‹ Compte-rendu de la première session de la Conférence du livre tenue à AnversChapitre 11 sur 21 · TENUE A ANVERS LE 7, 8 ET 9 AOUT · texte numérisé non relu

TENUE A ANVERS LE 7, 8 ET 9 AOUT

Vandenpeerenroom, J., ministre dos chemins de fer, postes et télégraphes, bibliophile. de Wael, Léopold, bourgmestre de la ville d'Anvers. Van den Nest, Arth., échevin de la ville d'Anvers.

Adriaensen, Jan, inspecteur cantonnai de l'enseignement primaire, Anvers.

Aerts, Léon, compositeur de musique, Anvers.

Archivio Storico Gentilizio (Société), Milan.

Arnold, Th. J. J., bibliothécaire-adjoint à la bibliothèque de l'Université de Gand.

Assche, Aug. van, architecte, Gand.

Assche, P. van, littérateur, Anvers.

Aulit, Auguste, homme de lettres, Anvers.

Baer, Simon Léopold, libraire, Francfort s/M.

Baillencourt, Rodolphe de, dit Courcol, notaire, trésorier de la Société des Antiquaires de

la Morinie, S 1 Omer (Pas-de-Calais, France). Beerts, Frans, libraire, Anvers.

Belin, Henri, secrétaire du conseil du Cercle de la Librairie, Paris. Belinfante, Aug., éditeur, La Haye.

Belinfante, J. E., libraire, La Haye.

Bellemans, Louis, bibliophile, Anvers.

Berghe, R. van den, bibliothécaire-adjoint à l'Université de Gand. Bergmans, Paul, secrétaire-adjoint de la Commission de la Biographie Nationale, Gand. Blogkhuys, Jos., commis de 1" classe à la Bibliothèque de la ville d'Anvers. Blomme, Arthur, membre effectif de l'Académie d'Archéologie de Belgique, Termonde. Boele van Hensbroeck, libraire, La Haye.

Bogiiout, Jan Frans van, littérateur, Anvers. Bondam, A. C, archiviste de l'état, Bois-Ie-Duc.

Borgeaud, Georges, fabricant d'articles spéciaux pour bibliothèques, Paris. Borght, A. van der, fondeur de caractères, Bruxelles. Bosiers, Ernest, avocat, Anvers.

Bosiers, H., avocat, Anvers.

Bouchery, Jan, libraire, Anvers.

Bruylant-Ciiristophe, Em., éditeur, Bruxelles. Buschmann, Paul, imprimeur, Anvers.

Buschmann, Gustaye, commis de l re classe à la Bibliothèque de la ville d'Anvers. Busse, conseiller supérieur du gouvernement, directeur de l'Imprimerie Impériale, Berlin. Buysse, Cyriel, littérateur, Ncvele.

XX INTRODUCTION

Caroly, Georges, avocat, Anvers.

Cattreux, Louis, homme de lettres, Bruxelles.

Cercle Belge de la Librairie, de l'Imprimerie et des professions qui s'y rattachent, Bruxelles.

Cercle de la Librairie, Paris.

Chatrousse, Just., secrétaire-gérant du Cercle de la Librairie, Paris.

Christophersen, consul général de Suède et Norwège, Anvers.

Claessens, Paul, relieur, Bruxelles.

Claeys, F., libraire-éditeur, Bruges.

Claeys, Gust., libraire-éditeur, Bruges.

Clare Hudson, Rév. J., M. A., bibliophile, Horncastle.

Cogels, Paul, bibliophile, président de l'Académie d'Archéologie de Belgique, Anvers.

Collard, secrétaire des Arts et Métiers, Paris.

Cornette, Arthur, professeur à l'École Normale, Anvers.

Cruyssen, A. C. Van der, inspecteur de l'enseignement primaire, Malines.

Csontosi, J., bibliothécaire du Musée National, Buda-Peslh.

Gupérus, N. J., membre du Conseil Communal, Anvers.

Cuyck, Frans Van, professeur à l'École Normale de la ville d'Anvers.

Dauby, directeur du Moniteur, délégué du Département de la Justice, Bruxelles.

Daugnon, Comte J. J. de, vice-président du collège international et directeur de l'Archivio

Storico Gentilizio, Milan.

Derièvre, Eugène, bibliothécaire en chef de la ville de Lille. Derom, Emanuel, littérateur, Anvers.

Derom, Georges, instituteur, Anvers.

Derom, Will., littérateur, Anvers.

De Braey, Cil, bibliophile, Anvers.

De Geyter, Julius, littérateur, Anvers.

De Goey, Roger, professeur ù l'Athénée royal et à l'École de Navigation de l'État, Ostende. De Goey, Madame Roger, Ostende.

De Jager, A., de la firme : Héritiers B. Van Der Kamp, imprimeurs et éditeurs, Groningue. Delreke, Auguste, avocat, Anvers.

Delvigne, Chanoine, bibliophile, Bruxelles.

De Mont, Pol, professeur à l'Athénée royal, Anvers.

De Petersens, D r Karl, bibliothécaire de l'Université rovale de Lund, Suède. De Roever, N., archiviste, Amsterdam.

De Schrevel, Chanoine, directeur du Séminaire épiscopal, à Bruges. De Seyn-Veriiougstraete, H. Z. S., éditeur, Roulers. Deslandes, V., directeur de l'imprimerie nationale, Lisbonne.

Destrêe, J., conservateur adjoint du musée royal d'antiquités et d'armures, Bruxelles. Destrée, Jules, avocat, Marcinelle.

De Vinck-de-Winnezeele, Baron, bibliophile, Anvers.

De Vries, R. W. P., secrétaire de la société royale d'Archéologie, Amsterdam. Dozy, Cii. M., archiviste, Leidcn.

Droogenrroeck, J. A. van, littérateur, délégué du ministre de l'Intérieur, Bruxelles. Dumercy, Charles, avocat, bibliophile, Anvers.

Durieu, D r W. N., directeur de la bibliothèque de l'Université de Leiden. Engelrerts, Jan Emilius, directeur de ventes publiques, Rotterdam. Fahius, A. V. J., archiviste, Naarden.

INTRODUCTION XXI

Felu, artiste peintre, Anvers.

Forst, 0., libraire, Anvers.

Génard, P., archiviste de la ville d'Anvers.

Giesen, Jos., avocat, Anvers.

Gittens, Frans, membre du Conseil Communal, Anvers.

Goemaere, Arthur, rédacteur en chef du Précurseur, ancien président de l'Association de la

presse Belge, Anvers.

Gomes, Manoël, libraire, Lisbonne.

Goovaerts, Alphonse, chef de section aux Archives générales du royaume, Bruxelles. Granges de Surgères, Marquis de, membre de la société des Bibliophiles contemporains de

Paris, Nantes.

Grosjean-Maupin, libraire-éditeur, Nancy.

Grosset, J., bibliothécaire de la ville de Lyon. Gruël, Léon, relieur, Paris.

Haarst, Joh. Wil. Geo. Van, bibliothécaire de l'Université de Groningue. Haegïien, Ferd. Van der, bibliothécaire de l'Université de Gand. Haeghen, Victor Van der, archiviste de la ville de Gand. Harlez, le Chevalier Charles de, professeur de l'Université de Louvain. Havermans, Xavier, imprimeur-éditeur, Bruxelles. Heteren, J. H. Van, secrétaire et délégué de la « Vereeniging ter bevordcring van de

belangen des Boekhandels, » Amsterdam.

Hoste, Ad., imprimeur-éditeur, Gand.

Huf van Buren, J., littérateur, Tiel.

Huybrechts, R., négociant en papiers, Anvers.

Huyghe, J., administrateur du journal Ilet Nieuws van den dag, Bruxelles. Hymans, Henri, conservateur du Cabinet des Estampes à la Bibliothèque royale, Bruxelles. Jenkinson, Francis, bibliothécaire de l'Université de Cambridge. Jorissenne, D r , bibliophile, Liège.

Kalff, Martin, rédacteur de VAlgemeen Handelsblad, Amsterdam. Keymeulen, Louis van, professeur à l'Académie royale des Beaux-Arts, Anvers. Knoetig, B., directeur de VArt de V Imprimerie, Bruxelles. Kuyck, Fr., Van, artiste peintre, président de la section des arts plastiques du Cercle

Artistique, Anvers.

La Bree, de la firme A. W. Sythoiï, éditeur, Leiden. Laroche, P. H., imprimeur, Arras.

Leclercq, Emile, délégué du ministre de l'Intérieur, Bruxelles. Lee, Hauritz Van, chef de division au ministère de l'Intérieur, Bruxelles. Lefèyre, de la firme Desclée-Lefèvre, Tournai.

Lewis, Bev. S. S., conservateur de la bibliothèque de Corpus Christi Collège, Cambridge. Lopes, Joaquim Mauricio, consul de Portugal, Anvers. Lundstedt, Bern., conservateur de la Bibliothèque royale, Stockholm. Maes, Jos., éditeur-photographe, président de l'Association belge de Photographie, Anvers. Magnuski, Marcel, directeur de l'Ecole Estienne, Paris. Manceaux, Hector, imprimeur-éditeur, Mons.

Mancel, Emile, commissaire-général de la marine en retraite, bibliophile, Dunkerque. Marsy, Comte de, directeur de la Société Française d'Archéologie, Compiègne.

XXII INTRODUCTION

Masson, G., ancien président du Cercle de la Librairie, membre de la Chambre de Commerce, Paris.

Masson, Louis, contrôleur des mines, Béthunc.

Menten, J. van, rédacteur du Handelsblad, Anvers.

Merzbacii, Henry, ancien éditeur, président de la classe de la Librairie et de F Imprime rie belge à l'exposition de Paris, 1889, Bruxelles.

Michiels, F., imprimeur en taille douce, Anvers.

Mous, E. W., archiviste-adjoint, Rotterdam.

Moortgat, A., professeur à l'Athénée royal, Anvers.

Moreau, de la firme Hollicr-Larousse & C°, imprimeurs-éditeurs, Paris.

Morel, Henri, secrétaire général du bureau de l'Union internationale pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, Berne.

Morse Stepiiens, H., bibliothécaire, Leeds.

Môssly, J., relieur, Anvers.

Mulder, Herman, étudiant, Anvers.

Mulder, Jan-Joris, étudiant, Anvers.

Nahon, G. L., libraire, Anvers.

Olthoff, Frans, bibliophile, Anvers.

Pantens, sténographe, Bruxelles.

Pavord-Smits, F. S. Van de, littérateur et éditeur, Leiden.

Peeters, Cdarles, éditeur-libraire, Louvain.

Pichot, E., imprimeur, Paris.

Plon, Eugène, ancien président du Cercle de la Librairie, Paris.

Poyntz Stewart, bibliophile, Angleterre.

Robbers, J. G., éditeur, Amsterdam.

Roberts, W., éditeur rédacteur du Bookworm, Londres.

Roelandt-van Eyck, libraire-éditeur, Turnhout.

Rooses, Max, conservateur du Musée Plantin-Moretus, Anvers.

Rosseels, Emm., administrateur du Musée Plantin-Moretus, Anvers.

Rueff, Max, libraire, Anvers.

Ruelens, Charles, conservateur à la Bibliothèque royale, Bruxelles.

Ruelens, Georges, avocat, Bruxelles.

Ruelens, Paul, avocat, Alexandrie, Egypte.

Schoeffer, président de la Société royale d'Archéologie, Amsterdam.

Schreck, Eug. J. E., bibliothécaire de l'Académie de la Nouvelle Église, Philadelphie.

Seghers, Jul., artiste dessinateur, Anvers.

Speybrouck, Aug., van, chanoine, archéologue, Bruges.

Steenwege, F. van, professeur à l'Athénée royal, Anvers.

Stein, Henri, employé aux Archives nationales, Paris.

Sterck, Jan F. M., libraire, Amsterdam.

Straelen, L. van, homme de lettres, Anvers.

Straten Ponthoz, Comte François van der, président de la Société royale d'Archéologie de Bruxelles.

Susan, C. H. L., éditeur, La Haye.

Talbot Baines Reed, fondeur de caractères, Londres.

Tambour, Arth., avocat, Bruxelles.

Templier, Armand, président du Cercle de la Librairie, Paris.

INTRODUCTION

Ten Brise, D r Jan, professeur a l'Université de Leîden.

Thelnissens, L., secrétaire des Bibliophiles anvcrsois, Anvers.

Thiexe, F. C. D., vice-président et délégué de la « Vereeniging ter bevordering van de

belangen des Boekhandels, » Amsterdam. Tideman, I., conservateur des manuscrits à lu Bibliothèque royale de La Haye. Trrz, Louis, illustrateur, délégué de la Société d'Archéologie de Bruxelles. T'Sjoen, E. H., professeur, Bruxelles.

Valle, V., professeur a l'Institut supérieur de Commerce, Anvers. Veld, Ern. van de, directeur de la librairie V" Ferdinand Larder, Bruxelles. Verkbylbn, Gust., littérateur, Bruxelles.

Vollen, Edmond, avocat, Louvain.

Voort, G. van der, relieur, Anvers.

Vorsteruan Van Oyen, A. A-, généalogiste, La Haye. Vlvlsteke, Jules, libraire, Gand.

Warendorf J r , S. éditeur, Amsterdam.

Waowermans, Général H., président de la Société de Géographie, Anvers. Wavwerhans, P., avocat, Bruxelles.

Welcii, Charles, bibliothécaire de la Corporation de la Cité de Londres (Guildhall), Londres. Welsii, Charles, éditeur, associé de la maison Grilfilh, Harran, Okeden, Welsh, Londres. Wezelaar, M. B., bibliophile, Anvers.

Woucters-Van Eyck, Hamilcar-Glst.-Alpb:., libraire, Anvers. Wouwbrmaks, Armand, bibliophile, Anvers.

Yates, James, conservateur de la Bibliothèque publique de Withkirk View Haltor, près de

Leeds.

Zech-Dubiez, G., imprimeur-libraire, Braine-le-Comte. Zèle, van, avocat, Bruxelles.

Zcylen, Albert van, avocat, Anvers.

SÉANCE INAUGURALE

essieurs les membres de la Conférence du Livre se réunissent, le Jeudi 7 Août 1890, à 9 heures du matin, dans la Grande Salle du Cercle artistique, littéraire et scientifique d'Anvers.

Prennent place au bureau : MM. Ch. Ruelcns, Merzbach, Cogels, vice-présidents ; Max Rooses, secrétaire général ; Ch. Dumercy, secrétaire du Comité d'organisation.

M. Ch. Ruelens, préside la séance,

M. le Président. — Je déclare ouverte la première assemblée générale de la Conférence du livre et je donne la parole à M. Max Rooses, secrétaire général, pour différentes communications préliminaires.

M. Rooses. — Parmi les membres adhérents qui s'étaient fait inscrire pour traiter certaines questions, il en est quelques-uns qui, empêchés, se sont fait excuser en exprimant leurs meilleurs vœux en faveur de la réussite de notre œuvre.

Plusieurs adhérents à la Conférence ont envoyé des notes et des mémoires relatifs aux questions qui seront traitées dans les différentes sections.

D'autres membres, qui n'ont fait connaître leur adhésion qu'au dernier moment, n'ont pu figurer sur les listes que nous avons dressées,

D'autres encore ont eu la courtoisie de mettre à notre disposition divers objets qu'il vous sera agréable de recevoir.

M. Deslandes, directeur de l'imprimerie nationale à Lisbonne, a imprimé pour les membres de la Conférence Les Rimes de Christophe Plantin ; M. Pichot a imprimé une médaille commémorative ; MM. les Membres du Cercle de la Librairie de Paris nous ont fait parvenir un grand nombre de catalogues de leur exposition à Anvers.

Un exemplaire de ces œuvres est à la disposition de chacun de vous.

Le bureau a fait imprimer à l'imprimerie plantinienne des diplômes dont un exemplaire, portant votre nom, pourra être retiré demain au bureau de la Conférence.

M. Omont a reproduit en fac-similé le premier catalogue de l'officine plantinienne, et il nous en a offert les clichés. Nous en ferons usage pour illustrer le compte-rendu de la Conférence.

Le Comité organisateur a formé le bureau comme suit :

A la présidence d'honneur, il a appelé MM. Van den Peereboom, Ministre des Chemins de fer, Postes et Télégraphes ; le Baron Osy, gouverneur de la province d'Anvers ; Léopold de Wael, Bourgmestre d'Anvers et le Général Baron de Renette, allié à la famille Moretus-Plantin.

Comme président effectif, il vous propose M. Charles Ruelens, conservateur à la bibliothèque royale de Bruxelles. (Applaudissements.)

Comme vice-présidents : MM. Van den Nest, échevin de la ville d'Anvers ; le Comte de Daugnon, de Milan ; Deslandes, de Lisbonne ; Eug. Pion, de Paris ; Welch, de Londres ; Schreck, de Philadelphie ; Prof. Jan ten Brink, de Leiden ; Janos Csontosi, de Buda-Pest ; H. Merzbach, de Bruxelles ; Paul Cogels, d'Anvers.

Comme secrétaires, le bureau vous propose : MM. Max Rooses, Charles Dumercy, Jan Bouchery.

Enfin il propose de former comme suit les bureaux des sections :

l re Section

Président : M. Busse, directeur de l'imprimerie impériale, à Berlin ;

Vice-présidents : MM. le Comte de Daugnon, vice-président de l'Archivio Storico Gentilizio, à Milan, et Dauby, directeur du Moniteur, délégué du Ministre de la Justice de Belgique ;

Secrétaire : M. Auguste Aulit, homme de lettres, à Anvers.

2 me Section

Président : M. Armand Templier, président du Cercle de la Librairie de Paris ;

Vice-président : M. Thieme, éditeur, à Nymègue ; Secrétaire : Woucters-Van Eyck, libraire, à Anvers.

SÉANCE INAUGURALE

3 mc Section

Président : M. Ferd. Van der Haeghen, bibliothécaire de l'Université de Gand ;

Vice-présidents : MM. du Rieu, bibliothécaire de l'Université de Leide, et Stein, fonctionnaire aux Archives Nationales, à Paris ;

Secrétaire : M. Ernest Bosiers, avocat, à Anvers.

Les sections auront à nommer elles-mêmes leurs rapporteurs ; à chacune d'elles sera attaché un traducteur.

J'ai à vous donner communication des lettres qui nous ont été adressées par deux de nos présidents d'honneur.

M. Van den Peereboom nous écrit :

Bruxelles, le 6 Août 1890.

Monsieur,

J'accepte volontiers la présidence d'honneur que le Comité de la Conférence du Livre a bien voulu m'ofFrir.

J'aurai l'honneur d'assister à l'assemblée générale, le Vendredi 8 Août. Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

(signé) J. Van den Peereboom.

M. le Baron Osy nous a adressé la lettre que voici :

Antwerpen, 6 Augusti 1890.

Mijnkeer de algemeene Secretaris,

lk ben zeer gevleid over de benoeming als ecre-voorzitter van den Boekwezendag, waarmede mij het Inrichtings-comiteil heeft willen vereeren, alsook over zijne uitnoodiging voor het banket van 9 dezer.

Ik betreur echter, dat het afsterven van het hoofd mijner familie, mijn oom, den heer B n de Vrints de Treuenfeld, mij in de onmogelijkheid stelt uwe vergaderingen alsook uw feestmaal bij te wonen.

Gelief, Mijnheer de algemeene Secretaris, daarover al mijn spijt aan het Inrichtings-comiteit te doen geworden en aanvaard de verzekering mijner gevoelens van hoogachting.

De Gouverneur B n Osy van Zegwaert.

Den heere Max Rooses, algemeenen Secretaris van den Boekwezendag .

M. le Gouverneur vient de perdre un de ses proches, le chef de sa famille, et il ne pourra, pour ce motif, assister à nos séances.

J'ai reçu un document trop touchant pour que je ne vous le communique pas ; il s'agit de vers rappelant le souvenir de Vondel, appliqués à notre Conférence et envoyés de Rome, par M. Biegelaar :

Rome, 4 Augustus 1890.

Aan fut Bestuur van den « Boekwexendag » van Antwerpen.

Hune heeren,

Ook namens eenige Vondelsvereerders in don vreemde, mag ik zeker wel, ter gelegenheid van uwen « Boekwezendag, » herinneren aan den hartelijkeo groet der Nederlandsche Maagd aan de Stedemaagd der Scheldestad , geplaatst in Holland- Antwerpen :

Het was zomer : Scheldeboorden, Wat al bloemen om U heen, Met haar geuren En haar klenren, Wuifden vriend'lijk voor zijn (i) schreén !

Daar hoord' liij 't eerst de vogels zingen, Zong hun toe bij "t groene woud, Waar zij speelden, Waar zij kwcelden, ht het dicbt gebladerd bout.

Daar hoord 9 hij "t eerst de bijtjes gonzen, floe *t al zingt, hoe ailes leeft,

Ving de Vlind'ren,

Zoo als kind'ren In den zomer die ze geeft.

Sluimer rustig, lieve Joostje, Van geen zorgen nog bewust

Zij (*) waakt blijde

Aan uw zijde, Die u 's morgens wakker kust.

Moge de Christus van J. v. d. Vondel, Neerlands oudste en grootste puikpoeet (zooals Da Costa van hem zong), de werkzaambeden zegenen van den Boekwezendag.

Hoogachtend, UEd. dienstwillige D r

(geteekend) D. H. J. Biggblaar.

(Applaudissements.)

Monsieur le Président me prie de vous faire observer que vous avez reçu avec la première circulaire, un programme sommaire et provisoire de la Conférence du Livre. Ce programme est le seul qui ait été adopté et arrêté par le Comité d'organisation.

(1) Van den lieven, kleinen Joost.

(t) De moeder van Joost.

SÉANCE INAUGURALE

Les questions qu'il renferme ont été reproduites en italique dans le programme qui vient de vous être remis ; on y a ajouté un certain nombre de questions et de desiderata, à la demande de plusieurs adhérents à la Conférence.

M. Charles Ruelens, Président. — Appelé à l'improviste à présider la première séance de la Conférence du Livre, par suite de l'absence de Messieurs les Présidents d'honneur, j'ai besoin de demander d'avance un bill d'indemnité pour ma téméraire acceptation de cette mission, et votre haute indulgence pour la manière certainement insuffisante dont je la remplirai.

J'aurais désiré voir aujourd'hui à cette place Monsieur le Ministre des Chemins de fer ; il est, vous le savez, un bibliophile aussi savant que passionné ; il aime le livre ; et nul plus que lui ne s'intéresse aux questions qui se rattachent au perfectionnement de ce véhicule du savoir. Sa parole, autrement autorisée que la mienne, vous eût dit dans un discours d'ouverture, ce que doit être l'objet de nos débats et ce qu'il attend de ceux-ci ; ses occupations, malheureusement, ne lui ont point permis de se rendre à nos désirs et c'est à moi que l'on confie la charge d'ouvrir le Congrès.

Je le ferai en peu de mots, Messieurs. D'abord, en vous souhaitant la bienvenue, en vous remerciant de votre empressement à accourir à notre appel, en vous disant ensuite que nous sommes ici réunis dans un pays indépendant et libre, où l'expression des idées n'a pour limites que l'exécution loyale de nos devoirs de neutralité politique, dans une noble métropole dont le passé est illustre et qui, à l'époque où nous sommes, a vu se réunir chez elle des assemblées fécondes en résultats. Pour n'en citer qu'une, c'est ici que se réunit le premier de ces Congrès de Géographie qui ont donné une si forte impulsion à ces élans vigoureux qui portent partout les esprits vers la conquête scientifique du monde; c'est ici que peut donc s'ouvrir aujourd'hui ce Congrès du Livre lequel, je le pressens, sera le premier d'une série future de congrès ayant pour objectif tout ce qui se rapporte à la matérialisation et à la diffusion des produits de l'intelligence.

Nous avons ouvert hier l'Exposition du Livre : comme quantité elle est modeste, comme qualité, elle nous fait voir tous les progrès réalisés par l'art typographique. Il en sera de même, je le crois, de notre Conférence : en présence des innombrables questions dont le livre peut être l'objet, nous n'en avons choisi, nous n'en aborderons qu'un petit nombre : nous les traiterons en comité restreint, mais nous aurons l'honneur d'avoir attiré l'attention sur elles, de les avoir lancées, de les avoir, du premier coup, éclairées peut-être. Je me figure que nous posons aujourd'hui les assises premières d'un grand édifice et nous le faisons, croyez-le, sous les plus favorables augures.

H y a huit jours, Messieurs, je saluais à Mayence la statue de Gutenberg ; tout en la contemplant, je ne pouvais écarter de moi un sentiment de regret de ne plus voir dans cette ville rien qui rappelât le souvenir de

l'auteur de la plus grande des inventions, ni son foyer, ni son atelier, ni même sa tombe. Ici nous sommes dans une cité où vous trouverez dans sa puissance entière le souvenir d'un homme qui fut l'un des plus illustres ouvriers de l'art de Gutenherg : Christophe Plantin ; nous y avons sa demeure, ses presses, ses labeurs, son tombeau. C'est à l'ombre de l'officine plantinienne, ce Parthénon de la typographie, que vous allez commencer vos discussions sur le livre, sur les progrès qu'il peut réaliser, sur les privilèges' sociaux qu'il espère obtenir encore.

C'est donc sous les auspices de Plantin, entré dans la gloire il y a trois siècles, que je vous invite à commencer vos travaux. (Applaudissements prolongés.)

Messieurs les présidents des sections sont priés de vouloir bien se réunir dans leurs locaux respectifs, avec les membres de ces sections, afin de commencer leurs travaux. Ils sont également invités à diriger les discussions de façon à ce qu'on puisse aborder dans les assemblées générales de l'après-midi, l'examen des questions portées au programme.

La séance est levée à 10 heures.

MMÊDiATEMENT après !a clôture de la séance inaugurale, les membres de la première section se réunissent dans le local qui leur est désigné, et procèdent à l'installation de leur bureau. M. Busse, Président. — Messieurs, en déclarant ouverte la première séance de la première section de la Conférence du Livre, dont la présidence m'a été offerte, je me permets de réclamer toute votre indulgence. Je ne connais qu'imparfaitement la langue française. Vous voudrez bien avoir égard à ma bonne volonté, et me pardonner mes imperfections de langage. L'adjonction de M. le Comte de Daugnon et de M. Dauby en qualité de vice-présidents, assurera la bonne marche de nos travaux. Je prie l'assemblée de désigner un rapporteur.

Au sujet de cette proposition, il se produit une divergence de vues, quant à la nécessité de désigner un rapporteur spécial pour chaque question traitée ou de nommer un rapporteur général.

M. Aulit, déclarant vouloir se charger de la mission de rapporteur général, est nommé.

M. le Président. — J'accorde la parole à M. Dauby, qui traitera la question du programme libellée comme suit :

Adoption d'un Système général de Détermination des Formats.

M. Dauby. — Si Ton s'explique jusqu'à un certain point l'utilité de la diversité des formats, depuis le piano et Tin-folio servant aux œuvres de grande envergure, souvent illustrées ou ornées de cartes, jusqu'à l'in-48 adopté parfois pour des œuvres légères de poésie, parfois pour des travaux d'un caractère plus sérieux, tels que des tarifs, des horaires à déposer dans une poche de gilet, on se rend moins bien compte de la nécessité des différences nombreuses qui existent dans un même format, différences qui font non-seulement le désespoir des bibliophiles pour le classement des livres dans les rayons des bibliothèques, mais qui occasionnent de fréquents mal-entendus dans le brochage, le rognage et l'encartage des feuilles.

Ayant eu l'occasion de consulter un jour un volume de Varia de diverses brochures réunies, traitant d'un même sujet, je constatai que l'on avait donné la qualification d'in-octavo à vingt-et-un formats de différentes hauteurs ou largeurs, selon la fantaisie du typographe ou du rogneur, sans qu'aucune nécessité apparente ou réelle vînt justifier cette étonnante diversité, portée au point que même des hommes du métier, en viennent parfois à confondre le petit in-8° avec l'in-12 et l'in-16, que distinguent seuls la signature typographique au bas de la première page du cahier.

La même variété se remarque dans le format in-18, depuis Tin-18 minuscule jusqu'au grand in-18 charpentier.

Certes, il est nécessaire de conserver les dénominations les plus usuelles des formats actuels du livre, selon son caractère et le besoin auquel il doit répondre : on ne saurait donner au livre de prières ou d'heures le format in-8° qu'exigera le livre d'histoire ou la revue scientifique ou littéraire ; mais il paraîtra utile à la Conférence d'essayer au moins de mettre un terme à cette exubérante fantaisie, en adoptant et en recommandant une échelle de formats, avec détermination de hauteur et de largeur, et en invitant les imprimeurs des divers pays à uniformiser ces dimensions, autant que possible selon le système métrique.

Si cette détermination est hautement désirable pour le livre, la brochure, la revue, elle paraît plus nécessaire encore pour les journaux officiels et les comptes-rendus parlementaires des différents pays, publications qui, presque toutes, diffèrent sensiblement de format. Cette nécessité est devenue plus urgente encore par l'adoption de la Convention B, conclue le 15 mars 1886, entre la Belgique, le Brésil, l'Espagne, les États-Unis d'Amérique, l'Italie, le Portugal, la Serbie et la Suisse, pour assurer l'échange immédiat du Journal officiel, ainsi que des Annales et Documents parlementaires.

La question du format ne saurait ici être indifférente, ces documents pouvant être consultés fréquemment, il faut qu'ils soient maniables : je me

permets de recommander à l'attention de la Conférence celui adopté, depuis 1845, pour le Moniteur belge, journal officiel, les Annales et Documents parlementaires de Belgique (0.33x0.24), déjà imité par le Journal officiel français depuis 1868, je crois. Les nécessités de l'abondance des matières peuvent être aisément tournées, soit en les divisant, soit en élaguant du journal officiel toutes les matières qui ne doivent pas nécessairement y figurer, à l'instar de l'excellente mesure adoptée par l'honorable Ministre de la Justice de Belgique, dès le mois de juillet 1888, qui a réduit considérablement le volume du journal, en prescrivant qu'il ne comprendrait plus à l'avenir que les lois, les arrêtés royaux et actes du Gouvernement, les avis officiels et les publications légales ; l'ordre du jour des séances des Chambres législatives ; enfin, les avis divers d'intérêt général ou constituant une formalité légale, et les annonces, généralement celles ordonnées en vertu de la loi. Ce serait chose désirable et commode que de pouvoir établir sur les mêmes rayons d'une bibliothèque, dans un format maniable et uniforme, les diverses publications officielles qui font l'objet de la Convention internationale du 15 mars 1886.

J'ai donc l'honneur de proposer à la Conférence, en ce qui concerne les points que je viens de traiter, le double projet de résolution ci-après :

1° La Conférence du Livre invite les libraires, les éditeurs, les fabricants de papier, les imprimeurs, relieurs et brocheurs des divers pays, à uniformiser les dimensions, d'après le système métrique, des divers formats en usage pour les livres et brochures, avec détermination de hauteur et largeur pour les ouvrages rognés ou non rognés, d'après une échelle à fixer, soit par les chambres syndicales, soit par une assemblée des intéressés ou par des associations spéciales. Elle recommande ensuite une entente internationale à cet égard et particulièrement l'application de cette uniformité à la direction des bibliothèques publiques.

2° Elle recommande également pour les Journaux officiels, les Annales et Documents parlementaires des divers pays et notamment de ceux qui ont adhéré déjà ou qui adhéreront par la suite à la Convention internationale du 15 mars 1886, l'adoption pour ces publications d'un format uniforme et aisément maniable, par exemple celui de 0.33x0.24 centimètres, déjà en usage en Belgique et en France, avec les subdivisions susindiquées en volumes distincts.

Tels sont les vœux que j'ai l'honneur de présenter à votre approbation.

M. le Président. — Si la section approuve ces vœux, nous les présenterons dans cette formule à l'assemblée générale.

M. Roger de Goey. — Afin de dissiper tout malentendu, je désire savoir, Messieurs, si en approuvant les vœux, émis par l'honorable préopinant, nous nous rallions par le fait à toutes les considérations qui précèdent. Je crois, pour ma part, qu'il convient de ne pas nous -montrer trop rigoureux. Pour ne citer qu'un exemple, s'il fallait appliquer à la lettre les

desiderata que vient de nous présenter M. Dauby, relativement au cadre étroit qu'il voudrait assigner aux publications officielles, nous serions privés des admirables études que nous rencontrons dans le Journal officiel français, comme celle sur l'Exposition Universelle que nous y avons lue.

Pas d'exagération, Messieurs : en voulant trop, craignons de dépasser le but. Je pense que nous ferions bien de nous en tenir exclusivement à la question du format, et de ne point nous occuper de celle des proportions.

M. le Comte de Daugnon. — Je crois bien que M. Dauby n'a pas entendu prescrire des proportions ; la mise en pratique d'une pareille résolution rencontrerait des difficultés insurmontables. Il s'est borné à citer des exemples.

M. Dauby. — J'ai en effet cité, à titre d'exemple, un format qui me semble répondre le mieux aux exigences et qui est mis en pratique par le journal officiel de Belgique. J'ai voulu appeler l'attention sur les avantages qu'il y aurait à adopter un format uniforme pour toutes les publications de ce genre. Les grands formats sont très malaisément maniables, et une recommandation dans le sens que je préconise, me paraît avoir une sérieuse utilité.

M. Buschmann. — Je demande à exposer quelques considérations que m'a suggérées la discussion à laquelle nous venons d'assister.

Pas plus à l'époque où celles-ci ont été créés que de nos jours, les dénominations in-folio, in-4°, in-8°, n'ont eu une signification absolue et définie en elles-mêmes ; elles n'ont jamais fait connaître que la manière dont est pliée la feuille de papier employée, la grandeur du livre dépendant du format de cette dernière. Pour se faire comprendre, il fallait, au siècle passé comme aujourd'hui, employer deux termes et dire, par exemple : in-folio propatria, quand on voulait désigner un volume mesurant 34x22 centimètres ; in-8° grand-médian, en parlant d'un ouvrage dont le plat mesure 23x15 centimètres, et ainsi de suite pour tous les formats. Mais les dimensions usuelles du papier étant jadis mieux déterminées et surtout plus limitées relativement à ce qu'elles sont devenues dans la suite, il suffisait en plus d'une circonstance d'un seul terme pour se faire comprendre ; pas toujours cependant, puisque le colombier, ayant une superficie à peu près quadruple du propatria, un in-folio propatria équivaut à un in-8° colombier ; ceci montre une fois de plus qu'une appellation unique est insuffisante.

Un des honorables interrupteurs a dit tantôt à M. Dauby : « Ne citez pas d'exemples, les exemples embrouillent la discussion, restez dans les généralités. » Eh bien, Messieurs, c'est une erreur, c'est l'exemple seul qui peut éclairer la discussion.

Prenons une feuille du format quadruple propatria, quand je lui donne un pli, j'obtiens le double propatria, quand je lui en donne deux, j'ai devant moi le format propatria, et quand j'aurai plié la feuille cinq fois, elle sera subdivisée en 32 parts, c'est-à-dire 32 feuillets du livre, ou

64 pages. Pliée de cette façon la feuille est un in-32 quadruple propatria, un in-16 double propatria, un in-8 propatria, et cependant, c'est toujours la même feuille.

Avant toute chose il faudrait donc fixer d'une manière positive, les dimensions non du format des livres, mais du format des feuilles de papier. Cependant pareille mesure qui faciliterait les rapports entre les fabricants de papier et les imprimeurs, en établissant une entente entre eux sur les dimensions de chaque format de papier, variant aujourd'hui à l'infini, servirait de peu au libraire et au bibliophile qui, eux, s'inquiètent moins de la manière dont la feuille a été pliée, que des dimensions des volumes qu'ils ont à caser dans les rayons de leur bibliothèque.

Il y a donc trois manières de généraliser les dénominations tout en exprimant clairement sa pensée :

1° remettre en usage les anciennes dénominations des formats de papier, en y accollant l'indication du nombre de plis que subit la feuille et dire : in-folio propatria, in-4° jésus, etc.

Ou bien :

2° ajouter à la désignation du nombre de plis les dimensions, en centimètres, qu'obtient chaque feuillet et dire, par exemple : in-8° 20x12, ce qui voudrait dire que la feuille a été pliée trois fois et que le format du livre est de 20 sur 12 centimètres.

Ou bien encore :

3° ne faire servir les dénominations qu'à désigner le rapport qui existe entre la hauteur et la largeur du livre. Dans cette hypothèse serait in-4° tout volume dont le rapport de la hauteur à la largeur, est comme a est à b ; in-folio, celui dont ce rapport est comme c est à d, et ainsi de suite pour tous les formats.

Si la proposition de M. Dauby tend vers ce dernier but : la fixation d'une mesure proportionnelle de superficie, je n'y vois pas d'objections, si non qu'elle présentera peu d'utilité "pratique, aussi longtemps qu'existeront des formats de papier différents, ou du moins, aussi longtemps que ne seront pas arrêtées des dimensions fixes et invariables pour ces formats.

Tout ce qu'on pourrait faire, pour obtenir plus d'uniformité dans le format des livres, c'est d'engager les auteurs, les éditeurs et les imprimeurs, à ne pas utiliser, sans une nécessité majeure, des formats bâtards ; et ce d'autant plus que les anciens formats n'ont pas été, n'ont pu être déterminés arbitrairement. Quiconque a la moindre habitude d'examiner, de chercher des proportions, reconnaîtra qu'il en est des anciens formats de papier comme des dimensions d'une page de composition, et comme de celles qui président à l'imposition d'une forme ; elles sont le résultat de longs tâtonnements, d'une grande expérience, et il faut bien le reconnaître, elles répondent à des exigences esthétiques. On ne saurait les changer

impunément ; on s'exposerait, en les modifiant, à produire des proportions moins agréables à la vue.

Quant à l'idée d'employer les dénominations en usage, pour désigner des dimensions invariables et universelles, et de dire par exemple, sera désormais in-folio, tout livre mesurant a centimètres sur b ; in-4°, tout livre ayant c centimètres de hauteur sur d centimètres de largeur et ainsi de suite, je ne saurais l'admettre que pour autant qu'on affecte à ces divers formats des appellations toutes nouvelles qui n'aient rien de commun avec les anciennes , sans quoi on commettrait une faute historique et archéologique à laquelle se heurteraient constamment la routine et la pratique, ce qui s'opposerait à la généralisation du système. Pour le metteuren-pages comme pour le pressier et pour le brocheur, la feuille pliée trois fois en deux sera un in-8° jusqu'à la fin des siècles, quelque nom que vous attachiez au format du livre et quelles que soient les résolutions prises dans des Conférences et des Congrès.

En ce qui concerne l'adoption d'une mesure uniforme, se bornant à déterminer la hauteur des livres, je n'en vois ni le côté pratique, ni l'utilité.

Il est possible qu'elle pourrait rendre des services aux collectionneurs, aux bibliophiles et aux bibliothécaires, je l'ignore ; mais l'imprimeur et encore moins le fabricant de papier n'y trouveront aucun avantage, d'autant moins qu'on serait fort embarrassé pour qualifier les formats qui ne sont pas le résultat de pliages successifs de la feuille en deux, comme c'est le cas pour les in-12 et les in-18 qu'on obtient en pliant la feuille d'abord en trois et puis, successivement en deux ; l'in-12 et l'in-18 ne différant de l'in-8° et de Tin-16 que par une largeur moindre, la hauteur restant la même.

M. Jorissenne. — Je prierai M. Dauby de nous dire à quoi nous nous engageons en votant sa proposition et si la convention dont il parle, ne contient aucune mesure étrangère à notre sujet, ou capable de nous engager à notre insu.

M. Dauby. — Non, en rappelant cette convention nous ne nous engageons à rien qui soit étranger à la question qui nous occupe. Je répète que je n'ai cité qu'à titre d'exemple l'usage établi en Belgique. Pour faire disparaître toute équivoque sur la portée de mes propositions, je vous propose de les diviser et de voter séparément sur les deux parties.

M. Jorissenne. — Permettez-moi de vous faire une observation au point de vue pratique et esthétique. Vous désirez la régularité des formats, mais, à coup sûr, vous ne le voudriez pas au prix d'une dégradation de vos livres. Je prierai donc l'honorable M. Dauby de rayer les brocheurs et les relieurs de son énumération.

Vous savez tous, Messieurs, les dangers que court un volume entre les mains de ces artisans, rarement artistes. Combien de livres rentrent dans les bibliothèques étriqués, déformés, défigurés !

N'oubliez pas que, si l'imprimeur a mal compris ou méconnu vos instructions, le relieur ne peut réparer la faute commise. Ce qui lui est plus facile , c'est de l'aggraver. Il ne peut agrandir le format ; mais il peut le rétrécir. Voilà où gît le danger. Prenez garde qu'il ne rogne vos blancs jusqu'à les faire disparaître. J'avais en main, dernièrement, un volume du siècle dernier, remarquable à cet égard ; le rabot du relieur avait entamé le texte au bout de chaque ligne.

Faut-il donc recommander aux brocheurs et relieurs de modifier le format ? Je serais désolé de voir passer cette proposition.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Par contre, le fabricant de papier est un facteur très important. Pour arriver au but que vous vous proposez, il importe que la fabrication du papier soit rapportée à des règles fixes. C'est le fabricant qui donne le La dans les formats, qui les arrange à sa guise et suivant les facilités de son commerce.

Il faudrait que les différentes dénominations se rapportassent à des modèles uniformes. Si, sous le nom de jésus, de raisin, on continue à vendre des feuilles de dimensions différentes, comment veut-on que nous arrivions à l'uniformité que vous souhaitez ?

Celle-ci sera la conséquence du format.

Pour être pratique, il faudrait d'abord engager les fabricants de papier à adopter des mesures uniformes sur la base du système métrique.

M. Dauby. — Dans ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, je me suis basé sur les diverses causes qui constituent les différences des formats. Quoiqu'on en dise, le brocheur et le relieur peuvent jouer un certain rôle sous ce rapport. Ils peuvent rogner à des hauteurs et des largeurs différentes. Leur caprice est le seul guide dans ce travail. Je vais vous citer un exemple de ces variations. Consultant dernièrement dans une bibliothèque de Bruxelles un volume de Varia, je n'ai pas trouvé moins de vingt-et-une hauteurs différentes, alors que le papier de toutes les parties du livre était de la même dimension de fabrication. Si vous ne comprenez pas les brocheurs et les relieurs dans la proposition que j'ai eu l'honneur de vous présenter à ce sujet, vous arriverez à la même discordance que vous voulez faire disparaître en unifiant le format. D'un autre côté, je ne vois cependant aucun inconvénient à y comprendre les fabricants de papier.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Nous savons tous que, en vue de répondre sans retard aux commandes qui peuvent leur arriver inopinément, les fabricants de papier ont des réserves des différentes sortes. On ne peut pas exiger qu'ils les sacrifient, pour obéir au vœu de la Conférence.

Ce sont les imprimeurs qu'il faut travailler. Du moment que ceux-ci s'abstiendront de faire des commandes fantaisistes, les fabricants cesseront de confectionner des formats extraordinaires. Les fabrications ordinaires portent du reste sur des formats qui sont toujours les mêmes.

M. Dauby. — Je suis de votre avis. Il faut autant que possible viser à un

but pratique. Les fabricants de papier ont, pour les différents numéros, des formats qui, généralement, sont partout les mêmes. Ce sont les imprimeurs qui, dans leurs commandes, donnent des indications de grandeur différente.

M, le Marquis de Granges de Surgères. — Je ne crois pas que les formats soient partout calculés sur les mêmes dimensions.

Il faudrait inviter les intéressés à adopter des formules basées sur le système métrique. Pour ne citer qu'un exemple, que de dimensions différentes ne rencontre-t-on pas sous la dénomination d'in-12 !

La solution que j'ai l'honneur de proposer, est, à mon avis, la seule efficace.

M. le Président. — Je crois qu'il résulte suffisamment de la discussion que nous venons d'entendre, que l'assemblée désire que les fabricants de papier soient inscrits dans la catégorie des personnes dont il est question dans la première partie de la proposition de l'honorable M. Dauby. (Adhésion).

L'assemblée vote sur la première partie de la proposition de M. Dauby, ainsi modifiée et la majorité l'approuve.

M. Jorissenne. — Il doit être parvenu au bureau une lettre de M. Félix Oppenheim sur cette question.

M. le Président. — J'ai ici une lettre de M. Csontosi, de Buda-Pesth.

Quoiqu'il en soit, l'assemblée vient de faire connaître son avis, et nous pouvons passer à la seconde partie de la proposition que je prie M. Dauby de relire.

M. Jorissenne. — Tous les membres de l'assemblée connaissent-ils les termes de la convention du 15 mars 1886, dont il est question ici ?

M. Dauby. — Cette convention met les différents pays en rapport pour l'échange, à titre gracieux, de leurs journaux officiels et des recueils de débats parlementaires. Dans l'intérêt de ceux qui sont appelés à consulter ces documents, il serait à désirer que leur format fût partout uniforme.

Cette partie de ma proposition vise spécialement les journaux officiels. Aujourd'hui la plus grande variété existe dans les collections. Autant il y en a, autant de formats divers. Une fois réunis dans une même bibliothèque, il est désirable que le format soit uniformisé, et c'est là l'objet de mon vœu.

L'assemblée vote la seconde partie de la proposition de M. Dauby.

L'Objectivité du Livre; sa Nature, sa Composition, sa Conservation, etc.

M. Magnuski. — Il nous a paru utile, à propos de l'examen des questions relatives à renseignement professionnel des diverses branches se rattachant à l'Industrie du Livre, inscrit à notre programme, de faire connaître à la Conférence une création toute récente du Conseil municipal de Paris : l'Ecole du Livre.

L'Ecole du Livre, désignée encore sous le nom d'École Estienne en souvenir de l'illustre famille d'imprimeurs français, les Estiennes, est une école professionnelle des arts et des industries du Livre.

Elle comprend cinq écoles. 1° Une école de typographie : fonderie de caractères et justification, composition, clicherie, galvanoplastie, impression ; presses à bras et machines.

2° Une école de lithographie : crayon, plume, chromo, écriture lithographique, autographie, gravure sur pierre, tirage lithographique ; presses à bras et machines.

3° Une école de gravure : gravure sur bois, sur cuivre, en creux et en relief, écriture, impression en taille douce.

4° Une école de reliure : brochage, reliure, dorure sur cuirs, dorure sur tranches, réglure, papeterie, cartonnage, fabrication des registres, marbrure.

5° Une école de photographie : photographie, photogravure en creux, en relief, phototypie.

L'école a quatre années d'enseignement. Pendant la première année, les élèves passent par tous les ateliers des cinq écoles, font dans chaque atelier une série d'opérations élémentaires qui les initient à la typographie, à la lithographie, à la reliure, à la gravure, à la photographie et permettent de reconnaître pratiquement leurs aptitudes, leurs goûts et de les classer à la fin de la première année, en général au mieux de leurs intérêts, dans telle ou telle spécialité du Livre. Cette première année procure aux élèves l'inappréciable avantage, quelle que soit leur profession future, de concourir dans les meilleures conditions à la bonne confection d'un beau livre.

A la fin de la première année, les élèves sont spécialisés dans un des ateliers de l'école, suivant leurs aptitudes. Ils y restent pendant trois années consécutives.

L'après-midi est consacré à l'apprentissage technique du métier.

Dans la matinée, les élèves reçoivent l'enseignement théorique, adapté aux besoins de chaque proiession. Ils sont exercés tout spécialement au dessin, au modelage.

Cet enseignement du matin est donné d'une façon essentiellement pratique et appliquée.

Le professeur de chimie, par exemple, divise le temps de sa classe en deux parties : dans la première, il expose un nombre limité de faits ; dans la seconde, les élèves groupés, autour des tables de manipulations, font des expériences afin de fixer dans leur esprit les notions exposées oralement par le professeur. Le cours autographié est remis à chaque élève, à la fin de chaque classe ; et de même pour tous les enseignements théoriques de la matinée. A la maison, aucun devoir n'est à faire, aucune leçon à apprendre ; le pensum est inconnu à l'École Estienne. Le travail de la journée à l'école est suffisant, et tout surmenage est impitoyablement proscrit.

Les professeurs de l'ordre technique ont été choisis au concours. Les candidats ont nommé eux-mêmes un jury de quatre membres. Ce jury régla les conditions du concours , qu'il fit passer lui-même , classa les candidats par ordre de mérite. M. le Préfet de la Seine, nomma professeur le candidat classé premier par le jury.

Le résultat de ce concours fut inespéré. Des artistes d'un haut mérite, MM. Stéphane Pannemaker, pour la gravure sur bois ; MM. Dubouchet, Mouchon, pour la gravure sur cuivre ; MM. Bellenger, Mauler, Wuhrer, pour la lithographie ; M. Breton, pour la typographie, etc., devinrent ainsi les professeurs de l'école.

L'école a été ouverte le 18 Novembre 1889. Malgré l'époque tardive des examens et de la rentrée, 147 élèves se présentèrent au concours, 100 furent admis, après avoir subi trois épreuves de français, de dessin et de calcul.

Sous la direction des professeurs éminents recrutés au concours, les élèves pendant la première année du circulus, ont donné les résultats les plus encourageants.

La sympathie du public parisien, pour cette jeune école, s'est affirmée le 21 Juillet 1890, au second concours.

Quatre cent soixante-et-onze enfants, presque tous munis du certificat d'études primaires, se sont présentés à l'examen pour cent places.

Il a été donné au Conseil municipal de Paris la possibilité de rendre un service immédiat aux différentes industries du Livre, en créant, dès le mois de Décembre 1889, des cours du soir de 8 heures et demie à 10 heures et demie pour les apprentis et ouvriers du Livre. Ces cours sont absolument indépendants des cours du jour de l'École Estienne, de l'École du Livre : les élèves des cours du jour ne peuvent y assister.

Là encore, la grande préoccupation du Conseil municipal a été de procéder pratiquement.

Conformément à la demande de la Chambre des imprimeurs lithographes de Paris, deux cours d'impression lithographique existent depuis cette époque et sont suivis avec beaucoup d'assiduité.

Les élèves sous la direction d'un professeur habile et dévoué,

M. Plurdau, s'exercent sur de nombreuses presses à bras, à la mise en train, aux reports, au chromo, etc. De même pour l'impression typographique, la gravure sur bois, la clicherie, la composition typographique, la photographie.

Depuis quelques années, dans tous les pays, de grands efforts sont faits, dans le sens de l'enseignement professionnel. La Chambre des imprimeurs typographes a fondé, à Paris, l'Ecole Gutenberg, où l'on enseigne plus particulièrement la composition typographique et qui donne de bons résultats.

La Chambre parisienne de la papeterie a, le soir, des cours de papeterie fort bien organisés. A Bruxelles, fonctionne le soir une excellente école de typographie, où l'on apprend la composition. Il en est de môme à Milan. A Barcelone, existe une école complète de typographie. A Vienne, à Leipzig, à Berlin, existent également le soir des cours professionnels de typographie, des écoles de typographie, pour les apprentis, mais les cours y sont exclusivement théoriques. A Hambourg, il y a des cours de lithographie, le soir. A Vienne, à Salzburg, on trouve des écoles de photographie très intéressantes. Mais nulle part, on ne rencontre une œuvre complète, comme celle que vient de créer le Conseil municipal de Paris.

Une école semblable peut rendre, dans les grands centres, des services exceptionnels.

Comme vous le voyez, les cours sont essentiellement pratiques. L'enseignement des cours du soir, destiné spécialement aux apprentis, se donne à l'école de 8 heures et demie à 10 heures et demie du soir. Il m'a semblé utile de signaler à la Conférence l'organisation de l'École du Livre et des cours du soir ; car l'école dont je vous ai entretenus est actuellement unique au monde. Il serait désirable que des écoles semblables fussent créées dans les grands centres des divers pays et qu'il fût donné connaissance de l'organisation de l'École Estienne aux ministères compétents pour les intéresser à l'amélioration de l'enseignement professionnel.

M. Hector Manceaux. — A Bruxelles, il existe aussi une école semblable.

M. le Président. — A Leipzig et à Berlin également.

M. Marcel Magnuski. — J'ai eu le plaisir de visiter à Bruxelles l'École de Composition typographique, mais elle n'embrasse qu'une partie de l'enseignement de l'École du Livre de Paris : la Composition. Il en est de même des écoles de Berlin et de Leipzig. La différence entre ces écoles et celle de Paris est grande. A Vienne, par exemple, l'école typographique est essentiellement théorique ; au contraire, à Paris, les études sont tout à fait pratiques. Nous y disposons, pour l'enseignement de l'impression typographique seule, de 18 presses, les ouvriers y viennent le soir, comme j'ai eu l'honneur de le dire, et peuvent apprendre, en maniant cet outillage, tout ce que, dans les ateliers, certains conducteurs jaloux, qui voient dans chaque apprenti un concurrent futur, ne veulent pas leur montrer.

Cet enseignement pratique nous le donnons à l'école dans les cours du soir, pour les apprentis du livre. Dans les cours du jour, de 8 heures du matin à 6 heures du soir, les élèves, répartis en quatre années, apprennent, sans sortir de l'école, les métiers de fondeur, compositeur, clicheur, imprimeur, le dessin lithographique, au crayon, à la plume, le chromo, l'impression lithographique, la gravure sur bois, sur cuivre, l'impression en taille douce, la reliure, la dorure, la réglure, la papeterie, la marbrure, la photographie, la photogravure en creux, en relief, la phototypie.

C'est cette organisation que je soumets à votre bienveillante appréciation.

Je termine en proposant à l'assemblée la motion suivante :

La Conférence du Livre transmettra aux ministères compétents des

différents pays, le vœu que des écoles semblables à l'Ecole Estienne, l'Ecole du Livre à Paris, soient instituées dans les grands centres.

Elle y joindra tous les documents relatifs à l'organisation de l'École Estienne, qui ont paru jusqu'à ce jour.

Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.

Droits et Devoirs des Bibliophiles et des Conservateurs

de Bibliothèques.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Sollicité par Messieurs les organisateurs de la Conférence du Livre de prendre part à leurs travaux, j'avais envoyé le titre suivant d'un sujet qu'il me paraissait intéressant de traiter entre bibliophiles, c'est-à-dire, entre gens aimant le livre :

De la possession du livre, moyens employés pour sa garantie : fers sur le dos ou sur les plats de la reliure, ex-libris, timbres, etc..

I. Droits et devoirs des bibliophiles dans leurs collections privées.

II. Droits et devoirs des conservateurs de bibliothèques publiques, bibliothèques de lieux de réunion, sociétés, cercles, etc.

Cantonné dans ce très petit coin de la bibliognostique, envisageant le livre dans son objectivité et dans un cadre aussi précis que restreint, je m'étais flatté de l'espoir que cette question pourrait être traitée dans une seule section. Je m'aperçois, au contraire, qu'elle a été morcelée à l'infini et répartie dans presque toutes les sections.

Tout en formulant les réserves nécessaires sur le caractère de généralité qu'empruntent certaines parties de ma question à leur isolement absolu dans les diverses sections et notamment dans la troisième, où il semblerait

que je doive présenter un véritable traité de bibliothéconomie en ce qui concerne les dépôts publics de livres, j'estime que le point que je veux traiter devant vous ne peut que gagner à vous être présenté dans son ensemble. Vous me permettrez donc de ne pas disjoindre les parties de ce mémoire et, en vous demandant toute votre bienveillante attention, j'entre immédiatement dans le vif de mon sujet.

Pour le vulgaire et même pour bien des amateurs, il semble que tout soit dit, lorsque Ton a acquis quelque volume, ou enrichi sa collection de quelque ouvrage rare et curieux ; il semble, dis-je, qu'il n'y ait plus qu'à posséder béatement, en lisant ou en ne lisant pas, le nouvel ouvrage acquis.

Rien cependant n'est moins exact. En bibliophilie, comme en beaucoup d'autres choses, du reste, la formule beati possidentes a ses correctifs. Car, non seulement, il faut savoir conserver ses livres en bon état, les protéger contre l'humidité, les vers, les mites et autres dangereux ennemis, mais il faut encore savoir en assurer, en garantir la possession.

Sans doute, la possession du livre est garantie par les lois à l'égal de celle des autres objets mobiliers ; cependant quel est le bibliophile, qui en voyant entrer un livre dans sa bibliothèque, est assuré de l'y voir encore dans six mois, dans un an ? Quel est celui qui peut se tenir assuré de ne pas voir dépareiller, un jour ou l'autre, un ouvrage en plusieurs volumes ?...

Au nombre des pires ennemis des livres, Gabriel Peignot plaçait les emprunteurs, et un bibliophile bien connu avait fait inscrire sur les rinceaux des armoires qui renfermaient sa précieuse collection les lettres L. P. L. P. c'est-à-dire : livre prêté, livre perdu, qui étincelaient, continuel avertissement, comme une épée de Damoclès, au-dessus de la tête du prêteur trop obligeant. Ne connaissez-vous pas encore ces vers d'un bibliophile poète :

Et puis tel est le sort de tout livre prêté Souvent il est perdu, toujours il est gâté.

Et notez que je ne parle que des emprunteurs qui empruntent un de vos livres avec votre assentiment, bien qu'il y ait encore ceux qui empruntent sans même prévenir, race de maniaques, vous les appellerez comme vous voudrez, encore plus commune qu'on le pourrait croire.

Mais, si les emprunteurs sont de bien dangereux ennemis pour une

/ collection, n'y a-t-il pas cent autres manières de perdre des livres, d'en

être dépossédé ; et, à moins d'être enchaîné, comme ceux de la bibliothèque

d'Oxford, quel est le volume qui n'est pas exposé aux pertes résultant des

déplacements auxquels il est forcément soumis ?

Et, ce que je viens de dire pour les livres d'une collection particulière, n'est-il pas cent fois plus vrai encore, lorsqu'il s'agit d'une bibliothèque publique, dans laquelle les volumes sont communiqués à tout venant et même livrés, pour être emportés à domicile ?

De là est venue, chez les bibliophiles et les conservateurs de bibliothèques, l'idée de marquer leurs livres, ou ceux confiés à leur garde, d'un

signe visible, qui fût la garantie de leur possession. De là sont venues les inscriptions du nom du possesseur du livre sur le titre, le faux-titre ou le feuillet de garde ; de là sont venus les ex-libris, que Ton colle sur les plats intérieurs des volumes, les fers, (initiales, monogrammes ou armoiries) que Ton fait pousser par les relieurs sur le dos des volumes, sur les plats extérieurs ou sur les maroquins dont ils sont doublés. De là encore, ces timbres à l'encre grasse, (bois, métal ou caoutchouc,) qui laissent sur le papier des traces indélébiles.

Il serait facile, si le temps le permettait, de s'étendre sur les différents procédés employés pour assurer la propriété du livre. Il y aurait notamment un chapitre intéressant à faire sur les ex-libris gravés, considérés dans leur origine, dans leurs diverses formes et envisagés dans leurs rapports avec l'art, chapitre dont la matière est loin d'avoir été épuisée dans le curieux volume de Poulet-Malassis que tous les bibliophiles connaissent ; et, il y aurait encore de précieux renseignements sur les fers armoriés à puiser dans l'excellent Armoriai du Bibliophile, dont M. Joannis Guigard publie en ce moment la seconde édition.

L'emploi d'une marque sur les livres, pour en garantir la propriété, étant donc devenu d'un usage général, je ne prolongerai point cet exposé, désireux d'aborder immédiatement les deux points faisant l'objet des motions que je désire soumettre à votre vote.

I. Quels sont, à ce point de vue spécial, les droits et les devoirs des bibliophiles dans leurs collections privées ?

A cette question, j'entends des gens qui s'empressent de répondre : mais les collectionneurs n'ont point de devoirs vis-à-vis de leurs livres, ils oui tous les droits. Leur bibliothèque est leur propriété, leur chose ; ils peuvent, a leur gré, lui imposer tous les traitements qui leur plaisent. Détériorer leurs livres, leur faire subir toutes sortes d'outrages, les détruire même, ils en ont le droit.

D'accord, répondrais-je, c'est strictement exact. Mais, nous autres, les bibliophiles, qui aimons le livre, qui le respectons et qui l'estimons comme une œuvre artistique, comme une des plus nobles manifestations de l'esprit humain, n'avons-nous pas le droit de juger leur manière de faire ? Quand le propriétaire de quelque vieux donjon, de quelque vénérable et antique demeure, produit délicat de l'art gothique ou de la renaissance, ne craint pas de porter la main sur ces respectables monuments, pour les accommoder suivant le goût du jour, le public n'a-t-il pas le droit de juger les résultats de la malencontreuse opération ? Et ne dit-on pas alors : ce château était magnifique jadis, mais depuis la restauration ou les modifications qu'il a subies, il y a quelques années, il a été complètement défiguré. Il a perdu tout son cachet, partant, toute sa valeur.

Or, je le demande, n'y a-t-il pas des abus blâmables dans les soins que certains bibliophiles mettent à marquer leurs livres, et si le devoir de tout possesseur d'une œuvre d'art est de la respecter, est-ce bien respecter les livres que de les couvrir des marques grossières qui défigurent certaines collections privées ?...

Ici, c'est un énorme timbre à l'encre grasse, rouge ou violette, étalant, au milieu des bavures d'une gravure grossière, le nom, la qualité, la demeure de je ne sais quel possesseur de livres ; là, c'est un timbre en relief, comme on en plaçait jadis sur les en-tête de lettres ; ailleurs, quœque ipse miserrima vidi ! c'est une marque à l'emporte-pièce, laissant voir découpées à jour, les superbes initiales d'un prénom et d'un nom quelconques, parfaitement inconnus d'ailleurs ; j'en passe et des ...pires. Et tout cela n'est rien encore, lorsque le faux-titre ou le titre seuls se trouvent atteints par ces marques odieuses ; mais ne rencontre-t-on pas des volumes dont presque tous les feuilets ont été souillés par ces estampilles vulgaires et affligeantes.

De telle sorte que ces livres, antiques monuments de la typographie, œuvres délicates sorties des presses artistiques des Elzévier, des Aide, des Etienne ou des Plantin, se trouvent condamnés à porter éternellement la livrée de ce maître d'un jour, qui ne sut sans doute ni les lire, ni encore moins les apprécier.

Tel est l'abus dont certainement vous avez souvent gémi et que je signale à votre attention.

D'autre part, il n'est pas moins vrai que s'ils ont le devoir de respecter les livres qu'ils possèdent, les bibliophiles n'en ont pas moins le droit de chercher à garantir leur propriété contre les risques résultant notamment des emprunts ou des soustractions opérées par des mains indélicates.

Hé bien ! je le demande, en dehors des marques fâcheuses que je viens de signaler à votre indignation de bibliophiles, n'y a-t-il pas mille moyens de garantir cette possession ?

N'y a-t-il pas l'ex-libris gravé, que l'on peut aussi bien coller sur le livre broché que sur le livre relié ? Et, pour ce dernier, cartonnage ou pleine reliure, n'y a-t-il pas, outre l'ex-libris, les fers contenant des initiales ou des armoiries, que l'on peut faire pousser sur le dos ou sur les plats ? Et, quoi encore, je vous le demande, empêcherait un bibliophile de faire composer un fer spécial pour sa bibliothèque, un fleuron, une arabesque, un motif quelconque et quelque petit qu'il fût, qui serait à la fois une marque sûre et artistique ?

Et, de l'emploi combiné de tous ces moyens, ne résulterait-il pas un ensemble suffisant pour garantir la possession d'un livre faisant partie d'une collection privée et par conséquent exposée à très peu d'aléats ?

Je n'insiste pas, Messieurs, croyant vous avoir suffisamment indiqué quels sont les droits et les devoirs des bibliophiles, au point de vue

spécial qui nous occupe. D'une part, devoir de respecter le livre ; de l'autre, droit d'en garantir la possession.

Réunis ici, en aréopage bibliophilesque, nous n'avons sans doute aucune qualité pour formuler des règlements, édicter des lois avec sanction à l'appui, mais au moins pouvons-nous émettre des vœux et proclamer ce qui nous paraît bien ou blâmable, donnant ainsi la formule exacte de la conduite que doivent observer les amateurs soucieux de leur bon renom de bibliophiles et désireux de conserver à leurs livres la plus haute valeur artistique.

En conséquence, j'ai l'honneur de prier Monsieur le Président de mettre aux voix la proposition suivante :

Considérant que s'il est vrai que les bibliophiles ont le droit de chercher à garantir leur possession par tous les moyens efficaces, ils ont, d'autre part, le devoir de respecter les livres qu'ils possèdent, autant d'ailleurs pour sauvegarder leurs propres intérêts que pour assurer la bonne conservation de livres dont ils ne sont que les détenteurs passagers, les membres de la Conférence du Livre, réunis à Anvers, émettent le vœu que, d'une manière générale, l'emploi seul des ex-libris et des fers à dorer soit adopté pour les bibliothèques privées ; que les timbres à encre grasse, en relief ou à l'emporte-pièce soient prohibés d'une façon absolue et que tout livre, ayant subi l'outrage de l'une de ces dernières marques, soit réputé livre imparfait et indigne par conséquent de figurer dans la collection d'un vrai bibliophile.

Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.

IL Quels sont, à ce même point de vue, les droits et les devoirs des Conservateurs des bibliothèques publiques, bibliothèques de lieux de réunion, sociétés, cercles, etc.. ?

Il est évident que si les moyens que nous venons d'indiquer paraissent suffisants pour assurer à un bibliophile la possession de ses livres, il en va tout autrement pour une bibliothèque plus ou moins publique. Les droits et les devoirs des conservateurs, identiques dans leur essence à ceux des bibliophiles, deviennent absolument différents dans leur application.

Respecter le livre, tel est assurément l'un des premiers devoirs d'un administrateur de bibliothèque publique. Mais, par suite de la communication constante des ouvrages confiés à ses soins qu'il doit faire au public, il en résulte pour lui le devoir étroit d'en assurer plus efficacement la conservation. De cette obligation, découle donc un droit plus étendu, en ce qui concerne les estampilles à apposer sur les livres.

Et, en effet, si, dans plusieurs bibliothèques publiques, les travailleurs ne sont admis qu'après avoir obtenu une carte d'entrée personnelle ; si,

dans de nombreux dépôts publics, les livres ne sont communiqués qu'à des personnes connues et que sur une demande écrite et signée d'eux sur un bulletin spécial, il n'en est pas moins vrai que, dans une foule de bibliothèques de cercles ou de sociétés et même dans quelques bibliothèques de grandes villes, les ouvrages sont laissés à la libre disposition de chacun.

Enfin, dans beaucoup de bibliothèques, même fort importantes, les livres sont remis avec une extrême facilité aux lecteurs, pour être lus ou consultés à domicile.

Je vous laisse à penser quels abus peuvent se commettre, lorsque ces livres ne portent aucune marque distinctive, aucune estampille.

S'il fallait les énumérer tous, la liste en serait longue. Combien d'indélicatesses cet état de choses n'a-t-il pas favorisées, encouragées !.... Combien, pour ma part, n'en ai-je pas connues et déplorées !...

Un jour, c'était un collectionneur qui procédait véritablement au pillage de la bibliothèque du cercle d'une grande ville, bibliothèque historique, dont l'intérêt et la valeur n'étaient pas discutables. Non seulement les volumes de petits formats, mais les in-folio eux-mêmes, étaient soumis à ce déménagement inattendu. Une autre fois, c'était un amateur qui échangeait un bon exemplaire, qu'on lui avait laissé emporter chez lui, pour un mauvais qui déparait sa collection !.. . Et qui dira combien de livres ont été de la sorte dépouillés des gravures qu'ils contenaient?....

Vous voyez donc, par ces quelques exemples, quels dangers, quels grands dangers, courent les livres des bibliothèques publiques.

J'ajouterai qu'ils courent encore d'autres périls et j'ai eu trop de fois l'occasion de rendre hommage au zèle, à la conscience et à la probité des conservateurs de nos dépôts publics, pour ne pas avoir le droit de dire toute ma pensée. Comme la femme de César, ces Messieurs ne doivent pas même être soupçonnés ; il ne faut pas qu'à un moment donné, ils puissent être rendus responsables des détournements d'employés subalternes.

Examinons donc rapidement quels moyens peuvent être suffisants et efficaces pour assurer la conservation des livres d'une bibliothèque publique.

L'ex-libris, suffisant pour le livre d'amateur, qui n'est communiqué que dans certaines conditions déterminées, qui est généralement sous clef, dans une habitation privée, l'est-il pour une bibliothèque publique ? Non assurément. Car, quelle que soit la colle employée pour fixer un ex-libris, tous les amateurs savent parfaitement qu'il n'en est pas un qui puisse résister à l'emploi du fer chaud et de la flanelle imbibée d'eau. Aussi n'est-ce qu'un jeu de décoller un ex-libris.

Le fer poussé en or ou à froid sur la reliure sera-t-il une plus sûre garantie ? Assurément. Mais encore ne saurait-il suffire, car enfin ce n'est rien pour celui qui veut s'emparer d'un volume, que d'en briser la reliure et de le faire réhabiller à nouveau.

Donc, les moyens de garantie très suffisants pour un bibliophile, ne sauraient l'être pour le conservateur d'une bibliothèque publique.

Il faut, de toute nécessité, qu'il ait recours au timbrage à l'encre indélébile. C'est un mal, mais c'est un mal nécessaire : il faut le subir.

Il faut que, non seulement les titres, mais encore les gravures, soient marqués d'une estampille inaltérable, qui, à quelque moment que ce soit et où que ce puisse être, permette, soit à un commissaire priseur, soit à un directeur de mont-de-piété, soit à un libraire, de réintégrer dans un dépôt public le livre ou la gravure qui n'en aurait jamais dû sortir.

Depuis fort longtemps, ce système de timbrage est pratiqué à la Bibliothèque nationale de Paris et, nulle part ailleurs, les pertes de volumes n'ont été moins nombreuses. Un timbre de quelques millimètres, placé sur le titre des livres ou sur les feuillets des manuscrits, un autre, plus petit, posé sur les gravures, suffisent depuis plus d'un siècle à assurer l'intégrité de ce magnifique dépôt. Et je mets en fait que, parmi les nombreux travailleurs qui se pressent dans cet arsenal de la science, aucun n'a été choqué par la vue de ces timbres proprement placés sur le blanc du titre d'un volume, ou délicatement apposés « à cheval » sur le trait carré d'une estampe ou d'une vignette, sans qu'aucune partie essentielle de la gravure ou de la signature des artistes fût atteinte.

Ces livres, immobilisés, pour ainsi dire, par le fait de leur entrée dans le grand dépôt, portent non pas l'obscure et orgueilleuse livrée d'un maître passager, mais bien l'insigne d'une condition spéciale qui les constitue partie intégrante du noble édifice élevé en l'honneur de la pensée humaine.

Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de toutes les autres bibliothèques publiques, des bibliothèques de cercles et de sociétés, exposées à tant d'aléats divers ?...

Je crois, Messieurs, que vous partagez mon avis. J'aurais voulu l'exposer avec de plus grands développements, mais vous le savez, les instants sont comptés et puis, vous me permettrez bien de me souvenir du proverbe intelligenti pauca, qui eut rarement une aussi complète application.

En conséquence, j'ai l'honneur de vous soumettre la motion suivante, que je prie M. le Président de mettre aux voix :

Considérant qu'il importe au plus haut point de garantir de la façon la plus efficace l'intégrité des dépôts publics, bibliothèques nationales ou communales ou bibliothèques de cercles, de lieux de réunion ou de sociétés, les membres de la Conférence du Livre, réunis à Anvers, pleins de confiance d'ailleurs dans le sens pratique et artistique des conservateurs de ces dépôts, émettent le vœu qu'à l'avenir une marque ou estampille spéciale, indélébile, soit apposée sur tous les livres, manuscrits ou gravures confiés à leurs soins.

Ils invitent les autorités dont dépendent ces dépôts publics à prendre des mesures en conséquence.

De chaleureux applaudissements accueillent cette plaidoirie en faveur de la conservation des livres rares. Monsieur le Président, se faisant Tinterprêté de l'assemblée, présente ses sincères félicitations à l'orateur.

M. Jorissenne. — Comme il convient de mettre de la suite dans nos travaux, je vous prie de m'accorder quelques instants la parole et d'envisager la protection du livre à un autre point de vue. Les considérations très justes que nous a fait valoir avec beaucoup d'élégance M. le marquis de Surgères, ont une grande valeur pour la bonne conservation de nos bibliothèques, du moment où les propriétaires ont le désir de garder leur bien en parfait état. Mais ce n'est pas toujours le cas et le livre est exposé à mille vicissitudes désastreuses. Sans compter les dangers, plus ou moins inévitables, que les incendies, les inondations et les autres causes matérielles de destruction lui font courir, il est à la merci du premier venu ; il tombe dans des mains indignes, soit par héritage, soit par hasard ; l'acquéreur est maître de son sort.

Le livre n'est protégé que par le bon vouloir du possesseur. C'est là une situation regrettable et inquiétante.

Les monuments, œuvres artistiques ou archaïques, offrant un intérêt esthétique ou un intérêt historique, sont de plus en plus couverts de l'égide gouvernementale dans la plupart des pays européens ; non seulement les chefs-d'œuvre de l'architecture sont garantis de la destruction et sont restaurés avec un sens artistique à peu près honnête, mais les statues et les tableaux sont retirés des mains imprévoyantes avec une louable et active sollicitude. Pourquoi le livre n'obtient-il pas une protection pareille?

Le livre rare est souvent un monument artistique ou historique plus précieux, plus utile à l'humanité que les édifices de pierre et de bois. A-t-on assez souci des ouvrages égarés dans les bibliothèques particulières? Quelqu'un est-il chargé de surveiller les exemplaires uniques ou de choix ? On peut à peine répondre que les bibliothécaires de l'État sont chargés d'acquérir les ouvrages intéressants qu'ils rencontrent ; mais nous connaissons la pénurie de leurs ressources financières.

J'ai vu des livres belges, d'une extrême rareté, passer entre les doigts mercantiles de libraires-brocanteurs étrangers, en dépit des avertissements transmis en haut lieu. Ne croyez-vous pas que nous devons réclamer vigoureusement contre cette indifférence ?

Quand il s'agit de propriétés foncières et d'immeubles, la loi se dresse draconiquement contre l'individu au nom de la société toute-puissante. Je n'oserais pas dire fort haut que l'expropriation en matière artistique serait souvent plus légitime et plus utile que dans le domaine purement matériel, on me traiterait de rêveur ; mais je crois que dans un certain nombre d'années, on formulera cette pensée à ma place.

A défaut de droits, émettons des vœux et espérons qu'une réunion d'hommes compétents, comme celle qui compose cette Conférence, aura la voix assez forte pour se faire entendre des gouvernements, dispensateurs de nos finances.

Il serait à désirer que l'on connût au moins et que l'on pût suivre les pérégrinations de tous les ouvrages uniques, n'ayant pas été reproduits par la typographie, des livres ayant un mérite artistique, bibliographique, historique, etc. Ce recensement n'est pas impossible et un appel circonstancié des autorités compétentes, aidées par le pouvoir, ne resterait pas infructueux. Je n'entrerai pas dans le détail des voies et moyens ; j'émets un vœu général. L'ignorance est grande en ce monde, et que de merveilles ont fait l'apanage de gens incapables d'en deviner l'importance ! Je voudrais qu'on leur prêtât une lumière, au risque de surexciter leurs instincts cupides et avares. Mieux vaut cela que la perte irréparable d'un livre précieux.

Vous êtes trop au courant du sujet pour que je vous cite des exemples ; et il n'est pas besoin que je vous rappelle les beaux livres enfouis dans les recoins humides des presbytères et des sacristies, dans les greniers rustiques, dans les combles des châteaux, pâture des rongeurs et des moisissures envahissantes ; vous raconterai-je l'histoire d'un cartulaire de Charlemagne qui servait de soutien à un meuble boiteux ? Et les parchemins dont on fabriquait des tambours en l'honneur de St-Nicolas ? Non, je ne m'étendrai pas plus longuement sur ces désolantes aventures, et je me bornerai à vous demander un vote approbatif.

Je vous propose de demander aux divers gouvernements la protection du livre, une recherche active de tous les monuments bibliographiques, une assimilation de ceux-ci aux autres monuments artistiques, et l'acquisition de tous ceux qui sont en danger surtout et même du plus grand nombre possible.

M. De Goey. — Il faudrait demander aux gouvernements de former un fonds pour l'acquisition d'œuvres rares venant sur le marché. Il semble que ce système marche à la satisfaction générale en France, où il existe un fonds spécial.

M. Van Lee. — Je pense ne pas me tromper en disant qu'il s'agit ici d'un crédit pour les bibliothèques et non pour l'acquisition de raretés. On ne s'en occupe pas, et où cela nous conduirait-il ?

M. Jorissenne. — Je crois qu'on devrait éclairer particulièrement la conscience souvent obscurcie des gouvernements. Il est urgent que les gouvernements envisagent les livres rares comme des monuments et qu'ils fassent des efforts pour les acquérir. Il faut bien avouer que souvent, en cette matière, les collectivités gouvernementales n'ont pas montré un sentiment plus scrupuleux de leur devoir que les particuliers les plus vulgaires, et qu'elles entendent ordinairement mal la question d'argent.

M. le Marquis de Granges. — En France il n'existe pas de crédit spécial et cependant cela s'y pratique.

M. Manceaux. — Sans crédits spéciaux il ne peut exister de commissions qui visiteraient les bibliothèques pour voir si elles sont en ordre.

M. De Goey. — Nous n'avons pas le droit de toucher à la liberté individuelle.

M. Manceaux. — Mais à Bruxelles cela se pratique, lorsqu'on signale un livre rare quelque part, on tâche de l'acquérir.

M. Van Nuet. — Il ne faut pas d'inquisition.

M. Dauby. — J'accepte la proposition si l'on en éloigne l'inquisition.

M. Jorissenne. — Il est évident que l'on ne pourrait se livrer à l'arbitraire, mais il y a des mesures à prendre, la commission pourrait, par exemple, envoyer des lettres, des circulaires, etc. aux détenteurs.

M. Manceaux. — Décidons le principe.

M. De Goey. — Il aurait fallu, me semble-t-il, ajouter à la proposition les mots : livres rares quand ils se trouvent sur le marché.

M. Jorissenne. — Nous devons tacher de faire assimiler les livres rares aux monuments. Il faut que nous fassions tous nos efforts pour en arriver là.

M. Magnuski. — Il aurait fallu aussi y ajouter les mots : s'il y a lieu, car, certains gouvernements le font déjà.

M. Jorissenne. — Je propose d'ajouter à la proposition de M. le Marquis de Granges de Surgères le paragraphe suivant :

La Conférence du Livre émet le vœu qu'il soit fait des démarches auprès des gouvernements de tous les pays, pour qu'il soit créé, s'il y a lieu, des fonds destinés à l'achat des curiosités bibliophiliques qui se présentent sur le marché, et pour mettre les conservateurs des bibliothèques publiques en mesure de surveiller la marche d'un objet de cette nature, afin d'en rendre un jour acquéreur le gouvernement de son pays.

M. le Président — Je mets aux voix la proposition de M. le Marquis de Granges de Surgères, modifiée par M. Jorissenne.

La proposition est adoptée à l'unanimité.

Monsieur De Goey s'étant abstenu voudra bien faire connaître le motif de son abstention.

M. Roger De Goey. — Je me suis abstenu parce que je trouve que la proposition a été mal formulée.

M. le Président. — Nous passons maintenant au troisième paragraphe du programme, pour lequel Monsieur Buschmann est inscrit, et qui est formulé comme suit :

Classement international des Caractères d'Imprimerie.

M. Buschmann. — Si je me permets de prendre dans cette assemblée la parole sur l'utilité d'un classement uniforme des caractères d'imprimerie, c'est pour me rendre au désir exprimé par le Comité organisateur du Congrès, de voir introduire la question par un des membres de ce Comité, et non parce que j'ai la prétention d'ouvrir des vues nouvelles sur cet important objet.

En plus d'une circonstance, la mesure typographique a été discutée, sans que cependant ces examens de la question aient amené un résultat pratique.

Sous le rapport de la dénomination des caractères, cependant, des progrès importants ont été accomplis depuis quelques années. La maison Laurent et De Berny de Paris, a depuis une vingtaine d'années déjà remplacé les anciennes dénominations : cicéro, petit-romain, etc, par celle de la force de corps : onze points, neuf points. Au caractère se rapprochant le plus de dix points, la philosophie, ces Messieurs ont donné exactement cette mesure, pour en faire la base d'un système décimal.

Cette innovation, dont l'importance n'échappera à personne, a promptement trouvé des imitateurs, sinon pour l'adoption d'une même mesure, tout au moins pour ce qui concerne les appellations.

Tous les fondeurs et tous les imprimeurs sont, je pense, d'accord sur l'utilité d'une mesure unique et de dénominations uniformes, et l'adoption du système métrique comme base de ce mesurage, serait évidemment la plus logique et la plus sure.

Cependant, ce qui s'oppose à l'introduction d'un point métrique, c'est la crainte qu'éprouvent les fondeurs de rencontrer de l'opposition de la part des imprimeurs, pour qui l'emploi simultané de caractères différents présenterait certainement des inconvénients ; tandis que ce qui, jusqu'à présent, a été le principal obstacle à l'unification de la mesure typographique n'est pas seulement l'usage de deux points, le point Fournier et le point Didot, mais encore la différence de valeur attribuée à chacune de ces mesures.

Dans l'édition de 1764 de son Manuel typographique, Fournier déclare que l'invention du point typographique est le premier hommage qu'il a rendu à la typographie et que ce point équivaut à la sixième partie du pied de roi, mesure en vigueur à cette époque.

D'après le Livret typographique de Messieurs De Berny & C°, de Paris, ce point typographique correspond au trois huitièmes du millimètre. Par contre, Messieurs A. & F. Van der Borght, de Bruxelles, attribuent, dans leur spécimen N° 384, au même point Fournier, la longueur de trois

neuvièmes du millimètre et, dans sa Notice historique sur la fonderie Van der Borght, M. Jean Dumont soutient l'exactitude de cette dernière assertion et prétend que les fondeurs français font erreur en donnant au point Fournier trois huitièmes du millimètre, attendu que le pied de roi équivaut à 324 millimètres. Il croit pouvoir en inférer que la mesure, dont se servent les fondeurs de France, est le point Didot et non le point Fournier.

Mais, en faisant le calcul d'après les données de M. Jean Dumont, qui sont d'ailleurs exactes, on constate que le pied de roi valant 324 millimètres, le pouce vaut 324 : 12 — 27 millimètres, et comme il y a 12 lignes dans un pouce et six points dans une ligne, soit 72 points, le point typographique à 0,375 millimètre, c'est-à-dire exactement trois huitièmes de millimètre, ainsi que le disent MM. De Berny & C° et non trois neuvièmes comme le prétendent MM. Van der Borght.

Mais en réalité, quand on alligne 100 cadratins du corps 10 de De Berny (leur philosophie), on arrive à peu-près à 377 millimètres soit près de 2 millimètres de plus qu'il n'en faudrait pour obtenir une mesure rigoureusement exacte. J'ajoute cependant que cette différence peut provenir de ce que le rapport du pied au mètre n'est pas absolument comme 324 est à 1000.

D'un autre côté 100 cadratins du corps 10 de Van der Borght (petitromain), mesurent 339 millimètres, soit une différence de 38 millimètres ; 900 points De Berny correspondent à 1000 points Van der Borght. C'est en effet le rapport du point Didot au point Fournier (12 D = 13 F).

Mais cela ne prouve pas que les fondeurs français se servent du point Didot en lui attribuant erronément le nom de Fournier.

D'après les calculs ci-dessus, la mesure employée par De Berny serait donc vraiment le point Fournier ; le point Didot serait plus grand encore, et la mesure dont se servent Van der Borght serait plus petite que le point Fournier.

Il m'a été impossible de comparer avec une égale exactitude les points des fondeurs d'autres pays, mais j'ai tout lieu de croire que des divergences sensibles existent entre eux.

Quoiqu'il en soit, les faits signalés établissent suffisamment que, en dehors du manque d'unité de mesure, on n'est pas même d'accord sur la valeur exacte des deux mesures en vigueur, le point Fournier et le point Didot.

Il est évident que cette différence de base présente de grands inconvénients, surtout sous le rapport du parangonage et de la justification ; néanmoins ces inconvénients n'empêchent pas la plupart des imprimeurs de se fournir dans diverses fonderies- Il n'est pas rare en effet, de rencontrer dans une même imprimerie, en Belgique surtout, des fontes belges, françaises, anglaises, allemandes et hollandaises ; il se vend même en Belgique des caractères italiens et américains. En certaines circonstances, les imprimeurs

remettent, il est vrai, au fondeur quelques lettres des caractères qu'ils possèdent déjà, pour lui permettre de régler sa fonte d'après ces types ; mais cela ne se fait pas toujours, et devient même impossible pour les fleurons, les encadrements et les ornements qui, généralement, ne se fondent pas sur commande.

Si donc, d'un côté, il est facile au fondeur de tenir compte de la force de corps indiquée, et que, de l'autre côté, les imprimeurs se tirent assez bien d'affaire même sans cette condescendance du fondeur, le moyen d'arriver à une mesure unique doit exister, et l'introduction de celle-ci dans toutes les fonderies doit être moins difficile que cela ne paraît au premier abord. Ce qui s'est fait à l'époque à laquelle Didot remplaça le point Fournier par le sien, peut se faire encore.

Une fois cette base admise, l'emploi des anciennes dénominations : perle, parisienne, nonpareille, mignonne, petit-texte, gaillarde, petit-romain, philosophie, cicéro, st-augustin, gros-texte, gros-romain, parangon, palestine, petit-canon, trismégiste, gros-canon, etc., ne présenterait plus le moindre inconvénient. Je pense au contraire qu'en remettant ces noms en honneur, mais en leur attribuant une mesure métrique exacte, on contribuerait largement à faire entrer celle-ci dans la pratique.

En effet, c'est la routine, et la routine des noms plutôt que celle des choses, qui s'oppose le plus souvent à l'introduction d'une nouveauté, alors même qu'elle constitue un progrès. C'est en vertu de ce principe que nos charpentiers et nos maçons continuent à mesurer au pied et au pouce, nos tailleurs et nos lingères à l'aune, et que ni la livre, ni la pinte n'ont été entièrement détrônées par le système métrique, malgré son imposition légale, vieille d'un siècle.

Il est plus que probable que, si l'on avait appliqué les anciens noms aux poids et aux mesures modernes, l'usage de ceux-ci se serait plus rapidement vulgarisé. A mon avis, il en serait de même en ce qui concerne la mesure typographique.

Si, cependant, la fixation d'une échelle décimale, ayant pour base une subdivision du mètre, présentait plus de difficultés que je n'en prévois, il serait toujours possible d'adopter une base unique, soit le point Fournier, soit le point Didot, et d'en fixer la mesure exacte relativement au mètre.

J'ai à vous présenter, en terminant des excuses au sujet des nombreux termes techniques que j'ai été amené à employer dans cette étude, ce qui a pu être fastidieux pour les personnes étrangères au métier, ici présentes. Mes observations s'adressant surtout aux fondeurs de caractères d'imprimerie, il était difficile de faire autrement. C'est d'eux que doit venir l'initiative du classement uniforme, dont j'ai l'honneur de recommander l'emploi ; je ne désire pas que l'on vote aujourd'hui même sur cette question importante, l'heure est avancée et je demande moi-même que la discussion soit reprise demain. Nous avons parmi nous des hommes du métier qui

auront sans doute leurs idées à émettre, et à indiquer les moyens pratiques d'arriver à une entente entre tous les fondeurs.

M. Dauby. — Je comptais vous entretenir aussi de cet objet, dont, ainsi que l'honorable Monsieur Buschmann vient de le dire, l'importance est extrême. C'est pourquoi je suis également d'avis, que nous ferions bien de remettre la suite de la discussion à demain.

M. le Président. — Il n'est pas midi, et nous n'avons pas de temps à perdre pour traiter toutes les questions qui figurent au programme. D'autre part, il est bien tard pour aborder un autre sujet. Dans l'intérêt de la discussion, il vaudrait donc mieux la poursuivre sans interruption.

M. Roger de Goey. — La question est de celles qu'on peut difficilement discuter au pied levé, et qui demandent de mûres réflexions.

M. le Président. — M. Dauby nous a appris qu'il a préparé une étude relative à la question qui nous occupe en ce moment, je le prie de bien vouloir en donner lecture, cette lecture peut avoir son utilité au point de vue de la discussion qui surgira, soit dans la séance plénière, soit dans notre réunion de demain.

M. Dauby. — La question du classement international des caractères d'imprimerie est complexe : sans parler de la nécessité qui s'impose chaque jour davantage, par suite des relations plus promptes et plus actives entre les différents peuples, de voir adopter un type d'œil uniforme, en faisant disparaître, au point de vue de la diffusion de l'étude des langues, les dissemblances qui existent, par exemple, entre la forme des caractères allemands et celle des caractères français, il y a quantité de questions qui se rattachent à ce classement.

D'abord, celle de la mesure, dont l'importance n'échappera pas à l'attention de la Conférence. Elle fut examinée d'une manière spéciale et remarquable à propos des desiderata proposés au Grand Concours International de Bruxelles en 1888, dans un intéressant mémoire dû à un fondeur belge, M. Schildknecht. Il affirme, et nous partageons à cet égard son avis, qu'on ne peut que conjecturer ce qu'ont été pendant longtemps et jusqu'au xvm me siècle, comme mesure, les diverses forces de corps, car les moyens d'appréciation ont disparu, sauf peut-être une exception pour le musée Plantin-Moretus d'Anvers, dont notre éminent secrétaire général est le savant et habile conservateur, ont disparu, dis-je, avec les caractères eux-mêmes, qui étaient mis à la fonte après un certain degré d'usure.

H faut admettre cependant qu'il y avait de bien grandes diversités, car, en 1737, Fournier jeune, un des fondeurs français les plus renommés du temps, proposa l'unification de la mesure et l'établissement d'un rapport proportionnel. Il créa le point typographique ou prototype auquel il donna une valeur égale à la douzième partie du caractère dit cicéro, le seul de tous dont la force était généralement uniforme.

Ce système, qui prit le nom de son auteur, ne tarda pas à être adopté

par l'imprimerie ; il est encore suivi de nos jours dans un très grand nombre d'établissements en France, dans certaines fonderies de l'Allemagne et particulièrement en Belgique.

Mais il . est incompréhensible et certainement regrettable au point de vue de la fonderie internationale, que Fournier jeune ait continué d'appliquer lui-même aux caractères les noms conventionnels anciens, depuis la sédanoise (corps 4) jusqu'à la grosse nonpareille (corps 96), tandis que sa division de corps, aussi simple qu'utile, impliquait la simple indication des corps par le nombre de points, terme précis, pratique, qui défiait toutes les arguties.

Quoiqu'il en soit, en 1780, Ambroise-François Didot, le célèbre fondeurimprimeur français, frappé aussi de l'utilité qu'il y avait à donner à la typographie une valeur appréciable de mesure, assigna au point la sixième partie de la ligne du pied de roi.

Dans ces conditions, le point Didot devait prévaloir, en France surtout, puisqu'il sortait de l'inconnu et se rattachait à la mesure de longueur de l'époque.

Si, en Belgique et dans d'autres pays, il n'a pas été admis avec la même faveur, c'est sans doute à raison de ce que, ne possédant pas le même étalon de mesure que la France, l'utilité de substitution du point Didot au point Fournier n'y avait pas la même raison d'être.

Si Didot avait pu prévoir, quand il créa son point, que dix années plus tard, la France allait modifier son système de mesures et adopter le mètre comme unité de longueur, il est très propable qu'il eût retardé la présentation de son système. Il n'est pas douteux qu'il n'eût fait entrer le point typographique dans le grand mouvement de réforme qui a rattaché au mètre, mesure prise sur la nature elle-même, toutes les unités de longueur, de capacité, etc. Il aurait été ainsi, s'il n'avait devancé un grand événement scientifique, que d'ailleurs rien ne faisait prévoir en 1780, le véritable promoteur de l'établissement du point typographique universel, en lui donnant une valeur appréciable par tous, car elle sortait alors du domaine de l'inconnu et de la diversité, rendant ainsi un inappréciable service à l'industrie typographique.

Sans doute encore, quel que soit le point adopté, les résultats seront les mêmes comme production typographique, c'est-à-dire qu'en dehors des hommes du métier, la réforme parait absolument indifférente. Mais, pour ceux-ci, c'est autre chose. On sait, en effet, que le caractère proprement dit, n'entre pas seul dans la constitution d'un travail de composition. Dès l'instant qu'il est admis dans une imprimerie, il faut doter celle-ci de tout le matériel accessoire appartenant au système et qui est aussi indispensable que le caractère lui-même.

Le mélange des points Fournier et Didot, j'en appelle aux honmaes pratiques, est une véritable cause d'empoisonnement dans un matériel, et

fait obstacle à toute composition rationnelle de tableaux. En dehors de ces différences déjà marquées, je me borne à signaler, par exemple, celle des blancs qui accompagnent les caractères de fantaisie que fournissent deux pays voisins, l'Allemagne et la France. Il est rarement possible de les faire cadrer avec les blancs des caractères usuels, d'où les nombreux inconvénients que l'on connaît.

Ensuite, et du même coup, il y aurait lieu de faire disparaître la différence de hauteur qui existe entre Les caractères flamands ou néerlandais et les caractères français. Unité de point, unité de hauteur, tels sont les grands desiderata de la typographie universelle.

Certes, nous ne méconnaissons pas les objections déjà marquées et qu'on pourrait faire valoir encore à l'adoption d'un point typographique universel, la perturbation qu'elle amènerait dans le matériel actuel de beaucoup d'établissements ; mais les mêmes objections ont été faites, lorsqu'il a fallu substituer, par exemple, aux presses à bras, les presses mécaniques, puis à celles-ci les presses rotatives : c'est la loi de tout progrès. Les chemins de fer ont détruit de fond en comble tout l'organisme et le vieux matériel des diligences ; s'est-on arrêté à la dépense pour réaliser ces grandes conquêtes du génie industriel ?

Nous ne croyons pas que la transformation progressive d'abord, radicale ensuite du point et de la hauteur typographique^, soit absolument irréalisable.

Déjà pour les journaux quotidiens, le matériel des caractères est périodiquement renouvelé pour ainsi dire en entier. Pour les imprimeries de labeurs et ouvrages de ville qui se montent à nouveau, nulle difficulté ; resteraient les maisons existantes qui pourraient se préparer à cette utile réforme dans un avenir plus ou moins prochain et réaliser cette désirable unité, tant pour les fondeurs en caractères que pour les imprimeurs typographes de tous les pays.

Nous croyons, en conséquence, devoir formuler les vœux suivants :

La Conférence émet le vœu de voir adopter une hauteur et un point typographiques universels, basés, s'il est possible, sur une mesure métrique invariable dans tous les pays, et charge un comité international de fondeurs et d'imprimeurs typographes, à désigner parmi ses adhérents, d'établir un étalon à cet égard et à le répandre par tous les moyens de publicité, notamment par l'intermédiaire des journaux traitant de Part de l'imprimerie.

Elle invite les propriétaires des journaux quotidiens ou éditeurs, à se conformer à cet étalon pour les prochains renouvellements de leur matériel et engage tous les fondeurs et imprimeurs typographes à l'appliquer dans leurs établissements dans le plus bref délai possible.

M. Van der Borght. — Si l'assemblée le permet, je vais essayer de formuler quelques idées sur ce sujet, sauf à y revenir demain, s'il y a lieu.

La question, je ne fais que le répéter après les honorables préopinants,

est des plus importantes au point de vue du matériel. Depuis longtemps, des spécialistes distingués s'en sont occupés.

Nous avons entendu discuter tout à l'heure sur l'unification du format du papier et des volumes. L'assemblée a émis le vœu que cette unification soit basée sur le système métrique ; le format, le papier, la reliure, tout le livre enfin. C'est un idéal qu'il est désirable de voir se réaliser.

M. le Président. — Je ferai observer à l'orateur, que nous nous occupons en ce moment des caractères d'imprimerie.

M. Van der Borght. — Précisément, M. le Président, j'allais y arriver. A la suite des unifications, dont je viens de rappeler le desideratum, le Point typographique à établir est une conséquence nécessaire. Après la hauteur et la largeur des pages imposées à l'imprimeur, l'uniformité du point typographique s'impose d'elle même.

Le matériel de nos fondeurs repose, ainsi que l'a très bien dit M. Buschmann, sur deux points-types connus sous les noms de point Didot et de point Fournier. Ce sont les plus connus en Europe. En Angleterre et en Amérique, il existe d'autres systèmes, mais sans combinaison de point. Il faudrait arriver à faire accepter par la généralité des intéressés un point unique, établi sur une base étant une division régulière du système métrique.

Je bornerai là pour le moment mes observations, réservant à demain un examen plus complet de la question.

La séance est levée à midi.

La séance est ouverte à 9 */« heures.

M. le Président demande à M. Aulit de donner lecture du procèsverbal de la première séance.

M. Aulit déclare avoir été empêché de rédiger cette pièce, à cause de ses absences, nécessitées par ses fonctions, et dépose sur le bureau la liste de présence et les textes des discours lus à la première séance, qu'il avait recueillis.

M. Buschmann. — La lecture faite par M. le secrétaire, à l'assemblée plénière d'hier, ne constitue pas un rapport ; il s'est en effet borné à reproduire une partie du discours de M. Dauby, sans même faire mention des œuvres très remarquables lues par M. le marquis de Surgères, et par

M. Magnuski, ni des observations très judicieuses faites par d'autres membres. La conséquence de cette déplorable lacune est que la discussion, à l'assemblée générale, a été très embrouillée et que les mêmes arguments, présentés déjà ici, y ont été reproduits sans aucune utilité. Il n'existe pas davantage de procès-verbal de notre première assemblée, comme vous venez de l'entendre. Dans ces conditions, nos travaux n'offrent pas un caractère bien sérieux. Sans avoir pu prendre de notes, par suite des discussions auxquelles j'ai été engagé, j'ai, pour mon usage personnel, rédigé, de mémoire, un petit rapport sur la séance d'hier. Si vous le permettez j'en donnerai lecture, afin de retracer les débats d'hier et de faciliter la suite de nos travaux. Si vous approuvez ce rapport, il pourra tenir lieu de procès-verbal, et servir en même temps de rapport à l'assemblée plénière de ce soir. Je le compléterai par le procès-verbal de la séance actuelle, et de cette manière notre section figurera régulièrement au rôle des travaux des assemblées générales.

M. le Président consulte l'assemblée qui accorde la parole à M. Buschmann pour la lecture de son rapport. (Ce travail est reproduit dans le compte-rendu de l'assemblée plénière du 8 Août.)

M. Dauby. — Je crois être l'interprète des membres de la section en remerciant M. Buschmann de l'excellent rapport qu'il nous a présenté et qui est en quelque sorte la photographie réduite, mais très fidèle, de la discussion d'hier.

M. Aulit. — A mon tour, je tiens à remercier vivement M. Buschmann du service qu'il nous a rendu. Pour ma part, je dois lui exprimer ma reconnaissance pour le secours qu'il m'a apporté dans l'accomplissement de la mission qui m'avait été imposée par l'assemblée.

M. Dauby. — Je place sous la protection de vos souvenirs les discussions d'hier. Il s'est produit un malentendu dont on peut expliquer l'origine par les développements qui ont été présentés. Pour mettre d'accord les observations qui nous ont été faites avec les vœux formulés par la section, il convient, me semble-t-il, de simplifier. C'est pourquoi, j'ai l'honneur de vous proposer l'adoption d'une modification exprimant le désir de l'assemblée de voir adopter dans chaque pays une mesure, basée autant que possible sur le système métrique, mesure recommandée particulièrement aux bibliothèques publiques, aux associations privées et aux syndicats professionnels.

M. le Président. — Il est bien entendu que les noms attribués aux divers formats ne font rien à l'affaire. Nous laissons les noms pour ne nous attacher qu'à la chose. Il s'agit simplement d'une question de triage.

C'est ainsi qu'en adoptant le système préconisé, nous aurions des in-4°, des in-8°, etc., de différentes dimensions.

M. Aulit. — Il s'agit donc d'un métrage variant d'un maximum à un minimum.

M. Dauby. — Dans plusieurs pays, notamment en Angleterre, le système métrique n'est pas généralement appliqué.

La proposition que nous avons l'honneur de faire, répond à cette difficulté.

Nous exprimons le vœu de voir adopter dans chaque pays une mesure régulière rapprochée le plus possible du système métrique, mais pouvant par conséquent être adaptée également aux mesures propres à chaque contrée.

Il appartiendra à ceux qui feront partie de l'aréopage chargé de traduire en fait les vœux que nous formulons, ce qui constitue, à mon sens, notre principale mission, d'arrêter les bases les plus favorables à une entente commune.

Veuillez remarquer, en outre, que nous généralisons absolument, en ne spécifiant point de formats particuliers de telle ou telle espèce.

Nous ne pouvons évidemment déterminer d'avance si un in-8° ou un in-folio aura une mesure strictement déterminée.

C'est encore là une question qui sera examinée plus tard. Il s'agit de poser un premier jalon.

Nous ne pouvons pas tout vouloir à la fois. Ce serait s'exposer à ne pas faire de bonne besogne.

Franchissons le premier pas, et marchons lentement mais sûrement. M. Buschmann. — Je me vois forcé de revenir sur les objections que j'ai eu l'honneur de vous présenter hier en vous demandant si, par la mesure que vous proposez, vous entendez une mesure de longueur indiquant la hauteur et la largeur du volume, ou bien une mesure de superficie établissant le rapport de la hauteur à la largeur. En d'autres termes, si vous entendriez par la dénomination in-4° tout volume dont le rapport de la hauteur à la largeur est comme 30 est à 23, par exemple ; par in-8° celui dont ce rapport serait comme 23 est à 15, et ainsi de suite. M. Dauby. — Non.

M. Buschmann. — Donc, pour nous, ce serait le système métrique qui servirait de base, pour l'Angleterre le pied et la pouce, et ailleurs ce serait une autre mesure encore, mais toujours une mesure de longueur, indépendante du rapport de la hauteur à la largeur du volume.

Il me semble que dans ces conditions le mesurage proposé par M. Dauby ne présenterait pas plus d'avantages que les dénominations actuellement en usage. Ainsi que je le faisais remarquer hier, il faut pour être clair faire usage de deux termes dont l'un rappelle les dimensions du papier et l'autre le nombre de fois que la feuille est pliée, ou bien, créer un mode de mesurage tout nouveau qui n'ait rien de commun avec l'ancien, sans quoi on risquerait de discuter à l'infini, et la confusion continuerait à régner. Il est donc nécessaire de déterminer clairement avant tout, de quel genre de mesure il s'agit.

M. Aulit. — Nous en avons eu la preuve par ce fait que des Anglais, faisant partie de la Conférence, ne se rendent pas compte de ce qui a été voté !

M. Dauby. — J'ai visé, en parlant de l'unification des formats, celui du livre. Cette question et celle du format du papier embrassent deux objets distincts.

Ainsi que M. Buschmann nous l'a dit, le pliage du papier est chose essentiellement arbitraire. Pour Tin-8°, par exemple, on peut lui donner 15 ou 20 grandeurs différentes, sans s'écarter de la qualification usitée.

La mesure du papier n'est pas en discussion. Une feuille de papier in-folio pliée en quatre devient un in-4°.

Nous sommes d'accord sur ce point, à savoir que dans la proposition soumise à vos délibérations, nous ne pouvons prendre le format du papier pour base.

Le point de vue réel est celui-ci : Nous exprimons le vœu que les volumes, auxquels on accorde tel ou tel qualificatif, aient une grandeur déterminée.

C'est à cela que nous nous bornons, et la question de papier est laissée absolument de côté.

M. Buschmann. — Mais si vous voulez que les volumes, auxquels on accorde tel qualificatif, aient une grandeur déterminée, il faut tenir compte des deux dimensions et les fixer toutes deux au moyen de deux mots, ou bien établir une mesure de relation entre les deux termes. Il n'y a pas à sortir de là.

M. Michaux. — De la discussion à laquelle nous venons d'assister, on peut conclure, qu'il est désirable que les formats soient ramenés à un type unique de manière que tout le monde sache immédiatement à quoi s'en tenir quand j'énonce le qualificatif in-8°, etc.

Tout autre principe sur lequel on s'appuyerait, est faux.

M. Paul Cogels. — J'approuve entièrement les considérations qui nous ont été présentées par M. Buschmann, sur la dénomination des formats.

Nous nous trouvons sur ce point dans une situation analogue à celle des anciens naturalistes. Je rappellerai à cet effet que la classification en histoire naturelle est restée dans le chaos jusqu'à ce que Linnée eût généralisé l'emploi de la nomenclature binominale.

Nous pouvons, me semble-t-il, espérer de l'adoption de ce système les mêmes féconds résultats pour l'objet qui nous occupe.

M. Georges Moreau. — Ne nous embarrassons point de considérations qui sont inefficaces au point de vue du but à atteindre. On demande que les livres soient de même grandeur. Qu'importe le pliage d'une feuille de papier en 8 ou en 24, du moment que l'on convient d'un format identique suivant la classification ? En convenant d'une dimension déterminée pour chaque division, on obtiendra le résultat que l'on poursuit.

Ainsi, par exemple, sera format in-8°, tout format qui se rapprochera de l'ancien format in-8° ; cet in-8° n'aura pas sa signification vraie, mais l'objectif souhaité au point de vue du livre, sera atteint.

M. Roger de Goey. — Tout le monde, je pense, est parfaitement d'accord sur ce point, qu'il serait désirable qu'on donnât aux livres d'une même catégorie, la même hauteur et la même largeur. Nous pouvons donc, à mon avis, considérer cette question comme résolue.

Émettons le vœu que cela soit. C'est toute la consécration que nous ayons à donner à la discussion qui vient d'avoir lieu. Ce n'est pas à nous à rechercher les moyens d'appliquer le desideratum que nous formulons. C'est affaire à ceux à qui nous présentons la recommandation. Peu importent les dénominations qu'il s'agira d'établir. A chaque jour suffit sa peine. C'est un soin dont on s'occupera plus tard. Nous avons à poser un premier jalon. C'est là notre mission.

M. Buschmann. — Il y, dans les idées qui ont été émises, des considérations qui méritent d'être retenues.

Cependant, il me semble, que si l'on se décide à faire usage d'un mode nouveau de détermination de format, il faut créer aussi de nouvelles appellations et abandonner les dénominations anciennes. En effet, quelle que soit la décision que prenne la Conférence ou toute autre assemblée, vous n'ôterez jamais de l'esprit des imprimeurs, et des brocheurs surtout, qu'un in-4° est une feuille pliée en quatre, un in-8° une feuille pliée en huit ; pour eux, un cahier de trente-deux pages sera toujours un in-16 comme un cahier avec encartage comprenant 12 feuillets, sera toujours un in-12. Ne perdons pas de vue que l'imprimeur et le relieur considèrent les choses à un autre point de vue que le libraire et le bibliophile. Pour ceux-ci, le résultat obtenu, le livre terminé est tout ; ce qui, par contre, intéresse les premiers, c'est le moyen d'arriver à ce résultat. La dimension du livre attire l'attention du bibliophile, du bibliothécaire ; la manière d'imposer la forme, de marger et de plier la feuille de papier préoccupe l'imprimeur. Le nom conventionnel, quel qu'il soit, que vous donnerez à tel format de livre vous suffit, à vous, bibliophiles ; il ne nous convient pas à nous, imprimeurs, s'il peut donner lieu à confusion ; or, pour qui connaît la puissance de la routine, la persistance des anciens usages et des vieux mots dans les ateliers, cette confusion est inévitable. Si donc vous voulez adopter un système nouveau, il faut en créer un de toute pièce et pouvoir vous détacher entièrement de celui qui existe, en laissant à ceux qui ont intérêt à continuer de faire usage des anciens mots, de les employer pour désigner des objets qui ne vous intéressent qu'indirectement.

M. Roger de Goey. — Je n'entends pas faire la critique des idées excellentes qui ont été mises en avant par plusieurs orateurs. Je trouve seulement que, pour être pratique, il ne faut pas trop vouloir à la fois,

et que, pour commencer, nous devons nous borner à un vœu qui ne préjuge pas les applications qu'on pourra en faire.

M. Van der Borght. — Les formats de papier sont aujourd'hui différents dans les divers pays. Quand, par exemple, on prend du papier coquille en Allemagne, on trouvera une grande différence avec le papier de même dénomination en France et en Angleterre et de même en Belgique.

Si on pouvait, en partant de la base du format du papier, établir une identification entre les diverses dénominations, il y aurait un grand pas de fait au point de vue de l'unité de format du livre.

M. Roger de Goey. — Je persiste dans les idées que j'ai eu l'honneur d'émettre. Les deux questions, celle du format et celle des dimensions du papier, ne peuvent, à mon sens, être isolées l'une de l'autre.

Le format du livre dépend du format du papier. La motion de l'honorable préopinant me paraît acceptable.

M. le Président. — Je crois, Messieurs, que les discussions ont suffisamment élucidé la question, et que nous pouvons arriver à une conclusion.

M. Dauby. — Je me rallie volontiers, dans un but de transaction, à ce que le vœu que nous exprimons, se rapporte aux deux objets. Seulement, j'aurais désiré qu'on laissât au syndicat international qu'il s'agira de constituer pour l'application de la mesure préconisée, le soin de rechercher la meilleure manière de s'entendre.

M. Max Rooses. — Un seul mot. Il me semble qu'il y a un avantage à éclaircir autant que possible la question de savoir sur quelle base il convient d'asseoir le vœu qu'on désire présenter. Ne nous écartons pas du programme publié par le Comité de la Contérence. M. Théodor Schott y exprime son avis en disant qu'il faut déterminer la mesure des livres par la hauteur.

Il me semble que cette proposition est très acceptable.

Nous savons que, pour certains livres, la forme oblongue est préférable. Il y a lieu, d'après moi, à ne pas pousser trop loin les exigences et à déterminer uniquement le format en hauteur.

Si vous voulez fixer le carré de chaque papier, vous vous exposez à embrouiller et à compliquer outre mesure les choses. On arrange aujourd'hui les publications d'après les documents qui doivent y être insérés.

Si nous voulions faire intervenir la largeur, j'estime que nous nous exposerions à apporter le trouble dans les usages adoptés généralement. En me ralliant aux idées émises par M. Schott, je crois que nous ferions bien de nous borner à la réglementation de la hauteur, en ajoutant que la forme oblongue est permise en cas de besoin.

M. De Goey. — Les conclusions de l'honorable préopinant sont exactes au point de vue où il se place. Il a été question hier dans le

vœu que nous avons émis, de la hautctfr et de la largeur combinées. M. Rooses vise des exceptions. Nous ne pouvons que reconnaître la justesse de ses observations à ce .sujet. C'est par mesure générale que nous exprimions un désir d'unification dans les deux sens, en faisant, bien entendu, la part des exceptions.

M. Rooses. — C'est pour éviter des confusions et des complications que, pour le moment, il me semble préférable de laisser complètement de côté la question de la largeur.

M. De Goey. — Je me rallie à la proposition de l'honorable M. Rooses.

M. Dauby. — Je crois devoir revenir sur mes précédentes observations. Ne vous semble-t-il pas que dans la rédaction de son vœu, la Conférence devrait éviter de trop spécifier, et de laisser à ceux qui seront chargés de ce soin, toute latitude pour établir des règles ? M. Schott, dans la thèse qu'il a présentée au programme, cite des chiffres. Ne serait-ce pas s'exposer, en fixant ici ces chiffres, à produire des conflits entre les représentants des différents pays ?

Je vous propose de laisser au futur syndicat la mission d'établir des mesures déterminées, si possible, uniformes.

M. Rooses. — Les chiffres de M. Schott laissent une grande latitude. Il ne fixe pas de limites. Il assigne, par exemple, au folio quarante centimètres et au-delà, au quarto trente et au-delà. Je crois que la pensée serait rendue plus claire en adoptant provisoirement cette mesure. Du reste, il est bien entendu que ce n'est qu'à titre d'exemple que ces chiffres ont été pris.

M. Dauby. — Ils sont d'autant plus superflus. A tous égards, il vaudrait mieux, me paraît-il, rester dans des termes généraux et laisser au syndicat le soin de calculer les dimensions.

M. Rooses. — Je n'insiste pas.

M. Dauby. — Il ne nous reste donc plus qu'à arrêter définitivement les termes du vœu que nous voulons formuler. Je crois que toutes les opinions peuvent se rallier à une rédaction conçue à peu près en ces termes :

La Conférence exprime le vœu de voir adopter dans chaque pays une mesure régulière de hauteur basée, autant que possible sur le système métrique pour les divers formats en usage.

Elle recommande plus particulièrement l'application de cette mesure à la direction des bibliothèques publiques, aux associations et syndicats professionnels.

H est procédé au vote. Les conclusions ci-dessus formulées, sont approuvées, sauf changements de rédaction.

M. Dauby. t- Au sujet du 4° du programme de nos travaux, j'ai préparé un assez long travail, mais pour ne pas abuser des moments de

l'assemblée, je me borne aux conclusions qui pourraient, me semble-t-il être présentées par M. le rapporteur à l'assemblée générale avec chance d'être accueillies.

Cette proposition est adoptée. Voici le travail de M. Dauby :

Règles d'uniformité a proposer en ce qui concerne la tomaison, la pagination, les titres courants, les tables des matières, etc.

Prenez cent, prenez mille ouvrages de typographie moderne et vous constaterez, surtout à l'égard de la pagination, des titres courants, des tables de matières, une étonnante variété, que ne justifient ni le caractère du livre, ni l'utilité de ces indications nécessaires.

Si les œuvres que la typographie ancienne nous a léguées possèdent le haut cachet artistique que nous admirons à si juste titre, c'est à raison surtout de la parfaite harmonie qui règne dans leur ensemble et dans les rapports d'unité qui existent entre les divers éléments qui les constituent.

D'un autre côté, les progrès qui se sont si puissamment manifestés dans les arts graphiques depuis un siècle surtout, ont apporté de profondes modifications dans le matériel de l'imprimerie. Les sortes de caractères, assez restreintes autrefois, se sont multipliées dans des proportions considérables. A côté du genre classique, on a placé des types nouveaux rappelant un temps, un style, et ces types constituent autant de souches dont les ramifications sont infinies.

Le mal, c'est que des ouvriers inexpérimentés ou même des patrons et des chefs d'atelier n'ont souvent pas égard à l'unité nécessaire, par exemple, entre le titre courant d'un ouvrage et le caractère de texte employé. Tantôt, ils croiront plaire davantage, en employant pour les titres courants l'œil fort ou l'œil compact français, ou l'œil anglais, tandis que le texte sera un pur elzévier, et vice-versa, tantôt, ils n'observeront aucune proportion logique entre les deux caractères.

La fantaisie la plus arbitraire règne aussi dans l'indication de la tomaison, de la signature typographique, de la pagination, des titres courants, dans l'ordonnance et la composition de la table des matières.

Il serait utile de ramener ces points à des règles fixes, nécessité qui n'échappera pas aux hommes du métier.

Sans vouloir entrer ici dans de longs développements, j'estime qu'il y aurait lieu pour la Conférence d'émettre les vœux suivants :

1° A l'avenir, pour tout ouvrage nouveau comportant plusieurs volumes, la tomaison sera indiquée au bas de la première page des feuilles, des cahiers ou de l'onglet, par un simple chiffre romain grande capitale du

caractère gras immédiatement inférieur au texte courant ou intermédiaire, si l'ouvrage comporte plusieurs caractères. A la suite de l'indication de la tomaison et précédée d'un point et tiret, celle très-abrégée du titre principal de l'ouvrage, en petites capitales du même corps ordinaire, et, au bout ou vers le bout de la ligne, le chiffre arabe de la signature, avec ou sans point, selon qu'il s'agira de l'encart ou de la feuille ou cahier.

2° Pour tout ouvrage ou brochure ne comportant qu'un sujet, le folio sera indiqué en chiffres arabes entre deux tirets espacés d'un demi-cadratin, du caractère immédiatement supérieur à celui du texte principal.

3° Pour tout ouvrage ou brochure comportant divers sujets ou de grandes divisions naturelles, le titre courant sera composé en petites capitales ordinaires du caractère immédiatement inférieur à celui du texte et le folio placé au commencement (pair) ou à la fin de la ligne (impair), sans signe, ornement, ni ponctuation d'aucune sorte, en observant que la division principale du titre courant soit, de préférence, placée au recto des pages et l'indication complémentaire ou subsidiaire au verso.

4° Les notes seront généralement composées en caractère immédiatement inférieur à celui du texte, séparées, sans filet, par un intervalle d'un cicéro, en moyenne, du texte. Elles seront indiquées, selon la grosseur du caractère, par un chiffre arabe ordinaire ou supérieur, entre parenthèses. Les noms d'auteurs cités seront en petites capitales, les titres d'ouvrages en italique. La tomaison s'indiquera par un chiffre romain grande capitale, le titre ou chapitre, par un chiffre romain petite capitale, et la page par un chiffre arabe.

5° La table des matières sera composée en caractères inférieurs au texte courant et toujours placée à la fin du volume auquel elle se rapporte. Lorsqu'elle comportera un grand nombre de divisions, il est désirable d'observer l'ordre alphabétique ou l'ordre chronologique, selon la nature de l'ouvrage et d'espacer convenablement les divisions principales. Pour les ouvrages de longue haleine et afin de faciliter les recherches, il convient, en outre, de placer à la fin du dernier volume une table générale méthodique, avec renvoi aux tomes et pages.

6° Les journaux prennent chaque jour une place prépondérante dans les préoccupations publiques, et, sauf pour les travaux d'art, de sciences et les ouvrages spéciaux, tendent à se substituer partout au livre. On voudrait en vain s'élever contre ce courant ou l'endiguer : mais on pourrait au moins le diriger et lui donner les facilités du livre, en établissant périodiquement une table des matières, au moins pour les principaux articles et faits marquants, qu'on ne peut aujourd'hui retrouver sans de longues recherches, et en adoptant, à l'instar des périodiques anglais et américains et des bibliographiques français, par exemple, une pagination annuelle, ce qui rendrait de grands services aux bibliothèques publiques, aux hommes spéciaux et aux journalistes eux-mêmes, dont le travail,

toujours rapide, ne rencontre actuellement aucune facilité pour les recherches.

Il paraît superflu d'expliquer plus longuement le but de ces réformes désirables, sur lesquelles je crois devoir appeler spécialement l'attention de la Conférence.

M. A. Van der Borght. — La discussion des formats à établir sur le système métrique fait surgir une question des plus importantes au point de vue matériel. C'est celle du point typographique, que M. Buschmann a soulevée.

Il faut, en effet, pouvoir établir également sur le système métrique la hauteur des pages de composition et la justification des lignes qui en établissent la largeur.

Pour arriver à ce résultat, il est indispensable de baser le point typographique sur le mètre.

On sait que les dénominations que portent encore aujourd'hui les différentes forces de corps proviennent des anciens ouvrages pour lesquels ils étaient employés.

La première combinaison des points est due à Pierre Simon Fournier, dit Le Jeune, auquel nous allons donner un instant la parole :

« L'invention des points typographiques, dit-il dans son manuel, n'est » autre chose que la division des corps par degrés égaux et déterminés, que » j'appelle points. Par ce moyen on connaîtra au juste les degrés de distance 9 et les rapports des corps. On pourra les combiner ensemble de la même » manière que l'on combine les signes numériques.

» Pour faire la combinaison des corps, il suffira de savoir le nombre » de points typographiques dont ils sont composés. Il faut pour cela que » ces points, ou grandeurs données, soient invariables, de manière qu'ils » puissent servir de guides dans l'Imprimerie, comme le pied de roi, les y> pouces et les lignes en servent dans la géométrie.

» A cet effet, j'ai fixé ces points à la grandeur juste qu'ils doivent avoir, y> dans l'échelle qui est à la tête de la Table des Proportions.

» J'ai divisé cette échelle en deux pouces (*), le pouce en douze lignes, » et la ligne en six de ces points typographiques ; la totalité est de 144 points, » ou douze corps de cicéro. Les premières petites divisions sont de deux » points, qui est la distance juste qu'il y a du Petit-Texte au Petit-Romain, » de celui-ci au Cicéro, etc.

» L'invention de ces points est le premier hommage que j'ai rendu à la Typographie en 1737. »

Voici la partie essentielle de la Table dont parle Fournier, ainsi que

(i) Les pouces dont parle Fournier doivent élre des pouces de convention, puisque Didot. dix ans plus tard, mit le point typographique d'accord avec la mesure légale (qui comportait le pouce), et que la differeu e eutre les deux systèmes est trop seusible pour supposer un point de départ commun-

l'échelle fixe de 144 points, telle qu'elle figure dans son Manuel Nous mettons en regard une échelle de 144 points Didot, afin de pouvoir comparer :

Table de la proportion des Caractères

IMIMI'H

liilIlllllHHll III II II II II

Échelle Fournier de Hi point».

Échelle Didot de 144 points.

Gros-Texte .

Gros-Romain Petit-Parangon Gros-Parangon Palestine . .

Petit-Canon .

Trismégiste .

Gros-Canon .

Double-Canon

points.

Parisienne 5 points.

Nonpareille 6

Mignonne 7

Petit-Texte 8

Gaillarde 9

Petit-Romain . . . . 10

Philosophie 11

Cicéro 12

Saint-Augustin .... 14

En 1755, François- Ambroise Didot modifia le point Fournier en prenant pour base la ligne de pied de roi (mesure de longueur de l'époque équivalant à m 324), qu'il divisa en 6 points égaux.

Cette modification augmentait l'ancien point d'environ un douzième, ce qui fait que 12 points Didot équivalent à 13 points Fournier.

On s'explique difficilement que le point Fournier soit resté en vigueur en Belgique, tandis qu'en France on adoptait le système Didot.

Il est vrai que certains fondeurs français compliquent singulièrement la question en disant qu'ils observent le point tel qu'il a été inventé par Fournier, alors qu'ils fournissent simplement du point Didot. De là certaines confusions dans les imprimeries, où l'on appelle corps 39 ce qui est du 36 Didot, et ainsi de suite.

En mettant le point typographique d'accord avec la mesure légale du temps, Didot faisait chose pratique ; mais, quelques années après, le 22 juin 1799, le pied de roi était remplacé par le mètre, et par une singulière coïncidence, c'est le point Fournier qui s'en rapproche le plus.

Le desideratum devrait être de ramener le point typographique au système métrique ; mais quel est le fondeur qui se hasarderait à transformer son matériel sans être assuré de l'adhésion des principaux intéressés : les imprimeurs '?...

J'ai donc l'honneur de soumettre à l'assemblée la proposition formulée comme suit :

L'assemblée exprime le vœu de voir adopter universellement le point typographique ayant pour base exacte le { / 3 du millimètre et de voir déterminer, aussi universellement, la hauteur des caractères à 23 millimètres.

M. A. Van der Borght fait ensuite remarquer que le Livret-spécimen de la maison De Bemy & C ie , publié en 1886, mentionne le point Fournier comme étant la mesure typographique, invariable en France depuis 140 ans ; tandis que le Livret de la même firme publié en 1889, indique le point Didot comme unité française. C'est cette dernière version qui est la vraie, ainsi qu'il est dit plus haut.

M. Buschmann. — J'ai hâte de constater qu'induit en erreur par ces indications différentes, je n'ai pu apprécier, à sa juste valeur, l'œuvre de la Fonderie Van der Borght ; mais je tiens aussi à faire remarquer que, si pareille confusion est possible pour une des premières fonderies de France, il n'est pas étonnant qu'il existe entre divers fondeurs un désaccord capable de jeter le trouble dans l'esprit des imprimeurs. Ce fait prouve, une fois de plus, d'ailleurs, combien il serait utile d'adopter une base commune, métrique, s'il y a moyen, mais en tout cas identique et invariable pour toutes les fonderies. Je rends hommage aux efforts faits par Messieurs Van der Borght dans le but de ramener en Belgique, dans la mesure du possible, la mesure typographique à une unité invariable.

M. Dauby. — Je me rends volontiers aux observations de M. Van der Borght qui est un homme compétent en la matière, car, il ne fait que préciser la première partie de la proposition que j'ai eu l'honneur

de faire.

Je demande donc de maintenir le deuxième paragraphe ; c'est la conséquence de ma proposition.

M. Van der Borght. — Je crois que c'est aller un peu vite en besogne, car, en posant la question ainsi on n'aboutira pas. Il faut que la question soit posée clairement.

M. Dauby. — C'est avec raison, que l'on a dit qu'en Angleterre on ne s'entend pas quant au point des caractères. Ainsi, à Londres, on a adopté une toute autre mesure que dans d'autres parties de la Grande- Bretagne, Chaque fondeur s'ingénie à en adopter une différente ; mais c'est précisément pour cela que nous devrions tâcher de faire déterminer un point uniforme, ce qui offrirait un avantage dont les typographes surtout apprécieraient l'importance.

M. Van der Borght. — Je ferai remarquer à M. Dauby que les fondeurs en Angleterre ne demandent pas mieux que de voir adopter un système uniforme, car déjà il en est qui fondent d'après le système Didot quand on leur en fait la demande.

M. Dauby. — Mais on n'a pas de mesure basée sur le système métrique en Angleterre.

M. Roger de Goey. — Si vous dites qu'en Angleterre on n'a pas le système métrique, vous vous trompez, car il y est parfaitement bien enseigné partout. On s'en sert même officiellement dans certaines admi-

nist rations. J'en appelle à nos collègues anglais. Plusieurs maisons adoptent, autant que possible, le système métrique.

M. Dauby. — J'en suis charmé.

M. Magnuski. — Pour aboutir à un résultat pratique, il faut que la proposition qui sera faite soit ferme, et, dans cet ordre d'idées je suis entièrement d'accord avec Monsieur Van der Borght.

Le vopu proposé par M. Van der Borght est adopté.

L'Index alphabétique ou table onomastique.

1° Que l'utilité d'un livre de référence (c'est-à-dire du livre par excellence) est en raison directe de la perfection de son index alphabétique.

2° Moyens à employer pour atteindre cette perfection.

M. Roger de Goey. — Je ne suis pas sans inquiétude en prenant la parole devant cette assemblée, docte et puissante à tant de titres divers, car je ne suis, moi, qu'un petit consommateur au milieu de grands producteurs, qu'un lecteur infime aux mains d'omnipotents conservateurs.

Aussi, n'était-ce que ma cause est la vôtre, jamais je n'aurais trouvé le courage de la plaider.

On a dit a satiété, Messieurs, qu'un catalogue est l'âme d'une bibliothèque. Me plaçant au point de vue du lecteur assidu, du travailleur, de celui pour qui la lecture n'est qu'une préparation à la production, je dirai, à mon tour, que l'index alphabétique est l'âme du livre de référence.

Or, il n'est pas une œuvre appelée aux honneurs d'une seconde édition qui ne devienne, avec le temps, un livre auquel on ait à se référer, soit pour une citation, soit pour une critique.

On l'a bien compris, en Angleterre, cette importance de l'index alphabétique et l'on ne s'y est pas arrêté à celui du livre, on y a créé la Concordance, l'index alphabétique de toutes les œuvres soit d'un auteur, soit d'une époque, soit se rapportant à une même question, etc., etc.

Ce qui se fait en Angleterre, dans des limites encore restreintes, je voudrais le voir généraliser et s'étendre à tous les pays indistinctement.

Certes, me dira-t-on, il est incontestable qu'un index alphabétique a son utilité, mais de là à dire : « que l'utilité d'un livre de référence est en raison directe de son index alphabétique, il y a de la marge ».

Que non, Messieurs, la marge est si ténue qu'elle forme une quantité négligeable.

Vous savez combien, hélas, la mémoire joue un rôle prépondérant de nos jours ; or, la mémoire ne peut servir à tout dans ce siècle où Ton va vite et loin, où l'on voit beaucoup d'un coup d'œil rapide et où l'on est

supposé tout retenir, tout savoir. Il faut aider la mémoire, beaucoup et toujours par de bons catalogues d'abord, par de parfaits index alphabétiques ensuite.

Je dis parfaits, aussi parfaits que possible s'entend, car un index alphabétique mal fait n'est qu'un amas de feu follets qui troublent la mémoire, et vous égarent, loin de vous servir à trouver à l'instant le texte que vous cherchez.

Pour ne pas user votre patience je ne citerai qu'un livre, excellent d'ailleurs, qui ne m'a pas rendu, autrefois, les services que j'en attendais, faute d'un index alphabétique.

Il s'agit de l'Histoire de la littérature Anglaise de Taine. Ce livre contient une bonne table des matières, non seulement par chapitre, mais par paragraphe, ce qui est une amélioration, et cependant que de fois j'ai, en étudiant, dû perdre un temps précieux à la recherche d'une phrase, d'un mot qu'il me fallait citer et qui m'échappait. Avec un index alphabétiqne bien fait, rien de pareil à craindre : vous ouvrez une page à la fin du livre, vous y prenez un numéro et l'affaire est faite.

J'en viens à la seconde partie de la question que j'ai posée : Quels sont les moyens à employer pour obtenir la perfection, que je préconise dans la confection des index alphabétiques ?

D'abord une observation, Messieurs, pour rencontrer une objection qui m'a été faite et que je voudrais ne pas entendre reproduire ici. Il ne s'agit pas d'exagérer les proportions de l'index, au point d'y rendre les recherches aussi difficiles et aussi longues que dans le livre lui-même.

Je suis l'ennemi de toute exagération, quelle qu'elle soit et dans quelque domaine qu'elle se présente.

Les types d'index que je propose de généraliser existent ; faut-il citer les Concordances de Shakespeare, de Milton et plus récemment celle de George Eliot. N'aurait-on comme modèle que la Concordance de la Bible, la première en date et peut-être la mieux faite, que cela devrait suffire, d'ailleurs.

Maintenant qui fera l'index ? L'auteur ? Il en est généralement incapable ; car, indexer est une œuvre quasi mécanique, qui n'exige qu'un grand esprit d'ordre, denrée dont les auteurs ont généralement d'autant moins à revendre qu'ils sont plus grands. Il y a des exceptions, sans doute. Mais, même en supposant l'auteur à même de faire l'indexage, serait-il juste d'enlever à sa production intellectuelle le temps qu'il devrait consacrer à cette œuvre de mécanique intelligente. Je ne le crois pas, Messieurs, ni vous non plus, je suppose.

Il faudrait, d'après moi, attacher aux officines des principaux éditeurs des indexeurs ou concordateurs peu importe le nom pourvu que l'on ait là chose :

A rose by any other name would smelt as sweet.

Ils seraient chargés d'indexer au même titre que le correcteur est chargé de corriger, c'est-à-dire sous la surveillance définitive de l'auteur.

On obtiendrait ainsi un corps d'employés intelligents qui, peu à peu, fourniraient les indications nécessaires pour transformer l'indexage, pardon du néologisme, en un système qui n'exigerait plus qu'une intelligence moyenne pour obtenir la perfection.

Or, permettez-moi de vous le rappeler, Messieurs, tout système qui exige pour son application plus qu'une intelligence moyenne est mort né.

Je voudrais que l'indexage soit viable et qu'il vive.

Vient la question d'argent, le coût de l'indexage, la dernière pour moi, consommateur, la première pour les producteurs.

Un rien ! Disons autant de jours de travail que de longs chapitres à indexer. D'abord un correcteur pourrait s'y essayer à raison d'une légère rétribution extra.

D'ailleurs les livres indexés se vendraient mieux, et plus cher. Tout l'avantage matériel serait encore pour vous, Messieurs les éditeurs ; nous nous contenterions de l'avantage intellectuel et moral que nous ne manquerions pas de récolter comme prix de vos efforts. Nos intérêts sont les vôtres.

Je propose en conséquence à la première section de soumettre à la Conférence le vœu suivant :

1° Il est désirable de voir l'index alphabétique ou table onomastique se généraliser.

2° La confection de l'index ou indexage doit se faire par des spécialistes.

M. Dauby. — On vient de traiter d'une façon remarquable la question de l'index. Pour ne pas soulever de plus longs débats, je vous proposerais, Messieurs, d'émettre le vœu suivant :

Considérant qu'un index alphabétique est le complément nécessaire de tout ouvrage sérieux, la Conférence du livre invite les auteurs, en ce qui concerne les livres modernes et les éditeurs, en ce qui concerne les réimpressions, à en généraliser l'usage.

M. Roger de Goey. — Il importe de remarquer qu'en Angleterre on édite un catalogue complet de revues mensuelles, trimestrielles, etc., qui est d'une utilité très pratique. La Review of Reviews date du 1 er Janvier de cette année.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Je suis absolument de l'avis de l'honorable préopinant en ce qui concerne l'utilité des index.

Pas un travailleur qui n'ait été charmé de retrouver dans un index, soigneusement fait, les indications lui permettant de se reporter, sans difficulté, aux faits principaux du livre qu'il venait de parcourir. J'en appelle à tous ceux qui s'occupent de recherches historiques et autres. Les services rendus par les index épargnent beaucoup de temps et de peines et sont ainsi de la plus grande utilité.

Mais nous différons d'avis sur les moyens qu'il convient d'employer pour obtenir, sous ce rapport, une œuvre aussi parfaite que possible. Pour ma part, je suis persuadé que, seul l'auteur est capable de se livrer à ce travail, de manière à lui faire produire tous les effets qu'on peut en attendre.

J'en sais quelque chose. J'ai été dans le cas de confectionner les index de livres auxquels j'avais souvent besoin de recourir. Je me suis évertué à faire le mieux possible, et je n'ose affirmer que j'ai réussi toujours. J'ai éprouvé d'innombrables difficultés. Ma conviction est donc qu'il n'y a que l'auteur qui puisse bien effectuer cette besogne. Un autre ne pourra jamais la faire aussi habilement.

C'est une illusion de croire qu'un libraire pourrait se reposer sur un spécialiste du soin de remplacer l'auteur dans cette partie importante de son livre. Pour ce dernier, le travail en question ne présente pas tant d'obstacles ; pour tout autre, la tâche est extrêmement dure et la meilleure volonté du monde ne pourra pas toujours suppléer aux difficultés inhérentes à l'opération.

M. Roger de Goey. — Ma pensée n'a pas été complètement saisie. Je ne demande pas que l'auteur soit déchargé de toute collaboration à l'index. Je n'entends pas que le correcteur, livré à ses seules forces, soit chargé de cette opération délicate, de résumer en quelque sorte la pensée de l'écrivain. Les éléments du travail en question doivent être nécessairement fournis par ce dernier. Il pourrait le faire en soulignant, par exemple, currente calamo, les passages qui serviront de base au travail du correcteur.

C'est alors que le correcteur pourra remplacer l'auteur dans une tâche qui serait pour celui-ci très fastidieuse. J'entends donc la partie mécanique, si je puis m'exprimer ainsi, le travail de classement.

Permettez-moi, de vous citer un exemple.

Je m'occupe de la traduction anglaise d'un ouvrage français. L'éditeur de Londres demande un index. L'unique soin qui m'incombe, à cet effet, est de souligner les passages qui doivent servir au classement. Ce classement, le premier venu peut le faire aussi bien que moi. Il ne demande aucune étude spéciale du sujet.

M. Jorissenne. — Il importe de s'entendre d'abord sur le genre d'index que nous voulons préconiser. Il y en a un grand choix ; mais tous ne sont pas également recommandables et quelques-uns sont périlleux.

L'index analytique est le plus attrayant ; mais il ne peut être solidement bâti que par l'auteur lui-même. Or, il est long, fastidieux ; et, la plupart du temps, n'intéressera plus celui qui vient de quitter la fatigue de la composition ; une fois le livre mis au monde, c'est comme une délivrance, et il est trop agréable d'avoir fini pour recommencer.

Si l'index analytique est l'œuvre d'un éditeur, l'affaire devient grave ;

car l'analyse est une interprétation ; et je vous citerais aisément des erreurs singulières en des ouvrages importants.

D'ailleurs ce genre d'index a la prétention d'être complet ; vous ne pouvez le concevoir autrement. Et il a cette propriété inévitable de tranquilliser le chercheur, de le détourner de toute lecture suivie et approfondie, surtout quand l'indication s'éloigne de ce qu'il désire ou quand il n'y a aucune indication.

Voilà pourquoi nous ne devons recommander l'index analytique qu'aux auteurs, et ceux-ci ne l'entreprendront que s'ils possèdent la vertu de persévérance unie à l'amour de l'exactitude.

Je préfère, en général, l'index nominal accompagné de la pagination ; il a cet avantage de forcer le lecteur à ouvrir le livre et à le parcourir sérieusement ; ceux qui écrivent, savent trop combien on se contente souvent — aujourd'hui plus que jamais — de parcourir les sommaires ou les tables, et comment ce relâchement entraîne de fausses interprétations et des compte-rendus fantaisistes.

Cet index, très simple, ne présente aucune difficulté ; le premier ouvrier venu pourrait s'en charger, s'il connaît la langue ; mais les auteurs n'ont qu'à relever les mots importants, significatifs dans le corps de leurs ouvrages, en les soulignant, par exemple ; l'ouvrier serait chargé de relever, de son côté, l'exacte pagination.

Je ne veux pas entrer dans le détail d'autres systèmes ; celui-ci me paraît seul pratique et sûr. Les erreurs à craindre seront surtout dans les chiffres ; mais un chiffre inexact oblige le chercheur à un travail de rectification ; le passage mal renseigné existe, il faut donc le trouver.

En résumé, si je me défie des auteurs, je me défie beaucoup plus encore des spécialistes, et je pense qu'il vaut mieux leur demander un travail rapide et purement matériel, qu'une longue élaboration où le jugement intervient trop.

Je félicite M. de Surgères d'avoir assez le culte de son sujet pour le reprendre en variations dans une table analytique, mais nous connaissons si peu d'auteurs capables d'accomplir ce travail de bénédictin avec le soin qu'il exige ! Je ne le crois possible, en général, qu'en certaines circonstances, quand, par exemple, l'index peut se confectionner concurremment au livre, voire même avant celui-ci ; mais cela n'a trait qu'aux ouvrages descriptifs.

M. le Comte F. van der Straten. — Nous nous trouvons en présence de deux propositions, toutes les deux, comme on l'a dit, d'une grande importance : l'Index et la Table, la Tomaison et la Pagination.

Il est évident que les Index et les Tables, à la fin ou au commencement d'un livre, sont aussi indispensables à tous ceux qui s'occupent de littérature, de science ou d'histoire, qu'un bon guide au voyageur, que le pain et l'eau à la vie.

La somme des connaissances s'accroît sans cesse; d'innombrables volumes sont publiés traitant toutes les matières ; il n'est plus possible de se servir de ces livres sans le secours d'index indiquant leurs divisions, leurs chapitres, et sans tables diverses indiquant les matières qu'ils traitent et les pages qui s'en occupent.

Pour ne citer que la Bibliothèque du Père Lelong, ces in-folios précieux, si recommandables, obligeraient à des recherches interminables sans donner la moindre certitude de rencontrer ce que l'on y cherche, s'ils n'étaient pourvus d'index et de tables. Avec leur secours, on y découvre facilement les matières dont on s'occupe, les auteurs qui les ont traitées avant nous et dont les travaux nous sont indispensables ou au moins fort utiles.

Il est un autre recueil littéraire, historique et scientifique en 79 volumes, publiés au siècle dernier et relégués au plus hauf des vieilles bibliothèques de campagne, mais fort intéressant sous beaucoup de rapports. Les tables diverses de cette vaste encyclopédie permettent d'y trouver d'un simple coup d'oeil tous les détails les plus minutieux sur l'état des choses et de toutes les sciences usuelles dont nos pères aimaient à s'occuper.

Il en est de même de Y Encyclopédie remplacée par les grands dictionnaires modernes.

Les auteurs anciens et sérieux prenaient un grand soin de ce complément de leurs travaux. A leur exemple, je m'empresse de signaler les tables alphabétiques de lieux, de personnes et de choses, des recueils de chroniques et d'archives publiées par le gouvernement.

L'index et la table sont une besogne ardue, trop négligée par beaucoup d'auteurs modernes. Il importe en effet d'appeler l'attention de la Conférence sur ce point. L'intérêt des auteurs et celui des éditeurs y sont engagés ; car c'est aussi une question de débit d'un livre.

Quant à la facture de l'index et des tables, je crois avec un des orateurs qui m'ont précédé, que l'auteur seul peut s'en occuper utilement. Je ne demande pas qu'il minute de sa main tous les détails de pagination de son œuvre ; ces détails ne seront pas les mêmes à l'imprimé qu'au manuscrit, mais il est seul capable de signaler avantageusement les indications essentielles à son point de vue, sur lesquelles l'attention du lecteur doit être appelée.

L'auteur, sauf pour des recueils périodiques, des revues, des compilations, ne peut être suppléé par l'éditeur, dans l'analyse de son livre.

Pourquoi un auteur se donne-t-il la peine ou le plaisir de faire un livre ? C'est sans aucun doute pour répandre des idées nouvelles, des faits intéressants, des connaissances spéciales. Or, s'il n'y a ni table, ni index, conformes en tout point à sa pensée, comment le lecteur désireux de connaître, et peut-être d'approfondir, de développer ou de discuter les mêmes choses, pourra-t-il embrasser, pénétrer tout ce que renferme ce livre, s'il n'y a point de table, ou si elle est faite par un éditeur, plus ou moins indifférent ?

Voilà pour ce qui concerne la première question de l'index et de la table, si bien traitée du reste par l'orateur précédent.

M. Dauby a parlé du titre d'un livre, de sa division, de sa pagination, de sa tomaison. Je n'ai pas pu saisir toute sa pensée. Je ne comprends pas bien sa proposition. Je voudrais la voir fixée sur le papier.

Je suis souvent étonné de la manière sans façon et fantaisiste dont plusieurs éditeurs produisent aujourd'hui dans le monde un livre sérieux. Je ne parle pas de la littérature légère, des romans, des bleuettes à titres extraordinaires, à couvertures de diverses couleurs en quadrilles ou en diagonales.

C'est pour le premier, sans aucun doute, que la Conférence a été inaugurée, et nous devons en savoir gré à ses promoteurs et à M. Ruelens en particulier.

S'il convient de se préoccuper de l'apparence extérieure d'un livre sérieux, de sa couverture, de son manteau peut-on dire, il est surtout nécessaire de soigner son intérieur; son titre, sa division, sa pagination, sa tomaison sont en quelque sorte la cravate blanche, les gants et l'habit de l'homme du monde.

Sous ce rapport, les habitudes modernes diffèrent souvent de celles des auteurs et des éditeurs anciens. Nous sommes obligés de constater que nous abandonnons souvent les bonnes manières et les traditions, tout en constatant les progrès immenses de la typographie dans les patries de nos illustres Plantin et dans le monde entier.

Aujourd'hui, l'on vise beaucoup plus à l'effet des titres soit du livre, soit des chapitres, qu'à leur bonne disposition. On en fait souvent un tirel'œil, par le mélange des couleurs qui a toujours été sobrement admis, mais aussi par le mélange de caractères de genre, de formes et de style divers. On exhibe quelquefois des fioritures, des choses étonnantes, inconnues dans nos vieux manuscrits des bonnes écoles et dans nos beaux incunables. On donne par là, au livre, une apparence qui est loin de répondre au sujet traité, et au mérite de l'écrivain.

Ce n'est pas ainsi que l'on doit produire un livre sérieux dont l'utilité se trouve ainsi sacrifiée, par une apparence de mauvais goût.

Il m'a semblé entendre dans les desiderata de M. Dauby des détails qui gâteraient l'aspect du livre. Je ne m'explique pas très bien la combinaison de chiffres romains et arabes et les surcharges de la pagination et de la tomaison qu'il nous recommande; j'aurais voulu voir sur le papier les spécimens qu'il propose et qu'il a certainement formulés.

Autant il est nécessaire de déterminer les points de repère faciles à indiquer et à rappeler, autant il est dangereux de produire de la confusion, par la multiplicité de ces indications.

En présence de tous les savants bibliophiles qui m'entourent, je n'entrerai pas dans l'examen de tout ce qui doit, à mon avis, constituer le squelette

d'un livre et son agencement. J'aime, en coupant ses pages, à reconnaître s'il est sérieux et bien disposé.

Je crois devoir ajouter encore dans la sphère scientifique historique, à nos chroniques nationales, le Recueil de Sceaux, commencé en France par M. de la Borde et continué par M. Demay, on y trouve absolument tout ce que l'on peut désirer pour la vue et pour la facilité du travail, tant sous le rapport de la division et de la pagination, que sous celui des tables.

Je n'ai pu suivre M. Dauby, je le répète, dans tous les détails des améliorations qu'il nous a soumises, mais il me semble qu'elles produiront plutôt de la confusion et des surcharges.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Nous nous trouvons en présence de deux questions bien distinctes, celle de l'index et celle de la tomaison.

Je me permets d'invoquer mon expérience personnelle. On a émis l'idée que le classement des matières de l'index devait être laissé à d'autres que l'auteur. On a dit que cette besogne était à peu près inabordable. Je ne puis partager cette manière de voir. J'estime que le travail de classement n'est pas difficile, en s'y prenant de la bonne manière. En le faisant au moyen de fiches, vous ne manquerez point d'obtenir un excellent résultat.

C'est le seul moyen d'y arriver ; tout autre serait défectueux, et vous n'aboutiriez à rien.

M. Roger de Goey. — Je dois vous faire remarquer, qu'il y a une grande différence entre l'auteur qui travaille pour son plaisir, et qui peut prendre son temps pour soigner con amore toutes les parties de son ouvrage et celui qui produit pour vivre, qui désire être acheté.

Il ne suffît pas de faire un index quelconque, il faut qu'il soit bon. Or, si vous vous trouvez dans le cas dont je vous parle, je prétends que vous ne ferez pas l'index.

Un membre.* — Où trouverez-vous les personnes qui oseront se charger d'en faire un à votre place ?

M. Roger de Goey. — Elles existent. Il y a en Angleterre des indexeurs, ou, si vous voulez, des spécialistes chargés de compléter le travail de l'auteur en pourvoyant son ouvrage d'un index. Pour vous en convaincre, voyez les annonces dans VAthenœum. Je ne sache pas qu'on ait à se plaindre de ce système. Ce qui réussit au-delà du détroit, pourquoi ne pourrions-nous en attendre de bons résultats ?

M. Jorissenne. — La mesure, en tout cas, est recommandable, parce que, j'en ai la conviction, l'index alphabétique, l'auteur ne le ferait pas, la plupart du temps.

M. Roger de Goey. — Pour concilier toutes les opinions, on pourrait exprimer le vœu que les éditeurs s'attachent des spécialistes chargés de la confection des index, sous la surveillance définitive des auteurs.

Il est désirable de voir la table onomastique se généraliser.

M. Jorissenne. — Ne vaudrait-il pas mieux d'exprimer le vœu que les auteurs s'occupent de préparer une table des matières, purement onomastique, avec les chiffres de pagination ?

Un membre. — Je crois qu'il serait plus simple d'inviter les auteurs à dresser une table des matières.

M. Wouwermans. — Ou à la faire dresser par des spécialistes.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — A mon tour, je demanderai s'il ne serait pas préférable de laisser de côté la question d'application et d'émettre simplement un vœu dans ce sens :

La Conférence, considérant que l'index est le complément indispensable d'un bon livre, invite les auteurs, en ce qui concerne les livres modernes, et les éditeurs, en ce qui concerne la réimpression, à en généraliser l'usage.

M. Roger de Goey. — Reste à savoir jusqu'à quel point les auteurs peuvent trancher la question. Ils ne sont pas toujours libres. Ils appartiennent à deux classes bien distinctes. Ceux qui imposent leurs conditions aux éditeurs, parce qu'ils les payent, et dont le bon plaisir fait la loi, et ceux qui vendent leur travail. J'appartiens à ceux de la classe qui disent aux éditeurs : Vous me payerez autant. Dans ce dernier cas, c'est l'éditeur qui est le maître de ses agissements, et vous pouvez être certain que, pouvant choisir entre les deux systèmes, dans sa sagesse suprême, il supprimera la table ou l'index. C'est une question de réduction, de simplification de travail et d'un nombre moindre de pages.

Si l'on ne parvient pas à persuader les éditeurs en vue d'une mesure générale, les auteurs, qui ne sont pas les maîtres, parviendront encore moins à les convaincre, de personne à personne.

M. Hector Manceaux. — J'ai publié quatre cent dix ouvrages à mes frais, je puis vous certifier que neuf fois sur dix, les auteurs m'ont demandé de me charger de rédiger la table. J'ai la grande habitude de ce travail ; je suis éditeur depuis trente-cinq ans et, comme je lis toutes les épreuves avant de donner mon bon à tirer, j'ai toute facilité pour prendre note des titres, des chapitres avec leur page, de sorte, qu'arrivé à la fin du livre, j'ai complété ma table.

M. Charles Dumercy. — L'honorable Monsieur de Goey vous a fait connaître deux classes d'auteurs : ceux qui subissent les conditions des éditeurs et ceux qui les imposent. Si je l'ai bien compris, il s'est rangé dans la première catégorie. Quoiqu'il en soit, je me vante d'appartenir à la seconde. (Interruption.)

Il n'y a pas là de quoi s'exclamer, comme si j'étais un phénomène. Cela ne m'a pas empêché de conserver, avec ceux qui voulaient bien m'éditer, les relations les plus agréables. Les éditeurs sont comme les

contribuables : on en obtient tout ce qu'on veut, pourvu que le budget s'équilibre.

Mais ce n'est point de cela qu'il s'agit. On vous demande de tracer les règles qui doivent présider à la confection des tables. De quelle façon doivent-elles être faites ? Quelles sont les personnes qu'on doit charger de les faire ? Or, c'est là, à mon avis, sortir du cadre de la Conférence du Livre. C'est, permettez-moi de le dire, non plus de la bibliologie, mais de l'ébénisterie littéraire.

Nous n'avons à nous occuper que de la partie matérielle du livre. Nous n'avons pas à nous occuper du fond, dont la table fait partie intégrante. Si nous nous aventurons à recommander de soigner la table, pourquoi n'irions-nous pas jusqu'à recommander de soigner l'orthographe? Du reste, la façon dont une table doit être faite varie avec la nature de l'ouvrage. Il en est des tables comme des chapeaux : la même forme ne convient pas à toutes les têtes.

Restons, dans notre rôle. Nous sommes, ici, des imprimeurs, des éditeurs, des libraires, des bibliothécaires, des bibliophiles. Nous ne sommes pas des auteurs, ou, si nous le sommes, tâchons de l'oublier.

M. Roger de Goey. — A mon avis, la Conférence n'excède pas ses attributions en exprimant ses préférences pour telle ou telle manière d'opérer. Or, ce sont surtout les index alphabétiques qui présentent les plus grands avantages. C'est par là que l'utilité d'un livre de référence se fait surtout valoir, et, ce mode est généralement négligé. Je ne connais que peu de livres modernes qui soient munis d'index de cette nature.

M. Manceaux. — Pour ma part, je viens précisément d'éditer un livre dont l'auteur m'a envoyé un index dans toutes les règles.

M. Roger de Goey. — Il peut y avoir des exceptions, mais je crois pouvoir vous certifier que quatre-vingt-dix livres sur cent, ne présentent pas d'index alphabétique.

Je parle, bien entendu, des ouvrages de référence pour lesquels ce mode présente surtout d'immenses avantages. Il y en a beaucoup qui ont un sommaire, mais celui-ci n'a pas grande utilité au point de vue des recherches à faire. Sans index alphabétique, vous n'avez rien de pratique, et vous êtes obligé de perdre énormément de temps avant de trouver ce que vous désirez.

Il me paraît qu'une résolution dans ce sens pourrait rallier le plus grand nombre d'approbations :

La Conférence, considérant que tout bon livre doit être suivi d'une table-index et concordance, invite les auteurs ou à leur défaut les spécialistes attachés aux ateliers d'éditeur, pour les livres modernes, et les éditeurs pour les réimpressions, à en généraliser l'usage.

M. Hector Manceaux. — Il me semble qu'il vaudrait mieux préciser davantage la proposition. J'estime que les éditeurs ne demandent pas

mieux que les auteurs fassent une table eux-mêmes ; ils désirent, que les ouvrages sortis de leurs presses soient aussi parfaits que possible, sous tous les rapports. J'ai donc l'honneur de vous proposer un amendement, conçu en ces termes :

La Conférence invite les auteurs à se charger de la rédaction de la table et des index.

M. Wouwermans. — Je propose de donner satisfaction à des désirata exprimés par plusieurs orateurs en précisant et en ajoutant : « ...l'index..., complété par une table analytique. »

M. le Président. — Je crois que l'assemblée est suffisamment éclairée pour procéder au vote sur les diverses propositions et amendements qui viennent d'être produits. En résumant les débats, je constate que l'assemblée désire voir se généraliser l'usage des tables et des index ; mais elle n'adopte pas la deuxième partie de la proposition de l'honorable M. Roger de Goey, invitant les éditeurs à charger de ce travail des spécialistes. En conséquence je mets aux voix la proposition suivante, qui vient de parvenir au bureau :

La Conférence de livre, considérant qu'un index alphabétique est le complément nécessaire de tout ouvrage sérieux, invite les auteurs, en ce qui concerne les livres modernes, et les éditeurs, en ce qui concerne les réimpressions, à en généraliser l'usage.

Cette proposition est adoptée.

La séance est levée à midi.

La séance est ouverte à 9 heures 40 minutes.

M. Buschmann donne lecture du rapport qu'il a présenté à l'assemblée plénière de la veille, tenant lieu de procès-verbal de la deuxième séance de la première section. Ce procés-verbal est approuvé.

M. le Président. — Nous avons à nous occuper du cinquième point de notre ordre du jour : « Questions relatives aux procédés d'illustration, etc. »

M. Aulit. — J'avais demandé la parole sur cette question pour vous

parler de la création d'écoles d'illustrateurs ; mais nous sommes en retard, et je crois devoir sacrifier mes préoccupations personnelles à l'intérêt des travaux de la section. Je ne prendrai la parole sur les écoles d'illustrateurs que s'il nous reste du temps disponible à la fin de la séance. De cette façon, nous pouvons aborder immédiatement la question de la reliure, sur laquelle un rapport doit être fait pour l'assemblée générale de cet après-midi. M. le Président. — Nous passons donc à la sixième question :

Reliure : Moyens a proposer pour le développement de cet art ; Reliure des ouvrages destinés aux bibliothèques publiques ; Entente internationale concernant la reliure des ouvrages échangés entre les gouvernements, etc.

M. Paul Claessens. — Je n'abuserai pas de vos moments, je me bornerai à déposer le travail que j'ai fait sur cette question et à vous proposer le vœu que voici :

La Conférence attire l'attention des éditeurs sur la façon déplorable dont se fait la brochage et émet le vœu que cette partie de la confection du livre reçoive plus de soins.

Voici le travail de Monsieur Paul Claessens :

En appuyant fortement l'idée émise par Monsieur Motte, relieur à Paris, de voir tous les éditeurs faire usage pour leurs publications de papier collé, offrant tous les avantages, tant au point de vue de la bonne conservation du livre qu'à la confection de la reliure, je voudrais également attirer leur attention sur la façon déplorable dont les livres sont brochés actuellement.

Ils devraient se montrer très sévères à l'égard des brocheurs, pour ce qui concerne le pliage, le montage sur onglets provisoires des gravures et des cartes, le collationnage et le collage des couvertures, destinées pour la plupart à être conservées dans la reliure dite sur brochure.

Quand ces diverses opérations n'ont pas été faites avec soin, il en résulte très souvent de nombreuses difficultés pour l'exécution d'une bonne reliure. En effet, dans un livre ayant été lu, le relieur pourra difficilement faire correspondre la pagination ; cela devient surtout visible une fois le livre rogné. Pour le pliage des cartes, principalement parmi les ouvrages scientifiques : géographie, médecine, mathématiques, etc , les éditeurs ou les brocheurs pourraient au besoin prendre l'avis d'un relieur, au sujet des plis à donner aux dites cartes ou planches, de façon à conserver dans la reliure ces mêmes plis, si l'ouvrage devait être rogné.

Dans le cas contraire, le relieur éprouve une certaine difficulté à en

faire de nouveaux, les cartes tendant ordinairement à reprendre leurs anciens plis.

Pour éviter toute espèce de plis au brochage, on devrait généraliser, autant que possible, l'emploi de simples portefeuilles destinés à les renfermer, en attendant que le livre soit relié.

Une chose à voir restreindre dans la mesure la plus large, c'est l'usage du fil de fer, pour la couture des livres brochés. Cette opération se fait au moyen de machines spéciales, plus ou moins perfectionnées, mais qui laissent subsister, dans le débrochage, avant la reliure, d'affreuses traces nécessitant une vraie restauration de la part du relieur.

Ce système de couture n'est compréhensible que pour agendas, brochures, prospectus ou publications sans valeur. Il en est fait un véritable abus dans les publications anglaises et allemandes. L'emploi de la colle dite Colle forte, est toute aussi pernicieuse pour le brochage que la couture au fil de fer. On peut faire cette remarque dans un grand nombre de publications périodiques, telle que : Die Graphische Kùnste, publiée à Vienne. Les brocheurs mettent de cette colle en si grande quantité et avec si peu de soin, qu'on ne saurait les débrocher, sans qu'un centimètre au moins de la marge des planches, ne reste adhéré au texte.

Au lieu de fixer les papiers de soie, destinés habituellement à préserver les gravures, le brocheur devrait les laisser libre ; faute de quoi, si on veut les détacher, il reste souvent des traces de colle qui ne s'enlèvent qu'avec beaucoup de peine.

Il faudrait réagir également, semble-t-il, contre la tendance de rogner les livres brochés, ou les publications qui paraissent en fascicules. L'année terminée, il ne se trouve pas deux livraisons qui aient la même dimension. Pour le lecteur, ce procédé peut être fort agréable, se voyant ainsi dispensé de découper les pages, mais pour le relieur il n'en est pas de même : il se voit en effet souvent forcé de diminuer notablement les marges, si le livre doit être rogné à nouveau.

L'observation de ces différents points, dans la limite du possible, aiderait notablement à la perfection du livre.

M. Dauby. — Cette question se rattache, selon moi, à celle des formats. C'est pourquoi, lors de la première discussion, j'ai insisté tout particulièrement pour en obtenir l'uniformité.

Je partage la manière de voir de Monsieur Claessens et je reconnais avec lui, que la plupart des brochures laissent à désirer. Il faut tenir compte de la hâte avec laquelle se font d'ordinaire les travaux de ce genre, mais on devrait néanmoins apporter plus de soin dans leur confection.

Lorsque le relieur doit mettre de pareils travaux en œuvre, il est fort embarassé ; il se trouve en présence de marges irrégulières, tantôt trop grandes, tantôt trop petites et il lui est impossible, dans ces conditions, de faire une œuvre convenable.

Les observations que Monsieur le Ministre des Chemins de fer à présentées hier, avec tant d'esprit et d'à-propos, trouvent ici leur application.

Il va de soi que, lorsque le relieur reçoit des feuilles mal margées, il aura beau faire, il n'arrivera pas à faire un livre présentable. Je ne puis qu'appuyer de toutes mes forces la proposition de Monsieur Claessens.

M. Môssly. — Je demanderai à Monsieur Claessens s'il a songé à proscrire l'emploi du fil métallique, dans la confection des brochures. Cette pratique abîme singulièrement les volumes et surtout les gravures.

Tous les libraires ont aujourd'hui chez eux une petite machine, au moyen de laquelle ils réunissent plusieurs livraisons en les attachant par un fil métallique.

Or, il est impossible de relier convenablement des brochures ou des périodiques, qui ont été attachés par un fil métallique. Ce n'est plus un volume neuf ; toujours il est avarié.

Je crois qu'il faudrait proscrire complètement l'emploi du fil métallique en librairie.

M. Claessens. — Je crains que nous n'allions un peu loin.

M. Môssly. — C'est une tendance générale de la part des libraires et comme je l'ai dit, c'est désastreux pour les livres. Le fil métallique devrait être supprimé.

M. Claessens. — Il n'y a pas d'inconvénient à ajouter à ma proposition le vœu de voir les éditeurs en faire un usage judicieux et très restreint.

M. Buschmann. — Je propose de formuler ainsi le vœu :

La Conférence attire l'attention des éditeurs sur la façon déplorable dont sont faites les brochures ; elle les engage à surveiller ce travail au point de vue des conséquences qu'il peut avoir pour la reliure et spécialement en ce qui concerne le brochage au fil métallique.

M. le Président. — Il faudrait spécifier et ajouter par exemple « pour les livres importants ».

M. Claessens. — En effet, lorsqu'il s'agit de livres ou de brochures sans aucune importance, le fil métallique ne doit pas être condamné.

M. le Comte de Daugnon. — C'est bien ainsi que nous comprenons la proposition.

M. Buschmann. — Lorsque le brochage se fait avec tout le soin voulu, l'emploi du fil métallique donne-t-il encore lieu à de grands abus ? Il me parait que, si le fil attache la feuille dans de bonnes conditions, l'ouvrage n'en saurait souffrir, mais il arrive souvent qu'on passe le fil de fer sur le côté et à travers des feuilles pliées : c'est alors qu'elles sont abîmées.

M. le Président. — Il est toujours dangereux au point de vue de la reliure, de faire usage de fils métalliques dans le brochage. Quant à moi, j'en ai formellement défendu l'emploi à l'imprimerie impériale à Berlin.

M. le Comte de Daugnon. — Moi également.

M. Môssly. — L'emploi du fil métallique n'est jamais à conseiller,

il occasionne toujours des dégâts aux feuilles et mon observation est vraie surtout pour les ouvrages périodiques, pour lesquels on a beaucoup recours à ce moyen. Même lorsque le brocheur le fait avec le plus grand soin, la pratique est dangereuse. Le fil de fer est souvent assez gros et laisse des traces. Si, par malheur, il vient à se rouiller, quelque soin que mette le relieur à enlever le fil, il ne peut pas éviter les tâches. Je pense que nous ne saurions trop appuyer sur la proscription du fil métallique. Si on ne l'employait que pour les imprimés et les circulaires sans valeur, il n'y aurait pas de mal, mais il est absolument condamnable pour les ouvrages périodiques, pour les livraisons destinées à être reliées et à former un recueil ou un volume. Si j'insiste avec force sur ce point, c'est parce que je sais de science personnelle comme relieur, combien l'emploi du fil métallique présente d'inconvénients.

M. Dauby. — J'appuie les arguments qu'a fait valoir l'honorable préopinant, et je fais remarquer que si les termes de notre vœu sont trop généraux ils ne s'appliqueront pas aux périodiques que l'on fait généralement relier à la fin de l'année. Il me semble que l'expression « ouvrages importants » ne s'applique pas d'une façon assez précise aux périodiques que nous voulons viser.

M. Claessens. — On peut faire entrer l'expression « publications périodiques » dans le vœu.

Des Voix. — C'est cela.

M. Buschmann. — Je propose de rédiger comme suit les conclusions de la discussion :

La Conférence du livre attire l'attention des éditeurs sur la façon déplorable dont se fait . souvent le brochage ; elle les engage à surveiller soigneusement ce travail, surtout au point de vue des conséquences, qu'un brochage défectueux peut avoir dans la reliure du volume, et spécialement en ce qui concerne le brochage au fil métallique ; elle les engage à renoncer à ce système de brochage pour les livres de bibliothèques, les périodiques et les publications importantes.

La proposition est adoptée.

M. le Comte de Daugnon. — Lorsque la section s'est occupée de la question des tables de matières, je n'étais pas présent, ayant été obligé de me rendre dans une autre section où j'étais inscrit, pour parler sur la question de la classification des livres dans les bibliothèques.

Je demande donc la permission de vous exposer brièvement mes idées, en ce qui concerne la table des matières.

Quant aux livres d'histoire, j'ai une observation générale à présenter. Je vous demanderai d'émettre le vœu que les livres d'histoire soient toujours imprimés sur deux colonnes. Cette disposition se prête très bien aux

recherches. Les livres d'histoire ne se lisent ordinairement pas du commencement à la fin, ce sont des livres que Ton compulse souvent et il importe que les recherches soient rendues faciles et qu'on trouve facilement le passage, auquel on s'intéresse.

Cela est essentiel.

Il importe aussi que les livres d'histoire aient une table de matières bien faites, avec les petits résumés sommaires par ordre alphabétique et disposés de façon à pouvoir mettre immédiatement la main sur le passage dont le lecteur à besoin.

Si on procède autrement, qu'arrive-t-il ? C'est qu'au mot Charlemagne, par exemple, la table vous renvoie à une cinquantaine de numéros de colonnes. On n'est pas plus avancé, car on ne sait pas dans quelle colonne et à quelle page on trouvera le renseignement que l'on désire.

Si, au contraire, au mot Charlemagne il y a un petit résumé, comme sa naissance, son départ, sa mort, etc. etc. ; il y a là des renseignements suffisants pour faciliter les recherches et faire mettre le doigt sur ceux que l'on veut avoir.

Une chose également importante, c'est d'avoir le sommaire en tête de chaque chapitre. Le lecteur qui cherche un renseignement voit ainsi d'un coup d'oeil ce que contient chaque chapitre, et cela épargne souvent bien des recherches.

Je ne vous propose rien de nouveau, depuis que les livres existent^ on a fait ces sortes de travaux de tous les genres ; mais je voudrais recommander ce qu'il y a de mieux pour atteindre le but que je vise, faciliter et simplifier les recherches.

Il y a souvent en tête des chapitres le résumé, le sommaire des chapitres ; mais cela ne suffit pas, et je demande que la première table des matières soit la copie exacte des sommaires des chapitres.

Dans une demie page ou une page, on peut réunir le résumé chronologique de l'ouvrage entier, sans préjudice de la table alphabétique et l'on a ainsi sous la main, très rapidement, tous les renseignements dont on doit se servir.

M. Van Zèle. — Je suis arrivé pendant la discussion, c'est dire que je n'en ai entendu qu'une partie ; je ne sais donc pas si on a parlé d'autres publications ou si on s'est borné exclusivement aux livres d'histoire. Si cette dernière supposition est la bonne, je me demande s'il ne serait pas infiniment plus logique de donner plus d'extension à la proposition et de lui donner une portée générale, en ce qui concerne la confection des tables des matières. Il y a d'excellents livres qui n'ont qu'une valeur relative, parce qu'ils n'ont pas une table des matières bien faite.

Je sais tel ouvrage intéressant dont la table n'est pas ce qu'elle devrait être, et qui perd par cela même beaucoup de sa valeur.

C'est pourquoi, je demande s'il ne serait pas préférable de dire que

certains livres ne peuvent rendre les services qu'on en attend, qu'à la condition d'être pourvus d'une table des matières bien systématique et bien claire.

M. le Comte de Daugnon. — Vous avez raison, et si je n'ai pas donné à ma proposition une portée plus générale, c'est parce que je n'ai pas voulu, en quelque sorte, à la dernière heure, saisir la section d'une question de principe aussi vaste et aussi importante.

Je suis d'accord avec Monsieur Van Zèle, mais je crois que la proposition a surtout son utilité pour les livres d'histoire.

Lorsqu'il s'agit d'un livre de mathématiques, par exemple, il est plus difficile de faire un sommaire. (Interruption.)

M. Buschmann. — Je me permets de faire remarquer que la question soulevée par Monsieur le Comte de Daugnon, à été discutée hier et qu'elle a reçu une solution. Je n'ai plus sous les yeux les conclusions qui ont été votées ; mais, si mes souvenirs sont exacts, la proposition de notre honorable collègue rentre dans la question traitée. Monsieur le Comte de Daugnon l'ignore parce qu'il n'a pas assisté à notre séance d'hier, il se trouvait en ce moment à la troisième section.

M. le Comte de Daugnon. — J'étais présent lorsqu'on a lu le rapport relatif à la table des matières alphabétique ; mais il n'a pas été question des livres à imprimer sur deux colonnes, on n'a pas parlé des sommaires des chapitres et il n'a pas été question davantage de la première table que je préconise et qui doit répéter exactement le sommaire de chaque chapitre, de manière à mettre sous les yeux du lecteur tous les faits chronologiques de l'histoire.

J'insiste donc sur les parties de ma proposition qui n'ont pas encore reçu de solution.

M. Magnuski. — En réponse à un argument de Monsieur le Comte de Daugnon, je dirai que j'ai un peu l'habitude des ouvrages scientifiques, ayant fait un ouvrage de mathématiques, et qu'il est excessivement facile de faire un sommaire.

M. le Comte de Daugnon. — Vous avez raison, mais cela n'empêche que le sommaire est surtout indispensable dans les ouvrages d'histoire.

M. Buschmann. — Si Monsieur le Comte de Daugnon le désire, je pourrais rendre compte à l'assemblée générale des considérations qu'il vient d'émettre. Dans tous les cas, je le prierai de me transmettre son étude, pour la faire insérer dans le compte-rendu.

M. le Comte de Daugnon. — Parfaitement, mais il faut présenter une proposition à l'assemblée générale.

M. le Président. — J'engage la section à en revenir à son ordre du jour qui est : « Développement de l'art de la reliure ».

M. Magnuski. — Monsieur Hasselbrinck a adressé à la Conférence une question ainsi conçue :

« Il emporte que les relieurs français emploient des feuilles de garde moins laides qu'ils ne le font aujourd'hui. Sous ce rapport, la reliure allemande est beaucoup plus avancée. »

Je crois pouvoir dire qu'il y a d'excellents relieurs français, qui emploient des feuilles de garde très jolies.

La question me parait mal présentée et d'une façon peu courtoise.

M. le Président constatant l'absence de Messieurs Mac Alister et Willemsen qui avaient annoncé des communications, propose de passer à la rubrique suivante du programme :

Formation de collections de reliures dans les Musées et dans les Bibliothèques ; Établissement d'Écoles professionnelles de reliure.

M. Claessens. — Je voudrais que la Conférence émît le vœu suivant qui est relatif aux écoles de reliure :

La Conférence invite les Chambres syndicales ou les associations spéciales à organiser, dans tous les pays, des écoles pour l'art de la reliure, à l'instar de l'école Estienne à Paris, ainsi que des expositions périodiques de reliure, etc.

M. Pichot. — Il existe déjà en France des écoles de reliure et d'imprimerie, sous le patronage des Chambres syndicales.

M. le Président. — En Allemagne également, il y a plusieurs écoles de reliure, notamment à Dusseldorff.

M. Van Zèle. — On s'en rapporte beaucoup, dans les vœux que l'on émet aux Chambres syndicales, mais il ne faut pas perdre de vue que, dans divers pays, les Chambres syndicales n'existent pas. Il en est ainsi en Hollande, en Allemagne et en Italie notamment. Il me semble que nous nous plaçons à un point de vue un peu restreint, nous ne voyons guère que la France et la Belgique et, Dieu merci, il est d'autres pays dont il faut tenir compte. Nous devrions nous placer à un point de vue plus général.

M. Buschmann. — Nous avons formulé hier un vœu en faveur de la création d'écoles de l'industrie du livre, à l'instar de ce qui existe à Paris ; ne pourrions-nous nous borner à dire que nous étendons ce vœu à l'art de la reliure ?

M. J. Destrée. — J'arrive un peu tard pour développer la proposition que j'ai formulée à propos de la formation de collections de reliures et de l'organisation d'écoles professionnelles de relieurs.

M. Van den Peereboom, dont la compétence en tout ce qui se rattache au livre est si justement appréciée, a démontré hier avec beaucoup d'éloquence l'opportunité de ma proposition.

Comme je ne voudrais pas tomber dans des redites, je compte trans-

mettre au secrétariat, de concert avec Monsieur Paul Claessens, une note succincte sur ces deux desiderata, figurant au programme de la Conférence.

Voici cette note :

Pendant plusieurs générations, une regrettable indifférence a régné à l'égard de toutes les manifestations artistiques d'un ordre secondaire.

Ce dédain ne contribua pas peu à précipiter la ruine de plusieurs industries et leur ruine eut été irrémédiable sans l'intervention de l'amateur et du collectionneur. Les expositions rétrospectives firent plus pour l'éducation du public que les considérations les mieux présentées. On comprit bien vite en admirant les productions anciennes la nécessité de renouer la chaîne des traditions trop longtemps négligées.

Au nombre des industries les plus négligées en Belgique, nous citerons l'industrie de la reliure. Voyons ce qu'il conviendrait de faire pour porter remède à cet état de choses. Ici notre tâche est d'autant plus facile que la France et l'Allemagne sont déjà entrées dans la voie des réformes.

Les deux moyens employés par nos voisins sont :

a) La formation de collections de reliures.

b) L'organisation d'une école professionnelle de reliure.

a) Il n'y a pas en Belgique de collection de l'espèce accessible au public. La bibliothèque royale n'en possède pas ou, du moins, elle n'est pas organisée. Quant au Musée d'antiquités, il ne possède que quelques spécimens, mais ce n'est là qu'un modeste commencement. Il y a même lieu de craindre que l'on ne s'arrête en chemin.

Il n'en est pas de même à l'étranger et, pour ne citer que l'Allemagne, chaque musée des arts industriels de quelqu'importance recueille et classe toutes les reliures présentant quelqu'intérêt.

Aussi, l'homme de métier est-il en mesure de compléter son éducation sans d'autres frais que des visites, plus ou moins répétées, au musée. Parfois, il obtient même l'autorisation de conserver le modèle chez lui. Il est ainsi à même d'étudier à l'aise la confection et le décor de la reliure.

Il serait peut-être périlleux de confier des reliures rares à tous venants. Mais si Ton organise une collection publique, il convieni que le praticien soit admis moyennant certaines garanties à manipuler le livre qui a frappé son attention.

Grâce à ce commerce avec les chef-d'œuvres anciens, le praticien acquiert en un temps relativement court, un goût sûr et une grande habileté.

Les collections doivent être organisées d'après un plan systématique. Tout d'abord, il va de soi que l'ordre chronologique doit être observé rigoureusement. L'enveloppe est nécessairement en rapport avec le livre qu'elle renferme. Prenons un exemple. Le manuscrit de grande dimension formé de feuilles de parchemin, réclame des plats solides ; et autrefois, des ais de chêne n'étaient pas superflus pour atteindre cette fin.

D'autre part, la reliure doit avoir un décor conforme au caractère du livre : Il n'est jamais venu à l'esprit d'un homme de goût de placer des poésies légères sous une enveloppe d'aspect maussade.

Ce ne sont pas les relieurs seuls qui gagneraient à fréquenter la salle des modèles : le public lui-même viendrait y prendre des leçons presque à son insu. Que de fois un habile artisan exécute en maugréant une commande absurde. Il ne suffît pas de développer l'aptitude de l'ouvrier ou de l'artiste, il faut faire l'éducation du client.

On devrait bien se garder d'exclure de la collection certaines créations pour ce seul motif, qu'elles sont d'un goût douteux. Il importe en effet de montrer l'industrie, non seulement à ses débuts, mais dans chacune de ses phases. Au maître habile est réservée la mission de faire ressortir les mérites des meilleurs modèles et de faire toucher du doigt les défauts des autres spécimens.

bj On ne discute plus aujourd'hui la nécessité de faire des écoles professionnelles ; elles se multiplient dans, tous les pays. Pour notre part, nous formons les vœux les plus ardents, pour qu'il y ait à Bruxelles un institut professionnel de relieurs, à l'instar de l'école Estienne, à Paris. Cette institution est trop justement appréciée pour qu'il faille en faire l'éloge. Adopter son programme, ce serait assurer le succès de l'institution. On objectera les frais que nécessiterait une semblable entreprise. Mais qui s'oppose à ce que cet établissement soit annexé à l'école typographique de Bruxelles ? Elle constituerait le complément de l'œuvre existante ; et de cette manière on réduirait les dépenses inhérentes à toute administration.

On ferait appel aux bibliophiles, ces amants de belles reliures. On gagnerait les patrons relieurs intéressés à se voir secondés par d'habiles ouvriers. Les uns prêteraient de leur or, les autres donneraient leurs leçons et des conseils. Pourquoi rêverait-on une organisation grandiose ? Que d'institutions pleines de vigueur et florissantes, ont eu des débuts modestes !

Questions relatives aux procédés d'illustration, au meilleur établissement du livre et du journal périodique dans les divers ordres subjectifs ; livres consacrés aux sciences, aux lettres, aux arts, a la liturgie, revues périodiques, etc.

M. J. Destrée. — J'ai l'intention de vous parler de la reproduction des miniatures, envisagées comme documents pour l'histoire de l'art et comme modèles pour l'illustration des livres liturgiques, etc.

Comme il nous reste fort peu de temps, je serai aussi bref que possible.

Il y a quelques années, M. Ch. Ruelens avait préconisé au Congrès archéologique de Kamur, la reproduction d'œuvres d'art et de miniatures en particulier, afin de faciliter les recherches des savants.

Pour ma part, je tiendrais beaucoup à venir en aide, non seulement aux érudits, mais aux hommes de métier ; je voudrais même qu'à côté des artistes, qui se livrent au grand art, on vît se reformer de nos jours des écoles d'illustrateurs.

Or, si Ton publiait les miniatures les plus remarquables des manuscrits italiens, allemands, flamands, français, etc., on mettrait à la portée des artistes des modèles très intéressants, non seulement au point de vue de la composition, mais encore du costume.

Pas n'est besoin d'attirer votre attention sur la façon déplorable dont les livres liturgiques sont trop souvent décorés..

Si l'on obtenait des bibliothèques publiques des facilités pour la publication d'albums de miniatures, on arriverait à cet excellent résultat de mettre à la portée des travailleurs, de nombreux modèles. Il serait à désirer que ces albums fussent exécutés au moyen de la phototypie, de la photogravure, etc., etc., et même que les reproductions fussent faites en couleur.

Pour entrer dans une voie pratique, il faudrait que les grandes bibliothèques de l'Europe choisissent ce qu'elles ont de plus remarquable comme enluminures et les fissent connaître au public, soit en donnant plus d'importance à leurs publications actuelles, soit en encourageant les particuliers désireux de populariser des monuments peu connus.

M. Aulit. — Les moments de la section sont comptés : je tâcherai d'être aussi concis que possible, j'exposerai sommairement mon sujet.

Les progrès des sciences et surtout des industries modernes semblent rendre, de jour en jour, notre existence plus fiévreuse : on ne lit plus, au sens propre du mot ; on parcourt, on jette un coup d'œil hâtif, et on souhaite, de ce coup d'œil, voir ce qu'on ne percevait souvent autrefois, qu'à la fin d'une lecture patiente et prolongée.

L'illustration, moyen de communication intellectuelle, qui frappe l'intelligence directement par l'œil, semble réunir, mieux que tout autre, les conditions de synthèse rapide, exigées par notre époque ; tandis que la lecture ne frappe l'esprit qu'indirectement par une suite de signes représentatifs, les lettres, dont l'esprit synthétise ensuite l'impression sensible.

En un mot, l'impression intellectuelle est indirecte par la lecture, directement sensible par l'illustration ; primitivement, la lettre elle-même n'était, pour ainsi dire, que la représentation directe de l'objet dont on se proposait de saisir les intelligences : témoin les hiéroglyphes.

Le temps nous faisant défaut, Messieurs, pour faire le résumé de l'histoire de l'illustration, je passe outre, pour considérer immédiatement l'illustration contemporaine, plus spécialement dans ses rapports avec les publications quotidiennes.

Les publications quotidiennes ont une tendance toujours croissante et nettement indiquée à se transformer partiellement en publications illustrées. C'est une publication illustrée hebdomadaire, le Graphie qui, avant aucun

autre journal, il est juste de le reconnaître, a engendré le Daily Graphie, le premier-né des journaux illustrés quotidiens.

Du Magasin Pittoresque au Daily Graphie, quel abime ! Quels procédés plus rapides exigés pour le second !

Pour ces sortes de publications, Messieurs, il faut, si j'ose m'exprimer ainsi, des illustrateurs-éclairs, des illustrateurs à éducation spéciale. Le temps manque pour développer cette idée ; elle est exposée dans tous ses détails dans la revue anglaise The Contemporary Review de Juillet 1890, alinéa 7 : A new profession wanting professors, by Joseph Pennell ; à laquelle source vous me permettrez de vous référer.

C'est aux Anglais, Messieurs, qu'est revenu l'honneur de la création du premier journal illustré quotidien.

La France ordinairement invente ; l'Angleterre perfectionne et tire parti pratique du génie de la France : c'est le contraire qui a eu lieu dans ce cas particulier. C'est à la France maintenant qu'il appartient de perfectionner et de donner le cachet inimitable du génie français à la nouvelle espèce de publication, qui doit sa naissance à l'initiative anglaise.

Il faut perfectionner l'éducation technique et scientifique des illustrateurs, créer des écoles d'illustrateurs, spécialement dressés pour les publications quotidiennes de toute nature ; et, pour les écoles déjà existantes, telles que l'École municipale Estienne, par exemple, dont le sympathique directeur, Monsieur Magnuski, m'écoute à cette heure, attirer les dispositions heureuses de certains élèves, sur l'important objet des besoins de rapidité et de sûreté technique que nécessite l'apparition, sur la scène de l'art, de l'illustrateur des publications quotidiennes.

M. Pichot. — Pour répondre à Monsieur Destrée, je dirai que la chose existe dans tous les pays. Il y a, en Allemagne, la maison Klimsch & C°, de Francfort, qui possède un album remarquable, tant au point de vue des dessins à la plume, en gravure, que des dessins en couleurs. Vous avez en Belgique des reproductions très intéressantes et, en France, il y a des documents de tout premier ordre publiés dans les mêmes conditions.

Je ne vois pas du tout comment on pourrait arriver à mettre en pratique la proposition de l'honorable préopinant. Il ne faut pas perdre de vue que pas un tableau, pas une œuvre artistique ne peut être reproduite sans l'autorisation de l'auteur. Aujourd'hui quand un tableau est vendu, il est toujours tacitement entendu que le droit de reproduction n'est pas vendu en même temps que l'œuvre. C'est donc une difficulté de plus.

En réponse à ce qu'a dit M. Au lit, je ferai remarquer que nous avons en France des journaux illustrés...

M. Aulit. — Pas quotidiens.

M. Pichot. — ...imprimés dans des conditions spéciales et contenant les reproductions des plus grands maîtres français.

Les journaux illustrés français sont à la hauteur des journaux illustrés anglais ; c'est être injuste que de dire le contraire.

M. Aulit. — Il n'y a ici qu'un simple malentendu ; je ne parle que des journaux illustrés quotidiens, du Daily Graphie, le premier connu dans le monde.

Je ne m'occupe pas des journaux illustrés ordinaires, c'est-à-dire des journaux illustrés hebdomadaires ou périodiques ; là, la France a la palme ; mais je n'envisage que le journal illustré quotidien.

M. Magnuski. — H y a des écoles d'illustrateurs un peu partout, en Allemagne, en France, en Espagne, en Angleterre. A Paris particulièrement l'école des Beaux-Arts, des Arts Décoratifs, tous les cours d'adultes de dessin, forment des illustrateurs.

Dans la même ville, à l'école Estienne, nous avons des cours de gravure sur bois, sur cuivre en creux, en relief, sur pierre, de dessin lithographique, de chromo. Il est inutile de proposer ce qui existe.

fyl. Pichot. — J'ajouterai que nous avons, depuis quelque temps, à Paris, un journal quotidien : Le Matin, publiant un journal photographié, qui s'appelle Paris instantané, et qui, tous les jours, mais tous les jours, donne des illustrations d'actualités, de faits mémorables.

M. Aulit. — Depuis quand ?

M. Pichot. — Depuis plusieurs mois.

M. Aulit. — Le Daily Graphie est plus ancien.

M. J. Destrée. — Il ne faut pas de confusion. Lorsque j'ai demandé la formation d'albums, je n'ai nullement eu en vue une école d'illustrateurs. Je demande simplement qu'on forme des recueils de documents.

M. Pichot. — Mais cela existe, j'ai cité notamment l'album de la maison Klimscb & C° de Francfort.

M. J. Destrée. — J'ai parlé des miniatures.

M- le Président. — Ne mêlons pas les deux questions, celle de la reproduction des miniatures et celle de la création d'écoles d'illustrateurs.

M. J. Destrée. — Je ne me suis occupé que de la reproduction des miniatures anciennes, des œuvres sur lesquelles il n'y a pas de droits dlauteur.

M. le Comte de Daugnon. — La proposition de Monsieur Destrée est difficile à admettre. Est-il admissible que les bibliothèques se privent pendant des mois, de livres très précieux ? S'il s'agit de permettre à un peintre de se rendre à la bibliothèque, pour prendre des dessins et faire des copies, rien n'est plus facile, cela se fait tous les jours ; mais, s'il s'agit au contraire de prêter au dehors, à des artistes, des livres ou des manuscrits précieux pour copier des miniatures, c'est autre chose. Il n'est pas une bibliothèque qui se priverait, pendant un temps plus ou moins long, de documents précieux pour les prêter à des peintres, des dessinateurs ou des photographes.

M. J. Destrée. — Je suis d'accord avec l'honorable préopinant, quand

il dit que les bibliothèques ne peuvent pas se dessaisir d'ouvrages précieux ; mais cela n'est pas nécessaire, il suffît de donner au dessinateur, au photographe toutes les facilités voulues, pour opérer dans les locaux de la bibliothèque.

M. le Comte de Daugnon. — Alors le vœu est inutile, car les bibliothèques accordent toujours ces facilités. J'ai employé des peintres pour copier des miniatures anciennes, des armoiries, etc., et la permission a toujours été accordée, à la condition d'opérer dans la bibliothèque même. Il est évident qu'elle aurait été refusée s'il s'était agi de laisser sortir des livres ou des documents de la bibliothèque. On permet quelquefois le prêt de livres de pays à pays, mais le prêt est toujours refusé, lorsqu'il s'agit d'œuvres anciennes et illustrées.

Je ne voudrais pas que la section présentât à l'assemblée générale un vœu qui serait certainement repoussé.

M. Pichot. — Quelle sera la portée pratique du vœu ? Elle m'échappe. Quand on reproduit un objet d'après un document quelconque, quelle que soit la perfection que l'on donne à cette reproduction, elle est toujours inférieure à l'original. Pourquoi créer des modèles qu'on sait d'avance devoir être inférieurs aux originaux. D'un autre côté, je ne comprends pas l'utilité qu'il y aurait à mettre dans le commerce des reproductions de miniatures. Au point de vue artistique, cette utilité m'échappe également. Nous avons aujourd'hui un bagage considérable de documents et je ne vois pas la nécessité de l'augmenter.

M. J. Destrée. — Certes, si les artistes pouvaient toujours s'inspirer des originaux, ce serait préférable ; mais n'oubliez pas que les artistes sont généralement peu fortunés et qu'il leur est souvent impossible de séjourner à Londres, à Paris ou à Vienne, pour consulter des originaux. Il faudra donc se contenter souvent de reproductions, qui leur viendront à point dans une foule de circonstances. Un exemple du reste vous fera saisir la portée pratique de ma proposition. Lorsque les peintres céramistes d'Urbin ont décoré tels plats, prisés si haut aujourd'hui, ils n'ont pas travaillé directement d'après Raphaël, mais d'après des gravures reproduisant des œuvres de ce maître illustre entre tous. Ces mêmes gravures servirent plus tard aux émailleurs de Limoges !

M. Pichot. — La maison Simonneau de Bruxelles a fait des reproductions de documents anciens qui peuvent être consultées avec fruit.

M. J. Destrée. — Je crois avoir vu tout ce qu'il y a de remarquable en fait de miniatures, dans plusieurs grandes bibliothèques de l'Europe ; et, je puis vous assurer qu'il y a quantité de documents précieux qui n'ont jamais été reproduits et qu'il serait bon de signaler à l'attention des amateurs. Telle est la portée de mon vœu.

M. Buschmann. — Je crois pouvoir résumer fidèlement en ces termes, les idées que vient d'émettre Monsieur J. Destrée : L'assemblée attire

l'attention des intéressés sur Futilité, pour les illustrateurs d'ouvrages liturgiques, des reproductions des miniatures, même en couleur, surtout au point de vue historique et archéologique.

(Assentiment.)

M. Aulit. — J'ai donné tantôt quelques développements très écourtés sur le vœu tendant à la création d'écoles d'illustrateurs, spécialement au point de vue de la publication de journaux quotidiens illustrés.

Les publications de l'espèce prendront, j'en suis convaincu, un grand développement. Je demande que, dans les écoles d'illustrateurs existantes, on attire spécialement l'attention des élèves sur l'importance qu'acquerra l'illustration du journal quotidien et sur le développement qu'elle comporte. Les professeurs doivent faire comprendre à leurs élèves que le xx ,nc siècle attachera une très grande importance à l'illustration du journal quotidien. L'illustration en arrivera à prendre dans le journal une place prépondérante. Je ne tiens pas absolument aux termes de ma proposition ; mais à l'idée qu'elle exprime.

M. Titz. — Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'illustration française et de l'illustration anglaise, qui donnent toutes deux de très beaux résultats. Le but que l'on vise est de perfectionner l'art de l'illustration en général. Eh bien, à ce point de vue, nous ferions fausse route, si nous voulions appliquer le moyen proposé. Je vais peut-être vous paraître très révolutionnaire, mais, à mon avis, ce ne sont pas les écoles d'illustrateurs qui produiront jamais des illustrateurs. Je n'ai jamais eu confiance dans ce système qui consiste à réunir des jeunes gens dans une école quelconque pour en arriver dans un temps donné à en faire des artistes. Je ne conçois pas une fabrique d'artistes.

M-. Aulit. — On peut les perfectionner dans leur art.

M. Titz. — Il n'y a pas de notions spéciales d'illustration ; l'enseignement des écoles d'art suffît. C'est en quittant l'académie, que chacun se choisit son genre et se livre alors à des études plus spéciales. Celui qui, par exemple, voudrait reproduire des scènes de courses, commencera par dessiner des chevaux d'après nature et apprendra leur anatomie à l'école vétérinaire. Il n'y a pas de professeurs capables de lui donner de meilleures leçons que celles-là ; veut-il faire de l'actualité il n'a qu'à copier ce qu'il voit dans la rue, au café, partout où il y a vie, où il y a mouvement ; quelques années de cet exercice, quelques notions d'architecture et de perspective et il en saura assez. Quant à la pratique, trois ou quatre heures suffiront pour l'initier à n'importe quel procédé à employer.

Un Membre. — Et la gravure sur bois ?

M. Titz. — La gravure, c'est autre chose ; mais dessiner sur bois ou sur papier, c'est la même chose.

Le véritable moyen de donner un grand essor à l'illustration, c'est de perfectionner, par tous les moyens possibles, les procédés mécaniques de reproduction. Un artiste devrait pouvoir exécuter son dessin par n'importe quel procédé et pour que son dessin soit reproduit fidèlement, il faut arriver à supprimer tout intermédiaire artiste entre le dessinateur et rimprimeur. Je voudrais la suppression du graveur, car celui-ci, quels que soient son habilité, son talent, enlève bien souvent à l'original la caractéristique, la personnalité de l'artiste. Ce charme qui se dégage d'un dessin original et qui devrait se ressentir également devant sa reproduction, la gravure nous l'enlève, car l'œuvre nouvelle est le travail combiné de deux tempéraments.

Voilà pourquoi, je le répète, les moyens mécaniques de reproduction doivent être poussés vers la perfection. Le Gouvernement qui dépense de fortes sommes pour la gravure au burin devrait songer aussi aux divers genres de gravure qui ont la photographie pour base ; grâce à cet appui tutélaire, les procédés nouveaux iraient sans cesse se perfectionnant. Si les résultats que donnent la zincographie, l'héliotypie, etc., sont loin d'être parfaits, ils sont dès à présent sérieux ; et là est l'avenir.

Quant à la gravure sur cuivre, que l'artiste exécute lui-même son dessin à l'eau-forte, et s'il ne veut, ni ne sait se rendre maître de ce procédé, il y a la photogravure qui le remplace.

Pour en revenir aux écoles d'illustrateurs, que ferons nous des artistes formés ? Nous n'avons pas en Belgique de journaux illustrés. Il s'en formera, me direz-vous

M. Aulit. — Au xx mc siècle.

M. Titz. — Quant aux livres, nous éditons très peu d'ouvrages de luxe illustrés. Les quelques illustrateurs que nous possédons travaillent surtout pour l'étranger et pour la Belgique fort peu. Si vous fabriquez encore des illustrateurs, bien que je prétende que les illustrateurs ne se fabriquent pas, qu'en fera-t-on ?

M. Magnuski. — Un véritable graveur sur bois et sur cuivre est celui qui peut dessiner lui-même le tableau qu'il veut reproduire, comme beaucoup de maîtres français, belges et allemands. Ceux-là ne recourent pas aux intermédiaires, ce sont de véritables graveurs. Les autres, je vous les abandonne, mais les premiers non, ils nous restent, nous les gardons, ils feront toujours mieux que la photographie.

M. Dumercy. — Je n'ai entendu que la fin du discours de M. Titz et je n'y ai pas trouvé tout ce que je désirais. M. Titz est un artiste distingué, en même temps qu'un savant archéologue. Voici le langage qu'à sa place j'aurais tenu. (Peut-être l'a-t-il fait au début. Dans ce cas, je prie M. le Président de m'arrêter) :

On nous demande de contribuer, dans la mesure de nos forces, aux progrès de l'art charmant de l'illustration. M. Aulit croit trouver la

solution du problème dans la création d'écoles d'illustrateurs. Cela revient à dire qu'on peut développer l'art par la création d'écoles.

N'en déplaise à M. Magnuski, dont j'estime le talent et le caractère, je crois pouvoir dire que les écoles, sauf les écoles techniques, telles que celle qu'il dirige, sont mortelles pour l'art. Je suis l'ennemi de toutes les institutions où l'on a la prétention, outrecuidante, d'après moi, d'enseigner l'art. C'est pourquoi je pense que la Conférence du Livre, dont la mission n'est pas d'entrer dans les querelles artistiques, doit rejeter la proposition dans sa forme et teneur.

Si l'on veut tendre la main à l'illustration, qui est déjà assez grande pour marcher toute seule, il faut se borner à exprimer le vœu que cet art soit encouragé par les gouvernements et par les particuliers. Quant aux écoles d'illustrateurs, j'estime que nous n'avons pas à nous en occuper. Pour faire le tour du monde, le poncif n'a pas besoin de passer par chez nous.

M. Moreau. — Si on ne crée pas des artistes, il est cependant nécessaire de créer des praticiens capables de traduire l'œuvre des artistes. Or pour traduire une œuvre d'art, on dispose actuellement de deux moyens : la photographie sur bois et la photogravure.

La photogravure ne donne pas encore tous les résultats qu'on peut en attendre, mais la photographie sur bois interprétée par un graveur de talent qui sait le dessin et qui a le sentiment de l'art, donne au contraire des résultats excellents. Il est donc désirable qu'on arrive à former des graveurs interprétant en artistes la photographie sur bois.

Aujourd'hui la plupart de nos artistes dédaignent les fortes études, proclament volontiers que le sentiment est tout et que la science tue l'inspiration. Cependant les maîtres d'autrefois, les Rubens, les Rembrandt, les Léonard de Vinci connaissaient la technique du dessin, la perspective linéaire et aérienne, ils étaient artistes et savants. Nos jeunes peintres, impatients de montrer leur savoir-faire, exposent au sortir de l'école. De là ces kilomètres carrés de peinture qui encombrent les salons annuels, barbouillages informes devant lesquels s'exclament les ignorants, mais qui ne sauraient fixer l'attention des connaisseurs. Si Ton a recours à de tels artistes pour l'illustration des livres, on découvre bien vite le défaut de la cuirasse : le crayon en main, ils sont incapables de créer la moindre vignette. Le dessin est et sera presque toujours la pierre d^choppement de ces artistes sans culture.

M. Aulit. — Je transforme ma proposition première et je forme un vœu général en faveur du développement de la science de l'illustration. Cette science est un peu négligée et elle va devenir de plus en plus urgente en présence de la vie fiévreuse que l'on mène et qui fait qu'on lira iïioins et qu'on regardera davantage.

Lorsque je suis très fatigué le soir, je ne sais plus lire ; mais je sais

encore regarder les illustrations et c'est ce qu'éprouvent la généralité des personnes qui ont beaucoup travaillé pendant toute la journée.

Au XX mc siècle on préférera voir que lire; et c'est pourquoi j'insiste sur le vœu de voir développer la science de l'illustration.

M. le Comte de Daugnon. — L'illustration n'a jamais été une science ; un grand artiste sera un fameux illustrateur. Il faut être dessinateur et peintre avant tout ; développons les écoles de dessin et de peinture et nous aurons des illustrateurs.

M. Aulit. — Eh bien, c'est ma proposition ; puisque je demande simplement le développement des écoles d'illustrateurs.

M. Magnuski. — On pourrait donner satisfaction à la majorité de la section en formulant ainsi le vœu :

La Conférence du Livre invite les gouvernements à encourager, dans la mesure du possible, les jeunes illustrateurs qui ont déjà fait leurs preuves.

M. Moreau. — Et les engage à faire des études, ...avant de publier leurs œuvres.

M. Aulit. — Je déclare me rallier à la formule proposée par Monsieur Magnuski .

M. Buschmann. — Je propose de ne pas formuler de vœu à ce sujet, parce que la question n'a pas été étudiée d'une manière assez complète et assez approfondie.

Monsieur Aulit paraît ignorer ce qui existe ; il a fait une première proposition qui ne visait que l'illustration des journaux quotidiens. Cette proposition a été écartée; il s'est arrêté à une nouvelle proposition tendant à voir se créer et se développer des écoles d'illustrateurs, qu'il a abandonnée une seconde fois, à la suite des communications de Messieurs Titz et Dumercy, combattant les écoles d'art, proprement dites. Que reste-t-il après cela des propositions présentées ? Rien, sinon, quelques idées vagues que la section ne saurait présenter à l'assemblée plénière, sans s'exposer à se voir renvoyer, une seconde fois, son rapport, pour insuffisance d'étude.

Il ne serait pas digne de la section de présenter à l'assemblée une proposition aussi banale et aussi mal formulée.

Mais, permettez-moi de revenir au fond de la question, dont la discussion a dévié. Il est évident qu'on ne saurait citer, ici ni ailleurs, un seul grand artiste sorti d'une école artistique...

Des Membres. — Si, si. (Protestations.)

M. Buschmann. — Laissez-moi m'expliquer. Je prétends que ce ne sont pas les écoles qui ont créé les grands artistes.

M. Pichot. — Mais elles y ont singulièrement contribué.

M. Buschmann. — Il n'en est pas moins vrai que les artistes marquants ne sont pas tels, parce qu'ils ont fréquenté des écoles. Ils le seraient devenus

sans ces écoles, peut-être après un apprentissage un peu plus long, peut-être plus difficilement, mais leur mérite n'en serait pas moindre pour cela.

H en est autrement de ce qu'on pourrait nommer le praticien, pour qui la technique, la pratique est le point essentiel. Dans cette catégorie rentrent les graveurs non créateurs, les graveurs copistes, si vous voulez.

Je pense donc qu'il y a lieu de faire une distinction très nette entre les écoles purement artistiques et les écoles professionnelles ou industrielles.

Des écoles professionnelles et techniques existent dans la plupart des pays, et si nous n'avons pas d'école d'illustrateurs en Belgique, la raison en est bien simple. Il y a dans les grandes capitales, à Paris, par exemple, une population intelligente à peu près aussi considérable que celle de toute

la Belgique, et si Paris est arrivé à avoir une école comme l'Ecole Estienne, on comprendra que nous n'en aurons pas de sitôt.

Aussi n'y a-t-il qu'une seule école de l'espèce pour toute la France ; il n'y en a ni à Marseille, ni à Bordeaux, ni dans d'autres grandes villes françaises. Il en existe encore à Londres et à Berlin ; mais nous ne pouvons pas, en Belgique, espérer avoir ce qui existe en France ou en Angleterre.

Il n'y a pas lieu, je pense, d'émettre le vœu qu'on propose pour le développement d'une science ou d'un art déterminé, nous voulons, je suppose, le développement et le perfectionnement général de toutes les sciences et de tous les arts modernes. Mais toutes ces idées, très justes au fond, n'ont pas reçu la forme qui convient pour en faire une proposition formelle, à présenter en assemblée générale.

Nous ne pouvons donc que dire qu'il est désirable que des encouragements soient donnés à ceux qui les méritent, et que des classes, s'occupant de la technique de l'illustration, soient créées dans tous les pays ; mais, nous avons dit hier tout ce qu'il y avait à dire à ce sujet, à propos de l'enseignement professionnel. Pourquoi y revenir ?

M. Aulit. — Monsieur Buschmann est donc d'accord avec Monsieur Magnuski. Je me suis rallié à la proposition de ce dernier ; et je demande qu'on passe au vote.

M. Dumercy. — Je demande la parole sur la manière de poser la question.

Nous nous trouvons en présence d'une proposition de Monsieur Aulit, d'une proposition de Monsieur Magnuski et d'une proposition de Monsieur Buschmann. Cette dernière n'est pas formulée encore, mais sa portée est celle-ci : il n'y a pas lieu de voter sur la question autrement qu'à titre de confirmation d'un vote précédent, relatif à l'école professionnelle des industries du Livre ; il suffirait d'y créer une section pour l'illustration.

Nous devons voter, en premier lieu, sur l'amendement le plus large, parce que, s'il est adopté, les autres tombent d'eux-mêmes. Quel est l'amendement le plus large ? C'est celui de Monsieur Buschmann. Je propose donc de voter sur la question ainsi formulée :

Bibliothèque de Mathias Corvin

Reirhk d'un manuscrit

Y a-t-il lieu d'admettre la proposition de Monsieur Aulit autrement, qu'à titre de rappel d'un vote précédent, concernant la création de l'école professionellè du Livre ?

M. Aulit. — Je me rallie à cette proposition.

M. Magnuski. — Moi aussi.

La proposition est adoptée.

M. le Comte de Daugnon donne lecture de la note suivante, au nom de Monsieur Janos Csontosi, bibliothécaire du Musée National de Budapest, qui communique à l'assemblée des reproductions chromo-lithographiques de reliures anciennes.

Reliure des Manuscrits de Corvin.

Considérant, que les reliures en cuir de la Corvina, c'est-à-dire de la bibliothèque, qui porte le nom de son fondateur, Mathias Corvin, roi de Hongrie, mort en 1490, dispersées aujourd'hui dans quarante bibliothèques de l'Europe, dont elles constituent un trésor superbe, manifestent la gloire ancienne de la bibliothèque dont elles proviennent.

Considérant, qu'elles sont si caractéristiques, si typiques qu'elles se distinguent de toutes autres reliures du moyen-âge ou de la renaissance, et que pourtant on ne leur a pas encore attribué l'importance qu'elles méritent dans l'histoire de la reliure ; qu'en effet, ils portent des ornements de fleurs d'or, pour l'application desquelles il a été fait, à cette époque reculée, usage de l'or en feuilles ; qu'il en est de même pour ce qui concerne les arabesques ou les tulipes, ornant des couvertures de cuir rouge ou brun, sur lesquelles s'unissent les armoiries de la Bohème avec celles de la Hongrie au centre, sous la couronne.

Considérant qu'on y a représenté, parfois sur un écu particulier, l'emblème des Corvins : un corbeau debout tenant un anneau dans le bec ; que celui-ci revient aussi dans d'autres motifs décoratifs ; mais que même sans cet emblème, le caractère des Corviniana se reconnaît facilement au style indépendant et caractéristique de ces reliures, plus anciennes que celles de Grolier :

La Conférence du livre, jugeant d'après les facsimiles qui lui en sont présentés, considère lesdites reliures comme très importantes au point de vue de la bibliographie et de l'histoire de la reliure de la renaissance.

Elle attire l'attention des hommes de l'art sur ces reliures, et elle en agrée un facsimile caractéristique, pour le faire paraître dans le Compterendu de ses séances, aux frais du Musée National de Hongrie.

Cette proposition est accueillie aux applaudissements de l'assemblée.

M. le Comte de Daugnon. — Je voudrais, avant de lever notre séance, vous proposer de voter des remerciments au Président du Cercle artistique, qui, depuis quatre jours, nous a offert l'hospitalité dans les locaux du Cercle. (Applaudissements.)

Vous savez que l'âme du Congrès du Livre a été Monsieur Max Rooses, d'Anvers, je voudrais que la première section lui exprimât sa gratitude et sa reconnaissance, pour avoir pris l'initiative et mené à bonne fin, une conférence sur le livre, ce puissant agent de la civilisation humaine. (Applaudissements.)

M. Magnuski. — Je vous propose d'associer à vos remerciments le nom de Monsieur Ruelens, Président du Congrès, et celui de Monsieur Destandes ; c'est également grâce à leurs efforts et à leurs soins, que la Conférence du livre s'est constituée.

M. le Comte de Daugnon. — Il est entendu que nos remerciments s'adressent à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de l'idée de la Conférence du Livre. (Acclamations.)

M. Van de Vei.de. — Je propose de remercier également le bureau de la première section et particulièrement son président, qui a présidé nos réunions avec tant d'autorité et de bienveillance. (Applaudissements.)

La séance est levée à 11 heures 45 minutes.

rennent place au bureau : Monsieur A. Templier, président ; Monsieur Thieme, vice-président ; Monsieur Woucters, secrétaire. La séance est ouverte à 10 heures.

M. le Président. — L'assemblée m'a fait, à moi et à la

içaisc, un grand honneur en m'appclant à présider celte section,

Je vous en remercie, Messieurs, et je puis vous assurer que mes

collègues de France apprécieront, comme il le mérite, l'honneur que vous

leur faites.

Si vous le voulez bien, nous entamerons immédiatement nos travaux, en commençant par les questions qui doivent être soumises à l'assemblée générale.

La première question, dont nous avons à nous occuper dans cet ordre d'idées, est relative aux droits de transport et aux droits de douane du livre. Monsieur Dumcrcy a bien voulu se charger du rapport. M. Peetebs. — N'y aurait-il pas moyen de commencer par une autre question? Monsieur le vice-président du Cercle île la Librairie, qui doit parler sur cet objet, n'est pas présent, et il assistera à notre séance de demain.

M. le Président. — Il y a une difficulté à faire droit à la demande de Thonorable membre, parce que nous avons un ordre du jour déterminé et que le rapport sur la question, dont il s'agit doit être présenté, cet après-midi, à l'assemblée générale. Nous ne pourrions modifier notre ordre du jour que si l'assemblée générale consentait à s'occuper d'un autre objet que celui qui se trouve porté au programme.

M. Dumercy. — La Commission organisatrice a fixé l'ordre du jour des séances des sections, mais elle n'exige pas que cet ordre soit suivi ne varietur. Je ne vois donc pas grand inconvénient à ce que la section change l'ordre de ses travaux. Tout ce que la Commission organisatrice a voulu éviter, c'est qu'il y eût une séance blanche l'après-midi.

M. le Président. — S'il en est ainsi, nous pourrions aborder la discussion de la question portée à l'ordre de jour de l'assemblée générale de demain.

M. Dumercy. — J'avais accepté d'être rapporteur pour la première question, mais je ne suis guère au courant de la seconde, et je prierai la section de vouloir bien confier cette tâche à un autre membre.

M. le Président. — Y a-t-il une proposition ? Monsieur Manceaux voudrait-il se charger du rapport ?

M. Manceaux. — Je suis à Anvers depuis trois jours pour installer mon exposition, et je suis obligé de repartir pour Mons aujourd'hui.

M. le Président. — Pouvons-nous compter sur M. Boele Van Hensbroeck?

M. Boele Van Hensbroeck. — Vous me faites beaucoup d'honneur en me désignant, mais je dois avouer que je ne suis pas à même de faire un rapport sur cette question.

M. le Président. — M. Dumercy me dit qu'à défaut d'autre, il consent à être notre rapporteur. Nous l'en remercions vivement. La discussion est donc ouverte sur la question suivante :

Recherche des moyens de perfectionner l'organisation de la librairie en Belgique et de créer une fédération internationale des associations de libraires établies . OU A ÉTABLIR.

M. Manceaux. — Je comptais m'occuper de la question à l'assemblée générale de l'après-midi, j'ai rédigé à cet égard une note, d'ailleurs très succincte. J'ai été président du Cercle de la librairie et je voulais vous dire ce qui s'est passé lors de son organisation.

J'ai fait de grands efforts pour rendre cordiales les relations de toutes les professions et industries qui concourent à la confection du livre : j'ai rencontré les plus grandes difficultés, à cause des intérêts contradictoires qui se trouvaient en présence. Lorsqu'il s'est agi de régler la question des remises, nous n'avons pu trouver un terrain d'entente

sur lequel l'accord pût se faire. Nous avons abandonné le projet, avec quelque espoir de le reprendre plus tard. Le nombre des adhérents ayant été considérable.

M. le Président. — Puisqu'on ne formule pas de conclusion, nous devons nous borner à constater que la question a été soulevée et que la solution présente des difficultés considérables. Nous pourrions engager rassemblée générale à nous suggérer les moyens qu'elle croirait propres à vaincre ces difficultés.

M. Plon. — Si j'ai bien compris la question dont Monsieur Manceaux a été le promoteur, cette question est double. Il s'agirait, 1°, d'établir une entente entre libraires belges et, 2°, une entente entre les syndicats belges et les syndicats similaires étrangers.

Il y a là deux questions distinctes. Le premier point ne nous regarde pas, nous autres étrangers; vous nous dites que vous éprouvez beaucoup de difficultés à vous entendre entre libraires belges. Nous n'avons pas à intervenir ici, tout ce que nous pouvons vous dire, c'est que nous nous entendons généralement assez bien entre libraires français. Nous souhaitons qu'il en soit bientôt de même chez vous, mais nous devons nous borner à émettre de simples vœux.

Quant au second point tendant à établir de bons rapports entre les syndicats belges et étrangers, je crois pouvoir dire qu'ils existent entre les syndicats de la librairie belge et de la librairie française. Je sais que notre syndicat français a également des relations excellentes avec les syndicats anglais et ceux des autres pays.

Si vous avez quelque moyen à nous proposer pour conserver et développer encore ces bons rapports, dites-le nous, nous sommes tout prêts à nous y rallier.

M. Hoste. — L'honorable préopinant vient de nous dire qu'en ce qui concerne la librairie française l'entente était complète ou à peu près. S'il pouvait nous dire comment et sur quelles bases cette entente s'est établie, cela serait très intéressant.

Voici ce qui se présente en Belgique : des libraires français viennent faire des offres de remises considérables aux administrations communales belges qui leur font une commande. Il y en a bien qui renvoient la commande à leur correspondant de la ville dont elle émane ; mais d'autres traitent directement avec les administrations communales. Cela est très défavorable aux détaillants.

On dit qu'il y a entente, mais elle ne se montre guère dans les faits et, si elle existe réellement, nous serions heureux de savoir comment elle s'est établie. Peut-être pourrions-nous imiter ici ce qui s'est fait en France.

M. Plon. — L'entente dont je parle est une entente de bonne confraternité. Quant à établir un accord entre nous sur les prix de

nos livres, sur les remises à accorder, etc., nous considérons cela comme moralement et matériellement impossible à réaliser. Cela serait en effet contraire au principe de la liberté du commerce. Je ne sais si vous réussirez en Belgique, mais ce que je sais c'est qu'on n'a réussi dans cet ordre d'idées, ni en France, ni en Angleterre.

M. Hoste. — En Allemagne, on n'a pas trouvé de solution non plus.

M. Plon. — La solution, c'est la liberté du commerce.

M. Dumercy. — Monsieur Pion a placé la question sur son véritable terrain. Nous sommes un Congrès international, et nous devons discuter beaucoup moins ce que nous faisons chez nous que ce que nous pourrions faire d'accord avec les nations amies.

Y a-t-il moyen d'établir une fédération internationale des Cercles de la librairie, tels qu'il en existe à Paris et à Bruxelles ?

Quels sont les rapports possibles à établir entre ces institutions ?

Il y a, je crois, entre le Cercle de la librairie française et le Cercle de la librairie belge, des rapports cordiaux; mais ces rapports n'ont rien d'officiel, rien d'administratif, si je puis m'exprimer ainsi.

A cette question des relations se mêle une autre question, celle de l'organisation légale de ces Cercles. En France, le Cercle de la librairie est, si je ne me trompe, une personne civile : il bénéficie des dispositions de la loi sur les syndicats professionnels. Chez nous, le Cercle de la librairie est une simple association fortuite de personnes : il n'a aucun caractère civil ; il est incapable d'acquérir, de posséder, de transmettre. Par conséquent, la différence des législations est un premier obstacle à l'établissement de rapports entre les deux institutions.

La première question à examiner est celle de savoir s'il serait possible de créer, entre les différentes législations, une homogénéité telle qu'on pût établir des rapports administratifs continus entre les sociétés de ce genre.

Il y aurait aussi à créer des rapports continus pour l'échange des publications et, peut-être, pour arriver à une publication uniforme et unique.

Le Cercle de la librairie française publie, et c'est un de ses titres de gloire, un journal qui est entre les mains de tout le monde, et qui peut être considéré comme le moniteur de la librairie française. Eh bien, ne pourrait-on pas arriver, au moyen d'une fédération des associations, à créer un journal international du même genre ? C'est évidemment difficile pour ce moment, mais c'est aussi grandement désirable.

Nous pourrions, me semble-t-il, émettre un vœu, disant qu'il y a lieu d'établir une homogénéité entre la législation des pays, en ce qui concerne les associations de l'espèce et de tâcher d'arriver à l'unité, par une publication collective.

M. Grosjean-Maupin. — Il y aurait peut-être un moyen, une fois les associations fondées partout, de réaliser en partie le vœu qu'on nous propose d'émettre. Ce serait d'inviter chaque pays à dresser le catalogue

général des œuvres publiées chez lui et à demander l'encartage de ces catalogues dans le journal du Cercle de la librairie française.

M. le Président. — Quant aux moyens d'exécution, on peut les indiquer à titre de renseignement, mais ils sont évidemment encore à l'état embryonnaire. Nous devons, me semble-t-il, nous borner à émettre un vœu, pour que la question soit mise à l'étude et que cette étude soit continuée par chacun de nous dans son pays.

Il est évident que l'union internationale, préconisée par notre honorable rapporteur est désirable, mais il nous serait difficile de nous prononcer sur les moyens à employer pour la réaliser.

Je proposerai à la section de décider que chaque groupe est invité à étudier les moyens d'arriver à une entente entre les diverses associations de librairie.

M. Plon. — Il y a une grande difficulté, actuellement, à établir, en matière de librairie, l'union et l'unification que tout le monde désire. Ne perdez pas de vue que la propriété littéraire internationale n'est pas reconnue partout comme elle l'est en Belgique, en France, en Angleterre et dans les pays qui ont adhéré à la Conférence de Berne. Il *y a des états, comme la Hollande, par exemple, qui n'ont pas adhéré à cette conférence, et, où la propriété littéraire des étrangers n'est pas garantie. Ces états-là, ayant une législation spéciale sur la matière, ne sont pas dans les conditions voulues pour conclure une union avec les états ayant adhéré à la Conférence de Berne.

Une union est désirable, mais elle est actuellement prématurée. Tout ce que nous pouvons désirer, c'est que des sociétés, semblables aux Cercles de la librairie belge et française, se fondent dans les différents pays et fassent des efforts pour obtenir la reconnaissance de la propriété littéraire internationale. Quand cela aura été obtenu, une union plus intime pourra s'établir entre les libraires de tous les pays. Ce serait atteler la charue devant les bœufs que de vouloir nous unifier comme librairie, alors que nous ne sommes pas unifiés comme législation.

M. Paul Wauwermans. — La même réflexion m'était venue au point de vue d'une unification entre libraires, mais il me semble pourtant que la situation actuelle devrait engager les libraires et éditeurs des pays, ayant adhéré à la Convention de Berne, à se fédérer le plus tôt possible, pour s'unir contre les nations qui refusent de reconnaître leurs droits et qui leur font un tort aussi considérable qu'aux auteurs.

Il n'est pas douteux que les pays qui n'ont pas adhéré à la Conférence de Berne, comme la Hollande, les États-Unis, etc., et qui ne reconnaissent pas la propriété littéraire, ont cependant besoin de se fournir à l'étranger et surtout en France. Eh bien, les libraires et éditeurs des nations ayant adhéré à la Conférence de Berne, devraient se fédérer et faire à leurs

confrères des autres nations, des conditions plus dures, des remises moindres, exercer, en un mot, une sorte de boycottage à l'égard de ceux qui se livrent au pillage de la propriété littéraire. Ce serait peut-être le moyen d'obtenir bientôt la reconnaissance des droits d'auteur.

Aux États-Unis, nous assistons à cette lutte de la propriété littéraire ; celle-ci n'est pas reconnue et, de là un énorme préjudice pour la librairie anglaise.

Si la librairie anglaise et française en profitait pour prendre des mesures hostiles à l'égard de la librairie américaine, et si elle était aidée par la librairie allemande, elle obtiendrait bientôt la reconnaissance des droits des auteurs qui, en somme, sont les droits des éditeurs.

A mon avis, l'objection de Monsieur Pion est plutôt un argument en faveur de la fédération des libraires et éditeurs des nations ayant adhéré à la Conférence de Berne, afin de pouvoir résister aux libraires et éditeurs des autres nations.

M. Hoste. — Je ne pense pas que l'honorable préopinant ait voulu dire, comme on pourrait le croire d'après ses paroles, que la Hollande se livre au pillage littéraire. On ne fait pas de contrefaçon en Hollande ou on en fait fort peu ; quant à moi, je n'en ai jamais constaté. Mais ce qui s'y fait beaucoup, ce sont des traductions et je crois que c'est parce que la Conférence de Berne a été un peu loin en ce qui concerne la question des traductions, que la Hollande n'a pas voulu adhérer à la convention.

Les Hollandais ont protesté avec beaucoup d'énergie, quand on les a accusés de piller les auteurs allemands et il faut bien reconnaître qu'il n'a jamais été sérieusement démontré qu'il y avait eu pillage. Peut-être a-t-on contrefait l'une ou l'autre œuvre, mais ce n'est assurément pas un système. C'est la traduction surtout qui est favorisée en Hollande ; il s'y fait un énorme trafic de traductions.

Il y a . pour les libraires français, allemands, belges, anglais, autre chose à faire que de prendre des mesures violentes contre leurs confrères des autres nations, c'est de favoriser ceux qui veulent entreprendre une traduction en communiquant les premières feuilles des ouvrages. Il ne s'agit que de s'entendre avec les éditeurs hollandais.

Tout ceci n'empêche pas une fédération entre libraires, car l'entente est hautement désirable et en ce point j'appuie la manière de voir de l'honorable préopinant. Mieux on s'entendra, plus vite on arrivera à l'unité qu'on désire.

M. le Président. — Nous formons une réunion de personnes appartenant à tous les pays et il est désirable que, dans les discussions, nous évitions tout ce qui pourrait froisser la susceptibilité de l'un ou de l'autre d'entre nous.

Il a été question des législations qui régissent les divers pays au

point de vue de la propriété littéraire et on a émis le vœu de voir adopter une législation uniforme. Tous les membres qui ont pris la parole ont semblé être d'accord sur ce point. La discussion a roulé sur le point de savoir s'il ne serait pas possible de former une fédération des différents groupes qu'on pourrait appeler Cercle de la librairie ou Chambre syndicale de la librairie.

Je pense, quant à moi, que cette union serait assez facilement réalisable entre les pays qui ont adhéré à la Convention de Berne et qu'elle aurait peut-être pour effet d'engager les pays qui n'ont pas jusqu'ici adhéré à cette Convention à le faire le plus tôt possible.

M. Thieme. — Je remercie Monsieur Hoste qui a pris la défense de la Hollande. Ce qu'il a dit est parfaitement exact. La contrefaçon n'existe pas en Hollande, ou elle y est insignifiante. La loi néerlandaise protège d'ailleurs les éditions étrangères jusqu'à un certain point. Par exemple : Il y a quelques années, un éditeur néerlandais a voulu contrefaire une édition de l'œuvre de Monsieur Georg Ebers, professeur à Leipzig, Die Frau Bûrgemeisterin. L'éditeur allemand le lui a rendu impossible en faisant tirer une édition à Leyde, sachant que tout livre imprimé en Hollande, dans une langue quelconque, a droit à la protection aussi bien que les éditions originales néerlandaises. Les cas de contrefaçon qui se sont produits, on pourrait les citer très aisément. Les livres de Heine sont contrefaits en Allemagne beaucoup plus qu'en Hollande. Je ne connais aucun livre français qui aurait été contrefait dans mon pays.

Quant aux traductions dont a parlé Monsieur Hoste, elles ont très peu d'importance. Les romans que l'on traduit en hollandais n'ont qu'un tirage de quatre à cinq cents exemplaires et les traductions se vendent moins que les éditions originales. C'est ainsi qu'on vend beaucoup plus de livres de Daudet et de Zola, édités en français, que traduits en hollandais.

Dans tous les cas, la traduction libre a fait du bien, en Hollande, aux auteurs étrangers. Nos parents et nos grands parents qui n'avaient pas appris à l'école, comme nous, les langues étrangères, ont lu Dickens, Victor Hugo, etc., traduits en hollandais. Lorsqu'ils nous ont engagés à lire ces auteurs, à admirer le génie de ces écrivains et de ces poètes, nous qui avions appris les langues étrangères, nous les avons lus dans leur langue originale. Voilà pourquoi je dis que la traduction a fait du bien aux auteurs étrangers, parce qu'elle a commencé par les faire connaître.

M. Plon. — Nous n'avons pas à discuter, en ce moment, la question de la propriété littéraire et artistique, et si je l'ai soulevée incidemment, c'était pour montrer les difficultés de . l'union internationale que tout le monde désire.

J'aurais beaucoup à répondre aux arguments de l'honorable préopinant, mes idées diffèrent des siennes sur certains points ; mais ne voulant pas faire dévier le débat, je me bornerai à dire que, s'il s'agissait d'exercer

des représailles contre les pays qui n'acceptent pas l'idée de la protection internationale de la propriété littéraire, la France ne s'y associerait pas. Elle ne pourrait pas le faire, car la question s'est posée déjà chez nous. Un certain nombre d'auteurs et de libraires se sont demandé, pourquoi la France garantissait la propriété littéraire des Russes et des Américains, par exemple, qui eux ne garantissaient pas la propriété littéraire des œuvres françaises, et ils ont posé la question de savoir s'il ne conviendrait pas de rapporter le décret de 1852, qui garantit aux étrangers la propriété littéraire, même sans réciprocité. Notre Syndicat de la propriété littéraire et artistique a été d'avis qu'il fallait reconnaître cette propriété en France, même pour les pays qui ne garantissent pas la nôtre.

En France, nous considérons que la propriété littéraire est une propriété de droit naturel et que, par suite, nous devons la respecter même à l'égard des étrangers qui ne respectent pas la nôtre. C'est par ce bon procédé, et non par des représailles que nous espérons les rallier à notre manière de voir.

M. Baer. — On a touché tantôt un point qui n'est pas sans importance, c'est celui qui concerne les remises. On a décidé en Allemagne, et presque tous les éditeurs ont adhéré à la chose, qu'il ne serait pas fait de remise aux particuliers. C'est un principe qui est parfaitement admis et qui est très favorable à la librairie.

La question n'est pas tranchée en France, ni en Angleterre ; dans ces pays, les libraires font des remises assez fortes au public. S'ils s'entendaient pour ne pas faire de remise, je crois, qu'ils s'en trouveraient bien.

D'autre part, quand les libraires savent que l'éditeur vend lui-même ses livres, ils ne se donnent pas de mal et c'est une des raisons pour lesquelles les éditeurs allemands ne vendent qu'au prix fort.

M. le Président. — Ces observations sont très intéressantes, mais je me permettrai pourtant de faire observer que la question des remises n'a rien à voir dans celle que nous avons à discuter et à trancher en ce moment. On nous demande d'indiquer les moyens d'arriver à créer une fédération internationale des associations de libraires. C'est donc sur ce point qu'il conviendrait de porter la discussion.

M. Woucters. — Je partage la manière de voir de notre honorable président ; je trouve que nous anticipons sur la marche régulière de nos travaux, en abordant une question du programme, avant d'avoir résolu la précédente.

Je demande que nous nous en tenions à Tordre de notre progamme et que nous ne nous occupions, pour le moment, que d'émettre un vœu pratique, au sujet de la constitution d'une fédération.

On a mis en avant l'idée de créer partout des sociétés générales, des Chambres syndicales. Quant à la Belgique, je crois pouvoir dire, au nom de mes collègues, que nous avons quelque chose à Bruxelles, mais que

cela n'est pas l'équivalent de l'institution qui fonctionne à Paris et qui s'appelle le Cercle de la librairie.

Je crois être l'organe des imprimeurs, libraires, etc., en exprimant le vœu de pouvoir compter sur la bienveillance des membres étrangers de la Conférence, pour nous éclairer de leurs renseignements et nous aider à constituer, au plutôt, une Chambre syndicale.

M. Dumercy. — Le vœu, exprimé par l'honorable préopinant, tendant à faire appel aux lumières de ceux qui administrent le Cercle de la librairie française, n'a plus de raison d'être. Ce vœu est réalisé par la présence de notre président, Monsieur Templier, et par celle de Messieurs Pion et Belin.

Nous avons à nous demander s'il est possible d'arriver à une fédération immédiate, ou s'il faut encore la différer. Je pense que nous devons nous borner à préparer les voies, à pousser à l'étude de la question ; mais je ne pense pas que nous puissions arriver à une solution immédiate.

M. Plon. — Cela n'est pas possible en effet. La première chose à faire, c'est de créer une association dans chaque pays. Ces associations ne devraient pas nécessairement être calquées sur la nôtre; il faut au contraire tenir compte des mœurs, du tempérament, du génie de chaque peuple.

La librairie n'est pas organisée en France seulement, elle l'est très bien en Allemagne, depuis longtemps, et cette organisation rend de grands services.

Quand il y aura partout un Cercle de la librairie, on pourra s'occuper d'organiser une fédération.

M, Woucters. — Il va de soi que je n'ai jamais mis en doute l'obligeance de nos collègues étrangers ; leur présence parmi nous est une marque de sympathie et une preuve de bonne confraternité. Lorsque j'ai parlé d'obligeance et de bienveillance, j'ai entendu faire appel aux membres étrangers, pour qu'ils nous donnent le plus de renseignements possible, pour nous aider à constituer des chambres syndicales.

M. le Président. — Si la section est d'avis que la discussion peut être close, je lui proposerai d'émettre un vœu qui pourrait être formulé dans les termes suivants :

La section émet le vœu que les pays, qui n'ont pas d'associations syndicales de librairie en établissent; que ceux qui en ont cherchent à les améliorer, et enfin que les associations syndicales existantes s'appliquent à établir entre elles les rapports les plus étroits possibles.

Ce vœu, mis aux voix, est adopté sans opposition.

M. le Président constatant que les orateurs inscrits pour traiter les deux questions suivantes du programme ne sont pas présents, accorde la parole à Monsieur Knoetig.

Quel remède pourrait-on apporter, sinon pour supprimer, tout au moins pour atténuer la concurrence dans les travaux d'imprimerik ?

M. Knoetig. — Je suis heureux de pouvoir constater que le Cercle de la librairie de Bruxelles a admis le sens de ma proposition, qui a été soumise à un comité spécial, chargé d'en débattre les termes.

Le but de cette proposition est de rallier, autant que possible, tous les imprimeurs de Belgique, d'amener une entente entre eux, pour atténuer les effets de la concurrence et, enfin, de resserrer les liens de bonne confraternité.

Le Cercle de la librairie s'occupe de l'affaire et je crois pouvoir dire qu'elle est en bonne voie.

M. Plon. — Cette question présente un intérêt exclusivement belge ; nous étrangers, nous n'avons pas à intervenir dans la discussion.

M. Knoetig. — Actuellement oui, mais ayant été mise au programme avant la décision du Cercle de la librairie^ elle avait alors un caractère d'intérêt général. M. E. Sedard, directeur de Y Intermédiaire des imprimeurs à Lyon, avait, de son côté, formulé une proposition dans le même sens. Je ne sais si le bureau en a eu connaissance, mais l'absence de M. Sedard est motivée par un deuil de famille.

M. le Président. — Il résulte des paroles de Monsieur Knoetig, que la question est à l'étude. C'est donc une simple communication qu'il nous a faite et nous n'avons pas de résolution à prendre.

M. Armand Wouwermans. — Je ferai d'ailleurs remarquer que nous ne pouvons pas empêcher la libre concurrence ; il s'agit ici de la liberté du commerce, et les vœux que nous pourrions émettre en cette matière seraient nécessairement stériles.

M. le Président constate l'absence de Monsieur Waldstein, l'auteur des deux questions suivantes.

M. Plon. — Ne conviendrait-il pas de considérer comme abandonnées, les questions proposées par des personnes qui ne sont pas présentes pour les développer et les défendre ?

M. le Président. — Évidemment, c'est logique.

Examen des règles suivies dans les relations des libraires et des éditeurs avec les auteurs, concernant les tirages, les remises, les droits d'auteur etc.

M. Paul Wauwermans. — A l'occasion de la discussion des relations entre libraires, éditeurs et auteurs, j'ai demandé la permission de mettre à Tordre du jour la question suivante :

« Y a-t-il utilité à ce que les rapports entre auteurs et éditeurs soient réglés par une loi spéciale. » Tel le titre intitulé « du contrat d'édition, » dans le Code fédéral suisse ?

Cette question a été soulevée à deux reprises déjà ; la première fois au Congrès de Venise, une seconde fois au Congrès de Paris par l'Association internationale et la Société des gens de lettres.

Au Congrès de Venise, où les auteurs et les écrivains se trouvaient en majorité, à la suite d'un rapport de Monsieur Lermina et après une longue discussion, Monsieur Pouillet a émis le vœu de voir introduire dans toutes les législations un titre spécial sur le contrat d'édition.

La question a été représentée au Congrès de Paris, où Monsieur Huard a présenté un rapport concluant à l'affirmative, c'est-à-dire dans le sens de la résolution du Congrès de Venise.

Le Congrès de Paris, rejetant cette conclusion, a décidé qu'il n'y avait pas lieu d'introduire un titre spécial dans la législation.

J'ai pensé qu'il pouvait être utile de porter à nouveau la question à l'ordre du jour de cette assemblée, composée en grande partie d'éditeurs.

J'estime, quant à moi, qu'il n'y a pas lieu d'introduire dans les Codes un titre spécial du contrat d'édition ou de régler par une loi les rapports entre les auteurs et les éditeurs.

Nous trouvons à cet égard une mention dans la législation allemande de 1791, mais il s'agit plutôt de règles prises par les éditeurs vis-à-vis des libraires, c'est en réalité une loi consacrant la propriété littéraire.

A une époque moins reculée, la Hongrie a introduit dans sa législation un titre spécial sur le contrat d'édition et plus récemment encore, le Code fédéral de la Confédération Helvétique a été augmenté de quinze ou vingt articles destinés à régler les relations entre écrivains et éditeurs.

J'estime que pareille loi est non seulement inutile, mais qu'elle est dangereuse. Elle est inutile, et tout d'abord au point de vue du principe même de la propriété littéraire à qui l'on a reproché d'être basée sur le privilège. On semble dire : La loi naturelle ne suffit pas pour régir les rapports entre éditeurs et auteurs. Il ne s'agit pas de louage, de vente, d'usufruit, cela tient de tous ces contrats, donc mettons des règles spéciales.

Je crois qu'elles ne sont pas nécessaires.

En France, où le contrat d'édition n'existe pas, où il n'y a pas en cette matière de loi spéciale, toutes les contestations qui ont surgi entre auteurs, libraires et éditeurs ont toujours pu trouver leur solution équitable et naturelle. Monsieur Huard reconnaît d'ailleurs que la loi devrait se borner à consigner ce qu'a décidé la jurisprudence.

Si nous considérons la loi Hongroise et Suisse, nous n'y trouvons que des dispositions qui sont la consécration des principes généraux du droit.

La loi Suisse contient nombre d'articles qui se bornent à proclamer que l'édition doit être faite dans un délai raisonnable, sinon l'auteur peut assigner l'éditeur pour faire fixer le délai. L'éditeur doit donner des soins matériels à l'œuvre et il ne peut empêcher l'auteur de la voir publier. Tout cela, les principes généraux du droit le prescrivent. Il est évident que si l'éditeur n'édite pas, les tribunaux peuvent intervenir, et aujourd'hui déjà ils interviennent chaque jour.

Je ne vois donc pas d'utilité à la loi et c'est déjà un danger que de faire régler par la loi des choses inutiles. Mais il y a plus. Que se passe-t-il actuellement ? Les rapports sont réglés par contrat ; or, le contrat est éminemment variable et il est certain qu'un contrat vaut mieux qu'une loi qui est générale et qui donnera telles solutions que les parties n'ont pas prévues.

D'autre part, si nous créons des règles spéciales, l'auteur ou l'éditeur en arrivera à détruire la loi par le contrat et l'une des deux parties se trouvera dans une situation d'infériorité vis-à-vis de l'autre. On ne parviendra pas, évidemment, à faire une loi donnant satisfaction à l'écrivain et à l'éditeur dans tous les cas qui peuvent se présenter et à laquelle ils se soumettent sans dérogations.

Ainsi, par exemple, il y a dans notre législation un titre spécial pour les assurances, mais c'est à peine si une fois sur cent on invoque ce titre, toujours on s'en réfère aux contrats. Les éditeurs eux aussi feront des contrats et, dans ces conditions, une loi spéciale ne peut que rendre plus difficile la position des auteurs et des éditeurs.

D'autre part, une loi est toujours un peu obscure, une loi n'est pas variable et ce qui est la vérité aujourd'hui ne le sera plus demain, la loi ne sera plus à la hauteur du progrès, on aura de la peine à la modifier, et Ton en reviendra aux contrats ; ou bien le juge sera obligé d'appliquer des règles que les parties n'ont pas voulues, n'ont pas connues, des règles peut-être surannées.

Dans ces conditions, une loi spéciale me paraît un danger et je préfère le contrat. Il y a donc lieu, à mon avis, non pas de demander qu'une loi règle les rapports entre auteurs et éditeurs, mais d'émettre, au contraire, le vœu que ces rapports soient régis par des contrats

spéciaux. Le contrat, qui est éminemment variable, doit, dans une matière variable, remplacer la loi qui ne peut être que désavantageuse pour l'éditeur comme pour l'écrivain.

On dit : Mais l'écrivain ne s'occupe pas de choses matérielles, tandis que l'éditeur est un commerçant. Il y a certes des écrivains qui s'occupent de l'idéal, mais il y en a infiniment plus qui se préoccupent beaucoup de questions matérielles, du point de savoir combien ils pourront atteindre d'éditions, combien ils recueilleront par édition. Il en est qui mettraient volontiers un employé à côté de la presse pour veiller à ce qu'on n'envoie pas aux journaux, par exemple, plus d'exemplaires qu'il ne faut. En général, l'écrivain ne se désintéresse pas des petits profits matériels, mais celui qui ne s'en occupera pas dans le contrat, s'en inquiétera moins encore, sachant qu'il y a une loi et, dans ces conditions, la solution qui est obligatoire le liera bien davantage.

Au surplus, cette loi, me semble-t-il, est impossible à faire, parce qu'il serait bien difficile de réunir une assemblée connaissant bien le désir des éditeurs et des écrivains. Il sera impossible de trouver une règle tellement claire, qu'on n'arrive pas à l'interpréter, Dieu sait de quelles façons.

Nous voyons la jurisprudence suprême juger souvent noir et blanc et se déjuger, ce qui a fait dire que si la justice tourne, elle ne tourne pas comme une girouette, mais comme une roue.

Si la jurisprudence varie tant, il vaut mieux le contrat qu'une loi, qui a encore le désavantage de n'être pas malléable.

C'est dans ces conditions que j'ai cru bon de rappeler la question, de la ramener devant vous, afin que les éditeurs puissent également se prononcer.

M. Hoste. — Il y a une loi qui prévoit non pas le contrat d'édition en particulier, mais qui règle les rapports entre auteur et éditeur ; c'est la loi civile.

M. P. Wauwermans. — Évidemment.

M. Hoste. — Toutes les difficultés que vous prévoyez en cas de loi spéciale existent de par la loi générale.

Je suppose donc qu'on demande que la loi civile soit spécialisée au point de vue des relations entre imprimeurs, éditeurs et auteurs. Je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'il y ait une loi spéciale, pourvu qu'on puisse s'en écarter ; par exemple, que la loi se borne à dire : Dans le cas où il n'y aura pas de contrat entre auteur et éditeur, voilà la règle qu'on suivra.

Mais dès qu'il y a un contrat, le contrat suffit, la loi est sans objet.

C'est ainsi que la loi civile prévoit et règle la constitution de sociétés ou le mariage. La loi dit aux époux : S'il n'y a pas de contrat de mariage entre vous, vous êtes réputés mariés sous le régime de la communauté.

De même, la loi pourrait dire : Quand il n'y aura pas de convention entre auteur et éditeur, voilà comment les choses seront réglées.

Je ne verrais pas grand inconvénient à cela.

Maintenant, une loi dans ce sens est-elle nécessaire ? Jusqu'ici on s'en est passé et il est probable qu'on pourra encore s'en passer facilement.

M. P. Wauwermans. — Ce sont les auteurs qui semblent ne plus vouloir s'en passer.

M. Dumercy. — M. Hoste vient de comparer à un contrat de mariage la convention qui se fait entre un auteur et un éditeur. Cette comparaison est extrêmement heureuse : elle réalise l'idéal juridique que nous nous formons des rapports intimes entre ces deux catégories de personnes. Cela commence généralement par une lune de miel, et cela finit quelquefois par un divorce.

Aussi bien est-ce sur ce terrain que je voudrais me placer pour répondre à M. Hoste, dont je ne comprends pas les objections.

Il demande si la loi civile doit être spécialisée aux éditeurs. Je crois qu'il veut demander s'il est permis à un éditeur de déroger aux dispositions du droit civil. Il est évident que les dispositions du droit civil, en ce qui concerne la liberté des conventions, laissent la même liberté aux éditeurs qu'aux autres citoyens. Toutes les dispositions qui ne sont pas d'ordre public peuvent être modifiées par des conventions, que ces conventions soient faites avec un éditeur ou avec un autre citoyen.

La question qu'a posée M. Paul Wauwermans est de savoir s'il fallait, dans la loi, suppléer à la convention ; s'il fallait présumer que les parties sont trop faibles et trop inexpérimentées pour régler leurs rapports d'une façon convenable et les mettre sous un régime de tutelle.

Voilà la question.

Je suis, à cet égard, du même avis que Monsieur Paul Wauwermans. Il nous a dit que nous avions, en Belgique, l'exemple frappant de l'inutilité d'une loi, et il a cité la loi en matière d'assurances.

Il a, à mon avis, mal choisi son exemple ; car, s'il y a une matière où Ut liberté des conventions est de nature à entraîner des abus, c'est bien en celle des assurances. C'est depuis que la loi sur les assurances existe que le nombre des procès à propos de l'interprétation des clauses des polices est devenu beaucoup plus rare.

Mais si, en matière d'assurance, il y avait utilité à légiférer, parce que le contrat est complexe de sa nature, je pense qu'en matière d'édition il n'en est pas ainsi. Rien n'est plus simple que les rapports qui s'établissent entre auteur et éditeur : le premier fournit ce qu'il a fait, et le second s'engage à faire ce qu'il pourra.

Il y a un seul point délicat, et les éditeurs me permettront d'y toucher, moi qui ai la faiblesse de me croire un peu auteur. Le voici : L'auteur aime à médire de l'éditeur, comme l'artiste aime à médire de l'amateur,

bien que ce soit l'amateur qui fait vivre l'artiste et l'éditeur qui fait vivre l'auteur. Peut-être même est-ce pour cela. Quoi qu'il en soit, il y a des intérêts contraires. L'auteur cherche à obtenir le plus possible de son œuvre, et l'éditeur cherche à lui donner le moins possible. Voilà la situation dans toute sa brutalité. Quelqu'irrévérencieuse que puisse être la comparaison, c'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

Je dirai que l'éditeur est ici le pot de fer. Grâce à ses aptitudes commerciales, il se trouve dans une situation de fortune et surtout d'expérience qui fait que c'est lui qui, presque toujours, impose les conditions du contrat, comme l'assureur dicte les dispositions de la police d'assurance.

N'est-il pas bon que le législateur déclare que certaines clauses que les éditeurs disposés à abuser de leur influence pourraient être tentés d'insérer, comme, par exemple, l'abandon, sans aucune compensation, du droit d'auteur, sont nulles comme contraires à l'ordre public ? Je sais bien que les éditeurs de ce genre sont rares jusqu'à présent ; mais il suffit qu'ils puissent exister.

Je pose la question.

Je ne voudrais pas que, d'une façon absolue, l'on proclamât qu'il ne faut pas de loi sur le contrat d'édition. Il faut apporter un tempérament à la proposition, ajourner la question et dire, par exemple, tant qu'il ne se sera pas produit des abus plus criants, il n'y a pas lieu de légiférer sur la matière.

Telle est ma proposition.

M. Plon. — Lors du Congrès international des gens de lettres à Paris, en 1889, auquel on a fait allusion tantôt, j'ai combattu la proposition qui consistait à réclamer une loi.

Tout d'abord, nous éditeurs, nous ne voulions pas nous prononcer, parce que nous pensions que le vote d'une loi était dans les désirs des auteurs et que, en France du moins, nous ne sommes nullement des frères ennemis comme on l'a insinué. Nous ne voulions pas laisser supposer aux. auteurs que nous combattions la proposition parce qu'elle émanait d'eux et parce qu'elle nous gênait.

Nous avons donc Commencé par nous abstenir, mais nous avons remarqué que les auteurs étaient très divisés sur la question, beaucoup d'entre eux trouvaient la chose dangereuse. Les législateurs nie font pas toujours de bonnes lois.

On m'a beaucoup poussé à donner mon opinion qui, prétendait-on, pourrait être intéressante.

On compare le contrat type qui serait à faire, au contrat type de mariage ; eh bien, il n'y a pas d'assimilation possible, en fait du moins. Le législateur a trouvé utile, nécessaire de faire un contrat de mariage type, parce que dans un état les gens qui se marient se comptent par milliers

et par millions. Il en est qui sont plus ou moins pauvres, il en est qui n'ont rien du tout, il en est qui sont jeunes et qui ne songent qu'à s'épouser. De ces unions, il naîtra des enfants et des intérêts ; il surviendra des fortunes, et il faut que tout cela soit réglé. C'est ce dont s'occupe le contrat type pour tous les individus qui n'ont pas pris soin de spécifier sous quel régime ils voulaient vivre.

Mais, lorsqu'il ne s'agit pas de régler une situation pour des millions d'individus, lorsqu'il s'agit, comme dans l'espèce pour la France, par exemple, de régler les rapports entre quelques centaines d'éditeurs et quelques milliers d'auteurs, la situation n'est plus du tout la même.

Les auteurs et les éditeurs sont-ils incapables, illettrés ? Je ne le pense pas. Quant à moi, et pour les éditeurs, je repousse absolument cette hypothèse. Nous savons lire et écrire, nous savons faire un contrat et les auteurs aussi.

D'ailleurs, en France on peut dire que si nous, éditeurs, nous sommes les pots de fer, les auteurs eux sont des pots d'airain. Ils savent très bien se défendre et je ne les en blâme pas du tout.

Les auteurs qui ont du succès savent parfaitement ce que vaut, ce que Ton appelait ici même, dans une question posée au présent Congrès, cette « denrée. » Ils savent ce que vaut la littérature au point de vue marchand, ils l'apprécient peut-être trop modestement au point de vue artistique, mais pas au point de vue marchand. Il va de soi que l'auteur doit choisir sa maison et s'entendre avec d'honnêtes gens. Dans ce cas, les difficultés sont nulles.

Ce qui a surtout déterminé le Congrès de Paris à repousser la proposition, c'est cet argument qu'en France, depuis vingt ou vingt-cinq ans, on n'a pour ainsi dire pas vu de procès entre auteur et éditeur ; cela n'existe pas. Quand, par hasard, il s'en présente un, ce n'est jamais à propos d'une question de droit ou d'une question de principe, c'est à propos d'un règlement de compte. Cela peut arriver entre celui qui vend et qui achète un ouvrage, comme entre celui qui vend ou qui achète un cheval ; on est donc dans le droit commun.

Puisque nous vivons en France sous un régime tellement heureux que nous n'avons pas de procès entre nous, nous pensons qu'il est sage de ne rien changer à ce régime.

Si la situation est différente en Belgique, si vous avez beaucoup de procès sur la propriété littéraire, faites une loi, mais j'espère que nous n'en ferons pas en France.

M. Thieme. — Je voudrais dire quelques mots à propos de la loi qui existe en Hollande.

Cette loi a été faite avec la collaboration du Cercle de la librairie que je représente ici, et de divers auteurs, membre de notre Chambre législative.

Elle règle le moins possible, mais elle constate qu'il existe un droit d'auteur, un droit de convention, de possession qu'on peut vendre. La loi dit qu'on peut vendre le droit pour un certain nombre d'années et que, lorsque ce laps de temps est écoulé, les droits n'existent plus, ni pour l'auteur, ni pour l'éditeur.

Cette loi existe depuis six ou dix ans, et nous pensons, qu'elle a eu des conséquences favorables.

M. le Président. — Si je comprends bien, la loi néerlandaise ne règle pas précisément les rapports entre auteurs et éditeurs, c'est plutôt une loi réglementant la propriété littéraire. On a bien fait de fixer les conditions de la propriété littéraire, c'est depuis lors surtout que les contestations sont devenues très rares et cela existe heureusement dans la plupart des pays. Il s'agit pour le moment des contrats entre auteurs et éditeurs et c'est là une question toute différente.

M. Armand Wouwermans. — Il résulte de la discussion, qu'on n'est pas d'accord sur ce contrat-type. Au surplus, nous ne connaissons pas la portée exacte de la loi suisse, dont a parlé Monsieur Paul Wauwermans. M. Paul Wauwermans. — Je regrette que cette discussion ait eu lieu en l'absence de Monsieur Morel, Secrétaire du bureau international de Berne, qui, bien mieux que moi, eut pu vous édifier sur les dispositions de la loi suisse. Je puis, si vous le voulez, la résumer brièvement.

Les trois ou quatre premiers articles disent simplement que l'auteur est obligé de remettre son manuscrit à l'éditeur. Les articles suivants prescrivent que l'éditeur est obligé de publier l'œuvre dans un délai normal. S'il ne le fait pas, l'auteur peut poursuivre l'éditeur devant le tribunal et faire décider par la justice dans quel délai la publication doit se faire.

Les autres articles sont plus sérieux, mais je crois cependant qu'ils n'ont qu'une utilité relative; ils s'occupent des droits de l'éditeur quand on lui remet le manuscrit, du tirage et de son importance, ils s'occupent du nombre d'éditions que Ton peut faire* lorsqu'il n'y a pas de contrat ; de ce que comporte une édition. La loi fixe également le point de savoir si l'éditeur doit faire une seconde édition lorsque la première est épuisée; elle défend d'en faire une seconde lorsque l'éditeur n'en a accordé qu'une à l'auteur.

La loi termine en disant que lorsqu'il n'y a pas eu d'honoraires fixés, ceux-ci doivent être évalués par expert, arbitres et gens compétents. Enfin, que les honoraires doivent être payés au moment où l'on remet le manuscrit. Si le manuscrit vient à périr chez l'éditeur et si cela empêche la confection du livre, l'auteur doit, s'il possède un second manuscrit, le livrer à l'éditeur.

Il y a encore un article qui règle les modifications que l'auteur peut apporter à son œuvre, corrections, remaniements, etc. Il permet à l'auteur

les corrections qui ne peuvent porter préjudice à l'honneur et aux intérêts de l'éditeur.

M. Plon. — Tout cela étant bien inutile peut devenir fort dangereux.

M. Paul Wauwermans. — Assurément. Ou bien l'éditeur et l'auteur déferont la loi par des contrats, ou bien il surgira beaucoup de difficultés. Je pense que cette loi n'a d'autre utilité que de rendre le contrat obligatoire.

M. Armand Wouwermans. — Je remercie Monsieur Paul Wauwermans de sa communication.

M. le Président. — Je crois que la discussion peut être considérée comme épuisée et que nous pouvons conclure en disant que la seconde section est d'avis qu'il n'y a pas lieu de faire des lois spéciales en cette matière.

Adhésion unanime.

. La séance est levée à midL

La séance est ouverte à 9 heures 50 du matin.

M. le Président. — Je pense qu'il convient de commencer par la question qui devra être discutée à l'assemblée générale de cet après-midi :

Questions relatives aux droits dé transport et aux droits ï>e douane.

M. Dumercy, — Ne vous effrayez pas, si je demande le premier la parole. Je ne la prendrai pas aussi souvent qu'hier. Je crois cependant que, personne ne s 'étant fait inscrire pour la discussion, nous ne pouvons passer, à l'ordre du jour sans examiner au moins superficiellement cette question, intéressante à plus d'un point de vue.

Monsieur Hasselbrinck avait annoncé des développements sur sa motion, suivant laquelle on devrait introduire, dans l'Union postale, des bulletins de commande, ne contenant que le prix, le titre, etc., du livre,

et ce au prix réduit de 5 centimes. Je pense que Monsieur Hasselbrinck oublie que .ce desideratum est déjà réalisé, tout au moins en Belgique, en ce qui concerne les bulletins de souscription. Les bulletins dont il s'agit peuvent s'expédier par la poste au prix de un centime en service intérieur et de cinq centimes en service international, si je ne me trompe.

Monsieur Hasselbrinck demande également d'émettre le vœu de voir porter de 3 kilogrammes à 5 kilogrammes le poids maximum des colis postaux. J'avoue que je ne vois pas la raison d'être de cette modification. Du moment qu'on dépasse le maximum de poids admis pour le transport des colis postaux, il n'y a pas de motif de s'arrêter. On pourrait aussi bien demander de fixer ce maximum à cent kilogrammes qu'à cinq. Cela serait peut-être désirable, mais cela est-il pratique'?

M. Peeters. — Monsieur Dumercy est-il bien certain que les bulletins de commande existent et peuvent s'expédier dans les pays de l'Union postale au prix de cinq centimes? Cela existe, en effet, pour le bulletin de souscription ; mais je ne connais pas le bulletin de commande.

M. Dumercy. -»- J'ai parlé du bulletin de souscription. Qu'entendezvous par bulletin de commande?

M. Peeters. — C'est un bulletin par lequel un libraire fait une commande de livres à un éditeur, ou un client à un libraire.

Un Membre. — Mais on peut pour cela avoir recours à la carte postale.

M. Peeters. — Oui, mais une carte postale pour l'extérieur coûte dix centimes.

M. Dumercy. — Voici le régime de l'Union postale pour le transport des journaux, imprimés, échantillons, etc. Ils peuvent être transportés, suivant les pays, au prix de deux ou de cinq centimes. Je néglige les transports à deux centimes, parce que ce tarif n'est applicable qu'aux rapports entre la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg et les Pays- Bas. La règle générale, pour le transport des imprimés dans les pays de* l'Union postale, c'est le tarif de cinq centimes. Qu'entend-t-on par imprimé ? C'est un écrit qui ne contient pas de mentions manuscrites. Cependant il est fait, tout au moins en Belgique, une exception, qui doit être de stricte interprétation et qui est applicable au bulletin de souscription. Dans ce bulletin, il est permis de faire une mention manuscrite ; mais c'est là une tolérance, qui n'est pas applicable au bulletin de commande, si vous entendez, par bulletin de commande, autre chose que l'engagement d'acheter un livre.

M. Zech-Dubiez. — C'est précisément pour cela qu'on demande la création du bulletin de commande à cinq centimes, alors que la carte postale internationale coûte dix centimes.

M. Peeters. — Si vous recevez une commande de livres par la poste et si vous accusez réception de la commande par un imprimé, la poste

refuse de le transporter au prix de un centime pour l'intérieur. Vous êtes obligé de répondre par carte postale et cependant il ne s'agit que d'un simple imprimé.

M. le Président. — C'est que pareil imprimé est considéré comme correspondance.

M. Peeters. — Ne pourrait-on tâcher d'obtenir que cela soit régularisé et que les imprimés de cette nature soient transportés au prix de un centime pour l'intérieur et de cinq centimes pour l'extérieur?

M. le Président. — On peut toujours le demander.

M. Plon. — On pourrait demander que la commande de librairie soit assimilée au bulletin de souscription et bénéficie du même tarif.

M. Lefevre. — J'ai remarqué que, dans certains pays, on a l'habitude de mettre sa commande dans un journal et de l'expédier ainsi en Belgique ou ailleurs, avec un timbre de cinq centimes. Nous demandons qu'on puisse faire la même chose, mais sans avoir recours au même moyen, pour le bulletin de commande.

M. Plon. — Ceux qui ont recours à ce moyen commettent une fraude.

M. Lefevre. — On pourrait tacher d'obtenir que les commandes de livres fussent considérées comme des imprimés et transportées pour cinq centimes.

M. Plon. — Cela me parait bien difficile à justifier. Il n'y a pas de raison pour que les commandes de livres, faites par correspondance, bénéficient d'un tarif plus avantageux, que les commandes faites à un marchand de dentelles ou à un marchand de drap.

M. Belinfante. — En Hollande, on paie deux centimes.

M. le Président. — Et combien se paie la correspondance ordinaire ?

M. Belinfante. — ' La carte postale coûte six centimes.

M. le Président. — En est-il de même pour les commandes de tous les commerces ?

M. Belinfante. — Non, c'est pour la librairie seulement, parce qne sur lés petits ouvrages on ne gagne que quelques centimes.

M. Plon. — En Allemagne, la librairie a aussi des facilités pour l'envoi des bulletins.

Un Membre. — Cela coûte un pfennig.

M. le Président. — Il parait résulter des communications que nous avons entendues que, dans certains pays, en Hollande et en Allemagne notamment, le transport par la poste des commandes de librairie jouit, à l'instar dès bulletins de souscription, d'une faveur spéciale. La Conférence pourrait être saisie de cette question et tacher d'obtenir, par l'assimilation du bulletin de commande au bulletin de souscription, une mesure analogue pour tous les pays faisant partie de l'union postale. (Assentiment.)

M. Peeters. — En ce qui concerne le poids des colis postaux, le maximum de poids pour le service international est de cinq kilogrammes.

Il n'y a que la France qui fait exception. Je me demande pourquoi on ne pourrait pas fixer partout ce maximum à cinq kilogrammes.

M. Dumercy. — Voici des renseignements précis. Je les trouve dans l'annuaire de la magistrature et du barreau, publié par la maison Bruylant Christophe & O, à Bruxelles, sous la rubrique : « Tarifs internationaux pour le transport de colis postaux de cinq kilogrammes et moins. »

Pour les expéditions en destination de certains pays, le poids maximum est de cinq kilogrammes ; pour d'autres, il est de trois kilogrammes. Les pays pour lesquels le poids maximum est de cinq kilogrammes sont : l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, le Danemark, la Grèce, le Monténégro, la Norvège, la Suisse, les Pays-Bas...

M. Thieme. — Quand on expédie de Hollande en Belgique un colis postal, il ne peut dépasser le poids de trois kilogrammes.

M. Dumercy. — Le livre que je tiens à la main, dit cinq kilogrammes pour les expéditions en destination des Pays-Bas. Les pays dont la limite est de trois kilogrammes sont : la Bulgarie, la Roumélie, l'Espagne, la France y compris la Corse, Gibraltar, la Grande-Bretagne et l'Irlande, l'Italie, le Portugal et ses colonies, la Serbie, ,1a Suède et l'Empire Ottoman.

M. Plon. — Nous sommes donc loin de l'unité et la France n'est pas seule, comme on l'a dit, à admettre la limite de trois kilos.

M. le Président. — On a laissé une latitude à chaque pays pour fixer entre trois et cinq kilogrammes, le poids maximum des colis postaux. Il en résulte que tous n'ont pas voulu accepter le maximum de cinq kilogrammes et il y a pour cela des raisons plausibles. Là, où le transport des colis postaux à domicile se fait par des facteurs à pied, il importe que les facteurs ne soient pas trop chargés. Il serait en effet impossible d'imposer à un homme de longs parcours à pied, si on le charge de cinq ou six colis, pesant chacun cinq kilogrammes.

C'est là cependant une question de détail et nous pourrions fort bien au point de vue international, émettre le vœu de voir fixer dans toute l'union postale, à cinq kilogrammes le poids maximum des colis postaux.

Cette proposition est mise aux voix et adoptée.

M. le Président. — Nous avons maintenant à nous occuper de la question suivante :

Le poids maximum des imprimés devrait être porté a deux kilogrammes, autant dans le service interne (en suisse le maximum est d'un demi kilogramme seulement) qu'international.

M. Dumercy. — D'après les documents que j'ai sous les yeux, le maximum du poids des imprimés n'est pas indiqué dans le tarif de l'Union

postale ; mais le port est proportionnel au poids : par exemple, on paie cinq centimes jusqu'à cinquante grammes ; dix centimes de cinquante à cent grammes et ainsi de suite.

M. le Président. — Il doit cependant y avoir une limite.

M. Van Heteren. — Pour la Hollande, le poids maximum des imprimés est de deux kilogrammes, mais il y a une exception pour les imprimés transportés par bateaux à vapeur pour nos colonies des Indes ; pour ceux-là, le maximum est de cinq kilogrammes. Pour tous les autres, il est de deux kilogrammes.

M. Boele Van Hensbroeck. — Il paraît inutile de porter le maximum à cinq kilogrammes, parce que dès que les imprimés dépassent le poids maximum de deux kilogrammes, on peut avoir recours au paquet postal. C'est ainsi que j'expédie beaucoup de livres à l'étranger.

M. Plon. — Le vœu qu'on nous propose d'émettre ne me paraît donc pas avoir raison d'être.

M. le Président. — On aura probablement perdu de vue le moyen que vient d'indiquer l'honorable préopinant.

M. Dumêrcy. — Je demande que la section ne statue pas sur cette question.

M. Lefevre. — Je crois cependant devoir faire remarquer qu'il y a avantage et bénéfice à pouvoir expédier certains envois comme imprimés plutôt que comme colis postaux. Lorsqu'un client étranger commande un ouvrage, il désire généralement être servi le plus vite possible ; or, les colis expédiés comme imprimés arrivent beaucoup plus rapidement à destination que les colis postaux. Lorsqu'on nous commande un ouvrage en Espagne ou en Italie, par exemple, cela arrive en deux ou trois jours comme imprimé, tandis qu'il faut huit à dix jours si on expédie comme colis postal.

Lorsque le maximum de poids des imprimés est limité à deux kilogrammes, qu'arrive-t-il ? C'est qu'on est obligé de diviser en plusieurs parties un livre quelque peu volumineux. Pour expédier par la poste un Missel, par exemple, on est obligé de le diviser en deux ou trois, ce qui abime toujours plus ou moins le livre et oblige à faire deux ou trois expéditions au lieu d'une. Enfin, une des parties peut s'égarer en route, ce qui équivaut à la perte totale du livre. Pour toutes ces raisons, il serait à désirer que le poids fût uniformisé tant pour les imprimés que pour les colis postaux.

M. le Président. — Deux avis contraires ont été exposés et défendus : D'une part, il a été dit que le poids maximum de deux kilogrammes suffisait pour les imprimés , puisqu'au-delà de ce poids on pouvait expédier comme colis postal. D'autre part, un membre a fait observer qu'il y avait avantage à pouvoir expédier les livres comme imprimés et à porter à cinq kilogrammes le poids maximum des imprimés, comme

il Test déjà généralement pour les colis postaux. Je crois pouvoir mettre les deux propositions aux voix.

La section se prononce pour le poids maximum de deux kilogrammes.

M. Zech-Dubiez. — Je voudrais vous entretenir quelques instants de deux questions, qui figurent au programme parmi celles soumises aux délibérations de la deuxième section.

L'une est celle reprise au N° 2, sous la rubrique : Questions relatives aux droits de transport et aux droits de douane ; l'autre est portée au N° 3, sous la désignation : Suppression des droits de douane sur le livre. D'après moi, ces deux points sont connexes et doivent se confondre dans un même examen.

A part toutefois le premier membre du premier objet : Questions relatives aux droits de transport, que je laisse de côté et que je n'entamerai pas, je vous demanderai de pouvoir traiter ces points simultanément. Je suis d'autant plus autorisé à vous demander cette latitude que c'est votre serviteur qui est inscrit pour la question N° 3, et que c'est encore moi, comme vice-président et délégué du Cercle Belge de V Imprimerie et de la Librairie, qui ai assumé la tâche de vous dire quelques mots sur la question N° 2.

Si donc Monsieur le Président et l'assemblée veulent me le permettre, je traiterai ces deux points en même temps. Je serai d'ailleurs bref et, quoique parlant sur une double question, je ne dépasserai pas les quinze minutes statutaires.

Jusqu'à présent, peu de pays ont appliqué des droits sur l'échange du livre. En Europe, le commerce international du livre est libre entre tous les pays, excepté en Suisse, en Espagne et en Turquie.

La Suisse ne met qu'un droit de 1 franc par 100 kilos ; l'Espagne un droit de 10 francs aux 100 kilos ; la Turquie prend 8 % sur la valeur. Il faut faire une remarque spéciale pour la Russie et l'Italie, vu que la première soumet le livre à l'examen de la censure, et que dans l'autre, si le livre est exempt de droits à la frontière, il est, par contre, soumis aux droits d'octroi des villes.

En Amérique, il n'y a que la République de l'Equateur, le Venezuela, la Colombie, l'Uruguay, le Pérou, le Brésil et le Canada, qui imposent des droits : l'Equateur perçoit 10 francs par 100 kilos ; le Venezuela, 25 francs, sauf pour les livres scientifiques, qui entrent en franchise ; la Colombie, 50 francs par 100 kilos ; l'Uruguay prend 6 % de la valeur ; le Pérou, 10 % ; le Brésil et le Canada prennent 15 %, sauf pour les livres scientifiques.

Au Maroc, on perçoit également un droit de 10 % de la valeur. Aux Etats-Unis, tout droit est supprimé à dater du premier Juillet dernier, sauf

sur les livres en langue anglaise. Partout ailleurs l'introduction du livre est libre.

Toutefois, au lieu de voir ce libre-échange, presqu'unanime en faveur du livre, se maintenir et même se généraliser, il souffle, au contraire, en ce moment, surtout dans certains pays limitrophes, un tel vent de protectionnisme que les œuvres de la pensée et de la plume, qui jusqu'à présent avaient échappé à la taxe, je dirai même à la tracasserie douanière, n'en seront plus affranchies. En France, un impôt est même déjà appliqué, au moins sous certains rapports et pour certains livres reliés ou réputés tels.

Et voici, à ce sujet, quelques exemples de ce qui se pratique à la frontière française, depuis le 1 er Octobre 1887. Du moment qu'on veut imposer des articles qui par eux-mêmes ne sont pas susceptibles de l'être, on tombe dans l'arbitraire. Ainsi, en France, certaines brochures avec dos en percaline sont exempts de droits ; des livres en pleine peau, mais où la peau, par rapport au poids total du livre, n'entre pas pour un vingtième, sont imposés à raison de fr. 1.20 le kilo, ou 120 francs les 100 kilos. Je pourrais vous citer d'autres exemples, cela m'entraînerait trop loin.

S'arrêtera-t-on dans cette voie, ou ira-t-on plus loin ? La seconde hypothèse est malheureusement à craindre. J'en trouve la preuve dans les réponses au questionnaire, adressé par le Conseil supérieur du Commerce et de l'Industrie aux diverses Chambres syndicales françaises. Dans sa réponse, la Chambre des Imprimeurs-Lithographes de Paris, disait entre autres : « La protection de la main-d'œuvre nationale s'impose pour l'imprimerie française comme acte de justice et de politique, protection qu'on peut établir sans crainte : nos industries ne sont en rien tributaires de l'étranger : machines, caractères, encres, papier, houille, se trouvent de première qualité en France.

Les fabricants français sont assez nombreux pour ne pas redouter davantage que le stimulant de la concurrence disparaisse et que, par suite, le progrès soit enrayé. L'exportation n'en souffrira pas non plus ; car l'étranger sera toujours obligé de nous demander ce qu'il vient chercher chez nous aujourd'hui, c'est-à-dire, ce qu'il ne peut pas faire aussi bien que nous, ou ce qui est notre propriété. » Et les desiderata des Chambres syndicales étaient les suivants :

Livres en langue morte ou en langue française, 100 francs les 100 kilos. Estampes, gravures, photogravures, phototypies ou photographies imprimées à la presse, lithographies, chromolitho et chromotypo de tous genres, albums, 300 francs les 100 kilos. Musique, 300 francs. Cartes géographiques, globes, 150 francs. Catalogues, prospectus, circulaires prix-courants en langue française, en typo ou lithographie d'une seule couleur, 200 francs ; en plusieurs couleurs 300 francs. Titres fiduciaires, chèques, tickets divers, carnets à souche de toute nature, 300 francs.

A la suite de cette campagne à outrance, poursuivie en France pour obtenir la protection en faveur des produits de l'imprimerie, un véritable cri d'alarme a été jeté en Belgique, et le Cercle Belge de la Librairie et de rimprimerie n'est pas resté indifférent. Il chargea d'abord une commission de l'examen de tous les intérêts professionnels quelconques se rattachant à l'industrie du livre. Messieurs Emile Lhoest et Adolphe Mertens présentèrent un rapport très complet sur cette question, au point de vue spécial du renouvellement des traités de commerce. Dans leurs conclusions, ils émettaient l'opinion que le régime des traités de commerce^ pour ce qui concerne l'industrie du livre, avait plus profité à la France qu'à la Belgique, et demandaient le maintien de ce régime.

Le Cercle convoqua en outre une assemblée générale spéciale pour cet objet et la question y fut examinée sous toutes ses phases. Voici ce que disait Monsieur le Président :

Comme tout le monde le sait, la France est intentionnée de dénoncer les traités de commerce existants et de ne plus les renouveler, c'est-à-dire, de les remplacer par des tarifs protectionistes. Bien qu'aucune décision n'ait été prise jusqu'à présent, il est presque certain qu'un régime nouveau sera inauguré. Quel sera-t-il ? C'est ce qu'on ignore, mais, d'après les tendances qui se manifestent, les modifications tendront à frapper, autant que possible, l'importation étrangère.

Le Cercle a pensé, dans ces circonstances, qu'il y avait lieu d'examiner les desiderata des diverses industries qui y sont représentées, pour arriver éventuellement à concilier les intérêts opposés qui pourraient exister et donner aux mandataires tous les renseignements nécessaires pour agir en temps et lieu auprès des pouvoirs publics.

Une discussion très détaillée suivit, un grand nombre de membres y prirent part et Monsieur le Président, en résumant les débats, constata que l'avis unanime de l'assemblée était le libre-échange pur et simple du livre, et à défaut de celui-ci, l'unification des tarifs, c'est-à-dire, l'établissement des mêmes droits dans l'un pays comme dans l'autre.

Je ne sais si ce mouvement, qui s'est produit ici, en Belgique, a eu un certain retentissement ou écho en France. Ce serait à supposer. Car, depuis lors, la Chambre syndicale des Éditeurs-Libraires de Paris, a également envoyé sa réponse au questionnaire du Conseil supérieur de l'Industrie et du Commerce, et à la page 6, je lis :

Nous avons pu récemment constater que, sur le simple bruit des études faites en France sur la question du renouvellement des traités de commerce, il se fait en Belgique un mouvement très important dans ce sens, et que les éditeurs belges, réunis en syndicat et groupant même autour de ce syndicat les personnes qui n'en font pas partie, mais qui, par leur valeur personnelle ou leur situation, peuvent ajouter une force

considérable à leurs revendications, font une étude approfondie des questions qui nous préoccupent ici, et demandent avec la plus grande énergie que des droits protecteurs très élevés soient exigés, au cas où les traités de commerce seraient dénoncés et où la franchise actuelle serait remplacée par un tarif de douane frappant leurs livres à l'entrée en France.

Et la Chambre syndicale des Libraires-Éditeurs de Paris finit en se déclarant complètement hostile à toute mesure qui viendrait à frapper le livre d'un droit quelconque. « Nous ne pensons pas, dit-elle, qu'il y ait lieu dé dénoncer les traités de commerce, nous affirmons, au contraire, que le commerce des livres ne peut que gagner au maintien de la situation actuelle. Nous ajoutons même que nous verrions, au point de vue spécial de la librairie et des intérêts qu'elle représente, un grave danger au changement de cette situation. Nous réclamons énergiquement le maintien du statu quo, et nous exprimons les craintes les plus vives, si la situation actuelle venait à être modifiée par une aggravation quelconque de droits. »

Quand le Cercle Belge de V Imprimerie et de la Librairie eut connaissance de cette pièce, il s'est réuni à nouveau et a été complètement du même avis que la Chambre syndicale des Editeurs-Libraires de Paris, à savoir : « de faire tous ses efforts pour qu'aucun droit, aucune entrave, ne vienne peser sur l'introduction du livre ».

Persuadé de l'efficacité de ce principe, le Cercle Belge de la Librairie, que j'ai l'honneur de représenter ici, m'a chargé de demander aux uiembres de la Conférence du Livre de vouloir émettre le vœu que dans aucun pays le livre, tant le livre broché que relié, ne soit frappé d'aucun impôt, ni droit quelconque.

C'est la conclusion que je vous demanderai d'adopter, Messieurs, et je prierai Monsieur le Président de bien vouloir la soumettre aux suffrages de l'assemblée.

M. Boele Van Hensbroek. — La communication que vient de nous faire Monsieur Zech-Dubiez me suggère quelques réflexions. Il s'est servi plusieurs fois dans son discours du mot Hure. Je lui demanderai ce qu'il entend par un livre. Je ne pense pas que les livres qu'il nous a montrés soient des livres proprement dit.

Pourquoi le livre doit-il être exempt des droits de douane. C'est parce que c'est la production de l'esprit, mais il y a des livres qui ne sont que du commerce et de l'industrie. Les livres de prières, les bibles ne sont pas visés dans la loi sur la propriété artistique. Il y a de ces livres qui sont exclusivement un objet de commerce et ceux-là on peut les faire partout aussi bien en France, qu'en Belgique ou en Hollande et je crois que les Français ont grandement raison de ne pas accorder l'entrée libre à ces livres industriels qui sont un peu article de commerce. Pour ceux-là, les droits de douane se justifient et ce n'est pas là qu'est l'abus.

M. Zech-Dubiez. — Remarquez que le contenu du livre importe peu, que ce soit un livre de prières, un ouvrage scientifique ou tout autre, du moment qu'il est broché ou relié de certaine façon, il paiera les mêmes droits de douane. Ce n'est pas à cause de son contenu qu'il est imposé, c'est à cause de son genre de brochage ou de reliure.

M. Plon. — Les questions de format, de reliure, etc., sont étrangères à cette discussion ; il faut que nous proposions une formule générale sur laquelle les éditeurs belges, anglais, français ou allemands puissent se mettre d'accord. Monsieur Zech-Dubiez nous a donné des renseignements de détail intéressants, mais je pense que la discussion ne doit pas s'égarer sur des détails.

M. Zech-Dubiez. — C'est évident, mais j'ai voulu, par un exemple qui me parait frappant , vous montrer combien il est absurde de vouloir imposer le livre quel qu'il soit et à quels résultats étranges on en arrive avec ce système.

M. Plon. — Je pense que nous sommes assez éclairés et que tous les libraires et éditeurs seront d'accord pour proclamer qu'il faut affranchir le livre de tout droit de douane et de tout obstacle.

M. Lefèvre. — Je suppose que le vœu s'applique à tous les livres brochés ou reliés?

M. Plon. — Évidemment.

M. le Président. — Je mets aux voix le vœu qui consiste à demander pour le livre l'exemption absolue de tout droit de douane quelconque.

Adopté à l'unanimité.

M. le Président. — Nous avons encore à notre programme deux ou trois questions, mais je remarque qu'elles sont d'intérêt exclusivement belge et qu'elles n'ont aucun caractère international. Ces desiderata peuvent être examinés et discutés en section, mais je ne pense pas qu'il convienne de les porter devant l'assemblée générale. Celle-ci, dont l'ordre du jour est suffisamment chargé, ne débat que les questions qui présentent un intérêt général et international.

Monsieur Taco Hajo de Béer pose la question suivante : Qu'y a-t-il à faire pour empêcher que des traductions ou des remaniements soient édités comme œuvres originales ? Monsieur Taco Hajo de Béer n'est pas présent.

M. Plon. — La réponse à la question parait bien simple. Il y a lieu d'engager les pays qui ne font pas partie de la Convention de Berne à y adhérer et de recommander aux tribunaux de bien rendre la justice

M. le Président. — Nous avons épuisé notre ordre du jour. Je vous proposerai de ne pas tenir de séance demain matin et d'user chacun de notre liberté.

M. Diimkhcv. - Avant (le nous séparer, je vous propose de voter des reinerdmcnls a notre bureau et spécialement à notre président, pour la façon distinguée dont nos travaux ont été dirigés.

Applaudissements,

M. I'i.on. - - Nous avons également à féliciter notre rapporteur, Monsieur Dumercy, qui a brillamment présenté les rapports de la deuxième section devant l'assemblée générale et en a fait adopter les conclusions.

Applaudissements.

Lu séance est levée a onze heures.

onformément au désir qu'en expriment les membres de la

troisième section, Monsieur Ferdinand van der Haeghen accepte

la présidence. L'assemblée constitue son bureau comme suit :

Président, Monsieur F. van der Haeghen ; Vice-Présidents,

Messieurs Henri Stein et D r W. M. J. Durieu ; Secrétaire, E. Bosiers.

Monsieur F. Van Steenweghe veut bien accepter d'être adjoint au bureau

en qualité de traducteur.

M. le Président. — Je ne m'attendais pas à être nommé Président de cette section et je crois que je dois un peu cet honneur à la circonstance que je suis bibliothécaire depuis un très grand nombre d'années. Je suis, en effet, un des doyens parmi mes collègues.

Permettez-moi de réclamer toute votre indulgence, car je viens de faire une cure dans un établissement thermal; mais je sais que les bibliophiles sont des hommes bienveillants et courtois, et c'est pourquoi je compte sur leur appui dans cette circonstance. J'espère qu'ils voudront bien m 'aider à mener notre tâche à bonne fin. Applaudissements.

Monsieur le Président rappelle ensuite sommairement les différents points sur lesquels les travaux de la section auront à porter.

D'accord avec rassemblée, il ouvre la discussion sur la troisième question du programme, ainsi formulée :

Création de bibliographies nationales.

M. Merzbach. — Il n'est plus nécessaire, me semble-t-il, de démontrer l'utilité des bibliographies nationales au point de vue de la société et du pays, des lettres, sciences et arts, de la librairie et enfin au point de vue de l'intérêt des bibliothèques publiques. Tous les états civilisés l'ont compris. Il existe partout des répertoires périodiques des productions de la presse, au moyen desquels on peut, à tout instant, se renseigner sur le mouvement littéraire du pays.

Dans un remarquable rapport, adressé il y a vingt ans au Gouvernement belge, Monsieur Ruelçns, conservateur à la bibliothèque royale, a traité cette question à un point de vue si élevé, que nous croyons faire chose utile en en signalant quelques considérations. Nous le faisons d'autant plus volontiers, que c'est à l'auteur de ce rapport que nous devons la première idée de la Conférence du Livre.

En vous conviant à notre Conférence, nous disions dans notre appel que le livre est le plus puissant des moteurs du progrès, puisque c'est par lui que se recueillent, se conservent et se répandent les conceptions du génie et les conquêtes de la science.

Nous avions la certitude que notre appel serait entendu et que de toutes parts viendraient à nous des hommes de bonne volonté, persuadés qu'il y a encore des progrès à réaliser, des droits à conquérir, des services à rendre et qu'une époque comme la nôtre a le devoir de se préoccuper du livre autant que des autres moyens de relations entre les hommes.

Aussi est-ce avec une grande joie et une légitime fierté que nous voyons réunis dans la patrie de Plantin, au moment où nous célébrons son trois-centième anniversaire, les représentants de la pensée, les membres de la Conférence internationale du livre.

Nous sommes heureux de constater que c'est la première réunion sur le continent ayant le livre pour objet.

Qu'il nous soit permis de rappeler que c'est également à Anvers que, sur l'initiative de Monsieur Ruelens, a pris naissance le premier Congrès de géographie et que c'est sur le sol belge qu'ont vu le jour les Congrès de statistique, de droit international, de droit commercial et récemment encore la Conférence anti-esclavagiste.

C'est d'Anvers, espérons-nous, que sortira l'affranchissement du livre des dernières entraves qui lui barrent encore le passage dans le monde. Le plus grand esclavage étant celui de la pensée, il nous a semblé qu'il était du plus haut intérêt que, dans sa condition matérielle, le livre réunisse aussi tous les perfectionnements dont il est susceptible et jouisse

de toutes les facilités dont il a besoin pour accomplir, promptement et sûrement, sa mission civilisatrice.

C'est à nous qu'incombe cet impérieux devoir. Ce devoir ne connaît ni frontières ni nationalités. Il y a aujourd'hui une telle solidarité dans le travail intellectuel des hommes, le progrès est si bien la résultante, en quelque sorte mathématique, des efforts individuels, qu'il n'est plus permis, sous peine de lèse-humanité, de laisser ignorer la moindre, la plus infime conquête de l'esprit. C'est là le rôle de la bibliographie nationale.

Dites-moi ce qu'un pays imprime, et je vous dirai ce qu'il est. On peut affirmer ainsi, sous forme de dicton, une vérité qu'il est facile d'établir dans le passé, comme dans le présent. En effet, il y a une corrélation intime entre les productions de la presse chez un peuple et le progrès de ce peuple dans les sciences, les arts, la sociabilité. L'observation des produits de la typographie dans un pays est le meilleur thermomètre de son degré de civilisation. La quotité de ses produits nous indique l'intensité de sa vie intellectuelle, leur qualité, la hauteur de sa vie morale. La maxime posée se vérifie partout. Pour notre pays, par exemple, que l'on examine dans le passé, le produit de nos presses depuis l'introduction de la grande découverte jusqu'à nos jours et l'on verra d'un coup d'œil, par la simple inspection de quelques bibliographies anciennes, le degré d'activité de nos imprimeurs primitifs, les services qu'ils ont rendus pendant nos grandes luttes du xvi° siècle, la variété de leurs publications et la part que nous avons prise ainsi dans l'immense mouvement d'idées dont cette époque fut le témoin. Que l'on veuille parcourir seulement la liste des ouvrages sortis de l'officine du vieux Plantin de 1555 à 1589, que l'on étudie les bibliographies montoise, douaisienne, gantoise, liégeoise, etc., et l'on constatera de suite l'influence d'un système politique et la différence entre telle ou telle époque, quant au progrès général.

Envisagé de ce point de vue élevé, la bibliographie d'un pays doit offrir un grand intérêt pour l'homme d'état et le philosophe. L'étude raisonnée d'un semblable document pourra fournir des révélations inattendues. Car les faits ont leur logique et, dans un temps comme le nôtre, où Ton a poussé si loin la science des chiffres appliqués à la vie sociale, il ne faudrait pas négliger l'enseignement que fournit une bibliographie qui est, après tout, une table statistique du travail de l'intelligence chez un peuple, à un moment donné. Quand on considère les efforts et les frais que coûtent les statistiques de toute nature dont les gouvernements éclairés se font les éditeurs, on pourrait s'étonner de ne pas voir parmi ces documents devenus indispensables, ceux qui concernent le travail de l'esprit.

Depuis quelques années, heureusement, on commence à comprendre presque partout l'intérêt social et national de cette statistique bibliographique.

Il y a encore des lacunes à ce point de vue qu'il serait utile de combler. L'Etat, comme tuteur du travail national, subsidie et protège directement, à fonds perdus, une foule d'entreprises, à raison des bienfaits généraux qui en reviennent à la communauté. Pourquoi n'agirait-il pas, par exemple, en faveur de l'industrie du livre, comme il agit en faveur de l'industrie du transport d'hommes et de choses ? Pourquoi ne publierait-il pas la liste des productions de l'esprit, comme il dresse des statistiques du mouvement industriel et commercial, comme il fait connaître la liste des inventions brevetées et la description des découvertes et des •perfectionnements ?

Quant à l'intérêt des lettres, sciences et arts, il ne sera contesté par personne. Tous ceux qui étudient savent combien la science a besoin de ces répertoires dans lesquels s'enregistrent périodiquement, d'une manière continue et complète, les notices des travaux de l'esprit. Ce n'est que par ces bibliographies qu'on peut constater en tout temps le point précis où est arrivé la science et où par conséquent commencera le progrès.

L'intérêt que présentent les bibliographies bien faites aux libraires est inutile de démontrer. Ce sont leurs outils ; plus ils sont perfectionnés et plus leur travail devient productif et accéléré.

L'utilité des bibliographies nationales pour les bibliothèques publiques est aussi de premier ordre.

Les grandes bibliothèques nationales ont une double mission. La première, de fournir à la science générale les secours dont elle a besoin, en chosissant parmi les travaux de l'intelligence humaine, parus sur tous les points du globe, ceux qui se distinguent par leur mérite et leur utilité. La deuxième, plus difficile à remplir, c'est de réunir tous les documents de l'activité littéraire et de l'histoire de la patrie : une bibliothèque nationale doit être la source où régnicoles et étrangers viennent puiser la connaissance du pays sous tous ses aspects, dans toutes ses manifestations.

Dans ce desideratum, le premier devoir est de recueillir tout ce qui a été reproduit par les presses du pays, depuis que l'imprimerie y a été introduite. Et ici, le choix n'est pas permis : il faut être complet. Cette règle a été admise à Paris, à Londres, à Florence, partout enfin où il existe des bibliothèques nationales et il n'est pas de sacrifices que ne fassent leurs administrations, pour réunir ces précieux documents.

Une bibliographie nationale est le corollaire des bibliothèques nationales : c'est elle qui constitue une sorte d'état-civil légal, constatant la naissance et l'existence des livres avec la même précision, que Tétat-civil des personnes constate la naissance et l'existence des citoyens.

Tenir ce registre d'état-civil en règle, de façon à n'oublier aucune naissance, tel est notre desideratum à tous, et chaque pays devrait, sous ce rapport, faire son devoir.

Pour notre part, nous serions déjà fort satisfaits si tous lçs pays civilisés à la surface du globe, possédaient leurs bibliographies nationales.

Aller au delà et rêver la création d'une bibliographie internationale, nous paraît un desideratum des siècles à venir r peut-être une de ces utopies charmantes et grandioses qui, semblables à tant de généreuses utopies, se réalisent rarement.

Ce catalogue serait une œuvre immense s'il devait embrasser tous les livres et périodiques, parus depuis l'invention de l'imprimerie dans tous les pays du globe !

Pour l'entreprendre, il faudrait recruter une armée de travailleurs et trouver une mine d'or pour la payer. Et puis, a peine achevée, peut-être après un siècle, ce travail de Sisyphe serait à recommencer.

Et si, comme l'a dit Achard, la bibliographie étant la plus étendue de toutes les sciences, semble devoir les renfermer toutes, ne faudrait-il pas, pour élever ce monument à sa gloire, s'adjoindre des sommités dans toutes les sciences ?

Et enfin, quelle serait Futilité vraiment pratique de cette bibliographie monstre ? Quels sont les savants, hommes de lettres, libraires et en général tous ceux qui veulent écrire sur un sujet quelconque, qui pourraient l'utiliser dans toute son étendue ? Il faudrait supposer que les travailleurs des siècles futurs sauront toutes les langues et profiteront de la nomenclature d'ouvrages, écrits dans tous les idiomes.

Malheureusement, ou plutôt heureusement, la domaine de la science se développe tellement, qu'un seul individu, fût-il doué de toutes les facultés du génie, ne pourra dans toute son existence, dût-elle être centenaire, embrasser, étudier et aprofondir qu'une seule spécialité, une seule branche du cosmos intellectuel.

Au lieu donc de rêver une bibliographie internationale, contentonsnous de bons recueils nationaux. Et, à côté, dressons des catalogues, les plus complets possible, de chacune des branches du vaste domaine de la pensée.

C'est dans cette voie qu'est entrée la science bibliographique. Des revues spéciales, publiées dans tous les pays, tiennent les savants au courant de tous les outils scientifiques dont ils ont besoin ; des catalogues, des tables systématiques et détaillées, faits par des savants qui se dévouent au labeur ingrat de les dresser, recueillent religieusement toutes les productions des deux mondes. Ces tables, qui rendent d'immenses services, s'exécutent en grande partie, par le dépouillement de bibliographies nationales.

Et quels efforts ne faut-il pas réunir, quels sacrifices ne faut-il pas faire, pour dresser un seul catalogue systématique d'une seule branche de la science !

Vous connaissez tous le grand Index^Catalogue of the Library of the Surgeon General Office, United-States Army, Authors and Subjects, publié

à Washington, à l'imprimerie du gouvernement. Ce catalogue, contenant les ouvrages médicaux du monde entier, dans toutes les langues, a commencé à paraître en 1880. Un immense volume paraît chaque année. Le x c (1889) est arrivé à la lettre P. Mais le jour même où l'on s'est mis à la besogne, on a commencé de faire paraître, à côté du catalogue, un bulletin mensuel intitulé Index Medicus, qui lui sert de complément.

Ce travail nécessite une dépense considérable que seuls les États-Unis, qui souffrent de la pléthore d'argent, peuvent se permettre.

Ce travail est admirablement fait, et malgré sa valeur, il est incomplet et il faudrait pour le compléter, faire paraître un supplément, peut-être aussi vaste que l'ouvrage même.

Cet exemple nous fait apprécier les difficultés insurmontables que rencontrerait une publication d'une bibliographie internationale.

Mais, puisque ceux qui rêvent cette œuvre monumentale n'ont qu'un objectif généreux, celui d'être utiles à l'humanité et faciliter aux travailleurs présents et futurs des recherches et des découvertes, qu'il me soit permis de leur recommander la poursuite d'un autre desideratum, plus immédiatement réalisable et dont la Belgique a donné l'exemple.

Je veux parler d'une Salle de périodiques attachée à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, accessible à tous, et contenant à l'heure qu'il est plus de quatorze cents revues et journaux scientifiques dans toutes les langues.

Les travailleurs sérieux viennent y puiser à pleines mains et gratuitement, et sont tenus ainsi au courant de leurs spécialités respectives.

C'est une sorte de bibliographie vivante, faite au jour le jour et donnant des résultats immédiats ; c'est un outil qui fonctionne bien et fait de l'excellente besogne.

Publier les sommaires de toutes ces revues systématiquement, serait une excellente mesure à prendre.

Si je me permets d'appeler votre attention sur ce progrès réalisé dans notre pays, c'est que nous sommes heureux d'apporter une pierre à notre édifice commun.

Nous voudrions, qu'en quittant la Belgique, vous emportiez la conviction que, toute petite nation que nous soyons, nous ne manquons pas de grandes aspirations et que nous avons surtout à cœur d'être utiles, dans la mesure de nos forces, au progrès de l'humanité.

M. Charles Ruelens. — Vous avez entendu les considérations fort intéressantes que vient de présenter Monsieur Merzbach sur la question de la création de bibliographies nationales. Je voudrais dire quelques mots seulement à ce sujet. Je dois ajouter que je suis assez compétent en cette matière, attendu que j'afi été chargé dans le temps de faire une enquête sur ce point. Nous avons chez nous une bibliographie nationale qui, en théorie tout au moins, car je ne veux pas insister sur son caractère pratique, peut être considérée comme la seule complète, la seule juste et

la seule efficace. Dans beaucoup de pays la récolte des livres qui doivent être inscrits dans les bibliographies nationales se fait au moyen de ce qu'on appelle le dépôt légal, c'est-à-dire au moyen d'un impôt qui a été établi sur les libraires et sur les imprimeurs ; ceux-ci sont obligés de déposer à la mairie ou au ministère de l'instruction publique cjes exemplaires des ouvrages qit'ils ont publiés. Ces exemplaires sont inscrits dans une revue qui paraît plus ou moins régulièrement. Ce système est inopérant : de plus, nous le considérons comme injuste, parce qu'il établit un privilège et un impôt.

En Frauce, la bibliographie nationale est faite de la manière suivante : les ouvrages sopt déposés à la mairie des départements et transmis ensuite au Cercle de la librairie de Paris qui se charge de faire la bibliographie nationale.

Cette biWiograptne est extrêmement incomplète ; il y figure un très petit nombre d'ouvrages paraissant 4ans les départements. Il m'a été dit à moi-même, dans le Département du Nord, qu'à Lille on se gardait bien d'envoyer au Ministère de l'Instructiojx Publique, à Paris, les livres déposés à la mairie. ; on trouve plus commode de les déposer dans la bibliothèque du Département et, par conséquent, ils ue figurent pas cjans la bibliographie.

J'ai fait chez no ( us u,ue proposition qui a été acceptée et c'est la seule qui soit admissible ; je veux parler de l'achat, fait par lç gouvernement, d'ut> exemplaire de toutes les publications qui paraissent dans le pays. Lorsque j'ai fait cette proposition, on a jeté les hauts cris ; on a dit que cela coûterait les yeux de la tête. Mais j'avais prévu cette objection ; j'avais fait le relevé de ce qui paraissait dans le pays et j'étais arrivé à cette conclusion, que la dépense à faire de ce chef pouvait être évaluée à la somme peu considérable de 4.000 à 5.000 francs par an, abstraction faite, bien entendu, des publications émanées du gouvernement et qui souvent ne sont pas dans le commerce.

Ce systèmej je le répète, a été admis. Aujourd'hui c'est une maison de librairie qui a pris eu adjudication la livraison au gouvernement, moyennant 30 % de rabais, d'un exemplaire de chaque publication paraissant en Belgique. Cette maison se charge de faire la bibliographie ; c'est à la bibliothèque royale qu'on corrige les épreuves et qu'on met de l'ordre dans ce travail.

Au début quelques ouvrages nous ont échappé, mais je crois pouvoir dire qu'il n'en est plus ainsi aujourd'hui, sauf de rares exceptions.

Il est certain qu'il y a toujours des livres qui paraissent et qui ne tombent pas dans le commerce ; ce sont pour ainsi dire les microbes de 1$ presse et il ne vaut pas la peine de s'en occuper.

Il y a deux ou trois ans, un haut fonctionnaire du ministère de l'instruction publique de France, Monsieur Charmes, que vous connaissez probablement tous, m'a déclaré que ce système était le seul acceptable

et il a ajouté qu'il allait faire étudier la question de savoir s'il n'y avait pas lieu de l'introduire en France où il n'existe pas de bibliographie nationale qui puisse être considérée comme étant le recueil de tout ce qui parait dans ce pays dans le domaine de la pensée. Cependant, lorsque j'ai entretenu pour la première fois Monsieur Charmes de cet objet, il m'a fait l'objection que Monsieur Bellefroid m'avait opposée lui-même ; il m'a dit qu'il faudrait une somme considérable pour acheter ce qui paraît en France tous les ans. Or, nous avons fait relever dans la bibliographie nationale de France tout ce qui s'y trouvait et nous avons constaté qu'on pouvait acheter, moyennant vingt mille à vingt-cinq mille francs, tout ce qui paraît en France en une année ; toujours, bien entendu, à l'exception des publications faites par le gouvernement. Cette somme est assurément inférieure à ce que coûtent aujourd'hui les dépôts faits dans les départements, les envois à Paris et les frais de justice qu'on est amené à faire quelquefois pour contraindre des libraires à déposer des * ouvrages. Je dois dire cependant que ces frais de justice constituent une très rare exception. Je demandais un jour à un procureur de roi s'il poursuivait devant les tribunaux les libraires qui n'effectuent pas les dépôts auxquels ils sont astreints. Oh ! je m'en garderais bien, me répondit-il ; je ne voudrais pas me mettre tout ces gens-là à dos. C'est une loi sans sanction qui est en vigueur à cet égard.

En résumé, je vous propose de vous rallier au système belge et je serais heureux si vous vouliez bien le recommander à vos gouvernements respectifs.

M. Just. Chatrousse. — Je désire répondre quelques mots à l'honorable Monsieur Ruelens, à propos de la bibliographie de la France. Il y a eu, à un moment donné, des omissions, mais depuis deux ans il n'y a rien de ce qui a été imprimé en France, qui n'ait figuré dans la bibliographie. Le dépôt est fait très régulièrement ; seulement cela traîne quelquefois ; ainsi un livre qui paraît dans le Midi, au mois de Janvier, n'arrive au ministère qu'au mois de Novembre ou au mois de Décembre. C'est évidemment un tort et nous faisons tous nos efforts pour remédier à cet inconvénient. Quoiqu'il en soit, la loi de 1881 est appliquée très rigoureusement depuis deux ans à tout imprimeur qui ne fait pas le dépôt exigé. La bibliographie qui est la reproduction exacte des dépôts, est donc généralement au courant. Mais nous voudrions, qu'au lieu de l'imprimeur ce fût l'éditeur qui fût astreint au dépôt. Lorsque la loi de 1881 a été faite, Monsieur Pelletan, entre autres, a dit au Sénat que si l'on exige le dépôt de la part de l'éditeur, on n'aura jamais un volume parce qu'on ne trouvera rien à saisir, tandis que si l'imprimeur ne fait pas le dépôt, on saisira ses presses. Ce raisonnement est absolument faux. En France, il arrive qu'un ouvrage est imprimé chez trois ou quatre personnes différentes ; il en résulte des difficultés très grandes au point de vue du dépôt. Ensuite, si un imprimeur a déjà

eu un procès, et s'il est chargé de n'imprimer qu'une partie du volume, il ne fera le dépôt que de cette partie de volume : il aura déféré à la loi ; mais les gravures que ce livre pourrait contenir et qui seraient imprimées ailleurs ne seront pas déposées avec le volume, d'où un grand nombre d'ouvrages incomplets. La Bibliothèque Nationale ne cesse de réclamer contre cet état de choses. Nous voudrions donc arriver à avoir une législation nouvelle et nous nous occupons beaucoup de cette question au Cercle de la librairie. Nous voudrions que l'imprimeur, l'éditeur ou l'auteur fût responsable ; on aurait alors des dépôts absolument complets. Aujourd'hui surtout, on a intérêt à faire les dépôts, puisque, (Vaprès la Convention de Berne, par le fait du dépôt au Ministère de l'Intérieur, l'auteur garantit sa propriété contre toute reproduction illicite.

J'admets que la somme de 25,000 francs, dont a parlé Monsieur Ruelens, pour l'acquisition d'un exemplaire de chaque ouvrage publié, n'est pas une lourde charge pour le budget d'un Etat important, mais....

M. Charles Ruelens. — Aujourd'hui rien que l'envoi des livres des départements coûte peut-être davantage.

M. Just Chatrousse. — C'est possible. Mais ce n'est pas 25,000 francs qu'il faudrait pour l'acquisition de tout ce qui s'imprime en France : éditions de luxe et autres, gravures, musique, périodiques, etc., je doute fort qu'une subvention de 200,000 francs puisse y suffire.

M. Charles Ruelens. — Je suis heureux d'apprendre que, depuis deux ans, la situation s'est améliorée en France. J'avoue que l'enquête que j'ai faite, officieusement d'abord, date de quelques années déjà. J'ai fait une enquête à Lille et j'ai vu, de mes yeux vu, que des livres très importants, des publications de premier ordre, qui avaient paru dans le Nord de la France, manquaient à Paris. Monsieur Léopold Delisle me disait que c'était regrettable, mais qu'il n'y avait rien à faire.

M. Just Chatrousse. — En effet, Monsieur Léopold Delisle a mené très vigoureusement une campagne dans ce sens, et le dépôt de la Librairie a obtenu du Ministre de l'Intérieur une circulaire extrêmement brève et précise, qui fait qu'aujourd'hui les imprimeurs sont poursuivis à la suite d'un second rappel.

M. Charles Ruelens. — Nous en sommes à discuter une question théorique ; mais ce système est entièrement inefficace ; de plus, je le considère comme injuste, car c'est un véritable impôt qu'on établit, une véritable pénalité qu'on inflige. Il serait plus loyal et plus efficace d'agir comme nous le faisons, d'acheter les ouvrages qui paraissent. Nous nous mettons ainsi en-dehors de toute action judiciaire ou administrative. Une somme de 25,000, de 30,000, de 50,000 francs même est encore bien minime eu égard à l'intérêt que représente la bibliothèque nationale.

M. Just Chatrousse. — Je le répète : un crédit de 200,000 francs serait encore insuffisant. Avouez que s'il y a impôt, cet impôt est

insignifiant, car les auteurs donnent une quantité de volumes pour la publicité de leurs ouvrages — dont on ne parle pas toujours — tandis que les deux exemplaires déposés au Ministère de l'Intérieur leur assurent la preuve de leur propriété intellectuelle, en cas de poursuites contre les contrefacteurs de leurs œuvres.

M. Henri Stein. — Quelques mots seulement, relativement à ce que les honorables préopinants viennent de dire au sujet du dépôt légal en France. L'inefficacité, dont parle Monsieur Ruelens, est vraie à un autre point de vue encore. La bibliothèque nationale est obligée de débourser une somme d'argent pour acheter certains livres, qui n'arrivent pas en temps voulu ou qui n'arrivent même pas du tout. Lorsque le dépôt légal ne se fait pas, l'imprimeur est poursuivi, mais les poursuites doivent être exercées dans un délai très court.

M. Just Chatrousse. — Trois mois.

M. Henri Stein. — Or, c'est généralement après que les trois mois sont écoulés, qu'on s'aperçoit qu'un volume manque ; par conséquent, les pénalités sont très rarement appliquées. Ensuite, il y a des éditeurs qui font imprimer leurs livres à l'étranger. Ainsi, un éditeur de Paris, Monsieur Fischbach, fait imprimer tous ses livres à Strasbourg et à Genève.

Aucun de ses livres n'arrive à la bibliothèque nationale. Or, ils sont tous relatifs à l'histoire de France et, par conséquent, on est obligé de les acheter.

M. Charles Ruelens. — Cela vient à l'appui de ma proposition. Je demande donc que le Congrès émette le vœu, qu'à l'avenir les bibliographies nationales soient faites au moyen du système belge, par l'acquisition directe d'un exemplaire de chaque ouvrage paraissant dans le pays. Je le répète, je considère cette méthode -comme étant la plus juste, la plus efficace et la plus complète.

Applaudissements.

M. Vorsterman Van Oyen. — En Hollande existe un système plus ou moins complet. Depuis quelques années, il y a une loi qui oblige les éditeurs à envoyer deux exemplaires au ministère. La bibliothèque de La Haye fait tout ce qui dépend d'elle pour obtenir toutes les publications qui paraissent dans le pays. Il en est de même à Leyden. Seulement les fonds dont on dispose à cet effet, ne sont pas toujours suffisants.

M. Charles Ruelens. — Tous les systèmes de ce genre sont donc incomplets ; pendant longtemps, la même chose a existé à Bruxelles. Il y a eu ce qu'on appelle le dépôt légal, c'est-à-dire, le dépôt de deux exemplaires, pour se libérer de la contrefaçon. Mais comme, en Belgique, la contrefaçon ne se fait pas, du moins pour les auteurs belges, on ne déposait guère d'exemplaires. On se bornait à déposer des livres de prières, parce que c'est une spécialité, ainsi que quelques livres d'éducation, parce qu'un individu qui a fait une grammaire croit généralement avoir accompli un

chef-d'œuvre, qui doit servir dans l'école où il enseigne. Pour le surplus, ce système était absolument inopérant.

M. le Président. — Voici le vœu proposé par Monsieur Ruelens :

Le Congrès émet le vœu que dorénavant les bibliographies nationales se fassent d'après le système belge, c'est-à-dire par l'acquisition directe d'un exemplaire de chaque ouvrage paraissant dans le pays, et par le dépôt de cet exemplaire dans la bibliothèque principale du pays.

M. Henri Hvmans. — Dans une bibliothèque publique. M. le Président. — Quelqu'un s'oppose-t-il à l'adoption de cette proposition ?

M. Henri Hymans. — Je m'y oppose ; je préfère le dépôt légal.

La proposition de Monsieur Ruelens est adoptée à l'unanimité moins une voix.

De l'utilité dans les grandes bibliothèques nationales d'un catalogue

général mis a la portée du public.

M. Van de Veld. — Lorsque j'ai demandé que la question de l'utilité dans les grandes bibliothèques d'un catalogue général, mis à la disposition du public, fût inscrite au programme de la Conférence, il n'est pas entré dans ma pensée de vous présenter une étude approfondie de cet objet.

Celui-ci, du reste, ne la comporte pas et je n'ai pour la faire ni l'autorité ni la compétence voulues : je n'ai eu pour but que d'attirer votre attention sur un fait qui, à mon avis, présente de graves inconvénients pour les hommes d'études. Je me bornerai donc à quelques considérations, persuadé que vous voudrez bien examiner la chose avec bienveillance.

Quelle est la situation de celui qui, ayant à étudier une question quelconque, se rend dans la plupart des bibliothèques publiques pour y faire des recherches ? Il est presque indispensable qu'il possède l'indication de toutes les sources auxquelles il veut puiser ou la nomenclature complète des ouvrages qu'il désire consulter : il faut qu'il en fournisse lui-même les titres.

Mais, à côté de ceux-ci, combien de monographies ou d'encyclopédies la bibliothèque ne possède-t-elle peut-être pas qui auraient pu être dépouillées avec fruit ; quelle riche moisson de matériaux aurait-il pu recueillir dans d'anciens ouvrages, oubliés de la génération actuelle, qui existent pourtant dans l'établissement et qui échappent à la curiosité du travailleur.

Ce fait est journalier et je suis persuadé que beaucoup d'entre vous l'ont éprouvé comme moi-même.

La cause n'en est pas difficile à trouver ; le remède s'indique tout naturellement.

La cause réside dans ce que le public ignore ce que le dépôt contient, n'ayant pas de catalogue méthodique à sa disposition, et qu'il doit réunir ses matériaux d'après des documents toujours incomplets, tels notamment les répertoires bibliographiques.

Je sais que les conservateurs et employés se mettent avec beaucoup d'obligeance à la disposition des lecteurs, mais c'est là un fait particulier qui ne s'applique qu'à des cas isolés et qui ne pourrait être trop étendu sans rendre l'exercice de leurs fonctions presque impossible.

Il en résulte que des trésors littéraires ou scientifiques restent à jamais fermés ; que la richesse des bibliothèques s'accroît journellement sans que les hommes d'études profitent avantageusement de cet accroissement ; enfin, que ces établissements ainsi organisés ne peuvent rendre tous les services qu'on doit en attendre.

Ma question ne vise pas seulement les bibliothèques nationales : elle s'étend également à celles des communes. Je citerai entre autres la bibliothèque d'un des grands faubourgs de Bruxelles, qui ne possède aucun catalogue ; les lecteurs doivent s'en rapporter à la mémoire du bibliothécaire !

Vous avez tous trouvé le moyen de remédier à cette situation. Il s'agirait de mettre à la disposition du public un double catalogue bien tenu à jour : l'un alphabétique, permettant de réunir immédiatement les œuvres d'un auteur déterminé ; l'autre méthodique groupant, par une classification bien ordonnée, tous les ouvrages se rapportant à une même matière, avec renvoi aux noms des auteurs.

Je crois devoir spécifier un point, c'est qu'on ne pourrait faire imprimer pareil travail : il nécessiterait d'une part une dépense considérable et aurait cet inconvénient d'être déjà fort incomplet avant que la publication en soit terminée. Il faudrait donc que les matériaux fussent mobiles afin d'y intercaler facilement toutes les additions, au fur et à mesure qu'elles se présentent.

Mais je préconiserais, pour initier le public à la méthode suivie dans la rédaction du catalogue, l'impression d'un index donnant l'indication de toutes les matières rangées dans la rubrique générale, ou mentionnant alphabétiquement celles qui ont été relevées.

J'ai été heureux de constater que ma proposition avait, avant moi et à mon insu, d'éminents partisans. Je dois à l'obligeance de Monsieur le Secrétaire de la Bibliothèque Nationale, à Paris, communication d'une note sur les catalogues de cette bibliothèque, par Monsieur Delisle, administrateur général. Permettez-moi de vous donner lecture de ce court passage :

« Le but que poursuit l'administration de la Bibliothèque nationale, c'est d'arriver à constituer un catalogue ou inventaire général qui doit remplir les conditions suivantes :

1° Embrasser tous les volumes et toutes les pièces des différentes séries ou collections ;

2° Recevoir aisément, au jour le jour, la mention de chacun des articles que le dépôt légal, les dons ou les acquisitions font arriver dans rétablissement ;

3° Donner le moyen de savoir promptement et sûrement sous quelle cote est classé un ouvrage ou un opuscule dont le titre est connu ;

4° Fournir, à peu de frais, les éléments de répertoires multiples, à l'aide desquels on puisse retrouver les publications relatives à un sujet déterminé, lors même que les titres exacts et les noms des auteurs n'en sont pas connus. »

Rendant compte de l'achèvement du catalogue, Monsieur Delisle dit :

« En chiffres ronds, sur 1,500,000 articles (répondant à plus de deux millions de volumes ou de pièces), nous en avons traité 1,100,000. Il en reste 400,000 à traiter, soit un peu plus du quart.

C'est seulement quand l'opération sera terminée qu'il y aura lieu de fondre en une seule série alphabétique, par noms d'auteurs, et pour les publications anonymes par titres d'ouvrages, toutes les cartes d'inventaire. A ce moment aussi, il y aura lieu d'en multiplier les copies, pour en assurer la conservation, pour les mettre à la portée du public et pour se procurer les éléments de tables ou répertoires variés, propres à faciliter toutes sortes de recherches.

L'état matériel des cartes sur lesquelles sont relevés les titres de nos livres, et dont la plupart sont représentées par un exemplaire unique, ne permet pas de les laisser actuellement à la disposition du public. Mais des mesures sont prises pour que les lecteurs, admis dans la salle de travail, puissent dès maintenant trouver eux-mêmes, presque toujours, le titre et, très souvent, la cote des ouvrages qu'ils ont intérêt à consulter. »

J'ai cru utile de consulter en outre deux membres de la Conférence, Messieurs Barack et Richard Garnett, respectivement conservateurs à Strasbourg et au British Muséum, à Londres. Il résulte des renseignements qu'ils m'ont obligeamment fourni que, dans ces bibliothèques, tout en donnant le plus de facilités possibles aux personnes qui fréquentent la salle de lecture, le catalogue ne leur est pas accessible. Toutefois, la seconde possède une remarquable collection de répertoires des ouvrages bibliographiques, dont la liste est imprimée, et qui à eux seuls constituent des sources très importantes.

En résumé, les quelques personnes très compétentes qui ont bien voulu me donner leur appréciation ont admis le principe de ma proposition.

Reste la question d'application.

On m'objectera qu'il y aurait danger à laisser le public fouiller dans le catalogue, dont il pourrait enlever des documents. Je reconnais que cette observation est spécieuse, mais elle tomberait facilement par l'étude approfondie d'une organisation qui empêcherait tout détournement ou toute destruction.

J'estime, d'autre part, que la faculté que je voudrais voir accordée ne présentera pas les inconvénients que l'on craint, car, en général, les bibliothèques sont fréquentées par des lecteurs qui s'y rendent pour consulter un ou plusieurs ouvrages déterminés et qui ne recourront qu'exceptionnellement au catalogue ; mais celui-ci sera éminemment utile pour ceux qui s'occupent de travaux nécessitant de longues recherches et qui désirent connaître tous les ouvrages qu'ils pourraient consulter avec fruit.

Je ne veux pas abuser de vos instants, en vous proposant des moyens pratiques. Je suis persuadé qu'une fois la chose décidée, Messieurs les conservateurs trouveront facilement à la mettre à exécution avec toutes les garanties désirables. Ce que je demande, c'est que les bibliothèques, par le fait d'une organisation incomplète, ne tiennent pas cachés les trésors qu'elles renferment ; qu'elles mettent, au contraire, tout en œuvre pour les faire connaître ; qu'à cet effet les administrations gouvernementales et communales aient une initiative généreuse et elles auront bien mérité de la science.

M. Henri Hymans. — Je désire répondre quelques mots seulement à ce que vient de dire Monsieur Van de Veld. Je commence par. rendre hommage à la forme de son travail et à la sobriété avec laquelle il nous a présenté des observations excellentes au fond mais qui, dans la pratique, ne se justifient pas complètement.

Je tiens à déclarer tout d'abord que le bibliothécaire qui cacherait, qui déroberait les trésors qui lui sont confiés, à l'attention et à l'étude des travailleurs manquerait très gravement à ses devoirs et chargerait sa conscience d'un très lourd péché. J'estime que celui à qui l'état, une commune, une institution publique quelconque confie, à titre précaire, des ouvrages précieux pour être communiqués au public, dans l'intérêt de celui-ci, doit agir avec la plus grande libéralité possible envers ceux qui désirent consulter des publications quelconques sous peine de ne pas être considéré comme un bibliothécaire, dans l'acception exacte de ce mot.

Passons à la pratique. Il devient très difficile, comme l'ont dit de hautes autorités avec lesquelles Monsieur Van de Veld s'est mis en rapport, de mettre entre les mains de tout le monde les répertoires ou les catalogues. Je dirai plus ; ces catalogues, fussent-ils entre les mains de tout le monde, ne répondraient pas encore aux services que la masse du public paraît devoir en attendre, par l'excellente raison que si l'on veut travailler sérieusement, on est toujours censé posséder certaines notions de la question que l'on se propose d'examiner.

Je prétends ensuite qu'il faut, naturellement et forcément, faire appel au bon vouloir du conservateur qui a entre les mains les éléments nécessaires pour renseigner le public et pour compléter les notions de ceux qui s'adressent à lui.

Il y a dans cette réunion un grand nombre d'hommes que je puis qualifier d'autorités scientifiques de premier ordre. Or, je les défie, s'ils ont une question quelconque à traiter et s'ils ont à leur disposition la plus riche bibliothèque du monde, d'en connaître toutes les ressources. Il est donc indispensable qu'ils s'adressent, à un moment donné, à l'obligeance d'un bibliothécaire.

Quant à l'impression des catalogues, il y a sous ce rapport une difficulté presque insurmontable. On peut, ainsi que cela se pratique à Londres, publier un catalogue général de références, référence catalogue, mais il devient presque impossible de faire un catalogue universel, au jour le jour. Il faut d'abord faire un catalague alphabétique. Il y aurait peut-être un moyen d'obvier à cette difficulté, moyen auquel personne ne paraît avoir songé et qui ressort de ce que vient, de dire Monsieur Van de Veld. Quand on sera plus exercé qu'aujourd'hui et qu'on pourra se servir couramment des machines à écrire, on multipliera les fiches imprimées ; il suffira de les coller dans un ordre méthodique pour avoir, ipso fado, un catalogue imprimé. Les griefs — car ce sont de véritables griefs qui ont été formulés par l'honorable préopinant — les griefs, dis-je, qu'on fait valoir contre les bibliothécaires, tomberont d'eux mêmes, et nous aurons contribué ainsi, dans la mesure du possible, à réaliser le progrès que tous ici nous avons à cœur de voir s'accomplir.

M. le Président. — Ce système a été mis en vigueur à Utrecht et à Leyde.

M. Charles Ruelens. — Prochainement, il sera appliqué à Bruxelles.

M. Henri Hymans. — Cela se fait-il au moyen de machines à écrire ?

M. Durieu. — Non, au moyen d'imprimés.

M. Henri Stein. — A Paris, on imprime un bulletin des publications françaises et un bulletin des publications étrangères, récemment entrées à la Bibliothèque nationale. Ces deux bulletins sont imprimés à un certain nombre d'exemplaires et distribués au public. Les fiches sont collées et sont mises à la disposition du public sous deux formes : sous forme de noms d'auteurs, et sous forme de matières. Ensuite ces fiches sont reliées de façon à ne pas former un volume trop encombrant.

M. le Président. — On fait même des impressions sur papier pelure et on les colle sur des fiches.

M. Charles Ruelens. — Depuis deux ou trois ans nous imprimons le catalogue complet des acquisitions de l'année. Jusqu'ici nous n'avons pas collé les fiches sur bulletins, mais il y a trois jours, mon collègue, Monsieur Petit, avec lequel je m'entretenais de cette question, m'a dit

que Tannée prochaine il ferait découper chaque numéro et le ferait coller sur des bulletins. Nous ferons donc coller 8, 10, 12, 15, 20 numéros, et nous les ferons distribuer sous toutes les formes possibles.

A la fin de Tannée nous pourrons former des fiches en nombre aussi considérable qu'on le voudra.

M. le Président. — A Leyde et à Utrecht, on fait mieux. Tous les ans, on imprime sur des placards l'inventaire d'un certain nombre de livres tant anciens que modernes. Au bout de quelques années, nous avons eu ainsi un catalogue presque complet. Ces placards sont imprimés d'un seul côté et on peut les coller et les classer alphabétiquement et méthodiquement. Ce catalogue peut servir non seulement à la bibliothèque elle-même, mais encore à d'autres bibliothèques qui peuvent ainsi se tenir toujours au courant.

M. Charles Ruelens. — Dans un avenir, peut-être un peu éloigné, on n'aura plus besoin de recourir à cela. Nous avons déjà en Belgique une publication que vous connaissez tous et qui a pour auteur Monsieur Van der Haegen, notre éminent président. Elle répondra, je crois, à tous les desiderata possibles dans un temps donné. Il faudrait, dans chaque pays, faire une Bibliotheca-Belgica, c'est-à-dire, une nomenclature complète de ce qui a été imprimé dans le pays, depuis l'origine jusqu'aux temps modernes ; cela comprendrait tout ce qui concerne ce pays ; cela se ferait sur bulletins séparés, suivant le système de Monsieur Van der Haegen. On aurait ainsi une bibliographie complète de la presse européenne.

M. Borgeaud. — On a signalé la difficulté de mettre un catalogue à la disposition du public. Il est évident qu'un catalogue ne peut être utilement dressé que si Ton emploie des fiches mobiles, permettant d'augmenter le catalogue au fur et à mesure des besoins.

M. le Président. — Ces observations rentrent dans le cadre de la quatrième question. Je vous prie donc de vouloir ajourner vos observations.

M. Roger De Goey, étant retenu à la première section, demande à l'assemblée de bien vouloir remettre à un autre moment, la suite de la discussion sur l'organisation des bibliothèques publiques.

M. le Secrétaire. — Je propose d'aborder l'examen de la septième question :

Formule de garantie mutuelle légale entre gouvernements de tous les objets faisant partie du domaine public spécial des musées et des bibliothèques.

M. Georges Ruelens. — La question de la garantie mutuelle légale entre gouvernements de tous les objots faisant partie du domaine public spécial des musées et des bibliothèques est capitale ; elle intéresse tous les États et nous sommes, il faut bien le dire, dans une situation très

singulière sous ce rapport. Aujourd'hui tous les états dépensent des sommes considérables pour acquérir des œuvres d'art, des tableaux, des manuscrits, etc. On apporte un soin excessif et parfaitement légitime à la conservation matérielle de ces objets. Je visitais il y a peu de jours l'admirable musée d'Anvers où l'on a pris les mesures de précaution les plus intelligentes et les plus sérieuses pour mettre les œuvres qu'il renferme à l'abri du feu et du bombardement. Mais jamais on n'a songé à les mettre sérieusement à l'abri des vols et des soustractions. Chose plus étonnante encore, alors que la loi protège spécialement les titres, les fonds publics, etc., elle ne fait absolument rien pour des objets d'une valeur inestimable. Si l'on volait demain une obligation de cent francs, immédiatement le télégraphe et le téléphone seraient mis en mouvement dans tous les sens ; tous les parquets seraient avertis ; le titre serait frappé partout d'opposition ; il serait impossible de le réaliser et celui qui le posséderait de mauvaise foi serait arrêté. Dans la pratique ordinaire, il y a dans cette enceinte des membres qui ne me contrediront pas, il arrive fréquemment que des voleurs connaissant le caractère d'inaliénabilité qui frappe les titres, s'abstiennent, de les soustraire, et ils se bornent à emporter les objets qu'ils peuvent réaliser facilement. Or, est-il permis de laisser aux œuvres d'art cette qualité marchande qui en facilite la négociation, absolument comme s'il s'agissait d'un objet d'une valeur insignifiante ?

Les bibliothèques sont remplies aujourd'hui d'objets qui appartiennent à d'autres nations ; il est inutile de faire l'histoire des vols qui ont été commis ; ils sont présents à la mémoire de tous. Je me bornerai à citer le vol de Libry. Ce dernier était un homme important; il était membre de l'Institut, inspecteur des musées" et de la bibliothèque de France. Dans sa carrière, il a volé trente mille volumes et il a acquis ainsi une fortune de deux millions de francs. Tous ces volumes ont été dispersés et ils ont formé en grande partie la bibliothèque célèbre de Sir Thomas Phillips, à Cheltenham. Or, lorsqu'un beau jour, les gouvernements ont voulu rentrer en possession des objets qui avaient été soustraits, ceux qui les détenaient ont répondu à cette réclamation : Achetez-les, si vous voulez en redevenir propriétaires. L'Italie a dépensé de ce chef sept cent mille francs, la France cinq cent mille francs et tous les autres Etats ont dépensé également des sommes considérables à cette fin. Voici un autre exemple encore plus frappant. La bibliothèque de Louvain possédait une lettre d'indulgence de 1453; c'était la première pièce datée de la typographie; c'était un monument d'une valeur inappréciable et, chose plus extraordinaire encore ? la pièce se trouvait renseignée dans le bulletin de l'Académie ; elle avait été publiée par le Baron de Reiffenberg avec un fac-similé. Un beau jour la pièce disparaît et puis, dix ans après, on la retrouve dans la bibliothèque de lord Spencer. Le Gouvernement Belge veut la revendiquer ; lord Spencer

qui était riche, refuse de la livrer ; elle se trouve encore là aujourd'hui, bien qu'elle ait été manifestement volée.

Les exemples fourmillent et il est inutile d'insister davantage sur ce point. J'appelle votre très sérieuse attention sur ceci : actuellement l'état n'est pas dans une situation autre que les particuliers ; c'est là une anomalie et une iniquité. Aujourd'hui l'état agit comme un simple particulier, en vertu du code civil et conformément au droit commun. Nous sommes en cette matière sous l'empire de l'article 2279 du code civil, qui s'occupe de la prescription et qui pose la maxime qu'en fait de meubles la possession vaut titre.

Voici ce qui se passe dans tous les états. Un vol est commis; l'état veut revendiquer l'objet qui a été soustrait. Si une période de trois ans ne s'est pas écoulée depuis le jour du vol, l'état a le droit de saisir cet objet dans les mains de celui qui le détient. Mais si le possesseur est de bonne foi, c'est-à-dire s'il a acheté la chose dans un marché, dans une vente publique ou chez un marchand vendant des choses pareilles, l'état doit rembourser au possesseur le prix que la chose lui a coûté. Vous voyez la singulière situation qui résulte du texte même de la loi. Si, à prix d'argent, il était possible de rentrer en possession des objets qui disparaissent des musées et des bibliothèques, ce serait déjà un grand bonheur ; mais autre est la question si la prescription de trois années est acquise ; dans ce cas, il y a impossibilité matérielle pour l'état de rentrer en possession de l'objet soustrait. Si même il se trouve en présence d'un homme de mauvaise foi, celui-ci répondra à son action en disant : Je suis un voleur, soit ; mais je ne suis pas tenu de vous rendre cet objet, parce que je l'ai acquis par prescription.

Dans ces conditions, l'état est donc désarmé. Cependant entendons-nous. La question ne s'est pas présentée en Belgique, mais elle a surgi en France. Il faut bien le reconnaître, la France est la première qui ait attaché le grelot ; elle a été obligée de prendre des mesures spéciales à ce sujet. C'était en 1840 ; il s'agissait d'un autographe de Molière, qui avait été volé. Le Directeur de la bibliothèque royale découvre l'autographe dans une vente et il le saisit. Le propriétaire de l'objet se présente et invoque l'adage qu'en fait de meubles la possession vaut titre. Un procès s'engage et le Tribunal de la Seine donne raison au voleur. Heureusement, la Cour d'appel de Paris a réformé cette décision et a consacré ce principe que je considère comme absolument juste et équitable : c'est que les objets faisant partie des musées et des bibliothèques appartiennent au domaine public, qu'ils sont, par cela même, en dehors du commerce, imprescriptibles, inaliénables et incessibles. En conséquence, la Cour a ordonné la restitution de ce document. La question s'est présentée une seconde fois à propos des lettres de Montaigne ; c'était, vous vous le rappelez sans doute, Monsieur Feuillet- Conche qui était en cause. Le Tribunal a donné raison aii voleur, mais la Cour a réformé ce jugement.

La question est donc définitivement jugée en France et quoique la Cour de cassation n'ait pas été appelée à statuer, la jurisprudence est fixée dans ce sens.

En Belgique, rien de semblable n'existe. Cependant un cas identique s'est présenté à propos de la bibliothèque de Monsieur le chanoine De Ram, dans laquelle des vols avaient été commis. Lorsque Monsieur De Ram est mort, on a trouvé que toute la bibliothèque lui appartenait en nom, mais qu'en fait elle appartenait aussi à un grand nombre d'individus. Il empruntait des livres, mais il oubliait de les rendre et après sa mort ses héritiers ont gardé les livres volés en vertu de la maxime que j'ai rappelée plus haut. L'état a revendiqué les ouvrages qui lui avaient été soustraits; une saisie a été opérée; mais nous voyons ici combien les états sont désarmés en pareille matière. Un procès était sur le point de s'engager, mais l'État Belge a renoncé à le faire ; il n'a pas osé l'entamer, parce qu'il a compris que la question était des plus douteuses; il a préféré transiger et il a payé vingt mille francs à la m famille De Ram pour rentrer en possession des objets volés.

Cette question est donc extrêmement sérieuse. Y a-t-il un remède à cet état de choses? Je pense que oui. Il consiste à proclamer que les objets faisant partie des bibliothèques sont inaliénables, imprescriptibles et incessibles à raison de leur caractère spécial d'objets appartenant au domaine public et, par conséquent, hors du commerce. Cela sort peut-être un peu du cadre de nos travaux, mais j'estime qu'il faudrait qu'une entente internationale intervînt à ce sujet. Il n'est pas admissible qu'on donne en quelque sorte une prime au vol et un encouragement à la soustraction. Nous devrions donc émettre le vœu de voir les gouvernements qui sont tous intéressés à peu près dans la même proportion dans cette question, provoquer à bref délai la réunion d'une conférence internationale qui aurait pour mission de s'occuper de cette matière importante. En proclamant le principe que les objets appartenant aux bibliothèques font partie du domaine public, on arrivera à cette conséquence qu'il sera aussi impossible de faire disparaître de nos musées et de nos bibliothèques les ouvrages, les documents, etc., qui s'y trouvent, que de négocier des fonds publics frappés d'opposition.

En conséquence, j'ai l'honneur de soumettre à la troisième section le vœu suivant : Le Congrès émet le vœu de voir une conférence internationale diplomatique se réunir à bref délai pour s'occuper de cette question.

Il y a certainement une difficulté pratique ; comment reconnaître tous les objets faisant partie du domaine public, c'est-à-dire des musées et des bibliothèques? Évidemment, pour certains objets il y a une difficulté matérielle assez grande. En ce qui concerne les livres, cette même difficulté n'existe pas; il suffit d'estampiller quelques pages d'un livre ou d'un

manuscrit ; la personne qui voudrait vendre un livre après l'avoir soustrait, devrait commencer par enlever les pages estampillées et, dans ces conditions, ce livre n'aurait plus aucune valeur.

Quant aux statues et aux tableaux, il en est peut-être tout autrement; mais nous n'avons pas à nous occuper en ce moment de ces objets; notre conférence n'a en vue que le livre et si l'on parvenait à mettre à l'abri des vols les manuscrits, les autographes, les estampes et les imprimés, on aurait déjà fait une œuvre très utile et très efficace.

Tel est le but de la proposition que j'ai l'honneur de vous soumettre, en la formulant comme suit :

La Conférence du Livre émet le vœu que les objets appartenant aux bibliothèques publiques soient déclarés inaliénables, imprescriptibles et incessibles, et ce à raison de leur caractère spécial d'objets hors du commerce.

Elle émet, en outre, le vœu de voir une conférence internationale diplomatique être saisie de cette question, afin d'arriver au résultat désiré.

Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.

M. Stein. — Quelques mots seulement au sujet des vols commis en France, dont a parlé l'honorable Monsieur Ruelens. On est revenu depuis quelque temps à de meilleurs sentiments. Les catalogues de collections privées qui sont mises en vente publique, contiennent souvent la mention d'autographes volées dans les collections publiques. Il y a quelques années des autographes ont été volés au Ministère de la Marine à Paris. Une polémique s'est engagée à ce sujet entre Monsieur Flammarion et le Ministère de la Marine. Le premier réclamait les objets soustraits, au nom de l'Etat, et il a obtenu gain de cause.

J'ajoute que lorsque l'État réclame à Monsieur Charavay qui fait le commerce d'autographes, à Paris, un autographe mentionné dans son catalogue et dont la provenance est certaine, aucune difficulté ne surgit jamais ; Monsieur Charavay restitue toujours à la bibliothèque ou aux archives les objets qui en proviennent.

M. Charles Ruelens. — Monsieur Charavay que je connais très bien rend parfaitement certains objets, lorsqu'il peut le faire, mais lorsque le possesseur d'un autographe lui ordonne de le vendre et qu'une saisie existe en France, Monsieur Charavay est obligé de faire vendre cet autographe à l'étranger. J'ai acheté moi-même deux lettres de Rubens provenant du fameux vol fait à la bibliothèque de Paris. Je les ai montrées au bibliothécaire qui m'a dit : Vous avez bien fait de les acheter ; il vaut mieux qu'elles soient rentrées dans un dépôt public. Je lui ai offert de les racheter, bien que je les eusse acquises de bonne foi. Il m'a répondu qu'il n'avait pas

d'argent et que d'ailleurs c'était contraire aux usages reçus à la bibliothèque de Paris. Il faut donc viser à des mesures législatives, plutôt que de compter sur le bon vouloir de certaines personnes ; ce bon vouloir ne peut pas suffire. Je pourrais citer à cet égard de nombreux exemples. La bibliothèque de Bruxelles est pavée d'objets provenant de différents dépôts. J'ai publié une lettre écrite par le précepteur de Philippe II à Charles Quint, lettre qui avait été volée dans les archives de Simancas ; elle en porte le timbre.

M. Vorsterman van Oyen. — H y a plus de quinze ans, a eu lieu à Bruxelles une vente de manuscrits provenant d'un vol fait dans les archives de Saint Servais, à Maestricht d'une multitude de codex et de chartes. La justice belge s'est occupée de cette affaire et ces objets ont été retournés.

On a vendu aussi à Bruxelles une collection d'ouvrages en manuscrit et de lettres concernant la noblesse néerlandaise, avant la division des deux pays. Un employé a détourné beaucoup de manuscrits du Conseil suprême de la noblesse en Hollande. Ensuite il est devenu belge et il a emporté plusieurs volumes avec lui. Notre gouvernement a demandé l'intervention de la justice belge ; les volumes ont été retrouvés, mais nos livres, à nous, sont restés en Belgique.

M. Charles Ruelens. — Cela prouve la nécessité d'une entente internationale.

La séance est levée à onze heures trois quarts.

La séance est ouverte à neuf heures trois quarts.

M. le Président. — Je vous propose de bien vouloir désigner un rapporteur soit pour toute la séance, soit pour chaque question spéciale qui sera traitée. Il importe qu'il en soit ainsi, à cause des inconvénients qui se sont produits dans la séance d'hier.

M. Vollen. — Je propose de désigner le rapporteur après l'examen de chaque question. On pourrait désigner le membre qui aura prouvé par les observations présentées au cours de la discussion, qu'il connaît

le mieux la question. Ce membre ferait alors, à l'assemblée générale de l'après-midi, l'exposé des considérations qui ont été produites pour ou contre la question. Cet exposé serait sommaire et se terminerait par le libellé des vœux votés avec indication du nombre de votants et de la majorité. Cela prendra quelques minutes seulement, le rapport sera bien fait et toute espèce de difficulté sera évitée.

M. le Président. — Cette proposition me paraît très logique et très acceptable; je demande à la section de vouloir bien s'y rallier.

Dans la séance d'hier, l'honorable rapporteur a omis de parler du travail de Monsieur Van de Veid ; mais, comme le dit le procès-verbal, cette question sera de nouveau portée à Tordre du jour. Monsieur Roger de Goey a demandé à traiter également cette question, mais comme il doit parler dans une autre section, il nous prie de postposer l'examen de cet objet.

Nous abordons, en conséquence, l'examen de la quatrième question :

Étude d'un système uniforme de catalogues pour

les grandes bibliothèques.

M. le Secrétaire. — 11 vaudrait mieux remettre cette question à demain, parce qu'elle figure à l'ordre du jour de l'assemblée générale de Samedi après-midi.

M. le Président. — Je crois qu'il est préférable de la discuter maintenant, d'autant plus qu'il y a un certain nombre de membres qui se sont fait inscrire.

M. Charles Welch a la parole sur la question suivante :

D'un catalogue général de manuscrits avec l'endroit de leur dépôt, ou de la préparation immédiate d'une liste internationale d'après laquelle un catalogue pourrait être fait plus tard.

M. Moortgat, au nom de Monsieur Welch, donne lecture de la note ci-après :

En soumettant à l'attention de l'assemblée la question de la préparation d'un catalogue général de manuscrits, je n'ignore nullement que des catalogues existent pour les collections contenues dans plusieurs des grandes bibliothèques nationales ; mais je fais plus particulièrement allusion aux petites bibliothèques, ainsi qu'à celles qui n'ont pas les fonds nécessaires à l'impression d'un catalogue. Ce qu'il faut, selon moi, c'est un catalogue général des bibliothèques secondaires, ayant pour supplément une liste de référence des catalogues de manuscrits, appartenant aux bibliothèques plus importantes.

Le professeur B. S. Mondino, vice-bibliothécaire de la Bibliotheca Internazionale, de Palerme, dans ses observations à ce sujet, pendant la Conférence internationale des Bibliothécaires, tenue à Londres, en 1877, nous apprit que l'existence même de certains manuscrits, ainsi que la localité d'autres étaient inconnues, pendant que Ton ne savait pas si certains manuscrits, réputés uniques, n'avaient pas leurs duplicata. Son opinion était qu'un tel catalogue pourrait être composé par la coopération de plusieurs bibliothèques, sous la direction d'un Comité spécial, qui aurait à formuler des règles pour que la mise en catalogue se fît d'une manière uniforme, et à arranger les listes partielles envoyées par chaque bibliothèque.

A la même occasion, Monsieur le Baron de Catteville attira l'attention sur ce qui a été fait en France dans le même but. Les catalogues des bibliothèques de l'état, aussi bien que de celles appartenant aux communes, se publient aux frais du gouvernement. Or, Monsieur Delisle estime que le coût par volume d'un catalogue pareil, dépasse 25,000 francs.

Voilà bientôt treize ans que cette proposition très importante fut introduite, et aucun pas n'a été fait jusqu'ici pour la mettre à exécution. Si cependant un catalogue général de manuscrits était considéré comme un besoin en 1877, ce besoin se fait sentir d'une manière autrement urgente en ce moment-ci, puisque nous voyons généralement et justement invoquer l'importance des autorités originales, dans tous les départements de la recherche littéraire.

Je tiens à vous citer trois exemples dans les limites de ma propre expérience, et qui montreront quelle importance peuvent acquérir certains manuscrits, que l'on peut considérer comme étant perdus pour le monde, le lieu, où ils se trouvent déposés, n'étant pas généralement connu.

Le Cartularium prioratus Sanctœ Trinitatis Londinensis extra Aldgate, que John Stow employa dans son œuvre Survey of London, comme une autorité pour maint détail de son histoire, est annoncé comme étant perdu par Dingdale et Tanner, les deux autorités principales, pour ce qui concerne les monastères anglais. Il n'y a pas plus de deux ans, cependant, j'eus le plaisir de voir ce précieux manuscrit à l'université de Glasgow, où il fait partie d'une collection choisie de manuscrits, d'incunables, de monnaies et d'autres choses rares, dont l'administration, faute de fonds, n'avait pu publier un catalogue.

Dans la bibliothèque de Guildhall, établie par la Municipalité de Londres, et .que j'ai l'honneur de représenter ici, il se trouve un beau manuscrit illustré, d'un grand intérêt, datant de la fin du quatorzième siècle, appelé Chronica Francia : c'est ce manuscrit-là que, selon Monsieur Delisle, l'auteur des Grandes Chroniques de France aurait dû consulter, le texte étant le plus correct. Le savant auteur que je viens de nommer, attira l'attention pour la première fois sur la valeur de ce manuscrit, dans ses excellents Documents inédits sur Vhistoire de France. Je saisis encore cette occasion

pour mentionner que la Bibliothèque de Guildhall contient une précieuse collection de manuscrits et de livres, appartenant à l'église néerlandaise de Londres, et renfermant l'intéressante série de lettres écrites par Abraham Ortelius et d'autres, et publiées, il y a peu de temps, par Monsieur Hessels de Cambridge, membre de cette Conférence.

Mon dernier exemple n'est pas basé sur mon expérience personnelle. L'honorable archiviste de Liège visitant Londres, il y a quelques années, m'apprit que des documents de l'Ancienne Compagnie des Merchant Adventurers de Londres, sont conservés dans les archives d'Amsterdam. Je me propose, après la clôture de la Conférence, d'aller voir, à Amsterdam, ces documents qui m'inspirent un grand intérêt, et dont l'existence, je pense, est généralement inconnue.

Pour ce qui concerne la manière de mettre le plan en exécution, je proposerais de préparer une liste de volumes qui servirait d'inventaire, et au moyen de laquelle le catalogue serait composé ultérieurement. Quant à tous les détails devant nous donner l'uniformité de description, etc., je crois que nous ferions bien de les laisser à un Comité international nommé par les différents gouvernements.

Le rôle de la Conférence, selon mon opinion, serait de faire sentir aux gouvernements la haute valeur d'un catalogue général de manuscrits, qui favoriserait les recherches littéraires, en mettant au jour les sources d'informations originales. L'exemple de la France a prouvé que le plan est praticable, et l'expérience de Monsieur Delisle a écarté bien des difficultés.

M. Ch. Ruelens. — La manière dont la proposition a été formulée ne me paraît pas tout à fait claire. Il y aurait certainement une très grande utilité à faire des catalogues des manuscrits qui existent encore dans un pays donné. La France a fait ce travail. Les bibliothèques départementales publient des catalogues extrêmement bien faits. Il en est surtout ainsi dans le Département du Nord. En Belgique, il y a une très grande lacune sous ce rapport. Nous avons les catalogues des manuscrits de quelques grandes bibliothèques, celles de Bruxelles, de Gand, de Liège, de Bruges et de Tournay. Je n'en connais pas d'autres. Nous avons encore cependant les bibliothèques de chefs-lieux de provinces, comme Mons et Namur, qui ont des manuscrits parmi lesquels il s'en trouve de très précieux. Je crois que nous pourrions nous borner à émettre le vœu que, dans chaque pays, on fît autant que possible le catalogue complet des manuscrits existant dans toutes les bibliothèques, bibliothèques de l'état et bibliothèques communales. Nous arriverions ainsi à un résultat pratique. Je propose donc que le gouvernement fasse des efforts pour faire dresser les catalogues des bibliothèques communales ou les catalogues des bibliothèques appartenant même à des institutions, tels que de grands séminaires. Je citerai en passant le grand séminaire

de Namur qui possède une bibliothèque de manuscrits de premier ordre à certains égards. Le catalogue de ces manuscrits n'existe point. On y travaille depuis vingt ans environ, mais il n'est pas terminé. Si le gouvernement voulait faire une démarche auprès des membres du clergé, il obtiendrait satisfaction. Il en est de même en ce qui concerne les communes.

M. le Président. — Les dépôts existant dans les séminaires ne sont pas publics. Je sais qu'il y a des bibliothèques très importantes à Bruges, à Malines et ailleurs.

M. Stein. — A Anvers aussi.

M. Vollen. — Et à Louvain.

M. le Président. — Mais, je le répète, ces dépôts ne sont pas publics.

M. Ch. Ruelens. — Peu importe, mais au moins nous connaîtrons l'existence des manuscrits. Sans être publics, ils sont cependant très accessibles. Ainsi le grand séminaire de Namur est très tolérant à cet égard. Il y a dans certaines bibliothèques des documents qui sont de véritables monuments, mais nous ne les connaissons pas, parce qu'ils ne sont pas catalogués. Il n'existe pas de catalogues, parce que certaines administrations, comme les grands séminaires, ne veulent pas faire la dépense ad hoc. Cependant la dépense nécessitée par les frais d'impression ne serait pas considérable si l'on voulait faire en Belgique ce qui se pratique en France pour les collections départementales; on arriverait ainsi à un résultat excessivement important.

M. le Président. — Obtiendrait-on l'autorisation nécessaire?

M. Ch. Ruelens. — Je ne prévois aucune opposition. Il n'y a pas d'institution qui ait intérêt à ne pas faire connaître ses trésors. J'ajoute que, dans certains cas, le gouvernement ne doit pas même demander l'autorisation à cette fin; il peut ordonner la chose. Ainsi, à Bruges, le grand séminaire qui est l'ancienne abbaye des Dunes, a une bibliothèque provenant de cette ancienne abbaye et qui, par conséquent, appartient au gouvernement; celui-ci en laisse le dominium utile au grand séminaire. L'opposition de la part de ce grand séminaire ne se comprendrait d'ailleurs pas. Il n'y a pas un membre du clergé en Belgique qui s'opposerait à cela ; Monsieur le chanoine Delvigne est là pour le dire.

M. le Chanoine Delvigne. — La bibliothèque du grand séminaire de Malines est assez souvent consultée.

M. le Président. — Il y a aussi la bibliothèque particulière de Monseigneur Malou qui a été léguée à l'évêché de Bruges.

M. Ch. Ruelens. — Je le répète donc, les membres du clergé sont toujours disposés à laisser consulter leurs documents manuscrits.

En Angleterre, il n'y a pour ainsi dire pas une seule famille qui se soit opposée à laisser dresser le catalogue des documents se trouvant en sa possession. Or, le but principal auquel nous devons tendre, c'est, encore une fois, de faire connaître l'existence des manuscrits.

M. Vollen. — Pour arriver au résultat indiqué par l'honorable Monsieur Ruelens, il y aurait lieu de formuler un vœu dans les termes suivants : Le Congrès émet le vœu d'une action directe du gouvernement sur les bibliothèques tant publiques que privées, pour arriver à la connaissance et à la confection d'un catalogue des manuscrits. Ces termes n'ont rien de définitif, ils sont tout improvisés. C'est avant tout pour circonscrire la discussion que cette proposition est faite.

M. Ch. Ruelens. — Il me semble que cette proposition est absolument inadmissible. Quelle action directe le gouvernement pourrait-il avoir sur des particuliers? Ce serait une véritable expropriation. Nous devrions nous borner à émettre le vœu que le gouvernement essaye d'arriver à faire publier les catalogues.

M. Vollen. — C'est la portée naturelle de tous les vœux ; il va de soi qu'il ne s'agit pas d'une action purement directe, mais il est certain que le gouvernement pourra arriver à un excellent résultat sous ce rapport, grâce à ses relations avec les municipalités, avec certains bibliophiles importants ou avec de grands séminaires. Il pourra ainsi avoir connaissance des manuscrits existants et les faire cataloguer. La liberté de chaque particulier restera intacte, mais nous devons tâcher de faire comprendre, par l'émission de notre vœu, qu'il importe de faire des recherches non seulement dans les bibliothèques où le gouvernement peut avoir facilement accès, mais encore dans des bibliothèques privées où, grâce à des démarches officieuses, il sera possible de faire une moisson abondante.

M. le Président. — Nous ne pouvons admettre la proposition dans les termes où elle est formulée.

M. le Comte de Marsy. — Je combats la proposition au point de vue des bibliothèques privées. Nous ne pouvons pas demander que les gouvernements, en général, aient une action directe pour nous forcer à communiquer les manuscrits de nos bibliothèques si nous ne le voulons pas.

M. Vollen. — Je suis entièrement de votre avis.

M. le Comte de Marsy. — Si la proposition s'applique aux bibliothèques municipales, provinciales, universitaires, ou aux bibliothèques qui dépendent d'une façon quelconque de l'état et qui font partie de son patrimoine ou de celui des villes ou des provinces, je n'ai rien à objecter. J'irai même jusqu'à admettre qu'on puisse faire des recherches dans les bibliothèques demi-privées, comme les bibliothèques des séminaires. Mais, aller au-delà, ce serait dépasser ce qu'il est possible de demander dans un Congrès.

M. De Roever. — Je désire rectifier ce que Monsieur Welch a dit de certains manuscrits se trouvant dans les archives d'Amsterdam. Je ne veux pas que la Ville d'Amsterdam puisse être accusée de ne pas avoir fait ce qu'il était convenable de faire en cette matière. Je déclare donc que le catalogue des archives d'Amsterdam existe depuis 1866 en trois volumes.

Je désire qu'il soit tenu note de cette rectification, afin qu'il n'y ait pas de malentendu possible sous ce rapport.

M. le Président. — Votre rectification sera insérée au procès- verbal.

M. Vorsterman: — L'honorable membre propose de faire des catalogues des collections privées ; mais ces collections ne restent pas toujours intactes ; lorsqu'un bibliophile vient à mourir, sa bibliothèque est souvent dispersée.

M. le Président. — Je crois que tout le monde est d'accord.

M. Moortgat. — Je ne pense pas que Monsieur Welch ait voulu critiquer la ville d'Amsterdam ; il s'est borné à dire que ce qui existe actuellement est absolument insuffisant.

M. le Président. — Il s'agit d'une simple rectification qui, au fond, n'a pas d'importance.

M. Schreck s'exprime en anglais.

M. Moortgat. — Voici le sens des paroles que vient de prononcer Monsieur Schreck. L'honorable membre est grand partisan de faire figurer les manuscrits et les livres des bibliothèques privées dans les catalogues à faire, parce qu'il pense que les collectionneurs particuliers s'occupent de choisir et de rechercher les anciens manuscrits avec plus d'assiduité que les personnes chargées des collections publiques.

M. Vollen. — Peut-être ai-je rédigé ma proposition trop précipitamment. Je tiens à dire que personne n'est plus opposé que moi à une action directe du gouvernement sur les particuliers. Je suis partisan de la liberté la plus complète. J'ai donc l'honneur de proposer la rédaction suivante :

Le Congrès émet le vœu : 1° de voir les gouvernements exercer une action directe sur les bibliothèques publiques, pour arriver à la connaissance et au cataloguement des manuscrits ; 2° de voir les gouvernements faire, autant que possible, des recherches dans les bibliothèques privées, pour arriver à la connaissance et à la confection du catalogue général des manuscrits existant dans des bibliothèques particulières.

Faire des recherches, c'est prendre des informations, c'est demander des renseignements ; on ne porte atteinte ainsi à la liberté de personne ; chacun sera libre de refuser de fournir des renseignements. Mais si je désire que mes manuscrits soient catalogués, si je suis partisan de la plus grande diffusion possible de la science, je ne refuserai certes pas de fournir au gouvernement les renseignements qu'il me demandera ; j'en serai, au contraire, enchanté. Il ne s'agit donc pas d'exercer des moyens de contrainte sur un citoyen quelconque ; le gouvernement n'aura d'action directe, je tiens à bien insister là-dessus, que sur les bibliothèques qui sont dans le domaine public.

M. Welch s'exprime en anglais ; il remercie l'assemblée du bon accueil qu'elle a fait à sa proposition. Il pense que les personnes, intéressées à la culture des lettres, trouveraient avantageux que le gouvernement fît dresser à ses frais, les catalogues des manuscrits existant, non seulement dans les

bibliothèques où il a le droit de pénétrer, mais encore dans les bibliothèques appartenant à des particuliers, qui ne s'opposeraient certainement pas à laisser faire des investigations, pour aboutir à un résultat que tout le monde doit avoir en vue. Cela s'est fait en Angleterre, où un Comité s'est occupé de la chose, au point de vue des recherches historiques. On a obtenu ainsi les plus beaux résultats.

M. Ch. Ruelens. — Cela rentre dans le vœu tel que je l'ai formulé. L'honorable Monsieur Welch a fait allusion à la fameuse collection des reporters qui se publie en Angleterre. On sait combien les châteaux anglais sont parfois difficilement accessibles, et cependant Lord Salisbury et les plus grands propriétaires de documents anglais, ont très libéralement laissé dresser le catalogue de leurs trésors historiques. Cela s'est fait au point de vue de l'histoire seulement, mais c'est déjà une avance très considérable. En Belgique, nous ne rencontrerions pas la moindre difficulté à cet égard. Lorsqu'on a fondé en Belgique la Commission royale d'histoire, celle-ci a commencé par dresser autant que possible la liste des documents historiques existant dans les familles ; seulement ces listes sont très sommaires. Si l'on voulait reprendre aujourd'hui ce travail, je suis persuadé qu'on arriverait sans difficulté à faire dresser la liste à peu près complète des manuscrits et des documents historiques épars dans les châteaux, dans les séminaires et ailleurs encore. Cela pourrait se faire d'une manière officieuse, mais je ne prévois pas une grande opposition.

M. Van der Haeghen, fils. — Il faudrait exprimer également un vœu au sujet des livres et rendre ainsi la formule plus générale.

M. le Président. — Il ne s'agit en ce moment que des manuscrits. M Moortgat. — Il faudrait que cela se fît aux frais du gouvernement. M. Paul Ruelens. — On parle de faire l'inventaire de ce qui existe dans les bibliothèques publiques. Il faudrait ajouter : dans les bibliothèques appartenant aux communes ou aux établissements publics.

Cette expression a un sens très connu en droit administratif. Elle comprend les bibliothèques des séminaires, qui jouissent en Belgique de la personnification civile. Les hospices sont dans le même cas. Il y a des établissements qui ont des rapports avec le gouvernement, qui ne doivent leur existence qu'à la loi, et cependant leurs bibliothèques ne sont pas accessibles au public ; elles sont privées, elles leur appartiennent personnellement ; mais dans un certain sens, elles appartiennent aussi au domaine public. Le terme « bibliothèques publiques » est donc trop restreint.

M. le Comte de Marsy. — Il y a, en Belgique comme en France, certaines bibliothèques, celles des ministères, par exemple, qui sont réservées aux employés des départements ministériels.

M. G. Ruelens. — Il y a aussi les bibliothèques des Cours d'appel, des Cours de cassation, etc.

M. le Comte de Marsy. — Je demande qu'on vote par division.

M. Du Rieu. — Ne serait-il pas bon d'ajouter aussi les bibliothèques des sociétés ? Il y a, en Belgique et en France, plusieurs sociétés qui s'occupent de rechercher les manuscrits relatifs aux questions qui les intéressent spécialement.

M. Paul Ruelens. — Ce sont des bibliothèques privées dans toute l'acceptation du mot.

La première partie de la proposition vise les bibliothèques publiques. On a parlé des bibliothèques appartenant à de grands séminaires ; mais il y a aussi des bibliothèques appartenant aux tribunaux, aux chambres législatives, etc. Ainsi la Chambre des Représentants possédait une très grande bibliothèque, qui a malheureusement été détruite en partie par le feu. En France et en Allemagne, il y a aussi des bibliothèques qui, sans appartenir à l'état, font cependant en quelque sorte partie du domaine public. Je voudrais voir publier les catalogues de ces bibliothèques sous l'inspiration du gouvernement. Il en serait de même des bibliothèques des sociétés savantes subsidiées par l'état, comme celles des académies, qui sont des institutions gouvernementales. Mais le gouvernement n'a pas d'action sur le Cercle artistique d'Anvers, par exemple, ou sur l'Université libre de Bruxelles. Cela rentre dans la seconde partie de la proposition. Il faudrait donc rechercher le moyen d'engager les particuliers ou certains corps moraux, à faciliter la publication des catalogues dont il est question.

M. Henri Stein. — En effet, le gouvernement doit avoir une certaine autorité sur les sociétés et sur les académies de province. En France, il y a deux ou trois ans, le gouvernement a envoyé une circulaire à toutes les sociétés savantes de province, pour leur demander d'envoyer au ministère de l'Instruction publique le catalogue de leurs archives. Ce travail se fait lentement, il est vrai, mais il formera un volume qui fera partie des publications gouvernementales.

M. le Président. — Il s'agirait donc de faire en Belgique, ce qui se pratique en France.

M. Vollen. — L'amendement de Monsieur Paul Ruelens rentre toutà-fait dans l'esprit du vœu proposé. Je me suis exprimé d'une façon succincte ; l'honorable membre s'est expliqué plus clairement et plus nettement. Ce n'est donc pas, à proprement parler, un amendement ; c'est une rédaction meilleure. En Belgique, les sociétés savantes de province ne relèvent nullement du gouvernement ; ce sont des sociétés privées.

M. Ch. Ruelens. — Il faudrait ne parler dans le vœu que des manuscrits et ne pas faire allusion à des bibliothèques, parce qu'on pourrait croire qu'il s'agit de faire dresser le catalogue des imprimés.

M. le Président. — Il est bien entendu qu'il s'agit de manuscrits.

M. Ch. Ruelens. — Je demande que le mot y figure.

M. Moortgat. — Ce que nous discutons en ce moment forme le corollaire de la question qui a été traitée hier par Monsieur G. Ruelens :

Formule de garantie mutuelle légale entre gouvernements de tous les objets faisant partie du domaine public spécial des musées et des bibliothèques.

M. le Président. — Cela peut être considéré comme un complément, mais cela doit être formulé séparément.

Voici la proposition :

Le Congrès émet le vœu de voir les gouvernements exercer une action directe sur les administrations, les établissements publics et tous corps administratifs subordonnés, pour arriver à la confection d'un catalogue général ou inventaire des manuscrits leur appartenant.

Cette proposition est adoptée par acclamation.

M. Stein. — Je demande subsidiairement que le Congrès émette un second vœu relatif au même objet. La proposition émane de Monsieur Du Rieu et de moi-même : Le Congrès émet le vœu que dans chaque pays il soit dressé une liste provisoire des établissements publics et des corps administratifs subordonnés dont il y aura lieu de cataloguer les manuscrits faisant partie de leurs bibliothèques.

Je crois que ce travail devrait être fait avant d'entreprendre la confection du catalogue.

M. le Président. — Cela me semble très naturel

M. Vollen. — Le gouvernement possède cette liste.

M. Stein. — Non, il ne la doit pas posséder.

M. Paul Ruelens. — C'est un moyen d'exécution.

M. George Ruelens. — Ce sont les voies et moyens.

M. le Président. — Il faudrait des correspondants dans chaque localité; ils pourraient fournir la liste de ce qui existe. Il est évident qu'un comité ne peut pas rayonner sur tout le pays. On pourrait s'adresser, par exemple, à la Commission royale des monuments. Par son entremise, il serait possible d'arriver à un bon résultat.

M. le Secrétaire. — On pourrait s'adresser au gouvernement lui-même.

M. le Comte de Marsy. — Dans un Congrès international, nous ne pouvons pas traiter des questions de détail. On vient de parler de la Commission royale des monuments. En France, ce sera l'administration qui agira par l'entremise des correspondants du ministère de l'instruction publique et des fonctionnaires ministériels. En Espagne, ce seront les délégations provinciales de l'Académie de l'Histoire qui pourront se charger de ce travail. Nous devons laisser à chaque gouvernement les moyens d'action qui lui sont propres et rester dans les termes généraux.

M. le Président. — Parfaitement, nous sommes d'accord.

Nous avons [à voter sur la rédaction suivante : Le Congrès émet le vœu de voir les gouvernements faire des recherches dans les bibliothèques

privées pour arriver à la connaissance et au catalogue général des manuscrits.

M. Ch. Ruelens. — Cela n'est pas clair et c'est tout à fait impraticable. On pourrait peut-être dire que « les gouvernements feront leurs efforts pour arriver à connaître ce qui existe dans les collections privées ». C'est tout ce que nous pouvons faire et c'est d'ailleurs ce qui a été fait en Angleterre.

M. Vollen. — Il s'agit précisément de signaler l'exemple de l'Angleterre.

M. P. Ruelens. — Il s'agit d'encourager les particuliers, mais on ne peut pas admettre que les gouvernements fassent des recherches dans les bibliothèques particulières. Ce serait de véritables perquisitions. Il y a des particuliers qui ne sont pas désireux de faire connaître leurs trésors et il faut respecter ce sentiment. Il y en a qui sont jaloux de leurs trésors et qui ne veulent les montrer qu'à leurs amis intimes. C'est un sentiment déplorable, si vous voulez, mais il n'en existe pas moins. Il faudrait donc chercher le moyen de développer chez les particuliers le désir de voir publier les catalogues de leurs manuscrits.

M. le Président. — On fera des démarches auprès d'eux.

M. Paul Ruelens. — Je propose de dire : Le Congrès émet le vœu de voir les particuliers, sous l'impulsion du gouvernement, publier le catalogue de leurs collections.

M. Moortgat. — C'est ce que Monsieur Welch voulait proposer. Ce système a réussi en Angleterre et cela se fait encore couramment en France.

M. le Comte de Marsy. — Non, cela ne réussit pas en France et cela ne réussira pas ailleurs.

M. le Président. — Cela peut se faire officieusement.

M. Ch. Ruelens. — Il faudrait faire non pas des recherches, mais bien des démarches.

M. Vollen. — Parfaitement.

M. le Comte de Marsy. — Le gouvernement prendra-t-il l'initiative de la publication des catalogues? Voilà la question.

M. P. Ruelens. — Voici la rédaction que je propose :

Le Congrès émet le vœu de voir les gouvernements encourager la publication des catalogues des manuscrits appartenant à des particuliers.

M. Ch. Ruelens. — C'est le système anglais.

Cette proposition est adoptée.

M. le Président. — Le bureau vous propose de désigner Monsieur Vollen pour faire rapport sur cette question. (Adhésion)

M. Vollen. — Je remercie le bureau et l'assemblée de l'honneur qu'ils me font en me nommant rapporteur. La proposition qui vient

d'être adoptée est d'ailleurs conforme aux idées que j'ai défendues; il n'y a eu que des changements de mots.

Catalogues des bibliothèques des livres imprimés.

M. Stein. — Je demande la parole pour faire une observation qui offre un certain intérêt pour les personnes qui n'habitent pas une grande ville. Un de mes amis qui habite Limoges a fait, il y a deux ans, la recherche de toutes les revues que recevaient les bibliothèques publiques ou soi-disant telles, se trouvant dans cette ville. En commençant son travail, il a supposé qu'il arriverait à trouver quarante, cinquante, soixante ou quatre-vingt revues, car la ville de Limoges, quoiqu'assez peuplée, n'est pas très littéraire; elle est surtout industrielle et commerciale. Or, il est arrivé à réunir quatre cent quatre-vingts revues !

M. le Président. — Différentes ?

M. Henri Stein. — Oui. Il a pris d'abord les périodiques qui arrivaient à la bibliothèque publique ; puis, il a cherché les périodiques qui arrivaient dans les sociétés littéraires, artistiques, industrielles et commerciales de la ville, et qui provenaient d'achats, d'abonnements ou d'échanges avec les sociétés de province et de l'étranger. Il a publié ce petit travail dans Y Almanach- Annuaire limousin. On y trouve la liste des cent-soixante-dix périodiques français et étrangers qui arrivent à Limoges gratuitement ou par voie d'abonnement. On n'y a pas publié la liste des échanges, qui s'élèvent à plus de trois cents. Tous les limousins ont été étonnés de constater qu'ils étaient si riches en périodiques. En effet, comme vous le savez, la majeure partie des travaux se publient dans des revues, soient que les auteurs n'aient pas assez d'argent pour faire imprimer leurs ouvrages, soit que la matière traitée ne comporte pas un livre, mais bien plutôt un article de revue. Il en résulte que la plupart des travaux sont publiés par des sociétés, dont on peut visiter les bibliothèques.

Je demande donc que le Congrès émette le vœu que, dans chaque ville, on fasse en sorte d'arriver à publier un catalogue des périodiques qui y arrivent d'une façon ou d'une autre. Ce catalogue rendrait des services, non seulement aux habitants de la ville même, mais encore à un grand nombre d'autres personnes. En ce qui concerne surtout les périodiques étrangers, arrivant en Belgique, en France ou ailleurs, on est fort peu au courant de ce qui existe.

Je demande aussi subsidiairement, que chaque bibliothèque imprime à part le catalogue des périodiques qu'elle reçoit. Cela se pratique en Hollande, notamment à Utrecht et à Amsterdam. La dépense ne serait pas considérable. On pourrait imprimer cela dans un annuaire et l'on pourrait faire ensuite des tirés-à-part. Le résultat obtenu serait, je crois, excellent.

M. Ch. Ruelens. — Il y a, en Belgique, un travail semblable. Le gouvernement a fait imprimer la liste des périodiques, se trouvant dans tous les établissements de l'état, à Bruxelles, à Gand, à Liège, etc. Ce catalogue est très volumineux ; il contient au-delà de deux mille publications périodiques, et il rend de très grands services.

M. le Président. — Ce catalogue a été imprimé, il y a un certain nombre d'années. Il faudrait en publier une autre édition, avec des augmentations notables, car il est très défectueux.

M. Charles Ruelens. — On y ajoute des suppléments.

M. le Président. — Il convient de faire un semblable catalogue, non seulement pour la Belgique, mais encore pour les autres pays. En Suède, un catalogue de cette espèce existe et il est publié annuellement. Dans beaucoup de bibliothèques allemandes, on donne, dans le rapport annuel, une liste des publications périodiques auxquelles ces bibliothèques sont abonnées. Cette liste se trouve très souvent à la suite du rapport annuel, mais cela a peu de publicité.

M. Henri Stein. — Je demande qu'on fasse des tirés-à-part et qu'on les distribue gratuitement aux personnes qui fréquentent les bibliothèques.

M. le Président. — Cela se fait à La Haye ; toutes les publications périodiques figurent dans le rapport annuel.

M. Tideman. — Il en est de même à l'école polytechnique de Delft, ainsi qu'à l'institut des ingénieurs.

M. le Président. — Il s'agit de généraliser et de centraliser, c'est-à-dire, d'avoir un catalogue général, au lieu d'un catalogue particulier qu'on parvient difficilement à obtenir. Il serait préférable de grouper tout cela entre les mains d'un bureau ou d'une commission quelconque, et de faire la publication en une seule fois, en indiquant par une lettre ou par un signe quelconque, l'établissement qui possède les périodiques. On arriverait ainsi à un résultat très pratique.

M. le Comte de Marsy. — Je croyais que la proposition avait pour objet de faire cela pour chaque localité.

M. Henri Stein. — Ma proposition a, en effet, ce but ; il s'agit de toutes les bibliothèques et surtout des bibliothèques universitaires.

La proposition de Monsieur Henri Stein est adoptée à l'unanimité.

Classement des livres dans les bibliothèques.

M. le Comte de Daugnon. — Tous les gouvernements en général, appellent à la direction des bibliothèques des personnes ayant les connaissances les plus étendues. Ces vastes connaissances, en effet, rendent la mission des bibliothécaires très utile. Il est aussi vrai, cependant, qu'on

ne peut pas trouver des hommes, versés dans toutes les branches de l'érudition : de là, la nécessité d'un bon système de catalogues, qui puissent remplacer l'insuffisance humaine.

Le principal de ces catalogues doit être celui des noms d'auteurs ; ce catalogue, en effet, existe dans toutes les bibliothèques.

Actuellement il est représenté par une grande quantité de volumes, dans lesquels sont enregistrés alphabétiquement, selon les noms des auteurs, tous les trésors scientifiques d'une bibliothèque , avec les indications nécessaires pour trouver chaque ouvrage.

Entre un nom et l'autre on laisse des espaces vides, réservés à l'insertion des nouveaux ouvrages, qui parviendront à la bibliothèque. Il s'ensuit que, lorsque ces espaces seront remplis, on doit faire un renvoi ; enfin, il arrive un jour que le registre doit être copié, si l'on veut conserver l'ordre alphabétique, bien plus qu'à cause des dégâts occasionnés par un usage continuel.

La dépense qu'entraîne ce catalogue et les soins qu'il exige pour être tenu au courant, ne sont pas indifférents. L'espace occupé par les volumes dont il est composé, est aussi considérable ; leur conservation est très difficile, car ils sont toujours entre les mains du public ; leur utilité pratique, très restreinte parce qu'avant de trouver le livre désiré on est obligé de feuilleter plusieurs pages de ces volumes.

Nous sommes tous d'accord, je crois, en reconnaissant que dans une bibliothèque il doit y avoir un grand catalogue où l'on enregistre tous les livres ; mais qu'il doive aussi servir pour connaître comment l'ouvrage a été coté, voilà l'erreur !

Le grand catalogue, que je vous propose et que j'appellerai Inventaire général, ne doit servir qu'à l'enregistrement de tous les livres d'une bibliothèque. Les noms des auteurs et les titres des ouvrages y seront détaillés ; mais on y ajoutera aussi, dans une colonne spéciale, à droite, leur prix , ce qui donnera le chiffre du patrimoine principal d'une bibliothèque.

L'inventaire, dont je parle, sera composé d'un nombre indéterminé de volumes et chaque volume contiendra les ouvrages des auteurs dont les noms commencent par une lettre identique, sans conserver pourtant entre ces noms l'ordre alphabétique, celui-ci étant inutile, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.

Le premier ouvrage, inscrit dans le volume A, aura, du côté gauche, le N° 1, et ainsi de suite, tous les autres ouvrages seront distingués par les N os 2, 3, 4, etc. ; lorsque le premier volume de la lettre A sera complètement rempli, on en continuera la numération dans un second registre, puis dans un troisième.

A la fin de chaque page, on fera les additions des ouvrages et de leur valeur, et les résultats seront transportés à la page suivante.

On agira de la même façon pour les autres livres, dont les noms des auteurs commencent par les autres lettres de l'alphabet.

Cet inventaire général aura donc le double bénéfice d'être le catalogue de tous les ouvrages avec le total de leur valeur, et de nous fournir aussi la première marque des livres, parce que le numéro d'ordre, noté à chaque nom d'auteur dans les volumes A, B, C, nous servira à distinguer les ouvrages par A 40, B 23, C 178.

Toutes les autres indications, concernant la chambre et la place où le livre a été placé, nous les trouverons dans un autre catalogue, vraiment alphabétique, dont je vous parlerai dans la suite.

Il est bien vrai qu'on pourrait me demander pourquoi je propose le-dit inventaire général, divisé par lettre alphabétique, tandis qu'il serait plus simple de se servir d'un numéro progressif pour marquer indistinctement tous les livres, système qui aurait l'avantage de montrer au premier coup d'œil la totalité des ouvrages et de leur valeur.

A cette objection je répondrai tout de suite, qu'il faut prévoir le cas, dont je parlerai plus tard, dans lequel on soit obligé de compulser l'inventaire général pour y chercher un ouvrage, et alors il sera plus facile de trouver, par exemple, le nom de l'auteur Michaud, dans les volumes de la lettre M, que parmi les cent mille noms et plus, contenus dans tous les volumes dudit inventaire.

Si, d'un côté, je nie l'utilité des registres alphabétiques actuellement en usage, de l'autre, je reconnais moi-même la nécessité d'avoir un vrai catalogue alphabétique ; mais composé de bulletins en papier fort, sur lesquels, à la suite du nom de l'auteur et du titre de l'ouvrage, on mettra non seulement la première marque ci-dessus mentionnée, mais on y ajoutera aussi toutes les autres indications relatives à la chambre, à l'armoire, à la place enfin occupée par le livre dans la bibliothèque.

Or, malgré toutes les garanties qu'on puisse prendre pour sauvegarder ces bulletins, il est très probable que quelques-uns d'entre eux se perdent ; le bibliothécaire, en cherchant un ouvrage s'en aperçoit ; mais il ne peut pas savoir la place où le livre est conservé, quoiqu'il sache le nom de l'auteur. Dans ce cas, il faut recourir à l'inventaire général, par lequel on apprendra sous quel numéro du volume D ou R le livre était coté. Cette indication, avec l'aide d'un autre petit registre, dont je traiterai en dernier lieu, donnera au bibliothécaire, les moyens de connaître les autres détails relatifs à la place occupée par le livre, et il pourra ainsi le trouver et refaire aussi le bulletin perdu.

Les bulletins, dont il s'agit, sont disposés alphabétiquement, selon les noms des auteurs, de sorte que, lorsqu'il faudra classifier quelque nouvel ouvrage, on ne devra qu'ajouter un bulletin à la place qui lui revient parmi les autres.

Il va sans dire que tous ces bulletins seront conservés dans des boîtes

en bois, dont le nombre peut toujours être augmenté, et qui seront gardées dans une armoire spéciale.

Ne croyez pas que ce catalogue, que je nommerai répertoire général, puisse causer de fortes dépenses, ou tout au moins, qu'il occupe une place trop grande, car pour une bibliothèque de cent mille volumes, il suffira d'employer une centaine de boîtes de 70 centimètres de longueur sur 10 centimètres de hauteur et de largeur, contenant ainsi chacune un millier de bulletins. Par conséquent, l'armoire, où Ton conservera lesdites boîtes, ne dépassera point 2 mètres de hauteur sur 1.90 de largeur et 75 centimètres de profondeur.

Si la quantité des boîtes exigeait un espace majeur, on devra toujours augmenter la largeur de l'armoire, car il ne faudra jamais dépasser la hauteur de 2 mètres, à laquelle peut aisément arriver la main d'un homme d'une taille ordinaire.

Ce répertoire général, ainsi composé, facilite les recherches des livres et sauvegarde en même temps l'inventaire général des dégâts, dont j'ai parlé ci-dessus.

Jusqu'ici le système est très simple pour trouver les livres qu^on désire, lorsqu'on en connaît les auteurs ; mais bien souvent, vous le comprenez très facilement, un écrivain, après avoir compulsé tous les ouvrages, dont il connaît l'existence, s'adresse au bibliothécaire pour avoir de nouveaux éléments nécessaires au développement du sujet qu'il a entrepris de traiter. C'est justement alors que la mission du bibliothécaire commence à devenir vraiment utile, c'est-à-dire, lorsqu'il est en mesure d'offrir à l'auteur en question d'autres livres, dont ce dernier n'avait aucune connaissance.

On ne peut pas prétendre que le bibliothécaire remplisse cette mission importante, si on ne lui en donne pas les moyens nécessaires. Ces moyens lui seront fournis par un troisième catalogue, qu'on pourra nommer Catalogue par matières, formé, lui aussi, avec des bulletins en papier fort, disposés alphabétiquement, selon les matières traitées dans chaque ouvrage.

Dans les bibliothèques il existe, il est vrai, un catalogue systématique, mais il n'est pas toujours compilé avec exactitude. Il ne suffit pas de classifier un ouvrage sous la matière générale dont il traite ; il faut aussi l'inscrire dans la section de la matière dont il parle plus particulièrement, en suivant, à cet effet, les règles des grandes encyclopédies systématiques, à l'égard des divisions des matières en sections et en sous-sections.

La compilation de ce catalogue demande bien des soins et du temps, mais quand le livre paraîtra avec la table des sommaires, le bibliothécaire se formera tout de suite un jugement exact du livre qu'il a entre les mains, et il saura le classifier exactement.

Le catalogue par matières étant ainsi compilé, le lecteur, un médecin, par exemple, sera sûr, que, s'il a besoin de consulter les ouvrages concernant spécialement les maladies de la peau, ne sera pas obligé de lire tous les

titrés des livres qui regardent la médecine ; et cette conviction l'engagera à se rendre dans une bibliothèque, où il apprendra, en peu de temps, si les traités qui l'intéressent, y existent ou non.

Je crois fermement que l'utilité des trois catalogues, que je viens de détailler, ne saurait être mise en discussion : toutefois, je n'ai pas encore fini et je vais vous proposer un quatrième catalogue, de l'importance duquel vous jugerez vous-mêmes.

Dans une bibliothèque publique, vous le savez très bien, se constate quelquefois la disparition d'un livre. L'on s'aperçoit que l'ouvrage est perdu ou volé, quand on ne le trouve plus à sa place ; mais il peut aussi arriver que la perte d'un livre apparaisse seulement par le vide qu'il a laissé à la place où il était gardé. Dans ce dernier cas on ignore le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage qui manque. Cette ignorance, non seulement entrave les recherches qu'on pourrait faire pour le recouvrer, mais elle empêche aussi de le remplacer moyennant une nouvelle acquisition.

Les trois catalogues, ci-dessus mentionnés, ne peuvent pas nous faire connaître l'ouvrage disparu. Par conséquent, il est nécessaire de dresser un registre de classification ou de position des livres, qui pourra être formé avec très peu de peine et de dépense.

Dans une page d'environ 45 centimètres sur 31, on peut aisément noter 250 volumes : en conséquence, un registre de ce format, contenant 500 pages, suffira pour donner les indications de 125,000 volumes.

La simplicité dudit registre sera bien vite expliquée, si l'on veut réfléchir que dans chaque ligne de ses colonnes, on ne notera qu'un numéro progressif et la marque tirée de l'inventaire générale, c'est-à-dire, la lettre initiale du nom de l'auteur, suivie du numéro d'ordre qui l'accompagne. Ces indications seules suffiront pour nous apprendre que le vide, observé, par exemple, au N° 18, dans le troisième rayon de la X mc armoire chambre B, était occupé par le volume M. 640 ; le volume M de l'inventaire général au N° 640, nous fournira le nom de l'auteur, le titre de l'ouvrage, son édition et le prix.

Ce registre de classification en conséquence sera formé d'un nombre suffisant de pages, ayant chacune 40 lignes partagées en sept colonnes de 4 centimètres. Dans chaque ligne d'une colonne, on place un numéro progressif, à côté duquel on met la lettre majuscule et le numéro d'ordre qui est joint à ladite lettre. Le numéro progressif représente la place occupée par le livre dans chaque rayon d'un armoire. Quant aux autres indications relatives à la chambre, à l'armoire et au rayon, elles ne se notent qu'une seule fois, en tête de chaque chambre, armoire et rayon. Tous les volumes enfin doivent être numérotés progressivement dans chaque rayon, pour éviter que ce numéro dépasse les deux chiffres ; cela arriverait sans doute, si la numération continuât de suite pour l'armoire entière, ce qui exigerait un espace plus grand dans les colonnes du registre et un

surcroît de travail de la part de l'employé qui sera préposé à la compilation du registre même. Mes propositions, ainsi que vous en pouvez juger vous-mêmes, ne sont ni difficiles ni coûteuses.

Réunis ici pour proposer et établir, d'un commun accord, ce qu'il faudra faire pour l'amélioration du livre et son enregistrement dans les bibliothèques, je crois vous avoir soumis des systèmes très simples, en les exposant par des phrases plus simples encore.

Pour éclaircir mes propositions, j'ai pensé qu'il était utile de vous présenter les modèles de l'inventaire général, du registre de classification des bulletins du Répertoire général et du Catalogue par matières.

Je ne veux pas manquer d'ajouter aussi que les systèmes, que je viens de détailler, ont été déjà expérimentés dans la bibliothèque de l'Archivio Storico Gentilizio de Milan, que j'ai l'honneur de représenter ici, et qu'il fonctionne parfaitement depuis 1877.

Toutefois votre érudition et les connaissances spéciales que vous possédez sur cette matière, pourront nous fournir de nouvelles lumières, que, de ma part, je serais heureux de rapporter en Italie.

Il est sûr pourtant que toute espèce de déterminations, prises par ce Congrès, apportera, sans doute, un grand avantage au monde intelligent, et l'histoire, qui enregistre impartialement les vertus et les faiblesses humaines, écrira encore une fois le nom d'Anvers, parmi les plus nobles villes du monde, car elle a su imaginer et réaliser une Conférence sur le livre, afin de rendre toujours plus important, plus utile et plus puissant encore le principal agent du progrès et de la civilisation.

Inventaire Général Volume A

Depuis le N° 1 au N° ...

Assemani, Simon. — La Stratonica. Parma, Seth et Erasmo Viotti, 1635. — 1 volume in-12°. . . . Fr. 6.— Reliure (1) » 1.50

Arnauld d'Andilly, Robert. — Œuvres diverses. Paris, Pierre Le Petit, 1675. — 3 volumes in-folio, reliés.

Aubert, Jacques. — Des natures et complexions des hommes, et d'une chacune partie d'iceux, et aussi des signes par lesquels on peut discerner la diversité d'icelles. Lausanne, François Le Preux, 1571. — in-8°.

Ouvrages. Francs

(i) Advertjssememt. — Il est bien entendu qu'à la fin de l'enregistrement de chaque ouvrage, dont nous donnons les exemples à la page 144, on ajoutera toutes les indications nécessaires pour indiquer la provenance du livre, selon les systèmes adoptés dans chaque bibliothèque. Voyez les modèles des bulletins pour le Répertoire général et pour le Catalogue par matières.

Volume B Depuis le N° 1 au N°

Bara, Hieronime. — Le Blason des armoiries, auquel est montrée la manière de laquelle les anciens et modernes ont usé en icelle. Lyon, Barthélémy Vincent, 1581. — Petit in-folio, relié

Bellay (du), Joachim. — Les œuvres françaises de Joachim du Bellay, gentilhomme angevin et poète excellent de ce temps. Lyon, Antoine de Harsy, 1575. — Petit in-8°

Volume C Depuis le N° 1 au N° ...

Contile, Luca. — Rime con discorsi et argomenti di Fr. Petronio et Anl°Borghesi con le sei canzoni dette le sei sorelle di Marte. Venetia, Fr. Sansovino, 1560. — Petit in-8°, relié

Clarac (Le Comte de). — Description du musée royal des antiques du Louvre. Paris, Vinchon, 1830. — in-12°, broché

Registre de classification des livres

Chambre B

/ er Armoire

I er Rayon

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