C. B, A. I, R. m, No
(*) Première marque du livre d'après l'Inventaire général. (**) C (chambre ; A (armoire) ; R (rayon) ; N° (numéro).
M. le Président. — Ce système me semble devoir être étudié de très près ; pour ma part, je ne le trouve pas très simple. Je voudrais donc qu'il fût fait un résumé des observations de l'honorable préopinant et qu'on examinât avec soin le spécimen qu'il a déposé sur le bureau.
M. le Secrétaire. — Nous pourrions commencer la séance de demain matin par la discussion de cette question. Monsieur le Comte de Daugnon pourrait faire alors l'exposé sommaire de son système.
M. le Comte de Daugnon. — Je suppose qu'il s'agisse d'un livre ayant pour auteur Michaux. Il s'agit d'enregistrer cet ouvrage. Vous prendrez la lettre M N° 1 ; Michaux, Histoire des croisades, par exemple ; vous laisserez l'espace nécessaire pour indiquer en regard la provenance de ce livre, etc. Le bibliothécaire laissera une ligne pour y mettre le mot relié. Michaux aura donc la lettre M, N° 1. Puis viendra Magny, je suppose, vous lui donnerez le N° 2.
J'ai indiqué dans mon travail les raisons pour lesquelles je me sers de cet inventaire dressé par lettre alphabétique. De cette façon, il n'y a pas de difficulté possible. Dans une bibliothèque, il faut un registre général dans lequel on indique l'histoire du livre ; mais ce registre ne doit pas être à la portée du public. Les registres de ce genre coûtent
très cher ; ils sont reliés en parchemin et ils sont très volumineux. Il faut donc y consacrer du temps et de l'argent. Avec mon système, on aura l'histoire du livre. Ce catalogue est destiné aux bibliothécaires et non pas au public.
Je propose ensuite de faire des bulletins avec lesquels vous pourrez classer le nom de l'auteur à sa place et l'alphabet sera toujours intact. Vous mettrez le nom de l'auteur et le titre dans ce bulletin du Répertoire général, comme je l'ai fait dans l'exemple N° 1. Vous avez, par exemple, un ouvrage ayant pour titre : « Rime, etc. ». Vous mettrez le prénom et le nom de l'auteur, et puis : a Rime ; l'édition et la date ». Ensuite : « chambre F, armoire VIII mc , rayon IV me , n° 96. »
M. Merzbach. — Que fera-t-on lorsqu'il y aura des acquisitions nouvelles et que les rayons changeront de numéro ?
M. le Comte de Daugnon. — Il suffira de prendre votre bulletin et de changer les indications que vous y aurez mises. Actuellement, vous avez un catalogue qui n'est jamais au courant. (Interruptions.)
Je vous demande pardon, il n'est jamais au courant, parce que vous devez laisser un espace pour ajouter d'autres noms. Si vous voulez observer l'ordre alphabétique, vous devez réserver des pages; Or, il arrive qu'un jour les pages sont remplies de noms et vous devez alors faire un renvoi. Ensuite, il faut aussi calculer qu'il y a toujours entre les mains du public plusieurs volumes de votre catalogue qui coûtent beaucoup d'argent éf qui exigent un employé chargé de les mettre au courant. Mon système, au contraire, coûte fort peu de chose et vous pouvez très bien faire lés changements nécessaires, puisque vous connaissez le nom de l'auteur. Si vous voulez changer un livre de place, vous consultez votre répertoire général, vous prenez le bulletin ; vous effacez les indications qui y figurent et vous en mettez d'autres. Cela se fait en un instant, sans toucher aux registres ; ceux-ci restent toujours intacts.
M. Stein. — Contrairement à ce qu'on disait tout à l'heure, l'inventaire d'une bibliothèque est fait pour le public et non pas pour le bibliothécaire.
M. le Comte de Daugnon. — Pas du tout.
M. Max Rooses. — Je propose de prendre le mémoire de Monsieur le Comte de Daugnon pour notification ; il est trop étendu pour que nous le discutions au pied levé. Nous le consulterons avec plus de fruit lorsqu'il aura été inséré dans le compte-rendu. Actuellement une discussion à ce sujet serait trop longue. Il serait également impraticable de discuter ce travail demain matin. Il vaudrait mieux qu'un membre étudiât cette communication de près et qu'il fît rapport, en faisant connaître son sentiment à ce sujet. Je fais cette proposition dans l'intérêt de la bonne marche de nos travaux et dans l'intérêt de l'auteur lui-même.
M. le Comte de Daugnon. — Je me rallie volontiers à cette proposition.
M, le Président. — Ce projet doit être étudié par les bibliothécaires.
M. Charles Ruëlens. — C'est très compliqué.
M. le Comte de Daugnon. — Il est évident que ce projet doit être étudié ; il ne peut être statué là-dessus au pied levé.
Je vous propose de nommer une commission spéciale de bibliothécaires avec lesquels je me mettrais d'accord.
M. Max Rooses. — Ce sera pour la prochaine conférence.
M. le Comte de Daugnon. — Si Ton me démontre qu'un autre système est meilleur, je m'y rallierai volontiers.
La séance est levée à onze heures trois quarts.
La séance est ouverte à neuf heures trois quarts.
M. le Président. — Nous sommes en présence de la proposition de Messieurs Van de Veld et Roger de Goey, qui nous a été soumise dans la séance d'avant-hier. Voici cette proposition : « Le public doit avoir libre accès aux catalogues des bibliothèques publiques. »
M. Roger de Goey. — Je serai excessivement bref, parce que les moments de la section sont comptés. Il ne s'agit pas de faire des personnalités ou d'attaquer telle ou telle bibliothèque. Il s'agit simplement de savoir quel est le meilleur système.
Dans certaines bibliothèques, il y a des catalogues par fiches seulement; dans d'autres, il y a, en outre, des catalogues écrits qui sont à la disposition du public. Ainsi au British Muséum où je travaille surtout, il y a un catalogue par fiches qui n'est pas communiqué au public. Il y a un catalogue écrit qui est fait d'après ces fiches et qui est communiqué au public. Comme l'a dit Monsieur Deserres dans la Nouvelle Revue, en 1884, ce catalogue comprend six cents volumes à la disposition du public. Si je me présente dans une bibliothèque n'ayant qu'un catalogue par fiches, il faut que je connaisse bien l'ouvrage que je désire consulter, sinon je devrai faire appel aux lumières du bibliothécaire et je lui prendrai énormément de temps. Il se peut d'ailleurs que ce bibliothécaire ne connaisse pas la question spéciale que je désire traiter. Il peut s'agir d'une question nouvelle. Je désire savoir si l'on a écrit sur cette question et je suis a quia. Au British Muséum, au contraire, je ne dois m'adresser à personne ; je ne gêne personne et mon travail reste absolument original.
Je voudrais donc que le second système, qui met les catalogues à la disposition du public, fût déclaré le meilleur. Chacun fera son catalogue comme il l'entendra. On dira qu'un catalogue par fiches ne peut pas être mis à la disposition du public, parce que celui-ci mélangera les fiches.
M. H. Hymans. — Elles peuvent être attachées.
M. Roger de Goey. — Quel que soit le système qui sera admis, il faut un catalogue à la disposition du public, dans l'intérêt du bibliothécaire et du public lui-même. Je me suis exprimé dans le même sens au sein de la Société pour le progrès des études philologiques et historiques. On nous accusait de ne pas faire de travaux personnels. J'ai dit que c'était la faute de l'organisation des bibliothèques. En Allemagne et en Angleterre, il n'y a pas une bibliothèque qui n'ait un catalogue complet mis à jour, au fur et à mesure de l'entrée des livres. Je crois que personne ne me contredira. Un livre entre aujourd'hui ; il est immédiatement catalogué et il est mis à la disposition du public.
Je ne veux citer aucune bibliothèque, mais, en France et en Belgique, il m'est arrivé de ne pas pouvoir travailler. Je désire travailler personnellement, car je puis avoir l'une ou l'autre idée que je ne veux pas mettre dans la circulation.
M. Ch. Welch s'exprime en anglais.
M. le Secrétaire. — - Voici le résumé des observations de Monsieur Welch : L'honorable membre a fait part à l'assemblée de l'organisation du catalogue de la bibliothèque du Guildhall, à Londres. Ce catalogue est ainsi confectionné : Il y a une première partie dans laquelle sont rangés les différents ouvrages dans l'ordre des noms des auteurs. C'est ce qui se fait en Belgique. Il y a ensuite une partie méthodique, dans laquelle on range les ouvrages dans l'ordre des matières traitées. Cela existe également en Belgique. Le catalogue qui rend le plus de services est le catalogue méthodique ; mais, pour se servir des catalogues de bibliothèques, il importe très souvent d'avoir recours à l'obligeance des bibliothécaires. Monsieur Welch dit que, dans son pays, les bibliothécaires se mettent toujours très volontiers à la disposition du public et il suppose qu'il en est probablement de même dans notre pays.
M. Roger de Goey. — Monsieur Welch a dit que l'on ne pouvait pas toujours se passer du bibliothécaire, qu'on n'était pas toujours suffisamment intelligent pour faire les recherches voulues dans les catalogues et que parfois les demandes, adressées aux bibliothécaires, étaient mal formulées.
M. le Secrétaire. — Il est donc souvent utile de recourir à l'intervention du bibliothécaire.
M. Roger de Goey. — Lorsqu'on ne s'y connaît pas.
M. le Secrétaire. — Monsieur Welch a indiqué aussi la subdivision du catalogue méthodique. Cette subdivision est due à un américain, Monsieur Metwil-Duway. Cette innovation a été introduite à la satisfaction du public,
dans la bibliothèque du Guildhall, que dirige Monsieur Welch ; elle a obtenu l'approbation de tous ceux qui ont à se servir du catalogue. Monsieur Welch recommande très vivement cette subdivision ; elle est un peu longue pour qu'il l'expose en détail en ce moment, mais il vous la fera connaître, si vous le désirez.
Il appelle surtout votre attention sur la subdivision alphabétique que reçoit à son tour la matière. Grâce à cette subdivision alphabétique, on parvient à se retrouver très facilement dans la subdivision de Monsieur Metwil et par suite dans le catalogue.
Monsieur Welch a terminé en exprimant le vœu de voir se généraliser, dans tous les pays, la méthode qui a été admise dans la bibliothèque qu'il dirige.
M. Du Rieu. — Je crois pouvoir dire que chacun s'associe au vœu qui vient d'être exprimé. Tous nous désirons avoir des catalogues méthodiques et alphabétiques, afin de ne pas être surchargés de demandes de tous genres. Je tiens à déclarer que les bonnes bibliothèques ont de semblables catalogues ; je les ai rencontrés presque partout ; il n'y a que de rares exceptions. Chez nous nous avons des catalogues de cette espèce. Il y a de petites bibliothèques qui n'en ont pas, soit que ceux qui sont à leur tête manquent des aptitudes nécessaires pour les dresser, soit que les moyens financiers dont elles disposent ne leur permettent pas de faire cette dépense. Il n'y a rien de plus simple pourtant. Ce système est en vigueur à Londres et ailleurs.
M. Charles Ruelens. — La question des catalogues des bibliothèques est agitée depuis que je suis bibliothécaire. Je me rappelle avoir lu dans le temps un article où étaient énumérées trois cent trente-sept propositions de catalogues. Il s'agit de savoir quel sera le meilleur catalogue; mais je ne pense pas qu'une assemblée humaine puisse jamais trancher ce point. Il vaut mieux laisser à chaque bibliothèque le soin de faire ce qui lui convient. Chaque bibliothèque a elle-même le plus grand intérêt à avoir un bon catalogue, afin d'éviter les nombreuses demandes qu'on ne cesse d'adresser au bibliothécaire. Il importe que le lecteur puisse trouver le plus facilement et le plus rapidement possible les livres qu'il désire consulter. Mais il y a aussi la question du catalogue méthodique ou, si je puis m'exprimer ainsi, encyclopédique. Je sais parfaitement comment les choses se pratiquent au British Muséum ; il y a quarante-quatre employés qui sont uniquement chargés de cette besogne. Je ne sais pas si tous les gouvernements seraient bien disposés à donner les fonds nécessaires à cet effet. Au British Muséum il y a deux ou trois millions de volumes. A Bruxelles nous n'en avons qu'un demi-million ; ce n'est pas beaucoup comparativement, mais il nous faudrait au moins une demi douzaine d'employés, peu faciles à trouver d'ailleurs, pour accomplir ce travail.
Je dois dire que quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent les lecteurs trouvent les livres dont ils ont besoin et qui font partie de notre bibliothèque. Voici comment. Il y a des bibliographies très bien faites concernant les différentes branches des connaissances humaines. Nous disons généralement à ceux qui s'adressent à nous : Voici une bibliographie sur telle question ; voyez s'il y a là un livre que vous désirez avoir. Nous cherchons ensuite dans notre catalogue si nous avons le livre demandé.
Les bibliographies spéciales sont les meilleurs catalogues qu'on puisse avoir ; il n'y a pas de double emploi. Mais vous auriez le catalogue de la bibliothèque la plus grande du monde, que vous ne seriez pas encore au courant de la science.
M. Roger de Goey. — Je crois que tous les orateurs qui ont parlé après moi sont sortis de la question que j'avais posée. Je ne suis pas entré dans la question de la confection du catalogue. J'ai dit expressément que le système importait peu. J'ai voulu simplement demander qu'il y eût un catalogue quelconque mis à la disposition du public.
M. Charles Ruelens. — Mais cela existe ; il n'y a pas une bibliothèque qui n'ait son catalogue.
M. Roger de Goey. — Avez-vous un catalogue sur fiches que je puisse consulter, à Bruxelles?
M. Charles Ruelens. — Il est impossible de laisser le catalogue sur fiches entre les mains du lecteur.
M. Roger de Goey. — C'est ce que j'ai dit. Il faut un catalogue sur fiches, mais il en faut un autre qui soit à la disposition du public.
M. Charles Ruelens. — Il faut avoir les voies et moyens nécessaires.
M. Roger de Goey. — Ce n'est pas notre affaire ; nous demandons qu'il y ait un catalogue mis à la disposition du public comme au British Muséum, au Guildhall et dans deux cents bibliothèques communales ou universitaires en France, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, partout en un mot. Je ne veux pas faire de questions personnelles, mais il y a des bibliothèques qui n'ont rien de semblable. Il m'est arrivé de devoir importuner des bibliothécaires qui finissaient par protester.
M. Charles Ruelens. — Votre vœu sera accepté par tout le monde sans exception.
M. Vanderstraeten-Ponthoz. — Il faut bien se persuader que les réclamations qui sont faites en faveur des travailleurs dans les bibliothèques, le sont également en faveur des conservateurs de ces bibliothèques et des bibliothécaires qui sont constamment ennuyés par les chercheurs. Il est évident que malgré la meilleure volonté du monde et quelle que soit la bienveillance des bibliothécaires, les travailleurs et les chercheurs ne trouvent pas toujours ce qu'ils veulent. Il est indispensable que les bibliothèques aient leurs catalogues imprimés.
Protestations.
Permettez ; il faut que chaque année des suppléments soient imprimés ; mais il est évident que cela ne dépend pas de Messieurs les conservateurs des bibliothèques ; cela dépend absolument du gouvernement qui ne donne pas à ces Messieurs les fonds nécessaires pour organiser leurs services intérieurs et pour la publication de leurs catalogues. Si Ton se contente d'un catalogue manuscrit, il est certain qu'au bout de quelques années il sera usé.
Hier, l'honorable ministre des chemins de fer a dit que c'est à peine si l'on a de l'argent pour relier les livres.
J'ai vu à Liège des incunables dans un état déplorable ; c'est absolument comme si nous étions tous ici en haillons, ou comme si nous n'avions pas de vêtements sur le dos, comme certains habitants du Congo ! Il n'est pas permis de laisser des trésors semblables dans un tel état!
Ce que je dis ici s'adresse non pas à Messieurs les conservateur^, mais surtout au gouvernement. Le Congrès a pour but d'exercer une influence sur les gouvernements et de montrer aux administrations publiques qu'elles ont le plus grand intérêt à agir comme nous le demandons. On dépense souvent beaucoup d'argent pour des objets futiles, et cela ne satisfait personne, si ce n'est ceux qui empochent les bénéfices !
M. Henri Hymans. — Il semble qu'après les déclarations que viennent de faire les honorables préopinants dont la compétence est irrécusable, il n'y ait plus rien à dire. Mais nous nous sommes beaucoup occupés de l'intérêt particulier et pas assez, je crois, de l'intérêt général. Ce n'est pas parce que j'ai l'honneur d'être conservateur d'une des sections de la bibliothèque royale de Bruxelles, que je prends la parole, mais j'estime que la question a tout à gagner à être traitée à un point de vue général. Nous allons jouer cartes sur table et avouer qu'il y a un antagonisme latent entre le public et les bibliothécaires.
M. Roger de Goey. — Leurs intérêts sont les mêmes.
M. Henri Hymans. — Permettez, nous avons beau nous dissimuler cela; il est évident qu'il en est ainsi. Quoi de plus légitime que de demander qu'il y ait un catalogue dans une bibliothèque et qu'il soit mis à la disposition du public ? C'est l'a, b, c d'une bibliothèque ; mieux le catalogue sera fait et plus il rendra de services. J'ajoute qu'un catalogue manuscrit peut difficilement être mis à la disposition du public d'une manière courante. Il faut donc multiplier les exemplaires des catalogues. Monsieur Vanderstraeten-Ponthoz a dit avec raison que si un catalogue manuscrit était fait à un ou deux exemplaires, il serait bientôt hors d'usage. Il en est ainsi d'ailleurs non seulement pour les manuscrits, mais même pour les imprimés et pour les estampes. C'est pourquoi il faut avoir des fiches de choix et des fiches plus vulgaires mises à la disposition du public. A Rotterdam et ailleurs, il y a des fiches à la
disposition du public, et ce système n'offre aucun inconvénient, parce que ces fiches sont reliées par une tige et ne peuvent être déplacées. Je me hâte d'ajouter que ce mode de procéder peut être appliqué dans une petite bibliothèque, mais il en est tout autrement dans une grande bibliothèque. Monsieur Welch me racontait il y a quelques jours qu'il y a quatre cent mille lecteurs à la bibliothèque de Guildhall.
On a dit qu'il ne faut pas déranger les conservateurs. C'est une des choses les plus énormes que j'aie jamais entendu dire dans un Congrès ! Le conservateur, en effet, est fait pour être dérangé ; je voudrais bien voir qu'un conservateur répondît à une personne qui viendrait le consulter, qu'il n'a pas le temps de se mettre à sa disposition ! Le conservateur doit être aux ordres du public, sous peine d'être un mauvais conservateur et de trahir ses devoirs !
Le conservateur est de plus un confesseur; le conservateur qui se permettrait de faire usage d'un renseignement ou d'une découverte qui lui aurait été communiquée par un lecteur serait un misérable ; il violerait le secret professionnel dont le respect ne lui est pas imposé par la loi, mais par un devoir supérieur ; c'est une question de délicatesse et de conscience.
Vous voudriez que le catalogue crût et que le conservateur diminuât.
M. Roger de Goey. — Pas du tout, je proteste.
M. Henri Hymans. — J'en suis ravi, car ce serait une invraisemblance. Plus le conservateur sera au courant de son métier, plus il apprendra ; or, ce qu'il apprend, c'est pour lui accessoirement, si l'on veut, mais c'est en tout premier lieu pour le public. Il faut avoir confiance dans les conservateurs des bibliothèques et ne pas craindre d'avoir recours à leurs lumières.
Monsieur Welch a dit avec beaucoup de raison que les demandes du public sont très souvent mal formulées et qu'il est indispensable que les conservateurs mettent les lecteurs au courant.
Nous vivons à une époque où l'on travaille beaucoup, et cependant j'aurais voulu voir figurer au programme une question portant sur la nécessité de rester vingt-cinq ans sans rien publier du tout ! Vous m'objecterez peut-être que c'est absurde, que c'est une utopie, mais je pense que, dans ces conditions, nous pourrions nous mettre complètement au courant. H y a une infinité de travaux faits par des gens qui écrivent non pas pour se faire lire, mais uniquement pour le plaisir de mettre leurs noms sur des couvertures de livres.
En dernière analyse, la meilleure des bibliographies sera toujours un bon conservateur qui mettra son expérience au service du public et saura combiner le meilleur système de catalogue. Il s'agit de s'entendre ; lorsqu'un catalogue imprimé sera à la disposition du public, celui-ci pourra-t-il se dispenser d'avoir recours au bibliothécaire ? Non,
car le jour où ce catalogue paraîtra, il sera déjà incomplet ; il parait sans cesse des livres nouveaux.
A notre époque, on publie beaucoup de choses et Ton veut travailler très vite ; on veut trouver tous les travaux faits ; seulement ce sont généralement les personnes qui ne connaissent rien qui sont dans ce cas ; celles qui savent quelque chose découvrent fort bien les sources auxquelles il convient de puiser. Si Ton est embarrassé à un moment donné, rien n'empêche d'aller trouver le conservateur et de lui dire : « N'y a-t-il pas un livre qui traite de telle question dont je désire m'occuper spécialement? » On n'est pas obligé de lui dire quelle est la nature exacte des recherches auxquelles on a l'intention de se livrer. Si la demande est bien formulée, le bibliothécaire répondra : « Oui, nous avons tel livre » ; mais généralement,, il faut bien le dire, le bibliothécaire se trouve dans l'impossibilité de renseigner ceux qui s'adressent à lui, parce que les indications qui lui sont fournies ne sont pas suffisantes.
M. Roger de Goey. — Je demande la parole pour un fait personnel. Je n'ai jamais prétendu qu'on peut se passer complètement des bibliothécaires; j'entends, comme Monsieur Welch, qu'on doit avoir recours aux bibliothécaires lorsqu'on ne peut pas se retrouver dans un catalogue. Il y a des bibliothèques où il vient dix, vingt, trente ou cinquante personnes ; mais quand il en arrive cinq cents, que faut-il faire ? J'ai travaillé au British Muséum, alors qu'il y avait plus d'un millier de personnes dans la salle ; nous ne savions pas où nous mettre; il y avait là des Elisée Reclus, des Renan, bref des hommes remarquables.
M. Henri Hymans. — Il y en avait probablement quatre-vingt-dix pour cent qui n'étaient pas remarquables.
M. Roger de Goey. — J'aurais pu y compter une bonne moitié d'hommes célèbres appartenant à différentes parties de l'Europe.
M. Borgeaud. — Permettez-moi de grouper les paragraphes deux et quatre de notre programme, ou plutôt de comprendre dans ce dernier numéro le mémoire qui nous a été lu avant-hier en section par Monsieur Yan de Veld, sur l'utilité d'avoir dans les grandes bibliothèques un catalogue général mis à la portée du public.
Il m'a semblé que le désir exprimé dans ce mémoire répondait à un grand besoin, et pour mon compte j'ai entendu bien souvent des hommes de lettres, des savants, des techniciens manifester hautement leur opinion sur ce point et regretter que des trésors possédés par nos bibliothèques publiques et qui pourraient être consultés avec fruit par des spécialistes, soient la plupart du temps ignorés de ceux-ci.
Ne trouvez-vous pas que ce soit chose précieuse, je dirai même indispensable à un homme d'études, pour travailler avec profit, de pouvoir à son aise et sans qu'il ait besoin de requérir l'assistance du bibliothécaire, consulter lui-même Iç catalogue méthodique de la bibliothèque ?
Certes, nous reconnaîtrons et nous rendrons publiquement hommage au zèle, à la complaisance et au dévouement de Messieurs les bibliothécaires dans leurs rapports avec le savant ; nous reconnaîtrons aussi que les connaissances spéciales de ces messieurs, leur érudition, sont du plus grand secours au public. Mais ces connaissances, sont-elles toujours suffisantes pour donner satisfaction à l'intéressé, et lui mettre entre les mains tous les matériaux qui pourraient lui servir à élever son édifice?
Ne pensez-vous pas qu'avec la facilité qui lui serait donnée, de consulter lui-même le catalogue, celui-ci deviendrait son conseiller, son ami ; le savant apprendrait à le connaître, et pourrait trouver dans ses recherches fréquentes, des documents intéressants qui seraient précieux pour lui.
Il aurait la grande satisfaction de pouvoir chercher, pénétrer, fouiller dans les coins les plus reculés de la bibliothèque, comme le bibliophile trouve plaisir à bouquiner et à se procurer des éditions anciennes ou curieuses.
Je laisserai néanmoins de côté la partie théorique, qui a été abordée par Monsieur Van de Veld et je répondrai seulement à la question technique qui a été posée, sur le moyen de mettre à la disposition du public le catalogue des grandes bibliothèques.
Dans la séance d'avant-hier il a été montré, avec beaucoup de facilité d'ailleurs, qu'il était impraticable de faire imprimer le catalogue, à cause du remaniement fréquent que l'on serait obligé d'y apporter pour le tenir à jour. Je ne parlerai pas non plus du catalogue sur registre qui a été abandonné partout depuis longtemps.
Aujourd'hui il est peu de catalogues qui soient dressés autrement qu'à l'aide de feuilles ou de cartes mobiles ; chacune d'elles reçoit les désignations nécessaires à la classification d'un ouvrage et elles sont ensuite placées dans l'ordre alphabétique ou dans l'ordre méthodique des matières.
Ces feuilles ou ces cartes sont classées dans des reliures mobiles ou dans des boîtes ; on peut donc les manier à son gré, intercaler les nouvelles, retirer celles qui doivent l'être.
Mais cette mobilité, qui est un avantage considérable, offre aussi un très grand inconvénient. Les fiches sont sujettes à s'embrouiller par la facilité avec laquelle on les déplace, les interversions se produisent et il y a à craindre les pertes et les soustractions frauduleuses.
On a imaginé différents systèmes pour empêcher que les fiches se déclassent. Un de ceux qui paraît le plus répandu, est celui qui consiste en des cartes perforées à la même place dans leur partie inférieure et enfilées sus une tringle mobile, que l'on peut retirer pour modifier son classement.
Ce système qui paraît donner une certaine sécurité, n'en pourrait constituer une suffisante pour permettre au public de consulter lui-même le catalogue.
La faible partie de carte qui reste au-dessous de la tringle céderait bien vite à une tentation de soustraction, et le bibliothécaire ne pourrait voir, sans trembler, consulter son catalogue avec un tel matériel.
Mon but est de vous faire connaître l'existence d'un système que quelques-uns d'entre vous ont peut-être employé ou ont été à même d'apprécier.
C'est celui des fiches articulées, inventé par Monsieur F. Bonnange, alors qu'il était archiviste au Ministère de l'Agriculture, à Paris.
Ce système est exposé par moi dans le Salon du Palais de l'Industrie, à l'Exposition du Livre, et les personnes intéressées pourront l'examiner. Je me tiens d'ailleurs à leur disposition pour leur en expliquer le fonctionnement.
Je regrette beaucoup de ne pas être indépendant dans cette matière et je craindrais que quelques-uns de vous hésitassent à me suivre sur ce terrain, qui paraît être un peu... commercial et intéressé ; mais je ne me serais pas permis, devant une assemblée aussi choisie, de parler du système en question, si je n'étais assuré qu'il est le seul qui puisse répondre au désir, exprimé par Monsieur Van de Veld, de pouvoir mettre le catalogue à la disposition du public.
D'ailleurs, je passerai la parole à un homme plus expérimenté que moi, qui a été chargé de faire un rapport sur le système en question, au Conservatoire national des Arts et Métiers de Paris, lorsqu'il occupait les fonctions de bibliothécaire, à Monsieur P. Lepaire.
Voici comment il s'exprime :
<( Pour que le catalogue, qui est, pour ainsi dire, la clef de voûte d'une bibliothèque, soit bon et puisse rendre tous les services qu'on doit en attendre, il faut qu'il puisse être tenu avec la plus grande exactitude et la plus grande netteté ; que, de plus, il puisse sans inconvénient être mis à la disposition du public.
Tous ceux en usage jusqu'à ce jour sont donc vicieux : en ce qu'il est impossible de les tenir bien nets, soit par suite des rectifications d'erreurs qui peuvent donner lieu à des ratures ou à des surcharges ; ou bien par suite des renvois provenant de ce que les vides conservés, si nombreux ou si étendus qu'ils soient, finissent par se combler ; de là les renvois et les suppléments ; ou bien, enfin, parce que les folios d'un registre, d'un usage continuel entre les mains d'un public plus ou moins soigneux, finissent par se détériorer et donner lieu à des remplacements longs et peu faciles.
Les conditions désirables dans un catalogue se réduisent à trois :
1° Toute inscription doit pouvoir se faire facilement et à la place qui lui convient ;
2° Elle doit pouvoir être changée de place, si cela devient nécessaire pour une cause quelconque ;
3° Ce catalogue doit pouvoir être mis à la disposition du public.
On satisfait pleinement aux deux premières conditions en faisant que chaque inscription ait lieu sur un folio à elle exclusivement réservé ; et qu'entre deux folios successifs Ton puisse en insérer autant que Ton veut, c'est-à-dire, que tous les folios soient indépendants les uns des autres.
C'est là le système de la carte mobile déjà connue et en usage depuis longtemps.
Mais, aussi bien cette carte ou folio mobile satisfait-elle aux deux premières conditions, aussi mal satisfait-elle à la troisième. Sa mobilité la rend très délicate à manipuler ; avec les plus grands soins, il est presque impossible de ne pas les embrouiller, et, à plus forte raison, l'usage en est interdit au public.
Si toutefois l'on parvient à immobiliser cette carte à volonté, tout en lui conservant son indépendance au besoin, la troisième des conditions ci-dessus étant remplie tout aussi complètement que les deux premières, le problème est résolu ; tout devient possible : Classement facile et à volonté d'une inscription, à tel ou tel point du catalogue. Augmentations, suppressions, mutations. Emploi même par le public. Car, en cas d'usure ou de détérioration, le remplacement est des plus faciles.
Le système de Monsieur Bonnange, par l'articulation de sa carte, donnant à celle-ci le moyen d'être immobilisée par pression, offre tous ces avantages, et, tout en simplifiant beaucoup le travail de confection et de tenue du catalogue, il permet de l'établir de manière à lui donner une durée indéfinie.
Aussi (et nous n'en doutons pas), il est à désirer que l'emploi de ce système soit bientôt universellement répandu. »
Je terminerai en disant que le système Bonnange a été adopté et fonctionne dans un grand nombre de bibliothèques et d'administrations publiques, en France et à l'étranger, et qu'il tend à se développer de plus en plus. Je tiens à la disposition des personnes intéressées la liste de ces principaux établissements.
Si vous acceptez la proposition de Monsieur Van de Veld, je vous prierais de lui donner les moyens d'atteindre son but par un système pratique de catalogue.
M. Ch. Ruelens. — Je demande qu'on cesse cette discussion ; il s'agit, en réalité, des microbes de la science bibliographique ; ce sont des choses tellement rebattues qu'il vaudrait mieux de ne pas en parler.
M. le Président. — Voici la proposition du bureau :
La Conférence, reconnaissant que les catalogues mis à la disposition du public sont nécessaires et n'empêchent pas le recours perpétuel au zèle et à l'action des bibliothécaires, passe à l'ordre du jour.
M. Roger de Goey. — Je demande qu'on mette ma proposition aux voix ; elle doit avoir la priorité ; je propose d'émettre le vœu suivant :
La Conférence est d'avis que le public ait libre accès aux catalogues des bibliothèques publiques.
Nous n'admettons pas qu'il faille nécessairement recourir au bibliothécaire ou à ses adjoints ; on ne doit le faire que dans les cas extrêmes.
M. Henri Hymans. — Lorsqu'on aura décidé que le catalogue doit être mis à la disposition du public, on émettra une nouvelle prétention dans un prochain congrès : ce sera de pouvoir prendre les livres sur les rayons !
M. Roger de Goey. — C'est une autre question.
M. Van de Veld. — J'ai déposé avant-hier une proposition qui n'est pas irréalisable. Les personnes qui fréquentent les bibliothèques publiques éprouvent souvent de très grandes difficultés. Lorsqu'on commence à étudier une question, il est impraticable de demander 300 ou 400 fiches en consultation. Notre proposition tend à éviter cet inconvénient ; peut-être est-elle platonique pour le moment, mais si le Congrès veut bien l'appuyer, j'ai bon espoir que le vœu, que nous formulons, pourra se réaliser un jour.
M. Vorsterman. — On pourrait combiner la proposition de Monsieur Roger de Goey et celle de Monsieur Van der Straeten-Ponthoz ; ce serait le seul moyen d'arriver à un résultat.
M. le Secrétaire. — Voici une autre proposition :
Le Congrès déclare qu'il est désirable que le public puisse se servir des catalogues des grandes bibliothèques, et émet le vœu que les gouvernements mettent à la disposition des grandes bibliothèques les fonds nécessaires pour la confection de ces catalogues.
M. Roger de Goey. — Je m'oppose à cette combinaison.
M. Ch. Ruelens. — Je me rallie à cette proposition.
M. Roger de Goey. — En Angleterre, le gouvernement n'a rien à voir dans quatre-vingt-dix bibliothèques sur cent, et ce sont peut-être celles dont les catalogues sont le mieux faits.
Je demande que la section vote sur ma proposition ; si elle est rejetée, on mettra aux voix celle de Monsieur Van der Straeten-Ponthoz.
M. le Président. — Votre proposition est celle-ci :
Le public doit avoir libre accès aux catalogues des bibliothèques publiques.
M. Roger de Goey. — Parfaitement.
M. Charles Ruelens. — Qu'entendez-vous par « libre accès » ?
M. Roger de Goey. — Il s'agit d'un catalogue complet, tenu au courant jour par jour et mis à la disposition du public.
M. Ch. Ruelens. — Cela existe partout.
M. Roger de Goey. — Pas le moins du monde, vous l'avez reconnu vous-même.
M. Dumercy. — Je demande qu'on applique la règle en vigueur dans toutes les assemblées délibérantes et qu'on vote d'abord sur les amendements. Or, la proposition de Monsieur Roger de Goey a été faite au début
de la discussion ; les amendements sont venus ensuite ; ce sont donc ceux-ci qui doivent être mis aux voix en premier lieu.
M. Roger de Goey. — Il n'y a pas la moindre connexité entre les propositions nouvelles qui ont été faites et la mienne ; ce ne sont pas des amendements. Je demande que ma protestation soit actée au procès-verbal.
M. Henri Hymans. — Je propose la rédaction suivante :
La Conférence émet le vœu qu'il y ait dans toute bibliothèque un catalogue à la disposition du public.
M. Roger de Goey. — Je me rallierai à cette rédaction, si vous ajoutez les mots : « aussi complet que possible » après catalogue.
M. le Président. — Je vais mettre aux voix l'amendement qui émane du bureau.
M. Roger de Goey. — C'est la première fois que je vois le bureau d'une assemblée imposer sa volonté !
M. le Président. — Il ne s'agit pas d'imposer notre volonté ; le vote est libre.
La proposition du bureau est mise aux voix et n'est pas adoptée.
M. le Président. — Nous allons voter maintenant sur la proposition de Monsieur Hymans.
M. Roger de Goey. — Les Anglais demandent que la section vote sur la proposition suivante :
La Conférence affirme qu'il est désirable de placer dans chaque bibliothèque un catalogue complet à la disposition du public.
(Non, non.)
M. Henri Hymans. — Je demande la priorité pour mon amendement.
M. Roger de Goey. — On n'a pas discuté cet amendement. Je demande la parole.
Des Membres. — La clôture !
La clôture est prononcée.
La proposition de Monsieur Hymans est mise aux voix et adoptée.
M. Roger de Goey. — Nous nous abstenons, parce que les mots : <x aussi complet que possible » n'ont pas été admis.
M. Dumercy. — Je ne comprends pas l'abstention dans un vote par assis et levé. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée !
M. Roger de Goey. — Je demande que notre abstention soit consignée au procès- verbal.
M. le Secrétaire. — L'assemblée doit maintenant se prononcer sur l'amendement dont j'ai donné lecture tout à l'heure ;
Le Congrès déclare qu'il est désirable que le public puisse se servir des catalogues des grandes bibliothèques et émet le vœu que les gouvernements mettent à la disposition de ces grandes bibliothèques les fonds nécessaires pour la confection de ces catalogues.
Un Membre. — Je demande qu'on ajoute aux mots «les gouvernements», ceux-ci : « et les municipalités ».
M. Ch. Ruelens. — On pourrait dire : « toutes les autorités ».
M. Merzbach. — Les pouvoirs publics.
M. Dumercy. — L'amendement de Monsieur Hymans a été adopté. On ne peut donc plus voter sur une rédaction plus étroite.
M. Roger de Goey. — Il reste encore à voter sur la proposition principale.
M. Georges Ruelens. — Pas du tout, elle vient à tomber par suite de l'adoption de l'amendement.
M. Roger de Goey. — Ce n'est pas un amendement ; c'est une proposition nouvelle.
M. Vollen. — Le bureau a estimé que ce n'était pas une proposition nouvelle, et le vote est acquis.
Monsieur Hymans est nommé rapporteur.
Échange officiel du livre : Extension a donner aux traités
conclus en divers pays.
M. Ch. Ruelens. — Il s'agit ici d'une question de la plus haute importance ; les échanges internationaux se sont établis sur la proposition émanée de la Belgique. Nous avons passé vingt ou vingt-cinq contrats avec des gouvernements. En 1888, un grand nombre d'adhésions nous sont parvenues et l'on est convenu de faire dans tous les pays, qui ont adhéré à la convention, des bureaux des échanges des produits de l'intelligence. Mais les échanges se font sur une échelle un peu restreinte jusqu'à présent ; on n'échange que les documents parlementaires et les autres documents émanés des gouvernements. 11 faut aller plus loin et, en fait, il en est ainsi ; le bureau des échanges de Bruxelles demande aux gouvernements, avec lesquels il est en relation, un exemplaire de chaque ouvrage qui parait et qui a une certaine valeur scientifique. Nous envoyons, à notre tour, à ces gouvernements des livres d'une valeur équivalente.
Nous voudrions que les échanges de cette nature fussent inscrits dans les conventions futures. Tel est le but de la proposition dont vous allez entendre la lecture.
M. le Président. — Voici cette proposition :
Monsieur Dauby présente au nom de son collègue, Monsieur François, empêché, la double proposition suivante :
1° Demande de l'adhésion de la France, des Pays-Bas et de la Russie, à la convention internationale du 15 Mars 1886, pour l'échange des publications officielles ;
2° Exprimer le désir de voir supprimer dans les conventions internationales toute clause, ayant pour objet de limiter les échanges aux documents et ouvrages actuels.
Cette double proposition est adoptée.
Communication des livres imprimés et des manuscrits d'une bibliothèque publique. Projet d'entente internationale.
M. le Président. — Monsieur Benjamin Rivière nous a adressé la communication suivante :
Les bibliothèques des villes de province ne servent le plus souvent qu'aux habitants de la localité, qui peuvent consulter sur place les ouvrages dont ils ont besoin. Dans la plupart d'entre elles, on a établi le prêt extérieur, permettant aux travailleurs d'emporter des ouvrages chez eux. Voilà le prêt le plus large. Il ne suffît pas qu'une bibliothèque ne puisse être utile qu'à un certain nombre de personnes, habitant dans un rayon très restreint, il faut que ses richesses puissent être mises à la disposition, des travailleurs, non seulement de la France, mais encore des pays étrangers. Les mesures les plus favorables à la circulation de ces outils de travail, doivent être établies pour faciliter le plus grand mouvement possible, dans les prêts de bibliothèque à bibliothèque. Comme condition première et de toute nécessité, il est entendu que les bibliothèques et archives de France et des pays étrangers s'engageront au prêt réciproque, dans la mesure du possible, des ouvrages, manuscrits ou imprimés, qu'elles possèdent, sous des réglementations qu'il conviendra de discuter et d'établir.
Le prêt de manuscrits de bibliothèque à bibliothèque a lieu actuellement en France, par l'intermédiaire du Ministère de l'Instruction publique. Un travailleur, désireux de consulter un manuscrit, se trouvant dans une bibliothèque de ville, adresse une demande au maire de la ville qu'il habite, dans laquelle il le prie de solliciter auprès du Ministère de l'Instruction publique, le prêt temporaire de tel manuscrit se trouvant dans telle bibliothèque. Cette demande est transmise au ministre qui, de son côté, invite le maire intéressé à lui faire parvenir le manuscrit en question. Si la demande est favorablement accueillie, ce qui arrive le plus souvent, le manuscrit suit la même voie que la demande, mais en la remontant, pour arriver jusqu'à la bibliothèque désignée par le demandeur, où il restera en dépôt, durant le temps de prêt indiqué. Le retour du manuscrit s'effectue
par les mêmes moyens. Cette opération se fait sans que le travailleur ait quoique ce soit à payer, les ministères ayant la franchise postale.
Pourrait-on suivre la même voie pour les ouvrages imprimés ? On répondrait presque affirmativement. Mais vous venez de voir combien cette voie est compliquée et vous comprendrez que, malgré toute l'activité apportée par les différents services, il en résulte une perte ce temps assez grande, chose toujours regrettable. De plus, si l'usage du prêt des imprimés par l'intermédiaire du Ministère de l'Instruction publique entrait dans nos habitudes, n'y aurait-il pas à craindre une surcharge de travail, trop forte pour les employés de cette administration. N'en résulterait-il pas forcément un retard encore plus fâcheux, dans la circulation des prêts ? Et si un retard de quelques jours ne peut être sans effet pour le savant qui doit étudier un manuscrit pendant des mois entiers, il n'en peut être de même pour le travailleur, qui a un besoin immédiat et d'une durée parfois très courte d'un imprimé, auquel il est renvoyé pour une simple citation, un renseignement, utile s'il est pris de suite, sans valeur s'il faut attendre pour le chercher.
On pourra trouver qu'il est facile d'acheter l'ouvrage dont on a besoin. D'abord, on ne peut pas toujours acheter; il est des ouvrages qui sont épuisés, et, d'autre part, tous les travailleurs n'ont pas les mêmes ressources pécuniaires. Il en est même qui sont nécessiteux et pour lesquels une dépense minime n'est pas possible ; leur interdirezr-vous tout travail intellectuel ? Même en admettant le prêt dans l'état actuel des choses, beaucoup devront y renoncer, vu le coût du transport des ouvrages. Ceci ne vous étonnera pas quand vous vous rappellerez le total d'un envoi de livres, retour compris. Pour un colis-postal de trois kilogrammes, vous arriverez à un chiffre de deux francs quarante-cinq centimes.
1° Lettre de demande Fr. 0.15
2° Port de l'ouvrage et lettre d'avis 0.85 + 0.15. . . . » 1.00
3° Accusé de réception » 0.15
4° Retour et lettre d'avis » 1.00
5° Accusé de réception » 0.15
Total. . . Fr. 2.45
On objectera, sans nul doute, que, la franchise postale admise pour les bibliothèques, il s'ensuivra une perte pour le trésor ou les compagnies de transport. Cette objection tombe d'elle-même. Pour le prêt des manuscrits, dans les conditions énumérées plus haut, l'administration des postes ne touche absolument rien, sauf le cas où le colis est recommandé, alors il est dû par l'envoyeur un droit fixe de dix centimes. Le prêt direct d'ouvrages imprimés de bibliothèque à bibliothèque est nul ou presque nul ; c'est un fait regrettable, pénible à signaler, mais il est tel, et selon moi, la cause principale consiste dans la dépense que je viens de vous
montrer. Les compagnies de transport ne gagnent donc rien ou presque rien actuellement sur cet article. Et quand bien même il y aurait perte pour le trésor, l'intérêt de la science ne doit-il pas primer tous les autres?
La réglementation du prêt devra être sérieusement étudiée. Sans vouloir présenter ici un règlement complet, qu'il me soit permis néanmoins de toucher à quelques points.
Les prêts ne pourraient s'effectuer qu'entre les bibliothèques qui se seraient engagées à la réciprocité.
Le prêt des manuscrits continuerait à se faire par l'intermédiaire du Ministère de l'Instruction publique, et sous la condition qu'ils ne pourront sortir, pendant toute la durée du prêt, des bibliothèques ou archives dans lesquelles ils auront été déposés.
Les demandes de renseignements ou de prêts d'ouvrages imprimés seraient faites par les intéressés et transmises, par l'intermédiaire du conservateur de la bibliothèque de leur ville ou de toute autre, si la ville qu'ils habitent n'a pas de bibliothèque. Celui-ci les enverrait, en franchise, sous enveloppe ou bande portant le timbre de la bibliothèque et avec sa signature.
La responsabilité du conservateur serait engagée par cela même qu'il aurait visé et envoyé toute demande. Comme il dépend, le plus souvent, d'une administration communale, le maire pourrait exiger que le registre des demandes transmises lui soit communiqué à une date quelconque.
Il ne pourrait être envoyé que des volumes portant l'estampille de la bibliothèque. Tout envoi d'ouvrages non timbrés serait considéré comme envoi de libraire, ce qui serait alors fraude et abus, et l'envoyeur serait passible d'une très forte amende ; en cas de récidive la peine serait élevée.
L'ouvrage demandé pourrait être refusé par la bibliothèque à laquelle il appartient, si, par exemple, il était trop souvent consulté par les lecteurs de cette dernière, ou s'il présentait des caractères exceptionnels de rareté ou de condition.
Si la demande était acceptée, l'ouvrage devrait être envoyé sans retard, avec lettre d'avis.
Le colis voyagerait par la poste, en franchise ou à tarif réduit, suivant des conditions de format et de poids, conformes aux règlements qui auraient été établis.
L'envoyeur pourrait indiquer et exiger la durée et la forme du prêt, s'il pourrait être à domicile, ou si la communication ne pourrait avoir lieu dans la bibliothèque où l'ouvrage aurait été envoyé.
M. le Président. — Monsieur J. F. Van Someren nous a envoyé un rapport écrit. Le voici :
La portée de ma proposition est si claire qu'elle peut presque se passer de commentaires. Quel est en effet son objet ? Tandis que toutes les biblio-
thèques néerlandaises et la plupart des bibliothèques belges, prêtent leurs livres et leurs manuscrits en pays étranger et rendent ainsi des services incalculables aux savants étrangers, seule la direction de la Bibliothèque Royale de Bruxelles se voit empêchée, par les règlements existants, de mettre son riche trésor de livres et de manuscrits à la disposition des chercheurs, non établis en Belgique.
Je vous le demande, cela répond-il à l'esprit de générosité qui doit caractériser la réglementation d'une bibliothèque publique? Est-ce compatible avec l'utilité et le but de la collection la plus importante de la Belgique que ce soit elle précisément, qui, par des stipulations surannées, se trouve empêchée de satisfaire au désir de tous ceux qui, en-deçà ou au-delà de la frontière, cherchent la science !
Je ne doute aucunement que votre réponse à cette question, ne soit négative.
Non, pas plus qu'une maison de banque ne répondrait à son but si elle tenait immobilisés, sous les voûtes de ses caves, ses sacs d'or et d'argent, pas plus une bibliothèque ne rend aux artistes et aux savants les services qu'on est en droit d'en attendre, si elle ne prête à large main ses livres et ses manuscrits à tous ceux qui les désirent, aux étrangers comme aux régnicoles.
Oh, si tous les savants et tous les élèves de Minerve étaient en même temps les favoris de Plutus, ma proposition serait superflue ! Mais hélas, vous le savez, plus d'un chercheur se voit confiné, dans la ville qu'il habite, par ses occupations journalières ou par des considérations financières ; pour ce motif, je pense que ma proposition a sa raison d'être, et je me permets de compter, dans cette réunion des bibliophiles, sur l'adhésion et l'appui de vous tous.
M. Ch. Ruelens. — Je viens soutenir ici un principe tout à fait en désaccord avec quelques vœux formulés par plusieurs adhérents à la Conférence : le principe de la défense absolue, sauf de très rares exceptions, de sortie de livres ou de manuscrits des bibliothèques publiques de l'Etat. Mais avant d'exposer le principe, je voudrais répondre à un reproche, qui m'a été adressé dans une autre réunion, ou plutôt je voudrais prier les adversaires de mon opinion, de ne plus le reproduire, celui de dire que je cherche, par mon principe, à mettre la lumière sous le boisseau.
Adressé aux bibliothécaires très nombreux qui partagent l'opinion que j'expose, ce reproche ne peut être accepté que comme une injure gratuite, car c'est précisément pour empêcher l'extinction de la lumière que nous préconisons notre principe.
Un livre, un manuscrit est, en effet, une lumière ; or, pour toute lumière c'est là où est son foyer, qu'elle doit éclairer. Le livre, le manuscrit est à poste fixe dans une bibliothèque, c'est là qu'il doit toujours, à toute heure, être présent à l'appel de l'homme qui vient à lui pour s'éclairer.
Voilà le principe vrai, formel, indiscutable. Du moment qu'il n'est pas là quand on vient à lui, il ne remplit pas sa mission, il récuse un droit sacré, celui du travailleur. Le droit de celui-ci est absolu, imprescriptible.
Il est arrivé maintes fois, je dirai plus, il arrive presque tous les jours que dans des bibliothèques, à Bruxelles, par exemple, on refuse au lecteur qui se présente le livre qu'il désire consulter, parce que ce livre est sorti, emprunté par quelque lecteur muni de l'autorisation d'avoir le livre à domicile. L'emprunteur, me dira-t-on, est un savant, un homme ayant besoin de consulter le livre emprunté. Je l'accorde ; mais qui me dit que celui qui se donne la peine de venir jusqu'à la salle de lecture, n'est pas aussi savant, n'a pas autant besoin de voir le livre que celui qui l'envoie chercher par un domestique pour l'avoir chez lui ? Et puis, qu'est-ce qu'une bibliothèque nationale ? C'est un domaine dont tous les citoyens ont la co-propriété, dont ils ont la jouissance à titre égal, qui, par conséquent, n'admet pas de propriétaires ou d'usufruitiers privilégiés. Je sais bien que notre règlement organique autorise le prêt à l'extérieur, mais je crois qu'un commentateur un peu sévère de notre pacte fondamental pourrait trouver un brin d'inconstitutionalité dans cette disposition de ce même règlement.
Je n'insiste pas trop sur cet argument, bien qu'il soit très sérieux, parce que, à l'époque où ce règlement a été promulgué, il y a plus d'un demi-siècle, les facilités actuelles d'accès aux livres n'existaient pas ; l'organisation de l'établissement était embryonnaire, la clientèle travailleuse était plus clairsemée, on pouvait donc sans trop d'inconvénients, créer un privilège que l'on n'a plus de raison de maintenir. Aujourd'hui que notre bibliothèque est ouverte de dix à quatre heures et de sept à dix, que les lecteurs y viennent par centaines, que les demandes en communication sont infiniment variées, il n'est plus possible d'admettre l'absence d'un livre. Tous doivent être prêts toujours à répondre à l'appel.
Je n'ai pas besoin de vous signaler les dangers du prêt à l'extérieur ; les chances de perte, de vol, de détérioration ; il me suffira de vous dire que la plupart des bibliothécaires sont prêts à souscrire cet axiome : que jamais un livre prêté ne rentre tel qu'il est sorti. Tous mes collègues et moi nous pourrions en citer de tristes exemples.
Aussi les grandes bibliothèques nationales, telles que le British Muséum de Londres, la Nationale de Paris et bien d'autres, n'autorisent-elles pas le prêt à domicile : tout livre doit être consulté sur place à la salle de lecture. Les savants les plus illustres se sont soumis à cette règle impitoyable et, en compensation de ce léger désagrément de n'avoir pu tenir le livre chez soi, au coin du feu, les pantouflles aux pieds, ils ont eu l'avantage de trouver le livre à sa place officielle et de n'avoir pas fait inutilement une course, un voyage même, comme il n'est arrivé que trop
souvent au travailleur débarquant dans une bibliothèque qui prête comme le fait un cabinet de lecture.
Ce qui est vrai pour le livre imprimé, Test bien plus encore pour le manuscrit, et pourtant, par une étrange anomalie, on est souvent moins sévère pour ce dernier, en ce qui concerne la sortie, que pour l'autre. La bibliothèque de Paris qui ne prêterait pas au dehors un volume imprimé de trois sous, prête généreusement ses précieux manuscrits à des centaines de lieues au loin. A Bruxelles, nous agissons de même : nous avons des codiles qui circulent au nord, au sud, à Test, à l'ouest de l'Europe. Or, un manuscrit, n'importe lequel, est un objet à l'état unique, que rien ne remplace, dont aucune indemnité, en cas de perte, ne peut rembourser la valeur. Quand il est perdu, c'est une lumière qui s'éteint et ne se peut rallumer. Quand le manuscrit n'est plus sous les yeux de ceux qui ont la charge de le conserver, il est exposé à tous les périls : vicissitudes du voyage et du transport, incurie de l'emprunteur, et, je suis bien obligé de le dire, car les preuves en abondent, indélicatesse pour ne pas me servir d'un terme plus accentué, de certaines personnes dans un but intéressé.
Toutes les bibliothèques pourraient vous raconter des épisodes plus ou moins navrants, des Odyssées de leurs manuscrits. Notre bibliothèque royale, heureusement, n'a pas eu à subir des désastres complets causés par l'incendie, ou par la destruction dans un accident de chemin de fer ; mais elle a subi des dommages d'une autre nature, elle a été quelquefois exposée à des transes, à des inquiétudes dont il serait difficile de dire l'intensité. Qu'il me soit permis de vous en citer trois ou quatre exemples. Il faut vous dire d'abord, de quelle façon s'opère le prêt des manuscrits.
Pour l'étranger, il a lieu par la voie diplomatique. Le ministre des affaires étrangères d'un pays adresse au titulaire du même département en Belgique une requête tendant à obtenir le prêt d'un ou de plusieurs codices en faveur d'un particulier, ayant ou n'ayant pas un nom connu dans la science. Notre ministre envoie la requête afin d'avis au conservateur en chef de la Bibliothèque royale. Or ce conservateur ne peut, en ce cas, que remplir la mission fort délicate de décider si le manuscrit appartient, oui ou non, à la catégorie de ceux dont la sortie est interdite, car un article du règlement dit <c qu'on ne prête aucun de ceux qui sont remarquables par leur ancienneté, leur importance, leur rareté ou la perfection de leur exécution ». Je dis que cette mission est fort délicate, car sans y mettre beaucoup de sévérité, il ne serait pas difficile de faire rentrer tous les manuscrits d'une bibliothèque dans cette vague nomenclature. En effet, on peut aisément admettre que tous les manuscrits antérieurs à l'invention de l'imprimerie, sont doués d'ancienneté, que leur importance respective est égale selon le point de vue d'où on les considère, que leur rareté est identique, puisqu'à la différence d'un imprimé, aucun
manuscrit ne peut théoriquement fonctionner pour un autre, et qu'enfin, rien n'est plus élastique que le terme « perfection d'exécution. »
Mais on ne chicane pas sur les expressions du règlement et l'on accorde avec beaucoup de largesse la communication à l'étranger. Pour le prêt à l'intérieur du pays, le règlement dit que le conservateur en chef peut prêter les manuscrits susceptibles d'être prêtés, bien entendu « à des savants régnicoles bien connus après avoir pris l'avis du Conseil. »
Quand un manuscrit nous est demandé pour un pays étranger, nous l'adressons à l'ambassade de ce pays, laquelle le fait parvenir au destinataire avec plus ou moins de promptitude. Nous avons eu des cas où le volume est resté des semaines et des mois à attendre une occasion d'envoi. L'emprunteur nous expose ses doléances sur un retard qui ne vient pas de nous ; on réclame à la légation ; enfin le volume arrive entre les mains du savant qui doit le consulter. Alors il est abandonné entièrement à la merci de ce dernier.
Un de nos joyaux, un admirable manuscrit des Miracles de Notre- Dame de Gautier de Coinsy, fut, il y a quelque vingt-cinq ans, demandé par l'Institut de France en faveur de l'un de ses membres. Par faveur toute spéciale, la sortie est accordée et le volume remis au secrétaireperpétuel, Monsieur Villemain, lequel le transmit au savant dont alors on ignorait le nom. Le temps se passe, on réclame le précieux volume, Monsieur Villemain était mort entretemps, on ne trouve pas trace de l'emprunteur. Enfin après des correspondances et des phases d'inquiétude, le manuscrit se retrouve par hasard, grâce à un déménagement opéré pendant le siège de Paris. Mais enfin, il s'en est fallu de peu que le susdit joyau ne fût perdu.
Un autre joyau de notre fonds, un célèbre recueil anthologique du xn c siècle, provenant du cardinal Nicolas de Cusâ, un volume que, par une trop grande condescendance, on a laissé plus d'une fois dépasser nos frontières de l'Est, nous est rentré un jour, tout à fait disloqué, sali, montrant des taches de bière, sursaturé d'une acre odeur de tabac. Evidemment, il avait dû être utilisé pendant des séances du soir dans quelque bier-kcller, plutôt que dans le studio d'un travailleur. Depuis lors, on a dû le classer parmi les objets dont la sortie est interdite.
Nous possédons un Reinaert de Vos, du xv c siècle, acquis moyennant quatre mille francs, et ayant servi à l'édition faite par J. Fr. Willems. Dans le volume, se trouvaient collées, selon le témoignage de l'éminent éditeur, cinq vignettes ou miniatures, qui n'étaient pas très belles, dit-il, mais qui avaient le cachet de leur époque. Après Monsieur Willems, d'autres emprunteurs ont eu le volume et les vignettes en ont disparu, sans qu'on ait pu découvrir quand et par qui la disparition a été opérée.
Notre fameux recueil héraldique, dit de Gebre, parmi ses vénérables écussons du xiv° siècle, en étale deux ou trois qui sont visiblement
« tripatouillés » comme on dit aujourd'hui en langue verte. La chonique intime insinue que cette opération de changements d'émaux et de meubles est due à un généalogiste qui voulait vieillir de quelques siècles le blason de ses aïeux.
Je cite ces quelques exemples, je pourrais les multiplier. Ils suffisent à démontrer le péril auquel on expose un manuscrit en le laissant sortir de son habitacle officiel. Je maintiens pour le manuscrit ce que Ton dit du livre imprimé, en modifiant un peu l'assertion, à cause de la matière plus résistante qui compose le plus souvent le livre écrit : Il faut bénir la chance s'il rentre tel qu'il est sorti.
J'arrive au grand argument que l'on fait valoir en faveur du système de prêt au dehors, système que quelques-uns veulent étendre bien au-delà de ses limites actuelles, à l'argument de l'intérêt de la science.
Cet intérêt est assurément fort respectable, mais il n'a rien de commun avec la permission ou la défense de sortie d'un manuscrit. L'intérêt capital est que le manuscrit existe, qu'il soit à sa place, qu'il soit intact, qu'il puissse être consulté, qu'il soit à l'abri de toute vicissitude. Ce qu'on déguise sous le nom d'intérêt de la science, c'est tout simplement la convenance du travailleur. Il est fort commode, assurément, d'avoir à ses côtés, chez soi, le manuscrit dont on s'occupe, mais cette commodité doit céder à ces considérations que je viens d'exposer et qui sont, je crois, d'ordre supérieur.
Les communications entre les pays sont devenues si rapides, si faciles, et même si peu coûteuses, qu'il ne faijt plus un grand sacrifice d'argent et de temps pour se rendre au domicile d'un manuscrit. Si le travailleur ne peut réellement pas se permettre ce sacrifice, il y aurait lieu pour un état à lui venir en aide par un subside qui, souvent, ne dépasserait pas de beaucoup ce qu'il en coûte de frais d'envoi et d'assurance. Je pourrais citer des cas où ces frais atteignaient à peu près à la hauteur des frais d'un voyage.
Si le savant est dans l'impossibilité de l'entreprendre, il peut demander une copie, un collationnement, une reproduction photographique. Nous avons livré des transcriptions, opéré des comparaisons de textes, exécuté des clichés, étudié des difficultés littéraires pour les plus illustres savants de notre époque et je ne me rappelle pas qu'il soit jamais arrivé que nous n'ayons satisfaitj complètement à leurs desiderata. Notre correspondance, les minutes de nos lettres peuvent en témoigner.
En résumé donc, vu les inconvénients certains et les indiscutables dangers du prêt de livres et de manuscrits au dehors, je propose qu'une entente soit établie entre les gouvernements, pour en prohiber la communication internationale, sauf pour des cas exceptionnels, pour des travaux d'un intérêt supérieur, à déterminer ou à débattre, par voie diplomatique.
Je puis citer un de ces cas : la confection de la Bibliotheca belgica de notre éminent collègue, le bibliothécaire de Gand, Monsieur Ferdinand Van der Haeghen. Il serait hors de raison de ne pas admettre que, pour un travail de cette espèce, on doit faire fléchir les règles les plus absolues.
Mais, d'un autre côté, les gouvernements, pour favoriser le développement de la science, encourager les travaux de l'érudition, useront de largesse en faveur de ceux qui auraient besoin d'aller consulter au loin les matériaux conservés dans les dépôts publics. Il le peut en accordant des subsides pour le voyage, les frais de transcription, de photographie, etc. Ces dépenses ne seront point perdues : la visite des savants aux arsenaux des documents littéraires est toujours fructueuse. Il est arrivé plus d'une fois que, venant à Bruxelles pour consulter un seul codex, le voyageur s'y est arrêté pour y avoir découvert d'autres choses d'un grand intérêt pour lui.
Les gouvernements devraient encore instituer auprès de leurs grands dépôts nationaux des petites pépinières d'agrégés, des coadjuteurs, des apprentis bibliothécaires, peu importe le nom qu'on leur donne. Ce seraient des jeunes gens manifestant des dispositions pour devenir un jour de bons serviteurs du livre, auxquels on donnerait peu ou pas d'appointements, qui aideraient aux confections des catalogues, aux recherches nécessitées par les correspondances, devenues aujourd'hui très considérables, qui exécuteraient des copies, qui s'initieraient ainsi, petit à petit, aux devoirs d'une profession à laquelle on ne devient apte qu'après de longues années de pratique et de dévouement.
Moyennant cela, les intérêts de la science seront entièrement sauvegardés et les documents aussi. Les bibliothécaires verront sans doute augmenter leur besogne par cet accroissement de correspondance, mais ils seront délivrés du cauchemar qui les hante souvent, lorsque de précieux objets, confiés à leur responsabilité, ne sont pas sous leurs yeux et se trouvent exposés aux hasards les plus variés. Nous n'avons aucun intérêt personnel à vouloir conserver les manuscrits auprès de nous, car on ne peut pas supposer que nous cherchions à nous occuper demain du document que Ton nous demande aujourd'hui, et la peine de le remettre à un employé d'ambassade n'est pas énorme ; nous n'avons, on peut m'en croire, qu'un seul motif, dicté par une longue expérience, celui de conserver à nos successeurs, intact et complet, le précieux dépôt qui nous est confié. Et pénétrés que nous sommes du sentiment de ce grand devoir, nous croyons être de puissants distributeurs plutût que des extincteurs de lumière.
(Applaudissements.)
M. Du Rïeu. — Je dois protester de toutes mes forces contre les paroles que vous venez d'entendre. Depuis plus d'un quart de siècle, l'Université de Leyde donne ses livres en communication et ils rentrent toujours tous sans exception ; je dirai même qu'ils circulent dans toute l'Europe. Sans doute, les livres s'usent, mais au moins la science se
répand. Ce ne sont pas seulement nos livres que nous prêtons ; pendant les trente dernières années plus de deux mille manuscrits sont sortis de la bibliothèque et y sont tous rentrés.
Lorsque le feu a pris, la nuit, au cabinet de Monsieur Mommsen, à Charlottenbourg, il s'y trouvait un de nos manuscrits; mais le savant l'a sauvé de ses propres mains. Je me hâte d'ajouter qu'avant de savoir qu'il n'avait pas été détruit, j'avais écrit ceci à Monsieur Mommsen : « Qu'importe la perte de ce manuscrit, en comparaison des milliers de manuscrits que nous avons empruntés et qui nous ont permis de répandre la science à profusion ? Nous continuerons à vous communiquer nos manuscrits. » Cette lettre, publiée à mon insu par les journaux, a fait le tour du monde et ma déclaration a été acclamée en Amérique !
Je suis parfaitement d'accord avec Monsieur Ruelens au sujet de la voie diplomatique ; je ne suis pas du tout partisan de celle-ci ; les communications ne doivent se faire que de bibliothèque à bibliothèque ; les ouvrages donnés en communication sont alors examinés par les travailleurs sous la surveillance du bibliothécaire.
J'aurais presque honte de faire connaître le grand nombre de préfaces dans lesquelles j'ai eu le plaisir de voir citer mon nom avec une vive reconnaissance, parce que j'avais contribué à faciliter le travail des hommes d'étude, en permettant la sortie des manuscrits de la bibliothèque de l'Université de Leyde.
(Applaudissements.)
M. Van der Straeten Ponthoz. — J'avais demandé la parole pour répondre au magnifique travail dont nous a donné lecture Monsieur Ruelens, avant qu'aucun bibliothécaire ou aucun conservateur d'archives eût pu formuler son opinion. Il y a longtemps que Monsieur Ruelens professe les idées qu'il vient de développer d'une manière très spirituelle, très sérieuse, très profonde et absolument vraie.
Au nom des bibliophiles et des travailleurs, en général, qui regretteront certainement de ne plus avoir à leur disposition, dans leurs cabinets, lorsqu'ils sont souffrants, les livres dont ils ont besoin, je remercie cependant Monsieur Ruelens des observations qu'il a présentées. Je ne change pas d'avis, même après les considérations qu'a fait valoir l'honorable conservateur de la bibliothèque de l'Université de Leyde, qui a insisté sur les avantages immenses résultant de la diffusion des livres et des manuscrits.
Lorsqu'une bibliothèque possède des doubles, l'inconvénient du prêt au dehors n'est pas considérable ; cependant il faut tenir compte de l'indiscrétion de la plupart des emprunteurs ; ceux-ci font chercher des livres soit par leurs domestiques, soit par d'autres personnes, et ils conservent les volumes empruntés, pendant dix ou quinze jours, et même plus.
Lorsqu'on possède un trésor comme la bibliothèque de Bourgogne, par exemple, il faut nécessairement prendre des mesures de conservation pour empêcher les manuscrits de courir le moindre danger.
La longue expérience que j'ai acquise me permet de tenir ce langage et je remercie encore une fois Monsieur Ruelens de sa proposition.
M. Vollen. — Lorsque j'ai entendu les observations de Monsieur Ruelens, je me suis dit aussi, dans mon amour de bibliophile, qu'il fallait garder soigneusement les manuscrits dans les bibliothèques. Mais lorsque j'ai entendu les paroles de Monsieur Du Rieu qui s'est placé au point de vue si élevé de la dispensation de la lumière à tous, alors mon amour pour le progrès et pour la diffusion de la science l'a emporté sur toute autre considération.
D'ailleurs Monsieur Du Rieu nous a appris que l'envoi des manuscrits se faisait directement aux bibliothèques qui en prennent la responsabilité et nullement à des particuliers. Il n'y a plus aucune crainte à avoir sous ce rapport. Monsieur Du Rieu nous a parlé aussi de son expérience d'un quart de siècle et il nous a dit que, sur un nombre énorme de manuscrits communiqués, pas un seul n'a été perdu.
Le système de Monsieur Du Rieu doit donc être acclamé par tous les savants, car il fait des bibliothèques de généreuses dispensatrices de lumière pour la science et le progrès universels.
(Applaudissements.)
M. Roger de Goey. — En 1880, je me suis rendu de Londres à Bruxelles pour consulter un volume. Il m'a été dit qu'il était en lecture. Il était entre les mains d'un académicien. J'ai dû m'adresser personnellement à ce dernier, sinon j'aurais dû repartir, après avoir fait un voyage inutile. Les difficultés de ce genre sont évitées du moment où les volumes sont confiés de bibliothèque à bibliothèque.
Supposez que quelqu'un arrive de Philadelphie pour consulter des papiers; il s'agit d'un fils d'émigré, par exemple.
M. Du Rieu. — Il peut avertir de son arrivée. Je me hâte d'ajouter que tous les émigrés ont leurs noms sur fiches à la bibliothèque de l'Université de Leyde.
M. Roger de Goey. — Ce n'est pas la question. Ne peut-il pas arriver qu'on se présente chez vous pour avoir un volume et que vous répondiez qu'il est parti pour Rome ?
M. Du Rieu. — C'est une exception.
Un Membre. — On ne viendra pas de Philadelphie sans annoncer son arrivée par écrit.
M. Stein. — On doit avertir huit ou quinze jours d'avance ; alors le bibliothécaire est prévenu et il peut faire le nécessaire.
M. Roger de Goey. — Le cas auquel j'ai fait allusion tout-à-1'heure était différent ; j'étais venu à Bruxelles dare, dare, pour faire des recherches dont j'avais besoin immédiatement.
M. Delbeke. — J'ai été très étonné d'entendre cette discussion, car il me semblait qu'il n'y avait pas de divergence d'opinion possible. Un conservateur conserve le bien de tous. Sans doute, pas plus que personne ici, je n'aime les conservateurs qui conservent trop, qui regardent comme leur bien personnel ce qui appartient, en réalité, à tout le monde. Nous avons tous connu le conservateur de livres, de médailles ou d'estampes, qui garde ces trésors avec un soin trop jaloux ; le public ne peut les approcher. Il ne s'agit pas de mettre à la mode des conservateurs de cette espèce. Mais je n'admets pas qu'on enlève aux objets nationaux leur domicile fixe, ou du moins, qu'on les fasse sortir du contrôle publie.
On parle de l'intérêt de la science qui nécessite la circulation des livres et des manuscrits. Or, il s'agit surtout des commodités du travailleur. Si un savant a un intérêt primordial à venir consulter un ouvrage, il se déplacera aisément, car les communications sont très faciles de nos jours.
Je n'ai rien entendu, dans le discours de Monsieur Du Rieu, qui fasse tort au discours de Monsieur Ruelens. Mais ces Messieurs ne s'entendent pas, parce qu'ils ne parlent pas du même objet. Monsieur Ruelens s'élève surtout contre la sortie des objets confiés aux dépôts publics et qu'on fait entrer momentanément dans des domiciles particuliers. L'honorable membre a cité le cas de Villemain ; cela est tout différent de l'hypothèse où se place Monsieur Du Rieu qui parle de la circulation des livres dans les bibliothèques publiques.
La question est donc double : Peut-on laisser sortir des objets appartenant à des dépôts publics pour les confier, sans aucun contrôle, à des particuliers ? Je dis que cela n'est pas possible. Peut-on faire des envois d'une bibliothèque à une autre bibliothèque, pour que les intéressés puissent venir prendre connaissance, sous l'œil du bibliothécaire, des ouvrages qui sont envoyés dans cette autre bibliothèque ? Cette seconde question peut être résolue affirmativement.
M. Henri Hymans. — H y a une utopie séduisante qui consiste à mettre généreusement à la disposition des savants les choses qui les intéressent au point de vue scientifique. Cela a une portée universelle.
Sans doute, je ne suspecte pas l'honorabilité des conservateurs à qui l'on confie certains dépôts ; les conservateurs doivent mettre à l'abri de tout danger les trésors qui sont placés sous leur garde, et ils s'acquittent soigneusement de ce soin. Mais il convient deHenir compte des inconvénients résultant du transport des livres et des manuscrits. Voilà l'importance de la question, et j'appelle sur ce point la très sérieuse attention de la section.
M. le Président. — Voici la proposition de Monsieur Ruelens :
Défense de laisser sortir ou d'envoyer à l'étranger les manuscrits des bibliothèques publiques, sauf dans des cas exceptionnels, et ce dans l'intérêt de la science.
M. Delbeke. — Je voudrais diviser la proposition :
1° Défense absolue de laisser sortir des objets des dépôts publics, pour les remettre à des particuliers ;
2° Autorisation de confier des objets à d'autres dépôts publics.
M. Ch. Ruelens. — Sur dix manuscrits demandés pour l'Allemagne, il y en a certainement sept qui sont réclamés par des individus n'habitant pas une ville où il y a une bibliothèque.
M. Van der Straeten-Ponthoz. — Il se peut aussi qu'une autre bibliothèque n'ait pas le même règlement.
M. le Président. — Il est à remarquer qu'on prend encore plus de soin, si c'est possible, des manuscrits et des livres imprimés qui arrivent dans une autre bibliothèque. Il importe toutefois de ne pas avoir recours à la voie diplomatique qui est détestable ; les livres et les manuscrits reviennent toujours détériorés.
La proposition de Monsieur Ch. Ruelens est mise aux voix et adoptée. Monsieur Ch. Ruelens est nommé rapporteur.
M. le Président. — Nous sommes arrivés au terme de nos travaux et je vous donne rendez-vous à l'assemblée générale de cette après-midi.
M. le Comte de Marsy. — Avant de nous séparer, nous avons un devoir à remplir ; c'est de remercier les membres du bureau qui se sont acquittés de leur tache avec tant de tact et d'intelligence.
(Applaudissements.)
La séance est levée à midi.
our se conformer aux dispositions réglementaires arrêtées par le Comité organisateur de la Conférence, les trois sections se réunissent en assemblée plénière dans la grande salle du Cercle artistique, à deux heures de relevée.
La séance est ouverte sous la présidence de Monsieur Charles Ruelens.
M. le Présioent. — J'ai l'honneur de vous annoncer la présence parmi nous de l'éminent Bourgmestre d'Anvers, protecteur de notre oeuvre et son Président d'honneur.
(Applaudissements.)
M. de Wael. — Il me tardait de venir à cette savante assemblée pour saluer en vous les dignes représentants d'un art qui a toujours été en honneur chez nous. L'administration communale est heureuse de vous voir ouvrir la première Conférence du Livre dans la ville illustrée autrefois par le talent de Plantîn.
Mes travaux ne me permettront pas d'assister constamment à vos débats, mais soyez assurés que je les suivrai cependant avec le plus vif intérêt, charmé si je pourrai trouver l'occasion de les favoriser.
Un mot encore. J'ai appris ce matin que la présence en cette ville d'un grand nombre de membres de cette Conférence si intéressante ne coïncidait pas avec l'inauguration du nouveau Musée des Beaux-Arts. En effet, cette solennité ayant lieu lundi prochain et ces Messieurs devant pour la plupart quitter la ville dimanche, ils se seraient trouvés dans l'impossibilité de visiter nos galeries. J'en aurais éprouvé personnellement un profond regret. J'ose le dire, sans modestie, notre œuvre a réussi complètement et j'aurais été peiné que des hommes ayant des sentiments artistiques comme vous, n'eussent pas pu admirer nos tableaux. C'est pourquoi j'ai donné ordre qu'on vous reçoive à l'heure et au jour qui vous conviendront.
(Applaudissements.)
La même coïncidence fâcheuse se présentait pour le Musée d'Antiquités du Steen ; mais j'ai ordonné que vous y soyez admis individuellement dès aujourd'hui, sur la présentation de votre carte de membre de la Conférence. Au Steen, comme au Musée des Beaux-Arts, vous pourrez constater ce qui a été fait par l'administration communale pour que la réussite soit complète. Nous avons fait appel à la complaisance de tous ; des Commissions ont été instituées et c'est grâce à leurs connaissances spéciales et à leur grand zèle que nous avons pu mener la chose à bonne fin.
Je serais heureux si, après la visite que vous aurez faite à ces deux établissements, vous pouviez me faire savoir indirectement que vous avez éprouvé de la satisfaction ; j'aurai ainsi la conviction d'avoir fait tout ce qui dépendait de moi pour recevoir, comme ils le méritent, des étrangers de votre qualité.
(Applaudissements.)
M. Max Rooses. — Je vous propose de nous rendre ensemble au Musée des Beaux-Arts après la clôture de la séance. Monsieur Génard et moi, nous avons été chargés par Monsieur le Bourgmestre de vous servir de guides.
Monsieur Morel empêché de remercier lui-même pour l'honneur qui lui est fait, me charge de témoigner sa reconnaissance à la Conférence, en ajoutant qu'il envisage cette distinction comme un hommage rendu à la haute institution internationale qu'il représente, l'Union de la propriété littéraire et artistique, et qu'il est heureux de pouvoir déclarer devant cette assemblée que le Bureau, organe central de l'Union, ne demande qu'à être utile à la cause qu'ont eu en vue les onze états qui ont créé ce lien international.
M. le Président. — La parole est à Monsieur Aulit, secrétaire de la première section, sur la question suivante ;
Adoption d'un système général de détermination des formats.
M. Aug. Aulit. — Conformément au programme des travaux arrêtés par le Comité d'organisation, j'ai l'honneur de faire rapport, au nom de la première section, sur la question de l'adoption d'un système général de détermination de formats.
Cette question a fait l'objet, dans la section, d'une discussion longue et compliquée, où des opinions diverses ont été émises, notamment par Messieurs Dauby, le Comte de Daugnon, P. Buschmann, le Marquis de Granges de Surgères, Van Lee, Jorissenne, Dyckmans, etc.
Je ne crois pouvoir mieux faire que de présenter aux délibérations de votre assemblée, comme base et point de ralliement de la discussion, le discours de Monsieur Dauby, qui me semble le mieux approprié à cet objet.
Je me permettrai donc de vous faire, in-extenso y la lecture de ce discours. (Voir page 8.)
Je termine le savant et lumineux exposé, que vous venez d'entendre, en faisant, des conclusions de celui-ci, les conclusions de mon rapport à cette assemblée :
1° La Conférence du livre invite les libraires, les éditeurs, les fabricants de papier, les imprimeurs, relieurs et brocheurs des divers pays, à uniformiser les dimensions, d'après le système métrique, des divers formats en usage pour les livres et brochures, avec détermination de hauteur et largeur pour les ouvrages rognés ou non rognés, d'après une échelle à fixer, soit par les chambres syndicales, soit par une assemblée des intéressés ou par des associations spéciales. Elle recommande ensuite une entente internationale à cet égard et particulièrement l'application de cette uniformité à la direction des bibliothèques publiques.
2° Elle recommande également pour les Journaux officiels, les Annales et Documents parlementaires des divers pays et notamment de ceux qui ont adhéré déjà ou qui adhéreront par la suite à la Convention internationale du 15 mars 1886, l'adoption pour ces publications d'un format uniforme et aisément maniable, par exemple celui de 33x24 centimètres, déjà en usage en Belgique et en France, avec les subdivisions susindiquées en volumes distincts.
M. le Président. — Il y a lieu de discuter cette question ; les membres de l'assemblée générale peuvent émettre là-dessus leur opinion. Il me semble que la question n'a pas été traitée tout-à-fait dans son ensemble. Dans le programme, il avait été dit qu'on discuterait surtout la question de savoir ce qui formait un in-folio, un in-quarto ou un in-octavo. Nous devons
arriver à déterminer les formats et même à leur donner un nom. Conservera-t-on les dénominations de in-folio, in-quarto ou in-octavo ? Ces termes n'ont plus de signification actuellement, attendu qu'aujourd'hui, avec les presses de grande dimension dont on se sert, il n'y a plus rien en fait de in-quarto, in-octavo, etc. Tout est laissé à l'arbitraire de l'imprimeur et de la presse.
Il y aurait à examiner la question sous ce rapport. Monsieur Deslandes a traité cette question d'une manière complète et il pourrait peut-être nous éclairer.
M. Dauby. — Je dois quelques explications à notre excellent président, qui ne me paraît pas avoir très bien compris la portée des résolutions qui ont été adoptées par la première section.
L'honorable président invoque le nouveau système des presses en vertu duquel il n'y aurait plus de format. Toutes ces presses, les hommes pratiques le savent, sont divisibles et mettent au format voulu. La grande difficulté, c'est d'avoir, par exemple, dans une bibliothèque, des ouvrages qualifiés de in-octavo, ayant 10, 15, 20 hauteurs différentes. Nous voulons mettre un terme à cet état de choses, et tel est le but de notre proposition. Peu importe la dénomination ; si celle-ci a un caractère métrique ; si l'on dit, par exemple, que l'in-quarto aura 33 sur 24 centimètres ou 33 sur 26, il est évident que dans tous les pays les imprimeurs et les fabricants de papier, les relieurs, les rogneurs et les brocheurs essayeront de se conformer à ce format.
Quant à la dénomination, il est clair qu'elle diffère selon les pays. Nous ne pourrions pas avoir une délimitation en fait de mesure. Je propose, au contraire, de laisser en usage les formats qui sont consacrés par de nombreuses années d'expérience, mais de limiter la hauteur et la largeur de ces formats.
Je crois que c'est bien là, la pensée de l'auteur de la proposition.
C'est à cause de cette grande diversité des formats, à cause des ennuis que cela occasionne pour les bibliothèques publiques comme pour les bibliothèques privées, pour les imprimeurs comme pour les rogneurs, pour les relieurs comme pour les libraires, qu'il importe d'avoir une délimitation exacte des formats. Tel format aura telle mesure, tel format telle autre mesure, procédant du système métrique.
Voilà, selon moi, les termes de la question et si nous parvenons à la résoudre, nous aurons rendu aux industries intéressées un service considérable.
M. le Président. — Je voulais également faire la proposition de préciser dès à présent, les différentes grandeurs des formats et de demander aux imprimeurs d'indiquer à l'avenir le format en-dessous de la date, c'est-à-dire, les dimensions en hauteur et en largeur. On saurait ainsi exactement dans quelles limites rentre le volume, si c'est un in-quarto ou un in-octavo.
M. Van der Haegen. — Il s'agit exclusivement de livres modernes, je suppose.
M. le Président. — Evidemment, nous ne légiférons que pour l'avenir.
M. Plon. — Je ne vois pas qu'il soit pratiquement possible d'obliger les imprimeurs et éditeurs à rester dans un format déterminé. Nous choisissons nos formats d'après les besoins auxquels ils doivent répondre.
Je comprends parfaitement l'idée de notre président. Les dénominations de formats ne répondent plus aujourd'hui à la réalité des choses. Lorsqu'on parlait, dans le temps, d'un in-quarto ou d'un in-octavo, les livres, ainsi dénommés, avaient un format, à peu de chose près, le même et chacun savait à quoi s'en tenir ; mais aujourd'hui, grâce au papier sans fin et aux machines, on coupe les papiers à toutes les dimensions et on les plie comme on veut. On y trouve parfois une économie de tirage et le public en profite. Or, il ne faut pas que l'on empêche les imprimeurs et les libraires de prendre des dispositions leur permettant d'imprimer les livres dans les meilleures conditions de bon marché et d'en faire profiter le public acheteur de livres.
Il est tout naturel que l'éditeur du livre et l'imprimeur fassent fabriquer leur papier comme ils l'entendent et arrangent le format de leurs livres selon leur fantaisie ou leur intérêt. Ils doivent avoir la liberté de faire telle combinaison qui diminue le prix du livre. Cela répond à un besoin.
D'autre part, si vous avez à imprimer un livre avec des illustrations, des reproductions, des tableaux, des plans, des modèles, les planches peuvent vous obliger à faire choix d'un format spécial.
Allez-vous vous opposer à cela ? Votre opposition ne servirait à rien, car, vous ne pouvez pas légiférer sur ce point là, il n'est pas un pays qui fera une loi pour défendre à l'imprimeur ou à l'éditeur d'imprimer un livre, ayant telle ou telle dimension. On continuera donc à faire le livre comme on le fait aujourd'hui.
Je m'insurge donc contre l'idée de vouloir obliger les imprimeurs et éditeurs à imprimer et à éditer des livres dans un format déterminé et à les mettre sur un lit de Procuste.
Pour un ouvrage illustré, par exemple, si les gravures se prêtent à un format oblong, vous aurez un livre oblong ; si, au contraire, elles exigent un format carré, vous aurez un livre carré. Si vous avez à éditer un ouvrage sur les finances, avec des tableaux de chiffres, et, s'il faut que les colonnes s'alignent, de manière à présenter à l'œil certains résultats, votre format sera influencé par là, cela va de soi.
Il faut donc laisser à l'imprimeur et à l'éditeur une liberté absolue et ne lui demander autre chose que de produire un beau livre. (Applaudissements. )
Ce qui me paraît extrêmement juste, dans la question posée, c'est que nos dénominations de formats, ne répondent plus à la réalité des
choses ; il y a des in-quarto de différentes grandeurs, de sorte que, lorsqu'on dit un in-quarto, personne ne sait ce que cela signifie. On pourrait dire, cela me semblerait parfaitement juste, que tout livre qui aurait autant sur autant, approximativement, serait classe parmi les in-quarto, parmi les in-18 ou parmi les in-32. Ce serait plus commode pour le* public, parce que lui ne sait pas comment on plie une feuille de papier et qu'il n'a pas besoin de le savoir ; tandis qu'il saura, lorsqu'on lui parlera d'un in-quarto, que le livre a telles dimensions.
Il achètera donc un volume de tel format, sachant qu'il peut le placer sur tel rayon de sa bibliothèque.
J'ai parlé d'une mesure approximative, parce qu'il faudra quelquefois que certains ouvrages aient des dimensions un peu plus ou un peu moins grandes, suivant les besoins. Ceux qui sont du métier comprendront parfaitement ce raisonnement.
M. le Président. — Comme le dit fort bien Monsieur Pion, nous ne pouvons plus sortir de la dénomination. Il faudrait donc arriver à légiférer dès à présent et à tracer un tableau de ce qu'on appellera in-folio, in-quarto, in-octavo, etc. C'est tout ce que nous pouvons faire et nous ne pouvons pas dépasser cette mesure.
M. Dauby. — C'est précisément ce qu'on demande. M. le Président. — Vous voulez aller plus loin. Nous admettons le système métrique, mais, Monsieur Dauby vaudrait provoquer une entente internationale, pour que tel livre fût imprimé dans tel format et tel autre livre dans tel autre format. C'est absolument différent.
M. Dauby. — Il me semble qu'il y a une sorte de malentendu. La première section demande purement et simplement la hauteur et la largeur des formats. Il est évident que nous n'entendons en aucune façon porter préjudice à l'état de choses existant, en ce qui concerne la liberté de l'éditeur, de l'imprimeur et du libraire. Il est évident, comme le disait tout-à-1'heure avec raison Monsieur Pion, que si des tableaux, des cartes, des plans exigent un format supérieur, l'éditeur aura toute liberté d'adopter ce format. Mais là n'est pas la question ; il s'agit de déterminer les limites des formats. J'ai eu l'honneur de signaler dans mon rapport un volume Varia, que j'ai eu entre les mains dernièrement. Il comportait vingt grandeurs différentes sous le titre générique d'in-octavo. C'est un abus. La Conférence a autorité pour signaler les inconvénients d'un pareil abus. Nous demandons purement et simplement qu'on détermine, par une mesure métrique quelconque le dénomination des formats, c'est-à-dire, qu'on décide que l'in-quarto aura tel format, l'in-octavo tel autre format, etc. Je pense que, dans ces conditions, Monsieur Pion ne fera pas d'opposition ? M. Plon. — Monsieur Deslandes vient de me dire qu'il est, comme moi, d'accord, la proposition étant ramenée à ces termes.
M. le Président. — Il faudrait pouvoir dire qui fera ces déterminations.
M. Dauby. — Les chambres syndicales, les associations particulières d'éditeurs, libraires, imprimeurs, détermineront cette échelle.
M. le Président. — Il faudrait alors arriver à une entente entre syndicats.
M. Dauby. — Chaque pays s'en occupera, c'est la première chose à faire. Nous allons créer des relations internationales, nous sommes un congrès international, dans lequel l'Allemagne, l'Italie, la France, l'Autriche, l'Angleterre et d'autres pays encore sont représentés. Les délégués de ces pays répandront chez eux les fruits de nos débats, ils diront pourquoi nous demandons telle chose et lorsque les syndicats et les associations particulières auront déterminé les formats, les pays s'entendront entre eux.
M. Plon. — Ce n'est pas l'affaire des imprimeurs et des éditeurs de déterminer les mesures ; pour les gens du métier ce sera toujours, en raison de la pliure du papier, qu'un volume sera un in-folio, un in-quarto ou un in-octavo.
Il appartient aux bibliothécaires des grandes bibliothèques, comme la Bibliothèque royale de Bruxelles, la Bibliothèque Nationale de Paris, le British Muséum de Londres, de déterminer ces mesures et de nous dire ce qu'ils trouvent commode d'appeler un in-folio ou un in-octavo. Quand ils se seront mis d'accord, ils nous le diront et nous cataloguerons nos livres conformément à leurs vues.
M. Boger de Goey. — Je proteste de toutes mes forces contre l'idée qu'il faille faire des livres pour les rayons. Je n'ai jamais compris une chose pareille. Cette idée me paraît absolument baroque; cela n'a pas de nom !
Des Membres. — Aux voix ! Aux voix !
M. le Président. — Il faudrait une formule. On pourrait dire qu'il serait désirable que les gouvernements s'entendissent pour nommer une Commission internationale.
M. Van der Haeghen. — Autrefois tous les livres avaient un format bien déterminé ; tous les in-folio, les in-quarto et les in-octavo avaient les mêmes dimensions; ne pourrait-on pas pour les livres modernes qui ont à peu près les dimensions anciennes conserver les dénominations anciennes ?
Un Membre du Bureau. — Pour suivre une marche régulière, il faut que l'on se prononce sur la proposition qui a été formulée par Monsieur Dauby. Si on veut l'amender, qu'on l'amende, mais on ne peut pas par une sorte de mauvaise volonté
M. Boger de Goey. — Qui émane surtout du bureau. Qu'on donne lecture des conclusions, qu'on vote et que cela finisse.
M. le Président donne lecture de la proposition de Monsieur Dauby.
L'application de ce système me paraît assez difficile. On pourrait peut-être se borner à la dernière partie de la proposition.
(Aux voix, aux voix !)
M. Roger de Goey. — S'il y a des amendements, qu'on les mette d'abord aux voix ; on mettra ensuite aux voix la proposition principale, s'il y a lieu.
M. le Président. — Y a-t-il des amendements ?
M. Roger de Goey. — S'il n'y a pas d'amendements, il faut mettre aux voix la proposition principale.
M. Baer. — La question est décidée depuis longtemps ; il n'est plus nécessaire de se prononcer sur la question de savoir ce qu'on entend par in-quarto, in-octavo, in-12 etc. Rien n'est changé à cet égard. Tous ceux qui s'occupent de livres savent ce qu'on entend par là.
M. le Président. — Je crois, au contraire, que tout le monde n'est pas d'accord là-dessus.
Je mets aux voix la proposition de Monsieur Dauby.
M. Dauby. — C'est la proposition de la première section.
M. le Comte de Daugnon. — J'ai assisté à la première section et je tiens à faire connaître que cette question a été examinée de très près. Si des membres estiment qu'il y a des amendements à formuler, qu'ils les présentent à l'assemblée et celle-ci décidera. Mais il est inutile de discuter davantage.
La proposition est mise aux voix et n'est pas adoptée.
M. Van der Borght. — Je viens d'apercevoir des membres de la première section qui ont voté pour la proposition en section et qui viennent de voter contre la même proposition en assemblée générale. Ils sont absolument en contradiction avec eux-mêmes.
M. le Président. — Le bureau est d'avis que, de la manière dont elle vient d'être formulée, la proposition est repoussée. Elle doit donc être amendée et faire l'objet de nouveaux débats.
Une Voix. — Renvoyons-la à la section.
M. le Président. — Je crois en effet que c'est ce qu'il y a de plus pratique à faire.
M. Dauby. — Je vous ferai remarquer, Monsieur le Président, que la proposition renferme deux points distincts, et vous n'avez mis aux voix que le premier.
La seconde partie vise les publications officielles. Les conclusions sur ce point ne présenteront peut-être pas, aux yeux de l'assemblée, les mêmes inconvénients.
M. le Président. — Le second point est, en effet, relatif aux journaux officiels, annales parlementaires, etc.
M. Dumercy. — Si je comprends bien les conclusions, elles tendent à demander à l'assemblée de donner, aux divers gouvernements, des conseils sur la meilleure manière de faire leurs publications officielles, tout au moins en ce qui concerne le format de ces publications.
Je ne pense pas que nous puissions, sans une certaine présomption, donner des conseils de ce genre.
Une Voix. — Il ne s'agit pas de donner des conseils.
Un Membre. — On peut toujours exprimer un vœu à ce sujet.
M. Dumercy. — Je n'en vois pas les avantages. J'y vois, au contraire, des inconvénients : un de ces inconvénients, c'est l'uniformité.
Moi, qui ne suis qu'un simple lecteur des recueils officiels, dans la moindre mesure possible, je l'avoue, je m'inquiète assez peu de leur format. La question de savoir quel est le format le plus avantageux à donner à ces instruments administratifs, ne peut être résolue que par les gouvernements eux-mêmes. Je comprends que les gouvernements recherchent les moyens d'avoir, pour leurs publications officielles, le plus grand nombre possible, sinon de lecteurs, au moins d'abonnés ; mais cela ne nous regarde pas.
Que nous importe, à nous, qu'un gouvernement publie ses décrets en in-octavo ou en in-quarto ? Cela ne fera absolument rien à leur caractère obligatoire. La loi n'a pas besoin d'être aimable. On nous dira : Il est bon, il est utile, au point de vue de la symétrie, que tous les gouvernements s'entendent. Comme le disait très justement un de mes voisins, on tend constamment les bras, de nos jours, à une entente internationale, afin de résoudre toutes les difficultés possibles et impossibles. Mais est-ce une chose bien désirable, au point de vue pittoresque, que de Voir, après l'unité de nos rues tirées au cordeau, l'unité des recueils officiels, l'unité du style officiel et l'unité de toutes les choses de ce monde? Je ne le crois pas, et, pour ma part, je ne le désire pas. Je proteste contre cette tendance, au point de vue de l'art même. Si je ne craignais d'être banal, je dirais : « L'ennui naquit un jour de l'uniformité ». On finira par aboutir à l'uniformité des uniformes.
J'estime donc qu'il y a lieu d'opposer la question préalable. Laissons les gouvernements faire ce qui leur plaît en cette matière comme en beaucoup d'autres, et déclarons-nous très modestement incompétents.
M. Stein. — Si nous n'avons ni vœux à émettre, ni conseils à donner à personne, je me demande pourquoi nous sommes ici ; autant vaut nous séparer immédiatement.
Je me demande, d'autre part, ce qu'il faut entendre par publications officielles ; le terme est assez général. Si nous entendons par là les journaux officiels, il faudrait les mentionner. Si nous disons : « publications officielles », les auteurs de la proposition comprendront peut-être par là les catalogues des musées, par exemple, qui sont des publications officielles rédigées par des personnes appartenant au monde officiel, avec l'argent du gouvernement. Or, on ne saurait obliger les conservateurs des musées de l'état, ceux de province surtout, à avoir des catalogues de trois ou
quatre pages dans un grand format. Cette proposition me semble donc irréalisable.
M. le Comte de Daugnon. — II me semble que nous devrions nous mettre d'accord, si non nous perdrons beaucoup de temps et nos trois jours s'écouleront sans que nous ayons fait quelque chose de sérieux. La proposition de Monsieur Dauby a été discutée au sein de la première section où il y avait environ soixante membres.
Plusieurs Membres. — Et il y a eu unanimité.
M. le Comte de Daugnon. — Toutes les difficultés ont été soulevées et résolues. Si la question n'est pas suffisamment élucidée, je prierai Monsieur le Président de demander à Monsieur le Secrétaire de donner des explications dans le sens de celles qui ont été fournies par Monsieur Dauby à l'égard des publications officielles. Mais si nous ne pouvons pas émettre de vœu, nous n'avons qu'une chose à faire, c'est de prendre notre chapeau et de nous en aller ! Certes, dans aucun congrès, il ne s'agit d'imposer aux gouvernements des mesures à prendre ; mais je me souviens d'avoir assisté à un congrès relatif aux droits d'auteurs, à une époque où ces droits n'étaient reconnus dans aucun pays du monde, et actuellement les droits d'auteurs sont réglés par des lois. Rappelez-vous le congrès de Genève. Voilà ce que peut produire la puissance des congrès. J'espère que petit à petit les droits d'auteurs seront respectés dans tous les pays du monde. Encore une fois, nous ne pouvons imposer notre opinion à personne, mais nous sommes ici une réunion de gens pratiques, dépensant de l'argent et du temps pour venir à Anvers discuter des questions qui intéressent le public, et faisant leur possible pour se rendre utiles non seulement à leur pays respectif, mais au monde entier. Il s'agit, en effet, de questions qui intéressent tout le monde, et, dans ces conditions, je crois que les gouvernements doivent tâcher de donner satisfaction aux vœux que nous émettons, dans la mesure du possible.
(Applaudissements) .
M. Roger de Goey. — Je demande que les sections soient supprimées et qu'il n'y ait plus de discussions qu'en assemblée générale.
Des Membres. — Il est permis d'amender les propositions des sections.
M. Roger de Goey. — Sans doute, mais il vaudrait mieux travailler ensemble que de faire en section une besogne qui peut être sans utilité.
Nous aurions alors cinq heures pour travailler ensemble et nous ferions plus de besogne.
Un Membre. — Je propose de remettre aux voix la première partie de la proposition de Monsieur Dauby.
M. Roger de Goey. — Il y a beaucoup de membres qui n'ont pas saisi la portée du vote. Il en est qui ont voté contre les conclusions croyant voter pour.
M. Aulit donne une nouvelle lecture de la proposition de la première section.
M. le Président. — On a décidé de renvoyer la question à la section.
M. Roger de Goey. — La section a été unanime à voter les conclusions, elle ne pourra pas proposer autre chose. Je demande donc qu'il soit procédé à un nouveau vote.
M. Paul Buschmann. — Toutes les considérations qu'on vient d'émettre ici pour et contre la proposition de Monsieur Dauby ont été discutées dans la réunion de ce matin. Malheureusement le rapport n'en fait pas mention ; il ne reproduit que les arguments avancés par Monsieur Dauby, sans tenir compte des objections qui y ont été faites ; c'est bien regrettable, parce que celles-ci motivent et expliquent les conclusions qui, comme vous avez dû le remarquer, sont conçues dans un sens très général. On n'a pas fixé de mesure on a abandonné la fixation des mesures à un syndicat qui aurait éventuellement à s'occuper de cet objet.
Si nous allons rentrer dans tous les détails de la discussion de ce matin, nous n'en finirons pas, nous devons nécessairement nous en tenir à la question de principe et je propose de soumettre à l'assemblée générale, non pas les considérants, non pas les arguments, mais les conclusions pures et simples qui ont été formulées par la section. C'est le seul moyen d'arriver à une solution.
La discussion qui vient de se produire a certainement mis dans les esprits plus de confusion que de lumière. Tout le monde comprenait ce matin et savait ce qu'il votait, tandis que maintenant certains membres qui sont favorables aux conclusions ont fait erreur et ont émis un vote négatif. Ce ne sont cependant pas les considérations émises ici qui ont pu les faire changer d'avis, puisqu'aucun argument nouveau n'a été produit. La confusion que je signale est la conséquence aussi naturelle que déplorable d'un rapport incomplet.
M. le Président. — Les sections émettent des vœux, mais il faut qu'ils soient ratifiés par l'assemblée générale, et celle-ci a évidemment le droit d'approuver ou d'improuver les conclusions des sections.
Un Membre. — Qu'on remette les conclusions aux voix.
M. Rooses. — Il n'est pas inutile de discuter en section comme on a semblé vouloir le dire ; mais il faut admettre également la discussion en assemblée générale. Si vous ne l'admettez pas, à quoi sert l'assemblée générale ? Simplement à entériner les décisions des sections. Si notre rôle doit se borner à entendre le résumé de ce qui s'est dit en section et à opiner du bonnet, autant vaut supprimer les assemblées générales.
Mais, s'il faut bien permettre jusqu'à un certain point de discuter les questions qui ont déjà été examinées au sein des sections, il est aussi à désirer que les discussions se renferment dans certaines bornes, sinon il n'y aura pas moyen d'aboutir. Au contraire, une discussion sage et modérée
me semble nécessaire pour donner de l'intérêt aux assemblées générales et pour donner aux votes la valeur de décisions prises par la Conférence tout entière.
(Marques d'approbation.)
M. le Président. — Nous devons donc considérer que la première partie de la proposition a été repoussée, c'est-à-dire qu'on la soumettra de nouveau à l'examen de la section compétente. Je vais mettre maintenant aux voix la seconde partie de la proposition. Il ne s'agit ici que d'émettre un simple vœu et je crois que nous pouvons, sans difficulté et sans crainte, procéder de la sorte. Nous ne recommandons absolument rien ; nous ne donnons pas même un conseil aux gouvernements ; nous exprimons un simple désir. Je crois que ce vœu peut être adopté par tout le monde ; il s'agit, en effet, d'une mesure très utile et très acceptable.
La seconde partie de la proposition est mise aux voix et adoptée à une grande majorité.
M. le Comte de Daugnon. — La première partie de la proposition n'ayant pas été acceptée, je désire savoir sur quelles bases nous devrons travailler en section demain. Je n'ai pas vu se produire la moindre opposition, et je ne comprends pas que la première partie de cette proposition n'ait pas été adoptée. Franchement, je ne sais pas ce que nous aurons à faire demain et je prie l'honorable Président de bien vouloir nous éclairer à ce sujet.
M. Roger de Goey. — Voulez-vous avoir l'obligeance de donner lecture de la motion d'ordre que j'ai fait parvenir au bureau.
M. le Président. — Voici cette motion d'ordre : Les sections sont supprimées ; tous les travaux se font en commun.
Cette proposition est absolument contraire aux statuts.
(Rires.)
M. Roger de Goey. — Je ne comprends pas ces rires ; ce que je propose est parfaitement logique. L'assemblée a usé de son droit en rejetant la première partie de la proposition, et elle a accepté la seconde partie qui est simplement le corollaire et l'application de la première. Dans ces conditions, que voulez- vous que fasse la section ? Vous venez de lui renvoyer la première partie de la proposition ; mais, comme l'a fort bien dit M. de Daugnon, la discussion a été complète en section. Dans ces conditions, il vaut mieux travailler en commun, d'une manière sérieuse, que de faire séparément une besogne absolument inutile.
M. le Président. — Je ne puis mettre cette proposition aux voix ; comme le dit à mes côtés M. Pion, elle est inconstitutionnelle. Dans tous les Congrès, les sections travaillent librement, et elles soumettent leurs propositions aux assemblées générales, et nous n'avons fait que nous conformer au système universellement suivi.
M. Roger de Goey. — L'assemblée est maîtresse d'elle même.
M. le Président. — Vous avez dit que nous avons voté contre le 1° et pour le 2° et que l'un était le corollaire de l'autre. Cela n'est pas exact. La seconde proposition n'est pas du tout le corollaire de la première. La première se rapporte à la détermination du format du livre et la seconde recommande d'adopter pour les journaux officiels, les annales, un format uniforme.
Ces deux propositions sont essentiellement différentes et l'une ne dépend pas de l'autre.
M. Dauby. — H y a corrélation.
M. le Président. — Je ne suis pas de cet avis.
Une Voix. — Je demande un nouveau vote sur le 1°.
M. le Président. — Cela n'est pas possible, la première question a été renvoyée à la section.
Un Membre. — Nous n'avons pas compris. Il y a des membres étrangers qui n'ont pas compris la portée de la question.
M. le Président. — Il n'y a qu'une chose à faire : Renvoyons la question à la section avec prière de nous présenter une nouvelle formule. Demain nous la soumettrons à la discussion et nous prendrons une résolution.
Le malentendu provient de la rédaction un peu longue et pas assez claire. Il suffira sans doute d'une modification de forme pour permettre le vote des conclusions.
M. Van der Borght. — A propos du format, il y a une question matérielle très importante....
M. le Président. — Le débat est clos sur ce point.
M. Van der Borght. — On ne l'a pas abordé.
M. le Président. — La question n'est pas à l'ordre du jour de l'assemblée générale, elle est renvoyée à la section.
M. Van der Borght. — A la question du format se rattache la question du format de la page de typographie et c'est le point que je voulais soulever devant l'assemblée. Il a été effleuré en section et si je viens à en parler à la séance de demain on m'objectera que cela n'est plus à l'ordre du jour.
Uny Voix. — Au contraire, puisque la question est renvoyée à demain.
M. Van der Borght. — Dans ce cas, je présenterai demain mon observation.
M. Rooses. — Je crois qu'un malentendu a fait dévier toute la discussion. Notre programme portait : « Adoption d'un système général de détermination des formats». Il ne s'agissait pas d'uniformiser, mais de dénommer les formats existants ; il ne s'agissait pas de créer des formats, mais de constater les formats des livres existants.
Nous ne devons pas vouloir aller au-delà et si nous nous en étions tenus strictement à cela, nous nous sérions entendus.
Renvoyons donc la question à la première section et si l'on veut se
borner à résoudre ce qui se trouve porté au programme, la difficulté disparaîtra complètement.
C'est plutôt une question de bibliographe ou de bibliophile qu'une question d'éditeur ou de libraire. Il s'agit de s'entendre. Qu'est-ce qu'un in-8°, un in-12, etc. ? Nous ne le savons plus ; venez donc nous le dire, Messieurs ! Voilà comment la question se pose. Il ne s'agit pas de dire à un imprimeur ou à un libraire : faites-moi des livres comme ceci ou comme cela ; faites-moi des livres uniformes.
M. Pion a dit avec raison que nous n'avons pas de conseils à donner aux libraires ou aux éditeurs ; ils feront ce qui conviendra dans l'intérêt du monde savant ; nous baptiserons leurs œuvres, mais nous n'avons pas à intervenir dans leurs travaux.
Limitée dans ces bornes, la question se résout aisément ; je suis persuadé que demain nous serons saisis d'une proposition tout autre que celle qui nous a été soumise aujourd'hui, et que la discussion sera également toute différente.
(Très-bien. Approbation unanime.)
M. le Président. — La parole est au rapporteur de la deuxième section.
Recherche des moyens de perfectionner l'organisation de la librairie en Belgique et de créer une fédération internationale des associations de libraires établis ou a établir.
Examen des règles suivies dans les relations des libraires et des éditeurs avec les auteurs, concernant les tirages, les remises, les droits d'auteur, etc.
M. Charles Dumercy. — La deuxième section a interverti son ordre du jour. Dans la séance de ce matin, elle s'est occupée des objets portés sous les numéros 4 et 5 du programme.
Quant au numéro 4, la discussion s'est engagée sur la question proposée, par M. Hector Manceaux, dans les termes suivants : <l Recherche sur l'organisation d'une société générale qui comprendrait toutes les professions et industries qui concourent à la confection du livre. » Cette discussion a abouti à l'adoption de la résolution suivante, proposée par M. Templier :
La deuxième section émet le vœu que les pays qui n'ont pas d'associations syndicales de la librairie en instituent, que ceux qui en ont les améliorent et que les associations existantes étudient le moyen d'établir, entr'elles, des relations aussi intimes et aussi suivies que possible.
Quant au numéro 5, les débats ont porté sur la question proposée, par M. Paul Wauwermans, dans les termes suivants : « Y a-t-il utilité à ce que les rapports entre auteurs et éditeurs soient réglés par une loi spéciale, tel le titre sur le contrat d'édition du Code fédéral suisse ? » Conformément aux conclusions de M. Paul Wauwermans, la résolution suivante a été adoptée :
La deuxième section estime qu'il n'y a pas utilité à ce que les rapports entre auteurs et éditeurs soient réglés par une loi spéciale.
Nous avons l'honneur de soumettre ces deux résolutions à la ratification de l'assemblée générale.
M. le Président. — La discussion est ouverte sur le premier vœu concernant l'organisation de la librairie.
M. Vollen. — Malgré les périphrases et les termes assez agréables de la formule, cette question pourrait être traduite ainsi par les bibliothécaires, les bibliophiles, les amateurs de livres : Organisation de la librairie contre la clientèle et contre le client.
Je crois que c'est bien la pensée qui a inspiré le vœu en faveur de l'organisation et de la fédération de la librairie. Les bibliophiles et les amateurs de livres ne l'interpréteront pas autrement.
M. Dumercy. — Au nom de la deuxième section, je crois devoir protester contre l'interprétation donnée par M. Vollen. Les débats qui ont eu lieu n'ont pas du tout porté sur le terrain qu'il indique. On n'a pas le moins du monde discuté les intérêts réciproques des consommateurs et des producteurs de cette denrée qui s'appelle le livre, on ne s'est nullement disputé à ce sujet. Ce que les producteurs ont discuté, c'est le moyen d'arriver à la plus grande somme possible de dignité et de prospérité professionnelles. Quand au consommateur, on ne s'en est guère occupé, et je crois que l'assemblée générale ferait bien de ne pas s'en occuper davantage.
M. le Président. — Je mets aux voix le vœu dans les termes où il a été formulé.
Ce vœu est adopté à une forte majorité.
M. le Président. — Si personne ne demande la parole sur le second point, concernant le contrat d'édition, je mettrai les conclusions de la commission aux voix. Elles tendent à décider qu'il n'y a pas lieu de légiférer en cette matière, le droit commun pouvant être considéré comme suffisant.
Adopté à l'unanimité.
M. le Président. — J'accorde la parole au rapporteur de la troisième section.
Création de bibliographies nationales.
M. Merzbach. — La troisième section s'est occupée ce matin de la question de la bibliographie nationale et de la création d'une bibliographie internationale. Après un discours intéressant de Monsieur Van de Veld sur l'utilité dans les bibliothèques nationales d'un catalogue général mis à la portée du public, l'orateur a exposé la question de l'utilité incontestable des bibliographies nationales au point de vue des lettres, des sciences, des . arts, de la librairie et des bibliothèques publiques. Puisque la plupart des états civilisés ont compris cette utilité, il a proposé une entente internationale ponr la création dans chaque pays d'une bibliographie nationale sur un plan uniforme et même, si c'est possible, d'un bureau central qui dépouillerait ces bibliographies et arriverait ainsi à réunir des matériaux pour un travail gigantesque, mais pour le moment irréalisable, d'une bibliographie internationale.
L'orateur a proposé en attendant la création dans chaque pays des « Salles de périodiques » à l'instar de celle qui existe à Bruxelles et qui formeraient une bibliographie vivante faite au jour le jour ; il propose enfin de publier une revue de sommaires de tous ces périodiques.
Ces trois propositions ont été adoptées à l'unanimité, moins une voix, par la troisième section.
M. le Président. — Le vœu exprimé par la troisième section tend à ce que tous les pays établissent une bibliographie nationale aussi complète que possible. 11 y a beaucoup de pays qui en ont déjà, mais je crois qu'elles laissent un peu à désirer presque partout. Je crois que nous pourrions nous borner à exprimer un vœu dans les termes que voici : (c II est désirable que tous les gouvernements établissent chez eux une bibliographie nationale ».
Nous avons préconisé en section le système en vigueur en Belgique, mais il serait imprudent de demander à une assemblée générale de voter cela. Cependant, en section, nous avons admis ce système à l'unanimité moins une voix. Il me semble que le vœu pourrait être divisé en deux parties. Nous pourrions voter d'abord sur la question de l'institution d'une bibliographie nationale à faire par les gouvernements, à leurs frais. Je mets cette proposition aux voix.
M. Max Rooses. — S'agit-il d'une bibliographie moderne ou d'une bibliographie ancienne et moderne ?
M. le Président. — Pour le moment nous ne nous occupons que de la bibliographie moderne, nous nous occuperons de la bibliographie ancienne dans une autre session. On propose d'émettre le vœu de voir créer une bibliographie nationale dans chaque pays.
La proposition doit être scindée. On a émis l'idée que cette bibliographie nationale devrait être tenue au courant non pas par le moyen actuel, c'est-à-dire le dépôt légal exigé par la loi, ce qui est un impôt établi sur l'éditeur, mais par Tachât par les gouvernements d'un exemplaire de tous les ouvrages qui paraissent dans le pays. Ces ouvrages seraient envoyés dans les principales bibliothèques.
Nous pensons que ce système est plus juste que celui du dépôt légal et qu'il permettra de faire une bibliographie plus complète.
La proposition ainsi formulée est mise aux voix et adoptée à l'unanimité.
M. Plon. — Bien que le vote ait eu lieu, permettez-moi une simple observation. On a dit que le service au moyen du dépôt légal était mal fait en France, qu'une grande partie des ouvrages n'étaient pas enregistrés dans la Bibliographie de la France.
Cela est inexact.
On disait : Mais on ne dépose au ministère de l'intérieur et on n'enregistre dans la bibliographie que les œuvres publiées à Paris.
Erreur complète.
Les œuvres publiées en province sont déposées dans les sous-préfectures, d'où elles vont dans les préfectures qui les envoient à leur tour au ministère de l'intérieur.
Il en résulte, sans doute, quelque retard et peut-être quelques volumes sont-ils perdus en route, mais c'est là un rare accident.
Si, au milieu de l'énorme production de la France, quelques petites publications locales ont été oubliées à la préfecture ou si un employé indélicat s'en est emparé, empêchant ainsi qu'elles n'arrivent à Paris, il serait donc fort exagéré d'en conclure que les publications françaises ne sont pas enregistrées dans la bibliographie ; elles sont enregistrées, au contraire, très régulièrement. Le Cercle de la librairie, qui est propriétaire de la Bibliographie de la France et qui la dresse, a des employés qui se mettent en relation avec le ministère de l'intérieur pour relever les fiches de tous les dépôts. Ce travail est fait d'une manière très sérieuse et il est soumis à un excellent contrôle. Cela coûte quelque argent, mais, je le répète, ce travail est aussi bien fait qu'il peut l'être, sauf de très légères erreurs ou omissions.
M. Merzbach. — Monsieur Chatrousse a donné ce matin des détails très intéressants sur la bibliographie telle qu'elle est organisée en France.
M. Plon. — Maintenant, si vous me demandez s'il ne serait pas préférable que ce fut l'éditeur, et non l'imprimeur, qui fit le dépôt, je m'empresserai de vous répondre que ce devoir devrait, en effet, incomber à l'éditeur.
M. Stein. — Je ne nie pas que le Cercle de la librairie fasse très bien le service du dépôt légal en France; mais je nie absolument que
les dépôts faits en province arrivent régulièrement à Paris. De plus, non seulement certains imprimeurs négligent volontairement ou involontairement de déposer des ouvrages à la sous-préfecture; mais, comme je le disais ce matin en section, certains éditeurs parisiens impriment à l'étranger la plupart de leurs livres, si bien que l'imprimeur, étant à l'étranger, est déchargé du soin de faire le dépôt légal en France ; il ne le fait nulle part. Par suite, la bibliothèque nationale de Paris qui est censée recevoir tous les ouvrages sur l'histoire de France paraissant à Paris et dans les départements, est privée des ouvrages publiés par des éditeurs parisiens, mais imprimés à l'étranger. Monsieur Fischbach, entr'autres, fait imprimer tous ses livres à l'étranger.
Formule de garantie mutuelle légale entre gouvernements de tous les objets faisant partie du domaine public spécial des musées
et des bibliothèques.
M. G. Ruelens. — Messieurs, de nos jours tous les dépôts publics sont remplis d'objets volés aux bibliothèques des autres états. Dans la situation actuelle, et étant donnée la législation existante, les états se trouvent désarmés vis-à-vis des voleurs et des receleurs. Il importe donc qu'une législation spéciale règle les droits des états, non seulement au point de vue de chaque état considéré individuellement, mais encore au point de vue du droit international. C'est dans ces conditions que j'ai soumis à la troisième section la proposition suivante:
La section émet le vœu que les objets appartenant aux bibliothèques publiques soient déclarés inaliénables, imprescriptibles et incessibles, et ce à raison de leur caractère spécial d'objets hors du commerce.
La section émet, en outre, le vœu de voir une conférence internationale diplomatique être saisie de cette question, afin d'arriver au résultat désiré.
M. le Président. — J'ajoute que le ministre de la justice de Belgique m'a déclaré qu'il serait heureux de provoquer une conférence diplomatique chargée de s'occuper de cette question, lorsqu'on lui aurait soumis une formule acceptable. L'importance de cette question ne peut échapper à personne, car elle intéresse tout le monde.
Je mets, en conséquence, cette proposition aux voix.
Cette proposition est adoptée à l'unanimité.
M. Van de Veld. — Le rapport de la troisième section n'est pas tout à fait complet. J'ai déposé ce matin à la section une proposition tendant à faire mettre, dans les grandes bibliothèques nationales un catalogue à la disposition du public.
M. le Président. — Permettez-moi de vous interrompre. Nous avons pris connaissance de votre motion ; elle trouvera mieux sa place à propos de la question des bibliothèques qui sera discutée demain.
La séance est levée à 4 heures.
La séance est ouverte à deux heures.
M. le Président. — Dans la séance d'hier j'ai eu l'honneur de vous annoncer pour aujourd'hui la présence à cette assemblée de Monsieur Vandenpeereboom, ministre des chemins de fer, postes et télégraphes.
Monsieur le ministre a bien voulu se rendre à notre invitation, il est assis à mes côtés et j'ai l'honneur de lui donner la parole.
M. Vandenpeereboom. — Vous avez bien voulu me désigner hier comme votre Président d'honneur; il me tardait de vous en exprimer ma reconnaissance et de vous remercier bien sincèrement de l'honneur que vous me faites.
Vous savez qu'il n'entre pas dans mes attributions ministérielles de m'occuper des bibliothèques ; mais lorsque vous avez, dès le début, exprimé le désir de voir parmi vous un ministre bibliophile, mes collègues ont répondu en désignant à cet effet le ministre des chemins de fer.
Je désire, au nom du gouvernement, remercier très vivement les membres étrangers de la conférence de l'honneur qu'ils font à notre pays. Un très grand nombre d'étrangers ont répondu à notre appel, et nous en sommes fiers. Ils sont venus nous apporter le concours de leurs connaissances et de leur expérience ; nous leur en sommes très reconnaissants, je le dis au nom de mes collègues et au mien.
Vous avez à votre programme un grand nombre de questions toutes fort intéressantes et vous avez l'intention d'exprimer des vœux et de voter des résolutions qui ne trouveront peut-être pas toujours leur réalisation immédiate, mais qui seront, comme l'a dit votre président, un premier jalon dans la voie pratique et qui ne manqueront pas de produire des fruits.
Vous comprendrez qu'un ministre très occupé ne peut consacrer plusieurs jours à assister à toutes vos séances ; mais je vous promets de
suivre attentivement vos résolutions et soyez persuadés qu'en ce qui concerne le gouvernement et plus spécialement l'administration des chemins de fer, postes et télégraphes, je tacherai de les réaliser dans la mesure du possible.
Il ne peut pas entrer dans ma pensée d'examiner les questions qui figurent à votre programme, mais si vous voulez bien me le permettre, je dirai volontiers quelques mots d'une question qui intéresse spécialement notre pays et que je vois figurer avec plaisir à votre ordre du jour. Elle est formulée dans les termes suivants :
Mesures a prendre pour donner une impulsion nouvelle
a la reliure artistique.
Je n'abuserai pas de vos moments : j'appartiens à une administration très disciplinée et je ne dépasserai pas les quinze minutes qui sont accordées à chaque orateur. Si j'étais trop long, je prierais Monsieur le Président de vouloir bien me rappeler à l'ordre.
Je désire donc vous dire un mot de l'industrie du livre, au point de vue des intérêts de notre pays. Je voudrais en parler aussi au point de vue des intérêts d'autres pays, spécialement de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre, mais je me trouverais sur un terrain que je connais moins bien. Cette question pourrait être mieux traitée par les spécialistes qui se trouvent parmi vous. Je risquerais, quant à moi, de faire fausse route, et un ministre des chemins de fer doit éviter autant que possible de dérailler.
Depuis vingt-cinq ans, je me suis occupé beaucoup non seulement de rechercher des livres, mais de tout ce qui se rattache à l'art typographique et à la reliure dans notre pays. J'ai été frappé de cette considération que presque toujours, depuis le quinzième siècle jusqu'en 1830, il y a eu une disproportion considérable entre le mouvement de la typographie et celui de la reliure.
Jusqu'à présent nous n'avons pas même d'histoire de la reliure dans notre pays. Je souhaite que l'un de vous l'écrive un jour. Peut-être, lorsque je serai débarrassé de mes innombrables travaux, serai-je tenté d'en écrire un aperçu.
Quoi qu'il en soit, il y a eu un très-grand mouvement dans le pays au point de vue de la typographie et de l'imprimerie ; le mouvement a été beaucoup plus lent en ce qui concerne la reliure.
D'où vient cette différence? Je l'ignore, mais le fait matériel est là, et il ne peut pas être contesté. Voyez l'immense élan de la typographie dans le pays au quinzième siècle ! On avait inventé l'imprimerie. Je ne veux pas entrer dans une controverse à cet égard — nous ne sommes
pas des hommes de controverse — , mais vers 1450 on invente l'imprimerie; en 1473, il y a des imprimeries à Audenarde, ù Gand, à Bruges, à Anvers, à Bruxelles et à Louvain. Si j'oublie de citer une ville, mon honorable ami, Monsieur Ferdinand Van der Haeghen, voudra bien réparer cette omission.
M. Ferdinand Van der Haeghen. — A Alost.
M. Vandenpeereboom. — Je pourrais peut-être faire une exception en faveur du dix-neuvième siècle, en ce qui concerne la disproportion à laquelle je faisais allusion tout-à-1'heure ; mais enfin l'élan vers l'impression des livres a été très considérable en France, en Allemagne et en Angleterre, au moins aussi considérable qu'en Belgique. A côté de cela, l'art de la reliure se développe dans une proportion très étendue — ceux qui ont de grandes collections d'incunables savent qu'il en est ainsi. — J'ai, vous le savez, un très grand nombre d'incunables recueillis en France, en Allemagne et ailleurs. J'ai été à même d'étudier les reliures ; elles sont riches et brillantes dans les pays que je viens de citer. Il y a de magnifiques reliures en peau de truie, estampées en Allemagne. De riches reliures ont été également exécutées à Paris. Nous en possédons très peu dans le pays ; personne ne le contestera.
Je vois d'ici les bibliothécaires du pays se lever et dire : Comment ! vous attaquez nos bibliothèques ; vous critiquez nos trésors !
Non ; sans doute, Messieurs Van der Haeghen et Ruelens ont de très riches collections, mais elles ne sont pas comparables aux grandes collections françaises et allemandes. Les reliures du xv c siècle bien conservées, brillantes et pures, sont très rares dans notre pays.
Je passe au xvi c siècle. Le mouvement typographique s'accentue surtout dans la ville d'Anvers. Il y a peut-être vingt, trente imprimeurs dans la première moitié du xv e siècle, à Anvers. Mais combien y a-t-il de relieurs importants ? Combien y a-t-il de noms de relieurs célèbres qui soient arrivés jusqu'à nous? Je ne dis pas qu'il n'y en a aucun, mais je prétends qu'il y en a très peu, en comparaison de ceux qui ont existé en Allemagne et en France.
Allez visiter le musée Plantin, si riche cependant. Certes, je ne veux pas le dénigrer ; je parle de la reliure seulement. Combien y a-t-il à Anvers de belles reliures du xvi c siècle exécutées dans cette ville, et dont mon honorable ami, Monsieur Rooses, pourrait attester l'authenticité ? Il y en a très peu.
Plus tard vient la brillante époque de Christophe Plantin, qui a contribué à rendre la ville d'Anvers si célèbre à l'étranger.
Ce grand mouvement typographique, presque sans précédent dans les autres pays, fait que nous brillons au premier rang.
Où sont nos grands relieurs, où sont les chefs-d'œuvre de la reliure? Il y en a très peu.
Mais ailleurs, dira-t-on ?
Il y a, à cette même époque, à Paris et ailleurs, de très riches reliures qui peuvent encore actuellement servir de modèles à nos relieurs.
Plus tard, le mouvement de la typographie et de la reliure a été beaucoup moins grand. Le xvin e siècle est sous ce rapport très peu brillant. Qu'a-t-on fait dans les trente premières années de notre époque ? Je possède, dans ma collection, des exemplaires de reliures exécutées à Bruxelles et offerts à des souverains de l'époque. On les considérait alors comme des chefs-d'œuvre, aujourd'hui, c'est à peine si on oserait les montrer ; elles sont lourdes, grossières, défectueuses à tous les points de vue.
Nous arrivons ainsi jusqu'en 1830 et c'est une époque dont je veux vous parler pour en tirer des conclusions pratiques, car cet exposé n'a pas d'autre but. A partir de cette époque donc, on peut dire qu'au point de vue de l'imprimerie, si nous n'avons pas été au premier rang, nous avons cependant occupé une place très distinguée dans la typographie européenne. Nous avons, dans le pays, des maisons très importantes qui sont représentées ici pour la plupart ; il y en a une douzaine que Ton peut citer avec fierté lorsqu'on se trouve en présence d'étrangers. Vous les connaissez tous et vous connaissez leurs productions réellement remarquables au point de vue typographique.
Je ne veux pas multiplier les exemples pour ne pas allonger mon discours, mais je rappellerai, et tous les bibliophiles s'en souviendront, que nous avons eu, il y a quelques années, à Tournai, une maison qui s'est occupée spécialement de livres liturgiques. Ses productions sont réellement admirables. La première, un véritable chef-d'œuvre, était une Imitation vraiment splendide et que l'on pourrait placer à coté des plus beaux elzévirs. Elle imprima une grande impulsion au progrès de la typographie. Pour ma part, j'ai été si émerveillé de cette production que j'ai voulu en avoir un exemplaire sur parchemin; mais, jusqu'à présent, mes efforts n'ont pas été couronnés de succès. Les quelques exemplaires qui existent restent dans les bibliothèques où on les conserve avec un soin jaloux.
Pour l'imprimerie, nous avons peu de vœux à formuler ; sans doute, nous devons tâcher d'arriver à des résultats encore meilleurs ; mais actuellement déjà notre position est grande et forte.
En ce qui concerne la reliure que s'est-il passé? Le premier relieur important, le premier qui s'est montré artiste, c'est Monsieur Schavye, père. C'était un homme de goût. Je suis persuadé que son fils a suivi les traditions paternelles. Comment Monsieur Schavye s'est-il formé, comment est-il parvenu à briller dans son art ? C'est par l'appui des bibliophiles. Je ne veux en rien, cela va sans dire, froisser les bibliothèques publiques ; je ne prétends pas qu'elles aient négligé de soutenir cet artiste; mais j'en dirai un mot tout à l'heure.
C'est un bibliophile, Monsieur de Jonghe, qui, vers 1845 à 1850, travaillait à côté du relieur, lui donnait des conseils. On considérait alors comme une prodigalité de donner trois cent francs pour un livre relié en maroquin. Un sacrifice de quelques centaines de francs semblait trop lourd pour implanter dans notre pays un art si brillant ailleurs.
C'est alors que Schavye produisit ses belles reliures qui ont fait honneur au pays dans les expositions.
Monsieur Van der Haeghen a suivi cet exemple; il avait à Gand un relieur, moins fort peut-être, mais qui avait cependant de grandes qualités ; l'hommage que je lui rends est d'autant plus mérité, car les difficultés étaient alors plus pénibles à vaincre. 11 a produit des reliures en peau de truie admirables. Il y a, dans les riches collections de la bibliothèque de Gand, des spécimens remarquables des œuvres produites par Monsieur Duquesne.
Mais nous devions faire un pas très marqué en avant : Schavye avait un élève qui a dépassé son maître, Monsieur Claessens, de Bruxelles. J'ai travaillé pendant dix ans à côté de lui ; je lui ai fait relier des volumes de ma collection, des incunables surtout. Je lui ai dit : N'essayons pas de faire mieux que les anciens; contentons-nous de les imiter. C'est ce qu'il a fait. Il a imité d'une manière brillante d'anciennes reliures; ses œuvres ont figuré aux Expositions d'Amsterdam, de Gand, de Paris et de Bruxelles. Si Monsieur Claessens n'est pas parvenu à la perfection des reliures parisiennes, au point de vue du maroquin, il les a imitées de très près. On peut dire qu'en ce qui concerne l'imitation des reliures du xv c siècle, il occupe le premier rang, non seulement dans le pays, mais encore à l'étranger. J'ai vu, en effet, les reliures qui ont été exécutées à Paris et ailleurs ; nulle part on n'en a exécuté d'aussi riches que celles-là.
Si vous voulez bien me faire l'honneur de me rendre visite à Bruxelles, je vous montrerai ces reliures et vous en serez émerveillés. Je n'ai qu'un regret, c'est d'avoir été un peu trop bibliophile et de n'avoir pas exposé mes livres ; j'en éprouve une sorte de remords et si je puis vous être agréable en exposant les reliures de Monsieur Claessens, je me tiendrai à votre disposition. Je saurai vaincre le sentiment égoïste du bibliophile.
Il y avait à côté de Monsieur Claessens un jeune homme plein de talent, à qui j'avais confié quelques reliures à Bruxelles, et dont j'avais tâché de guider les premiers pas ; je veux parler de Monsieur Desamblan. Il avait acheté des fers pour une somme considérable ; vous savez à quelle dépense on est entraîné dans cette voie. Ce jeune homme a également exécuté des reliures magnifiques ; ses débuts ont été excellents; j'espère pouvoir l'encourager encore dans l'avenir, mais je tiens à montrer combien il est difficile pour un jeune relieur qui n'est pas fortement soutenu et qui n'a pas à sa disposition une somme d'argent considérable, de réaliser des progrès dignes de ses efforts. Les reliures de ce jeune homme n'ont
qui existe en Allemagne et à Paris, ainsi que dans les grandes bibliothèques anglaises, c'est-à-dire aussi longtemps que nous n'aurons pas de grandes collections depuis le xv c jusqu'au xix c siècle. Nous n'avons pas de modèles. Pensez- vous qu'un artiste, quelque soit son talent, parviendra à créer une reliure comme celle du xv e siècle ? Jamais. Il faut faire copier cette reliure. Nous ne pouvons pas espérer faire mieux que les relieurs du xv c et du xvi c siècles. Il faut donc les prendre pour modèles. Sans doute, nous avons des modèles très intéressants ; mais nous en avons relativement fort peu. A Gand, à Liège, a Anvers et à Bruxelles, il y a quelques spécimens des reliures anciennes, mais il n'y a pas de séries complètes. Il y a, en Belgique, des particuliers qui possèdent des séries plus complètes que les vôtres, permettez-moi de vous le dire.
M. Max Rooses. — Nous n'avons pas grand' chose à Anvers. M. Vandenpeereboom. — A la bibliothèque Plantin qui est si riche cependant, il n'y a peut-être pas vingt-cinq reliures un peu distinguées.
Je ne voudrais pas vous lancer dans les reliures plus anciennes, celles qu'on avait au xu c , au xin c et au xiv c siècles. C'étaient de magnifiques reliures ciselées. 11 y en a à la bibliothèque royale de Gand ; il y en a aussi à Namur.
Je crois qu'il faudrait acheter en Allemagne différents types de reliures, depuis la reliure en bois jusqu'à la reliure complètement recouverte de cuir. Je mettrais ces différents types à la disposition des relieurs, dans les bibliothèques publiques où ils pourraient venir les étudier.
Il convient donc que les relieurs de Gand, de Bruxelles, d'Anvers et d'ailleurs, puissent copier de beaux spécimens de reliures ou s'en inspirer dans le travail qu'ils ont à accomplir.
Voilà les idées que je voulais émettre sur ce qu'il y a à faire chez nous en matière de reliure. Je me résume en trois points :
Plus de zèle de la part des bibliophiles pour encourager l'art de la reliure ;
Un encouragement plus sérieux et plus efficace de la part des administrations et des bibliothèques publiques. Et ici je parle d'Anvers et je dis que Monsieur Rooses qui a une si grande influence sur l'administration communale et sur le Bourgmestre, pourrait sans doute obtenir facilement tous les ans trois ou quatre mille francs pour faire relier les livres de la collection Plantin ; s'il n'obtenait pas du premier coup ce qu'il demande, il parviendra bien par la puissance de la volonté à triompher. Il a remporté bien d'autres victoires.
Enfin, j'arrive au troisième point :
Monsieur Ruelens m'a montré l'autre jour à Bruxelles les vastes installations des autographes et des manuscrits, qui sont des expositions permanentes. Eh bien, qu'il ait l'obligeance d'installer deux ou trois vitrines de livres reliés qui pourraient servir de modèles. Puis, qu'il sollicite de mon
collègue de l'Intérieur, une certaine somme pour faire exécuter des reliures. Ce sera un service rendu au pays.
Un quatrième moyen qui n'émane pas de moi, mais que je trouve indiqué parmi les desiderata qui devront être traités par la Conférence — moyen auquel j'applaudis sans réserve — ce sont les expositions périodiques de livres et de reliures modernes avec l'indication des prix.
Je parlais tantôt des reliures que je tiens à votre disposition ; ne serait-il pas utile d'organiser tous les six mois ou tous les ans une exposition d'une certaine durée dans laquelle les grands relieurs du pays viendraient exposer leurs reliures avec l'indication des prix. Ce serait un moyen de répandre le goût des belles reliures.
Il faut bien le dire et c'est là dessus que je termine. Nous avons dans le pays un grand nombre de bibliophiles, il y en a beaucoup ici, mais cependant il y a plutôt une tendance à voir diminuer la bibliophilie et la première raison c'est l'exagération énorme du prix du livre ancien.
L'amour des livres, autrefois si répandu dans notre pays, décline depuis quelques années. — Il faut enrayer cette décadence. —
Je termine ici ces quelques considérations en renouvelant les rcmerçiments que je vous adressais au commencement de mon discours et en y ajoutant une seule considération au point de vue des services de mon administration.
Vous avez inscrit à votre programme différentes questions qui intéressent le chemin de fer et la poste au point de vue du transport du livre et de la franchise postale. J'ai vu apparaître ces questions avec un certain effroi, car il s'agit pour le trésor de sacrifices assez importants.
J'aurais voulu prendre part à vos délibérations sur ce sujet et Monsieur le Secrétaire m'a demandé de bien vouloir, à cet effet, envoyer à la conférence des fonctionnaires de l'administration des postes. Je n'ai pu, à mon grand regret, accueillir favorablement cette demande et je vais vous dire franchement pourquoi, car il faut avant tout être franc.
Le Ministre des Chemins de fer a — j'allais dire malheureusement — un pouvoir absolu en matière de taxe ; c'est à dire qu'il peut par un simple arrêté modifier et réduire les taxes des transports. Or, si le ministre accueilli par vous, d'une façon si aimable, si le ministre qui est votre président d'honneur voyait l'unanimité des membres de la Conférence se lever pour demander un dégrèvement de taxe, quelle serait sa position ou celle de ses fonctionnaires qui auraient, je n'en doute pas, été accueillis avec la même amabilité. J'ai donc cru prudent de faire nos réserves sous ce rapport et de dire : toutes ces questions sont extrêmement intéressantes. Oh ! mais, je vous demande pardon ; je parle très sérieusement ; vous interprêtez mal ma pensée, permettez-moi de vous le dire, si vous croyez que je veux arriver à une fin de non recevoir. Non, mon idée est celle-ci : des résolutions vont être prises ; la conférence va formuler des vœux, en indiquant
à l'appui les motifs qui auront été mis en avant. L'Administration pourra alors en toute liberté, n'étant pas enchaînée, comme je le disais tout à l'heure, examiner la question avec la plus grande attention, et voir si un résultat pratique peut être obtenu.
Je n'ai pas besoin de dire que si je suis un peu effrayé de la question de la dépense, il y a un intérêt spécial pour moi à étudier cet objet d'une manière approfondie. En agissant ainsi, je serai certain de me conformer aux sentiments et aux vœux de tous les Membres du Congrès.
(Applaudissements) .
M. le Président. — Je crois être votre interprète à tous en remerciant l'honorable Ministre d avoir bien voulu se rendre parmi nous et d'avoir consenti à exposer son opinion d'une manière si brillante et si intéressante. Je prends acte de la promesse que nous a faite l'honorable Ministre ; il a promis d'user de son influence pour que les bibliothèques publiques et spécialement la bibliothèque royale de Bruxelles soient mises à même d'encourager les relieurs.
Ce que l'honorable Ministre a dit est parfaitement exact. Nous avons fait quelques efforts à Bruxelles pour entrer dans la voie qu'il a indiquée ; ainsi nous avons fait reproduire, aux frais de la bibliothèque, les fers anciens d'après les plus beaux incunables du xv c siècle que nous possédions. Nous les avons mis à la disposition des relieurs de Bruxelles ; actuellement encore, ce sont eux qui s'en servent ; seulement, ils en ont rarement l'occasion, parce que nous n'avons pas les moyens d'habiller nos livres comme ils le méritent.
Parmi mes manuscrits, l'honorable Ministre a bien voulu le rappeler, j'ai des joyaux qui peuvent soutenir la comparaison avec ce qu'il y a de plus beau en Europe. En fait de manuscrits, notre bibliothèque de Bourgogne est à la hauteur de toutes les autres. Mais, sous le rapport de la reliure, notre bibliothèque est extrêmement pauvre. Il faudrait donc que nous eussions à notre disposition des subsides assez considérables. Je prends donc acte de la promesse de l'honorable Ministre et je la lui rappellerai.
(Applaudissements) .
M. Max Rooses. — Je prends la parole pour un instant, si vous le permettez, afin de joindre mes remercîments à ceux que vient d'adresser Monsieur le Président à Monsieur le Ministre.
Notre président d'honneur a, sous une forme très enjouée, traité successivement des questions extrêmement sérieuses. Sans doute, il y a des points de son discours qui peuvent prêter à la controverse, mais le moment serait mal choisi pour entamer un débat à ce sujet.
Monsieur le Ministre a été assez dur pour les relieurs du xvi c siècle dans notre pays. Nous savons que, parmi ceux de la première moitié de ce siècle, il y en a eu de très remarquables. Leurs œuvres en cuir estampé, portant parfois le nom du relieur, sont, sinon des bijoux, tout
au moins de très belles productions de l'art de la reliure, tel qu'il était pratiqué autrefois dans notre pays.
Monsieur le Ministre a exprimé le vœu que l'industrie artistique, qui lui est particulièrement chère, puisse trouver un historien et le regret que les documents manqueraient très souvent à cet auteur. Je fournirai à ce sujet quelques indications que l'assemblée recevra peut-être avec plaisir. Parmi les trésors que possède le musée Plantin, il est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de belles reliures, mais il y a autre chose ; j'ai montré ce matin aux visiteurs de notre musée quelques registres de nos archives ; je n'ai pu en montrer que trois ou quatre ; mais j'ai désigné de la main des séries entières de manuscrits qui s'occupaient de telle ou telle partie de l'administration de la maison. Nous possédons dans nos archives une longue rangée de registres uniquement destinés à inscrire les travaux des relieurs, de telle façon qu'à partir de 1560 jusqu'à 1860, nous connaissons les noms de tous ceux qui travaillaient pour la maison Plantin, c'est-à-dire que nous connaissons les noms de tous les relieurs d'Anvers, parce que nous pouvons admettre qu'au temps de la grande prospérité de l'architypographie, tous les relieurs de la ville travaillaient pour elle.
Nous connaissons les noms des relieurs, nous connaissons leurs œuvres, mais nous ne savons pas toujours appliquer le nom sur l'œuvre. Il y aurait cependant moyen, pour l'historien futur dont parlait Monsieur le ministre, d'indiquer les travaux de certains relieurs. En effet, nous possédons très souvent, comme pour la Bible polyglotte par exemple, des notes donnant une description assez complète de la reliure adoptée pour un exemplaire déterminé, pour pouvoir la reconnaître. Les exemplaires donnés en cadeau aux souverains notamment sont, au point de vue de la reliure, décrits d'une manière assez minutieuse dans les comptes pour qu'on puisse authentiquer ces reliures et désigner ainsi leur auteur.
J'ai une autre observation à présenter au sujet de la reliure.
Monsieur le ministre a beaucoup prôné l'imitation des anciennes reliures ; je suis d'accord avec lui ; mais il paraît avoir un peu trop oublié la reliure moderne. Ce n'est pas en copiant seulement que l'art peut progresser. S'il y a l'art ancien, il y a aussi l'art moderne, qui ne peut pas vivre d'imitation, pas plus l'art de la reliure que tout autre.
Que l'on imite les reliures anciennes pour les livres anciens, fort bien ; mais les livres modernes réclament une reliure moderne. Imiter, c'est quelque chose ; mais il faut aussi savoir créer. Je suis persuadé qu'en faisant cette réserve, j'exprime une opinion partagée par Monsieur le Ministre.
M. Vandenpeereboom. — Nous sommes d'accord.
M. Max Rooses. — H y a un autre point du discours du président d'honneur qui m'a particulièrement frappé. Il a exprimé le regret de ne pas avoir eu l'occasion de montrer ses belles reliures. Ce regret nous le partageons et, en l'exprimant, je suis certain d'être votre interprête à tous. Je vous
propose de réunir nos efforts pour arriver à faire disparaître les remords de la conscience du ministre et les regrets de son cœur. Il y a en ce moment à Anvers une exposition du Livre ; Monsieur le ministre le sait, mais il l'avait sans doute perdu de vue, au moment où il disait qu'à la première occasion il s'empresserait d'envoyer aux expositions les plus belles reliures de sa collection. C'est l'exécution de cette promesse que je viens lui demander en votre nom. Je suis certain que d'ici à quinze jours, nous verrons au Palais de l'Industrie une vitrine superbe renfermant la superbe collection de Monsieur Vandenpeereboom.
(Applaudissements.)
M. Vandenpeereboom. — Volontiers.
M. Max Rooses. — Je dois dire encore que lorsque j'ai entendu notre honorable président d'honneur dire si bien de si belles choses, j'ai eu une vision. Je m'imaginais que nous étions à la Chambre des représentants et que Monsieur Vandenpeereboom étant ministre de l'Intérieur, nous soumettait une proposition tendant à encourager la reliure et nous demandait de voter les crédits nécessaires à cette fin.
Ce n'était malheureusement qu'une illusion ; mais, si c'eût été une réalité je puis donner à Monsieur le ministre l'assurance que dans toute sa carrière ministérielle il n'aurait eu un succès comparable à celui qu'il aurait obtenu devant cette chambre-ci.
(Rires et applaudissements.)
M. Vandenpeereboom. — Un mot seulement. J'avais oublié (j'avais cependant promis à Monsieur Van der Haeghen de vous entretenir de cet objet), j'avais oublié, dis-je, de parler du choix des matériaux employés pour la reliure, du cuir notamment. Je rappelle avec plaisir que Monsieur Van der Haeghen a fait des études spéciales sous ce rapport. Dans la plupart des reliures modernes qui sont exécutées pour les livres de nos bibliothèques, rien n'est plus défectueux que le choix des matériaux. Nous devons remercier Monsieur Van der Haeghen des études qu'il a faites pour tâcher de donner aux matériaux employés la solidité qu'avaient les reliures anciennes.
Un mot maintenant en réponse à ce que vient de dire l'honorable Secrétaire général. Lorsque j'ai parlé de l'imitation servile des reliures, il n'est jamais entré dans ma pensée, et il ne pouvait raisonnablement y entrer, de parler d'autre chose que des livres anciens. L'honorable membre l'a d'ailleurs fait remarquer lui-même. Pouvait-il entrer dans ma pensée de prendre une publication moderne ayant paru au xix c siècle et de lui donner un habit du xv c siècle ? Assurément non. Lorsque j'ai parlé d'imitation, j'ai dit qu'il était impossible pour nos relieurs modernes, ne vivant pas dans le même milieu qu'à l'époque où les livres ont été imprimés, de faire mieux que les artistes du xv c et du xvi e siècles.. Lorsque j'ai travaillé avec Monsieur Claessens, j'ai toujours été d'accord avec lui.
Jamais cet homme qui a cependant une âme artistique, n'a été humilié lorsque je lui ai dit : Copiez une œuvre du xv e ou du xvi° siècle. Sans doute, il faut laisser à l'artiste son élan et sa liberté ; mais il est bon de s'inspirer des chefs-d'œuvre que nous avons sous les yeux. Des reliures magnifiques ont été exécutées par des relieurs parisiens ; je citerai notamment les reliures en maroquin qui peuvent servir de modèle.
Un mot encore en réponse à une partie du discours de Monsieur Max Rooses. J'exécuterai la promesse que j'ai faite tout-à-1'heure et je chargerai Monsieur Claessens de transporter mes livres à Anvers, afin qu'ils puissent être exposés. Je les mettrai bien volontiers à votre disposition.
(Applaudissements) .
M. le Président. — La parole est au rapporteur de la première section.
M. Paul Buschmann. — Résumant les débats qui ont été tenus dans les deux premières séances de la première section, j'ai l'honneur de présenter à l'assemblée le rapport suivant :
Adoption d'un système général de détermination des formats.
Monsieur Dauby dans une étude très consciencieuse sur les formats des livres constate que depuis la fabrication mécanique du papier les anciennes dénominations, in-4°, in-8°, etc. ne répondent plus aux objets désignés. De là, dans les noms des formats, une confusion déplorable que l'on pourrait éviter en affectant des mesures déterminées aux dénominations en usage. Une discussion très détaillée s'engage à ce sujet entre Messieurs Busse, Marcel Magnuski, H. Manceaux, le marquis de Granges de Surgères, Van der Borght, Buschmann, Rooses, Schott, Pichot. Il en résulte :
a) Que les anciennes dénominations ne représentent plus des mesures déterminées, ni même une proportion de la hauteur du livre à sa largeur ;
b) Que les imprimeurs et les fabriquants de papier considèrent ces formats à un autre point de vue que les bibliophiles, les bibliothécaires et surtout le grand public qui s'inquiètent peu de la manière dont la feuille a été pliée pour arriver au format voulu ;
c) Que rien ne s'oppose au maintien des anciennes dénominations. L'assemblée passe au vote sur la proposition de Monsieur Dauby qui,
modifiée conformément au résultat de la discussion, est adoptée à l'unanimité, libellée comme suit :
La Conférence du livre exprime le vœu de voir adopter dans tous les pays une mesure régulière de la hauteur des livres, basée autant que possible sur le système métrique. Elle recommande particulièrement l'application de cette mesure à la direction des bibliothèques publiques, aux associations et syndicats professionnels.
M. le Président. — Je mets aux voix la première partie des conclusions du rapport. Vous remarquerez qu'il est survenu, depuis hier, une modification importante dans la manière de les présenter.
Adopté à une grande majorité.
M. Paul Buschmann. — La seconde partie du travail de Monsieur Dauby a trait au format a donner à certaines publications officielles.
Il existe une convention entre la Belgique et dix autres états, en vertu de laquelle il se fait régulièrement un échange des journaux officiels : les moniteurs, les feuilles d'état de ces divers gouvernements. Ces publications n'ont pas* le même format et comme on les consulte généralement les unes en même temps ou à la suite des autres, par exemple, quand on s'applique à l'étude de questions soulevées simultanément dans plusieurs pays, la diversité de formats est désastreuse.
Il serait donc dans l'intérêt de toutes les personnes qui s'intéressent à ces publications que celles-ci eussent les mêmes dimensions.
L'assemblée émet sa manière de voir à ce sujet en acclamant unanimement une proposition formulée comme suit :
Lp Conférence du livre recommande pour les Journaux officiels, les Annales et Documents parlementaires des divers pays et notamment de ceux qui ont adhéré déjà ou qui adhéreront par la suite à la Convention internationale du 15 mars 1886, l'adoption pour ces publications d'un format uniforme et aisément maniable, par exemple celui de 33x24 centimètres, déjà en usage en Belgique et en France, avec les subdivisions susindiquées en volumes distincts.
Adopté à l'unanimité.
Objectivité du livre : sa nature, sa composition, sa conservation, etc.
M. Paul Buschmann. — Monsieur Magnuski fait connaître en détail YÉcole Estienne de Paris, école professionnelle de l'industrie du livre. Il a visité des écoles analogues dans d'autres pays, et rend hommage à la valeur de la plupart d'entre elles.
Ce qui distingue l'école de Paris, c'est l'enseignement essentiellement pratique qui s'y donne.
Ailleurs les professeurs, généralement très habiles du reste, ne donnent que des cours oraux, alors qu'à l'École Estienne, en ce qui concerne l'impression typographique par exemple, pas moins de trente presses à bras sont mises à la disposition des élèves, qui y travaillent sous la surveillance et avec le concours de maîtres-imprimeurs. En plus, des leçons du soir permettent aux apprentis, occupés pendant la journée dans les ateliers de la ville, d'aller à l'école, se perfectionner dans leur métier.
Il serait à souhaiter, dit l'orateur, que des écoles pareilles fussent créées dans les grandes villes de tous les pays.
M. H. Manceaux fait remarquer que grâce au concours du Cercle de la librairie belge et de l'Association typographique, pareille école existe, en petit, à Bruxelles et qu'elle fonctionne avec grand avantage.
M. Magnuski énumère les subdivisions de l'École Estienne qui comprend en dehors de la classe des protes, des cours comprenant toutes les parties de l'art graphique tant lithographique et photographique, que typographique, et même des ateliers de reliure.
La proposition suivante de Monsieur Magnuski est adoptée à l'unanimité.
La Conférence du livre transmettra aux ministres compétents des ditîérents pays le vœu que des écoles semblables à l'Ecole Estienne de Paris soient instituées dans les grands centres.
Tous les documents relatifs à l'organisation de l'École Estienne qui ont paru seront joints à cette demande.
Droits et devoirs des bibliophiles.
M. Paul Buschmann. — Monsieur le Marquis de Granges de Surgères présente une étude, aussi élégante par la forme qu'intéressante par le fond, sur les droits et les devoirs des bibliophiles, ainsi que des conservateurs de bibliothèques publiques. Il examine les divers moyens qu'employent les particuliers, ainsi que les institutions officielles, pour garantir leur droit de propriété. Il croit pouvoir conseiller aux particuliers d'élégantes marques sur le dos ou sur le plat des volumes en remplacement du cachet trop banal à l'encre grasse, qui ne défigure que trop souvent des œuvres de prix, ainsi que des ex-libris, d'une forme artistique. Pour les dépôts publics, il conseille de petits cachets intelligemment posés sur les titres et les planches de manière à ne porter aucun préjudice à l'harmonie de la page, ainsi que la chose se pratique dans les grandes bibliothèques de Paris.
Monsieur Jorissen appelle l'attention sur diverses causes de destruction des livres de valeur.
Après une intéressante discussion sur l'utilité qu'il y aurait à sauver de la destruction des livres rares ou précieux, ainsi qu'on le fait heureusement depuis quelques années pour les produits des arts plastiques, la proposition suivante a été votée :
La Conférence du livre [émet le vœu qu'il soit fait des démarches auprès des gouvernements de"[tous les pays pour la création d'un fond destiné à l'achat des curiosités bibliophiliques qui se présenteraient sur le marché, et pour mettre les conservateurs des bibliothèques publiques en
mesure de surveiller la marche d'un objet de cette nature, afin d'en rendre un jour acquéreur le gouvernement de leur pays.
Adopté à l'unanimité.
Classement international des Caractères d'Imprimerie.
M. Paul Buschmann. — Chargé par le Bureau d'introduire la question, j'ai fait remarquer que, non seulement, deux mesures typographiques différentes sont en usage dans les fonderies : le point Fournier et le point Didot, mais qu'encore la valeur de ces deux mesures diffère d'une fonderie à l'autre.
Les difficultés résultant de l'emploi d'une double mesure sont, par conséquent, encore augmentées par cette diversité.
Il serait désirable qu'une mesure unique, basée sur le système métrique, fût adoptée. Je pense que les obstacles qui s'y opposent sont plutôt apparents que réels, tant en ce qui concerne le matériel existant des fondeurs que poulies craintes qu'éprouvent les imprimeurs d'avoir à marier des fontes d'un mesurage différent.
Des deux hauteurs qui existaient encore il y a peu d'années, une seule, la moindre, subsiste. Ce qui a été possible pour la hauteur doit l'être aussi pour la force de corps. J'ai exprimé le désir, si, contrairement à ma manière de voir, l'introduction du système métrique était impossible, de voir tout au moins les fondeurs se mettre d'accord sur la mesure exacte à donner aux deux points existants, en arrêtant combien de millimètres doivent avoir, par exemple, mille points Didot et mille points Fournier.
Monsieur Van der Borght, tout en partageant mes idées, aredressé une erreur que j'ai commise, et prouvé que les fondeurs français se servent du point Didot, tandis que les fondeurs belges appliquent généralement le système Fournier, qui se rapproche davantage des subdivisions décimales du mètre.
J'ai eu hâte de constater que, dans ce cas, c'est bien à la maison Van der Borght que l'on est redevable d'un progrès réel dans l'industrie de la fonte des caractères d'imprimerie.
Après un échange de vues très intéressant sur cet objet technique, auquel prennent part Messieurs Busse, Van der Borght, Dauby, Havermans et Paul Buschmann, on arrive à la conclusion :
1° Que Fournier et Didot n'ont pu faire usage d'une subdivision du même pied pour fixer leur point ;
2° Qu'il est matériellement impossible d'adopter brusquement un système nouveau, mais qu'il convient de préparer la voie à ce perfectionnement.
La proposition suivante de Monsieur Van der Borght est mise aux voix et adoptée :
La Conférence du livre exprime le vœu de voir adopter universellement le point typographique ayant pour base exacte le tiers du millimètre, et de voir déterminer aussi la hauteur des caractères à vingt-trois et demi millimètres.
Adopté à l'unanimité.
M. le Président. — La parole est à Monsieur le Marquis de Granges de Surgères, deuxième rapporteur de la première section.
M. le Marquis de Granges de Surgères. — Désigné par les honorables Membres de la première section pour vous présenter le résumé d'une partie de leurs travaux de la séance de ce matin, j'ai l'honneur de vous en présenter le compte-rendu succinct, en vous indiquant quelles sont les solutions adoptées à la suite de ces travaux.
Règles d'uniformité a proposer en ce qui concerne la tomaison, la pagination, les titres courants, les tables des matières.
Dans un mémoire aussi savamment élaboré qu'agréablement présenté, Monsieur Dauby a traité la question d'une façon absolument concluante. Jetant un regard en arrière, il a fait remarquer le haut cachet artistique que possédaient les œuvres typographiques des siècles passés ; la parfaite harmonie qui régnait dans leur ensemble et les rapports d'unité existant entre les divers éléments qui les constituent : titres bien ordonnancés, mise en page élégante, sans exagération ni défaut des marges, division harmonieuse et pratique du texte, tels étaient les moindres qualités de ces œuvres typographiques, que la postérité considère à juste titre comme de véritables œuvres d'art.
Par contre, la fantaisie la plus arbitraire règne dans la confection des livres modernes. Plus soucieux peut-être de faire vite que de faire bien, nos imprimeurs semblent enclins à s'écarter chaque jour davantage des règles d'esthétique dont ils auraient dû être les fidèles et premiers gardiens.
Aussi mille imperfections défigurent trop souvent des œuvres auxquelles on eut donné jadis des soins plus attentifs. Tantôt, par exemple, dit l'honorable Monsieur Dauby, les imprimeurs croiront plaire davantage en employant pour les titres courants l'œil fort ou l'œil compact français ou l'œil français, tandis que le texte sera un pur elzévier et vice-versa, et tantôt ils n'observeront aucune proportion logique entre les deux caractères. La fantaisie la plus complète règne aussi dans l'indication de la tomaison, de la signature typographique, de la pagination, des titres courants, etc. etc.
Bref, sous l'influence des idées modernes, il semblerait que la typographie, fût sur un plan incliné qui, si l'on n'y prenait garde, risquerait de la conduire à la décadence.
Après la lecture du mémoire de Monsieur Dauby, une discussion s'est engagée entre les membres présents. Il résulte de cette discussion, qui a donné lieu à de très intéressantes observations, notamment de la part de Monsieur le Comte Van der Straten Ponthoz, qui a bien voulu apporter au débat l'appoint de ses grandes connaissances bibliographiques, et qui, tout en rendant hommage au savoir et au zèle de la plupart de nos grands imprimeurs et éditeurs, pense qu'il importe que la Conférence appelle l'attention de tous sur certains oublis des règles essentielles, qui tendent à se généraliser.
En conséquence, votre première section a voté les conclusions suivantes, qu'elle a l'honneur de soumettre à votre ratification.
La Conférence du livre invite les syndicats professionnels et associations particulières de chaque pays à formuler des règles pour obtenir l'uniformité dans l'indication typographique de la tomaison, de la pagination, et de tout ce qui se rapporte aux titres des ouvrages et aux titres courants.
Adopté.
De ces débats, visant plutôt la forme matérielle du livre que son essence intellectuelle, la discussion s'est élevée à des régions supérieures avec le rapport de Monsieur le professeur Roger de Goey, dans lequel est savamment et brillamment traitée la question suivante :
Index alphabétique ou table onomastique.
1° Que l'utilité d'un livre, de référence, c'est-à-dire du livre par excellence est en raison directe de la perfection de son index alphabétique.
2° Moyens à employer pour atteindre cette perfection.
ci On a dit a satiété qu'un catalogue est l'âme d'une bibliothèque. Me plaçant au point de vue du lecteur assidu, du travailleur, de celui pour qui la lecture n'est qu'une préparation à la production, je dirai à mon tour que l'index alphabétique d'un livre est l'âme du livre de référence. » Ainsi s'exprime l'honorable auteur, en désignant par livre de référence, celui auquel les travailleurs ont souvent recours.
Après avoir montré combien était grande l'importance de cet index, ou table onomastique, Monsieur Roger de Goey fait observer que les Anglais l'ont déjà appréciée en créant la Concordance, index alphabétique de toutes les œuvres soit d'un auteur, soit d'une époque, soit se rapportant à une même question. Il voudrait voir se généraliser ce qui se passe en
Angleterre et il signale quels services des index alphabétiques pourraient rendre en ce qui concerne les périodiques.
Après avoir établi ce premier point, l'honorable professeur se demande quel devra être le rédacteur de l'index alphabétique d'un ouvrage. Sera-ce l'auteur ? Non, dit-il, il est incapable de le faire ; il n'en a pas le temps et souvent ce travail matériel est au-dessous de lui. Il préconise l'emploi et la généralisation d'employés, spécialement attachés chez les éditeurs à la rédaction de ces index. Il cite quelques maisons anglaises où la chose se pratique ainsi.
En conséquence il dépose le vœu suivant :
1° Il est désirable de voir l'index alphabétique ou la table onomastique se généraliser.
2° La confection de l'index ou Findexage doit se faire par des spécialistes.
Après une très longue et fort intéressante discussion, à laquelle prennent part presque tous les membres présents, votre première section a eu le regret de ne pas partager entièrement l'avis de l'honorable Monsieur de Goey. L'emploi de l'index lui semble êlre une chose recommandable par excellence et, en cela, elle abonde dans le sens de Fauteur de la proposition, relativement au premier point. Mais, à l'encontre de ses conclusions, elle en rejette le second point, estimant que, dans la presque généralité des cas, Fauteur est seul apte à rédiger utilement la table du livre qu'il a élaboré.
En conséquence, la proposition de l'honorable Monsieur de Goey est remplacée par la suivante :
Considérant qu'un index alphabétique est le complément nécessaire de tout ouvrage sérieux, la Conférence du livre invite les auteurs, en ce qui concerne les livres modernes, et les éditeurs, pour ce qui est des réimpressions, à en généraliser Fusage.
Cette proposition est mise aux voix et adoptée.
Nous avons Fhonneur de vous proposer de la confirmer par votre vote suprême.
M. Plon. — Je n'ai pas demandé la parole pour m'opposer à l'adoption des conclusions, je ne m'en occuperai pas ; mais j'ai le devoir de protester contre une des considérations émises dans le rapport.
Il y est dit que la typographie se trouve sur un plan incliné ; je suppose qu'on veut exprimer l'opinion que, non seulement, elle ne progresse pas, mais qu'elle perd du terrain.
Je pense, tout au contraire, qu'il y a en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, en France, en Hollande et en Belgique des imprimeurs qui ont, à un haut degré, le souci de leur art et qui en ont donné des preuves éclatantes.
La dernière exposition universelle de 1889 a donné sous ce rapport de hautes satisfactions aux bibliophiles, qui ont été unanimes à faire
un grand éloge des progrès réalisés. D'aucuns nous ont dit que, parmi les livres modernes qu'ils avaient vus, je ne citerai pas les maisons d'où ils sortaient, vous les nommeriez aussi facilement que moi, il y en avait que Ton pouvait comparer avec les plus beaux Elzevir, et que la comparaison était peut-être bien à l'avantage des livres modernes.
Je ne prétends pas qu'il n'y ait des imprimeurs qui ne tiennent guère compte des règles de l'art et ne fassent, avant tout, du commerce ; mais il y a néanmoins dans le monde entier un remarquable progrès dans l'art typographique.
Il est, par conséquent, inexact de parler d'une pente descendante et c'est contre cette allégation que je m'élève, non seulement au nom de mes confrères français, mais au nom de mes confrères de tous les pays.
(Applaudissements . )
M. le Président. — L'appréciation qui vient de provoquer les prostestations de Monsieur Pion, ne se trouve que dans les considérants du rapport. Comme elle n'est pas reproduite dans le vœu à émettre, nous pouvons sans inconvénient voter sur le texte des conclusions.
M. le Comte van der Straten Ponthoz. — Monsieur le rapporteur m'a paru interpréter parfaitement le sentiment de la section.
Nul parmi nous n'oserait dire que l'art typographique a dégénéré et que la Belgique n'occupe pas une place remarquable dans cette sphère.
Tel n'était pas le point en discussion et telle n'était pas non plus la pensée du rapporteur de la section. Il s'agissait de savoir comment les livres devaient être coordonnés, tomes, paginés, etc., etc. ; il s'agissait de savoir comment un titre devait être disposé, distribué et se montrer.
Eh bien, sous ce rapport, j'ose dire que sans avoir le moins du monde dégénéré, il s'est introduit une véritable fantaisie dans l'art d'agencer les choses, tant pour le titre que pour le faux titre, pour la tomaison, les indications, la place du nom de l'imprimeur, pour tous ces détails qui autrefois rendaient un livre agréable à regarder.
On est entré dans une voie qui me paraît dangereuse et il y a, sous ce rapport, en Belgique, des observations sérieuses à faire, même aux maisons de tout premier ordre, lorsqu'on examine attentivement la question.
Peut-être avez-vous cru, en entendant l'expression contre laquelle on a protesté, qu'il était fait allusion à la différence des caractères, par exemple. Nullement ; on a beaucoup innové sous ce rapport et c'est là la merveille de notre typographie moderne; mais celle de l'impression ancienne et des grands in-folios, gisait dans l'ordonnance de ce caractère régulier qui permet en quelque sorte à l'œil de lire toute une page, quand il n'a vu encore que deux ou trois mots.
Aujourd'hui la typographie emploit parfois des caractères tellement mal fondus ou frappés, que souvent on ne sait pas au juste si c'est un c, un o, un e, et dans les chiffres, un 3 ou un 8. Il est évident que ces
nuances se produisent. Eh bien ! nous n'en avons pas même parlé. Nous avons parlé principalement des différences de caractères quant à la forme et au style. Je vous demande pardon de ne pas me servir de termes absolument techniques. J'ai eu cependant le honneur de composer. Dans la typographie actuelle on emploie souvent les caractères ordinaires et réguliers qui existent partout, simultanément avec les caractères gothiques que nous voyons dans les livres anciens et sur les pierres tombales ; ces caractères gothiques sont mêlés aux caractères droits. Je dois dire que c'est d'un aspect désagréable et contraire à toutes les convenances modernes.
Dans les manuscrits nous trouvons des divergences de formes des lettres dans les indications des titres ; mais elles sont parfaitement déterminées et d'une encre différente ; ce sont des détails dans lesquels je ne veux pas entrer.
Toutes les observations ayant porté sur les caractères mêmes de l'impression, n'ont nullement rabaissé notre typographie, bien au contraire, et les considérations qu'à fait valoir l'honorable rapporteur ne portaient que sur l'aspect typographique, c'est-à-dire, sur l'habit du livre ; c'est absolument la forme qu'un tailleur ou une couturière donne à un vêtement pour que celui ou celle qui le porte se présente bien.
(Applaudissements) .
M. Plon. — La typographie n'est pas en décadence ; j'ai du m'élèver contre une semblable assertion, en laissant de côté les conclusions du rapport.
M. le Président. — En présence de ces considérations, toutes les susceptibilités sont écartées ; nous pouvons donc mettre aux voix, sans autre préambule, le vœu tel qu'il est formulé.
M. le Marquis de Granges de Surgères. — Voici comment ce vœu est rédigé :
Considérant qu'un index alphabétique est le complément nécessaire de tout ouvrage sérieux, la Conférence du livre invite les auteurs, en ce qui concerne les livres modernes, et les éditeurs, pour ce qui est des réimpressions, à en généraliser l'usage.
M. Roger de Goey. — On a paru s'étonner parce que j'ai dit que la plupart des auteurs seraient incapables de faire l'index alphabétique. Je me suis basé non pas sur des idées personnelles, mais sur des faits. Lorsque Georges Elliot, l'auteur anglais que vous connaissez, a voulu faire l'index alphabétique de ses œuvres, elle s'en est déclarée incapable, parce qu'elle s'est trouvée en présence de très grandes difficultés matérielles. Quelqu'un d'autre à dû se charger de ce travail, sous sa surveillance.
J'ai bien déterminé, l'honorable rapporteur pourra s'en convaincre en lisant ma déclaration, que ce travail devait se faire sous la surveillance définitive dç l'auteur, de la même façon que les corrections; celles-ci se
font d'abord à l'atelier ; mais elles se font, aussi, sous la surveillance définitive de Fauteur.
J'admets fort bien que vous ne vous ralliez pas à mes conclusions ; mais j'ai tenu à expliquer que je n'avais pas émis une idée en l'air. Je ne m'oppose pas, pour le surplus, à l'adoption du vœu proposé par la première section. J'ai employé les mots « index alphabétique », parce qu'ils seront compris par tout le monde, tandis qu'il en est autrement du terme « table onomastique » ; qui, en Angleterre, n'est jamais employé. Je me suis servi de néologismes, pour mieux me faire comprendre. J'en ai fait d'ailleurs l'observation.
M. Aulit. — Les anglais savants connaissent le grec.
M. Roger de Goey. — Nous ne nous adressons pas seulement à des savants, mais à des éditeurs qui ne le sont pas toujours.
La proposition est mise aux voix et adoptée à l'unanimité moins trois voix.
M. le Président. — La parole est au rapporteur de la deuxième section.
M. Charles Dumercy. — Dans la séance de ce matin, la deuxième section s'est occupée des objets portés sous les numéros deux et trois du programme, c'est-à-dire des droits de transport et des droits de douane, en ce qui concerne le livre.
Quant aux droits de transport, la base de la discussion a été le desideratum formulé, par M. F. Hasselbrink, dans les termes suivants :
« On devrait introduire dans l'union postale des bulletins de commande ne contenant que le titre, le prix etc. du livre, au prix réduit de cinq centimes.
« Le poids maximum des colis postaux devrait être porté à cinq kilogrammes au lieu de trois.
« Le poids maximum des imprimés devrait être porté à deux kilogrammes autant dans le service interne (en Suisse le maximum est d'un demi-kilo seulement) qu'international. »
Les trois vœux suivants ont été adoptés :
1° Dans tout le territoire de l'Union postale, assimilation du bulletin de commande au bulletin de souscription ;
2° Dans tout le territoire de l'Union postale, uniformité du maximum de cinq kilogrammes pour le poids des colis postaux ;
3° A l'instar de ce qui existe déjà dans l'Union postale, voir porter à deux kilogrammes le maximum du poids des imprimés dans les pays où cela n'existe pas encore.
La proposition de voir porter, dans tout le territoire de l'Union postale, à cinq kilogrammes le maximum de poids des imprimés a été rejetée par huit voix contre sept.
Quant aux droits de douane, après avoir entendu les développements de la proposition de Monsieur G. Zech-Dubiez, la deuxième section a, conformément aux conclusions de celui-ci, émis le vœu que, dans aucun pays, le livre, tant relié que broché, ne soit frappé d'un droit douanier quelconque et qu'il soit fait, auprès des pouvoirs publics, les démarches nécessaires pour arriver à ce but.
Tel est le résultat des travaux de la deuxième section.
Quant aux autres questions portées au programme, leurs auteurs ne s'étant point présentés pour les développer, elles ont été considérées comme abandonnées.
M. le Président. — Nous nous occuperons d'abord de la première
question.
M. le Comte de Marsy. — Je ne suis pas au courant de la question en ce qui concerne la Belgique, mais en France les bulletins dont il s'agit sont toujours expédiés au même tarif qu'une correspondance par carte postale. Il s'agit probablement d'un fait spécial à la Belgique.
M. Dumercy. — L'honorable membre se met sur le terrain des cartes postales ; la section, au contraire, s'est placée sur le terrain des imprimés.
M. le Comte de Marsy. — En France, du moment qu'une demande est faite sur imprimé, celui-ci à le caractère d'une correspondance personnelle. Il me semble qu'il faut traiter la question au point de vue international.
M. Dumercy. — Aujourd'hui, en Belgique, les bulletins de souscription jouissent de certains privilèges. On demande que ces privilèges, applicables aujourd'hui seulement aux bulletins de souscription, soient, dans le service international, étendus désormais aux bulletins de commande.
M. le Comte de Marsy. — Les bulletins de commande ne sont pas actuellement dans le service international.
Un Membre. — On demande que cela soit, mais cela n'est pas encore. Il y a un malentendu à ce sujet.
M. Templier. — Le système qui a été exposé par l'honorable rapporteur et qui parait être, d'après ce qui a été dit ce matin, en vigueur en Belgique, tend à concéder certaines faveurs aux bulletins de souscription. Le vœu consiste précisément à modifier l'état de choses actuel ; il consiste à dire qu'il serait à souhaiter que la faveur accordée par la Belgique aux bulletins de souscription fût généralisée par mesure internationale. C'est précisément parce que cela n'existe pas au point de vue international qu'il y a lieu de le demander.
(Très bien : c'est cela !)
M. le Comte de Marsy. — C'est la rédaction qui ne me parait pas claire.
M. Dumercy. — Nous demandons que ce qui existe actuellement, en Belgique, en ce qui concerne le bulletin de souscription soit, dans toute l'Union postale, étendu aux bulletins de commande.
Un Membre. — Cela existe en Suisse aussi.
M. Paul Ruelens. — Tout le monde ne sait pas ce que c'est que la faveur dont jouit le bulletin de souscription. Il s'agit d'un bulletin imprimé sur lequel le souscripteur à un ouvrage peut indiquer, écrit à la main, son nom, son adresse et apposer sa signature. Ce bulletin circule par la poste au même tarif que les imprimés ordinaires, c'est-à-dire un centime à l'intérieur de la Belgique, cinq centimes dans les pays de l'Union postale.
Ce qu'on demande, c'est donc que le bulletin de commande soit traité sur le même pied que l'imprimé ordinaire, c'est-à-dire au prix de cinq centimes dans toute l'Union postale.
Je crois qu'on serait plus clair en remplaçant, dans le vœu, les mots « assimilé au bulletin de souscription » par les mots « assimilé au régime des imprimés. »
M. Dumercy. — Nous sommes d'accord quant au fond ; mais, je crois que, quant à la forme, il y a des réserves à faire. L'honorable membre demande qu'on remplace les mots et bulletin de souscription » par ce régime des imprimés ».
Au fond, c'est la même chose; mais je ferai remarquer qu'il y a certains imprimés qui sont, quant aux mentions manuscrites, soumis à un régime spécial : par exemple, les cartes de visite.
Si nous adoptons la rédaction de Monsieur Paul Ruelens, nous tombons donc dans une autre ambiguïté.
M. Paul Ruelens. — Je me place au point de vue de l'union postale, et non pas de la Belgique ou de la Suisse.
Ce que vous voulez, c'est que le bulletin de commande circule dans toute l'union postale comme un simple imprimé, comme les épreuves d'imprimerie, par exemple, qui sont assimilées aux imprimés simples, et cela bien que le bulletin de commande porte des mentions manuscrites.
M. Dumercy. — Je veux bien, mais alors il faut faire disparaître le mot « Belgique ».
On l'a introduit tantôt, maintenant on veut l'enlever. Nous faisons du pénélopisme.
(Hilarité.)
M. Paul Ruelens. — Ajoutez l'Egypte qui a la même règle, si vous voulez.
M. Dumercy. — Il serait donc entendu que nous demandons que le bulletin de commande soit soumis aux mêmes règles que les imprimés en général....
Un Membre. — Le titre de l'ouvrage commandé pourra-t-il être écrit à la main?
M. Merzbach. — Rien que la signature.
(Non, non, protestations.)
M. Dumercy. — Nous allons arriver aux conséquences les plus extra-
ordinaires. Lorsqu'un amateur voudra commander un livre, il devra, pour profiter de la taxe, commencer par faire imprimer un bulletin de commande.
(Rires et interruptions.)
Je ne puis être ici que l'organe de la section. Celle-ci ne s'est occupée que des bulletins de commande : elle a dit qu'ils devaient être soumis au régime auquel sont soumis actuellement, en Belgique, les bulletins de souscription. Nous ne pouvons pas changer la pensée de ceux qui ont fait la proposition. Si celle-ci ne vous convient pas, vous êtes libres de la rejeter. Ne confondons pas les bulletins de souscription avec les bulletins de commande.
La base de la proposition, ce sont les bulletins de commande. Ne parlons pas d'imprimés en général, c'est sortir de la question.
M. Paul Ruelens. — Le bulletin de souscription est un imprimé portant certaines indications manuscrites et qui, par une faveur spéciale de la législation belge, jouit du même avantage que l'imprimé pur et simple ; il circule au moyen de l'affranchissement d'un centime ; il est absolument assimilé à l'imprimé.
Vous voulez faire jouir du même bénéfice le bulletin de commande ; mais ce bulletin est celui sur lequel pourraient figurer, écrits à la main, le titre du livre commandé, l'adresse et la signature du souscripteur.
Dites donc que vous demandez que le bulletin de commande puisse circuler dans toute l'Union postale, sous le régime de faveur qui est établi pour un simple imprimé, et tout le monde vous comprendra.
M. Dumercy. — Nous sommes d'accord maintenant.
M. Paul Ruelens. — Il est évident que, si le bulletin de commande, portant des mentions manuscrites, était assimilé aujourd'hui à l'imprimé* il ne serait pas nécessaire d'émettre un vœu à ce sujet. S'il ne s'agissait que du bulletin de commande, portant une signature manuscrite, il ne faudrait pas non plus émettre un vœu, car il est permis de mettre une signature sur le bon à tirer.
M. le Comte van der Straten Ponthoz. — Parfaitement.
M. Paul Ruelens. — Je propose donc le vœu suivant :
Le Congrès émet le vœu que les bulletins de commande, portant le nombre d'exemplaires, le nom et l'adresse de celui qui commande, puissent circuler dans l'Union postale avec le même régime de faveur que les imprimés.
M. Dumercy. — Je me rallie à cet amendement.
M. Templier. — Voulez-vous me permettre de vous rappeler la formule inscrite dans le programme imprimé que nous avons reçu ? Cette formule répond à tous les desiderata : « On devrait introduire dans l'Union postale des bulletins de commande, contenant le titre, le nombre d'exemplaires, etc., au prix réduit de cinq centimes. »
M. Paul Ruelens. — C'est le régime des imprimés.
Un Membre. — Je propose le renvoi à demain, en vue d'une étude plus approfondie. (Protestations.) Il y a une confusion dans mon esprit et dans celui de plusieurs membres. (Non, non.) Tout à l'heure on parlait d'un centime ; maintenant il s'agit de cinq centimes.
Un autre Membre. — Il s'agit de l'Union internationale.
M, Dumercy. — C'est évident. Il s'agit des rapports internationaux ; c'est la base de la discussion ; donc il n'est question que de cinq centimes.
(Aux voix, aux voix.)
La proposition définitive de la section, en tenant compte des amendements, est donc celle-ci : « Il y a lieu d'admettre, dans l'Union postale, des bulletins de commande, contenant le titre, le prix, etc., et ce moyennant cinq centimes ».
M. P. Ruelens. — Pardon, il faut dire : « Pouvant contenir, écrits à la main, le titre, le prix, etc. »
M. Rueff. — Si on demande le régime des imprimés, il faut mettre sous bande l'objet expédié, et cela n'est pas pratique pour le bulletin de commande.
M. Dumercy. — Les imprimés peuvent circuler sous bande ou sous enveloppe ouverte.
M. Rueff. — Je ne connais que le régime qui permette d'expédier les imprimés sous bande.
M. Dumercy. — Voici l'amendement auquel la section se rallie :
Il y a lieu de permettre, dans les pays de l'Union postale, au prix réduit de cinq centimes, la circulation de bulletins de commande, portant, écrits à la main, le titre de l'ouvrage, le prix, le nombre d'exemplaires, le nom et l'adresse de l'acheteur.
Adopté.
M. Dumercy. — Le deuxième vœu est le suivant :
Dans tout le territoire de l'Union postale, uniformité du maximum de cinq kilogrammes pour le poids des colis postaux.
M. Roger de Goey. — Cette limite n'est pas suffisante.
Des voix. — Oh oh !
M. le Président. — C'est le maximum auquel on est parvenu jusqu'ici dans l'expédition des colis postaux ; il serait imprudent de vouloir aller au-delà.
Ce vœu est adopté à l'unanimité, moins une voix.
M. Dumercy. — Le troisième vœu est le suivant :
Le Congrès émet le vœu qu'à l'instar de ce qui existe déjà dans l'Union postale, on porte à deux kilogrammes le maximum du poids des imprimés dans les pays où cela n'existe pas encore.
M. le Président. — C'est un corollaire de la proposition précédente.
Adopté.
M. Dumercy. — La deuxième question est très simple :
Le Congrès émet le vœu que, dans aucun pays, le livre, tant relié que broché, ne soit frappé d'un droit douanier quelconque et qu'il soit fait, auprès des pouvoirs publics, les démarches nécessaires pour arriver à ce but.
M. le Président. — Quelqu'un demande-t-il la parole sur ce vœu absolument platonique ?
(Rires).
M. Dauby. — Et les traités de commerce ?
M. Roger de Goey. — A ce compte, tous nos vœux seraient platoniques.
M. le Président. — Pas du tout ; il y en a qui peuvent être réalisés très facilement.
Adopté à l'unanimité.
M. le Président. — L'heure étant trop avancée, le rapport de la troisième section sera présenté demain.
La séance est levée à quatre heures et quart.
La séance est ouverte à deux heures et quart.
M. Max Rooses donne lecture du procès-verbal de la dernière assemblée générale. La rédaction en est approuvée.
M. le Président accorde la parole au rapporteur de la première section :
Moyens de développer l'art de la reliure.
M. Paul Buschmann. — J'ai l'honneur de présenter à l'assemblée le rapport suivant sur les travaux de la première section pendant sa troisième séance :
Monsieur Claessens reconnaissant le bien-fondé des plaintes que font entendre les bibliophiles au sujet de certaines reliures, croit cependant devoir faire remarquer que ce n'est pas toujours le relieur qu'on doit rendre responsable de la défectuosité de son travail. Il attire l'attention des éditeurs sur la façon déplorable dont se fait parfois le brochage et les
engage à surveiller spécialement ce travail ; car il est toujours difficile, souvent impossible de redresser les détériorations résultant d'un brochage défectueux. Après une intéressante discussion à laquelle prennent part Messieurs Busse, Dauby, le Comte de Daugnon, Môssly et Buschmann, rassemblée est unanime à condamner le brochage au fil métallique pour les périodiques et les publications de bibliothèque.
Monsieur le Comte de Daugnon, ayant été appelé à la troisième section pendant la séance d'hier, demande à revenir sur la question relative à la table des matières et exprime les vœux suivants, surtout pour ce qui concerne les ouvrages historiques :
1° Que la composition se fasse sur deux colonnes numérotées;
2° Qu'en tête de chaque chapitre figure le sommaire de son contenu;
3° Que dans la première partie de la table ces sommaires soient reproduits intégralement, de manière que la table forme un tableau synoptique et chronologique de toute la matière contenue dans l'ouvrage.
Monsieur Van Lee se rallie complètement à cette manière de voir; mais il voudrait donner à ce vœu un caractère plus général et ne pas se borner aux livres d'histoire.
Monsieur Magnuski signale l'utilité de la méthode préconisée, spécialement au point de vue des ouvrages scientifiques.
Questions relatives aux procédés d'illustration, au meilleur établissement DU LIVRE ET DU JOURNAL PÉRIODIQUE DANS LES DIVERS ORDRES SUBJECTIFS ; LIVRES CONSACRÉS AUX SCIENCES, AUX LETTRES, AUX ARTS, A LA LITURGIE, REVUES PÉRIODIQUES, ETC.
M. Destrée attire l'attention des intéressés sur l'utilité de la publication d'albums de reproduction de miniatures, même en couleur, au service des illustrateurs d'ouvrages liturgiques, surtout au point de vue historique et archéologique.
Sur la manière de réaliser ce désir s'engage une intéressante discussion à laquelle prennent part Messieurs Pichot, le Comte de Daugnon, Moreau et Titz, d'où il ressort que des albums analogues existent déjà en Belgique, en France et en Allemagne, et notamment le bel album de la maison Klimsch & C ic , de Francfort, comprenant, il est vrai, d'autres miniatures que celles qui ont un caractère religieux; mais qui peuvent fournir des indications utiles au point de vue de l'histoire du costume, des armes, des meubles, etc.
Monsieur le Comte de Daugnon tient à constater que tous les conservateurs de musées autoriseront la copie, la reproduction de miniatures, mais uniquement à condition que l'original reste dans le local même de son dépôt.
Bibliothèque de Mathias Corvin
PaiîK ll'UN MANUSCRIT
Monsieur Aulit propose la création d'écoles d'illustrateurs, spécialement au point de vue des publications quotidiennes.
Une discussion très animée s'engage à ce sujet.
Messieurs Titz, Dumercy et Buschmann, séparant la question artistique de la question industrielle, défendent chaleureusement la liberté, l'indépendance de l'art, tant dans son enseignement que dans son essor.
Messieurs Magnuski et Moreau défendent les intérêts de renseignement technique et professionnel. L'art et la science n'étant pas des antagonistes, les orateurs se mettent aisément d'accord ; et l'assemblée considérant que la proposition de Monsieur Aulit rentre dans les vœux exprimés hier au sujet de la création d'écoles professionnelles du livre, passe à l'ordre du jour.
Monsieur le Comte de Daugnon propose qu'avant de lever la séance, la section vote des remercîments à Monsieur V. Wouters, président du Cercle Artistique, pour son sympatique accueil, à Messieurs Ch. Ruelens, Max Rooses, Deslandes et à tous les promoteurs de l'œuvre de la Conférence.
Cette proposition, chaleureusement acclamée, est votée à l'unanimité.
Au nom de la bibliothèque du Musée de Buda-Pest, Monsieur Janos Csontosi dépose sur le bureau des reproductions de spécimens de reliures.
Il propose l'insertion de quelques-unes de ces reproductions dans le Compte-rendu de la Conférence, en forme d'illustration, et ce aux frais dudit Musée.
Cette proposition est chaleureusement acclamée et des remercîments sont adressés aux auteurs de la proposition.
Il n'y a donc pas eu de vœu formulé. On s'est borné à attirer l'attention des intéressés et spécialement des éditeurs sur les idées qui ont été émises dans la discussion.
M. le Président. — Les opinions qui ont été exprimées ont été acceptées à l'unanimité ; il suffira de les insérer dans le compte-rendu et elles tiendront lieu de vœu.
Adopté.
M. le Président. — La parole est au rapporteur de la troisième section.
Système uniforme de catalogues pour les grandes bibliothèques.
M. Vollen. — Au sein de la troisième section, il a été donné lecture d'un travail de Monsieur Ch. Welch, bibliothécaire de la corporation de la Cité de Londres. Ce travail était intitulé : D'un catalogue général de manuscrits avec leurs endroits de dépôt ou de la préparation immédiate d'une liste internationale d'après laquelle un catalogue pourrait être fait plus tard.
Après lecture de ce travail, il y a eu une discussion d'où est sortie la double proposition suivante adoptée à l'unanimité:
1° La Conférence du livre émet le vœu de voir les gouvernements exercer une action directe sur les administrations des établissements publics et sur tous les corps administratifs subordonnés, pour arriver à la confection d'un catalogue général ou inventaire des manuscrits leur appartenant.
Je n'ai pas besoin d'insister sur cette proposition dont l'utilité est démontrée. Aujourd'hui surtout que le travail se fait sur les sources, on doit être mis à même d'arriver facilement à la connaissance de ces sources qui sont souvent des manuscrits.
La seconde partie de la proposition est celle-ci :
2° La Conférence du livre émet le vœu de voir les gouvernements encourager la publication de catalogues des manuscrits appartenant à des particuliers.
Nous avons scindé notre vœu, pour marquer que là où le gouvernement pouvait exercer une action directe, il devait le faire comme un droit et un devoir, mais nous nous sommes opposés vivement à toute intrusion de la part du gouvernement.
Le bibliophile est maître chez lui, il ne doit donner des renseignements que si cela lui plaît. Il en est qui désirent faire connaître leurs trésors et alors le gouvernement a intérêt à produire le catalogue des manuscrits particuliers.
M. Plon. — Il y a des états où cela se fait.
Un Membre. — En Angleterre, nous avons des Historical Records Commissions qui publient, selon la volonté des propriétaires, des comptesrendus précis. Il y a vingt ou vingt-cinq ans que ce travail se fait.
M. Vollen. — L'exemple est venu de l'Angleterre et de la France. Nous exprimons le vœu qu'il soit suivi partout.
Il est procédé au vote sur chacune des deux parties des conclusions qui sont adoptées à l'unanimité.
M. le Président accorde la parole au deuxième rapporteur de la troisième section.
De l'utilité, dans les grandes bibliothèques nationales, d'un catalogue
général mis a la portée du public.