LA LANGUE GRISE. 2M
J'ai été mordu par le chien qui a tué Isidore, afimwa knkihnipabat Isidore nikih takkwamikoyiwa.
J'ai été frappé par l'arbre qu'a abattu mon père, nisfik kakikhâwahak n'ottawiy nikih pakamahukuwân.
Je reviens à mes phrases de la Un du n" 9 : Dieu veut que tu obéisses à ta mère. N'ajoutant pas autre chose à cette phrase, jadis en Gris: kijemanito (etc., V. 9.) Quoique cette phrase soit fautive, je suis compris parce qu'elle est correcte. Mais la même phrase, augmentée de ces mots : « si tu la respectes, si tu l'aimes, il te bénira», et traduite par ces mots : kijemanito iteyiltam kita nahitawat kikawiy , kispin ki manateliihaw, kispin ki sakikaw, kika saweyimik, n'a pas, en Cris, d'autre sens que celui-ci : Dieu veut que tu lui obéisses, ta mère, si tu l'honores (Dieu), si tu l'aimes (Dieu), il te bénira. Voilà donc un contre-sens. En suivant les règles ci-dessus, et en disant : kijemanito iteyittam kita naliittamat kikawiya; kispin ki manateliiJiimawa, kispin ki sakihimawa, kikasaweyimik, tout est dans l'ordre, et tout se comprend. Kikawiya étant au relatif avec tous les verbes qui s'y rapportent, kika saweyimik, qui n'est pas au relatif, se rapporte évidemment à kijemanito sujet de la phrase.
J'ai analysé cette phrase, parcequ'à mon avis c'était là le point le plus difficile de la langue crise dans la pratique ; et cela montre l'importance qu'il y a à saisir la valeur de la terminaison verbale, pour pénétrer le génie de cette langue,
11° Définition du Relatif.
J'appelle relatif tout substantif complément, ou troisième personne, qui se trouve en relation avec un autre substantif également de la troisième personne, mais qui est ou sujet, ou régime unique après la première et la deuxième personne, ou encore régime remplaçant le sujet ; vg. « Dieu veut que tu l'aimes, » et je dis que tout ce qui se rapporte au relatif, (pronom, verbe ou adjectif), tout cela se met au relatif par la simple règle d'accord. (,,,vide sup. 7, 8, 9,)
1 2° Conclusions de cette définition.
252 CONGIiis DES AMKRICANISTES. 9
1" Tout sLibslanLit'au signe possessif en o, oL\ étant toujours à la troisième personne, et en relation avec un substantif troisième personne de la nature exprimée dans la déflnition générale du relatif, est par conséquent toujours relatif, et tout ce qui s'y rapporte se met au relatif. En suivant ce principe on ne se trompe jamais, donc il est vrai.
2" Tout substantif relatif, avec ou sans le signe possessif 0, ol', remplace le génitif, le datif, l'accusatif et l'ablatif des Latins, en général, (qu'on le remarque bien), sans qu'on puisse dire qu'il remplace un seul de ces cas en particulier. On ne doit donc jamais se servir de ces expressions : accusatif, génitif, etc. quand il s'agit d'établir des règles en langue crise. • , . . , . ; ;
Exemples :
Génitif. Le fds de mon frère est mort : Nistos okosissa
nipiyiwa.
Datif. Je donne un bœuf au fils de Norbat : Norhat
okosissa nimiyhimawa inusluswa.
Accusatif. Il aime ses chevaux : Otema sahikew.
» Il rencontre un Français : Nakiokawcn \venusti
kiisiwa (ou knsiwa).
Al)latif. Sa charrette étant cassée, il ne peut partir : Titibitahanaskwa e pikupayiyit, namakisipwcettew.
» Sa fille étant morte, il quitta son pays :
Ot'anissa ekihnipiyit , kih nakattam of askiy.
13" Les substantifs au signe possessif en o, of, ont un double relatif en YIWA, tant i)0ur le singulier que pour le pluriel des animés ; en YIW pour le singulier des inanimés ; en YIWA pour leur pluriel ; mais les pronoms, adjectifs ou verbes qui s'y rapportent, suivent les règles précédentes.
On emploie ce double relatif toutes les fois que le substantif relatif se trouve en relation avec deux substantifs en troisième personne, jouant un rôle différent dans la phrase.
10 ■ la langue cuise. '^ïjv}
Exemples :
J aime renfluU du fils de mon frère aîné : Nistos okosissn okossissi -yiwa ni sakihiniinva.
Louis aime le fils de son frère aîné : Louis oslcsn okossisi-yiwa sakihime w.
Des principes exposés, on forme cinq à six règles d'accord, au moins aussi faciles à comprendre que celles de la langue française.
D'après cet écrit, vous pourrez juger en quoi mon opinion diffère de celle émise par ceux qui ont écrit dans le Congrès des Américanistes. Ma manière de procéder est moins savante, mais elle me paraît résoudre toutes les difficultés, et fait mieux entrer un commençant dans le génie de la langue.
La séance est levée à cinq heures.
254 CONGRÈS DES AMKRIC.VNISTES.