‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 10 sur 62 · Pipe · texte numérisé non relu

Pipe

2, Grenouille, sur un col de jarre.

Imp. Leraeraer et C'',PaTis,

fCon^rhs mtermtional des Amérjcaj^istes Session de Luxembourg. )

1 l LES AXCIENS PUEBLOS. ïj'3

que ; les Anciens leur avaient donné le nom de « Clwlcliihiiites ». On a aussi trouvé plusieurs spécimens d'une coquille marine (probablement VOlivelh graeilis ou peut-être bien YOlivella biplicata) provenant sans doute de la région du Pacifique; on en avait fait des ornements de cou, après avoir abattu leurs aiguilles. Enfin, on a également recueilli un anneau de doigt en pierre.

Ce peuple se débarrassait de ses morts par l'inhumation et jiar la crémation. Les tombes mesurant six pieds en longueur sur deux ou trois en largeur, étaient bordées de lames de pierre fichées de champ dans le sol. Parfois les pierres du côté de la tête dépassaient en hauteur, de un ou de deux pieds, celles des autres côtés. A de certaines époques les cadavres étaient incinérés ; l'opération se pratiquait quelquefois dans des urnes, mais le plus souvent dans des tombes ouvertes.

Les Anciens Pueblos adoraient le soleil, dans une certaine mesure. La preuve de ce fait résulte de la situation choisie dans beaucoup de localités pour les maisons. Ainsi, par exemple, dans le caiïon deMancos, les habitations sont invariablement cachées dans les rochers de la falaise occidentale, et les habitants avaient l'habitude de monter sur leurs toits pour saluer le roi du jour au moment où celui-ci se levait audessus de la mesa de l'Est.

Quelques squelettes ont été exhumés dans le voisinage des anciennes ruines ; leurs crânes ont été trouvés non-symétriques et incontestablement brachycéphales. Toutefois, l'aplatissement de l'occiput paraît être le résultat de l'habitude dans laquelle on était d'attacher au moyen d'une courroie les enfants nouveaux-nés aux planches du berceau. Loin qu'elle soit uniforme, cette déformation varie d'individu à individu. Le crâne a été comprimé tantôt d'un côté, tantôt de l'autre ; et, comme on voit qu'il n'a été suivi aucune régie à cet égard, il est raisonnable d'admettre que ces déformations ont été produites par des causes accidentelles et non point intentionnellement. Le crâne d'une femme dont on a trouvé le s((ue-

34 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. lïJ

letle à trois pieds sous terre, dans les environs d'Abiquiu, présente un cas de prognathisme très-prononcé, en même temps qu'un aplatissement de la région occipitale droite.

Les crânes qui ont été extraits du sol dans cette section de la contrée peuvent fort bien n'être point du même âge que les ruines elles-mêmes. Il est possible qu'ils soient d'une date plus récente et que les squelettes d'une période antérieure aient disparu sans laisser de traces. Quoiqu'il en soit, ces crânes sont les seuls que les anciennes ruines nous livrent ; et, probablement, les mêmes localités ne nous livreront jamais des squelettes d'une date plus ancienne. Si les crânes en ' question ne sont point ceux des House-builders eux-mêmes, il est à peu près certain qu'ils ont appartenu aux descendants de ces architectes.

Il existe encore, dans l'angle Nord-Est de l'Arizona, une ! tribu de la race des Pueblos, connue sous le nom de Moquis. , Ces indigènes vivent dans d'anciennes maisons en pierre, cultivent le sol; et possèdent des troupeaux de chèvres ainsi que des troupeaux de moutons. L'architecture de leurs habitations est la même que celle des ruines situées plus au Nord, et tout prouve qu'ils sont un reste de la race autrefois puissante des Anciens Pueblos. La population de cette tribu est actuellement d'environ 1,700 âmes.

Il y a dans le Nouveau Mexique deux autres tribus appartenant également à la race des anciens « Town-hnilders », ce sont les Pueblos et les Zuîïis. Ces tribus sont étroitement apparentées à la précédente, et les trois doivent aux mêmes maîtres la connaissance des arts qu'elles pratiquent. Les \ Pueblos sont au nombre de 10,000, tandis que l'on ne compte guère qu'un millier de Zuiïis.

Après avoir ainsi brièvement passé en revue quelques-uns des faits les plus signilicatifsqui concernent ce peuple demeuré dans l'obscurité, j'aborde la question de savoir « qui étaient les Anciens Pueblos ? » Ceux des Ethnologues qui ont étudié les [larlicidarilés ijropres à celle branche do la famille aniéri-

lïi LES ANCIENS PL'EIJLOS. 35

caine ne sont point arrivés à des conclusions identiques. Mais l'hypothèse qui semble gagner d'année en année le plus de terrain est celle suivant laquelle les Anciens Pueblos auraient appartenu au cycle de la civilisation Toltèque. Nous avons ainsi une série ascendante de trois branches d'une même race dont les ouvrages s'étendent presque sans interruption du Canada à l'Amérique du Sud :

Premièrement, les Mound-Builders occupant la région des grands lacs du Nord et les vallées du Mississipi, de l'Ohio et de leurs affluents jusqu'au golfe du Mexique, — à l'Est des Montagnes Rocheuses.

Secondement, les Pueblos qui forment dans la chaîne un anneau intermédiaire ; ils s'étendent du Colorado et de l'Utah jusqu'au Mexique, en passant par le Nouveau Mexique et l' Arizona, — h l'Ouest des Montagnes Rocheuses.

Troisièmement, les Toltecs dont les ruines couvrent le Mexique et l'Amérique centrale.

Ces trois divisions forment une grande série qui commence avec les tumuli des Mound-Builders, se poursuit par les grossières constructions eu pierre des Pueblos, et se termine dans le Sud par ces constructions plus parfaites, lesquelles représentent le point culminant de l'architecture antique.

A l'appui de cette thèse, je citerai un passage dans lequel M. J. D. Baldwin caractérise ainsi qu'il suit l'ancienne civilisation américaine (1). « ... Ses constructions semblent attester le développement progressif et artistique d'un style architectural différent de celui d'aucun autre peuple, et qui très-rude au début se serait maintenu, dans les données de la conception première, durant toutes les phases de son histoire. Celle-ci, en eflét, nous montre l'idée des Mound-Builders réalisée dans la pierre (Pueblos) et embellie par l'art (Toltecs). L'ornementation de même que l'écriture sont absolument originales, et il n'y a imitation de l'œu/re d'aucun peuple soif d'Asie, soit

^1^ Aacient Anieiiea, page 184.

Jj(*, COXGUÈS DES AMÉRICANISTES. l'i

d'Afrique, soit d'Europe. Il est évident que le mode de construction, tel qu'il se révèle dans les grandes ruines, a débuté par les formes rudimentaires du « mound » et n'est devenu ce que nous le voyons que par un développement graduel, les progrès de la civilisation faisant éclore des idées nouvelles et rendant les architectes plus habiles dans leur art. Mais, encore une fois, cette civilisation et ses œuvres ont été absolument originales, absolument américaines ».

Frédéric de Helhvald s'exprime ainsi, dans un mémoire sur les « Migrations américaines » (1) : Si, donc, il est permis de conclure de par l'analogie, laquelle n'est point un guide trompeur lorsque les mêmes causes agissent dans les mêmes conditions, les populations de l'âge de cuivre en Amérique (Age inauguré dans la région des Lacs) auront descendu les vallées de l'Ohio et du Mississipi, et en traversant les Etats actuels de la Louisiane et du Texas, auront gagné les terrasses du Rio Grande del Norte, probablement par les bords de la faible déclivité qui sous le nom de Sierra Guadalupe court du Rio Grande au Rio Brazos. Toutefois, diverses indications nous portent à penser que cette route n'a point été la seule que les tribus parties du Nord aient suivie pour se rendre dans le Sud. Une partie d'entre elles paraît s'être détachée du reste, dans la vallée du Mississipi, pour s'élancer dans la direction du Sud-Est jusqu'en Floride, région alors le siège d'une civilisation plus avancée, d'où elle aura gagné Cuba et le Yucatan; postérieurement, une fraction de cette division sud-orientale aura traversé l'île de Cuba dans le sens de sa longueur ainsi (pie la grande arche des Iles Caraïbes, pour aboutir finalement aux rives de l'Orénoque. Il se peut que ces émigrants aient été en petit nombre et qu'ils se soient avancés avec lenteur, la nécessité de se transporter par mer d'île en île devant avoir pour conséquence d'affaiblir la force d'impulsion. Dans l'opinion de plusieurs auteurs ot notamment de Humboldt, la

9i[. (1) Sinithsonian Roiiort, 18GG. ■4

15 LES AXC.IE.XS l'UEIîLOS. . 37

configuration des Montagnes Rocheuses, dans leur prolongement au Nord, aurait très-bien pu déterminer d'autres groupes d'émigrants à se diriger également vers le Sud par des routes diverses. Que ces groupes aient eu pour point de départ initial la région des Lacs, c'est ce qu'il est difficile mais non impossible d'établir. Quoiqu'il en soit, au moment de la mise en marche, ils doivent avoir pris droit dans l'Ouest, ou tout au moins s'être dirigés vers le Sud-Ouest. Bien qu'aucun motif vraiment topique ne soit indiqué comme ayant pu décider une race séjournant dans ces latitudes à s'engager de préférence dans les âpres défilés des Montagnes Rocheuses, alors qu'elle avait devant elle les plaines si engageantes et les prairies du Sud, cependant le choix de cette route incoumiode est attesté par des indices tellement concordants qu'il ne nous est pas permis de reléguer ce fait dans la catégorie des impossibilités.

« C'est cà partir du Rio Gila (1) que l'on observe les premières traces non douteuses d'un courant d'émigration se dirigeant vers le Sud, et ces traces vont s'accentuant au moment où l'on pénètre sur le territoire mexicain, sans toutefois qu'il nous soit actuellement possible d'en constater rigoureusement l'identité. Les premiers émigrants qui parurent dans le Mexique septuntrionaly apportèrent la civilisation diteToltèque, œuvre de la grande famille Nahoa... Si l'on assigne à l'état de civilisation que révèlent les monuments de la vallée du Mississipi une antiquité de 2,000 ans, on peut admettre que les tumuli du Nord ont été élevés par les Nalioas ou tout au moins que ceux-ci appartenaient à la race dont ces amoncellements sont l'œuvre.

(1) Au moment où jNI. de Helhvald écrivait ce passage, on n'avait point encore découvert les ruines si nombreuses et si importantes qui couvrent la région située au Nord du Gila, ruines qui présentent les mêmes caractères que celles situées au Sud de ce fleufe, mais qui sont beaucoup plus anciennes.

38 CONGRÈS DES américamstes. i6

« Relaliveinentaux constructions en pierre des grandes casas d'El Zapeetde laQuemada^ tout indique que leurs architectes ont fait un long- séjour dans ces districts, hypothèse qui s'accorde bien mieux avec les résultats des dernières recherches que la supposition de plusieurs auteurs que les tribus immigrantes auraient fait dans ces localités des haltes de quelques années seulement, par exemple d'un quart de siècle, et que durant ce court intervalle, elles auraient élevé les constructions dont il s'agit. »

Dans son ouvrage intitulé « Scveral views on Arohœology », M. A Marlot s'exprime en ces termes : « Il est digne de remarque que les Mound-Builders, ainsi que les Américains appellent la race de l'âge de cuivre, semblent avoir précédé et préparé la civilisation mexicaine détruite depuis par les Espagnols ; en effet, on constate, du Nord au Sud, une transition graduelle des anticiues ouvrages en terre de la vallée du Mississipi, aux constructions plus récentes du Mexique, telles que Gortez les a trouvées. »

J'ai, au cours de ce mémoire, signalé le fait qu'à ma connaissance tout au moins, il n'a point été découvert dans les ruines, d'articles de bronze ou de cuivre. Cela semble, au premier abord, contredire formellement ma théorie sur l'identité des Anciens Pueblos. Mais les habitants ont pu avoir connu et sans doute ont connu l'existence ainsi que l'emploi du cuivre ; seulement, comme dans cette région ce métal échappait à leurs recherches, ils sont revenus à la pierre pour fabri(pier leurs ustensiles de paix et de guerre. ^Dans le trajet du Nord au Sud-Ouest, ils auront à la longue perdu la plupart des outils en cuivre dont ils s'étaient évidemment munis. Toutefois, les relations des Espagnols renferment des allusions à l'emploi du cuivre par les tribus qui occupaient vers i5i0 le Nouveau Mexique et l' Arizona. On trouvait chez elles accidentellement des ornements q\\ cuivre, d'autant plus estimés qu'ils étaient très- rares.

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Restilulion d'une série de constructions dans les falaises

( Congres uiternalion^il des AinéncanJstes^Sesswndeluxe.jnbowr^-)

1 LES AIOUND-BUILDERS. 39

M. liucieii Adam fait suivre cette lecture de l'observation suivante :

Je veux bien que les Anciens Pueblos soient venus du Nord, mais je me demande comment après avoir connu et apprécié l'usage du cuivre dans la région voisine du lac Supérieur, ils n'ont pas eu, leurs outils étant usés^ l'idée fort simple et bien naturelle d'aller chercher du cuivre dans les lieux qu'ils venaient de quitter. Les Mound- Builders n'ont pas hésité à remonter toute la vallée dite du Missisipi, pour aller s'approvisionner de ce précieux métal.

Si les Anciens Pueblos sont une branche détachée du même tronc que les Mound-Builders, on ne s'explique guère, quelle que soit la conformation des Montagnes Rocheuses, pourquoi ces gens en état d'apprécier la supériorité du cuivre sur la pierre, n'auraient pas pris la peine do faire le voyage du lac Supérieur. J'avoue que sur ce point, je suis tenté de m'écarter de l'opinion émise par M. Barber.

Je sais bien que certaines peuplades paraissent avoir rétrogradé du cuivre à la pierre, mais les Anciens Pueblos ont été un peuple tout au moins semi-civilisé qui, s'il avait réellement connu le cuivre et le lieu où l'on pouvait s'en procurer, n'aurait pas renoncé à l'emploi de ce métal.

M. Peterken donne lecture d'un mémoire de M. Robert s. Robei'tson, de Fort Wayne, Indiana, sur les Mo un d-Buildei 's d'Am érique .

Pour apprécier en connaissance de cause les hypothèses émises, dans le présent mémoire, sur l'origine de cette race mystérieuse, qui a occupé autrefois une partie si considérable

iO (;().\GUÈS DKS AMKHICAXISTKS. 2

do rAinérique du Nord, et qui y a laissé en si grand nombre ces traces de sa présence qui lui ont fait donner le nom sous lequel nous la connaissons, c'est-à-dire ces « mouncls » et ces terrassements — témoins silencieux et uniques d'une race aujourd'hui disparue, — il est nécessaire d'avoir présents à l'esprit quelques-uns des traits physiques de la contrée où ces restes sont le plus nombreux, je veux parler de la grande vallée du Mississipi, laquelle forme, avec les vallées plus étroites des affluents, le bassin de drainage à travers lequel coulent des eaux arrosant un territoire assez vaste pour qu'on y puisse au besoin découper, à peu de chose près, l'équivalent de tous les emj)ires do l'Ancien Monde.

D'après les calculs de feu le professeur Forster, la vallée du Mississipi comprend une aire de 2,455,000 milles carrés mesurant 30 degrés de longitude et 23 de latitude (Forster, Vallée du Mississipi, Chicago, 1869, p. 3).

De cette aire, 214,000 milles carrés sont arrosés par l'Ohio, dont la vallée l'emporte en étendue sur les vallées de tous les autres tributaires du Mississipi, le Missouri excepté.

Issu des monts Alleghanys et de la région avoisinant le lac Erie, l'Ohio, dans les méandres par lesquels il se dirige vers le Sud-Ouest jusqu'à ce qu'il rencontre le « Père des eaux », traverse une contrée ravissante, et l'on ne peut en descendre le cours sans être impressionné par le panorama incessamment renouvelé de monlagnes et de vallées, de plaines découvertes et de forêts, qui s'offre à la vue durant le voyage.

On trouve, dans la vallée de l'Ohio, toutes les variétés de sol qui peuvent tenter l'agriculteur; aussi n'est-il pas étonnant qu'après avoir erré dans l'ancienne Amérique, des tribus aient couvert cette contrée de centres d'activité rurale tellement nombreux que l'aire tout entière est jonchée de leurs ruines. Sans aucun doute, ces tribus trouvèrent là, comme les tribus errantes de l'antiquité biblique « un pays oîi coulaient le lait et le miel. »

s LES MOUND-BUILDERS. 41

Quand on descend le Mississipi, on voit surgir tout le longde ses alluvions, isolément ou par groupes, des « mounds » dont les uns atteignent à une grande hauteur et sont énormes, tandis que les autres ne s'élèvent que de quelques pieds audessus du sol. Tous néanmoins portent la marque des mêmes constructeurs ; ils sont établis sur un plan général identique ; et quand on les ouvre, chacun d'eux livre son trésor d'antiquités — dieux domestiques — ustensiles de ménage — armes de guerre et de chasse — ornements — insignes de fonctions ou totems de tribus, et jusqu'à des instruments de jeu — tous objets attestant par leur présence la vie dont ces vallées ont été autrefois remplies ; mais aucun d'eux ne donne matière à déchiffrement, aussi leur ensemble ne nous procure-t-il que la notion obscure d'un peuple mystérieux qui a passé sans même laisser un nom derrière lui.

Si, après avoir franchi l'embouchure du Grand-Fleuve, on suit à l'Ouest la côte du Golfe, on arrive à une contrée dans laquelle une race demeurée tout aussi inconnue que celle qui a construit les « mounds » des vallées, a élevé à sa propre mémoire des constructions en pierre ornées de dessins et de sculptures indiquant un état de civilisation relativement supérieur.

Les ruines de l'Amérique centrale ont excité l'admiration du monde, mais l'histoire du peuple qui a élevé ces monuments est perdue.

J'ai idée que la race à laquelle nous devons les magnifiques temples de l'Amérique centrale était apparentée à celle qui a construit les « mounds » de la vallée du Mississipi, et que ceux-ci constituent une partie du système religieux qui a influencé et gouverné l'homme préhistorique depuis le Yucatan jusqu'aux lacs du Nord. Voyons do- si la distribution géographique des « mounds «, l^urs ti'aits caractéristiques et les restes qu'ils recouvrent, confirmeront cette manière de voir. Il existe, en dehors de la vallée du Mississipi, quelques traces des migrations des « Mound-Builders », mais elles sont bien

42 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 4

peu de chose auprès des innombrables « mounds » de la vallée et des débris de l'âge dt! pierre que chaque acre de son sol livre à la charrue ou à la bêche, aussi n'est-il pas douteux que le bassin du Mississipi et de ses tributaires a été leur habitat.

De ce centre, des colonies gagnèrent le Nord oii les attiraient les mines de cuivre natif du lac Supérieur, et ce fut ainsi que des étabhssements excentriques furent créés dans les fertiles vallées des rivières qui déversent leurs eaux dans les lacs du Nord. Mais le siège de l'empire demeura fixé sur les alluvions du Mississipi et sur les collines ondulées ainsi que dans les vallées de l'Ohio et de ses affluents.

Nous trouvons, dans l'Amérique centrale, des temples construits sur des « mounds » et dans la vallée, des « mounds » sans temples. Le pourquoi de cette différence me paraît facile à saisir. Ne voyons-nous pas, en effet, dans l'histoire des nations les plus anciennes, que les temples et les édifices des grands centres de civilisation étaient construits en pierre, tandis que ceux des districts-frontière et des agglomérations rurales étaient construits de matériaux moins résistants ? Ne voyons-nous pas le même fait plus manifestement encore dans l'Amérique actuelle, oîi nos cités sont de pierre et de briques, tandis que nos villes de l'Ouest et nos villages sont généralement de bois ?

Que notre civihsation vienne à disparaître^ et dans quelques centaines d'années tout au plus les archéologues d'alors ne trouveront guère plus de vestiges des populations qui se pressent aujourd'hui dans nos contrées que nous-mêmes n'en trouvons des populations disparues précédemment^ sauf toutefois dans les lieux oiî la charrue pourra mettre au jour nos outils les plus résistants et nos œuvres d'art.

Il y a encore une autre explication. Sur beaucoup dépeints, la vallée manque absolument ou à peu près de pierre à bâtir. Or si l'on tient compte de ce fait, d'une part que les colonies nouvelles construisent tout d'abord en bois, d'autre part que

a LES MOUND-BUILDERS. 43

la vaste contrée occupée par les « Mound-Builders » était en même temps très-boisée et dépourvue de pierre, n'est- on pas fondé à supposer que les colons « Mound-Building" » qui avaient emporté avec eux la religion, les mœurs, et les coutumes de la race mère, ont dû élever des « mounds ■* semblables à ceux de cette race et les couronner de temples en bois que le temps aura réduits en poudre, lorsqu'auront fait défaut pour les réparer, les mains qui les avaient édifiés, tandis que les temples construits en pierre sur les « mounds » paternels ont subsisté, et nous permettent de voir plus avant dans un passé demeuré d'ailleurs inconnu ?

Si nous considérons les objets ornés d'imitations artistiques, nous trouvons sur des pipes extraites des mounds de l'Indiana septentrional, de l'Ohio, de l'IUinois et d'autres localités très-distantes du Golfe du Mexique, des représentations fort exactes d'oiseaux, de reptiles et d'animaux qui n'existent que dans ces parages ou même plus au Sud, et quelques-unes d'entre elles ressemblent d'une manière frappante à d'autres qui ont été trouvées dans les ruines de l'Ame, rique centrale. '

Plus étonnante encore est la preuve tirée des représentations de l'homme lui-même, et des crânes des individus inhumés à la base des tumuli de la vallée. Après en avoir exhumé moimême et examiné un assez grand nombre, je ne crains pas d*af[irmer que le type prédominant dans cette race est caractérisé par un front bas, plat et fuyant en arrière dès la base — l'aplatissement provenant non d'une compression artificielle mais d'une loi de la nature. Cette conformation s'observe non seulement sur les crânes, mais encore sur les têtes sculptées qui ornent les pipes comme sur celles des idoles, ce qui montre bien que le type décrit comme étant celui de la race était reconnu et reproduit par la race elle-même. Or dans quelle autre région ce type se rencontrera~t-il?

Revenons aux temples et aux palais de l'Amérique centrale, car c'est là que nous trouverons fixé dans l'impérissable

M CONGRÈS DES AMÉUICANISTES. 6

pierre, sous forme de bas-reliel ou de statue, le type dont il s'agit — l'homme préhistorique américain sculpté par l'homme préhistorique lui-même. Que son œuvre soit l'image d'ini dieu ou celle d'un simple mortel, le trait caractéristique sera toujours le Iront bas, plat et fuyant, exactement celui des têtes de pipe sculptées et des crânes trouvés dans les mounds du Nord.

Quant à l'antiiiuité de cette race, comment pourrait-on se prononcer ? Toute tradition est perdue, et il se peut que bien des âges se soient écoulés depuis qu'essaimant de la ruche centro-américaine devenue trop étroite, les colons poussèrent peu à peu leurs établissements le long du Mississipi, de l'Ohio et de ses aflluents, jusqu'au moment où arrêtés dans leur marche soit par un climat auquel leur race n'était point accoutumée, soit par la rencontre de tribus plus vigoureuses et plus guerrières venues du Nord, ils virent leur frontière devenir le théâtre de guerres incessantes, provoquées comme denosjoursencore parles incursions de ces mêmes tribus qui paraissent être réfractairesàtoute civilisation, et enfin pressés par l'effort de leurs ennemis, se mirent en marche vers le Sud et furent écrasés pendant qu'ils cherchaient à regagner leur berceau.

On peut néanmoins se faire quelque idée de l'ancienneté de cette race, en considérant qu'un grand nombre de ses mounds et de ses terrassements sont aujourd'hui couverts d'arbres énormes formant de véritables forêts, ainsi que de troncs d'arbres plus anciens dont la présence révèle que des colosses forestiers ont crû à leur surface durant des siècles, et y ont péri, postérieurement à la disiiarition des hommes qui avaient amoncelé ces terres.

Une preuve encore plus décisive de la grande antiquité des Mound-Builders, c'est ce fait que l'hidien peau-rouge, qui entoure de tant de respect le lieu de sépulture de ses ancêtres, ignore ou néghge ces anciens tombeaux dont personne ne prend souci, jusqu'au jour oi^i un archéologue vient à reconnaître

7 LES MOUND-BUILDERS. 45

leur caractère funéraire et à mettre au jour les secrets enfouis à leur base.

Ajoutez à cela, qu'à peine exposés à l'air, les ossements exhumés des mounds tombent en poudre, et qu'on ne peut les conserver qu'à l'état de fragments. Il en est tout autrement des débris osseux que renferment les mounds et les tumidi de la Grande-Bretagne ; là, en effet, on trouve des squelettes entiers d'individus qui ont été inhumés avant l'ère chrétienne, et leurs crânes peuvent être mesurés par toutes les méthodes applicables aux crânes contemporains. Ici, on en est réduit le plus souvent à ne voir que des contours, car aussitôt que l'observateur même le plus précautionneux essaye de dégager les ossements de leur gangue terreuse, ces débris de la pauvre humanité lui échappent des mains et disparaissent comme par le seul effet de son regard ; c'est, littéralement, pulvis in pulverem. On peut, sans doute, faire entrer en ligne de compte pour expliquer ce phénomène, des actions cliimiques inhérentes au sol, mais cette concession faite il demeure évident que bien des âges se sont écoulés depuis le moment où ces squelettes, qui aujourd'hui tombent en miettes, étaient doués de vie et exerçaient une autorité éphémère sur la tribu qui a enfoui leurs restes sous des mounds funéraires préhistoriques. Ces monuments et ces restes nmets constituent les seules annales des mystérieux Mound-Builders. Il n'existe aucun texte, et la tradition elle-même fait défaut. D'oi^i étaientils venus, quand et comment ont-ils vécu, oi^i sont-ils allés? On ne peut répondre à chacune de ces questions que par des conjectures ; leur destinée et leur histoire ne pourront jamais être connues avec certitude.

Cette race a vécu, mais elle a entièrement disparu.

Nous ne pouvons cependant pas croire que les Mound- Builders aient été anéantis ou exterminés. Il est beaucoup plus vraisemblable que les survivants ont été incorporés et amalgamés à la race conquérante, de telle sorte que leur type s'est perdu par absorption, quoiqu'il se retrouve accidentelle-

46 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 8

ment dans des individus appartenant aux diverses tribus indiennes qui parcourent nos prairies de l'Ouest, et qu'aujourd'hui encore il soit reproduit chez les Indiens dits Têlesplates, par la douloureuse opération consistant à comprimer artificiellement le crâne des enfants.

Quant à leurs ouvrages, les limites d'un mémoire comme celui-ci ne me permettent d'en faire qu'une mention trèsrapide. Leurs mounds, leurs terrasses et leurs enceintes i se rencontrent dans presque toutes les parties de la grande vallée ; d'un autre côté, leurs outils, leurs armes et leurs ornements sont mis au jour par la charrue ou par la bêche, sur tous les points de cette même vallée.

Nos grandes cités sont généralement assises sur les emplacements de leurs villages. Les formes de leurs ouvrages sont trop connues par les comptes-rendus et les dessins de ceux qui les ont découverts, pour qu'il soit nécessaire de les décrire ici. C'est de ces ouvrages que nous vient tout ce que nous savons de leur civilisation.

L'art de travailler les métaux et de traiter le minerai paraît avoir été à peu près, sinon totalement, inconnu aux Mound- Builders. On a bien trouvé cà et là quelques outils et quelques armes portant des traces de fusion, mais il est douteux que ces objets aient été manufacturés par eux. En effet, s'ils avaient su traiter le minerai et lui foire prendre en le fondant telle ou telle forme, à quoi bon ces longs voyages au lac Supérieur, pour s'y procurer le cuivre natif ([u'ils battaient avec des marteaux de pierre et des coins de bois ou avec des coins de cuivre provenant de la même matrice?

Pourquoi marteler si laborieusement des lingots jusqu'à ce qu'ils aient pris la forme requise, s'ils avaient connu le secret de les réduire par le feu?

Enfin, qui ne voit que s'ils s'étaient élevés jusqu'à la connaissance de l'art du fondeur, leur civilisation eût été beaucoup plus avancée ? En effet, une race capable de façonner d'aussi beaux ornements, d'amenuiser avec tant de précision

9 LES MOUND-BUILDERS. 47

et d'élégance des javelots, des lances et des tôtes de flèche en silex, d'exécuter patiemment, sans autres outils qu'un caillou, ces beaux échantillons de haches en pierre qui sont en euxmêmes des objets d'art ; de sculpter si admirablemant sur des pipes et sur des bijoux soit des figures humaines soit des représentations d'objets pris dans la nature, d'orner ses poteries de dessins dans lesquels la fantaisie s'allie au sentiment esthétique ou d'imitations d'objets naturels disposés géométriquement, une telle race, dis-je, n'eût jamais perdu le secret du travail des métaux, et certainement elle aurait fait des progrès dans un art de cette nature. J'incline à croire que s'ils ont possédé quelques objets en métal fondu, ils se les étaienl procurés par des échanges avec un peuple plus avancé qu'eux.

C'est le lieu de remarquer combien il estdiflîcile à l'archéologue qui étudie l'homme préhistorique américain dans ses ouvrages en pierre, de tracer une hgne de démarcation entre les outils des Mound-Builders et ceux de l'Indien moderne, sauf peut-être en ce qui concerne les pipes. A l'égard de ces dernières, j'estime que les types sont parfaitement distincts. Les pipes des Mound-Builders étaient de deux sortes : l'une très-petite, avait son fourneau sur une sorte de plateforme courbe servant d'embouchure; l'autre enferme d'animal comme par exemple de grenouille, était massive et reposait sur un socle percé d'un trou pour recevoir un tuyau. Au contraire, la pipe de nos Indiens est presque toujours disposée de manière à ce qu'on y puisse ajouter un tuyau, elle est de plus portative. ■

Il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il soit difficile de tracer une hgne de démarcation, car des conquérants qui ne connaissaient que fort peu ou même point du tout les armes et les produits industriels des Mound-Builders, devaient naturellement adopter l'usage' de ce qui leur paraissait plus parfait ; les articles qu'ils étaient incapables de fabriquer eux-mêmes leur étaient, dans ce cas, fournis par les habiles ouvriers de la race conquise, et les nouvelles générations étaient élevées

'48 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 10

dans la connaissance et l'usaye des arts de celle des deux races qui se trouvait être en avance.

A la longue, les traits caractéristiques de la race conquérante ont dû devenir prédominants, tandis que la race métisse allait se détériorant jusqu'à ce qu'elle tombât dans la condition oii elle a été trouvée par les Blancs lors de la découverte du Nouveau Monde.

L'origine que j'assigne à la race des Mound-Builders n'est-elle pas encore attestée par ce fait, qu'au moment où l'Amérique a été découverte, les plus civilisés d'entre les sauvages disséminés sur le- territoire des Etats-Unis actuels . étaient incentestablement ceux qui habitaient le centre et le sud de la grande vallée c'est-à-dire les plus rapprochés du Golfo ?

La civilisation des Mound-Builders avait la simplicité qui est l'attribut d'une race encore dans l'enfance ; elle était vraisemblablement en retard sur celle de la race mère et de leurs voisins les Aztecs. Je pense que les Mound-Builders étaient des agriculteurs peu adonnés à la guerre sinon pour la défense de leurs foyers, et qu'ainsi, par nature comme par éducation, ils étaient hors d'état de tenir tête aux sauvages Peaux-Rouges qui les subjuguèrent et prirent leur place.

Il est certain que les Mound-Builders communiquaient les uns avec les autres, à de longues distances. Les preuves abondent à ce sujet: ce sont les outils et les armes de cuivre trouvés à de grandes distances des lieux d'extraction, les blocs de sulfure de plomb, les coquillages de l'Océan et diverses autres substances étrangères trouvées à des centaines de milles des lieux oi^i la nature les avait placées.

J'ai pu constater par moi-même l'un des cas de déplacement les plus remarquables. J'ai, dans mon cabinet, un ornement circulaire de cinq pouces et demi de diamètre lequel est percé de deux trous, ainsi qu'un autre bijou artistement percé à chaque extrémité. Ces deux objets, recueillis dans une tombe' préhistorique de l'île Mackinac située entre les lacs Michigan

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et Huron, ne sont autre chose que des fragments de la « great couch-shell » du golfe du Mexique. Tous deux ont été soigneusement polis, et j'imagine (ju'avant qu'ils eussent perdu le lustre perlé du coquillage fraîchement sorti des eaux, ils ont dû former de magnifiques bijoux, pour leur possesseur qui était peut-être de sang royal.

Je possède aussi une pierre sur laquelle est gravé un emblème totemique; or, cet objet trouvé dans le comté deDekabb, Ind., forme presque exactement la contre-partie d'un objet de même nature dont Schoolcraft a publié le dessin (Histoire des tribus indiennes, Philad. 1832 part. II, planche 45) et ({u'il dit avoir été recueilli dans le comté de Washington, New- York, c'est-à-dire à 800 milles du lieu d'où provient le mien.

C'est ainsi que, récemment, le nom du chef indien Duluth à qui fut confié il y a un siècle la malheureuse héroïne de la révolution américaine, Jeanne M*" Créa, a été donné à une ville florissante de la pointe occidentale du lac Supérieur, laquelle est distante de 1,300 milles du lieu où s'est accomplie la tragédie dont l'histoire, la poésie et le roman ont éternisé la mémoire. Ce nom a sans doute été emprunté à une tradition locale concernant un Duluth indigène.

Pour l'homme primitif, la distance et le temps n'étaient point ce qu'ils sont aujourd'hui pour l'homme civilisé. Comme ses 'besoins étaient peu nombreux et faciles à satisfaire, il pouvait accomplir un voyage de plusieurs centaines do milles sans grandes fatigues, ni difficulté. Il est donc vraisemblable que les amateurs de locomotion et d'aventures transportaient , volontiers, pour les troquer, les outils et les bijoux non encombrants qui leur paraissaient devoir exciter l'admiration et les Ldésirs des gens pour lesquels ces articles constituaient des nouveautés.

i Je suis convaincu que les observateurs attentifs pourraient I apporter bien des faits à l'appui des hypothèses qui viennent I d'être émises et que je soumets au Congrès non à titre de '• doctrines démontrées, mais je le répète, à titre d'hypothèses.

50 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 12

Mon but a été d'appeler sur elles l'attention et d'en provoquer la critique. Enfin, je termine en exprimant l'espoir que le problème des origines d'une race mystérieuse dont les traces préoccupent le monde scientifique, sera abordé par quelqu'un de plus compétent.

M. de HeUwald fait remarquer qu'on emploie trop souvent, dans la science de l'Américanisme, l'expression d'homme préhistorique.

Dans la science européenne, l'homme préhistorique est l'homme anté-diluvien dont nous cherchons les traces dans les ossements fossiles; mais l'homme, auquel on donne cette qualification dans la science Américaine, est celui qui habitait l'Amérique avant l'arrivée des Européens. Or cet homme, ancien Pueblo ouMound-Builder, a vécu vers l'an 800 de notre ère, il était un contemporain de Charlemagne ! Comme l'Américanisme est une science nouvelle, une science qui vient seulement de naître sous nos yeux, il est indispensable de hxer la signification de certains termes techniques. Afin d'obvier atout malentendu, il conviendrait de substituer l'expression d'homme anté-Golombien à celle d'homme préhistorique.

M. PeterRen est d'avis que l'expression de préhistorique est légitimement applicable à celles des races américaines dont l'histoire ne commence qu'à l'époque de la découverte du Nouveau-Monde.

M. îiUcleM AdaxBi demande à présenter deux observations sur rhy})olliôse émise par M. Robertson : que les Mound-Builders auraient été des colons, venus de l'Amérique centrale ou du Mexique dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi. S'il est une loi historique bien établie, c'est que les migrations se produisent du Nord au Sud, et que

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les populations non encore assises sont attirées par les charmes des pays où le soleil dispense la fécondité du sol avec la chaleur. D'autre part, si les Mound-Builders étaient issus de l'Amérique centrale ou du Mexique, ils auraient connu l'usage des armes en bronze, et naturellement apprécié leur supériorité sur les armes en pierre; est-il dès lors admissible que des Toltecs, devenus Mound-Builders, aient renoncé, en revenant à l'âge de pierre, à une partie importante de leur civilisation. Il est vrai que les Mound- Builders connaissaient l'emploi du cuivre, mais ils ne savaient pas le fondre, encore moins l'allier à d'autres métaux ; pour eux, le cuivre n'était, suivant une expression heureuse, que de la pierre « malléable. »

M. de Hellwald constate que l'hypothèse émise par M. Robertson n'a été proposée jusqu'à ce jour que par un seul américaniste, M. Squier. Tous les autres, depuis Humboldt jusqu'à nos jours, ont cru à des migrations du Nord au Sud, et cette manière de voir est confirmée par ce fait bien connu que le cuivre ne se trouve, en Amérique, à l'état natif, que dans la région du lac Supérieur.

M. Petericesi fait observer que le cuivre a été employé dans l'Amérique centrale, et qu'il y en avait au Sud comme au Nord.

M. (leMellnald répond qu'il n'existe, au Mexique, aucune trace de l'exploitation des mines de cuivre par les indigènes, antérieurement à la découverte de l'Amérique, tandis que nous avons des preuves certaines que dans la région du lac Supérieur, de riches gisements de ce métal ont été exploités dans des proportions très-considérables. Comme nous savons que les Américains anté-Golombiens

52 r.O.N'GRKS DES AMERICANISTES. 14

se sont servis du cuivre et du bronze , il est logique d'admettre que l'emploi du premier a précédé celui du second. Gomme d'un autre côté, nous n'avons aucune preuve que le cuivre ait été exploité dans l'Amérique centrale, nous devons admettre que le cuivre à l'aide duquel on a l'ait du bronze provenait du Nord.

M. PeterUeii. Puisque nous sommes amenés à parler de l'âge du cuivre ot de l'âge du bronze, pourquoi ne qualifierions-nous pas de préhistorique , en Amérique comme en Europe, l'homme de ces deux périodes?

M. de Heliwald. L'emploi du cuivre ou du bronze ne décide pas la question de l'âge de l'homme préhistorique. Vous n'ignorez paS; Mesdames et Messieurs, qu'au sujet de l'âge de bronze, il s'est engagé en Europe, dans ces derniers temps, une discussion sur laquelle je ne veux pas , revenir ici. L'homme du bronze vient d'être sérieusement contesté par des Savanls français et allemands qui nient généralement l'existence d'un âge de bronze en Europe, i Nous n'avons pas à trancher cette question. Mais enfin, j riiomme du bronze est contesté. Il est vrai que les Savants j Scandinaves maintiennent toujours son existence, et je regrette vivement que M. le professeur Valdemar Schmit de Copenhague ne soit pas présent à cette séance ; il pourrait nous fournir à cet égard d'intéressants renseiiî'ne- i ments. Quoiqu'il en soit, comme on nie déjà l'homme du bronze en Elurope, il serait périlleux de soutenir qu'il a existé en Amérique. Mais l'important c'est la question de l'âge. Quand nous parlons ici de l'homme préhistorique, nous entendons parler d'un homme antérieur à l'époque jusqu'à laquelle remontent nos connaissances historiques. On ne sait pas encore si l'homme préhistorique a été

15 LES MOUXD-BUILDERS. 53

l'homme quaternaire ou l'homme tertiaire. M. l'abbé Bourgeois tient pour l'homme tertiaire, dont les Allemands nient l'existence. Enlin^ l'homme préhistorique est un être dont l'existence remonte à une série de siècles incommensurable pour nous. En Europe, l'homme préhistorique a une autre date que les Mound-Builders, On a trouvé sur les mounds, des arbres dont les anneaux accusent tout au plus un âge de 800 à 900 ans. Tout ce que nous connaissons de la civdisation des Mound-Builders, correspond parfaitement aux origines de la civilisation en Danemark. Ce n'est pas que je prétende établir ici une comparaison entre le Danemark et l'Amérique, car je condamne hautement ces recherches de prétendues afiinités qui ne servent qu'à égarer les Savants.

Pour en revenir au fait acquis, je dirai que l'âge des Mound-Buildjers est peut-être de 1500 ans. Or, cet âge n'est pas plus préhistorique en Amérique qu'il ne l'est au Danemark. Je désire que l'on évite tout malentendu.

La question qui nous divise est peut-être futile, mais je persiste à penser qu'il est nécessaire, au début d'une science comme l'Américanisme , de se garer des équivoques , et c'est ce qui m'a fait proposer aux membres du Congrès d'adopter la dénomination d'homme « anté-colombien. »

M. iSerglteaii. L'honorable M. de Hellwald propose de remplacer l'expression de préhistorique par celle de précolombien. Appliquée exclusivement à l'Amérique, cette dernière expression peut paraître exacte, mais je crains qu'elle ne soit de nature à amener des confusions. Chaque peuple a son archéologie propre : ainsi, l'époque préhistorique de l'Amérique du Nord ne correspond probablement pas a Tepoque preliistorique de l'Amérique

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du Sud. Chacune de ces grandes divisions du Continent occidental a sans doute ou son âge de la pierre polie^ son âge du bronzO;, époques qui ne se rapportent certainement pas aux mêmes époques préhistoriques de l'Ancien Monde. Si, par exemple, nous allions chez les Esquimaux, nous y trouverions peut-être encore aujourd'hui une civilisation correspondant à notre âge du bronze.

D'un autre côté, M. de Helhvald a rappelé les faits que M. l'Abbé Bourgeois a signalés au Congrès des Sciences préhistoriques de Bruxelles, relativement à l'antiquité de l'espèce humaine, faits qui tendraient à faire remonter la première apparition de l'homme sur la terre, à l'époque tertiaire ; mais ici, il ne faut pas confondre l'homme préhistorique avec l'homme primitif. L'époque durant laquelle l'homme préhistorique a vécu, et qui a pu durer des milliers d'années comprend le laps de temps qui s'est écoulé depuis l'apparition de l'homme jusqu'aux premiers documents historiques se rapportant au pays que l'on envisage, tandis qu'en parlant de l'homme primitif on ne doit entendre que l'éjjoque géologique à laquelle nous apparaissent les premiers vestiges de l'espèce humaine.

Je pense donc qu'il convient de conserver l'expression de « préhistorique » pour désigner tout ce qui a précédé l'histoire proprement dite de chaque pays, cette expression ayant une signification déterminée et générale (jui ne peut présenter de confusion.

M. le Comte de Ma£*sy propose au Congrès de se rallier à l'avis de M. Helhvald et de tenn^ compte des observations fort justes ({u'il a présentées. Il est plus expédient d'employer une désignation spéciale pour l'ancien habitant de l'Amérique, soit celle d'anté-Colombien ou de précolombien, soit toute autre expression é({uivalente.

M. Emile Guintet donne lecture d'une note sur Les Chinois en Californie.

Les rouges, les noirs, les jaunes, voilà ce qui gêne les blancs des Etats-Unis. Les Européens commencent à se sentir fort embarrassés, soit des Peaux-Rouges qu'ils ont trouvés sur le sol du Nouveau Monde, soit des nègres qu'ils y ont amenés, soit des Chinois qui y viennent d'eux-mêmes.

Les Américains, qui savent faire tout plier devant leur ferme volonté, semblent avoir froidement résolu la suppression de ces races encombrantes. En vain protesteront-ils contre cette assertion, en vain invoqueront-ils leur bon vouloir, leur philanthropie, leur respect des droits et des lois; les tendances, les actes et leurs résultats font vraiment croire que tout soit mis en œuvre pour se débarrasser des Chinois, des Nègres et des Indiens. Ce n'est qu'une question de temps et une affaire de forme, car la forme sera sauvée à coup sûr, et, comme l'avait déjà remarqué M. de Tocqueville, les Américains ont l'art de supprimer un peuple en respectant toutes les lois de l'humanité.

En ce qui concerne les Indiens, l'affairo est on bonne voie. L'eau-de-vie et les maladies contagieuses ont fort avancé la besogne. Les traités la complètent, en retirant aux tribus leurs territoires de chasse et en leur donnant sous prétexte de bienêtre, une oisiveté débilitante dont ils meurent ; et quand les choses ne vont pas assez vite, une bonne petite guerre indienne, comme celle des Black-Hills, accélère les résultats et met à la raison ceux qui résistent.

Les nègres sont bien autrement gênants, car ils sont citoyens et, après avoir tout fait pour eux, on ne sait plus qu'en faire. Dans le Sud, ils meurent de faim, et la politique, à laquelle ils se livrent avec ardeur ne sufiit pas à les faire subsister. Tant qu'ils ont été un moyen électoral, un élément de sentiments humanitaires, un prétexte à guerre civile, ils ont inspiré une certaine sympathie ; mais maintenant qu'ils ue sont bons à rien, pas même à cultiver la canne à sucre, ils sont méprisés

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plus que jamais. Heureusement, dans le Nord, les maladies de poitrine les déciment, et comme généralement ils ont peu d'enfants, c'est, on le voit^ une affaire de patience, dont on rapproche la solution en les faisant politiquer sous les tropiques et en les enrhumant aux bords des lacs septentrionaux.

Quant aux Chinois, la chose est plus rude à conduire. Ils envahissent peu à peu la Californie, ils sont déjà quarante mille à San-Francisco, et, quoique leur action ne s'exerce qu'en un point, l'Amérique tout entière sent comme un chancre jaune ([ui la travaille, la chatouille et l'effraie.

Une chose étonne, c'est de voir les Chinois faire de la colonisation. On ne réfléchit pas assez que ce peuple, qui aime à fermer son pays aux nations étrangères, a, de tout temps, facilement déversé chez ses voisins le trop plein de sa population. Mais ces émigrations se font généralement dans des conditions particulières, réclamées par les croyances et les habitudes de cette race caractéristique. Ainsi, en Californie, le mouvement colonial s'opère par le moyen de compagnies dont chaque colon est actionnaire, et qui se préoccupent nonseulement désintérêts matériels des émigrants, mais de leurs intérêts moraux et religieux. Elles se chargent particulièrement de les rapatrier au bout d'un certain temps, et s'ils meurent en Amérique, de ramener leurs corps dans le pays natal. De temps en tenqis on fait, sur les navires qui vont de San-Francisco à Hong Kong, des chargements de cercueils chinois.

Lorsque, en 1^19, arrivèrent du Céleste-Empire les premiers ouvriers de race jaune, ce fut en Californie une véritable joie. Les bras manquaient. On avait devant soi des montagnes d'or (ju'on ne pouvait exploiter ; la terre était à peine cultivée, et les denrées de première nécessité étaient à des prix fous. Les Chinois fournissaient non-seulement des mineurs, mais des agriculteurs de premier ordre, des jardiniers, des dumestiques, des employés de toutes espèces, et

grâce à eux, le bien-rtre, les commodités de la vie se trouvèrent à la portée des Californiens.

Mais comme les Chinois réussissaient à tout, comme on pouvait les employer soit aux travaux les plus rudes, soit aux plus délicats ; comme ils devenaient riches, nombreux, puissants, l'envie s'en mêla et on comuiença à leur trouver des défauts.

On s'aperçut qu'ils faisaient concurrence aux ouvriers de race blanche ; qu'ils travaillaient volontiers pendant que les autres se reposaient ; qu'ils acceptaient des salaires trop faibles ; (ju'eniin, ils ne se mêlaient pas aux Européens, dont ils apprenaient la langue avec peine et dont ils trouvaient les amusements barbares.

On s'alarma de leur organisation en compagnies, et l'on insinua que les directeurs et administrateurs nommés par euxmêmes étaient de riches capitalistes qui n'avaient importé les Chinois que pour s'en servir comme esclaves.

Ce n'était pas assez de médire^ on arriva aux voies de fait. Dans les districts miniers, des Chinois furent attaqués à main armée, dépossédés de leurs propriétés, incendiés, volés, blessés, tués, sans qu'ils pussent jamais obtenir justice. La Cour suprême de Californie déclara même que les Chinois devaient être assimilés aux nègres et aux Indiens d'alors, et ([u'ils ne pourraient porter témoignage contre les blancs.

Les collecteurs d'impôts trouvèrent bon de profiter de l'occasion pour pressurer les Chinois outre mesure, faisant payer les taxes plusieurs fois de suite, exigeant la taxe minière même de ceux qui n'étaient pas mineurs, empiétant à tout moment sur les circonscriptions les uns des autres, aux dépens des pauvres Chinois, qui payaient à droite, payaient à gauche, payaient cent fois, payaient toujours. Et, quand ils faisaient les récalcitrants, les collecteurs les attachaient à un arbre et les fouettaient ou bien les faisaient marcher devant leur cheval à coups de cravache ; en temps de neige, on les suivait à la piste, comme des bêtes fauves, et, pour quelques-uns de ces

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collecteurs, la chasse aux Chinois était devenue une sorte de sport pratique ouvertement.

L'exemple devint contagieux, et tout colon chinois pouvait s'attendre à chaque instant à avoir la corde au cou, le couteau sous la gorge ou le revolver devant le nez, dans le but avoué d'obtenir des renseignements exacts sur l'endroit où son or pouvait être caché.

A toutes ces vexations, ces injustices et ces horreurs, les Chinois répondaient par la prudence, la conciliation et le respect.

L'opinion publique fut plutôt agacée que touchée des malheurs des hommes jaunes.

On remarqua que les Chinois n'amenaient pas leur famille avec eux; à quoi ils répondirent que la réception n'était pas engageante et que les femmes chinoises, aux petits pieds, ne voyageaient que difilcilement.

On constata que tandis que tous les autres émigrants devenaient franchement Américains, les Chinois ne s'assimilaient pas. A quoi ils observèrent qu'en Chine les Européens ne s'assimilaient pas non plus aux Chinois, et que, quant à eux, mis hors la loi américaine; il leur était difficile de devenir Américains.

On découvrit qu'il y avait dans les quartiers chinois des maisons de plaisir et de jeu. A quoi les inculpés ripostèrent que, s'il y avait à San-Francisco des autorités chinoises, ces maisons n'existeraient pas, et que c'était au gouvernement de l'Etat à les supprimer.

Pour en finir avec cette situation pénible, les colons molestés adressèrent, en 1855, au Congrès, une pétition dans laquelle ils énuméraient tous leurs griefs. Ils terminaient en demandant que le Congrès décidât s'il voulait, oui ou non, les protéger et leur faire justice, et déclaraient que, dans le second cas, ils demandaient trois ans pour licpiider leur situation et s'en aller.

Les malheureux émigrants obtinrent gain de cause et purent demeurer en Californie.

Depuis celle époque, les injustices sont remplacées par les tracasseries. On a imaginé toutes sortes de règlements qui les atteignent par tous les points : loi sur les apprentis, loi sur le domicile, loi sur les patentes, loi sur le dimanche, loi sur les salaires, loi sur la santé, et la fameuse loi sur l'air respirable qui envoie tous les jours des Chinois respirer en prison, sous le prétexte qu'ils se rendront malades en s'entassant trop nombreux dans les appartements qu'on leur loue à des prix exorbitants.

Tout cela n'empêche pas nos hommes de s'abattre par milliers sur cette riche terre de Californie ; ils envahissent peu à peu tous les corps de métiers, pénètrent dans toutes les usines, dans toutes les maisons, s'infiltrent dans toutes les spécialités, se font horlogers, marchands de tabac, cordonniers, restaurateurs, blanchisseuses, remplacent les hommes, supplantent les femmes. C'est plus qu'une assimilation, c'est une substitution, une sihcatisation mongole, un déplacement, molécule par molécule, de l'élément blanc par l'élément jaune.

Et comment s'opposer à l'invasion de gens qui paient par an 800,000 dollars au Trésor, qui amènent avec eux la vie à bon marché; qui, par leur travail doux et patient, quintuplent la richesse du pays ?

Certains ouvriers, surtout les Irlandais, plus directement touchés par l'inondation chinoise, font grand bruit de leurs intérêts lésés et demandent sérieusement que l'affaire linisse par un exode ou une Saint-Barthélémy.

Car une question sociale se dresse là tout entière ; la concurrence dans la main d'œuvre peut-elle être entravée ? C'est presque une grève du salaire, doit-on la réglementer?

Et puis, voilà que la politique s'en mêle. En vue des prochaines élections (l), le parti démocratique se pose carrément contre les Chinois. Ces derniers ne votant pas, il peut se faire que leurs ennemis soient plus nombreux que leurs amis, et.

(1) Cette note a été écrite en Août 1876.

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si les démocrates sont nommés, il leur faudra exécuter le programme, chasser les Chinois et ruiner la Californie !

La question des noirs n'a pas commencé autrement, et, un beau jour, il a fallu aller plus vite qu'on ne voulait.

Aussi les Américains feront bien de réfléchir. En somme, ils ne sont pas si féroces qu'ils en ont l'air. Je suis bien persuadé qu'ils ne veulent réellement détruire ni les noirs, ni les jaunes, ni même les rouges; mais la rigueur des résultats pourrait faire douter de la sincérité de leurs bonnes intentions.

M. €îiiiitiet se plait à constater que lors des derniers troubles de San-FranciscO; les pompiers de race blanche ont porté secours aux Chinois dont on avait incendié les maisons, et que les autorités ont rempli leur devoir en sévissant contre les émeutiers.

M. Ciravier déplore la politique suivie aux Etats-Unis contre les Indiens. Il a entendu dire, dans une séance de la Société de Géographie de Paris, qu'il fallait purement et simplement supprimer ces malheureux ! Il n'est point partisan de ce système d'élimination au profit de la race blanche ; il pense que si, au lieu de repousser les Indiens dans le Far west, les Européens s'étaient unis à eux par le mariage, il se serait formé aux Etats-Unis une race forte et intelligente comme celle qui, au Canada, est issue des unions contractées par les Européens avec les filles des Hurons.

M. de Hellwald conteste la valeur de la race métisse provenant des unions que M. Gravier vient de citer à l'appui de sa thèse. Cette race a été supérieure à la race iroquoise, cela est incontestable — mais elle est restée fort au dessous de la race française. Le croisement a parfois produit d'excellents résultats ; mais, on peut dire qu'en gé-

lierai, il n'a point donné, dans l'Amérique du Nord, les résultais qu'on en attendait. Tous les missionnaires qui ont évangélisé le Canada sont d'accord à cet égard. Au reste, il est notoire que les Chasseurs Canadiens, après s'être alliés aux Iroquois, ont fmi par vivre avec eux et de la même vie.

M. Gravier reconnaît que l'alliance des deux races, faite dans le milieu indien, donnera fatalement des résultats fâcheux ; mais en sera-t-il de même quand cette alliance se fera dans le milieu européen ? Il ne s'agit pas d'indianiser l'Européen, mais bien d'européenniser l'Indien, ce à quoi on n'a pas songé.

M. Peterken concède à M. de Helwald que la race mélisse provenant du mélange du sang européen et du sang indien sera inférieure à la race européenne, mais lequel vaut le mieux de produire une race qui sera médiocre, ou de supprimer tout une race, à l'exemple de ce général qui, ayant invité à sa table les chefs d'une tribu indienne, leur fit servir du brandy empoisonné? M. Gravier a eu raison de blâmer la manière dont les Américains du Nord se sont conduits vis-à-vis des Indiens.

M. de Hellwaltl répond en ces termes : Quand les Européens se sont établis sur le territoire des Etats-Unis actuels, ils y ont formé relativement aux Indiens une minorité imperceptible. Que serait-il arrivé si, conformément au plan tracé par M. Gravier et adopté par M. Peterken, ils avaient voulu faire accéder les Indiens par le mariage, soit à leur civilisation, soit à une semi-civilisation? — qu'ainsi, que cela s'est produit nombre de fois, dans d'autres contrées, la minorité européenne

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