de la tour de Beurre de la cathédrale, et le registre capitulaire le qualifie maître-maçon des œuvres du cardinal d'Amboise à Gaillon. On le mande à Bourges, en 1508, pour donner son opinion sur la tour de la cathédrale, et le cardinal d'Amboise l'emploie également aux travaux de son palais archiépiscopal (2).

Quant à Louis Amangeart, il entreprenait, en 1503, la maçonnerie de la voûte et du portail à édifier sous la chapelle Saint-Simon d'Amboise (3). En 1511, il est associé avec l'italien Jérôme Pacherot pour faire exécuter le nivellement de la rivière de la Cisse (4). 11 travaille de nouveau au château d'Amboise à la fin de 1515, mais il n'a plus la conduite des travaux; il paraît placé sous la direction de Colin Byart et reçoit seulement 5 sous par jour (5).

(1) J. de Croy : Mailres-maçons, etc., p. 33.

(2) Deville, op. cit., p. xciii-xciv ; J, de Croy : Maîtres-maçons, etc., p. 12.

(3) Giraudet : Artistes tourangeaux, Tours, 1885, in-8» ; t. XXXIII des Mémoires de la Soc. archéol. de Touraine, p. 4, d'après C. Chevalier : Inventaire des archives d'Amboise. Cf. L. Bossebœuf : Amboise. p. 115.

(4) J. de Croy : Maîtres-maçons, etc., p. 15, d'après C. Chevalier, op. cit. Cf. L. Bossebœuf, op. cit., p. 335.

(5) J. de Croy: Maîtres-maçons, etc., p. 15 et 33. C'est lui qui est payé le plus cher après Colin Byart.

La présence de ces trois maîtres-maçons ayant ensemble « la charge et conduicte » de la maçonnerie, et d'un maîtrecharpentier ayant celle de la charpenterie, tous les quatre payés la même somme, ne permet guère de reconnaître en aucun d'eux un véritable architecte. Ce sont plutôt d'habiles conducteurs des travaux, d'intelligents chefs de chantiers, capables de diriger les ouvriers qui travaillent sous eux et de mettre à exécution les plans qui leur ont été donnés. Il faut noter que l'un des maçons employés à Amboise, Pierre Bridonneau, recevait le même prix qu'eux, 6 sous 3 deniers par jour. Il y a lieu toutefois de signaler qu'un texte des Comptes de Gaillon nous montre, en 1503, Guillaume Senault allant à Rouen « porter les pourtraitz » ; Deville (1) traduit ce dernier mot par les plans, mais peutêtre le mot épures serait-il une traduction plus exacte ? Du reste, Senault, devenu maître-maçon des œuvres du cardinal, eut, semble-t-il, à Gaillon un rôle plus important qu'à Amboise. Seul il est, en effet, payé 7 sous 6 deniers.

Le véritable architecte d'Amboise, quel qu'il soit, ne paraît pas dans le compte ; il faut donc en conclure, semble-t-il, qu'il n'a pas surveillé les travaux de l'année 1495-1496; son rôle se borna probablement à donner les plans, la surveillance étant exercée d'une part par Raymond de Dezest et d'autre part par les maîtres-maçons et le maître-charpentier dont il vient d'être question.

Plus de 170 maçons travaillèrent pendant cette année, sous Byart, Senault et Amangeart; plusieurs d'entre eux ne furent employés que pendant un, deux ou trois trimestres. A l'exception de Pierre Bridonneau, ils sont payés entre 4 sous 2 deniers et 2 sous par jour ; beaucoup reçoivent une augmentation pour les deux trimestres d'été.

Parmi tous ces noms, il y a lieu de citer: Jehan Foucquet, payé 3 sous 9 deniers et 4 sous 2 deniers ; il devint, à Gail-

(1) Op. cit., p. xciii.

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Ion, le second de Guillaume Senault et recevait 6 sous 3 deniers (1).

Rolland Leroux, qui travailla également à Gaillon, ainsi qu'au Palais de Justice et à la cathédrale de Rouen, particulièrement au tombeau de Georges d'Amboise (2).

Jehan Gaudras (3), Jehan Bonne€ (4), Pierre Viart (5) et Estienne Thyruel ou Tiruel (6) qu'on retrouve aussi à Gaillon.

Martin et Jehan Byart, probablement parents de Colin.

Jehan, Martin et Bastien Françoys ; les deux derniers sont bien connus par leurs travaux à Tours (la tour nord de la cathédrale, la fontaine de Beaune, et pour Bastien, le cloître de Saint-Martin, etc.) (7).

Jacques, Jean et Philippoin Sourdeau ; le premier fut maître-maçon des châteaux de Blois et de Ghambord (8).

Baudouin Gobereau, qui, en 1499, est appelé à donner son avis pour la reconstruction du pont Notre-Dame à Paris (9). Un Jean Gobereau, dont une fille épousa Jacques Sourdeau et fut mère de Denis, travaille à Ghambord vers 1527-1530 (10).

(1) Deville, op. cit., p. xciv, 81, 107-116, 319.

(2) Ibid., p. cxiii-cxiv et 313.

(3) Ibid., p. xcv et 236 à 247.

(4) Ibid., p. 107.

(5) Ibid., p. 111. — Cf. aussi M. Vachon, op. cit., p. 185.

(6) Ibid., p. 107 et 110. Il y est appelé Estienne Tirel.

(7) Ch. de Grandmaison : Documents inédits sur les arts en Touraine, Tours, 1870, in-8''; t. XX des Mémoires de la Soc. arcbéol. de Touraine, et Giraudet, op. cit.

(8) J. de Croy : Nouveaux documents, etc., p. 64-65, 73-74, 193, 202, 217-218; Maîtres- maçons, etc., p. 20.

(9) Le Roux de Lincy : Recherches sur la chute et la reconstruction du pont Notre-Dame, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. VII (2« série, t. II), 1845-1846, p. 42.

(10) J. de Croy : Nouveaux documents, etc., p. 73.

Pierre Trinqueau, probablement Pierre Nepveu, dit Trinqueau, qui fut également maître de l'œuvre de maçonnerie du château de Chambord (1). Il faut remarquer que trois

lerre Tnnqueau paraissent simultanément dans le compte 1 un comme maçon, les deux autres comme manœuvres '

1 lerre Gadier, qui devint maître des œuvres de l'église de 1 ours et dirigea la construction du château de Madrid près Pans (2). '

Catien Fordebraz, qu'un document de 1501 qualifie « maistre-maçon de Icdimce et bastiment du chaslel d'Amboise >>, mais qui, malgré ce litre, ne reçoit encore, comme en 1496 que 4 sous 2 deniers par jour (3). Son nom et ceux deChastignier, Tatineau, Dupont, Tulasne, etc., se trouvent sur un rôle des maçons ayant travaillé à Amboise d'avril a juin 1499 (4). Jehan Chastignier et Pierre Tatineau sont du reste encore employés au château d'Apiboise en 1502 (5) ainsi que Gillet Dupont, Marcillian SainbSilt et André Deschamps on 1515 (6). Jehan Chastignier répare, en 1506, autel de la croix du Bout-des-Ponts, à Amboise (7). En 1508, Pierre Martin, qualifié maître-maçon, restaure les ponls d Amboise et la tour de l'horloge ; il est payé 4 sous - deniers par jour et paraît le chef de râtelier (8). En 1517 on rencontre, à Blois, un maître-maçon nommé Jehan Pelle-

etc?p!'2t 2^18.''^"'""" ''"""""'"• '""' ''■ '''''''■' •'^«''— ro...

(3) .1. de Croy: Nouveaux documents, etc., p 191 nf n 1« 17- I u a^ r ru T ^'""^ '• ^^^«"'•''«-'"«Po/.s, etc., p. 8.

.1 f ■ r7 '' '""'"'"''■'' ^'^ "-^-^» d'Ambolse. p. 314, et L. Bos-

sebœuf:^,„fto^se, p. 180, notel.

(5) J. de Croy : Nouveaux documents, etc., p. 13. „ote 3. W J. de Croy: Maîtres-maçons, etc., p. 34 (7) Gallard: Amboise et son canton, arts et belles-lettres, p. 59. W Ciallard, op. cit., p. 26.

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tier(l),et, en 1527, à Chanibord, un André Deschamps (2).

Après les maçons, le compte mentionne les manœuvres, dont le chiffre varie, selon les trimestres, entre 70 et 90. Ils sont payes de 12 deniers à 3 sous 11 deniers, mais le prix le plus courant est 2 sous 6 deniers pour les trimestres d'hiver et 3 sous pour ceux d'été. Quelques maçons, — parmi lesquels Bastien Françoys, probablement fort jeune, — n'étaient payés que 2 sous.

Au nombre des tailleurs de pierre travaillant à la tâche, il faut signaler le maître-maçon Guillaume Senault, qui, pendant le troisième trimestre, taille en tâche 57 ogives de pierre à 3 sous la pièce.

Le chapitre consacré aux peintres et aux imagiers présente un intérêt particulier. Trois d'entre les peintres, tous les trois déjà connus, reçoivent 7 sous 0 deniers par jour, c'est-à-dire 1 sou 3 deniers de plus que les maçons et le charpentier ayant la conduite des travaux. Ce sont Antoine Bryant, qualifié maître-peintre; Balthazar Furet et Jehan Fauvert (3). Les autres peintres payés à la journée sont au nombre de 11 et tous, semble-t-il, sont inconnus, sauf Louis Delaunay, qui reçoit 5 sous par jour (4) ; il faut citer parmi eux Jehan Bryant, probablement parent d'Antoine,

(1) L. Bossebœuf : Documents sur les arts en Blésois, dans Réunion des Sociétés des beaux-arts des départements, 1909, p. 45-46.

(2) J. de Croy : Maîtres-maçons, etc., p. 15, d'après L. .larry : Le château de Cbambord, 1888, p. 53.

(3) Sur Antoine Bryant ou Briaut, cf. Giraudet, op. cit., p. 49; Bossebœuf: Amboise, p. 73, 300, 301, 396, 498. — Sur Balthazar Furet, cf. Ch. de Grandmaison : Documents inédits, etc., p. 49-50. B. Furet est qualifié maître-peintre au troisième trimestre du compte. — Sur Jehan Fauvert, appelé parfois Jehan Favart ou Fanart, cf. Deville, op. cit., p. cxxxv et 343; Ch. de Grandmaison, ibid., p. 47-48; Giraudet, op. cit., p. 157-160; L. Bossebœuf: Amboise, p. 305 et 501; L. Bossebœuf: Entrée solennelle de la reine Éléonore d'Autriche à Amboise en 1530, dans Réunion des Sociétés des beaux-arts des départements, 1910, p. 65-66.

(4) Ch. de Grandmaison, op. cit., p. 50, 52, 53, 62 et 63.

qui est payé 7 sous 6 deniers, comme les trois premiers D autres peintres sont à la tâche: Henri Plomyon maître-pemtre, et son serviteur, qui reçoivent 17 livres 10 sous pour avoir « besoigné à faire paintures et autres chosses de leur mestier aux galleries du danjon >>, du 1- octobre au 12 novembre 1495.

Prothais de Porteville, payé 18 livres pour des peintures dans une chambre et garde-robe du grand corps de maison nouvellement fait (1).

Marie Coudreau et Delphine, sa fille, « paintreresses >> qui reçoivent 22 livres tournois pour avoir « paint et estophe d or, d'azur et autres couleurs «, 1.760 filatières aux chambres et galeries dudit grand corps de maison, à la galerie de la montée à cheval et aux galeries du donjon, au prix de 3 deniers pièce.

^ Trois sculpteurs, tous les trois inconnus à Giraudet et à M. Lamy, paraissent dans ce compte. Le premier est Pierre Minard, qualifié maître-imagier et payé la somme considérable de 10 livres tournois par mois pour faire des images en pierre, tant à la chapelle qu'ailleurs, suivant le marché passe avec lui, « comme appert par les roolles précédans >, Il a sous sa direction Casin du Trect, dont le nom doit probablement se lire Casin d'Utrecht et indique vraisemblablement le lieu d'origine ; Casin travaille avec Minart et est paye 7 livres par mois. Le troisième sculpteur, Cornille de Nesve ou de Neuf, reçoit, pendant le premier trimestre. 10 livres, pour avoir taillé en i)ierre « ung petit ymaige de Dieu tenant en sa main ung monde et faisant la bénédiction de l'autre «, mis sur la porte de la chapelle du

(1) Prothais de Porteville était peintre et vitrier; on le voit également

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lui Ch. de Grandmaison : Documents inédits, p. 43, d'après de Laborde : nenausance des arts à la cour de France, t. I. p. 278; Giraudet: Artistes ^ouran,,au., p. 336; L. Bossebœuf: AmBoise, p. 305; Gallard : An.Bois,

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donjon, et 70 sous pour avoir achevé « ung ymayge de sainct Thomas en pierre », placé dans la même chapelle. Au second trimestre, il fait douze marmousets à la charpenterie du grand corps de maison, à 6 sous pièce, et au troisième trimestre, il est payé 6 sous par jour, pour faire des filatières de bois.

Il faut rapprocher des sculpteurs les menuisiers Jehan Doré (1), Robinet Jolys et Jehan de Launay, qui, comme Cornille de Nesve, font des marmousets, des filatières, etc. Jean de Launay taille également en bois « les cornes d'une des grans bestes faictes en pierre, apellées rangiers, estans contre le mur de la gallerie à monter à cheval, lesquelles ont cinq piez et demy de long » (2).

Un sculpteur célèbre paraît également dans notre document, c'est Guido Mazzoni, dit Paganino, auteur du mausolée de Charles VIII, mais il ne reçoit aucun paiement; le compte porte seulement qu'on fait les planchers au logis de « Mess** Pagueny, ytallien, faiseur d'imaiges ». Peut-être cependant a-t-il, ainsi que d'autres italiens, travaillé à Amboise durant cette année ; nous savons en effet que les artistes et ouvriers italiens ramenés par Charles VIII étaient payés sur un État spécial (3).

(1) Cf. Bossebœuf : Amboise, p. 180, 303 et 305.

(2) Sur une ramure de cerf de dimensions extraordinaires qui était conservée dans la collégiale d'Amboise au XVII'-- siècle, cf. L. Bossebœuf : Amboise, p. 102-103.

(3) Sur Mazzoni, cf. notamment A. de Montaiglon : Du séjour de Guido Paganino en France, dans les Archives de l'art français. Documents, t. I, p. 125 et suiv.; voir aussi ibid.. p. 108 et 117; L. Bossebœuf: Amboise, p. 332-338 et passim; P. Vitry : Michel Colombe et la sculpture française de son temps, Paris, 1901, gr. in-8», p. 116-188 et passim. — Comme nous le disons ci-dessus, de ce que, parmi les parties prenantes du compte, on ne rencontre ni Paganino, ni quelque autre artiste italien, on se hâterait peut-être trop en concluant qu'aucun italien n'a travaillé à Amboise pendant l'année 1495-1496. L'État des gages des ouvriers italiens employés par Charles VJII, en 1498, publié par A. de Montaiglon, loc. cit., p. 94 et

Le dernier chapitre du compte est celui des Dépenses communes; on y trouve cités les tapissiers Geoffroy Duval peut-être l'ancêtre de la famille tourangelle des tapissiers de ce nom, Jean Le Feuvre, tapissier ordinaire du Roi et Jean de Guistelle, tapissier à Blois ; ces deux derniers sont connus et se rencontrent également dans le Compotus particularis pagamenti ornamentorum et aliorum ustensilium castn Amhasie in anno ik93 (1).

Ce même chapitre fait mention d'un curieux usage professionnel: Colin Byart, Guillaume Senault et Louis Amangeart, maîtres-maçons, reçoivent 10 livres 10 sous tournois pour la dépense faite le jour de l'Ascension, tant par eux que parles maçons, charpentiers, couvreurs, menuisiers et autres ouvriers travaillant ordinairement au château, pour le Mouton de l'Ascension, « disans lesdits ouvriers que c'est leur droit... et qu'ilz ont acoustumé ainsi le faire chascun an es hostelliers, où ilz besoignent ».

Il faut mentionner également 58 sous 4 deniers, payés a Messire Lucas Vigesne, italien, pour les journées 'd'ouvriers employés à construire un fourneau près le port d'Amboise, afin de faire couver et éclore des poulets sans poule pour le plaisir de Sa Majesté, et 53 sous 4 deniers pour 1.300 œufs bons à faire couver, à 4 sous 2 deniers

suiv.. suppose, comme l'a remarqué l'éditeur, p. 95, des états antérieurs, sans cependant qu'on puisse faire remonter avant 1495. année de l'expédition de Naples. l'époque à laquelle Charles VIII a pris ces ouvriers à son service p. 99. notée. Le compte analysé ici ne porte pas en dépenses les gages de 1 un des italiens mentionné dans l'État de 1498, Luc Vigesne ou Becjeame, et pourtant il nous apprend qu'il était installé à Amboise. On peut donc admettre l'existence pour 1496 d'un État analogue à celui que nous connaissons pour 1498. car. outre les dépenses qui lui sont remboursées ici (cf. ci-dessous, art. 292). Luc Vigesne a dû toucher ses gages en 1496; or. il n'y en a pas trace dans le compte. Il est donc possible que Paganino ait travaillé à Amboise en 1496.

(1) Ch de Grandmaison, dans le Bulletin de la Soc. arcbéol. Je Touraine,U I, p. 263 et suiv.

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le 100 (1). Ce Lucas Vigesne doit être certainement identifié avec le personnage que YÉtat des gages des ouvriers italiens employés par Charles VIII (lk98) appelle Messire Luc Becjeame et qualifie tantôt « jollier et inventeur subtil à faire couver et naistre poulletz », tantôt « chevalier, deviseur de bastimens et inventeur à faire couver et naistre pouletz » ; dans cet état, il est porté pour la somme considérable de 20 ducats de carlins par mois, qui valent 375 livres tournois par an (2).

Enfin, un certain Rolland de Coqueville ou, plus exactement, Rolland Baudoin, dit de Coqueville, natif de Normandie, sorte d'ingénieur hydraulicien, reçoit 15 livres tournois sur ce qui peut lui être dû. 11 avait promis de construire un engin destiné à faire monter l'eau du puits nouvellement fait, par des tuyaux en bois d'aune, dans des auges placées au-dessus de la gueule du puits, pour de là

aller aux cuisines. Bien qu'il eût travaillé longtemps, il ne

réussit pas dans son entreprise (3).

Quelques articles du compte sont relatifs à la venue du

roi Charles VIII à Amboise, au mois de février 1496, n. st. ;

on fait réparer le pont sur la Cisse (art. 205), on envoie

chercher hâtivement à Tours des serrures communes (art.

268), on achète des raquettes pour le jeu de paume (art.

288) et, surtout, on presse l'exécution des travaux : achat de

chandelles pour que les maçons, menuisiers et autres

(1) Cf. ci-dessous, Extraits du compte, n" 292, 301 et 302. — Ce fait n'est pas inconnu, il a été signalé plusieurs fois, d'après le docteur Bruneau, nis. de la bibliothèque de Tours, n» 1320^0 76. — Sur les couveuses artificielles, cf. C. Brethon : Notice... sur Mon/r/c/iard, Montrichard, 1883, p. 43, qui rapporte un essai fait dans celte ville sous François l^^; l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, année 1904; la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. LXVI, 1905, p. 99-100; etc.

(2) A. de Montaiglon, dans les Archives de l'art français. Documents, t. I, p. 111 et 121.

(3) Cf. ci-dessous. Extraits du compte, n" 194, 212, 217, 218, 248 et surtout n»' 293 et 294.

ouvriers puissent travailler la nuit (art. 255) ; achat de bois pour faire dégeler les pierres et permettre aux maçons de travailler en hiver (art. 289) ; construction d'un appentis au Petit-Fort, près la tour qu'on construit à présent, pour servir à faire besogner les maçons quand il fait mauvais temps (art. 247).

Les dépenses du compte s'élèvent à la somme de 31.278 livres tournois en chiffres ronds, la recette étant de 43.943 livres, le comptable reste devoir 12.665 livres qui, s'ajoutant au reliquat du compte précédent, le constituent débiteur de plus de 30.600 livres.

Outre les renseignements, dont nous venons de signaler les plus importants, sur les ouvriers ayant travaillé à Amboise en 1495-1496, ce compte nous fixe également sur les constructions du château achevées ou commencées en cette année. Beaucoup d'articles, malheureusement, ne renferment aucune indication sur l'emplacement des travaux exécutés, mais quelques-uns, trop rares, nous donnent de précieuses informations.

A ce point de vue, le chapitre consacré aux couvreurs est particulièrement utile ; il nous fait en effet connaître les bâtiments achevés pendant cette année. D'octobre à décembre 1495, il leur est payé 600 livres pour avoir couvert un grand corps de maison que le roi fait à présent bâtir, nommé sa Maison des Cuisines, ainsi que les galeries jointes audit corps de maison et les pavillons et vis de montée d'icelui; et, de janvier à mars 1496, n. st., ils reçoivent 100 livres pour avoir couvert « une gallerie ou montée pour monter à cheval du pié de l'ommeau estant devant l'église Sainct Florentin dudit lieu ou grant corps de maison nouvellement fait audit chastel, avecques le pavillon estant au

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bout de ladite montée », ainsi qu'une galerie « estant au bout dudit corps de maison du costé devers le donjon dudit chastel » (art. 209). Bien que ces textes ne soient peut-être pas aussi précis qu'on le désirerait, il semble impossible de ne pas reconnaître dans les constructions dont il est parlé, la tour Hurtault, encore existante, avec sa « gallerie ou montée pour monter à cheval » (1) et les bâtiments, aujourd'hui détruits, qui s'étendaient entre cette tour, la chapelle Saint-Biaise et l'extrémité ouest du château où se trouvait l'ancien donjon (2). Ces constructions étaient entièrement achevées à la fin du mois de mars et même, probablement, dès février, lors de la venue du roi, car les couvreurs ne travaillent plus pendant le troisième trimestre du compte et ne font que des réparations durant le quatrième (3) .

De même, les planchers du grand corps de maison appelé les Cuisines sont faits presque entièrement au cours des deux premiers trimestres (art. 249). C'est également dans ces bâtiments que doivent principalement travailler les charpentiers, car ils sont beaucoup moins employés pendant le troisième et surtout le quatrième trimestre que durant les deux premiers (art. 200 à 207) (4).

(1) En février et mars 1501, des maçons firent cependant encore à la tour Hurtault quelques travaux, du reste peu importants. J. de Croy: Nouveaux documents, etc., p. 188.

(2) Cf. le plan et les vues d'Androuet du Cerceau (1579), dans le t. II des Plus excellents bastiments de France, et la petite reproduction annotée du plan qu'a donnée Et. Cartier dans ses Essais historiques sur la ville d'Amboise et son château, Poitiers, 1842.

(3) Au second trimestre, on met des girouettes à la petite tour du Rousselet (art. 214).

(4) Voir aussi pour les vitres, art. 270 et 271 ; pour les peintures, art. 219, 233, 234 et 235. Divers articles mentionnent des ferrures mises à plusieurs croisées du grand corps de maison (art. 266 et 267), et des serrures mises aux portes (art. 269).

La chapelle du château, connue sous le nom de chapelle Saint-Biaise (1), était également achevée (2), car on achète des ornements pour « la chappelle neufve du chastel » (art. 299 et 301 ; cf. aussi art. 213) (3), on fait des franges pour la custode (art. 239), enfin Pierre Minart et Casin du Trec sculptent des « ymaiges en pierre » destinées à cet édifice (art. 236 et 237).

Faut-il reconnaître cette même chapelle dans celle désignée sous le nom de chapelle du donjon, pour laquelle Cornille de Nesve sculpte un Dieu de majesté et achève un saint Thomas (art. 238; cf. aussi art. 298)? Cela paraît douteux, bien que le donjon fût assez voisin de la chapelle Saint- Biaise; mais les documents semblent indiquer qu'il s'agit de deux chapelles distinctes et ce qu'on appelle la chapelle du donjon était peut-être une ancienne chapelle située dans le donjon même (4).

Les maçons et les manœuvres ne devaient plus avoir à travailler aux édifices dont il vient d'être question. Sauf ce qui va être dit pour la tour des Minimes, rien n'indique

(1) On l'appelle aussi quelquefois, mais à tort, chapelle Saint-Hubert.

(2) Est-ce elle dont, dès 1474, Etienne Le Loup, seigneur du Clos, surveillait la construction? Cf. Bibl. nat., fr. 20685, f" 611; Robert Gaguin : Epistolœ et orationes, édit. Thuasnc, Paris, 1904, t. I, p. 305.

(3) Cf. également Ch. de Grandmaison : Compotus particularis pagamenti ornamentoruin... castri Ambasie in cinno Îi93, dans le Bulletin de la Soc. archéol. de Touraine, t. l, particulièrement p. 282 et 301, mais dans ce texte rien n'indique s'il s'agit de la chapelle neuve ou d'une ancienne chapelle.

(4) Il est également question dans le compte de la chapelle du roi (art. 240), peut-être la chapelle Saint-Biaise, ainsi que de l'oratoire du roi en la vis de la chapelle du château (art. 271), peut-être la chapelle souterraine dont on attribue la construction à Louis XL Dans des lettres patentes, datées du h' octobre 1493 et publiées par Ch. de Grandmaison, loc. cit., p. 253-255, Charles VIII dit qu'il avait récemment « fait encommencer de reparer, reddifier et de nouvel bastir noz chapelles estans en nostre chastel d'Amboise » ; il y avait donc plusieurs chapelles dans le château.

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dans le compte où ils étaient occupés. Ils sont, semble-t-il, trop nombreux pour avoir tous été employés à la construction de la tour des Minimes et probablement commençaient-ils à élever le corps de logis situé au nord sur la Loire et la salle des gardes.

En 1495-1496, une grosse tour, qui doit être celle qu'on appelle la tour des Minimes, venait d'être commencée du côté du Petit-Fort (1). D'octobre à décembre 1495, on pose des sommiers de fer à la porte du pont-levis de cette tour (art. 256) et, durant les mois de janvier, février et mars 1496, n. st., on achète deux grandes portes de fer pour mettre à l'entrée de cette même tour (art. 257) ; dans ce même temps, on y construit un appentis, pour permettre aux maçons d'y besogner malgré la pluie et le froid (art. 247). En effet, les travaux marchent assez vite, car, au troisième trimestre du compte (avril-juin), on taille des pierres pour les voûtes « de la grosse tour nouvellement encommencee » (art. 190) et des enduiseurs sont employés à joindre et «bauchir » les voûtes, travail qui se continue pendant le quatrième trimestre (art. 250). Jean de Bayne, canonnier ordinaire du roi, fournit, d'avril à juin 1496, cinq grands treillis de fer, assis « à la grosse tour que on fait de présent ou Petit- Fort « (art. 258), et au cours du trimestre suivant, la construction est assez avancée pour qu'il puisse fournir et mettre en place six autres treillis de fer à six grandes fenêtres, «pour donner veue à la montée de ladite tour ). (art. 259). Ces documents nous permettent d'affirmer qu'à cette date les deux premières révolutions de la tour des Minimes étaient achevées. Après 1496, et surtout après la mort de Charles VIII, les travaux durent se ralentir, car une très intéressante pièce, découverte par M. J. de Croy, nous apprend que .lean Thoreau, marchand perrier à Tours,

(l)Sur remplacement du Petit-Fort, cf. L. Bossebœuf : Amboise, p. 389-392. La rue des Minimes s'appelle aujourd'hui rue de la Concorde.

fit à Amboise, pendant les mois d'octobre à décembre 1502, une importante livraison de pierres de Saint- Aignan, parmi lesquelles huit pierres « servant de clefs pour fermer les voultes de la grosse tour du chastel, de deux pies en carré et de haulteur de deux pies et demy », et 61 corbeaux de pierre, dont 20 de 4 à 5 pieds et 41 de 3 pieds, « pour servir à faire le machicoly » de la même tour (1).

En résumé, le compte analysé ici apporte une importante contribution à l'histoire de l'art à la fin du XV" siècle; il nous fournit des renseignements précieux et nouveaux sur les maçons, peintres, sculpteurs, etc., ayant travaillé au château d'Amboise en l'année 1495-1496; il montre la grande influence que ce chantier, peut-être le plus considérable de la fin du XV* siècle, eut sur toutes les constructions élevées au début du XVP, comme en témoignent les nombreux maçons dont nous avons signalé les noms et qu'on retrouve plus tard à Gaillon, Rouen, Blois, Chambord, Tours, Bourges, etc., où ils eurent souvent un rôle important (2) ; cette influence se fit sentir tout particulièrement à Gaillon, comme il résulte de la présence, parmi les constructeurs du château de Georges d'Amboise, des maîtres-maçons Guillaume Senault, Colin Byart et Jehan Foucquet. MM. L. Bossebœuf (3) et Paul Vitry (4) ont reconnu dans les

(1) Nouveaux documents, etc., p. 190, pièce justificative n» m; cf. p. 13 et 14.

(2) Outre ceux signalés ci-dessus, d'autres maçons, dont les noms se rencontrent dans ce compte, doivent également avoir travaillé dans les divers chantiers du commencement du XVI« siècle et les recherches des érudits viendront certainement compléter les renseignements donnés plus haut.

(3) Amboise, p. 161, pour la décoration intérieure seulement; au contraire, le linteau de la façade serait une œuvre de l'école de Michel Colombe (p. 160).

(4) Michel Colombe, p. 241-242, 245-246 et 255. — M. P. Vitry voit une influence flamande dans le linteau de la façade, tout en croyant plutôt à

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sculptures de la chapelle Saint-Biaise une influence flamande; les noms des sculpteurs Casin du Trect (ou plutôt d'Utrecht) et CorniUe de Nesve apportent une confirmation à leurs conclusions. Enfin, nous venons de voir que ce compte tranche plusieurs questions plus ou moins discutées, qui concernent la date des diverses constructions du château d'Amboise.

une main tourangelle. Il y a certainement dans ce charmant bas-relief aa moins une influence flamande; les textes apportés ici permettra.ent peutêtre dy voir une main flamande ayant subi linfluence de 1 école des bords de la Loire.

Pour l'année 1495 (1" octobre) -1496 (30 septembre)

Manuscrit en parchemin sons aïs de bois couverts en veau. 28k feuillets de 0"'305 de hauteur sur 0"'305 de largeur. Les ais de bois ont 0"" 330 de hauteur sur 0'^3i0 de largeur. (Archives du château de Coulaine, commune de Beaumont-en-Véron, Indre-et-Loire.)

1. (1) << Copie du vidimus des lettres patentes du Roy nostre sire données à Amboise le xi^" jour d'aoust l'an mil cccc nii'"' et seize... par lesquelles... icellui seigneur a donné et tauxé et ordonné à Raymond de Dezest (2), son conseiller et trésorier de France, en faveur des peines et xaDeurs qu'il a cy devant eues et prend chascun jour pour le fait et conduicte des grans [et] sumptueulx édiffices et bastimens que fait et a intencion faire icellui seigneur en son chastel d' Amboise, la somme de vingt livres tournois par moys, qui reviennent à ikxl 1. t. par an, oultre et par dessus autres xx 1. t. par moys dont par cy devant lui avoit fait don pour semblable cause... » Suit la copie desdites lettres, où il est dit que R. de Dezest a reçu du Roi « la totalle charge et conduicte » desdits bâtiments (fol. 2).

(1) Pour faciliter les renvois, on a numéroté les articles.

(2) En marge, une note manuscrite du XVIII« siècle apprend que ce personnage était inhumé aux Cordeliers d'Amboise, où se voyait son épitaphe sur une plaque de cuivre.

2. — « Compte iiii* de Alixandre Blandin, receveur ordinaire d'Amboise et commis par le Roy nostre sire à tenir le compte et faire les paiemens des repparacions, édiffîces et bastimens du chastel dud. lieu d'Amboise, de la receple et dépense faicte par led. commis à cause de sad. commission pour ung an entier » du !*'■ oct. 1495 au 30 sept. 1496 (fol. 5).

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