CONTINUES
spirantes. nasales
^g/r)r-i)i^*ps:tT^fiàfiaÊ.-!iiBJzwtia^i»aÊiiw>^
vibrant
J'appelle siibexplosives en quichua les articulations que dans toutes les autres langues on appelle explosives ou momentanées, et je réserve ce nom cX explosives à celles qui, suivant MM. Zegarra et Tschudi, font littéralement explosion, par leur attaque violente, au fond du larynx, entre le glotte et le palais, sous la voûte du palais, entre les dents ou entre les lèvres. Mais, suivant l'orthographe adoptée par les anciens grammairiens espagnols, je transcris l'explosive par le doublemenl; de la subexplosive correspondante. Si ce système a l'inconvénient de représenter une articulation simple par un signe double (1), il a à mes yeux l'avantage de ne pas nécessiter l'introduction de lettres inusitées dont la forme bizarre déconcerte le lecteur. Quant à lajranscription de la sourde aspirée par la non aspirée suivie de /i, je l'emprunte à Schleicher : elle n'a donc pas besoin de justification.
J'emprunte à M. de Tschudi, mais en la modifiant profondé-
(1) Inconvénient au(iiiel il serait facile de remédier au besoin par une liaison, en écrivant fjcp ^' ^''*^*
98 CONGI^KS DES AMÉKICANISTES. 24
ment, saclasse nouvelle des ^?///?/ro-/>n/a/a/es. J'appelle : i°rinttiirnJes, les articulations qui se forment au fond du gosier (alias laryngales), et je leur assigne la lettre q, transcription conventionnelle du qàf arabe, qui est une gutturalisation profonde ; 2° gutlnro-palatalcs , celles qui partent de l'orifice supérieur du gosier, comme les gutturales ordinaires des langues indo-européennes, et je les transcris par À', kiaf arabe, gutturalisation plus faible; 3° palatales, celles qui naissent sous la voûte du i)alais {ch espagnol, Il sanskrit de la transcription de Schleiclicr), et dont le c croalo-serbe est une représentation conventionnelle très-usitée. Les linguales, dentales et labiales ne nécessitent aucune explication.
Cette classification nouvelle concilie les contradictions plus apparentes que réelles qui séparent les deux phonétiques de MM. Zegarra et de Tschudi, etrespecte autant que possible leurs données (1), tout en introduisant quelque symétrie dans la confuse phonétique du quichua. Mais évidemment les idées de M. Lopez sont loin d'y triompher.
C'est contre lui précisément que je vais essayer de la justilier. Supprimer n'est pas simplifier, et il encourt ici le grave reproche d'avoir sacrifié l'exactitude à la clarté. Certes il faudrait lui savoir gré d'avoir frayé un sentier dans cette forêt vierge, d'avoir, comme il le constate lui-même, supprimé « tous les k, ko, q, qq, qc, etc., dont les philologues péruviens hérissent leur alphabet, » mais à condition que ces
(1) C'est ce que montre le tableau ci-dessous : Momentanées. Lopez. — Tschudi. — Zegarra. — Moi.
Gutturo-palatales — 0 5 0 3
Palatales 1 0 3 3 .
Total 3 7 10 9
M. Zegarra étant Péruvien, j'ai dvi uaturelleuieuL cou.-il rcr ses données comme les plus exactes, ^ . '"
signes compliqués ne répondissent pas à des articulations distinctes. C'est ce qu'il y a lieu d'examiner.
A. Gutturales pures : cinq : une explosive, deux sub-explosives, une spirante, une nasale.
La sub-explosive non aspirée q est un sou très-profondément guttural (consonne 3 de l'alphabet de M. Zegarra), probablement analogue au qàf arabe, dont les langues aryennes ne possèdent point d'équivalent ; qh représente la même articulation fortement aspirée ; qq est un son guttural violemment explosif (consonnes 4 et 5 de M. Zegarra). Exemples: qara, peau; qlnciiR, quichua(l); (/gara, chauve. Dans les transcriptions de M. deTschudi, la première de ces gutturalisations est généralement, mais non pas invariablement, rendue par c, la seconde par k, la troisième par K. (2) A l'exemple de ce dernier, j'ai cru pouvoir fondre dans cet ordre la gutturalisaLion iinale que M. Zegarra représente par un signe distinct (consonne 7 de son alphabet) ; il est bien possible en effet que. la gutturale quichua sonne autrement à la iin de la syllabe qu'à l'attaqué ; mais cette différence, en tous cas légère, no suffirait pas à en faire une articulation distincte, qu'il fallût noter par un signe spécial. Là donc où M. Tschudi écrit
(1) Je n'en continuerai pas moins à écrire quichua, considérant cette orthographe comme consacrée par l'usage.
(2) II peut sembler étrange que, empruntant « M. de Tschudi ses deux ordres des gutturales et des gutturo-palatales, j'y classe les articulations quichuas d'une manière tout-à-fait différente de la sienne. Pourtant, plus j'y réfléchis, plus je mo persuade que ma classification est exacte, que le q quichua (qâf arabe) est une g\xtturale pure, issue du gosier seul sans le secours d'aucun autre organe, tandis que le A quichua ou aryen (kiaf sémite) a toujours une nuance de palatalisation. La preuve en est qu'en aryen comme en sémite cette articulation tend à permuter en palatale pure : g et k aryaque ont engendré g et A' sanskrits, et le gimel hébraïque correspond au dja arabe.
100 r.OXGHÈS DES AMÉUICAMSTES. 26
capak, puissant, j'écrirai qhapaq, ce q final représentant une gutturalisation analogue à la jota espagnole, mais beaucoup plus rude. (1)
La spirante n'offre pas de difficulté. C'est une aspiration très-forte, qu'il faudra se garder de noter dans les mots auxquels les transcripteurs espagnols ont à tort préposé une h nmette. On écrira donc himnu, guano, mais wanu, mourir.
Quant à la nasale, aucune phonétique n'en parle. Je l'ai ajoutée /*ro/)^vb motii, parce qu'il m'a paru impossible qu'une langue aussi riche en gutturalisations ne possédât point, au moins devant le q et le k, le son guttural de la finale de nombreux mots chinois, de Vn^ allemand, etc. Mais je n'en saurais garantir l'existence.
B. Gutturo-palatalfts: trois: une explosive, deux sub-explosives.
L'explosive kk est la consonne 6 de M. Zegarra; M. deTschudi la confond ordinairement avec à. C'est un son « qui provient, non seulement du gosier, mais des mâchoires que l'on serre comme pour unir la racine de la langue avec la partie postérieure du palais. » Elle est donc bien nommée gutturo-palatale. Pour les sub-explosives A' et kh, lettres 1 et "A de M. Zegarra, c et c de M. deTschudi, elles n'ont pas besoin d'explication. Exemples : kkara, démangeaison ; kauiay, ordonner : khuyay, se plaindre.
Lequel maintenant a raison ou tort, de ^I. Lopez, qui n'admet que deux momentanées gutturales, ou de M. Zegarra, dont les précises indications nous amènent à distinguer six
(1) Les linguistes qui ont sur moi rinappréciahle avantfip,'o do connaître le quichua comme lauguo parlée, relèveront dans le cours de cette étude bien des transcriptions <le gaitturales et gutturo-palatales comme non conformes à l'orthographe établie au début : incorrections inévitables, puisque la transcription de M. deTschudi est conçue dans un tout autre esprit que celle do M. Zegarra, et que ce dernier ne donne que très-peu d'exemples do la tienne
27 LE QUICHUA. i%i
gutturalisatious différentes ? Sans compétence dans ce débat, je n'en avouerai pas moins mes préférences pour ce dernier, qui parle le quichua comme l'espagnol depuis son enfance, , dont l'analyse phonétique est fort exacte quand il l'applique à une langue étrangère (le français), à plus forte raison appliquée à sa langue maternelle, et dont enfin les données sont corroborées, malgré quelques divergences de détail, par celles de Terres Rubio, de Garcilaso, de M. deïschudi. Gela posé, toutes ces gutturales peuvent-elles être ramenées à deux types primordiaux, k et kh, ou bien sont- elles organiques, indépendantes l'une de l'autre? C'est là une question qu'on ne saurait résoudre dès à présent. Il faut attendre, et j'émets le vœu que nous n'attendions pas longtemps, il faut attendre qu'un américaniste péruvien ou platéen. M. Zegarra de préférence, nous donne un vocabulaire complet de la langue quichua, rédigé en telle transcription qu'il jugera convenable, soit la mienne, à laquelle d'ailleurs je ne tiens nullement, soit la sienne, mais débarrassée des signes mystérieux qui la rendent presque illisible. Qu'il ne craigne pas surtout d'employer des lettres qui auraient dans les langues européennes une valeur autre qu'en quichua. Qu'importe, si dans un précis préliminaire on nous avertit de la valeur attribuée à ces lettres? Qu'importe, puisqu'on tous cas nous ne pourrons jamais prononcer les articulations qu'elles représentent, et qu'elles seront simplement destinées à nous faire saisir par les yeux des nuances que notre oreille est incapable de sentir et notre bouche d'exprimer ?
Quand nous posséderons un tel dictionnaire linguistique, alors seulement nous pourrons nous livrer avec quelque certitude à des décompositions phonétiques, et, en nous aidant de la connaissance des articulations des idiomes andins appa- . rentes au quichua, déterminer, parmi les gutturales de cette • langue, lesquelles sont primitives, lesquelles dérivées. Mais, à défaut de preuves contraires, il est bien permis d'opposer des présomptions aux assertions sans preuve de M. Lopez,
102 CONGRÈS DES américanistes. 28
en raisonnant par analogie d'un idiome aussi riche en gutturales que le quichua, d'une langue sémitique, par exemple. L'arabe possède sept gutturales plus ou moins profondes : hé, ha, kha,kiaf, qâf, ayùi, ghayin; la troisième et la septième sont dérivées ; mais les cinq autres, en tant que lettres radicales, sont organiques, irréductibles, impermutantes, et appartiennent probablement à la plus ancienne langue sémitique à racines bilitères. 11 est donc présumable que la plupart des gutturales quichuas, sinon toutes, sont dans le môme cas, ou que tout au moins les deux ordres des gutturales et des gutturo-palatales doivent être tenus pour distincts et séparés : hypothèse corroborée par les énormes différences de sens qui résultent de la substitution d'une de ces lettres à une autre dans les quasi-homophones.
M. Lopez explique en outre la naissance de l'explosive quichua par le doublement de la subexplosive correspondante, et celui-ci par un procédé morphologique de réduplication de la racine semblable à la réduplication aryenne. C'est un point qui sera examiné plus loin. Mais je dois faire observer dès à présent que, même en le supposant démontré^ on arriverait bien à rattacher les deux séries des gutturales et des gutturo-palatales respectivement aux consonnes q et k, mais non à fondre ensemble celles-ci et par suite les deux ordres qui en seraient provenus. ■ •
C. Palatales : cinq : une explosive, deux subexplosives, une spirante, une nasale.
M. Lopez n'admet qu'une momentanée palatale; M. de Tschudi, deux, qu'il range parmi ses gutturo-palatales ; M. Zegarra seul en donne trois, et je l'ai suivi, sa classification ayant au moins le mérite d'une remarquable symétrie. La subexplosive simple c est le k sanskrit de Schleicher ; èh est la même articulation fortement aspirée : le son ce s'obtient en collant la langue contre le palais et les dents et poussant l'air avec force. C'est donc bien la palatale explosive par excellence. ' ■ • '• ' • ."
"29 LE QUICHUA. IQS
La spirante / (J allemand) et la nasale îi (h espagnol) ne soulèvent aucune contestation.
D. Linguales : deux : une spirante, une vibrante.
La spirante s (sc/z allemand, s croato-serbe) paraît n'être qu'un léger chuintement et une modification accidentelle de la spirante dentale. La vibrante r a un son très faible et fluide.
E. Dentales : six : une explosive, deux subexplosiveS; une spirante, une nasale, une vibrante.
L'existence des trois momentanées n'est pas contestée, à cela près que M. Lopez fait procéder l'explosive du doublement de la subexplosive : t est la dentale sourde ordinaire ; ih est la même, fortement aspirée; tt se prononce en faisant claquer fortement la langue entre les dents.
La spirante s (toujours dur), la nasale 72, la vibrante 11 {Il espagnol, Ij croato-serbe) n'offrent aucune difficulté. L'articulation 1 pur est très rare en quichua.
F. Labiales : cinq : une explosive, deux subexplosives, une spirante, une nasale.
L'existence des trois momentanées n'est pas contestée, sauf toujours l'hypothèse du redoublement propre à M. Lopez : p est la labiale sourde ordinaire ; pb est la même, fortement aspirée ; pp se prononce en serrant les lèvres et en les ouvrant avec explosion.
La spirante w {w anglais), qui parfois devient v pur, et la nasale m n'ont pas besoin d'explication.
§ 4. — Hypothèse de la Réduplication.
Du travail analytique qui précède, il résulte que le quichua posséderait un ensemble de vingt-six consonnes, matériel phonique, non-seulement beaucoup plus riche que celui de l'aryaque primitif, mais encore totalement différent, puisque les momentanées sonores, au nombre de six en aryaque, manquent au quichua^ et que les sourdes aspirées, qui font
Î04 COXGRES DES AMEUlCAMSTEb. «5U
défaut à l'aryaque, s'épanouissent au nombre de cinq dans l'alphabet péruvien. Ces deux différences fondamentales ne devraient-elles pas suffire pour faire repousser toute idée d'affinité entre les deux phonétiques ? Exigera-t-on, pour déclarer deux langues étrangères l'une à l'autre, qu'elles n'aient pas une consonne commune à leurs deux alphabets ? Ce serait beaucoup demander sans doute, et pourtant on finirait par en arriver là si l'on ne voulait pas se contenter des caractères différenciatifs qui viennent d'être signalés. L'assimilation systématique est une pente glissante.
Mais ce nombre de vingt-six consonnes sera réduit à vingt et une, et la classe dite des explosives disparaîtra, si l'on admet l'hypothèse de M. Lopez, qui voit dans chaque explosive une simple réduplication de la subexplosive de même ordre. Ainsi, selon lui, des mots tels que ppaca, vêtement, ttanta, pain, devraient régulièrement s'écrire /)s/)aca, tatania, et procèdent de la réduplication de racines pak, tan, comme en sanskrit bubôdha, dadâmi, des racines budh, da, etc.
Tout d'abord, l'exemple européen dont M. Lopez étaie son assertion est assez malheureusement choisi. Si l'allemand; dit-il, n'était qu'une langue parlée, un linguiste novice ne manquerait pas de transcrire gcfeben le participe passé du verbe geben. Gela arrivât-il, cequejenecrois pas (car le premier e de gegeben, pour être sourd, n'en est pas moins trèssensible à l'ouïe), il faudrait que le transcripteur fût en effet bien novice pour ne point s'apercevoir que le même g sonne avec un e consécutif devant le participe des verbes dont le radical commence par une consonne quelconque (thun, gelhan), et pour n'en pas conclure que ce ge représente, non une réduphcation, mais une sorte de préfîxation invariable. D'autre part, si l'on comprend qu'un e trés-sourd se perde à demi dans la prononciation rapide, on s'exphque moins aisément qu'une voyelle sonore telle que l'a disparaisse entièrement pour laisser en présence deux consonnes semblablet qui se fondraient en une seule articulation violemment explo
31 LE QUICHl'A. 105
sive. C'est là un procédé, sinon étrange, au moins absolument étranger à la phonétique indo-européenne.
Lorsque le génie d'une langue a tant fait que de créer, en vue de l'expression précise d'une nuance de la pensée, le procédé morphologique de la réduplication du radical, il ne permet pas à une simple dégénérescence phonétique d'effacer et de détruire son œuvre ; tout au contraire, la syllabe de réduplication possède plus de vitaUté interne que la syllabe radicale elle-même et se maintient avec plus de persistance. Toutes les formations indo-européennes témoignent en faveur de cette loi fondamentale. N'est-ce pas en effet la syllabe de réduplication qui porte l'accent tonique dans les thèmes redoublés du grec léloinoc, tiÔto^c, du latin pêpuli, féûei, {feici fêci) gigeno {gignd) , etc.? La syllabe de rédupHcation kan du thème aryaque kankan (restitué) n'est-elle pas accentuée dans le sanskrit pnnkan , le grec Trévre, le latin quinque ? N'est-elle pas la seule qui subsiste, après bien des dégénérescences et des dégradations, dans le celte coic, l'allemand fiinf, le français cinq? On voit que, quand les langues aryennes simplifient les thèmes redoublés, elles procèdent fatalement en sens inverse de la simplification prétendue du quichua : c'est le radical primitif qui disparaît et le redoublement qui demeure.
Si ces arguments ne suffisent pas pour détruire la supposition de M. Lopez, je me vois contraint d'enfreindre la méthode que je me suis imposée et de traiter immédiatement la question du redoublement au point de vue morphologique, c'est-à-dire d'examiner quelles seraient en quichua, quelles sont en aryaque la nature et la fonction du redoublement de la racine. Cette courte comparaison nous révélera des dissidences profondes.
La répétition du thème nominal, du mot (non la réduplication de la racine, ce qui est bien différent) est un procédé très-usité en quichua, comme dans tous les idiomes enfantins et semi-barbares, pour la formation du pluriel ou des noms
106 CONGRÈS DES américanistes. 32
coUaelifs : ihiu, sable, runa homme ; thiuUnu^ steppe sablonneux, irunaruna, peuple. Le préaryaque agglutinant usait d'un procédé analogue, mais déjà singulièrement plus perfectionné, lorsqu'il disait, par exemple, pa-tar-sa-sa (protéger -{- agent -|- celui -|- celui), ceux qui protègent, les pères, patres. De là à la réduplication aryenne il y a un abîme.
Maintenant, pour que l'hypothèse de M. Lopez eût quelque fondement, il faudrait qu'il produisît un certain nombre de mots qui, commençant par une explosive, eussent un sens plural ou collectif par rapport au sens singulier offert par des quasi-homophones commençant par la subexplosive de même ordre. Il faudrait, par exemple, que l'on pût dire indifféremment thiu-thiu ou ttiu, désert de sable. Rien de semblable dans les radicaux prétendument redoublés qu'il nous signale ; aucun exemple de redoublement de la consonne initiale ayant la même valeur que celui du thème entier ; aucun, dis-je, sauf ttawa, sur lequel nous devons un instant nous arrêter.
Ce mot en quichua signifie « quatre ». Il dérive, selon le vocabulaire, de l'aryaque dva par réduplication : en vertu de la règle qui exige que la consonne initiale soit suivie d'une voyelle, et de la permutation de sonore en sourde, dvadva a produit tnwatawa, et celui-ci, changeant sa réduplication totale en simple doublement de l'initiale, a pris la forme ttawa. Est-il besoin de faire ressortir l'invraisemblance d'une pareille dérivation ? quelle apparence que les Péruviens aient conservé le thème dva dans leur mot « quatre », quand ils l'ont perdu dans le mot « deux » (iskay) ?, qu'ils traduisent « quatre » par o deux deux », alors qu'ils possèdent des nunxéraux par delà mille ? Mais toutes ces objections cèdent le pas à un fait : MM. Zegarra et de Tschudi, qui n'ont pourtant point collaboré, semblent s'être mis d'accord pour désespérer M. Lopez : tous deux écrivent tawa par la subexplosive simple, et ainsi disparaît toute trace du prétendu redoublement, toute nécessité de l'expliquer.
Quant à la fonction du redoublement aryaque, qui forme dans la conjug-aison les thèmes intensifs, itératifs, et ceux du parfait des verbes, ajouterai-je qu'il n'y en a pas trace en quichua ? M. Lopez ne cite qu'un seul exemple de la prétendue fonction intensive attachée à la réduplication supposée de la syllabe initiale. Le voici :
Kari, brave, kakari, brave par excellence, guerrier. Outre, qu'en aryaque le redoublement ne forme jamais que des thèmes verbaux, kakari ou kkari n'existe pas, mais simplement qari, qui signifie « homme » ; kari radical non redoublé existe encore moins, et M. Lopez le restitue en supposant ce qui est en question, à savoir que le quichua descend de l'aryaque et a hérité de lui la racine kar, faire. On voit quel frêle échafaudage de conjectures et d'assertions dénuées de preuve^ a servi à édifier la théorie de l'origine aryenne du quichua.
§ 5. — Permutations aryo-quichuas.
Parvenu à ce point de mon travail, je pourrais m'arrêter et conclure : la différence des deux systèmes phonétiques de l'aryaque et du quichua me paraît établie. Mais ceux qui ont eu la patience de suivre pas à pas cette étude analytique, et qui, j'ose l'espérer, en rapporteront la même conviction, seraient en droit de m' adresser une dernière question. Si les choses sont ainsi que je les présente, comment un linguiste tel que M. Lopez a-t-il pu s'y tromper? Quelles similitudes apparentes ont pu lui faire si fortement illusion qu'il en vînt à méconnaître des caractères de différenciation aussi marqués? Et n'y a-t-il pas quelque outrecuidance à déclarer la cause entendue sans avoir au préalable examiné un à un les rapprochements, laborieusement accumulés, dont, il étaie sa théorie ?
Sans doute une semblable étude est superflue pour le linguiste, aux yeux duquel les rapprochements de mots ne
108 CONGRÈS DES AMKRICANISTES. 34
comptent pas s'ils ne s'appuient sur un principe phonétique commun. Mais elle ne sera pas absolument inutile, si, en relevant les rapprochements artificiels de M. Lopez, elle fait bien comprendre le vice de sa méthode à ceux qu'égare encore la manie étymologique. Bien entendu, dans les cas, malheureusement trop rares, où j'aurai à approuver un rapprochement comme conforme à la vraie méthode linguistique de comparaison des racines, et oià en conséquence je le déclarerai légitime, il ne faudra point pour cela entendre qu'il soit probant. Encore une fois, pour qu'il le fût, il faudrait que les deux phonétiques qui sont en présence fussent identiques ou ramenées à une forme commune.
Un reproche déjà formulé, mais sur lequel on ne saurait trop insister, est celui d'avoir, à propos d'aryaque agglutinant, comparé presque constamment les mots quichuas à des mots triés dans le vocabulaire sanskrit, zend ou grec, comme si l'aryaque flexif, tel que nous le connaissons, n'était pas un type de comparaison plus sur que les idiomes qui en sont sortis. A la substitution des radicaux aryaques aux radicaux sanskrits, M. Lopez eût gagné, non-seulement la possession d'une méthode plus précise, mais même la suppression de bien des difficultés accessoires. C'est ainsi qu'il se donne beaucoup de peine pour démontrer que les gutturales quichuas concordent avec les palatales sanskritcs, et réciproquement, complication qui disparaît quand on remonte à l'aryaque, dont les gutturales primitives ont engendré les gutturales et et les palatales du sanskrit. Ainsi du reste. La primitive langue indo-européenne, qui aurait dû constamment fixer l'attention de M. Lopez, est reléguée dans l'ombre, et les pâles reflets do sa pureté antique, amenés au premier plan.
A. Momentanées gutturales, gutturo-palatales et palatales. — C'est cette catégorie, la plus touffue, qui soulève naturellement le plus d'objections. En voici le tableau récapitulatif, en regard des trois gutturales aryaques, leurs prétendues congénères :
85 LE QUICHIA.
Ar. : k g gh » » » » » » >> » ^ -v, Qch, : k » » kh kk q qh qq é ch ce
Ainsi, des trois articulationsprimitives, le quichua en aurait perdu deux, après quoi il en aurait créé huit autres, toutes nouvelles. Voilà, on l'avouera, une prodigieuse déviation.
Et, comme si ce n'était assez de neuf gutturales et palatales pour représenter trois- gutturales primitives, celles-ci permutent à l'occasion encore en A, puis accidentellement en 11, en s, etc. :
Qch. haniu, venir = sk. gam, aller. » tillu, féroce = » tig (tig), attaquer. » kespi, cristal = » kaç (kak), vibrer.
Toutes ces permutations d'ailleurs s'effectuent sans règle, sans loi, dans le plus effrayant arbitraire.
a) Gutturale quichua = gutturale sanskrite.
Qch qhaqa, sommet de montagne r^ sk. kakiida, sommet.
Il existe en quichua nombre d'homophones et quasi-homophones de qaqha, sauf la différence de gutturalisation, lesquels devraient tous, si M. Lopez était logique, être rattachés à la racine kak. Exemples : kaqha, oncle maternel ; qaqa, frotter ; qhaka, fournir des vivres ; qqaqha, vase à col étroit ; qaqqa imbécile, etc. Rien n'est plus arbitraire que de trier, parmi tous ces dissyllabes gutturaux, celui qui se prête par hasard à un rapprochement de sens avec une racine aryenne. Cela posé, ce rapprochement même est imaginaire : qhaqa signifie « rocher » (Tschudi), et le sens de kak, « pointe, sommet », est si peu renfermé dans le mot quichua, qu'on dit « la pointe du rocher » qhaqapata, Fels-spitze.
Qch. killi, étoffe = sk. kîl, coudre, lier ; » qati, suivre = » kat, marcher; » kuta, moudre = » kut, broyer.
On retrouvera le premier de ces rapprochements dans le chapitre consacré à la morphologie. Le second serait légitime si l'on pouvait négliger la différence de sens. Quant au troi-
110 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 36
sième, kut signitie « diviser, fendre », et non « broyer » : il n'y a pas synonymie.
Qch. aka, cacare = sk. gu, cacare.
Quand M. Lopez fait dériver huanu, excrément, de ffu, s'il n'est qu'étymologiste, au moins l' est-il. Mais entre aka et (ju, de bonne foi, quelle ressemblance ?
Qch. kênakêna, flûte = sk. gâ, chanter ; » kharpa, arroser = » gr, couler.
Ces trois derniers exemples composent toute la démonstration de la permutation des gutturales sonores aryaques en sourdes quichuas. On conviendra que c'est peu. Les invraisemblables permutations du radical gâ trouveront place plus loin. Pour kharpa, s'il est une racine aryaque à laquelle il ressemble, c'est krp, lat. corpus, qui ne se prête d'ailleurs à aucun rapprochement de sens.
b) Gutturale quicha = p sanskrit = k aryaque. Qch. iqhi, couper = sk. aç, pointe.
La racine ak enferme l'idée de pointe ; mais pointe et lame, estoc et taille sont deux idées absolument différentes, et même jusqu'à un certain point opposées. /(/Ai signifie « couper en longueur ». Il eût mieux valu le comparer à skid, même sens.
Qch. kkumpi, robe de luxe = sk. çumbh, parure.
Le mot sanskrit est-il d'origine aryaque ? point douteux, qu'il faudrait éclaircir. A cette condition seulement on pourrait discuter cette analogie.
Qch. kaki, tonner = sk. kaç, résonner.
Le dictionnaire ne donne dans ce sens, ni kaki, ni rien qui y ressemble. Le nom du tonnerre en quichua est kununumu, onomatopée expressive et enfantine comme on en rencontre beaucoup dans les langues peu perfectionnées. Le sanskrit
37 LE QUICHUA. Ml
kaç, vibrer (1), n'a de près ni de loin aucun rapport avec le tonnerre.
c) Palatale quichua = palatale sanskrite. "''\ ' Qch. èakra, établissement rural = sk. Rakra, cercle, province;
Entre Kakras, mot tout fait, ar. kak-ra-s, gr. x^X'^°''^y cercle, et par extension, division territoriale, et cakra, champ, métairie, il est impossible de saisir d'autre rapport que l'homophonie.
Qch. haôa, arbre = sk. gaRRha, arbre. Ce sont encore là deux mots tout faits ; comme ra plus haut, ici kkha, ar. ska (2) est suffixe. ^j ,v;w(ti»oT-
Qch. callu, répandre de l'eau = sk. Rai, submerger; » challwa, poisson = » ksal, couler.
Je réunis ces deux citations parce que je suppose qu'elles doivent être interverties ; car callu ou challa (Tschudi) se rapporterait bien mieux à ksal, et challwa à Rai, qui signifie, non pas « submerger », mais « s'agiter, frétiller ». Cette interversion accomplie, nous nous trouvons en présence de deux couples de quasi-synonymes, dont le rapprochement nous est rendu impossible par l'ignorance où nous sommes de la forme ancestrale des deux mots quichuas, et par la disparition inexplicable de la spirante de ksal.
Qch. chekta, moitié = sk. Rhid, couper.
La forme aryaque de Rhid, étant skid, devrait, d'après la règle donnée par M. Lopez, insertion d'une voyelle après la consonne initiale, produire en quichua quelque chose comme sikid. En admettant la chute de cet s incommode et la for-
(1) Bœhtlingk et Roth. Sanskrit WÔrterbuch. St Peterburg, 1853-75, 7 Bnd. — C'est à cette grave autorité que j'emprunte la partie sanskrite de cette étude.
(2) Gaska, le marchant, les racines de l'arbre étant poétiquement considérées comme ses pieds.
112 CONGRÈS DES américanistes. 38
mation du thème chekta semblable à celle de skidta, nom verbal passif, il resterait encore à expliquer la permutation en gutturale de la dentale finale. Autrement, point d'analogie.
Qch, kacku, être heureux (?) = sk.A'a^, briller, être heureux.
D'après Tschudi, kacka, arriver, advenir, peut-être par extension réussir. Il y a loin de là à kac/, mot sanskrit, mais peut-être non aryen, qui signifie « être clair », mais non « briller », et encore moins « être heureux ».
Qch. caiika, jambe = sk. gangha, jambe.
Toujours la comparaison de deux mots substituée à la recherche et à la comparaison de leurs racines.
d) Palatale quichua = gutturale sanskrite.
Qch. cama, jouir = sk. kaina, amour;
» vhaèua, rire = » kakh, rire ;
» cliayna, flûte = » gû, chanter.
Curieux exemple de l'arbitraire des permutations admises par M. Lopez, cette racine gâ produit succcssivent kêna, chayna, haylli (infra), sans qu'il soit possible d'assigner une raison plausible à sa capriciehse évolution. Est-ce ainsi que procèdent les radicaux aryaques, qu'on retrouve presque intacts, à quarante siècles de distance, dans les langues flexives? Quant aux deux autres rapprochements, ils seraient légitimes, si l'on pouvait néghger la différence de sens, chaèua signifiant, non pas « rire », mais « bruit, tumulte ».
Qch. chusni, bourdonner = sk. ghôèa, murmure.
Rien n'est à la fois plus aisé et moins probant que la comparaison de deux onomatopées.
e) Gutturale quichua = palatale sanskrite. Qch. A'â7'u, voyageur = sk. 7iflr, se mouvoir.
Karu signifie « loin, lointain, distance ». et karuruna, « homme de loin, étranger » ; aucune idée de mouvement n'entre dans ce thème. . .
S9 LE QUIGHUA. 113
Qch, kulla, conjecturer = sk. Hill, conjectures.
Le dictionnaire donne pour kuUa « éprouver des douleurs «, etKill, dont la racine est inconnue, ne signifie « conjecturer » que par conjecture.
Qch. qqanm, mâcher = sk. Ram, manger.
C'est ici le cas de se demander comment le quichua, qui aurait si fidèlement retenu les racines de la primitive langue aryenne, a perdu les plus simples, les plus anciennes, telles que da, donner, pa, boire, as, être, ar, labourer^ et entre toutes cette racine ad, manger, que présentent invariablement toutes les langues indo-européennes ? Quoi qu'il en soit de l'absence de cette racine, et de beaucoup d'autres contemporaines peut-être de la vie du premier des Aryas, toujours est-il que le sanskrit Ram ne saurait la suppléer ; car il signifie « humer, boire à petits coups, se rincer la bouche » ! Qch. qata, couvrir = sk. Rhad, couvrir.
La forme ancestrale de Rhad est skad, comme l'indiquent le grec a-/id. et l'allemand schatteJi.
Qch. kallahualla (?) = sk. Ralli, tégument^ plante.
Le dictionnaire donne qallallalla, mot assez barbare, « croître vigoureusement » ; RallI ne signifie que « tégument » . Y eût-il d'ailleurs synonymie, il n'y a pas comparaison de racines.
Qch. qqaytu, fil =e sk. gat, tresser.
Ce raprochement est peut-être le moins critiquable.
Il y a quelque chose de plus étrange que ces analogies pénibles, dont quatre ou cinq au plus résistent à l'analyse ; c'est la facilité avec laquelle l'auteur s'en contente, alors que l'unité fondamentale des deux systèmes phonétiques est encore en question, et que par conséquent cent homophonies du même genre devraient être tenues pour non avenues. Les lois phonétiques si rigoureuses misés en lumière par la linguistique indo-européenne, ces lois qui le condamnent, M. Lopez les
114 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 40
invoque à l'appui de sa thèse : le gotique, le grec, le latin, dit-il, présentent les mêmes permutations que le quichua. Il semble n'avoir vu que les permutations, non les règles suivant lesquelles elles s'effectuent : de là ses illusions robustes, de là ses assimilations arbitraires. Mais le sanskrit, le zend et le grec eux-mêmes, c'est-à-dire les idiomes qui possèdent le plus grand nombre d'articulations représentant les gutturales primitives, ne substituent pas indifféremment telle consonne à telle autre. Le k aryaque peut en sanskrit, suivant sa position, rester /c, ou devenir kh, k, kh, ç, p; mais jamais aucune de ces six lettres ne remplace le g ou le gh aryaque. Le grec, qui a perdu la sonore aspirée, comme le quichua aurait par hypothèse perdu les deux sonores, la remplace constamment par la sourde aspirée, jamais par la sourde ou sonore simple. Le gotique obéit à des règles tout aussi sévères. Et ces lois, si rigoureusement gardées par des idiomes flexifs, on n'en trouverait plus un vestige dans une langue agglutinante qu'on nous donne pour l'exacte reproduction du langage ancestral d'où ils sont tous sortis !
B. Momentanées dentales. — Ces articulations, au nombre de trois, représentent suivant M. Lopez, les dentales et les linguales du sanskrit, au nombre de huit. Rien de mieux, puisque les quatre linguales procèdent des dentales aryaques modifiées sous l'influence de la phonétique dravidienne. Mais c'est avec un étonnement pénible qu'on lit que le th quichua correspond en général au th sanskrit, ce dernier n'étant point primitif et dérivant du t aryaque au même titre que le t sanskrit. En compensation, les primitives aryaques, c?, dh et t, produisent indifféremment /, th, et tt quichuas.
. Qch. ttupa, écraser, limer = sk. tup, frapper.
Le dictionnaire ne donne pour ttupa que « limer, poHr » .
Qch. tiita, nuit = sk. tutth, couvrir.
Si le quichua est l'aryaque primitif, il faut convenir qu'il joue de malheur : il en a égaré les racines les plus communes :
plus haut, ad, manger ; ici, imk, périr, radical qui dans toutes les langues indo-européennes a formé le nom de la nuit, de l'heure ténébreuse où tous les êtres vivants se sentent entourés de périls et tremblent pour leur existence, nak-ti-, la perdition. Cette poétique appellation, à coup sûr très-ancienne, puisque les peuples sauvages sont à portée des mystérieuses terreurs de la nuit, aurait mérité d'être conservée par une nation qui adorait le Soleil et qui se civilisa beaucoup plus tard que les Aryas. Au lieu de cette racine nak, le quichua aurait gardé un mot obscur, d'un sanskrit douteux, tntthaja . couvrir, que MM. Bôhtlingk et Roth rattachent étymologiquement à tuttha, vitriol bleu. Ce qu'il en est, je l'ignore ; mais I certainement nak est primitif et tutth ne l'est point.
Qch. tilla, féroce = sk. %, attaquer ; » tikti, verrue •= » tig, piquer; » tayta, père == gr. xo:xa, père.
Dans les deux premiers exemples la racine aryaque est stig, gr. crriÇco ; le premier présente en outre une permutation inexpHquée de gutturale en IL Quant au troisième, il n'était pas nécessaire de chercher dans le grec une analogie qu'offre également le sanskrit et qui a déjà été critiquée :
Qch. tapa, splendeur = sk. tap, être chaud ;
» qati, suivre = » kat, marcher (V. supra) ; » intu, tourner = » it, aller.
Le mot tapa signitie « nid », et ce sens s'accommode beaucoup mieux que celui de « splendeur » avec celui de la racine tap, lat, tep-ere : il y a là véritable coïncidence. Mais intii ne signifie pas « tourner » : il a le sens de « entourer, enceindre », et n'enferme point l'idée de mouvement contenue dans la racine i. Peut-être intu, entourer, et inti, le soleil, se rattachent-ils à une même racine quichua qui rendrait l'idée de disposition circulaire : ce qui mettrait à néant en même temps l'analogie de sk. idh, indh, ardeur, éclat, avec inti, soleil.
116 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 42
Qch. qala, couvrir = sk. Khad, couvrir (V. supra) ;
» ati, mauvais augure = » âdhi, inquiétude.
Ce dernier mot n'est pas un thème simple, dont la racine serait adh, mais un composé de dhjâ, se soucier, et de la préfixation a. Ce sont là d'ailleurs les deux seuls exemples de la permutation des dentales sonores en dentales sourdes. Deux articulations aryaques qui se sont perdues en quichua et qu'il s'agissait d'y restituer, auraient mérité plus de détails.
G. Momentanées labiales.
Ici nous ne trouvons pas un seul rapproche nient qui ait môme une apparence de légithnité.
Qch. pana, main = sk. pànl, main.
Tschudi ne donne point pana, main, mais pana maki, la main droite, et pana tout court, droit, à droite, etc. Qch panta, voyager = sk. pat, se mouvoir. La racine aryaquepa^ signifie « voler, tomber », eipanlao. le sens de « pécher, se tromper », par extension « errer, s'égarer ». Il n'y a aucune concordance. i:
. Qch. picA-a, cinq = sk. jjayiÂ'aii, cinq ;
» /(uA'i, potage = » paA, cuire. »
On sait que ces deux mots sanskrits répondent respectivement aux racines Aa^j et AaA. .- '
Qch. pintu, lier= sk. handh, lier.
Pintu signifie « envelopper de linges, emmailloter, ensevehr », et la racine aryaque hhadh, dans toutes les langues 011 elle a passé, a immuablement conservé son sens de « lier, unir ».
Qch. pukru, caverne = sk. buk, trou (?)
AiUeurs (p. 79), l'auteur rattache ce pukm au sanskrit piRh, « briser ». Il faudrait pourtant choisir; car évidenmient deux mots sanskrits comme pilih et hiik ne sauraient avoir même racine. Contradictions qui accusent l'absence de mé thode. '
.(Il
48 LE nUICIlUA. iil
D. SpirantGs : h, y, .s, s, \v.
A). La spirante gutturale représenterait la inêrne articulation sanskrite ; mais, comme celle-ci remplace habituellement le gh aryaque, ce serait à ce gh qu'il faudrait rattacher Is h quichua. Malheureusement les trois quarts des exemples cités se rapportent non au gh^ mais au simple g aryaque,
Qch. hiianu, mourir =. sk. han, tuer.
La spirante n'est qu'apparente dans huiuln , transcription espagnole pour M-nhii. D'ailleurs la racine ghân ayant le sens actifs le sens médiopassif, « je me tue, je suis tué, je meurs» était rendu en aryaque agglutinant par une juxtaposition analogue à ghan-ti-nm-ina (tuer -j- présentement -\- moi -\moi), laquelle devint plus tard dans la langue fléchie ghnnamami, puis ghanamai. Le mot quichua wanuni, je meurs, n'offre pas le moindre vestige d'un pareil travail.
Qch. liaytha, frapper •= sk. hôia, frapper ; » hinca, frapper = » hins, frapper.
\'oilà deux coïncidences curieuses^ mais les deux mots sanskrits se rattachent-ils directement à des radicaux aryaques"? J'en doute, surtout pour le second, qui aurait une physionomie bien bizarre, ghins (?) En tous cas, ce serait à M. Lopez à le prouver (1).
Qch. Jiirka, colline = sk. giri, montagne.
L'étymologie est un terrain plein de ressources : pour rai)procher ces deux mots, M. Lopez est obligé , dans liirka, de prendre hh' pour radical et kâ pour suflixe. Si gh\ n'existait pas en sanskrit, il pourrait rejeter a comme épen-
l'': Jo négliii'e à dessein les quelques cas uù M. Lopez, cousiJé-
i;int le h comme épentliétique, le fait tout simplement (lis};araître.
liii'R n'est plus arbitraire que do supprimer dans une transcription
uin', lettre qui gène. Quant à h r=: .;; (j.oawa r-r sûnua]', il en a été
; ."-t'ion plus haut.
118 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 44
thétique, considérer irk comme racine et le rattacher à l'un de ses thèmes favoriS; rk, aller en pointe. E sempre hene. Il en est de l'un comme de l'autre : givi procède par flexion de gar, lourd, et hirka désigne certaines cimes de forme particulière, auxquelles les Péruviens rendaient un culte et offraient des sacrifices (Tschudi). Il n'y a nulle synonymie, et l'homophonie n'est obtenue qu'à l'aide d'une flexion qui ne pouvait se produire en préaryaque agglutinant.
Qch. haylli, chant de guerre = sk, gâ, chanter.
Les conscrits de mon pays ch.yntent, le jour de leur départ, une chanson dont le refrain est hay hay. Je ne crois pas pourtant que ce refrain ait môme un lointain rapport, ni avec le quichua, ni avec le sanskrit.
B) La spirante palatale quichua correspond à la spirante palatale aryaque. L'assertion est aisée, mais on trouvera peut-être que les preuves font défaut. Deux exemples :
Qch. yiik (?) = sk. jug, joindre ;
» j7zW, naître = » j?/, joindre ;
Le dictionnaire ne donnant pas ynk, dont M. Lopez n'indique pas le sens, il est impossible de vérifier le premier rapprochement. Si la racine de yuri est jû, il se compose de deux racines, sk. vu, joindre, et qch. ri, aller, accouplement d'oii il est difficile de faire sortir le sens de « naissance ».
C) Les deux spirantes linguale et dentale représenteraient toutes les sifflantes sanskrites, y compris le ç. Mais, comme, celui-ci représente toujours, dans les mots d'origine aryenne,, un A' primitif, il en résulte que cette gutturale aryaque permute en spirante alors que le quichua possède déjà neuf sons gutturaux et palataux qui y correspondent. Passons rapidement sur cette permutation invraisemblable.
Qch. aspi, part = sk. a;;, piquer (aA) ; » kespi, cristal = » kac, vibrer {kak ?)
Une autre forme de aspi est aJipi : laquelle est primitive?
Kan, vibrer, racine des noms du tonnerre et du cristal, est-il d'origine aryenne ?
Pour s ou i = s, nous avons trois exemples. Le premier reviendra avec détail dans la morphologie.
qch. asta, déplacer = sk. stlm, se tenir; » ^ysa, tirer = » ii, tirer.
Tschudi : aysa, étendre, atteler, tirer. Buhtlingk : is, mettre en mouvemement. Je m'abstiens de tout commentaire, qch. kasa, épine = sk. kas, piquer.
Kasa, dans ce sens, est dialectal (chinchaysuyu), et kas signifie « fiotter, racler. » • .
D) Le V aryaque a produit le w quichua. qch. wakia, appeler = sk. vak, parler {vak); » wasi, maison = » vas, habiter; » wayra, air =: « va, souffler ;
» wata, lier = » va, tisser;
» wasa, dos = » vas, étayer.
Les trois premiers rapprochements, et même le quatrième, si l'on ne tient pas compte de la différence de sens, sont vraiment frappants, irréprochables au point de vue phonétique, et de nature à faire illusion. L'analyse morphologique nous en révélera peut elre les points faibles. En attendant nous devons convenir que, si M. Lopez en eût seulement découvert trois pareils pour chacune de ses permutations, il eût pu rendre au moins plausible l'hypothèse de l'unilé d3s deux phonétiques. Quant au cinquième, il est sans valeur : la racine vas, qui a bien des sens, n'a pas celui-là, ni aucun qui s'y rattache.
E. Nasales : l'i, n, n, m. ^.
Les trois ii proviennent généralement de n aryaque, ce dont font foi trois exemples seulement :
qch. ^'anii, mourir = sk. han, tuer; » naqha, tuer = » nak, périr;
» nakca, ongle = y> nakha, ongle.