CHAPITRE II. — CONSONNES, ELEMENTS PHONÉTIQUES
En dehors des voyelles-mots que nous venons d'étudier rapidement, j'ai remarqué trois ou quatre cléments sur lesqnels repose en grande partie tout l'édifice phonétique, soit acoustique, soit linéaire. Soit T, L, G, N, G, ou mieux compris Te, li, ca, ne, ce, dont l'acception générale est parfois multiple, mais chaque série bien spécifiée.
\° Te signifiant lèvre, s'exprime par une lèvre et se lit : ten ^ tentli, et par suite s'emploie pour rendre l'idée « d^homme, de personne », etc.
Signifiant « pierre », il s'exprime par une espèce de libelle ou de pierre de forme parti-
culière avec une barre obliquée ; son nom dif- ^"7?^ fère peu et se dit teU avec l'article substantif : V-JL^ « substance dure, de mauvais aloi ». Les destinées de ces deux mots hiéroglyphiques sont bien différentes. Je n'admettrai pas ici de supposition ni d'étymologie fabuleuse comme celle de Teuhcalle, déva-kala-yavana des Hindous Deucalion des Grecs. Quoi qu'il en soit. Te le f^oyoç de Platon devient Teo, Tcol « dieu », et ce dieu n'est pas le silex [Tecpatl) le bloc informe entre les mains du statuaire ; sa généalogie ascendante et descendante est plus noble : Tecpil. Le dominateur est Teuh; il est sacré. , ; >h^ Celui qui avilit son nom sera malheureux <■ k,
comme les pierres : Teoye! il mourra de faim, Teoclhid! Tandis que celui ou celle qui le sert [Tepi] sera béni : Teochihua. N'y a-t-il pas néanmoins, dans ce mot, comme un écho de l'adage antique que « le malheureux est le favori de Jupiter ».
Te (lèvre) sera l'expression de substance personnelle. Te (pierre) l'expression de substance matérielle. La langue hiéroglyphique sera plus claire que la langue parlée. Mais avec une lettre presque insaisissable dans l'hiéroglyphie, jamais inii aie, le L, on formera I" Tl article limitatif de la substance et désignera le substantif singulier. TU, article attributif pour Teli, comme Tl a été pour Tel, rapportera à un autre type substantif l'objet représenté. Cet article est attributif ou prépositionnel; TU, H, i/î signifie « retour »; c'est le lien non-seulement d'une relation passive et réfléchie ; la grammaire de la langue parlée enseigne que cette particule sert à former des verbes dans un sens attributif et révérentiel. Ti sert à former des verbes causatifs; et ce mot Ti, Te-i, se retrouvera hiéroglyphiquement dans les verbes composés de première sorte, au même titre que sur les monuments d'Ozloticpac, de Téo ' caltitkm (1).
fçTç; I 1° Tlaly tlalli pour tlaltli « terre » a fait le
\erhe tlalya « je compose ».
Le signe tla * « dent », s'unit h l ou al pour marquer cette empreinte sur le sol (cf. altya « mouiller »).
Al signifiera généralement « glisser, imbiber, imprégner ».
(I) Voy. Olmos, Grammaire Nahuatl, nouvelle édit., Imprimerie nationale, p. 161 ; — voy. aussi P. Duponceau, Mémoires sur le syst. gram. des larg. amer., sur l'article virtuel, mais nécessairement sous-enlendupar l'analyse, p. 114. . , .
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El « labourer »; il « retourner »; 0/ « évolutionner autour ». D'où: dos, rotation, bouillonnement. Ul ' « rebondir, fléchir, volatili- ^ » ser, dissoudre », etc. Le même signe se retrouve dans le mot qui signifie « sable » et \ s'écrit xal *, [xi-al],
3° Puisque nous avons tant fait que de traiter *^>s\ ^ / dans les vocables avec te , énumérons encore ti^
quelques analogies remarquables. Cal ', calli, « maison » , de ca ^ « bouche de l'homme ». Z, a/, où l'homme se localise comme le limaçon dans sa coquille; la même phonétique étant le lieu de séjour objectivement parlant se lit : ckan ', qui a un substitut prépositionnel, ^saw, fia/an, comme qui dirait Te-zan; on dirait également can intérieur de cal ; re-
« brique », chai *, construire. Et, en effet, en analysant cal « maison », ne retrouve-t-on pas tous les matériaux qui servent à sa composition et les deux modes de destination.
Col' chose contournée » (cf. colline); toujours p^ L/~-'^^ le même procédé : co, com « vase, réceptacle », fp -^ composant plus direct, mais non primitif, conduit à la même analogie que cal « maison ». Col phonétique est le nom hiéroglyphique de Culhuacan (1). Ne peut-on pas dire que ce dernier est écrit phonétiquement et se lira tantôt culhua, tantôt ozto ; cul-lm-acan <• collinecaverne-lieu ». ' lia, hue, hua se retrouve dans la phonétique qui signifie : « tambour, loin et creux ».Nous verrons plus loin l'usage que l'on
U) Humboldt, Vue des Cordillères, t. II, p. 111.
î ÉGIUTUUES FlGUUAïlVKS MEXICAINKS. 357
pourra faire de cet indice dans le déchiffrement dos signes hiéroglyphiques de transition. Ciiil, dans Sahagun; xonecuil, pain en forme de S latin aura la môme analogie que notre mot boulangerie, boulanger qui pétrit en forme de bols.
Vx. ^Tl ^° ^Ji(, milli pour tnillli; de ma « main », il
« retourner » avec le signe de sillon, guérel; puis trois doubles traces en fer à cheval : les premières sont celles de ragriculteur ; les deuxièmes celles de la charrue; les troisièmes en avant celles de l'homme de peine qui, au Mexique, remplacent dans le labour la bête de somme, l'homme de la glèbe, le macéhual. "*^%li Ma- i dovicnl mi. ' main de dard, pointe ». (cf. en
passant notre mot beaucoup, en mexicain nii- //(?c, qui sert de pluriel inanimé: yec « beau "-, 77ii « coup » déjà encore frappé). [ELimiqui signifie en nahuatl moderne, labourer, et ycquiloa, louer, parler encore, parler bien et en Jiien de quelqu'un).
5" Dans Pal « chose noire », mêmes unalo-
\^ ^B gics ; /) eist pour po « compter »; p-al « aller jusqu'au liquide, putrrfaction : noir ».
4(j° PU, chose suspendue [.viuhpil] ; on trouve le fil ainsi fjarilé et ^c'r/?)/«é Luns la mappe ïlotzin ; c'est qu'en vérité on ne peut le trouver autrement. C'est prn|ircment le/de retour, le crochcl fjardc, allaché {jn), et retenant un objet qui varie selon le besoin. Nous avons déjà signalé ce fi!, ce lieu, ce crochet matériel ou virtuel dans la composition des mots, dons la flexion verbale (1). Nous le constatons pvir.bo-
(1) On dira b.c;!; on iarniô d'.i^ricuUaio de vilicu'Uirc, faire i;ii ;r ocliet,
28 — Il
CONGRES DES ÂMERICÀNISTES.
liquc, hiéroglyithique, fi.^uralif cl phoiiétique dans la phi ose nahuall. (Voyez les 3 (ig. en marge.) Il a, dans la langue parlée, le sens de tiohle ou riche à' alliance ; le fils qui est ^' '^^-"^^'^JjJlà poir de la fana-ille et que l'on dira descendre en droite ligne de un tel ou un tel (I). (Les trois personnages sont le père, la :iière cl le fds : Tlolli (le Faucon) ; Icpacxochill{h\ Couronnée); le Pitzi7}tli, le prince royal innommé). Ladénominalion ajoutée, l'est par //, ili, le lien attributif effectif ou bien virtuel. Nous voyons dans la Mappc mexicaine de Tlotzin, à l'épisode de Tecpoyoachcauh, un prince chichimèque allant à la chasse près de Gohuatlichan et le seigneur Chalca effrayé à la vue de son arc bandé : aiih in tccpoyo-achcauhtli yuhquin momauhti in oquillac itlahuitol ye tiliclic.
Le Pi « garder » n'est qu'un appui comme Te, pour fixer la relation attributive et passive, II.
Voici les principaux dérivés de PU : -
Tcpilhiiya il suspend quelqu'un.
Pillatoa il parle élégamment, avoir la langue bien
pendue !
Tcpilhuatya il adopte pour fils quelqu'un. Tepiloa il attache à un lacet. -. : '■ .
Tepiloliz suspensoir.
(ï; Jans la langue parlée, on ajoutera au veiije : ililçi7iûa, liUéraement : « courber le dos », pour faire un veibo « révéreatiel, parfait.
14 ÉCRITURES FIGURATIVES MEXICAIiNES. 350
7° Mais il faut se borner. Pour ne pas m' exposer aux redites, je vais indiquer seulement la fonction de c, ca^ ce, ne, dans l'étymologie, et réserver les applications les plus remarquables à la dissertation sur les relations.
Nous avons déjà touché incidemment à la lettre c incarnée dans ca, can, cam avec l'article substantif et l'article attributif; ca7itH •< joue »; camatl « bouche, ouverture»; enécri-
ture maya, elle s'écrit II , et se prononce syl-
labiquement ca.
Gomme les phonétiques te, H, la, tla, tli, qu'elle peut du reste surcomposer, elle donne lieu, dans la langue parlée, à des verbes, des [*-ft\ S locutions locales, substantives. Par ex.: Tkica « tronc, buste, naître, habitant ou citoyen de la matière »; Te-la-ca-t-l « l'être composé d'une substance, naître » {tlacati) signifie littéralement « devenir quelque chose » ou bien, au rebours, « bouche, qui dit quelque chose ». A-catl habitant l'eau « roseau »; Ca-iz-ca « voici! » (hicest-illic!). C'est en effet le verbe « être », avec une infinité de dérivés, modifié qu'il sera par les voyelles-motions a, e, i, o, u : cac, co, qui, qiietz, qui, quiz', corrélatif t, avec les mêmes voyelles simples, bien que la série n'en soit pas complète. La paronymie existe en nahuatl comme en français : voie et voix :
Toca « ensemencer, engendrer et perpétuer le nom
nommer », 0-toca « faire route»; Oquetz' « marcher ».
Mais terminons cette fastidieuse terminologie par quelques principes de linguistique sur les voyelles et les consonnes de la langue parlée ; un les retrouvera généralement dans l'écri-
360 CUIS'GKKS DES AMÉUlCAMb'lES. - 15
ture hiéroglyphique analysée, comme nous l'avons démontré :
|o VOYELLES.
a signifie en composition linguistique : « eau, surface, force, négation, mal, fissure ».
(Ces voyelles ont leurs pho- J « pointe, apparaître, clionûtiques plus haut.) I min, émanation ».
APPLICMJONS. PHONETIQUES.
xa — face, laver, disséminer.
fondre séparer briser, couper
p \.ïo — cheminer, chauffer, pieds
(plantes des)
xu — cheminer, verdure, éj^a- }^^
, , nouir, plante (fleur). . cS