‹ Compte-rendu de la première session de la Conférence du livre tenue à AnversChapitre 13 sur 21 · BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES

M. H. Hymans. — Ces deux questions, introduites au programme par Messieurs Ernest Van de Veld et Roger de Goey, ont fait, à la troisième section, l'objet d'un débat intéressant.

Partant de ce principe que le visiteur d'une bibliothèque ne peut être au courant des ressources de celle-ci ; que, d'autre part, il ne saurait lui convenir toujours de mettre le bibliothécaire au courant de l'objet de ses travaux, que, d'autre part encore, dans les grandes bibliothèques, les conservateurs sont surchargés de besogne et ne peuvent répondre à toutes les demandes, les auteurs de la proposition voudraient que le catalogue, quelle que soit sa forme, pût être mis régulièrement à la disposition du public.

Bien qu'aucun désaccord n'ait surgi et ne dût surgir sur ce principe si simple qu'une bibliothèque doit avoir un catalogue à la disposition du public, un désaccord absolu existe sur la nature de ce catalogue rendu public.

Certains établissements de premier ordre, la Guildhall Library de la Cité de Londres, la bibliothèque de l'Université de Leyde, ont des catalogues tenus constamment au courant et ces catalogues sont sans réserve mis à la disposition des lecteurs. Le British Muséum vulgarise un catalogue spécial des livres de référence que les lecteurs peuvent constamment utiliser. En revanche, il y a d'autres bibliothèques dont les catalogues manuscrits et en fiches ne sont pas communiqués au public et servent aux recherches des bibliothécaires pour s'orienter eux-mêmes et pouvoir répondre plus efficacement aux demandes des lecteurs.

Beaucoup d'orateurs estiment que le concours du bibliothécaire est indispensable au lecteur, que si le bibliothécaire est ce qu'il doit être, s'il est véritablement dans son rôle, toute son expérience est acquise aux travailleurs, lesquels, d'ailleurs, doivent pouvoir compter sur sa discrétion absolue. Se passer complètement de son aide est chose en quelque sorte impossible.

Bien que convaincus, en somme, de cette nécessité, les honorables auteurs de la proposition veulent que l'intervention du bibliothécaire ne soit qu'un simple accessoire. Le catalogue, pour eux, doit être complet, tenu à jour et mis sans réserve à la disposition du public.

Divers amendements à cette mesure radicale ont été déposés.

La troisième section après une discussion animée, s'est enfin ralliée à cette formule :

Il y aura dans chaque bibliothèque un catalogue aussi complet que possible à la disposition du public.

M. Roger de Goey. — Je propose que le public ait libre accès aux catalogues des bibliothèques publiques. Comme c'est un amendement, je vous prie de le mettre aux voix en premier lieu.

M. le Président. — Quelle différence faites-vous entre ce libre accès et la formule proposée par le rapport?

M. Roger de Goey. — Je demande que tous les catalogues, quels qu'ils soient, soient mis à la disposition du public. Si le lecteur ne peut les

consulter, il restera toujours inintelligent. C'est à force de compulser les bibliographies que les conservateurs acquièrent de l'expérience.

M. le Président. — Entendez- vous que les fiches et les catalogues puissent être confiés au premier venu qui pourrait les tripatouiller?

M. Roger de Goey. — Au British Muséum, il y a un catalogue par fiches que personije ne peut consulter ; mais il y a une reproduction de ce catalogue qui est à la disposition du public. Au fur et à mesure de l'entrée d'un livre, on le mentionne sur un petit morceau de papier qu'on colle dans le catalogue. Chacun est ainsi tout aussi bien au courant que le meilleur des bibliothécaires. Il me semble que ma pensée est absolument claire.

M. Baer. — Je crois pouvoir intervenir dans cette discussion, parce que j'ai vu un très grand nombre de bibliothèques.

Il me paraît difficile de demander que chaque bibliothèque mette ses catalogues à la disposition du public.

Jusque dans ces derniers temps, la plupart des bibliothèques n'étaient pas organisées de façon à pouvoir mettre leur catalogue à la disposition du public, et il en est beaucoup, qui sont encore dans ce cas aujourd'hui. L'idéal serait que toutes les bibliothèques aient un catalogue pouvant être mis à la disposition du public, mais il est loin d'être réalisé, pour les anciennes bibliothèques surtout. Ce qu'il faut demander avant tout, c'est que l'on dresse partout le catalogue des bibliothèques.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Il serait facile de simplifier la question et de donner satisfaction, d'une part, aux travailleurs, qui désirent être renseignés, autant que possible, sur l'importance et la variété des livres et des estampes conservés dans les dépôts et, d'autre part, aux conservateurs qui ont le souci de mettre leurs catalogues à jour.

On pourrait formuler le vœu d'une manière plus générale et dire, par exemple :

La Conférence émet le vœu que les conservateurs des bibliothèques et dépôts publics mettent à la disposition du public, un catalogue aussi complet que possible.

M. Roger de Goey. — Je me rallie à cette rédaction.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — De cette façon, le public aura, je l'espère, le moyen de se renseigner et les recherches dans les dépôts publics seront grandement facilitées.

M. le Président. — Je propose un alinéa nouveau qui mettra, je crois, tout le monde d'accord. Il est ainsi conçu :

Les gouvernements sont invités à fournir aux bibliothèques les moyens de créer leurs catalogues de la manière la plus complète et la plus utile aux travailleurs.

Au British Muséum, les catalogues sont faits d'une manière admirable, mais il y a là un personnel de 44 employés, largement payés. A Bruxelles,

au contraire, un seul employé est chargé de faire un catalogue systématique. La situation est toute différente.

M. le Marquis de Granges de Surgères. — Je demande que cet alinéa, sur lequel je fonde beaucoup d'espoir, soit ajouté à ma proposition, plutôt qu'au vœu qui a été formulé par Monsieur Hymans.

M. le Président. — Je mets d'abord aux voix le vœu suivant :

Il y aura dans chaque bibliothèque un catalogue aussi complet que possible à la disposition du public.

Adopté à l'unanimité.

M. le Président. — Je mets aux voix le deuxième vœu :

Les gouvernements sont invités à fournir aux bibliothèques les moyens de créer leurs catalogues, de la manière la plus complète et la plus utile pour le travailleur.

Adopté à l'unanimité.

M. le Comte van der Straten Ponthoz. — Une question intéressante du programme qui n'a pas été vidée parce que le travail n'a pas été produit, c'est celle qui est relative à la manfère dont les objets et les noms doivent être insérés dans les tables méthodiques et alphabétiques.

Un travail étant fait sur cette question, il serait désirable qu'il fût inséré, tout au moins à titre de renseignement dans le compte-rendu du Congrès.

Les tables et les index ont une très grande importance ; les personnes qui n'ont jamais fait de recherches ne s'en doutent pas ; mais celles qui ont eu à fouiller de nombreux volumes savent les difficultés qu'elles ont souvent rencontrées. Mais il y a dans les tables des livres d'histoire, des noms de personnes, des noms de famille, inscrits sans ordre alphabétique sérieux. Certaines règles doivent être suivies pour assurer la bonne confection des tables.

Dans les tables chronologiques, on a adopté un ordre plus rationnel, qui n'avait pas encore été généralement admis. Le mémoire auquel je fais allusion traite à fond les questions, et je pense qu'il serait utile de le faire paraître dans le compte-rendu de la Conférence avec une note donnant à ce sujet quelques idées claires et plus ou moins résumées.

M. Buschmann. — La question dont parle Monsieur le Comte van der Straten Ponthoz a été discutée ce matin à la première section et Monsieur le Comte de Daugnon nous a remis à ce propos un travail complet.

Je pense qu'il entre dans les intentions du bureau de faire insérer dans le recueil des travaux de la Conférence du livre, tous les rapports, même ceux qui n'ont pu être lus ici. Monsieur le Comte van der Straten Ponthoz aurait ainsi satisfaction.

M. Plon. — Que l'on publie ces mémoires à titre de renseignement et comme annexe, c'est fort bien, mais quant à ceux dont on n'a pas même entendu la lecture, le Congrès ne peut évidemment s'en rendre responsable. Il ne peut les donner qu'à titre de renseignement ; mais il faut qu'il y ait une distinction bien précise entre les motions qui ont eu une sanction par la discussion qui s'est engagée en section et par le vote de l'assemblée générale, et, d'autre part, entre les idées exprimées par ceux qui ont présenté des mémoires dont l'assemblée n'aurait peut-être pas admis les conclusions.

M. le Comte van der Straten Ponthoz. — Je suis absolument de votre avis.

M. Armand Wauwermans. — Publiera-t-on les mémoires relatifs aux questions qui ont été écartées ?

M. le Président. — Elles ont été écartées, parce que les rapporteurs n'étaient pas présents.

M. Max Rooses. — Notre intention est d'insérer dans le Compte-rendu de la Conférence les mémoires qui nous ont été adressés, que la rubrique à laquelle ils se rapportent ait été traitée ou non. Il va sans dire que nous ne les donnerons qu'à titre de documents, sans assumer le moins du monde la responsabilité des conclusions auxquelles leurs auteurs arrivent.

.M. le Marquis de Granges de Surgères. — Pour la publication du Compte-rendu de nos séances, l'assemblée doit s'en remettre au bureau qui a si bien organisé nos travaux.

(Applaudissements.)

M. Magnuski. — D'accord avec plusieurs membres, je viens demander une rectification au sujet de la rubrique : « Le système du clothing anglais n'est pas compatible avec le vrai bon goût ; quand un ouvrage est relié, il devrait être rogné. » Nous nous sommes trouvés d'accord pour dire que les relieurs anglais, allemands et français produisaient des chefs-d'œuvre ; par conséquent, il ne faut pas tenir compte du terme.

M. le Président. — Nous ne sommes pas responsables des questions qui nous ont été envoyées; nous les avons insérées telles quelles.

M. Henri Hymans. — N'est-il pas naturel qu'un livre relié soit aussi rogné ? Il arrive fréquemment que lorsqu'on donne un livre à relier, il revienne non rogné. C'est extrêmement desagréable.

M. Plon. — Il faut laisser aux bibliophiles le soin de faire relier leurs livres comme ils l'entendent.

M. Roger de Goey. — A mon avis, il ne faut pas rogner les livres du tout.

M. Dumercy. — Il semble que l'assemblée entre dans la voie d'une effroyable tyrannie. Après avoir imposé l'uniformité sur différentes choses, on veut nous enlever maintenant une liberté analogue à celle qu'un ministre appelait la plus précieuse de toutes, la liberté de se gratter. (Hilarité.) On veut nous enlever la liberté de rogner ou de ne pas rogner

nos livres. Le despotisme le plus effrayant de l'antiquité n'est rien à côté de cela.

(Nouveaux rires.)

Je demande qu'on nous laisse au moins cette dernière liberté.

M. Grosset. — J'ai demandé la parole pour signaler une lacune. Il est une question très intéressante, traitée à la troisième section, au sujet duquel le rapporteur n'a pas fait rapport ; c'est la suivante :

Communication des livres imprimés et des manuscrits d'une bibliothèque publique. — Projet d'entente internationale.

M. le Président. — On m'a chargé de faire le rapport et je vous avoue que je n'en ai pas trouvé le temps. On a discuté longuement, ce matin, le prêt à l'extérieur et l'envoi des livres et des manuscrits. Je me suis borné à demander l'émission d'un vœu concernant la sortie des manuscrits. J'ai demandé au Congrès de déclarer, qu'à l'avenir les manuscrits ne devraient plus sortir des bibliothèques, qu'ils ne pourraient être communiqués à l'extérieur que dans des circonstances exceptionnelles, à débattre, dans l'intérêt de la science. J'ai demandé cela plutôt comme une arme contre les abus, que comme une règle draconienne.

J'ai développé les raisons qui s'opposent à la communication des documents aussi précieux, que ceux que l'on communique aujourd'hui, et j'ai attiré l'attention sur la façon défectueuse dont ils sont envoyés à l'étranger. Je crois agir dans l'intérêt de la science, en vous proposant d'émettre ce vœu. Le manuscrit est une chose unique, et s'il s'égare, c'est la perte d'une lumière.

M. H. Hymans. — C'est évident.

M. le Président. — C'est dans ce sens que je vous demande de vouloir adopter ce vœu.

M. Wauwermans. — Je demande que sous aucun prétexte on ne permette la sortie.

Des Membres. — La discussion a été close.

M. le Président. — Je ne veux pas être absolu.

M. Wauwermans. — Un manuscrit ne doit jamais être exposé à se perdre.

M. le Président. — Je regarde l'absolu comme une chose anti-humaine.

M. Wauwermans. — C'est l'amour du livre qui me porte à m'exprimer ainsi ; veuillez m'excuser.

M. Delbeke. — Il serait bon de préciser exactement ce que nous allons voter. Quoique très peu bibliophile, j'ai cru devoir intervenir dans la discussion, qui s'est engagée ce matin au sein de la troisième section, parce qu'il s'agit d'une chose beaucoup plus importante que la bibliophilie. Il s'agit de la conservation d'une des parties les plus précieuses du

patrimoine national. C'est pourquoi j'avais proposé ce matin, de diviser la proposition, excellente d'ailleurs, de Monsieur Ruelens. L'honorable membre a proposé de défendre d'une façon absolue la sortie des dépôts publics des objets confiés à la garde des conservateurs.

Monsieur Du Rieu a soutenu qu'il convenait de confier les imprimés et les manuscrits à d'autres bibliothèques, sous le contrôle des conservateurs. Ce sont là deux ordres d'idées bien distincts. Sans doute, il ne faut pas livrer aux hasards de la vie intime des trésors précieux (rires), en confiant ces derniers à des particuliers, dans leurs domiciles ; mais tout autre chose est la communication de manuscrits à d'autres bibliothèques. Monsieur Du Rieu a déclaré qu'à Leyde ce système est en vigueur depuis longtemps, et qu'il n'a jamais donné lieu à aucun inconvénient.

Il y a un fait en faveur duquel on pourrait invoquer l'intérêt de la science.

Je divise la proposition de Monsieur Ruelens, j'en fais deux propositions distinctes.

La première est celle-ci :

La Conférence est d'avis que, dans aucun cas, un dépôt public ne peut laisser sortir un manuscrit ou un imprimé, pour le prêter à des particuliers.

Seconde proposition :

La Conférence est d'avis que, sous certaines réserves, les dépôts publics peuvent être autorisés à prêter leurs manuscrits ou leurs livres à d'autres dépôts du pays ou de l'étranger, pour être communiqués aux intéressés sous Te contrôle des conservateurs.

M. le Président. — Cette proposition me paraît être la plus large.

M. Delbeke. — Permettez-moi de reprendre un instant la parole.

Je voterais la proposition de Monsieur Ruelens, si elle était mise aux voix la première, mais il faut que nos vœux expriment, autant que possible, le sentiment de tous. Or, je sais des collègues qui ont voté la proposition de Monsieur Ruelens, mais qui l'ont votée à regret.

Ma proposition donne, au contraire, satisfaction à tout le monde, et je demande qu'elle soit mise aux voix la première. Si elle est rejetée on mettra aux voix celle de Monsieur Ruelens.

M. le Président. — La seconde partie du vœu qu'on propose est déjà réalisée aujourd'hui. Nous avons décidé à Bruxelles de ne plus prêter à personne, à moins que ce ne soit par l'intermédiaire d'une bibliothèque. Mais il y a une autre considération qu'il ne faut pas perdre de vue. Qui me garantit que le livre arrivera à cette bibliothèque et en reviendra ? De plus, il arrive très souvent que les livres demandés en prêt sont réclamés par des savants qui habitent de petites localités où il n'y a pas de bibliothèque publique, ou bien où il n'y a qu'une petite bibliothèque communale ou municipale.

Pouvons nous confier un manuscrit qui vaut cent mille francs ou plus, à une petite bibliothèque communale de gymnasium, comme on dit en Allemagne ?

Voilà encore un danger. Si vous pouvez me garantir que le manuscrit ou le livre arrivera toujours à destination, et rentrera à la bibliothèque qui en est propriétaire, je suis prêt à me rallier à votre proposition ; mais je signale le grave danger.

Voilà pourquoi je suis partisan d'une rédaction plus large, de ne pas décider quand et comment on communiquera, et de s'en rapporter à la voix administrative pour les cas exceptionnels.

Nous envoyons toujours les manuscrits qui sont demandés pour les bibliothèques de Berlin, de Vienne, partout où on travaille ; j'ai cité des cas ce matin, à propos de livres. Ma rédaction est plus large et offre, je crois, plus de garanties. Je demande qu'on défende de laisser sortir et d'envoyer à l'étranger des manuscrits, sauf dans des cas exceptionnels.

M. Delbeke. — C'est trop absolu.

M. Dumercy. — Je remarque, entre la proposition de Monsieur le Président et celle de Monsieur Delbeke, une différence importante.

M. Ruelens ne parle que des manuscrits, de sa chapelle, comme il le disait modestement (on rit); tandis que Monsieur Delbeke semble englober les manuscrits et les imprimés.

M. Henri Hymans. — Il a parfaitement raison.

M. Dumercy. — Il y a, sous ce rapport, une différence importante. Le manuscrit est toujours unique de sa nature, tandis que l'imprimé ne l'est pas toujours. Je désirerais donc que Monsieur Delbeke voulût bien nous dire s'il entend effectivement assimiler l'imprimé au manuscrit.

M. Delbeke. — Ce qui appartient à la collectivité ne pourra jamais sortir des mains du conservateur. A cet égard, nous sommes tous d'accord. Il y a des manuscrits d'une valeur inapréciable, dont une assurance ne pourrait pas couvrir la perte, si élevé que fût le prix de celte assurance. Mais rien n'empêche de confier certains manuscrits de bibliothèque à bibliothèque, afin que les intéressés puissent venir les consulter. Le conservateur de la seconde bibliothèque les conservera d'autant mieux qu'il s'agira du bien d'autrui ; ce sera un dépôt absolument sacré. Tel est le but de ma seconde proposition ; j'y comprends donc à la fois et les manuscrits et les imprimés.

M. le Comte de Daugnon. — Il n'est pas admissible qu'un Monsieur quelconque vienne s'adresser à la bibliothèque de Bourgogne, afin d'obtenir un manuscrit en dépôt. Cela ne se fait nulle part. Mais s'il se présente une personne occupant une certaine situation, soit comme professeur d'université, soit comme académicien, le bibliothécaire de l'endroit où habite cette personne, parfaitement connue de lui, ne s'opposera pas à ce qu'elle emporte ce livre chez elle.

Cela se fait, nous parlerons plus tard de ce qui ne doit pas se faire Le manuscrit n'est prêté à personne, si ce n'est entre bibliothèques.

Dans la proposition de Monsieur Dumercy, il s'agit de manuscrits et de livres ; ce sont deux choses tout à fait différentes.

Le prêt des livres, vous ne pouvez pas le refuser à certaines personnes, et quant aux manuscrits, il serait absurde de le permettre.

M. Stein. — Ce que nous demandons, c'est la suppression de ce qu'on appelle la voie diplomatique, parce que sous ce couvert, il se commet des abus qui ne devraient pas se passer. Les prêts ne devraient être autorisés que de bibliothèque à bibliothèque. Un conservateur doit avoir assez de confiance dans ses collègues pour leur confier pendant quelque temps un livre ou un manuscrit.

M. Delbeke. — Monsieur Ruelens a cité quelques exemples pour montrer le danger qu'il y a de laisser sortir des objets des dépôts publics ; tous ces exemples sont relatifs à des objets prêtés à des particuliers. Il n'en a pas cité un seul montrant le danger des prêts faits de bibliothèque à bibliothèque.

Que faut-il en conclure? C'est qu'il ne faut jamais prêter à des particuliers, mais que les mêmes inconvénients, les mêmes dangers n'existent pas quand il s'agit de prêter de bibliothèque à bibliothèque.

M. Dumercy. — Je partage les idées que vient d'exprimer Monsieur Delbeke ; mais il avait défendu avec tant de talent la thèse contre laquelle, je l'espère, il va voter, que je désire vous prémunir contre les effets de son éloquence.

Il est, comme nous, partisan d'une prohibition absolue. En effet, il est aussi absurde de laisser, pour faciliter les études, sortir d'une bibliothèque une chose unique, que d'envoyer à Anvers les Murillos du Louvre sous prétexte qu'un anversois, qui fait un travail sur ce peintre, voudrait examiner ces tableaux, sans devoir pour cela, se rendre à Paris.

Un Membre. — C'est un paradoxe.

M. Dumercy. — C'est absolument la même chose.

M. le Président. — Je propose une petite modification qui, je pense, mettra tout le monde d'accord :

Le Congrès émet le vœu que défense absolue soit faite de laisser sortir et d'envoyer à l'étranger, les manuscrits appartenant aux dépôts de l'état, sauf des cas exceptionnels, dans l'intérêt de la science, et seulement alors de bibliothèque à bibliothèque.

M. Stein. — Pourquoi les manuscrits seulement ?

M. Vorsterman. — H y a aussi les chartes.

M. Henri Hymans. — Mettez : les documents.

M. le Président. — Nous dirons : les documents et les manuscrits.

M. Plon. — Un document peut être une médaille, une pierre précieuse.

M. Max Hooses. — Y a-t-il un plus grand danger à envoyer un livre ou un manuscrit de Bruxelles à Paris, que de l'envoyer à Gand ?

Des Membres. — Non, non ; vous avez raison !

M. le Président. — On pourrait dire : « De laisser sortir et d'envoyer au-dehors, » ou même : « de laisser sortir, » purement et simplement.

M. Magnuski. — Je demande d'abord le vote sur ceci : « Rien ne sortira des dépôts publics. » Puis viendra la restriction qui a été indiquée.

M. le Président. — Je mets aux voix la première partie de la motion :

Défense absolue de laisser sortir les documents, manuscrits et imprimés, appartenant aux dépôts de l'état.

M. Delbeke. — Je ne pense pas que le bureau y mette de l'amourpropre ; moi non plus ; mais il me semble, que la proposition la moins large doit être votée d'abord.

M. Dumercy. — C'est le contraire : c'est la proposition la plus large qui doit être mise aux voix en premier lieu.

Des Membres. — Non, non ; l'amendement !

M. le Président. — Je mets aux voix l'amendement proposé par Monsieur Delbeke :

La Conférence est d'avis que, dans aucun cas, un dépôt public ne peut être autorisé à laisser sortir un manuscrit ou un imprimé, pour le prêter à des particuliers.

Cet amendement est adopté à une grande majorité.

La Conférence est d'avis que, sous certaines réserves, les dépôts publics peuvent être autorisés à prêter leurs manuscrits et leurs livres à d'autres dépôts du pays ou de l'étranger, pour y être communiqués aux intéressés, sous le contrôle des conservateurs ou de leurs délégués.

Nous pourrions même supprimer : « ou de leurs délégués ». (Oui, oui.)

Adopté à une grande majorité.

M. Van der Haeghen. — Au point de vue des imprimés, cela n'est pas réalisible. Nous devons tenir compte des usages établis dans les universités. Des livres se donnent en prêt, constamment, c'est de l'essence de l'université.

Un Membre. — H y a pour cela des bibliothèques populaires.

M. Van der Haeghen. — Il faudrait s'en tenir aux manuscrits exclusivement.

M. Max Rooses. — H y a livre et livre, comme il y a manuscrit et manuscrit. S'il s'agit d'un livre de fr. 3.50, on peut, sans inconvénient l'envoyer, fut ce à Pékin, mais il n'en est plus de même s'il s'agit d'un livre précieux, unique ou fort rare. Quant aux livres que l'on prête aux étudiants, ce sont des livres de science, qui se remplacent, et le bon sens dit qu'on peut les prêter.

M. Dumercy. — Tout à l'heure, lorsqu'un membre a fait observer que j'avais voté deux fois, j'ai répondu que c'était vrai, mais que j'avais voté en sens contraires, cette façon de procéder étant, à ma connaissance, le seul moyen de s'abstenir dans un vote par assis et levé.

Cela a causé une vive hilarité.

Je demande maintenant à motiver mon abstention, et, cette fois, veuillez le croire, je ne plaisante plus.

D'une part, j'ai été frappé de l'objection de Monsieur Van der Haeghen, disant que, du moment qu'on appliquait la mesure aux imprimés, elle était impraticable.

D'autre part, sous aucun prétexte, je ne veux permettre que des chefsd'œuvre puissent être détériorés par le prêt au dehors.

M. Hymans. — Nous pouvons mettre notre conscience d'autant plus à l'aise que ce que la Conférence vient de voter se fait dans la pratique.

En Belgique, même aux termes des statuts, la bibliothèque est autorisée à échanger ses livres avec les bibliothèques de Gand et de Liège.

M. Max Rooses. — La proposition de Monsieur Delbeke me paraît moins restrictive que celle de Monsieur Ruelens, c'est pourquoi j'ai voté en faveur de la première.

Je suis pour l'utilisation la plus complète et des manuscrits et des livres. Je veux conserver certainement, mais, conserver pour communiquer et pour que les autres puissent en jouir. Si vous entourez l'emprunt des livres de trop de difficultés, il ne se fera plus ; il faut, au contraire, le rendre plus facile en l'entourant de garanties.

M. A. Wauwermans. — Je regrette d'être en contradiction avec Monsieur Max Rooses. En ce qui concerne l'esprit des livres, on peut envoyer des copies. Quant à la lettre, la reproduction photographique ou autre suffit. Le transport est dangereux.

M. le Président. — Messieurs, nous avons épuisé notre ordre du jour. Je vous remercie de vous être rendus en si grand nombre à la Conférence du livre. Nos discussions ont été parfois un peu chaudes, mais c'est du choc des opinions que jaillit la lumière, et il n'y a pas de lumière sans chaleur.

Nos débats ont été empreints de loyauté et de sincérité. Toutes les opinions ont pu se faire jour, et elles ont été exprimées parfois avec éloquence. Je crois donc pouvoir dire que la première session de ce Congrès a été fructueuse.

Au nom de plusieurs membres, j'ai l'honneur de vous soumettre la proposition suivante :

Les soussignés, considérant :

1° Que de nombreux intérêts exigent la perpétuité du Congrès du Livre ;

2° Qu'un Congrès du livre ne peut se tenir utilement que dans un

pays où existe la liberté de la parole, dans son acception la plus complète, la plus large ;

3° Que, pour le siège d'un Congrès perpétuel, il convient de choisir un point central, aisément accessible ;

4° Que la ville d'Anvers a bien mérité du monde du livre ;

proposent à l'assemblée générale de ce jour, de décréter ce qui suit :

1° Le Congrès du livre se déclare perpétuel et s'ajourne à l'année prochaine ;

2° La réunion de l'an 1891 se tiendra à Anvers ;

3° Le Congrès élit comme secrétaire perpétuel, Monsieur Max Rooses, conservateur du musée Plantin-Moretus, qu'il charge d'élaborer des statuts à soumettre au Congrès de l'année prochaine.

Je pense que nous pourrions nous borner à décider que la session close aujourd'hui, est la première session de la Conférence du Livre. Nous sommes tous d'accord sur ce sujet, j'en suis convaincu.

Adopté par acclamation.

Nous ferons tous nos efforts pour assurer la perpétuité ; quant au numéro deux, j'estime que nous ne pouvons pas le discuter.

M. Magnuski. — Il est impossible de localiser une institution aussi importante.

M. Thieme. — Le Cercle de la librairie des Pays-Bas, dont j'ai l'honneur d'être délégué, célébrera dans deux ans son septante-cinquième anniversaire.

Mon désir serait de voir coïncider une Conférence du livre avec cet anniversaire, qui sera célébré par une exposition internationale du livre.

Je ferai une proposition à cet égard à l'assemblée générale de cette société, et je sais que mes compatriotes s'empresseront de montrer que l'hospitalité est encore toujours une vertu nationale en Hollande.

Je recommande l'idée à mes concitoyens parmi nous, et surtout à Monsieur Ten Brink afin qu'il lui donne son appui.

M. Roger de Goey. — Amsterdam, c'est pour dans deux ans, mais je demande que nous allions, l'année prochaine, à Paris.

M. le Président. — Je propose de ne pas prendre de décision en ce moment, et de charger la Commission organisatrice d'Anvers, de fixer le lieu et la date de la prochaine réunion, et de faire les négociations nécessaires à cette fin.

M. Roger de Goey. — Les orientalistes se réunissent tous les ans.

M. le Président. — Je propose d'abandonner la décision au Comité.

Je vous propose d'émettre le vœu : 1° que la session que nous allons clore soit déclarée la première session de la Conférence du livre.

2° que le bureau organisateur de la Conférence d'Anvers soit chargé des négociations nécessaires, en vue de fixer la réunion du second Congrès.

(Marques d'assentiment.)

M. Magnuski. — Il me semble préférable de désigner dès maintenant la ville où se tiendra la seconde réunion.

M. le Président. — Cela peut offrir des inconvénients ; je rappellerai que le Congrès de géographie avait décidé de se réunir à Lisbonne. Des mesures avaient été prises en conséquence, quand un beau matin on a appris que cela ne pouvait se faire.

M. Roger de Goey. — Je vous propose, avant de nous séparer, de nommer Monsieur Max Rooses, qui a été l'âme de la Conférence, secrétaire perpétuel de la Conférence du livre.

(Assentiment général.)

M. Templier. — Au moment de clore nos travaux, je vous demande de ne pas nous séparer sans voter des remerclments bien légitimes et bien mérités au bureau de la Conférence qui a dirigé nos débals avec tant de bienveillance.

M. Van de Veld. — Je suis certain de répondre aux vœux de tous les Membres de l'assemblée en vous invitant à voter des remercîments à la Commission administrative du Cercle artistique et littéraire, qui a bien voulu mettre ses locaux à notre disposition.

(Applaudissements prolongés.)

M. le Président. — Je déclare close la première session de la Conférence du livre.

Bibliothèque de Hathias Corvin. — Encadrement d'une pare d'un manuscrit

ANNEXES

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