CONGRÈS DES AMÉRIGANISTES
eût été absorbée par la majorité indienne, et qu'au lieu de la civilisation anglo-américaine actuelle qui a rendu et rendra d'immenses services à la civilisation européenne, nous aurions vu se former au-delà de l'Océan une semi-civilisation américaine. C'eut été peut-être un avantage; mais ce que je tiens à constater, c'est que l'adoption du pian de mes honorables adversaires par les Américains du Nord, aurait eu pour résultat fatal de priver le monde. . . des Etats-Unis actuels.
M. Petcrkeii a habité le Paraguay pendant plusieurs années, et la justice veut qu'il oppose à la conduite des colons de l'Amérique du Nord, colle des Pères JésuiteS; qui se sont appliqués à fondre ensemble les deux races, et qui y ont réussi à ce point qu'avant dix ans, le pays aura cessé d'être guarani. La majorité indienne n'apoint absorbé l'infmie minorité européenne, et la civilisation du petit nombre l'a emporté sur la sauvagerie de la grande masse.
M. de Helinald demande si les Pères Jésuites ont formé au Canada une nation européenne ?
M. Peterken répond : Ils y ont formé une nation américaine qui a sa littérature et son industrie propres. Vous voyez. Messieurs, que les Indiens ne sont point réfractaires à la civilisation. Il est vrai que les Jésuites n'ont point procédé à coups de fusil.
M. BeauTois : Le croisement de la race européenne avec la race indienne n'a pas toujours donné des résultats aussi peu satisfaisants que ceux qui ont été indiqués par M. de Hellwald. Dans la Gaspésie, devenue depuis le Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse, les colons français se sont alliés par le mariage aux Micmacs, aux
SouriquoiS; aux Etchemins, etc. Ces alliances ont été très-nombreuses, et les métis qui en sont issus se sont montrés bien supérieurs en .intelligence, en force et en moralité, aux descendants des aborigènes pur-sang. En fait, il y a très-peu de familles accadiennes, dont les membres n'aient pas quelques gouttes de sang indien dans les veines. Or il est incontestable, que les Accadiens aujourd'hui pour la plupart dispersés, principalement par suite de la conquête anglaise, sont des hommes vigoureux, intelligents, moraux et laborieux.
M. de Hellwaltl : Et les Bois-brulés?
M. Beauvoir : Les Bois-brulés, nés dans un milieu dont l'état de civilisation était très-satisfaisant, ont été jetés dans la vie indienne, ont perdu leurs qualités originelles. Cet exemple ne peut infirmer la thèse que je soutiens.
M. Ciuiiiiet: Gomme je suis la cause involontaire de ce débat, qu'il me soit permis de ramener la question à son point de départ. Il ne s'agit pas de ce qu'on a fait autrefois, mais bien de ce qu'on doit faire maintenant. Or je confesse être sorti du programme des travaux du Congrès. Je propose donc que l'on revienne* à l'ordre du jour.
M. le baron «le Bretton a fait parvenir, au Comité d'organisation, sur la question des Mound-Builders, une note qui est résumée par M. Adam. L'auteur pense que les a mounds » de l'Amérique du Nord ont été, comme ceux de l'Europe et de l'Afrique, édifiés par une race de petite taille et à instincts pacifiques, qui ne serait autre que la race finnoise. Suivant lui, les Finnois, issus de
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l'Abyssinie, auraienl peuplé l'Egypte, l'Asie mineure et le nord de l'Afrique jusqu'aux contins du Sahara. A leur tour les phéniciens, qui seraient des Finnois (Phœni, Poeni, Puni, Fenno en lapon, Feniim en irlandais, Fenni, Finnois), auraient répandu la race dans toute l'Europe et l'auraient ensuite implantée jusque dans l'Amérique, où ils seraient arrivés par l'Atlantide et les Antilles. Aucune preuve n'est donnée à l'appui de cette théorie ethnologique non plus qu'à celui de l'hypothèse qui en est le couronnement. M. de Bretton donne ensuite sur les « mounds » du Danemark, quelques détails ne manquant pas d'intérêt, mais il garde le silence sur ceux des Etats-Unis.
M. Adam donne lecture d'un mémoire de M. Henry CiiîlIrsiiiaBi, de Détroit, Michigan, sur les témoignages osléologiques fournis par les anciens mounds du J^ichigan.
II est à noter ({ue, dans ces dernières années, les éléments les plus précieux et les plus intéressants, qui soient venus accroître notre connaissance de l'Homme ancien, ont été fournis par l'étude des différentes parties de son squelette, tel que nous l'ont conservé les divers sépulcres, dans lesquels, de temps immémorial et sur toute la surface du globe, son habitude a été de déposer, avec plus ou moins de piété et de soin, les corps de ses parents et de ses amis décédés. Fosses, tumuli, dolmens, cairns ou mounds, ces divers réceptacles ont livré d'abondants matériaux aux Ethnologues, et ceux-ci ne mettent pas en doute que nous trouverons, en ce qui concerne l'homme primitif, notre champ d'investigation le plus fécond, 1 dans des terrains plus anciens, comme les graviers du Diluvium et les dépôts remontant peut-être à la période tertiaire.
En faisant connaître succinctement, à l'aide de mes notes, > de mes mémoires et d'autres documents, les riches sujets
d'étude fournis par quelques-uns des anciens mounds du j\Iichigan et par les remarquables restes qu'il m'a été donné d'y découvrir, j'ai conscience de présenter au Congrès une page importante de l'histoiro du peuple singulier qui a édifié ces mounds, les a occupés et y a enterré ses morts.
Les tumuli, dont font parlie le « Grand Mound » de la Rivière Rouge et le « (Irand Mound circulaire » de la Rivière de Détroit, ont fourni quelques-uns des restes les plus rares ({ue j'aie exhumés. Le Grand Mound est situé à l'extrémité Sud- Ouest d'une série de nombreux ouvrages, consistant principalement en de petits tumuli qui s'étendaient originellement à une longue distance sur le bord de la rivière, mais qui, dans les dernières années, par suite des empiétements de la civilisation, ont graduellement disparu, do manière ({u'il ne nous reste plus aujourd'hui, pour nous révéler le caractère de ces constructions, que la moitié à peine de l'ensemble. C'est dans ces deux mounds, que mes recherches ont été récompensées par la découverte de remarquables tibias du type particulier aux honnnes platycnémiques, tibias qui sont incontestablement les plus plats de tous ceux qui aient jamais été découverts dans n'im})orte quelle parlie du monde. Les premiers cas de plalycnémisme; constatés sur des squelettes provenant de nos mounds du Nord (Mound de la Rivière Rouge, 18(39), présentaient cette compression à un degré tel que le diamètre transverse du tibia était seulement le 0,18™*^ du diamètre antéropostérieur. L'un de ces remarquables spécimens, que j'avais fait transporter avec d'autres restes à Cambridge et qui se trouve actuellement dans le musée Peabody, a été de la part du Curateur de cet établissement, le Professeur Wyman, l'objet des remarques suivantes : «... Le cas le plus extrême a été fourni par le mound de la Rivière Rouge, dans le Michigan ; cette fois le diamètre transverse n'est plus que de 0,48. Le cas mentionné par Broca comme étant le plus prononcé, celui du vieillard de Cro-Magnon, France, donne à en juger par les figures, uu diamètre transverse de 0,60.» Wyman ajoute: « Dans quelques-uns des tibias, l'aplatissement est plus
considérable (jue chez le gorille et le chimpanzé oii le rapport du plus petit au plus grand diamètre est de 0,67, tandis qu'il n'est plus que de 0,i8 dans le tibia du Michigan (1). »
Postérieurement, je découvris, dans le Mound circulaire de la Rivière de Détroit, plusieurs tibias dont la compression était encore plus considérable^ car les diamètres transverses de deux de ces remarquables spécimens ont donné les indices latéraux surprenants de 0,42 et de 0,40 ; ces tibias sont les plus plats qui aient jamais été signalés (2). Les os affectent la forme curviligne d'un sabre^ et les tibias sont en majorité aplatis; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on en trouve quelques-uns ne présentant pas cette particularité, et dans ce cas il est évident que les squelettes proviennent d'inhumations plus récentes. Le Mound circulaire a donné onze squelettes humains, à côté desquels on a trouvé une grande quantité de vases funéraires, des ustensiles en pierre consistant en haches , pointes de lance, tètes de flèches, ciseaux, perçoirs et « sinkers »; des pipes, des ornements en coquillage et en pierre, un outil fabri(iué à l'aide d'un andouiller de daim et dont l'emploi est inconnu, et deux articles on cuivre du lac Supérieur consistant, le premier en un collier de grains, le second en une aiguille longue de plusieurs pouces. Les grains du collier étaient entités sur une corde cà deux torons, faite vraisemblablement d'écorce d'arbre. Cette corde était en très -mauvais état, bien que l'oxidation du cuivre ait exercé sur elle une action conservatrice, l'usure étant moins grande dans les parties qui se trouvaient à l'intérieur de chaque grain.
L'un des quelques crânes trouvés entiers est devenu célèbre par sa petitesse et par d'autres particularités non moins remaniuables — il a été déposé au musée Peabody. Bien qu'il soit celui d'un adulte, sa capacité n'est pas de 56 pouces cu-
(1) Fonrth annual Report of tlie Trustées of the Peabody Muséum of .'■ nieriean Archacology aa:l Etliiiol.ig-y, Hiistou, IHTL
(2) American Naturalist, October, 1871, Vol V, p. 663.
i TÉMOIGNAGES OSTÉOI.OGIQL'ES. 67
])iques, « c'est-à-dire qu'elle est inférieure de 67 O/q à la capacité moyenne du crâne indien que Merton et Meigs ont évaluée à 84 pouces cubiques, la capacité minimum trouvée par eux ayant éié de 69 pouces. » Feu le professeur Wyman a dit au sujet de ce crâne : « Dans les crânes ordinaires, la distance entre les arcades temporales des deux côtés du front, est de trois à quatre pouces, rarement de moins de deux, tandis que dans le crâne du mound de Détroit, elle se trouve réduite à trois quarts de pouce ; sous ce rapport, ce crâne est conditionné comme celui d'un chimpanzé. » (1)
Dans cet ordre d'idées, je crois devoir emprunter fiux notes manuscrites de Wyman l'extrait suivant « Le crâne dont il s'agit est celui d'un individu complètement adulte; il est remarquable par sa petitesse aussi bien que par d'autres particularités :
Longueur 180 ™"-
Largeur bi-pariétale 116 »
j> bi-temporale 12 i »
Hauteur 114 »
Frontal 90 »
Indice de largeur bi-pariétale 614 »
» » » bi-temporale 088 »
» » hauteur 633 »
On voit que ce crâne est singulièrement bas et long. La suture sagittale est soudée, et cette circonstance peut contribuer à l'allongement de la tête, àcausede l'egnostose. Les os pariétaux sont un peu plus longs que d'ordinaire, ce qui favorise cette explication.
« Les os pariétaux sont légèrement déprimés derrière la
(1) Sixth Annual Report of the Trustées of the Peabody Muséum 0 Amorioan Arehaonlogy nnd Ethnology, 1873. American Jnnrnal uf Science and Arts, third séries, Vol VII, p. 1, Junuary, lo'-4.
68 ■ CONGRÈS DES AMÉRICAMSTES. 5
suture coronale, de sorte que le crâne étant vu de face, on aperçoit distinctement le contour des pariétaux séparant la partie antérieure de la tête de la partie postérieure.
« Les os de la lace n'ont rien de particulier, sinon que le bord inférieur de l'orifice nasal, au lieu de présenter, comme ïl arrive presque toujours dans les races civilisées, une arête aigiie, se trouve être bien arrondi, ce qui est fréquemment le cas parmi les nations sauvages.
« La capacité est de 915 c. c, c'est-à-dire pas tout-à-fait de 56 pouces cubes. C'est de beaucoup le plus petit crâne qu'il m'ait été donné de voir parmi les aborigènes de l'Amérique du Nord, et l'on en trouve rarement de plus petits dans les autres parties du monde. »
Le professeur Morse, venant à parler de ce crâne, dans une adresse lue à l'Association américaine pour l'avancement des sciences réunie à Buffalo, adresse portant })Our litre « Ce que les Zoologistes américains ont fait pour l'Evolution », s'est ainsi exprimé «Nous nous attendions à voir M. Henry Gillman joindre à sa remarqualile collection de tibias platycnémiques et d'humérus perforés quelques crânes de formes anomales, et nous n'avons point été déçus dans cette attente.
« A côté de deux crânes paraissant être normaux, M. Gillman en a découvert un troisième dont les proportions sont des })lus remarquables ; Wynian le considère comme constituant un cas de variation individuelle extrême, et non comme ayant été l'objet d'une déformation artificielle. Le crâne dont il s'agit ne mesure que 56 pouces cubes. La capacité moyenne du crâne indien, d'après les mensurations deMorlon, étant de 84 pouces cubes avec une capacité minimum de 69, le crâne trouvé par Gillman mesure donc 18 pouces cubes de moins que le crâne indien le plus petit qui ait été décrit jusqu'à ce jour. Mais ce qui est encore plus extraordinaire, c'est le rapprochement des arcades temporales. Tandis que dans un crâne ordinaire, la distance entre les arcades susdites est généralement detroisà(juatro pouces sans jamais être moindre de deux, dans cet uni(|ue crâne de Détroit les arcades tempo-
raies se trouvent à trois quarts de pouce l'une de l'autre, ce qui, comme le dit Wyman, le rapproche du crâne d'un chimpanzé. Une crête médiane arrondie, perceptible au toucher et à la vue, fait saillie entre les arcades, et le crâne est notablement déprimé de chaque côté, de manière à livrer passage à de puissants muscles mastoïdes.
« Est-ce là aussi un cas de reversion partielle? Des formes aussi extraordinaires que celles des crânes de Néanderthal, d'Engis, du mound de Détroit, et des mâchoires inférieures de La Naulette et d'autres lieux, doivent avoir été autrefois communes, puisque dans l'hypothèse contraire, il y aurait eu contre la découverte de ces spécimens une somme de chances incalculable. Que si maintenant, nous raisonnons sur ces restes, comme nous le ferions sur ceux d'autres mammiphères, nous devons admettre, ou que ces caractères inférieurs résultent de la rétention de particularités anceslrales, ou qu'ils constituent des cas de reversion... Pour un esprit, qui ne biaise point sous l'influence d'idées préconçues, et qui veut interpréter loyalement les faits révélés par l'étude de ces restes anciens, dans le monde entier, la preuve de la basse orignie de l'homme semble prévaloir. »
J'ai calculé que le nombre des humérus perforés auxquels le professeur Morse fait allusion au début du passage cidessus, s'élève au moins à 50 0/q de la totalité des humérus que j'ai extraits des mounds de la Rivière Rouge et de Détroit. Il est donc par cela seul établi que la perforation de l'humérus est l'un des caractères de l'homme platycnémique, ce qui est d'une grande importance. J'ajoute, que l'association du tant pour cent si considérable de cette particularité avec un degré de platycnémisme très-élevé et les autres caractères inférieurs signalés dans ce mémoire, constitue un fait très-significatif, et qu'il y a là, à n'en pas douter, un trait simien, que l'on sait appartenir aux races inférieures, mais qui n'apparaît que rarement ou presque jamais dans la race caucasique. Gomme j'ai traité à fond cette question et figuré deux humérus perforés typiques, dans un mémoire faisant partie du
Smilbsonian Report for 1875, je me bornerai à rappeler brièvement les « états transitionnels » décrits clans ce mémoire et ailleurs encore. Ce sont des cas, dans lesquels la communication interfossale à l'extrémité inférieure de l'humérus n'est point tout à fait complète, la cloison séparative étant parfois réduite à un tel degré d'amincissement qu'elle en est presque transparente. Ainsi que je l'ai établi, les cas de perforation les plus marqués se rencontrent dans les os les plus anciens, tandis que dans les humérus les plus modernes, ou bien l'ouverture est singulièrement rétrécie, ou bien il existe une cloison faisant obstacle à la communication. Gela me paraît indiquer, ainsi que je l'ai fait remarquer dans le mémoire auquel j'ai renvoyé mes auditeurs, qu'il y a eu élimination graduelle d'un caractère accusant à mon sens des affinités tout à fait inférieures. Je n'ai point ici à m'élendre sur les inductions à tirer de ces faits, relativement à l'origine et aux relations de cette curieuse particularité.
Je passe maintenant à l'examen sommaire d'auti'es particularités, qui prises isolément sont déjà très-remarquables, mais qui se rencontrant avec les caractères ci-dessus mentionnés, acquièrent une importance et présentent un intérêt exceptionnels.
Et d'abord, je m'occuperai des particularités présentées par les fémurs. J'avais remarqué, lors de mes premières recherches, une certaine compression sur les fémurs appartenant aux squelettes platycnémiques exhumés des mounds, et j'avais déjà signalé le fait. Je me contentai d'une simple mention jusqu'au jour où l'abondance des matériaux, leiu' comparaison et leur examen méthodique me mirent à môme de traiter cette question avec plus de certitude. Un mémoire intitulé « Particularités des fémurs extraits des tumuli du Michigan » (lu à la session de l'Association Américaine tenue à Buffalo, en 1876) fait connaître le résultat de mes investigations. Je rappelle dans ce travail, qu'il a été fait mention pour la première fois de l'aplatissement fémoral à l'occasion de la découverte dans le Denbigshire, pays de Galles, d'un fémur intact et
8 TÉMOIGNAGES OSTEOLOGIQUES. 71
unique ayant évidemment appartenu à un homme de l'âge néolithique. Le professeur Busk appela l'attention sur la compression inaccoutumée que ce fémur présente dans la partie . supérieure de son diamètre antéro-postérieur, sur une longueur d'environ trois pouces au-dessous du petit trochanter. Il constate, qu'à environ deux pouces au-dessous de cette protubérance, l'os mesure 0, 9 X 1,45 au heu de 0, 09x 1, 15 que donnèrent trois fémurs ordinaires mesurés à la même hauteur, et que le fémur en question se trouve être ainsi plus aplati à son extrémité supérieure que ne l'est généralement cet os. Cette conformation a pour conséquence que l'os présente un aspect particulier, ses bords formant un angle interne aigu et un angle externe un peu moins aigu, au lieu d'être arrondis à l'intérieur et à l'extérieur. Le professeur Busk constate ensuite, que l'extrémité inférieure paraît être d'une largeur disproportionnée, quand on compare ce fémur à un fémur moderne bien conformé et de la même longueur. Enfin, après avoir donné les mesures comparatives des condyles, il ajoute « l'extrémité inférieure est aussi le siège d'un aplatissement, mais la particularité la plus marquée est la compression de l'os dans sa partie supérieure. »
Sur quatre fémurs, extraits d'un autre tumulus situé dans le même comté, deux, mesurés à un pouce et demi au-dessoui» du petit trochanter, donnent pour le diamètre antéro-postérieur et pour le diamètre transverse : 0, 85 x 1, 4 ; 0, 8 x 1, â. Les deux autres ont les propurtioùs ordinaires.
Afin de mettre en relief les particularités offertes par les fémurs du Michigan, j'ai inséré dans le mémoire cité plus haut, une suite de tableaux donnant les dimensions. Quelque soit leur importance, je ne puis les reproduire ici, et je me borne à constater, que non-seulement ces fémurs sont plus ou moins comprimés à leur extrémité supérieure, mais encore que cette même particularité se manifeste à l'extrémité opposée. Dans 21 fémurs, extraits du mound de la Rivière Rouge (suivant toutes les probabilités ces fémurs représentent 19 individus), la compression est assez considérable pour être immédiatement
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remarquée, surtout lorsqu'on place à côté de ces os le fémur normal ou ordinaire d'un homme de race blanche. Les in • dices latéraux, qui donnent le degré d'aplatissement, forment une série allant de . 859 à . 592, avec une moyenne de . 718. Les mesures ont été prises, pour l'extrémité supérieure à un pouce et demi au-dessous du petit trochanter, pour l'extrémité inférieure à deux pouces au-dessous du bord postérieur de la cavité intercondyloide. Les mêmes indices calculés par moi sur les chiffres du professeur Busk, donnent pour les fémurs néolithiques, un maximum de 607, un minimum de 800 et une moyenne de 673. La comparaison de ces indices avec les précédents est désavantageuse pour les fémurs du Michigan, par la raison que le professeur Busk a opéré sur quatre fémurs néohthiques affectés décompression, après avoir mis de côté tous ceux qui ne l'étaient point, tandis que je n'ai pas trié les fémurs du Michigan et que j'ai donné les mesures de tous ceux (jue j'ai trouvés intacts. Les trois fémurs ordinaires (modernes), auxquels s'est référé Busk, présentent d'après mes calculs, un indice latéral moyen de . 780 (extrémité supérieure). Les indices latéraux de l'extrémité inférieure des fémurs de la Rivière Rouge sont les suivants: maximum, .676; minimum, .774; moyenne, .726. Mais il entre dans le nombre des os ainsi mesurés, six fémurs (représentant vraisemblablement cinq individus) paraissant n'avoir point été affectés de conq^ression au degré le plus élevé.
Nous ne pouvons pas établir de comparaison, relativement à la compression de l'extrémité inférieure^ avec aucun des «trois fémurs ordinaires » ou néolithiques, le professeur Busk n'ayant mentionné cette particularité qu'impUcitement, par cette remarque faite en passant : que l'extrémité inférieure du fémur du Denbigshire est quelque peu aplatie. D'après cela; il est à présumer que, dans ce cas, l'écart du type normal était trop peu considérable pour qu'il fût utile de le noter, et que, dans les autres cas, il n'était pas appréciable. Mais, dans le même ordre d'idées, je crois devoir donner à titre de compa-
raison, les mesures que j'ai prises sur la partie correspondante du squelette d'un jeune homme parfaitement développé (un blanc moderne) qui, bien que de petite taille (5' 3" 2), présentait au fémur un indice périmétral de . 200, chiffre un peu plus élevé que celui de l'indice anglais normal. Ce spécimen donne pour indices latéraux des extrémités supérieure et inférieure : . 929 et . 968, ce qui produit une forme à peu près circulaire.
11 serait intéressant de comparer ce fémur avec les « trois fémurs ordinaires de Busk ».
La mensuration des fémurs du Grand Mound circulaire, du mound du Fort Wayne, du mound de la Rivière de Détroit, et aussi du curieux mound de Chambers Island, Wisconsin, donne les mêmes résultats, mais je crois avoir mis suffisamment en relief cette particularité au moyen des spécimens de la Rivière Rouge. Il importe toutefois de noter, que dans les cas de platycnémisme observés sur les squelettes de nos mounds, l'élargissement du fémur coïncide, ainsi que j'ai eu l'occasion d'en faire la remarque, avec une réduction dans le volume de l'os. En d'autres termes, le diamètre périmétral est inférieur à celui du fémur moderne normal. La tête de cet os est le siège d'une autre particularité remarquable. Je lui ai trouvé; dans les fémurs du Michigan, un diamètre bien moindre que dans les fémurs modernes ; la différence est à peu près de 1. 65 à 1. 90. Je me suis assuré que cette infériorité ne peut être attribuée à la petitesse relative de la taille (la hauteur des squelettes provenant des inhumations anciennes est moindre que celle des squelettes plus modernes ; elle varie de quatre pieds dix pouces à cinq pieds cinq pouces). Je conclus de là, que cette particularité se relie à celle de l'aplatissement, et que toutes deux dépendent du platycnémisme du tibia (même dans les restes néolithiques), qui les accompagne invariablement.
Les fémurs affectent généralement, du plus au moins, la forme d'une carène avec une linea aspera aigïie et proéminente ; une section pratiquée, vers le centre, donne un triangle
74 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 11
dont le sommet occupe la partie postérieure. Un trait bien accusé, est l'angle aigu formé par le bord intérieur comme par le bord extérieur, précisément aux points voisins des extrémités que j'ai signalés comme étant le siège d'une extension latérale, c'est-à-dire d'une compression par devant et par derrière. Dans les fémurs ordinaires, ces mêmes bords sont arrondis et de forme presque circulaire.
C'est le lieu de constater, que par la découverte d'une longue suite de mounds à la source de la Rivière Saint-Clair, Michigan, j'ai prolongé l'aire autrefois peuplée par les hommes platycnéniiques ; depuis, l'examen des restes humains provenant du curieux mound de Chambers Island, Green Bay, est venu démontrer que les mêmes caractères appartenaient aux anciens habitants du Wisconsin, l'Etat limitrophe. Mais pour les détails, je prie mes auditeurs de se reporter aux différents mémoires que j'ai déjà cités. Je me permets aussi de renvoyer à la même source, pour plus amples informations relativement aux crânes.
Il n'est peut-être pas hors de propos de mentionner en passant la singulière coutume funéraire qu'avait une partie de cet ancien peuple, de perforer le sommet des crânes après la mort. Ce rite, découvert par moi dans le Michigan, diffère complètement des perforations ou trépanations néolithiques récemment mises au jour en France. Mais ici encore, je dois renvoyer pour le compte-rendu circonstancié de mes découvertes, aux mémoires précités et notamment à ceux que j'ai publiés dans les Proceedings of the American Association, Détroit meeting, 1874 et dans le Smithsonian Report for 1875. Je veux cependant établir brièvement un parallèle (qui m'a été suggéré par une lettre récente que m'a adressée M. Broca) entre les deux espèces de perforations.
Perforations néolithiques de la France.
1** Quelques-unes sont chirurgicales, tandis que les autres ont étéjpratiquées après ] décès.
2° Elles ont été pratiquées sur des crânes des deux sexes et de tous les âges, les petits enfants compris.
3° Elles ont, sur les têtes des adultes, de 3 à 5 centimètres de longueur avec des bords très-obliques et unis.
4° Leur position est variable.
5° Celles qui sont posthumes ont été faites à l'aide d'un instrument mû comme une scie, détachant le fragment, etc.
6" Ces dernières ont eu pour objet de se procurer des fragments dont on faisait des amulettes.
Perforations des anciens crânes du Michigan.
1" Toutes sont posthumes.
2° Elles n'ont été pratiquées que sur des crânes d'adultes, probablement du sexe masculin.
3° Elles ont un diamètre de un à deux centimètres, avec des bords obliques mais non unis.
4° Elles ont été pratiquées invariablement au sommet de la tête, et toujours sur la suture sagittale, ou à son point de jonction avec la suture coronale.
5° Elles ont été faites probablement avec un instrument tournant en demi cercle.
6° Leur objet est inconnu (peut-être l'extraction de la cervelle, peut-être la suspension de la tête).
Dans l'état encore fort incomplet de nos connaissances touchant les habitudes et les coutumes des hommes qui ont élevé nos moundS; il serait difficile d'exagérer l'importance et l'intérêt qui s'attachent à la découverte de ce rite singulier dont l'origine est probablement religieuse.
Pour conclure, et en récapitulant les témoignages ostéologiques que j'ai essayé de présenter d'une manière aussi satisfaisante que me le permettaient les vingt minutes accordées, je sens que plusieurs de mes auditeurs seront tentés de répéter ce qu'a dit mon ami, le professeur Morse, dans l'adresse à laquelle j'ai fait précédemment un emprunt. « Quand on se remémore les diverses preuves fournies parWyman, Gillman et autres, relativement aux caractères anomaux des restes de
76 COiVGRÈS DE.S améuicanistes. 13
l'homme primitif, il semble impossible qu'un esprit non faussé par une opinion préconçue puisse lutter utilement contre la conviction de la bassesse de l'origine de l'homme ».
Il est néanmoins des personnes, qui de ces mêmes faits croiront pouvoir tirer logiquement des conclusions tout opposées. C'est que les plus grands esprits sont divisés sur la doctrine que ces faits impliquent. Mais les faits demeurent obstinément ce qu'ils sont. Le petit crâne étroit avec ses arcades temporales si rapprochées l'une de l'autre, l'humérus perforé, le tibia platycnémique avec sa courbure en forme de lame de sabre, le fémur en forme de carène avec ses remarquables aplatissements vers les extrémités — ces caractères et d'autres encore, associés ensemble dans les squelettes de nos mounds, n'appartiennent pas, on le sait, aux races humaines civiHsées, et l'on sait également que ces mêmes caractères ont leurs analogues dans plusieurs des animaux inférieurs. Voilà, je pense, la question posée comme elle doit l'être, quoi qu'il en advienne.
En essayant de résumer quelques-unes de mes découvertes les plus importantes dans les mounds du Michigan, j'ai été obligé, à raison du champ qu'elles embrassent, d'omettre certains détails intéressants ainsi que plusieurs circonstances importantes. Ainsi, j'aurais désiré pouvoir traiter avec quelques développements la question des rapports et de l'identité présumée des Mound-Builders avec les Anciens Mineurs du lac Supérieur, et faire connaître les remarquables découvertes récemment faites dans l'Ile Royale. Mais comme cela ne rentrait point dans mon sujet, je me suis abstenu.
M. liucien Adam communique au Congrès une lettre par laquelle M, Gillman informe le Comité d'organisation, qu'habitant actuellement la Floride, il désire entreprendre l'exploration des ouvrages, dont les Mound-Builders ont couvert le sol de ce pays ; mais que, ne possédant pas les ressources nécessaires pour mener ce travail à bonne fin, il
serait heureux d'être commissionné par une institution scientifique, ou par toute pei'sonne en situation de rendre des services à la Science. M. Gillman ne demande que la somme nécessaire au paiement des ouvriers qu'il emploiera, et il prend l'engagement d'adresser à ses commanditaires, avec un rapport détaillé, tous les objets qu'il aura découverts.
Le Bureau pense qu'il appartient au Congrès international des Américànistes de prêter le secours de la publicité dont il dispose, à un savant qui s'est illustré par des découvertes de la plus haute importance, et qui peut, en s'attaquant aujourd'hui à une des parties de l'Amérique les moins étudiées, hâter la solution du problème de la civilisation des Mound-Builders.
En conséquence, nous proposons à l'assemblée d'émettre le vœu : que M. Gillman trouve, au plus tôt, soit en Europe, soit en Amérique, l'assistance qu'il réclame, dans l'intérêt des études précolombiennes !
M. ijeeiuans pense que les membres du Congrès s'associeront unanimement au vœu émis parle Bureau, et qu'ils seront heureux de pouvoir ainsi donner un témoignage de sympathie et d'estime à un américaniste éminent.
La motion de M. Adam est accueillie par acclamation. M. lieemans clôt la séance en ces termes :
Mesdames, Messieurs,
Nous venons de passer trois heures fort agréables en Amérique, et il est temps de retourner dans le Luxem-
78 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 15
bourg. Mais, l'ordre du jour est loin d'être épuisé ; je vous propose donc de vous réunir demain matin à 10 Iieures, pour reprendre vos travaux d'ethnographie et d'anthropologie, dans l'Amérique soit préhistorique soit précolombienne.
La séance est levée à 5 heures 1/2.