‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877 (volume 2)Chapitre 92 sur 117 · LE PORTRAIT DE CHRISTOPHE COLOMB · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE CHRISTOPHE COLOMB

VOUS les trouverez à la lin de cette lettre. Le photographe est le plus habile de New- York.

Voici maintenant comment et pourquoi j'ai acheté ce portrait.

A l'époque oi^i le roi Louis-Philippe faisait peindre les hommes illustres, pour la galerie de Versailles, mon ami Corot, le paysagiste dont l'atelier était porte à porte avec le mien, au sixième étage d'une maison quai Voltaire, me fit faire la connaissance d'un autre peintre, Chasseriau, je crois, qui avait pour commande du gouvernement un portrait de Christophe Colomb, et qui me dit que toutes les recherches faites en Italie, en Espagne et ailleurs par la direction du Musée, pour trouver un original, étaient demeurées sans résultat, en sorte que le portrait qu'il avait à faire avait été laissé à son imagination. • ' '

En 1845 ou 1846, à la Nouvelle-Orléans, étant à la vente d'un marchand de couleurs et de bric-à-brac artistique, où je ne comptais acheter que des pinceaux, le portrait en question fut exposé en vente avec quantité d'autres vieux tableaux, sous le titre du vieux gastronome, sans doute trouvé par Tencanteur. J'y mis une première enchère, et le tableau me resta au milieu des lazzis de la foule, qui croyait que mon offre n'avait été qu'une plaisanterie, ot que j'avais compté sur l'enchère do quelqu'autre imbécile pour nie débarrasser de la mienne. . ' ' ■ ■ ' .-

Pour moi, ce tableau est, à n'en pouvoir douter, le portrait de Colomb dans son vieil âge, fait d'après nature, et je ne dirai pas que le soin scrupuleux, mais la religion avec laquelle l'artiste a étudié son modèle , prouve l'admiration qu'il éprouvait pour lui et l'extrême désir qu'il avait de transmettre jusqu'au moindre de ses traits à la postérité. La grisaille que j'en viens de faire ne m'a laissé aucun doute à ce sujet, pas plus que sur le talent de l'artiste, quoiqu'une des mains surtout laisse beaucoup à désirer.

Si le portrait de Christophe Colomb peint par Léonard de

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Vinci (1), qui est au Musée de Naples, à ce que m'a dit M. de Luoca, consul général d'Italie à New-York, n'est pas, comme celui de Ghasseriau, un portrait de fantaisie, il serait curieux d'en faire la comparaison, et de s'assurer si celui que je possède n'est pas l'étude d'après nature dont il se serait servi pour en faire un autre plus soigné. Une commission composée de connaisseurs spéciaux en pareille matière serait seule en état de décider la question.

Je comptais provoquer cette mesure et faire don du portrait au Musée du Louvre en cas de décision favorable, mais les circonstances ont changé, la guerre m'a ruiné, et pareille générosité serait folie de ma part.

Le consul général du Brésil m'a fait faire des offres ; mais je n'en accepterais aucune sans donner la préférence à mon pays, en cas d'égalité.

Gomme l'œuf qui est déjà cassé par le bout et vide se trouve dans le panier, j'avais cru longtemps qu'il y avait anachronisme dans la composition ; en faisant ma copie j'ai reconnu que c'était moi qui avais tort : l'œuf était déjà cassé et mangé comme l'Amérique découverte et exploitée, lorsque l'envieux lui dit en le dénigrant : la cliose était bien facile. Golomb qui était alors à moitié de son déjeuner, lui offrit l'œuf qui restait pour le faire tenir sur sa pointe, et c'est avec l'autre qu'il fit sa réponse et prouva que la chose était /)7hs facile que la découverte de l'Amérique.

Il y a à Gênes, sa patrie, une statue monumentale de Chris-

(1) Le Musée de Naples possède une belle peinture du Parmesan, qu'on dit être le portrait de Christoplio Colomb. Le personnage représenté est nn homme jeune encore ; il a la tète plus jolie que forte et intelligente, il est revêtu d'une armure de fer.... MM. Viardot et Lavice {Musées d'Italie), ne croient pas que ce soit là l'image authentique du célèbre navigateur {Bictiomiaire (jèncyal de Larousse-)

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