‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 91 sur 117 · LETTRE DE M. LUCIEN ADAM · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LUCIEN ADAM

collègues que lors de la première session, il a été résolu de créer dans notre ville une bibliothèque et un musée américains.

Je devais faire appel, en faveur de ces deux établissements placés sous la direction de la Société d'Etudes, à la générosité des Américanistes.

L'un des orateurs de la première session a dit aux applaudissements d'une nombreuse assistance : « Le Musée de Nancy aura f:.on individualité propre : avant dix ans, il formera l'une des plus grandes collections américaines du monde. » Nous espérons, Messieurs et chers collaborateurs, que cette parole sera féconde. On s'est plu maintes fois à rendre à la ville de Nancy cette justice qu'elle n'a rien épargné pour assurer le succès du premier appel fait aux Américanistes des deux mondes ; soyez certains qu'elle saura se montrer digne de la confiance des donateurs.

Qu'il me soit permis d'insister d'une façon toute spéciale sur l'utilité que présentera une bibliothèque américaine où l'archéologue, le linguiste, l'ethnographe, et l'historien trouveront réunis les ouvrages actuellement dispersés dans des collections, soit publiques, soit particuhères, et dont un trop grand nombre demeurent ou

titut de Franco; membre titulaire de l'Institution ethnographique. Vice-président : M. E. Dubois, professeur à la Faculté de Droit. Conservateur : M. Albert Bruneau, membre correspondant de l'Institution ethnographique.

Secrétaire- trésorier : M. Lucien Adam, Conseiller à la Cour d'appel, membre correspondant de l'Institution ethnographique.

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inconnus de la généralité des travailleurs ou absolument inabordables. '. • ''• -

La ville de Nancy se plaît à remercier publiquement des dons précieux qui lui ont été faits : la Société Américaine de France, la Société d'Ethnographie, M. Léon de Rosny et M. H. Cernuschi.

Je vous prie d'agréer, Messieurs et chers collaborateurs, l'assurance de mon entier dévouement.

Lucien Adam.

M. Eitz a la parole :

Mesdames, Messieurs, .' -

Honoré des fonctions de trésorier de la seconde session du Congrès international des Américanistes, j'ai à vous soumettre un aperçu rapide et sommaire de notre situa- j tion financière. '

Le Congrès de Luxembourg compte au delà de 1000' membres dont 450 apparliennent au Grand-Duché. Enl chiffres ronds nos recettes s'élèvent à 16,500 fr., et notre' dépense sera à peu près de 13,500 fr. Nous aurons donc la satisfaction de pouvoir verser dans la caisse du Comité! de Bruxelles; un reliquat de 3,000 fr. environ. |

Le Compte-rendu des travaux de la session de Luxembourg formera deux volumes in-8° qui seront distribués aux souscripteurs dans la première quinzaine du mois de Mars 1878. ■• 1

M. Valdemar ScHMiT rend à M. ^Vui*tli-Pa«iuet le' fauteuil de la présidence, et celui-ci prononce l'allocution „ suivante :

ALLÛCUTIOM DE M. NVUKTH-l'AQUET. 373

Messieurs, ;' ■ • ' ■ -■ '■■ ■•■

Arrivés au terme de vos intéressants travaux, je vous demande la permission de résumer aussi brièvement que possible ce qui a été si bien dit et de constater le résultat de vos discussions si fructueuses dans cette seconde session du Congrès.

Dans la séance consacrée à l'anthropologie et à l'ethnographie, le Congrès a, si toutefois on peut se servir de cette expression, épuisé, au moins quant à présent, la question des Mound-Biiilders . Il a vu se poser devant lui des découvertes ostéologiques, sur lesquelles on ne peut encore prudemment asseoir une conclusion. L'un des 'explorateurs de l' Arizona lui a fait connaître les ruines si curieuses des Town-Buildcrs.

M. Beauvois nous a entretenus de la découverte de l'Amérique par les Scandinaves et de ces colonies d'Européens qui habitaient le Nouveau Monde plusieurs siècles avant Christophe Colomb.

M. Gravier, tant en son nom qu'en celui de deux savants, l'un Français et l'autre Italien, nous a fait connaître l'histoire émouvante de l'ouverture de la roule du Mississipi, la découverte qui aurait été faite du Brésil ■antérieurement à Cabrai et l'intéressante navigation de Verrazzano.

M. Schœtler a justifié Améric Vespuce des reproches injustes qui ont été trop souvent adressés à sa mémoire.

M. l'abbé Schmitz, encore inspiré par les souvenirs classiques de l'Iliade et de l'Enéide, nous a fait assister à la deslruction d'une tribu algonquine par les Sénécas.

M. Nodal a résumé les points principaux de la législation des Incas.

M. Lucien Adam a tiré de l'examen grammatical et

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lexiologique de seize langues américaines des conclusions qui paraissent démontrer que l'unité linguistique n'existe pas plus en Amérique qu'en Europe.

M. de Rosny vous a fait part des essais de lecture mexicaine de M, l'abbé Pipart.

M. Henry a combattu victorieusement la thèse linguistique de la race aryenne au Pérou.

Enfin; Messieurs, vous venez d'entendre d'importantes communications archéologiques que je n'ai point à résumer.

Avant de lever la séance, permettez-moi, Messieurs, de toucher encore deux points.

Le premier est que la session du Congrès des Américanistes à Luxembourg sera toujours pour nous un grand honneur. C'est un fait qui marquera dans l'histoire du pays à côté de tant d'autres qui, depuis les règnes de Guihaume 1", de Guillaume II, et de Guillaume III, resteront dans nos annales.

Le second point que je voulais relever, est que les travaux des hommes éminents qui se sont réunis à Luxembourg, intéresseront grandement les Luxembourgeois qui se trouvent en Amérique, en si grand nombre; en effet, je crois qu'il y a peu de familles luxembourgeoises qui ne soient représentées en Amérique. Aux Etats-UniS; les Luxembourgeois ont fondé un journal dit : Luxembuvger Gazette. M. Gonner, un Luxembourgeois, y a même publié un ouvrage intitulé : Das Luxemhurger Land, seine Geschichte, seine Bewohner, sein Handol und sein Wandel., pour rappeler à ses compatriotes émigrés les faits principaux de l'histoire de leur pays natal. Plusieurs de nos anciens compatriotes émigrés en Amérique ont été envoyés aux Chambres législatives des Etats-Unis.

1 LK PORTRAIT DE CHRISTOPHE COLO-Mli. 375

Des Luxembourgeois, il n'y en a pas seulement dans l'Amérique du Nord; vers 1820, beaucoup de Luxembourgeois ont émigré au Brésil, où ils forment la population de villages entiers; c'est ce que m'a assuré, il y a 50 ans déjà, un voyageur luxembourgeois, le sieur Denis, qui avait visité le Brésil.

Vos travaux. Messieurs, seront donc lus et consultés avec plaisir et intérêt par nos compatriotes et nos successeurs ainsi que par les Luxembourgeois dans l'autre hémisphère, et ce d'autant plus par ceux-ci, que vos travaux se sont accomplis dans la capitale de leur ancienne patrie.

Une me reste, Messieurs, qu'à vous prier de conserver un bon souvenir de votre trop court séjour dans le Luxembourg.

J'ose rappeler à MM. les membres du Congrès de bien vouloir déposer au secrétariat leurs photographies ; ce sera un souvenir qui se conservera précieusement.

Je déclare la séance levée et la session close.

La séance est levée à 5 heures.

Quelques jours après la clôture du Congrès, M. le baron DE DuMAST a communiqué à la Commission de publication l'extrait suivant d'une lettre de M. Rinck, de Nancy, peintre de portraits à New-York :

Je me crois possesseur du seul portrait véritable qui

existe de Christophe Colomb. C'est une peinture faite évidemment par un peintre d'un talent médiocre et probablement à l'époque où le grand homme était pauvre et vieux; mais elle

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est exécutée avec un soin et un scrupule que l'enthousiasme peut seul avoir inspirés. Il n'y a pas jusqu'à la chassie des yeux usés du vieux marin qui n'ait été observée et rendue.

Le portrait est vêtu d'une espèce de frac militaire brun et rouge, les couleurs espagnoles; il est coiffé d'un bonnet fourré usé; l'une des mains porte une bague de fer ou d'argent, et montre le fameux œuf, sortant d'un nid de poule qui se trouve dans un coin du tableau et contient le premier œuf ayant servi à l'argument.

Les mains sont détestablement mauvaises, mais le sourire narquois, le triomphe moqueur du grand homme méconnu, humilié et persécuté, nul artiste ne l'aurait mieux reproduit.

Ce portrait se trouvait parmi nombre d'autres vieux tableaux dont il se faisait une vente à l'enchère, à la Nouvelle-Orléans.

Je présume qu'il y avait été ai)porté de l'Ile de Cuba , par quelque fugitif qui sera mort sans laisser trace de sa personne, et que le coin qui devait porter la signature n'avait été coupé que pour être la preuve qui devait servir à en réclamer la possession. Les vicissitudes et révolutions des colonies expliqueraient le fait.

Personne à la vente ne connaissait l'histoire de Colomb, et c'est ainsi que le portrait, que j'avais à peine eu le temps de regarder, m'est resté à ma première mise à prix.

Ce ({ui me fait croire (pi'il n'y a pas d'autre {jortrait de Colomb, c'est que, lorsque Louis-Philippe faisait peindre les grands-hommes qui devaient figurer dans la galerie de Versailles, j'ai connu l'artiste qui avait été chargé de celui-là, etl qu'après des mois passés à fouiller les musées et bibliothèques, il lui a été déclaré partout qu'il était plus que probable que ce portrait n'existait nulle part. En conséquence mon homme se mit à composer une figure de fantaisie, un grand et vigoureux gadlard, sans plus s'occuper de la ressemblance. Et voilà comme on raconte l'histoire à la postérité !

Le portrait que je possède est évidemment un original peuit d'après nature, par un honnne qui travaillait hardiment

Nancy, Berger-Levrault el Ci

y LE POUTUAIT DE GIlPaSTUPim COLOMB. 377

et rapidement. On n'invente pas une tète comme celle-là, et, si on voulait l'inventer, ce n'est pas là le type qu'on choisirait, quoiqu'un disciple de Gall ou de Lavater puisse déclarer impossible de trouver une tète plus d'accord avec le caractère que les auteurs du temps ont attribué à l'homme qui devina le Nouveau Monde.

Je pense, mon cher ami, que la question de savoir s'il existe un portrait authentique de celui à qui l'on doit la découverte de l'Amérique vaudrait la peine d'occuper la société américaniste ; si vous êtes de mon avis, je vous saurais gré de l'en saisir.

Quelques personnes m'ont offert d'acheter ce portrait à un bonprix; j'ai refusé de le vendre, parceque s'il est authentique, j'aimerais mieux le voir à Nancy ou au Louvre que partout ailleurs, et qu'en outre il aurait une valeur bien autre que ce qui m'a été offert.

Le iils de Colomb ayant élé Gouverneur ou Capitainegénéral de l'île de Cuba après la mort de son père, il ne serait pas étonnant que ce portrait y eut été apporté par lui et laissé au palais, d'où il aurait été volé par quelque flibustier ou sauvé par quelque partisan.

Bien que la question des portraits de Colomb ait reçu de M. Feuillet do Gonchos (1) une solution donnant peu d'espoir, la Commission de publication a pensé qu'il con-

(1) M. Feuillet de Conclies a publié une étude fort intéressante sur les portraits de Colomb ; on en montre partout, en Italie, en Espagne, en Allemagne, à Versailles ; le malheur est qu'ils représentent tous des hommes différents. La conclusion de l'auteur, si nous avons bonne mémoire, est que l'inventeur de l'Amérique n'a été peint au naturel que par la plume de son fils. C'était une figure blanche, piquetée de taches de rousseur et couronnée de cheveux roux ([ui blanchirent avant l'âge.

(Diciion naire général de Laroi/ss^;,. , 24— Il

o78 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES, 4

venait de soumetlre à l'examen des Américanistes un portrait déclaré authentique par un artiste qu'une longue pratique de son art a rendu bon juge en semblable matière.

Nous avons donc prié M. le baron de Dumast de demander à son compatriote et ami une épreuve photographique avec autorisation de faire reproduire par la gravure sur bois les traits du personnage, qui ne serait autre que l'illustre desciibridor. M. Ringk s'est rendu à notre désir, et M. le baron de Dumast nous a communiqué une seconde lettre de cet artiste ; en voici un extrait :

New- York, 4 décembre 1877.

Sitôt votre lettre en date du 1^'' novembre reçue, je me suis occupé de faire photographier le portrait de Colomb.

Malheureusement j'ai perdu quelques jours, voici comment : Vous savez que toute vieille peinture acquiert avec le temps une couleur jaune toujours en progrès ; or, en photographie, les couleurs ne conservent pas leurs relations d'intensité, comme ombre et lumière ; c'est-à-dire que le jaune et le rouge se produisent à peu de chose près comme le noir. Bref le résultat photographique a été une plaque noire où il n'y avait de discernible que les fentes et les craques du tableau, mais admirablement représentées. Alors l'idée m'est venue d'en faire une copie en grisaille, et cette fois la chose a réussi, à ce que me dit le photographe qui doit m'en livrer deux copies.

Jamais un croquis au dessin, quelque soigné qu'il fût, n'aurait pu rendre la finesse de détails à laquelle il était possible d'atteindre en réduisant, par la photographie, une tête de grandeur aaturelle. J'attends avec impatience les épreuves. S'il y a quelques observations à faire pour le graveur.

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