‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 24 sur 62 · CO^'GRÈS DES AJIÉUICANISTES · texte numérisé non relu

CO^'GRÈS DES AJIÉUICANISTES

M. E. Beauvoir donne lecture d'un mémoire intitulé : Les colonies européennes du Marklmid et de l'Escociland (Domination canadienne) au XV? siècle, et les vestiges qui en subsistèrent jusqu'aux XVI" et XVIP siècles.

Le présent mémoire a pour but d'élucider une des questions obscures de l'histoire des Européens dans le Nouveau Monde, antérieurement à Ghristoptie Colomb ; à savoir, le sort de doux colonies fondées dans la péninsule située au sud de l'estuaire du fleuve Saint-Laurent, l'une dans la Grande Irlande ou Escociland, par les Scoto-Irlandais, avant l'an 1000, comme on l'a vu dans un précédent mémoire (1); l'autre par les Norvégiens du Grœnland, dans le Markland ou Norombègue, vers l'an 1300. Ces deux pays contigus faisaient l'un et l'autre partie de la Terre Neuve, qui reçut ce nom de ses premiers explorateurs islandais, dès 1285, et qui le portait encore dans les cosmographies du XVP siècle. Les renseignements qui les concernent sont empruntés à trois classes de sources : i" les sagas et les annales islandaises ; 2° le récit du pécheur frislaudais ou Fœreyen, reproduit dans la relation des Zeni; 3° les écrits des explorateurs, des missionnaires et des géographes des XVP et XVIP siècles.

Le Markland, vu dès l'an 986, par Bjarné Herjùlfsson, ne fut visité qu'en l'an 1000 par Leif Eiriksson et plus tard par ïhorfinn Karlsefné, en 1007 et 1011. Dans ce dernier voyage,^ Thorfmn entendit parler d'un pays voisin, qui devait être IêI Grande-Irlande, évangélisée par des missionnaires vêtus de' blanc, sans doute les Papas ou moines scoto-irlandais de;

(1) La découverte du Nouveau Monde par les Irlandais et les premières traces du Christianisme en Amérique avant l'an 1000,] par E. Beauvois, dans le Comp)te rendu du Congres international des Amêricanisles, 1'" session, Nancy, 1875, T. I""", p. 41-93; aussi tiré à part, 53 p. in-8°.

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l'ordre de Saint-Columba. La situation de cette contrée peut ôtre déterminée approximativement grâce aux sagas et aux géographies islandaises du moyen Age qui nous font connaître celle du Markland, aujourd'hui la Nouvelle Ecosse. Pendant trois siècles, il n'est plus question de ces pays. Les Norvégiens du Groenland y naviguaient pourtant au XIV siècle et leurs expéditions dans ces parages avaient dû recommencer après l'année 1285. A cette date, en effet, les fds de Helgé, Adhalbrand et Thorvald, prêtres islandais, découvrirent la Terre Neuve située au sud-ouest de l'Islande, c'est-à-dire Itrécisénient dans les régions oi^i Sébaslien Cabot reconnut l'Ile de Terre Neuve, en 1496, et oii les plus anciens géographes des temps modernes plaçaient les Terres Neuves, insulaire et continentale. L'identité du vieux nom norrain avec la dénomination récente est un indice qu'il s'est transmis par tradition du XIIP au XV siècle. On sait en effet que les Anglais, dont les relations avec l'Islande remontaient aux premiers temps de la colonisation de cette île, continuèrent, même après que les rois de Norvège se furent réservé le monopole dans leur colonie, à y faire un commerce interlope, notamment au XV "^ siècle. Les documents oîi il est question de la découverte de la Terre Neuve furent conservés en Islande beaucoup plus tard, et les Anglais en eurent sans doute connaissance, puisque le chancelier Bacon, parlant des voyages de Sébastien Cabot, avoue que l'on avait souvenir de quelques terres vues antérieurement vers le nord-ouest.

Quatre ans après la découverte de la Terre Neuve et des Dùneys ou Iles au duvet, le roi de Norvège Eu'ik Magnùsson, chargea un certain Rôlf de les explorer. Celui-ci parcourut l'Islande, en 1290, pour recruter des coni})agnons de voyage, et il paraît avoir réussi dans son entreprise, puisque à sa mort, arrivée en 1295, il était surnommé Landa-Rolf ou Rôlf des pays. C'est probablement alors que les Grœnlandais recommencèrent à naviguer dans le Markland et la Grande Irlande. Ces relations continuèrent au siècle suivant où les

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Annales islandaises nous signalent un voyage du Grœnland au Markland, en 1347, et où un pêcheur frislandais, c'est-àdire tereyen, qui avait été poussé par la tempête dans un pays transL.tlantique, situé fort loin à l'ouest des Ftereys et nommé Estotilanda, rapporte que les habitants tiraient du Grœnland divers articles, comme des fourrures, du soufre et du goudron. Ce récit consigné dans une lettre écrite de Frislande, vers 1400, par le navigateur vénitien Antonio Zeno, ne fut publié que cinq générations plus tard, et l'éditeurpeut fort bien avoir confondu le c et le /, qui étaient presque semblables dans le caractère cursif du XV siècle. Aussi, avons-nous déjà pro- i posé de lire, au lieu d'Estotilanda, Escociland, qui doit signifier pays des Ecossais et qui reporte immédiatement l'esprit à la (Trande Irlande, les noms d'Ecossais et d'Irlandais s'appliquant indifféremment à l'un et à l'Autre de ces peuples pendant le moyen âge. Quoiqu'il en soit, l'Escociland avait certainement reçu une colonie européenne, puisque tous les arts de l'Europe, excepté l'emploi de la boussole, y étaient pratiqués, et qu'il y avait des livres latins dans la bibliothèque du roi. Mais cette colonie ne devait pas être Scandinave, et, par suite, le pays ne pouvait corresiiondre au Markland; autrement le pêcheur n'aurait pas eu de peine à s'entretenir avec les habitants et n'aurait pas dit cfu'ils avaient une langue et une écriture particulières. Ces circonstances, au contraire, s'appliquent fort bien à l'ancien irlandais, qui devait être inintelligible à un frislandais et dont l'alphabet, bien que dérivé du latin, en diffère cependant par quelques modifications. Or, si les propagateurs de la civilisation européenne dans l'Escociland n'étaient pas dos Norvégiens du Groenland, ils no pouvaient être ({ue des Scoto-Irlandais, aucun autre peuple européen n'ayant eu des colonies au nord du Nouveau Monde avant les voyages de Colomb. L'Escociland est donc identique avec la Grande Irlande, qui était située en face et à j proximité du Markland, mais qui ne se confondait pas avec lui ; c'était un pays d'assez grande étendue, à peu près comme

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l'Islande ; bien que le pêcheur frislandais le représente cumme une île, ce ne peut être l'île de Terre-Neuve, qui n'a aucun des caractères attribués à l'Escociland par notre auteur. Comme cette contrée fertile ne peut non plus être le stérile Labrador, ni la partie nord-ouest des Etats-Unis, qui ne ressemble ni de loin ni de prés à une îlo, il faut que ce soit la péninsule située au sud de l'estuaire du fleuve Saint-Laurent, c'est-à-dire le Nouveau Brunswick avec la Gaspésie et les comtés adjacents du Canada, probablement aussi la partie orientale de l'Etat du Maine. Le narrateur a pris ce territoire pour une île et il n'a pas été seul à s'y tronquer: des explorateurs et des géographes de profession ont commis la mémo erreur jusqu'au milieu du XVIII- siècle; ils croyaient en effet que le Kennebek était en conmiunication directe avec le fleuve Saint-Laurent, et ils faisaient une véritable île de la péninsule siluée à l'est de cette rivière et de la rivière Chaudière. Les habitants de l'Escociland extrayaient des métaux que l'on retrouve en effet dans cette presqu'île, et la connaissance qu'ils en avaient les distinguait nettement des Indiens du voisinage et des Estiuimaux, restés à l'âge de iiierre.

Lue Hotte frislandaise, guidée par des compagnons devoyage du pêcheur mort antérieurement, partit pour explorer l'Escociland ; niallieiu'eusement, elle fut désorientée par la tempête et ne put retrouver ce pays, de sorte que xA.ntonio Zeno n'a pu ajouter aucune notion à celles du naufragé frislandais. Mais le récit de ce dernier n'a rien qui ne puisse s'expliquer raisonnablement et l'on n'est pas autorisé à en contester la véracité, d'autant plus que, dans la péninsule visitée par lui, les navigateurs et missionnaires français des XVP et XVH'siècles ont constaté la présence de croix, de pratiques et de croyances chrétiennes, et d'autres traces de la civilisation de l'Ancien Monde, notamment des mots approchant du latin, le chaut île l'Alleluya, le nom de Jésus et celui de Messou, appliqué à un Dieu réparateur et faisant partie de la Trinité.

Les mêmes vestiges ont été également si<?nalés dans la

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Nouvelle Ecosse ; ils confirment ce que les Annales islandaises disent des relations du Grœnland avec le Markland. De plus, les côtes méridionales de l'ancienne Acadie française portaient encore au XVP siècle le nom de Norombègue ou contrée norvégienne et la capitale s'appelait Normanville, nom dont la signification n'est pas douteuse. A la vérité, Ghamplain et Lescarbot ont contesté l'existence de la ville de Norombègue; mais, s'ils n'en ont pas découvert les ruines, c'est qu'ils ne les ont pas chercliées dans la situation et les circonstances indiquées par ceux tjui ont parlé de cette cité. On a d'ailleurs dans l'histoire de ce pays des exemples authentiques de la rapidité avec laquelle ont disparu les restes même d'établissements modernes. A défaut de vestiges matériels, les traces de l'inlluonce civilisatrice des colons irlandais et Scandinaves étaient encore reconnaissablos chez les habitants de la Norombègue. Bien que séparés de la mère ])atrie depuis des siècles, ils se distinguaient toujours des Peaux-Rouges par une plus grande habileté, des mœurs plus douces, des fourrures plus riches; ajoutons qu'ils se servaient délits de coton et que Memberlou, grand sagamos de ce pays, avait de la barbe conuiie un européen. Au physique comme au moral, les indigènes de r Acadie, Souriquois, Etcheminsct Abenakis étaient à demi européanisés avant l'arrivée des explorateurs du XVI'' siècle. Aussi nulle part dans la Nouvelle Fj-ance les alliances entre Français et Indiens ne fureuL-elles aussi fréquentes que dans l'Acadie. T^a bonne intelligence ([ui régna constamment entre les colons et les indigènes de cette contrée de l'Amérique, tenait, il est permis de le supposer, à des affinités d'origine et à des causes historiques. C'est ce que nous nous proposons de démonirer en établissant les laits (pie nous venons d'énumérer. Ce bref résumé aidera le lecteur à suivre le fil de notre argumentation à travers les preuves que nous avons à fournir et les documents que nous devons analyser, reproduire, commenter.

Commençons par déterminer la situation du Markland qui paraît avoir été du nombre des contrées que Bjarné aperçut et

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longea sans y aborder. Ce navigateur était islandais et il se trouvait en Norvège lorsque son père Herjûlf, qui possédait la pointe sud-ouest de l'Islande, entre V;ig et Reykjanes, partit avec Eirik Raudhé, au printemps de 986, pour coloniser le Groenland et s'établir dans un golfe, depuis nommé Herjùlfsfjordh (i). Bjarné, étant retourné l'été suivant dans son île natale, apprit que son père était parti et il résolut de l'aller rejoindre de suite. Au lieu donc de décharger son navire, il remit à la voile et se dirigea vers le Grœnland, bien qu'il n'en connût pas le chemin. Après trois jours de marche, les navigateurs furent poussés vers le Sud par le vent du Nord, pendant plusieurs journées, et ils ne savaient plus où. ils en étaient, à cause du brouillard qui leur dérobait la vue des astres. Lorsque le soleil se montra de nouveau, ils aperçurent une terre dont ils s'approchèrent pour la côtoyer ; c'était un pays boisé; n'ayant que de petites collines, sans montagnes. Bjarné, n'y découvrant pas les hauts glaciers dont on lui avait parlé, jugea que ce ne devait pas être le Groenland. Laissant donc la terre à bâbord, il continua à naviguer pendant deux jours, au bout desquels il vit un autre rivage plat et boisé, qui ne répondait pas non plus à la description du Grœnland. Il regagna la haute mer où il navigua trois joui-s,

(1) On pense (jue Herjùlfsfjordh correspond au golfe de Narks;imiut, et Herjûlfsues au promoatoire d'Igikeit. La demeure de Herjûlf devait être non loin de la mission morave de Frederiksthal, située sur la côte occidentale du Grœnland par 60° de latitude septentrionale, et tout près de Œstprœven, où Ton a trouvé les ruines d'une église ot de plusieurs maisons, un ancien cimetière avec de petites croix de bois, des linceuls de vadmel (bure), des fragments do cloche et môme des inscriptions norraines, les unes en lettres latines, les autres en caractères runiques (Voy. Grœnlauds historiske Mindesmœrker, T. III, p. 851-2, et 800-2; pi. IV; pi. IX, lig. 1-8 ; — H. Rink, Grœnland, geographisk og atatistisk beshrevet, T. II. Copeuhague, 1857, in-8°, p. 10-11.

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poussé par un vent de sud-ouest, et vit une île haute, couverte de montagnes et de glaciers, qui semblait inhabitable. Il continua donc sa route avec le mtuue vent qui prenait de plus en plus de force, et, le soir du quatrième jour, il arriva à Herjùlfsnes qui se trouvait être l'établissement le plus méridional de la colonie (1).

Lorsque IJjarné retourna en Norvège et qu'il y parla des pays vus accidentellement par lui, on le trouva bien peu curieux de ne pas les avoir visités et on le blâma de n'avoir rien à en raconter. Les colons islandais du Grœnland parlaient alors beaucoup de voyages de découvertes; Leif, fils d'Eirik Raudhé, désireux de suivre les traces de son père, acheta le navire de Bjarné, recruta Irente-quatro honnnes et partit do Brattahlidh {'2), en l'an 1000, pour explorer les pays, vus par Bjarné. En arrivant à la dernière des (rois contrées que celui-ci avait négligé de visiter, il jeta l'ancre et gagna la cote avec une barque ; il n'y avait pas de ga/on, mais de grands glaciers qui couvraient tout l'intérieur du pays, et de leur pied à la mer ce n'étaient que rochers ; aussi donnèrent-ds le nom de Ilclluhind (itays de dalles) à celte contrée qui leur parut sans valeur. 8'étant remis en mer, ils virent un autre pays plat, couvert de bois, de saljlo blanc, et sans esearpo-

(1) Laiidnâmabâk dans Islciidinga so:gvr. Copealiague, 1843, I in 8", t. I, ji. 106-7; — Eirihs Raudha thàitr, clans Flateijjarbôk,. eu Samlin;/ af norske Konçje-Sagaer, édité par G. Vigfusson et C. R. Unger. Christiania, 18G0-18G8, 8 vol. lu-S", t. I, p. 431-2; — Antiqi'jtates Atnericanœ par Ch. Chr. Rafn, Copenhague, 1815, infolio, \). 17-25; — Grœnlands liistoriske Mindesmœrher,\)'àv YinxY Magnusou et Rafn, Coi)enhagne, 1S3S-1845, 3 vol. in-B", t. I, p. 208-9.

(2) Que l'on conjecture être IgaUlvico, situé par GO" 55' de latitude septentrionale au fond du golfe qui baigne l'établissement do Julianehaab. (6frœn/a»rf5'/u"û-^ Mindei.m.\\\, p. 77U-780 et 810-817; Rink, Grœnland, II, p. 7-10).

8 LV. MAllKLAXD ET l'eSGOC.ILAM). *'i8l

ment du côté de la mer; à cause de ces circonstances ils l'appelèrent Marklfind {PaYà de hols). Poursuivant leur route, poussés par un vent du nord-est, ils découvrirent au bout de deux jours le Vinhnd (Pays de Vignes), où le soleil restait sur l'horizon pendant neuf heures, de sept heures et demie du matin à quatre heures et demie après midi, dans les jours les plus courts (1). Ces indications astronomiques nous autorisent à placer le Vinland par 41° 21' 10" de latitude septentrionale, c'est-à-dire dans les Etats de Massachusetts et de Rhode-Island.

La saga de Thorfinn Karlsefné qui, connue toute monographie, paraît avoir une tendance à gloriiier son héros, lui attribue l'exploration des contrées vues par Bjarné; tout en laissant à Leif le mérite d'avoir découvert le Vinland. Quoiqu'elle ne paraisse pas mériter autant de crédit que les Episodes do Eirik Raudhô et des Grœnlaiidais, moins entremêlés de fables, il est bon pourtant de reproduire ce qu'elle dit des pays explorés, ne fût-ce que pour les traits particuliers qu'elle ajoute et qui servent à mieux caractériser la nature et la situation de ces contrées. Thorlinn, navigateur islandais, s'étant rendu pour affaires de commerce dans la colonie du Grœnland, en 1006, épousa peu après Gudhridhe, aussi nounnée Thuridhe, veuve de Tliorsteiii, lils d'Eirik Raudhé. Ayant entendu parler des découvertes de Leif, beau-frère de sa femme, et des infructueuses tentatives d'exploration faites par Thorstein, premier mari de Gudhridhe, il résolut d'aller coloniser le Vinland. En 1007, ils firent voile pour les déserts de l'Ouest, probablement le Labrador, et de là pour les Bjarneys (iles des Ours) ; puis après avoir navigué deux jours dans la direction du Sud, ils virent un pays couvert de grandes dalles plates dont beaucoup avaient vingt-quatre

(1) Grœnlendlnga Thàttr dans Flateyjarbôk, t. I, p. 538-9; — Grœnlands hist. Mindesm, t. I, p. 214-219 ; — Antiquitates Ame' ricanœ, p. 26-30.

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pieds de large ; il y avaiL également un grand nombre de renards. Ils clonnèrent à celte contrée le nom de Hellulaud (Pays de dalles) ; ensuite ils firent voile encore pendant deux jours avec le vent du nord et, tournant du sud au sud-est, ils trouvèrent un pays boisé et peuplé d'animaux qu'ils nommèrent Mavkland (pays de bois). Au sud-est de la terre, il y avait une île où ils tuèrent un ours, et qu'ils appelèrent Bjarney i\\e de l'Ours). Ils arrivèrent à destination deux jours après (1). Il est fort possible que TliorJinn ait visité de nouveau les pays auxquels Leif avait déjà donné un nom, et que la seule erreur de la saga soit d'en avoir attribué la découverte à son héros. — Quatre ans après, en lOil, Thorfinn, retournant duVinland au Grœnland, fit une nouvelle descente dans le Markland, où il s'empara de deux Skrœlings enfants. Ces indigènes, ayant appris la langue norraine, rapportèrent « ([u'unc autre grande cunlree, siiuée en face de leur pays, était habitée par des gens qui marcluiient vêtus de blanc, portant devant eux des perches où étaient fi:<{ésdes étendards et criant fiu't ». On pense que c'était lo Hv]fram,nnnaland{\myfi des hommes blancs) ou Grande Irlande (2).

Voilà une analyse complète des plus anciens textes norrains qui concernent le Markland ; d'autres, enq)runtés à des géographes du moyen-àge, ont été reproduits et traduits dans le compte-rendu de la première session du Congrès (3) ; il est donc inutdo de les analyser ici ; mais il faut ajouter un pré- i cieux renseignoincut (pu nous aidera à déterminer la situation' | du Markland. Il fut consigné i)ar le lœgmndliv ou préteur

(1) Saga de Thovfmn Karlscfné, daas Qrœnlands hist. Min desm. I. p. 408-411 ; — et Antiquitates americanœ, p. 137-139 et 170-1. /•

(2) Saga de Thorfinn Karlsefnè, daas Gronilands hist. Mindesni. I. p. 436-9 ; — et Antiq. Amer., p. 162-3.

(3; T. 1. p. iSl-oô, et p. ii-i5 du tirage à part de la Dccoucerie du Nouveau-Monde jjar [es Irlandaii. ..,

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Hauk Erlendsson, mort en 1334, dans un manuscrit aujourd'hui perdu dont l'excerptatcur Bjœrn Jénsson de Skardsâ mort en 1656, nous a conservé des extraits dans ses Annales du Grœnland. Dans le Nordhrseta, dit l'auteur inconnu « il y a du bois tlotté, mais il n'y croît pas d'arbres. Cette pointe septentrionale du Grœnland reçoit surtout du bois et toutes sortes d'épaves venant des golfes du Markiand (1) ». Aujourd'hui encore, on pêche dans les récils du Grœnland du bois tlotté dont la provenance à la vérité est incertaine ; mais il n'est pas douteux que, parmi ces épaves, il n'y ait de l'écorce semblable à celle dont les Indiens font leurs canots ; quelques-unes portent encore des restes du crin avec lesquels elles étaient cousues (2). Or, les sauvages étant depuis plusieurs générations refoulés à une très-grande distance dans l'intérieur des terres, ces écorces ne peuvent venir que par les très-grands fleuves, le Mississipi, le Rio Grande ou le Saint-Laurent ; et comme il ne peut être question de placer le Markiand sur le littoral du golfe du Mexique, il faut bien le chercher sur les rives du golfe Saint-Laurent. C'est à ce dernier bassin que nous reportent en effet toutes les indications contenues dans les textes analysés plus haut.

Le dernier pays vu par Bjarné Herjûlfsson correspond au premier qu'explora Leif; c'était une île, située au sud du Grœnland, haute, montueuse, privée de gazon, partout couverte de glaciers. Entre ceux-ci et la mer s'étendaient des rochers et des dalles dont quelques-unes mesuraient vino^tquatre pieds de largeur ou, suivant une variante, avaient plus de deux fois la hauteur d'un homme. Cette description s'apphque parfaitement à diverses parties de l'île de Terre Neuve (3) et nous autorise à l'identifier avec le Helluland

(1) Antiq. amer., p. 275 ; — Grœnlands hi.<it. Mindesm. T. III p. 242-3.

(2) H. Rink, Grœnland. II, p. 166.

(3) Antiquitates amer., p. 421-2, où sont re^.ro'litltb divers passages des voyageurs et des topographes modernes.

ISi CONGHKS DES AMÉHICAMSTES. 11

des anciens, ou pour donner plus de précision à ce ternie, avec le Holluhind il littln (Petit Helluland) (1) des géographes Scandinaves du moyen-âge ; car ils nomment le Labrador HoUuland il luikln (( irand Helluland) (2). Ce pays participe en efïét de la nature ingrate de la grande île voisine. Voici ce que dit Jacques Cartier de la côte méridionale du Labrador qu'il observa dans lo détroit de Belle-Isle : « Si la terre correspondait à la bonté des jjorts, ce serait un grand bien ; mais on ne la doit point appeler terre ; ce sont bien plutôt cailloux et rochers sauvages, et lieux propres aux bêtes farouches, d'autant ({u'en toute la terre, vers le nord, je n'y vis pas tant de terre qu'il en pouvait tenir en un benneau (petite banne) (8) » .

La situation du Helluland étant bien déterminée, et celle du Vinland n'étant pas douteuse, il nous est désormais facile de préciser celle du Markland. Cette contrée se trouvant entre le Petit Helluland et le Vinland, dont elle n'était éloignée que de deux jours de navigation, ne peut être que la péninsule Acadienne ou Nouvelle Ecosse ; la description qu'en donne l'Episode des Graudandais (pays plat, boisé, sablonneux et sans escarpement du côté de la mer), correspond à celle que les routiers modernes font du littoral sudest de la Nouvelle Ecosse, depuis le cap Sable jus({u'au caji Canseau (4). A l'origine, donc, le nom de Markland désignait proprement la péninsule Acadienne ; c'est plus tard que les commentateurs du moyen-âge (5) l'appliquèrent par extension

(1) Bjœrn Jônsson, dans Antiq. amer., p. 419.

(2) Antiq. amer., p. 419.

(3) Jacques Cartier, 1<^'' voyage, % 8 dans Voyar/eurs anciens et modernes, par M. Ed. Charton. Paris, 4 vol. in-4". T. I, 18Ô7, p. 9.

(4) Antiq. americanee, p. 423.

1^5) Antiq. amer., p. 296, 419; — Grcenlands hist. Mindesm. III, p. 227.

12 I-E MAUKLAiVn ET L ESCIOCILAN]). 185

à tout le littoral de la ilomiuatiou canadienne, jusqu'au golfe Saint-Laurent.

Les premiers navigateurs Scandinaves qui ont découvert ou exploré les côtes du Markland ne paraissent pas y avoir fondé de colonie. Ils préféraient sans doute le climat plus doux et le sol plus fertile du Vinland, qui forme en effet l'une des plus riches contrées des Etats Unis. Le silence des sagas à l'égard du Markland, après 1011, est très-significatif, car les trois siècles suivants appartiennent encore à la période des sagas, qui nous est connue par nombre de documents écrits ; et un fait important comme la colonisation du Markland n'aurait pas échappé à l'attention des sr/>r/w7«Pfl ou traditionnaires : on en trouverait des traces soit dans les sagas qui nous sont parvenues, soit dans les Annales qui en sont des abrégés très-secs, mais remplis de dates et défaits; or, après les premières explorations, le Markland n'est plus mentionné avant l'année 1347, où il reparaît subitement comme une contrée avec laquelle le Groenland était en relations. Cette notice, malheureusement trop brève a pourtant une grande importance, parce qu'elle est consignée dans un manuscrit qui a une date certaine, le Ftateyjarhôk ou livre de Flatey, dont la transcription fut achevée en 1387 (1), c'est-à-dire plus de cent ans avant les voyages de Christophe Colomb ; elle n'est donc pas suspecte d'avoir été ajoutée à l'effet d'attribuer aux Scandinaves une priorité dans la découverte du Nouveau Monde.

Les Annales qui terminent ce manuscrit placent, entre la bataille de Crécy (1346) et l'apparition de la peste noire dans les contrées septentrionales (1349), la mention suivante : « Il vint alors [en Islande] un navire du Groenland, monté par dix-huit hommes et qui avait visité le Markland (2). » Les

(1) Voy. la préface de l'édit. de Christiania, 1860. T. I, p. II-III,

(2) a Thâ kom skip af Grfenlandi that er sôtt hafdhi til Marklands ok âttian men â. » Flateyjarbûk, T. III. p. 561 ; cfr. Antiq. Amer. p. 264-5, 453, et Grœnlands hist. Mindesm. T. III, p. 14-15

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Anciennes annales de Skàlholt (1) sont encore plus explicites. Après avoir rapporté de nombreux naufrag'es dont les éditeurs des Antiquités américaines et dos Monuments Jiis toriques du Grœnland ont, au moyen de nombreux synchronismes, déterminé la date (ju'i's placent en 1347, l'annaliste ajoute que, cette même année, « Il vint aussi un navire du Gr(enland, moins g-rand que les petits vaisseaux qui font le voyage d'Islande; qu'il aborda dans le Straumfjœrdh extérieur ; qu'il était sans ancre et qu'il portait dix-sept hommes, qui s'étaient rendus dans le Markland, mais qui avaient ensuite été poussés ici à la dérive (2). » Quatre autres recueils d'annales plus récents rapportent les mêmes faits, mais sans y rien ajouter ; aussi n'est-il pas utile d'en reproduire les passages relatifs à la question. Les expressions hafdiii soit (avait visité) et hœfdlnifarit (avaient fait un voyage) ne laissent aucun doute siu' la nature de l'expédition; les navigateurs s'étaient rendus volontairement dans le Markland et n'y avaient pas été jetés par la tempête comme sur les côtes d'Islande.

A quelle époque avaient recommencé les relations avec le nouveau continent ? Nos sources ne le disent pas expressément, mais nous pouvons le conjecturer d'après les trop brèves, mais précieuses indications que nous donnent encore

(1) Skàlholts annàll hinn forni, 18 feuillets, pet. iD-fol., écrits sur parchemin, probablement au milieu du XIV« siècle, puisque ces annales se terminent en 1356. Elles étaientautrefois conservées dans la ville dont elles portent le nom, et font actuellement partie de la collection Arna-Magnéenne à la bibliothèque de l'Université de Copenhague. (Antiq. Americanœ, p. 257).

(2) « Thâ kom ok skip af Grfenlandi, minna at vexti en smâ Is landsfœr; that kom i Straumfjœrdh innytra; that varakkerilaiist ; thar voru â XVII men, ok hœfdhu tarit til Marklands, enn sidhan vordhit hingat afreka. » (Antiq. Amer. p. 264-5 ; — Grœnlandx histor. Mindesm. III, p. 14-15.)

\i LE MARKLAXI) KT l'eSCOCILANI). 187

à cet égard les annales islandaises. Les Annales royales (1) rapportent que, en 1285, « les tlls de Helgé, Adhalbrand et Thorvald, découvrirent la Terre Neuve (2). » Ces deux personnages sont parfaitement connus par la Saga de ÏEvêque Arné, qui donne de nombreux renseignements sur leurs relations d'abord amicales, plus tard hostiles, avec ce prélat, mais qui ne parle pas de leur découverte, d'ailleurs totalement étrangère à son sujet spécial. — Les Annales très-anciennes (3) qui datent du commencement du XIV siècle et le Flaley- Jarhôk parlent de cette découverte sans en mentionner les auleurs; mais nous apprennent que la Terre Neuve est située à l'ouest de l'Islande (4). Les Annales de Hols, qui se terminent en 1394, disent seulement que la « Terre Neuve fut découverte (5) » ; enfin Bjœrn Jônsson de Skardsâ (mort en 1656), dans ses Annales du Grœnlnnd, compile tous les renseignements donnés par ses prédécesseurs ; c'est lui qui est par conséquent le plus complet, mais il avait le grave désavantage

(1) Ainsi appelées parce qu'elles sont conservées à la bibliothèque du roi à Copenhague, dans un manuscrit sur parchemin, transcrit par deux copistes ; elles sont dues à trois annalistes au moins : 1" celui qui les commença et qui, comme nous l'apprend le titre, les mena jusqu'à la cinquième année du règne de l'empereur Frédéric I (1156); — 2" celui qui recopia ces annales et les mena jusqu'en 1307; — 3" celui qui les continua jusqu'à l'année 1328, où elles se terminent. Les passages qui concernent la découverte d'Adhalbrand et de Thorvald sont de la main du second, qui était contemporain de cet événement. {Antiquitates Americanœ, p. 256.)

(2) ce Fundu Helgasynir nyja land, Adhalbrandr ok Thorvaldr. » [Antiq. Amer. p. 262; — Grœnl. hist. Mindesm. T. JII, p. 12-13.)

(3) Manuscrit sur parchemin de la collection Arna-Magnéenne. Il se termine en 1313.

(4) ce Fannst land vestr undan Islandi.» [Antiq. Amer. p. 262; — Grœnlands hist. Mindesm. III, p. 12-13.)

(5' ce Fannst nyja land. j) {Ibid. Ibid.^ • ' -.

188 ' CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 15

d'écriro plus de trois siècles et demi après révéuemenl qui nous intéresse.

Les Anciennes Annales de Sknlholt dont il a déjà été (juestion, et \es, Annales du Préteur (Lœgmadhr ou Lagman) (1), qui se terminent en 1392, forment une autre classe de renseignements; elles rapportent qu'en 1285, « les Dûneys furent découvertes (2). » Gomme il n'est aucunement vraisemblable que des parages éloignés l'un de l'autre aient été découverts la même année, il est rationnel do supposer que les Dnneys étaient des îles voisines de la Terre Neuve.

Les documents cités précédemment n'indiquent pas avec précision la situation des Iles et Terre Neuve; quelques-uns disent seulement qu'elles étaient k l'ouest de l'Islande; c'est un peu vague. Heureusement qu'une annotation du livre de copie de Gissur Einarsson, évèque de Skâlholt, de 1541 à 1548, nous donne le moyen de déterminer plus exactement la situation de la Terre Neuve. Gomme ce personnage fut le premier évoque protestant de Skâlliolt, et que son diocèse était le plus rapproché des anciennes colonies norvégiennes du Nouveau Monde, il se proposait peut-être de faire prêcher la Réforme dans le Grœnland et la Terre Neuve; en tout cas il paraît avoir tenu beaucoup à savoir la direction à suivre pour se rendre dans ces pays; car il a transcrit dans son registre trois routiers du Grœnland, plus l'annotation suivante : « Des hommes expérimentés ont dit que de la montagne de Krysuvik on navigue au sud-ouest pour aller à la Terre Neuve (3). » Or Krysuvik est situé sur la côte méridionale de l'Islande,

(1) Antiq. amer. p. 257.

(2) « Fundust Dùneyjar. » {Antiq. amer. p. 263; — Grœnlands hist. Mindesm. III, p. 12-13).

(3) « Hafa vitrir men sagt at sudhvestr skaï sigla tîl Nyjalands undir Krysuvikur bergi. » {Grxnlands hist. Mindesm. T. III.

16 LE MARKLAND ET l'eSGOCILAND. 189

au sud de Reykjavik et, si de là on se dirige vers le sud-ouest, on arrive droit au cap Race, à la pointe sud-est de l'île de Terre Neuve qu'il faut doubler pour se rendre le plus directement possible à la Nouvelle Ecosse, contrée que les géographes du X\T siècle comprennent, avec toute la partie orientale de la domination canadienne, dans le nom général de Terres Neuves; c'est plus tard seulement que cette dénomination a été restreinte à l'île de Newfoiindland (Terre nouvellement trouvée).

L'identité du vieux nom donné par les Islandais du moyen âge avec le nouveau adopté par les premiers géographes modernes n'est certes pas purement accidentelle. La connaissance de la Terre Neuve qui subsistait certainement en Islande au commencement du XV* siècle, a parfaitement pu se transmettre alors aux Anglais qui fréquentaient les eaux et les ports . de cette île depuis les premiers temps de sa colonisation (1). En 1431, Erik do Poméranie, roi de l'Union Scandinave, se plaignait aux envoyés du roi d'Angleterre de ce que, depuis plus de vingt ans, les Anglais se livraient au commerce et même à la piraterie dans les colonies norvégiennes, notamment : l'Islande, le Grœnland, les Fsereys, les Shetlands, les Orcades; le document ajoute : et les autres îles appartenant à la Norvège, ce qui pourrait bien signifier la Terre Neuve et et les Di'meys. Ce reproche n'était pas sans fondement, puisque par un traité conclu l'année suivante, Henri VI s'engagea à indemniser les sujets d'Erik des déprédations commises par les siens depuis vingt ans et à interdire aux Anglais^ sous peine de mort, sauf pour le cas de naufrage, toute relation commerciale avec les colonies norvégiennes. La même prohibition fut renouvelée par les traités de 1444 et de 1449(2). Les Anglais

(1) Voy. la Découverte du nouveau, monde par les Irlandais, dans le Compte rendu du 1"^'' Congrès, T. I. p. 72-73; p. 32-33 du tirage à part.

(2) Grœnlands hist. Mindesm. T. III, p. 160-163.

lîi'O CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. , 17

continuèrent pourtant à faire avec l'Islande un commerce, interlope (1) jusqu'en 1490, où le roi Jean leur accorda la liberté de naviguer, de commercer et de pêcher en Islande (2). Jusque-là les Anglais s'étaient dissimulés, parce que l'exercice du commerceprohibé était passible de peines très-sévères, aussi bien en Angleterre que dans l'Union Scandinave. Peu après avoir obtenu pour ses sujets la liberté de naviguer dans les colonies norvégiennes, Henri VII autorisa les Cabot à découvrir de nouvelles terres en son nom. En 1496, Sébastien Cabot qui chercliait vei-s le nord un passage pour aller en Chine, fut fort désappointé de se trouver partout arrêté par le continent (3); parmi Jes contrées qu'il reconnut, était l'île de Terre Neuve, qu'il ne crut pas avoir découverte, puisqu'il se ])orna à traduire par Terra Nova, dont les Anglais firent Newfoundland, l'ancien nom Scandinave de cette île (Nyjaland). Il en avait sans doute entendu parler par les marins anglais qui naviguaient en Islande, oii le souvenir des découvertes transatlantiques était encore vivace. Le chancelier Bacon, parlant des voyages de Sébastien Cabot, avoue sans réticence que « l'on conservait le souvenir de quelques terres découvertes ; auparavant vers le nord -ouest et regardées comme des îles, qui se rattachaient pourtant en réahté au continent de l'Amérit{ue septentrionale (i). »

Cl) Les preuves abondent; elles ont été exposées dans un savant \ mémoire de Finn Magnuson : Sur le commerce et les navigations des Anglais en Islande au XV« siècle, dans No7'disk Tidsskrift for Oldkyndighed. T. II, livr. I, Copenhague, 1833, in 8°. p. 112-169. — Cfr. les observations de Zahrtmann sur les voyages au Nord dos Zeni, Ibid. p. 25-27.

(2) F. Magnusen, mém. cité. p. 130.

(3) D'après la récit du Gentilhomme mantouan, Voy. Di Marco Polo e degli altri viaggiatori Veneziani par PI. Zurla. Venise, 1818, iu-40. T. II. p. 277-8. -' -

(4) « Quin et memoriaextabat aliquarum terrarum ad zephyrobo-

18 LE MAHKLAND ET l'eSCOCILAXI». 191

Voilà pour la Terre Neuve. Quant au nom de Dùneys, qui signifie Ile du duvet, il s'explique fort naturellement par la présence d'innombrables volatiles qui ont longtemps pullulé dans les îlots voisins de Terre Neuve et du littoral de la domination canadienne. « Ilya un si grand nombre d'oiseaux dans l'île de ce nom (1), dit Jacques Cartier, que c'est chose incroyable à qui ne le voit ; au point que cette île qui peut avoir une lieue de circuit, en est si pleine qu'il semble qu'ils y soient exprès apportés et presque comme semés. Néanmoins il y en a centlbis plus alentour d'icelle et en l'airque dedans... Ils sont excessivement gras et étaient appelés par ceux du pays appoiinth, desquels nos barques se chargèrent en moins de demiheure, comme l'on aurait pu faire de cailloux, de sorte qu'en chaque navire nous en l'îmes saler quatre ou cinq tonneaux, sans conqîter ceux que nous mangions frais » (2). — Ailleurs il dit des îlesdesMargaux(3) : « Ces îles étaient plus renqjlies d'oiseaux ipie ne serait un pré d'herbes, lesquels faisaient là leurs nids ; et en la plus grande partie de ces îles, il y en avait un monde de ceux que nous appelon ■'> margaux, qui sont blancs et plus grands qu'oisons; et ils étaient séparés en un canton, et en l'autre part il y avait des godets ; mais sur le rivage, il y avait de ces godets et grands apponaths, semblables à ceux de cette île dont nous avons fait mention. Nous descendîmes au plus bas de la plus petite et tuâmes plus de mille

reaiu untè discopertarura, et pro iasulis habitarum, quse tamoa rêvera essent pars continentis America; septentrionalis. » (Zurla, ouvr. cité. T. II. p, 279, note).

(1) Aujourd'hui Funk Island, située à Test de Terre Neuve, par 49° 40' de latit, sept.

(2) le'- Voyage, §. 2, dans Voyag. anc. et mod. de Ed. Charton, T. IV. p. 6.

(3) Bird Rocks des cartes anglaises, situés dans le Golfe St- Laurent, non loin des lies de la Madeleine.

192 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 19

godets et apponaths, et nous en mîmes tant que nous voulûmes en nos barques » (1). — Soixante-dix ans plus tard, Gharnplain, découvrant les îles des Cormorans et des Loups marins, situées près de la pointe méridionale de la Nouvelle Ecosse, y trouvait « une telle abondance d'oiseaux de différentes espèces qu'on na pourrait se l'imaginer, si l'on ne l'avait vu, comme cormorans, canards de trois sortes, oies, marmettes, outardes, perroquets de mer, bécassines, vautourS; et autres oiseaux de proie ; mauves, allouettes de mer de deux ou trois espèces, hérons, goillauts, courlieux, pies de mer, plongeons, huats, appoils, corl)eaux, grues et autres sortes, lesquels y font leurs nids » (2). Les plumes ne devaient pas plus y manquer que les a^ufs dont on remplit une barrique dans l'île des Cormorans.

La nouvelle des découvertes d'Atlhalbrand et de Thorvald se répandit en Norvège, oi^i elle fit sensation. D'après le Flaleyjarhùk, en 1289, « Le roi Eirik envoya R(31f en Islande pour explorer la Terre Neuve » (3). C'est probablement à cette expédition que se rattache la présence en Islande du Long Navii'o fLângskip), dont parlent les Annales de Skàlholt sous la même date (4). En 1290, « R()If parcourut l'Islande et engagea les habitants à faire le voyage de Terre Neuve » (5). Il paraît avoir réussi dans son entreprise, puisque à sa mort, arrivée en 1295, on le surnommait Lr'?/ir/f?-/?o7/'(F((')lfdes pays ou l'explorateur) (6).

(1) l'-'" Voy. g. 2, dans T^o/y. nnc. et mod. de Ed. Charton, T.lj IV. p. 42.

(2) Yoij. diiS'' de Champlain. Liv. II, ch.l , édit. de 1830, p. 65.:;

(3) a Eirikr- konùngr sendi Rôlf til Islands, at leita Nyjalands » [Ant. Amer. p. 263; — Grccnlands hist. Mindesm. T. III. p. 12-13.]

(4) a Lângskip â Islandi. » {Ibid. Ibid.) i

(5) « Fôr Rôlfr ihn Island, ok krafdhi menn til Nyja Lundi:, ferdhar. » (Ibid. Ibid.) f

(6) (.'i Andadhist Landa-Rôlfr. » {Ibid. Ib.) . \

20 LE JlAUKLAM) ET l'eSCOGILAND. lUii

En explorant la Terre-Neuve, on constata sans doute qu'une partie en était déjà connue^ puisque le nom de Markland, tombé en désuétude depuis longtemps, fut remis en honneur ; on dut alors y fonder des comptoirs commerciaux, ainsi que dans un pays voisin, le Hvitramannaland ou Grande-Irlande. On a vu par le témoignage des Annales islandaises que le Grœnland était en relations avec le Markland, en 1347 ; d'après un autre témoignage, complètement indépendant, il en entretenait aussi, un quart de siècle plus tard, avec l'Escociland ou pays des Ecossais transatlantiques que nous supposons être identique avec la Grande-Irlande. Dans une lettre que le navigateur vénitien, Antonio Zeno, adressa, vers l'an i 400, à son frère Carlo, resté dans la ville natale, est reproduit ou analysé le récit d'un pêcheur Frislandais (insulaire des Ffereys) (1), qui avait visité plusieurs parties du Nouveau Monde. Comme ce passage est extrêmement important pour' notre sujet et que nous avons à en approfondir plusieurs points, il est bon d'en donner le texte accompag'né de la traduction :

(1) Les raisons qui ont porté beaucoup de géographes à assimiler le Frisland des Zeni avec le groupe des Fœrejs (Fcerceer des Danois), sont extrêmement nombreuses; nous on avons produit do nouvelles dans la Dccoucerte du Noureau Monde par les Irlan-dais (p. 90-92 du T. I. du Co7npte rendu du 1^' Congrès des Américanistes; p. 50-52 du tirage à part). Ajoutons que dans le seconde carte de Bie Entdeckung Amerika:^ nach den œltestea Qiiellen, geschichtlich dargestellt von Fr. Kunstniann (Munich 1859, in-4°, avec Atlas d'anciennes cartes inédites, in-fol.), carte dressée parun anonyme après Tannée 1506 (Voy. p. 127 du texte), on voit, au nord de l'Ecosse, de petites îles qui représentent les Orcades ; plus loin vers le nord, un groupe d'îles, les unes sans nom, les autres portant ceux de Feronsis (Feereys), Femme (Famien dans l'île de SydheroY , Egor, Grius, Rudus et Roscam. Une légende inscrite sur un ruban et placée au nord de cet archipel porte Insula de Ureslant{\\Q de Frisland). Les noms, ne ressemblant pas à ceux de la carte des Zeni, doivent être tirés d'une source différente.

194 r.ONGRKS DES Ai\lÉRICANISTES. 21

Le conquérant du Frislancl, « Zichmni, homme d'intelligence et de valeur, avait sérieusement pris à cœur de se rendre maître de la mer. Pour tirer avantage de Messire Antonio, il voulut l'envoyer avec quelques navires vers le couchant; car, de ce côté, avaient été découvertes, par certains de ses pécheurs, des îles très-riches et très-populeuses, découverte que M. Antonio raconte dans une lettre écrite à M. Garlo, son frère^ exactement comme il suit, si ce n'est <[ue quelques mots anciens et le style ont été changés, mais la malière est conservée dans son essence :

» Il y a vingt-six ans partirent quatre embarcations de pêcheurs qui, assaillis par une grande tempête, marchèrent plusieurs jours, comme perdus à travers la mer, jusqu'à ce que finalement, l'air s'étant calmé, ils découvrissent une île appelée Eslotilanda, située au couchant, à la distance de plus de mille milles du Frisland. Sur ses côtes se brisa une des embarcations et six hommes qu'elle portail furent pris par i les insulaires et conduits à une cité très-belle et très-peuplée, j

Zichmni corne huo m di spirito e divaJorc, si haveva al tiitfo inesso in cnoro di farsi padron de 1 mare. Onde valendosi di M. Antonio, voile ciw con alcuni navigli naviyasse verso po-\ nenle, per esser state discoperte da quel lato da certi siioi jiescatori Isole riccin'ssime e popolatissime ; la quai discopnrla narra M. Antonio in una sua letteva scriita à AI. Carlo suo fratello cosi puntalmente , mutate perô alcune voci antiche, e lo stile, e lasciata star nel suo essere la materia.

Si partirono ventisei anni fà quattro navif/li' di pescatori, i quali, assaltati da una gran fortuna niolti giorni andarono, corne pur perduti per il mure, quando , ûnalniente raddolci- Losi il tempo, scoprirono una isola detta Eslotilanda posta in ponente, lontano da Frislanda piii di mille miglia, nella quale I si ruppe un de' navigli, e sei uomini , clie v'erano su, lurono presi da gli isolani, e condolti a una città LeUissima e moltopopolata, (love il Re, elle la signoreggiava , fatti venir moltil

-lll LE iMARKKAA'U ET l'eSCOCILAND. 195

OÙ lo roi, qui on était le seigneur, fit venir beaucoup d'inter- prêtes ; mais il ne s'en trouva aucun qui sût la langue de ces pêcheurs, si ce n'est un Latin qui avait de même été jeté dans cette île par la tempête. Celui-ci leur ayant demandé de la part du roi qui ils étaient et d'où ils venaient, nota le tout et le rapporta au roi, lequel, après en avoir été informé, voulut qu'ils demeurassent dans le pays. Les pécheurs se soumirent h cet ordre parce qu'ils ne pouvaient faire autrement; ils restèrent cinq ans dans l'île, dont ils apprirent la langue, et l'un d'eux particulièrement fut dans plusieurs parties de l'île; il raconta qu'elle est três-riche et possède en abondance tons les biens du monde et qu'elle n'est guère moindre que l'Islande, ayant au milieu une montagne très-élevée, d'où sortent quatre rivières qui l'an-osent. Ceux qui l'habitent sont ingénieux ; ils possèdent les mêmes arts que nous, et on croit qu'autrefois ils ont été en relations avec les nôtres, puisque le narrateur dit avoir vu dans la bibliothèque du roi des livres latins qui ne sont plus compris des habitants. Ils ont une lan-

interpveii, non ne trovô mai alcuno che sapesse la lingua di

quelli pusaatoi'i, se non uno Latino nella stussa isola per ïor-

hum niedesiniamente capiLiLo , il quale diniaudando lor da

parle del Re clie erano e di dove venivano, raccolse il liitto,

e lo ri sévi al Re, il qiialo inlese tut te quesleeose, voile che si

fevmassero nel paese ; perclv' essi facendo il siio comanda-

menlo, per non si poter altro lare, stetlero cinque anni nelï

isola ed appresero la lingua, et un di loro pavticular mente fn

in diversi parti dell'isola , e narra che è ricchissima ed

abondantissinm di tutti H béni del monde, e che è poco minore

di Islanda, ma piu fertile, avendo nel mezzo un monte altis-

i simo dnl quale nascono quatro lîumi che la irrigano. Quelli

\ che l' abitano sono ingénie si,- e hanno tutte le art i corne noi ;

\ e credesi che in altri tempi bavessero commercio con i nos tri,

I perché dice di aver vediiti libri latini nella lihreria del Re

[ che non vengono hora da lor intesi; hanno lingua, e îettere

loti CONGRÈS DES AMERICANISTES. 23

gLie et des lettres particulières ; ils extraient t-outes sortes de métaux et ont surtout de l'or on abondance. Leurs relations commerciales sont avec le Groenland, d'où ils tirent les pelleteries, le soufre et la poix. Le pêcheur rapporte que vers le sud il y a un grand pays très-riche en or et populeux. Les insulaires sèment du grain et brassent de la cervoise, sorte de boisson dont les peuples septentrionaux se servent, comme nous du vin. Ils ont des bois d'une immense étendue et en fabriquent des murs. Il y a beaucoup de cités et de châteaux. Ils font des embarcations et naviguent, mais ils ne possèdent pas la pi(u*re aimantée et ne connaissent pas le Nord au moyen de la boussole. C'est pourquoi ces pécheurs furent Irès-appréciés, de sorte que le roi les expédia avec douze navires vers le Sud dans un pays qu'ils nonuTient Drogio. Mais, en route, ils furent assaillis par une si violente tempête qu'ils se croyaient perdus. Pourtant ils évitèrent une mort cruelle pour tomber dans une situation encore pire, parce que à terre ils furent faits prisonniers et la plupart dévorés

separate, e cavano metalï di 0(jni soj-lc, a sopra tiitto ahondano di oro, a le lor prnLiaho sono in Engronaland, di dove Iragyono })ellerecie, c zolfo , e pcgola ; ed verso oslro narra, vhe v'è un grand paesc molto ricco d'oro, e popolalo ; scniinaiio grajio, e t'anno la vcrvosa, che c iina sorte di Jjevanda elle usano i popoli seilentrionali , eome noi il vino ; hanno hosclù d'inunensa grandezza, o fabricano à inuraglia , e ei sono moite eittù e castelli ; fanno navigli e navigano, ma non hanno la ealamita no intendono col bossolo la Iramontana. Fer ileho quesli pescatori fiirono in gran pregio, si che il Re li spedi eon dodici navigli verso ostro nel paese che essi chiamano Drogio; ma nel viaggio hehhero cosi gran fortuna, elle si tenevano per perduti ; tuttavia fuggiata iina morte crudele, diedero di petto in una crudelissima, perciô che presi liai paese furono la piu parte da quelli feroci popoli mangiati, eihandosi essi di carne humana che tengono per molto sapo-

"li LK MAHKLAND ET l'eSCOCILA.M). l'.lT

par les l'éi'oees halntants, qui mangent de la chair liiunaine el la liennent pour une viande très-savoureuse. Le pécheur et ses compagnons sauvèrent leur vie en montrant la manière de prendre le poisson avec des filets; il péchait chaque jour en mer ou dans les eaux douces et prenait assez de poissons qu'il donnait aux chefs. Par là, il se mit si bien en faveur que chacun le chérissait, l'aimait et l'honorait beaucoup. Sa réputation se répandit chez les peuples voisins et un chef des environs éprouva un si grand désir de l'avoir près de lui et de voir avec quel art admirable il savait prendre le poisson, qu'il déclara la guerre à celui chez lequel se trouvait le Frislandais ; il finit par avoir le dessus parce qu'il était l)lus puissant et belliqueux, et le pécheur lui fut envoyé avec ses compagnons. Pendant les treize années do suite qu'il demeura dans ces contrées, il dit qu'il passa de la mémo nniiùèro au pouvoir do phis de vingt-cinq maîtres; celui-ci luisant toujours la guerre à celui-là, et tel à Ici auUe, rien que pour avoir le pécheur, lequel erra ainsi, sans avoir jamais de

rjla viviUida. Ma, mosfrando loi' quel pescatore co' conipa/jni il iiiodo dj prender il pesce cou le veti, scampô la vita; e pesccindo ofjni dï in mare, a nelle acqiie do Ici, preudeva as.sai p'jscc, e h donava à i principali. Onde ne ne acquistô perciô tanta gralia, che era lenuto caro, od aniato , e molto honorato da ciasciino. Spar:^asi la fama di costui ne' convicini popoli, entra in tanto disidcvio un signer vicino di haverlo appresso di se, ed vedev conf egli usava quella sua mivahil arle di prcndei' il pesce, que mosse guerra à quel!' altro S ignore, appresso il quale egli si riparava, e prcvalendo in fine , per esser piu patente ed armigero , gli fu mandate insieme con gli aliri, ed in trcdeci anni che stette continuamente in quelle parti, dice che tii mandata in quel modo à piu de venticinque Signer i, movendo sempre questo à quel guérira, e quel à quel!' altro, solamcnte per haverlo appresso di se, e rosi errando pjidô '^enza Imvcr mai l'eruin linhituliouL' in un hiann luu'ju

198 CONGUÈS DKS AMi'iRICAMlSTES. 'ii)

deuieui'e lixe dans lo inùine lieu peiblant longLeinps, de sorLu qu'il connut et parcourut pour ainsi dire toutes ces contrées. 11 dit que ce pays est très-vaste et comme un nouveau monde, mais que la population est grossière et privée de tout bien ; tous vont nus; ils souffrent du froid rigoureux et ne savent pas se couvrir des peaux d'animaux qu'ils prennent à la chasse; ils n'ont aucune sorte de métal, vivent de chasse et portent des lances de bois aiguisé d'un bout, et des arcs dont les cordes sont faites de cuir. Ce sont des peuples d'une grande férocité, ([ui se combattent mutuellement à mort et se mangent l'un l'autre. Ils ont des chefs et certaines lois bien différentes d'un pays à l'autre. Mais plus on va vers le Sud- ()uest, plus on trouve de civilisation, cà cause de la douceur do la température ; de sorte qu'il y a des cités, des temples pour les idoles, où l'on sacrifie des victimes humaines que l'on mange ensuite. Dans cette contrée, on a quelque connaissance et usage de l'or et de l'argent. Le pêcheur, après avoir passé de si nombreuses années dans ces pays, résolut

Imipo, si che couohhe ot pvaticô quasi lutta quelle parti. E dice. il paese esser f/randissimo, e quasi un nuovo juondo, ma gente rozza e priva di ngni bene, porche vanno midi tutti, nho pnfiscano freddi erudoli, ne sanno coprirsi delJe pelli degJi animali rhe prendono in cnccin ; non hannn melallo di sorte alcuua, vivono di cacciagyioni, e porlano Inncia di leyno ni ■ lia puni a aguzze, ed archi, le corde de i quali sono di pelln di animali; sono popoli di gran ferocità, combattono insiemc morfalmenfo, e si mangiano l'un l'altro ; hanno super iori, c certe leggi molto diiïerenli tra diloro. Ma pin che si va verso garhino, vi si trova piu civilità per F aère ternperato che y' è ; di maniera che ci sono città, tempij agli Idoli , cd vi sacrilicano gli huomini e se li mangiano poi, havendo in qucsta parte qunlche intelligen/.a ed use delïoro e deW argenté. Or, sendo stato tanti nnni questo pescatore in questi paesi , si délibéra di ritornar, sepoteva, alla patria, ma i suai compsgni |

^6 LE MAKKLA.Nit ET l'esCOGILAND. 1<J9

de regagner, si c'était possible, sa patrie. Mais ses compagnons, désespérant de la revoir, le laissèrent partir en lui souhaitant bon voyage et restèrent où ils étaient. Leur ayant fait ses adieux, il s'enfuit à travers les bois vers Drogio, et fut très-bien accueilli et choyé du chef voisin qui le connaissait et était en grande hostihté avec l'autre. Il retourna ainsi de proche en proche par là même oii il avait passé, et, après beaucoup de temps et assez de peine et de fatigues, il regagna finalement Drogio, où il habita trois ans de suite, jusqu'à ce que, par un lieureux hasard, il apprit des habitants qu'il était arrivé à la côte quelques navires. De là, ayant conçu l'espoir de réaliser son désir, il se rendit vers la mer et demanda aux navigateurs de quel pays ils étaient. Il apprit avec grand plaisir qu'ils venaient de l'Estotilanda, et les ayant priés de l'emmener, il lut volontiers accueilli, parce qu'il savait la langue du pays, et, comme aucun autre ne l'entendait, ils Tirent de lui leur interprète. Ensuite il répéta avec eux ce voyage, de sorte qu'il devint très-riche. Ayant lui-

disperatosi di putei'hi pin vivedevc , lo lasciarono partir à buon viaggio, ed essi si rimasero là. Oud'egli , detlo à lor à Dio, fuggi via pev i bosclii verso Drogio, e fa benissimo vodiitoed accarezzato dal Signor vicino, che h conosceva, e teneva grande nimistà con l'altro ; e cosi andando di una in lufallra mano diqucHi mcdesimi per licpialierapassato, doppo molLo tempo ed assai travagli e fatichc , porvenne finalmcnle in Drogio, nel quale habita tre anni continiii , quando per sua buona ventura intese da paesaui, che erano giunti alla marina alcuni navigli, ondegli entrato in buona speranza di far bone i fatli suoi, venne al mare , e dimandato di che paese erano, intese con suo gran piacere che erano di Estotilanda ; perche, havendo egli pregato di essere levato, tu volentieri ricevuto per baver la lingua del paese , ne essendo altri che la sapasse, lo usarono per lor interprète. Là onde egli fréquenta poi con lor quel viaggio, si che di venne molto ricco, c

2Ô0 CU.NGUKS IJKS AMÉIIIOÂMSTES. "il

inèiiie coaslruit et ai'in'' un navire, il i-eviiil en Frisland, apportant au seig-neur de l'île la nouvelle de la découverte de ce pays très-riche. Et le tout est coulinné par les uiarins et par beaucoup de choses nouvelles qui attestent la véracité de tout ce qu'il a rapporté. »

Antonio Zeno ajoute qu'il alla avec le roi Zichmni (1) à la

fatlo cd nrnmto un nnviglio del suu, se ne è rilornalo in Frishinda, povtando à qiiesto Signov la niiovfi dello scoprimento di quel paese ricchissimo, ed à tulto se gli da t'ede per . i marinai, e moite cose nuove che approvano essere vero, quanto egh ha rapporlalo. » (The voyages of the venetian brothers Nicolô and Antonio Zeno , to the northern seas, in the XIV''' cenlui-y... Iranslated nnd edited with notes and an introduction hy Richard Jlenry Mnjnv. — London , pi'inled for the Ilaliluyl Sori)>(.y. 1873. in-8" avec l caries, p. f* I8-t^o.)

il) Ce nom liarbare u oiiibarrassù heaucouj) de a)Uiuieiitatoui.<. l'oiir eu fai'ilitor la proiiouoiatioii, Joh. Is. l'outaaus change le m on in et ortliograiihie Zichinni (lierura danicantm liistoria, Amsterdam, lt):31, in-fol., p. 75f3-762j. En outre il cite (p. 703) Corn. Wytfliet (lui écrit Zichini. — Marco l^arbaro, parent dos Zeni, qui termina r>n 1536 un recueil de généalogies intitulé Discendcn:c patrhit', et qui connut les lettres d'Antonio Zeno vingt-deux ans avant leur publication '[Xo}'. Di Marco Polo e dtujli ait ri ciaçigiatori cr„.'zioiu... del l'. A. D. PI. Zurla. T. II. Venise, 1818, iu-^i", p. 'J, ni>ie\ \\iit\h Zicfi/io, qui est une ti-ansiiùption assez fidèle du vieux norrain Thegn (propriétaire libre) ; or ce mot correspond au surnom de bondi (propriétaire), qu'une tradition fereyenne sur la Bataille de Mannafelsdal (recueillie par V. U. Hammershaiuib et publiée par la Société des Antiquaires du Nord,, dans son Antikvurisk Tid.-ishrift, 1849-18Ô1. Copenhague, in 8", p. 170-172), donne au chef fiison d'Akraberg, conf)uér;nit du Frii<litnd et ]n'otcctour des Zeni. - L'; h di'^ Giccf;, qm c'.'in: iHru.! j. |i.;u pic ,;u (h

"28 LE MAHKLAM) ET l'kSCOCILAMJ. 2Ô1

recherche de l'Estotilanda, mais quoiqu'ils eussent pour guides des mariniers qui en étaient venus avec le pêcheur (1) mort trois jours avant leur départ, une tempête les désorienta, et il leur fut impossible de retrouver l'Estotilanda.

Cet aveu d'insuccès est un indice de la bonne foi d'Antonio, qui ne se pose aucunement en grand explorateur et qui n'aurait certes pas inventé une fable pour la plus grande gloire d'un obscur pêcheur déjà mort. Sa véracité ne peut être douteuse en ce point. On a contesté celle du pêcheur ; mais d'abord, il faut remarquer qu'il n'aurait pas consenti à servir de guide à l'expédition i)rojetée, s'il n'avait pas été sûr de I l'existence et de la situation des pays dont il parlait. De plus, après sa mort, ses compagnons de voyage, qui disaient être venus avec lui de l'Estotilanda, n'auraient pas voulu le remplacer ni endosser la responsabilité de mensonges débités par un imposteur qui n'était plus. Puisqu'ils acceptèrent la mission de guider les explorateurs, c'est qu'ils connaissaient évidemment le chemin de l'Estotilanda. Quant aux insulaires des Fa^reys, ils avaient, comme tous les sujets du roi de Norvège, pu entendre parler des découvertes de Bjarné Herjùlfsson, de Leif l'heureux, des frères Adhalbrand et Thorvald, de Landa-Rôlf et des récents voyages des Grœnlandais dans le Markland. Ils n'avaient donc pas de motif de contester l'exis- I tence de terres neuves situées à l'ouest de leur archipel. Le ' récit du pêcheur frislandais n'a rien d'improbable, et l'on ne serait autorisé à le traiter de fable que s'il était absolument impossible de l'expliquer raisonnablement. Mais ce n'est aucunement le cas ; car à part quelques obscurités qui restaient

, des Scandinaves, devionl .r en passant en italien; par exemple : '■ Biioç oncle, ital. :io; q^xvj bourse, ital. ;?<;ccrt atelier monétaire, d'où j: zecchino sequin.

(1) a Prendendo per guide in cambio del morto pescatore alcuni che erano tornati da qu^lla isoln con lui. » (Relat. des Zeni, édit. Majov. p.ï25\

202 CONGKKS Î)KS AMKRICANISTES. 2U

encore el dont nous pensons pouvoir aujourd'hui éclaircir les plus considérables, toute la relation concorde parfaitement avec ce que nous savons de la situation de l'Amérique septentrionale au XIV siècle.

Nous avons déjà proposé de lire EscoeUfuida, au lieu do EsfoWanda, correction qui n'a rien d'exorbitant pour quiconque a étudié les manuscrits du XV^ siècle, où le / et le c sont très-souvent confondus. Il faut se rappeler que la lettre d'Antonio Zeuo n'a pas été imprimée sous ses yeux, mais publiée 150 ans plus tard par un de ses descendants qui a bien pu n'en pas reproduire exactement le texte. Si l'on admet notre leçon, comme les Irlandais et les Ecossais étaient souvent confondus au moyen âge, le nom d'Escociland nous reporte immédiatement à la Grande Irlande dont parlent les sagas Scandinaves. La situation de ce pays, que les textes nous forcent à chercher près du Markland, c'est-à-dire au nord du Vinland et au sud du Helluland, et non pas dans la Floride, a déjà été rectifiée dans notre précédent mémoire (1). Le Markland étant dans le bassin du golfe Saint-Laurent, c'est dans les mêmes parages qu'il faut placer l'Escociland. Cette contrée était une île un peu moins grande que l'Islande; l'île de Terre Neuve aurait à peu près ces dimensions; mais i une île oiîBjarné ne vit rion de bon (ogagnvaBnligt), que Leif \ jugeait être sans valeur (gaedalaust), et dont Jacques Cartier ! disait: un champ des îles de la Madeleine « vaut plus que [ toute la terre Neuve » (2), ne peut être assimilée avec l'Esco- ; ciland « très-riche et possédant en abondance tous les biens i du monde ». Le Labrador étant encore moins favorisé de la i' nature, au point que J. Cartier le comparait au pays que Dieu i donna à Gain (3), ne peut non plus être pris en considération. ';

(1) Compte rendu du l^'^ Congrès des Amêric. 1875. T. I, p. 84- 85; p. 44-45 du tirage à part.

(2) !«'■ Voyage, § 12, dans Voy. anc. et mod. de Charton, IV, p. 13.

(3^ Ibid § 8, dans Voy. de Charton, IV, p. 9.

30 LE MARKLAND KT l'eSCOCILAND. ^203

Ayant successivement éliminé les pays situés au nord, à l'est et au sud du golfe Saint-Laurent, c'est sur son littoral occidental qu'il nous faut nécessairement chercher l'Escociland ; nous n'avons pas d'autre alternative. On objectera que le Nouveau Brunswick avec les terres adjacentes n'est pas une île ; c'est vrai, mais les anciens confondaient souvent, et même à bon escient, les îles et les presqu'îles; les exemples en sont très- nombreux ; il n'est donc pas étrange que le nom d'île ait été donné à une péninsule bornée au nord par la large embouchure ou estuaire du fleuve Saint-Laurent ; à l'est par le golfe du même nom ; au sud par la baie de Fundy, et à l'ouest par les rivières Kennebek et Chaudière, dont les soiuTessont si rapprochées l'une de l'autre qu'un des affluents de la rivière Chaudière est appelé Kennebek. Champlain (1) fait observer que du Kennebek on peut aller à Québec presque toujours par eau , sauf un petit trajet de deux lieues par terre. Cette lacune si courte sur un parcours de cinquante myriamètres n'a jamais arrêté les mariniers du pays qui sont habitués de longue main à traîner ou à porter leurs embarcations à travers les isthmes ou portages. Un étranger entendant dire que l'on pouvait aller en barque du golfe du Maine à l'estuaire du Saint-Laurent, a pu croire que ces deux golfes étaient unis par un bras de mer et que l'Escociland était une véritable île séparée du continent par un détroit. Il était facile de s'y tromper ; aussi Gastaldi, dans la première carte accompagnant la relation du grand marin français de Dieppe (2) a-t-il mis le Saint-Laurent en communication aveclamer qui baigne la côte méridionale de la Norombègue. Plus tard, un cartographe, qui avait pourtant de meilleurs moyens d'information que l'humble marin frislandais ou que

(1) Yoij. du S-- de Champlain. L. 1, ch. 4- Paris, 1830, in-8", T. I, p. 92.

2) Rainusio, Terzo volume délie navigationi et viaggi. Venise, 1556. in-fol. f. 424-5.

204 CONGUÈS DKS AMÉltlCAMSTES. 31

le vieux gcogra})he, a encore commis la même erreur. Dans la carte de la parlie orientale de la Nouvelle France, annexée au tome I de P Histoire du Canada par Gliarlevoix et dressé(! en 1744, par N. Belin, « d'après divers manuscrits du dépôt des cartes, plans et journaux de la marine et mémoires communiqués par les missionnaires jésuites », cet ingénieur met le Kinibéqui en communication avec la rivière de la Chaudière et fait une véritable îledu pays qu'il appelle la Nouvelle Ecosse et qui répond exactement à notre défmition de l'Escociland.

L'Estotilanda des Zeni nous paraît donc comprendre la partie orientale du Maine, tout le Nouveau Brunswick et la partie du Bas Canada qui s'étend au sud du fleuve, depuis la rivière Chaudière jusqu'à la baie des Chaleurs, région assez bien caractériséepar «ses forêts d'une immense étendue » (1). Quant au mont élevé situé au milieu du pays et où quatre rivières prennent leur source, ce doit être le mont Catahd'n dans l'Etat du Maine, haut de 5,385 pieds anglais (1641 m.) et qui domine la chaîne de montagnes d'où coulent le Kennebek, le Penobscot et les rivières Saint-Jean et Sainte- Croix. A la vérité, le pays baigné par ces quatre rivières est sensiblement plus grand que l'Islande ; mais il ne faut pas attendre une parfaite précision d'un simple pêcheur n'ayant aucune de nos ressources pour évaluer l'étendue du pays visité par lui. Si l'on veut absolument avoir une péninsule un peu moindre que l'Islande, il faut limiter l'Escociland à l'ouest par le Penobscot ou mieux encore par la rivière Saint Jean dont les sources ne sont pas moins rapprochées de la rivière Chaudière que ne le sont celles du Kennebek. Dans cette hypothèse, les quatre rivières seraient le Restigouché, le Nipisiguit et les deux plus grandes branches du Miramichi, qui toutes prennent leui- source dans la même chaîne de montaù'nes.

(1) K Hanno bosctii d'immensa grandezza. » (Relat. de Zeni, édit. Major, p. 21.)

'ill LE MAIIKLAND ET l'eSCOCILAMi. !205

Si l'un admet que les Escocilandais, comme l'indique leur nom, élaient issus des Ecossais, on conçoit qu'ils aient semé des céréales, brassé de la Ijière, élevé des villes et des châteaux, construit des navires, en un mot connu tous les arls européens, tout en ignorant l'usage de la boussole. On n'a pas retrouvé ou plutôt Ton n'a jamais cherché les ruines de leurs ('■difices, parce que la péninsule au sud du Saint-Laurent n'a pas encore été étudiée au point de vue archéologique. La l)lupart de ces constructions devaient d'ailleurs être en bois, comme l'affirme le pêcheur frislandais, et l'incendie ou les ravages du temps les ont détruites, comme l'enceinte non moins importante, et beaucoup plus récente, de Hochelaga I Montréal), décrite par J. Cartier et dont Ramusio nous a conservé le plan et la vue. Mais eussent-elles été en pierre, (lu'elles ont dû disparaître sous la puissante végétation qui, dans ce pays, recouvre si rapidement les places incultes. ( )n en a un exemple authentique : en lOOi, Des Monts avait élevé dans l'îlot de Sainte-Croix, à l'embouchure de la rivière de ce nom, un fort (jui fut abandonné l'année suivante et ce qui en restait fut ruiné en 1613, lors de la honteuse expédition de l'anglais Argall. Cent soixante-dix ans plus tard, « lorsqu'on 1783, un traité déclara que la rivière de Sainte-Croix fixerait la limite entre les Etats du Maine et du Nouveau Brunswick, on hésitait à savoir quel était le vrai cours d'eau de Sainte- ('roix, mais en 1798 le doute fut résolu par la découverte de l'île de Des Monts, sur laquelle des recherches firent retrouver, cachés sous les amas de sable et de broussailles, les fondations du fort depuis si longtemps écroulé. La solitude reprend vite ses droits, et le silence régnait depuis de longues années sur ce point qu'avaient animé un jour la vie et les passions (1). » Dans le Groenland où la végétation est incompara-

(1) Fr. Parkman, Le>t pionniers français dans l'Amérique du Nord, trarl. de M'"" la comtesse Gédéon de Clermont-Tonnerre. Paris, 1870, ia-12, p. 182. Il cite Holmes, American Annals. I. 122, note 1.

206 CONGRÈS DES AMÉRIGANISTES. 3o

blemenl moins envahissante qu'au Canada, il a fallu des recherches persévérantes, poursuivies pendant plus de un siècle et demi, pour retrouver la ])lupart des vestiges des anciens établissements islandais, et c'est seulement plusieurs siècles après l'arrivée des Européens dans l'Amérique centrale, que le monde savant apjiril l'existence des imposantes ruines de Palenqué. Ces exemples nous laissent l'espoir que les restes des anciens édifices de l'Escociland ne seront pas toujours ensevelis sous les détritus, les ronces et les couches de poussière.

La présence de livres latins dans la bibliothèque du roi est toute naturelle, puisqu'il y avait eu des missionnaires chrétiens dans le pays ; les habitants ne comprenaient plus ces livres, parce qu'ils étaient séparés de la mère patrie depuis des siècles et qu'ils n'avaient plus de prêtres formés dans les séminaires et les Universités d'Europe. Il en fut de môme poiu' les chrétientés du (îrœnland, depuis 1418, c'est-à-dire plusieurs générations avant leur anéantissement. La langue des Escocilandais étant l'ancien irlandais, ils avaient des lettres quelque peu différentes des caractères latins ; le pêcheur frislandais eut besoin d'un interprète pour se faire comprendre d'eux ; c'est la meilleure preuve que les habitants n'étaient pas d'origine Scandinave, comme on l'a supposé; autrement un insulaire des Faereys aurait pu sans peine converser avec eux : l'ancien idiome norrain n'était pas encore totalement corrompu en Norvège, en Islande, au Grœnland, dans les Orcades, les Shetlands, les Fsereys, et restait la langue commune de toutes les possessions du roi de Norvège. ,

Le contraste ([ue les Escocilandais offraient avec les peuples situés au sud de leur pays, suffirait seul à indiquer l'origine européenne des premiers; les uns cultivaient les céréales, les autres étaient anthropophages et vivaient de chasse, n'ayant pointant pas l'industrie de se couvrir des peaux d'animaux tués par eux ; ils ne savaient ni pécher avec des lîlets, ni tra-

M LE MARKLANn ET i/eSCOCILAND. 207

vailler les métaux; ils se bornaient à aiguiser le bout de leurs lances de bois. Les Escocilaudais au contraire s'entendaient à extraire des métaux de toute sorte et ils avaient de l'or en abondance. Le grand pays situé au sud, qui était populeux et riche en or, paraît avoir été le Markland ou Nouvelle Ecosse, où l'on a en effet découvert de riches mines (1). Les métaux ne manquent pas non plus dans les pays autrefois compris sous le nom d'Escociland. Pour la partie canadienne, en effet, il y a d'abondants fdons d'or dans les districts de Beauce et de Saint-François, aux sources de la rivière Chaudière. On trouve de l'argent natif dans le dernier district; du cuivre en immense quantité dans les cantons de l'est ; du fer presifue partout; enfin du plomb dans la Gaspésie (2). Pour le Nouveau Brunswick, on y connaît, depuis le temps de Champlain, plusieurs mines de fer sur le Hltoral de la Baie Française ou de Fundy (3).

Quant aux relations commerciales de l'Escociland, il en a déjà été question; mais il faut encore passer en revue les articles qui en faisaient l'objet : les pelleteries, le soufre et la pegola. S'il y a lieu d'être surpris de ce que les habitants d'iui pays, plus tard si renommé pour le commerce des fourrures, aient eu besoin d'en faire venir du Groenland, il faut pourtant remarquer que l'ours blanc ne fréquente point leurs parages et que certains amphibies sont beaucoup moins abondants dans le Golfe du St-Laurent que dans le détroit de Davis. En outre, bien que les Grœnlandais n'eussent ni solfatare, ni soufre

(1) Voy. A practical Guide for Tourists, Miners and Investors and allPersons interested in the Développement of the Gold Fields of Nova Scotia, by A. Heatherington Montréal, 1868, in-12.

(2) Voy. Esquisses sur le Canada par J. C. Taché, Paris 1865, in-18, p. 61 ; — La Province de Québec par L. Archambeault. Québec, 1870, in-12. p. 63.

(3) Yoy. du S'' de Champlain. L. II. ch. 3 ; T. I de l'édit. de Paris, 1S30. p. 74-75.

208 CONOKKS DES A.MÉlllCAMSlES. 35

natif, ils pouvaient extraire ce corps intlammabie des pyrites • pii se trouvent en plusieurs endroits de leur pays (1). 11 ne l'aut pas non plus oul)lier que le monastère de St-Thomas, bien que situé tort loin au nord des établissements Scandinaves, sur une l'ôte inexplorée depuis jjien des siècles, faisait partie du Grœnland et que ses eaux descendant d'une montagne volcanique étaient sulfureuses (2). — Reste la ppgola ; ce mot peut signifier tout à la fois : poix, résine, goudron ou bitume. Dans le premier sens, il désignerait la résine Ibssile, sorte d'ambre très-brillant et combustible, que l'on trouve en grande quantité dans les gisements de charbon de terre à Atanakerdlidv, sur la rive septentrionale du détroit de NVaigat, qui sépare l'ile de Disko de la péninsule de Noursoak, et dans l'île inhabitée de Hareœ, au nord de celle de lUsko (3). Dans le second sens il désignerait le goudron de phocpie (sà'ltjiora), que les Grœnlandais avaient coutume de fabriquer dans le Nordrseta, « parce que la chasse au phoque y était plus productive que dans les pays habités. La graisse de phoque fondue était versée dans des barques de peau et celles-ci suspendues dans des hangars extérieurs et exposées au vent, jusqu'à ce qu'elle se coagulât (4). » Ce goudron servait à enduire les navires et passait pour les préserver des atteintes du ver de mer ou taret (5). Enfin dans le troisième sens, pegola se rapporterait soit au bitume fabriqué avec les

(1) H. Rink, Crrrmlnnd, T. III. p. 204, 208, 215, 218; III. 150,

(2) « L'acqua poi nel monistero per esser di zolfo...» (Relat. des Zcni, édit. Major, p. 17.)

(3) H. Rink, Gncnland, T. I. p. 172, 177; II. p. 147, 209.

(4) Extrait du Hauhstboh , fait par Bjœrn Jônsson de Skardsâ et publiô dans Antiq. Americ. p. 275 et dans Grœnlands hist. Min- ^/e-s-OT. III. p. 242-3. ^i .-i.- i /.o|i

(5) Saga deThorfnn Karlsefnr, dany Ant. Amer.\i. 263 et (rj^œnlandx hist. Mindesm. T. I. p. 'i 38- 9.

t^)(i I.E MAllKLAM) ET l.'KSCUnii.AMi. 209

pierres incandescentes vomies par le volcan de St-Tlionias (1), soit à iina cevtn matovia corne pegola (2), qui se formait dans une fontaine d'une île voisine du caj) de Trin, situé au sud du Grœnland. Cette île doit être celle d'Ounartok, située non loin de Lichtenau, par 60° 30' de lat. sept., et qui, seule dans le Grœnland méridional , renferme deux bassins d'eau chaude, à la température de 32° et 33°, dont l'un produit une plante visqueuse, qui s'étend en couche épaisse sur le tout (3).

Ainsi, dans tout le récit du pêcheur frislandais, il n'y arien qui ne puisse s'expliquer très-naturellement si l'on se place à notre point de vue. On nous permettra donc, jusqu'à preuve du contraire, de le considérer comme l'expression de la vérité. Une des plus sérieuses objections qu'on puisse lui adresser, c'est la disparition de la civilisation euroi)éenne et du christianisme dans l'Escociland, entre le voyage du j)ècheur et les plus anciennes explorations françaises; nous ne parlons pas des navigations plus ou moins connues de Verrazzano, des Gortereals, des Cabots, qui ont seulement vu les côtes de rAméricjue septentrionale, et qui, en tout cas, n'ont pas décrit amplement les mœurs des habitants. J. Cartier lui-même n'a pas connu l'intérieur de la iiéninsule au sud du Saint-Laurent. Les tentatives de colonisation en Acadie du baron de Léry, en 1518, et du marquis de la Hoche, en L598, ou i>lutôt en 1578,

(1) a Nelle fabricbc del uionistero uou si servono tU altra materia (•ho di quella stessa, ehe porta lor il fuoco, perche tolgono lo piètre anlenti, che àsimilitudine di faville escono dolla bocca de)!' arsura del monte, allhora che sono piu infiamate, et battano lor sopia deir ai-^iici por la quale si apreno, et fanno bitunae ô calcina bian-

r chissima e molto tenace, che posta in conserva non si euasta mai*. (Rel. des Zeni, édit. Major, p. 13-14.)

(2) Relat. des Zeni, édit. Major, p. 31.

(3) Bredsdorft", dau;^ Gr.^-nhrnch hist. Mindcsm. T. III. p. 597; — H. Rink, Grœnland. 111. p. 352.

210 CONGRÈS DES amériganistes. 37

sont à peine connues. Il faut attendre jusqu'aux explorations de Des Monts et de Champlain, en 1604 et 1605, de Poulrincourt et de Lescarbot, en 1606, et surtout jusqu'aux missions des Jésuites, à partir de 1611, et des Récollets, à partir de 1615, pour avoir des notions quelque peu exactes des côtes de l'Acadie. II fallut ensuite plus d'un demi-siècle pour la parcourir en tout sens, y établir des missions en beaucoup de points et se mettre en relation avec tous les indigènes. On peut se résumer en disant que le XVIP siècle presque tout entier fut employé à explorer la péninsule au sud du Saint- Laurent et son appendice la Nouvelle-Ecosse. Or, si l'on étudie la masse de renseignements réunis pendant un siècle et demi, et d'observations plus ou moins suivies, plus ou moins profondes, on y rencontrera nombre de vestiges du Christianisme prêché autrefois dans l'Escociland et le Markland. Nous avons consacré un mémoire spécial à l'examen de cette question (1); il nous suffira donc d'exposer dans un bref résumé les faits les plus caractéristiques.

En 1534, des indigènes de la Gaspésie, voyant J. Cartier planter une croix sur le littoral de leur pays, mirent deux doigts en croix, puis montrèrent toute la contrée environnante, comme pour indiquer qu'il yen avait de pareilles dans tout leur territoire. En 1607, Champlain en trouva une, en effet, dans la Baie Française ou de Fundy, sur la côte septentrionale de l'ancien Markland. Elle était fort vieille, toute couverte de mousse et presque toute pourrie, cVoii le célèbre navigateur concluait fort justement qu'autrefois il y avait eu des Chrétiens en ce pays. Les indigènes du voisinage observaient certaines pratiques chrétiennes avant même d'être

(1) Les derniers vestiges du, Christianisme prêché du 10'' au 14« siccle dans le Markland et la grande Irlande : les Porte-Croix 'le la Gaspésie et de l'Acadie (Domiaation canadienne), extrait des Annales de 'philosophie chrétienne, kvv'û 1877. p. ■PS'i-SlO; aussi tiré à part. Paris 1877. 27 p. in-S'^.

8<S LE MARKLA.XU ET l'eSCOCILAND. 211

bapLisés; par exemple, Clhkoiulun, sag-amus uu sachem de la rivière Saint-Jean, ne mangeait pas un morceau sans lever les yeux au ciel et faire le signe de la croix ; il avait des croix dans toutes ses cabanes et il en portait une devant sa poitnne. Les insulaires de Gap Breton faisaient aussi très-volontiers le signe de la croix, et se la peignaient spontanément sur le visage, sur l'estomac, sur les bras et sur les jambes. Aussi Lescarbot pensait-il que ces peuples « sont venus de quelque race de gens qui avaient été instruits en la loi de Dieu (2). » LesAcadiens, nom par lequel on désignait les habitants delà Nouvelle Ecosse, tIu Nouveau Brunswick, de la Gaspésie, des îles voisines et même du Maine oriental, avaient quelques notions du déluge et des choses de l'ancienne loi; ils connaissaient la Trinité, dont un des personnages s'appelait Messou, réparateur comme le Messie, et sa mère qui, au jugement du P. G. Sagard Théodat, « semble représenter en quelque chose kl mère de Notre-Seigneur Jésus- Ghrist. » Ils n'avaient pas oublié le nom de Jésus ; mais, devenus idolâtres, ils l'appliquaient au soleil, soit sous cette forme même, soit sous les formes légèrement corrompues de Kesus, Kizous, Gischi. Au temps de Jean Alphonse (1541), leur langue renfermait encore beaucoup de mots latins, et V AUehiya retentissait encore dans un de leurs chants au milieu du XVIP siècle. Enfin les Souriquois de l'Acadie avaient adopté un grand principe, qui était le premier et j)eut-ctre l'unique article de leurs lois : c'était de faire à autrui ce qu'ils souhaitaient qu'on leur fît à (Mi>v-mèmes. Ils n'avaient donc pas seulement conservé quelques pratiques du Christianisme et quelques réminiscences de ses dogmes, mais ils se souvenaient encore du sublime précepte qui fait le fondement de la morale chrétienne.

Aussi tous les esprits perspicaces, tous les hommes bien informés : Ghamplain, Lescarbot, Nicolas Denys, M^"" de

,2) Illbt. de- la Xuuc. Fraiicc. L. 1. Cli. 3. Paris, 1618, in-8", p. 23.

2 112 r.ONni'.ÉS DES AMÉUICAMSTES. iW)

Sailli- Vallier, le T. Le Clurcq, et le P. G. Sagard ïhéodat lui-mèuie, malgré la forme dubitative qu'il emploie, frappés des nombreux indices énumérés plus haut, en ont-ils tiré la conclusion que le Christianisme avait déjà été prêché dans le ])ays avant l'arrivée des Français; mais ils ne pouvaient se rendre compte ni de la manière ni du temps oîi cette évangélisation avait eu lieu. Toute la nouveauté de notre thèse consiste à répondre point pour point aux questions que ces observateurs judicieux s'étaient posées sans pouvoir les i-osoudre.

C'est en vain que l'on prétendrait attribuer une origine toute moderne à ces vestiges signalés en Acadie à partir du XVP siècle. Le culte de la croix, les prati({ues, les dogmes et les noms chrétiens, les mots latins, n'ont pu être adoptés ));u- les sauvages en imitation de ce que faisaient, croyaient (■' disaient les navigateurs et missionnaires français, puisque leur présence dans le i)ays y a été constatée au fur ci à me- ^.ure que l'on y faisait des découvertes. Vers 1080, un vieillard de la tribu des I*orte-Croix de la Gaspésie, dont les souvenirs remontaient à plus de cent-vingt ans, aflirmait à M. de Fronsac et au P. Le Glercq qu'il avait vu le })remier européen qui avait abordé dans ces parages; qu'avant son ai-rivée, les indigènes avaient déjà le culte de la croix; (jue cet usage n'avait pas été apporté par des étrangers, et que ce (|ii'il en savait, il l'avait appris par la tradilion de ses pères, lesquels avaient vécu pour le jnoins aussi longtemps que lui. Co culte était encore tellement répandu chez les Ciaspésiens, d.ms la seconde moitié du XVIP siècle, avant leur nouvelle conversion au Christianisme, (pi'il n'y a pas moyen de l'expliquer autrement que par l'évangélisation du pays dans les temps précolombiens.

Mais alors on peut se demander s'il est permis de supposer ([ii'un peuple, une fois éclairé des lumières du Christianisme,

it si profondément tombé, non pas seulement dans le ,1 hisme ou l'hérésie, mais encore dans ks ténèbres et les

^ll

i'-) LK MAUKLAND ET l'eSCOCII.AND. 218

grossières superstitions du fétichisme. Sans aucun doute, il y en a des exemples irréfragables. L'humanité, à cet égard, ne diffère guère des champs les mieux défrichés ou des plus solides chemins ferrés : dès que l'on cesse de cultiver les uns ou d'entretenir les autres, les brous^^ailles s'en emparent et les traces de la civilisation disparaissent sous les accrues de la nature sauvage. Personne aujourd'hui n'ose contester l'existence de la colonie islandaise du Grœnland, qui dura environ cinq siècles. Les descendants des anciens chrétiens se liront entendre pour la dernière fois à l'Europe, dans une lettre de sollicitation adressée au Souverain-Pontife, à l'effet d'en obtenir un évêque et des prêtres pour rétablir le service divin dans les églises (jui avaient été ravagées trente ans ;îiipar;ivant par les Es(iuimaux, alors payons. Ou ne possède l'Uis cette lettre, mais son contenu est rapporte dans une bulle du Pape Nicolas V, en date du 20 septembre 1418 et relative aux mesures à prendre pour subvenir aux Ijosoins spirituels des Grœnlandais (1). Mais aucun des évèques nommés postérieurement au siège de Gards ne paraît avoir résidé dans ce diocèse (2). Les relations commerciales entre cette colonie et la Norvège, sa mère patrie, continuèrent pourtant encore quelque temps. Vers l'an 1448, il y avait à Bergen quarante marins expérimentés, qui faisaient chaque année le voyage du Groenland et en rappoi-taient des articles précieux ; mais ils furent massacrés par les Hanséates, et depuis, on ne put retrouvei- la véritable situation de l'ancienne colonie avant la mission de Hans Egede, en 1721. Or, il n'y avait alors plus aucune trace de Christianisme dans le pays et si

! (1) Grœnlands hist. Mindesm. III. p, 108-175.

(2) Le dernier évêque qui ait résidé à Gards, imraît avoir été Jean, dont la mort arrivée en 1378 ne fut connue en Norvège que six ans après. Aucun de ses neuf successeurs connus n'ayant fon.-tionné dans le diocèse, on peut les regarder tous comme des r^voques in portibus.

214 r,().\i;ui';s pes améuiganistes. 41

des descendants des anciens coluns islandais existaient encure, ils avaient totalement perdu leur nationalité, trois cents acs après que leurs ancêtres eurent donné signe de vie pour la dernière fois. De même d'après le Landnnmabôk (1), cette histoire si véridique de la colonisation de l'Islande : « Des hommes bien informés rapportent que quelques-uns des colons étaient baptisés lorsqu'ils s'établirent en Islande. La plupart d'entre eux venaient des pays situés à l'ouest do la mer (2). On nomme entre autres Heigé Magré, Œrlyg l'ancien, Helgé Bjôla, Jœrund le chrétien, Aude Djùpaudhga, Kelill Fiilské et plusieurs autres ; quelques-uns professèrent le Christianisme jusqu'à leur mort ; mais l'ignorance gagna leurs familles, de sorte que les fils de plusieurs d'entre eux élevèrent des temples et y sacrihèrent aux faux dieux ; l'ile fut entièrement payenne pendant jirès de cent hivers, » c'està-dire pendant tout le X" siècle.

Ainsi, en Islande, il a sufli de queUpies générations pour que les descendants des Chrétiens, venus des Iles Britanniques, se confondissent avec les payens dont ils étaient enlou-

[i] Part. V. ch. 15, dans Islendiatja sceguA'. Copenhague, 1843, in-S" T. I. p. 321-2.

(2) Par rapport à la Norvégo bion outemlu; les éeri vains on. langue norraino, alors luôine qu'ils étaient islandais, se plaçaient au point de vue de la N(jrvôge leur mère patrie. C'est ainsi que, par imitation des Romains, nos ancieas initiateurs à la civilisation, nous continuons à appeler le pays de nos ancêtres Gaule Transalpine, et que, au commencement de ce siècle, nos armées imposèrent les noms de Républiques cisalpine et cispadane à des Etats pourtant situés au-delà, et non en deçà, des Alpos et du Pô, par rapport à la France. — Cette digression a pour but de montrer qu'il no faut prendre à la lettre les mots: venus de l'ouest, ni supposer, comme l'ont fait Wormskjold et Vilhelmi, que les Irlandais,! , premiers colons de l'Islande, étaient originaires des pays situés àj fouest de cette île, par conséquent de la Grande Irlande américaine.!

42 LE MAhKLAMD ET l'eSCOCILAND. 215

rés. Il n'a sans doute pas fallu plus de temps pour que les Esquimaux absorbassent les Scandinaves du Grœnland séparés de leur mère patrie; l'intervalle de un siècle et demi au moins, entre les voyai^es du pêcheur frislandais dans l'Escociland et les premiers renseignements modernes sur la même contrée, intervalle que l'on peut porter au double, si l'on y veut comprendre toute la période nécessaire pour recueillir des renseignements précis et détaillés sur les mœurs et les croyances des indigènes de l'Acadie, — explique pourquoi l'un a retrouvé chez eux si peu de traces de la civilisation européenne maintenue dans le Markland et l'Escociland au moins jusqu'à la tin du XIV^ siècle. Ces vestiges n'étaient pourtant pas totalement effacés au bout de deux siècles. Nous venons de signaler un certain nombre de réminiscences chrétiennes, connues depuis longtemps, mais qui n'avaient jamais été coordonnées avec les faits antérieurs^ et qui empruntent à ceux-ci ou jettent sur eux des lumières auxquelles on ne s'attendait peut-être pas. On ne sera sans doute pas moins surpris d'apprendre que la colonie norvégienne du Markland conserva jusqu'au XVP siècle certains indices de ses anciens rapports avec la mère patrie, et mieux : son nom national, encore reconnaissable sous la transcription peu exacte des voyageurs, cosmographes et cartographes d'alors.

Le grand capitaine de marine, français, de la ville de Dicjipe, que l'on croit être J. Parmentier et qui a écrit, en 1539, la plus ancienne description connue de la Française ou Franci.^cane, découverte quinze ans auparavant par J. Verrazzano, dit que « cette terre est appelée Norumbega par ses habitants (1). » D'après la carte, fort inexacte d'ailleurs, dressée par Gastaldi pour accompagner le discours de ce navigateur, on voit que la Terra di Norumbega s'étend de

(l) « La terra e detta <la paesani suoi Norumbega. » (Rarauaio. Ter:o voliDrie délie naci/jationi si viarjgi. Veuise, 155G, in-fol* fol. 423.)

'■>[& CONCUKS DES A.MÉlilC.A.NlSTIiS. iij

l'est à l'ouest, depuis Cap Breton jusqu'à un bras de uier qui baigne aussi la Nouvelle France ou Bas Canada, et doit être le Kennebek, uni avec la rivière Cbaudière, qui se jette en effet dans le Saint-Laurent en amont de Québec. Selon ces auteurs, la Noruuibega est une île au sud du Saint- Laurent. Le cartoy'raphe y place divers noms de lieux qui sont, en allant de l'est à l'ouest : Cap des Bretons (aujourd'hui Cap Ganseau), ({u'il distingue de Cap Breton et de Lsola de Brettoni; Port du Refuge, Port-Héal et le Paradis, sur la côte et vis-à-vis d'une ass?z grande île appelée Briso; puis Flora, à peu près au milieu de la côte de Norumbega, enlin Angoulesme, dans une péninsule, près de la frontière ftrientale de Norumbega.

Cette île correspond donc à la péninsule au sud du Saint- Laurent, non coiupri:-. la Gaspé:-^!H ni les autres cantons du Bas-Canada ; elle sii tnnive restreinte au Nouveau Brunswick, à la Nouvelle Ecosse et à la i)artie de l'Etat du Main(! située à l'est du Kennebek. Il est facile de ramener son nom à la forme primitive ([ui devait être Norœuliyijdh ou Norrœnbygdh (contrée des Norrains ou Norvégiens) (1). Ce qui justifie cette conjecture, c'est que le globe d'LJl})ius {■2.} dressé

(1") Dans cette eouiposition le mol elhuiqiie ii'estpus ilé«^liué, «on plua que tlans Finnhijgdhs (pays des Lapons . Un punirait substituer au norrain bygdh (pays) le mut fiereyen bijgci qui signifie habitation et qui, en suédois, a pris la forme de hijLjije dans nybtjçiye (colonie). — En 1646, La Peyrere, qui ne savait par le danois, mais qui entendait parler à Copenhague de Eystribygdh et de Vestri' bygdh, contrées de l'ancien Groenland, transcrivait ces mots par Ostrebuy et Westrebug (yoy. Relation du Gnvnland, i^.'Od, 103, 107 110, dans Recueil de voyages au Nord, T. L Amsterdam, 1705, in-18.) Il est probable que les habitants de la Norumbega avaient] •'•gaiement apocope le dh ou d doiu:, lorsque ce nom fut recueilli do leur bouche par nos plus ancien navigateurs aux Terres Neuves. i

^2) Rcgiones orhis terrarum qvœ uut a veteribu.s tracliiœ am, no.vtyr' patri/'iiiiiue memorid compertee aint Ei'phrosynus Ulpiusï

44 LE MARKLANU ET L'ESCOCILANn. 217

trois ans après la composition du discours du g-rand marin Dieppois, nomme Verrazzana sire Nova Gallia le pays que le discours appelle Norumbega, et y place les noms suivants, en allant du nord au sud : Cemeri, Cavo S. Francise. , Porto Reale, C. S. Jehan, Normanvilla, Rio del solo, C. di S. Gcrmano, LunrjaviUa, Piaggia de Calanii, Selva de Cervi. Normanvilla, ville des Normands ou Norvégiens, placée vers 43° ou 44° de latitude septentrionale, paraît être la capitale de la Norumbega.

IjO premier écrivain, qui à notre connaissance ait donné des notions un peu plus amples de la Norombègue, est Jean Alphonse, pilote Saintongeois, a homme des plus entendus au fait de la navigation qui fust en France de son temps (1). » Il accompagna Roberval dans son voyage à la Nouvelle France, en 1541, et il nous apprend lui-même qu'il explora la Norombègue jusqu'à une baie située par 42° de latitude septentrionale, qui la sépare de la Floride (2). On lit dans sa

describebat anno salutis lo42. Ce globe, trouvé en Espagne, est actuellement en la possession de l'fi^îSfoncaZ Society de New- York. La partie représentant l'Amérique du Nord a été reproduite par M. Henry C. Murphy, dans The Voyages of Yerrazzano , a chapter in the early History of maritime Discovery in America. New- York. 1875, in-8'. p. 114.

(1) Voy. du S'- de Chomplain. L. I, oh. 5. T. I, p. 39 do Tédit. de Paris, 1830.

(2) C'est sans doute la baie de Long Island située un degré plus au sud que ne porte la Cosmographie, fol. 185 de l'ancienne pagination. Ce passage a été publié en Anglais par Hakluyt et retraduit do l'Anglais en français dans l'extrait du Routier de Jean Alphonse, sous le titre de : Voyages de découverte au Canada entre les années h'^i'ii et L'y i^ par Jacques Cartier, le S'' de Roberval, Jean Alphonse de Xaintoigne etc. Imprimé sur d'anciennes relations et publié sous la direction delà Société littéraire et historique de Québec. Québec, 1843, in-8<' p. 86.

2iR CONGRÈS DES AMKRICANISTES. 45

cosmograpliie : « Je ditz que le cap de Saint-Jehan, dicL Cap à Breton et le cap de la Franciscane sont nord-est et sudouest et prennent un quart de est à ouest, et y a en la roule cent quarante lieues et icy faict ung- cap appelé le cap de Noromhègiic. Le dict cap (1) est par quarante et ung degrez de la haulteur du polie artique. La dicte coste est toute sableuse, basse, sans nulle montaigne. Et au long laquelle coste y a plusieurs isles de sable et coste fort dang'ereuse de bancs et rochiers. Les gens de ceste coste et de Gap à Breton sont maulvaises gens, puissans, grandz fleschiers, et sont gens qui vivent de poissons et de chair, et ont aulcun molz et parlent quasi le mesme langaige de ceux de Canada (2) et sont grand peuple. Et ceux de Cap à Breton vont donner la guerre à ceulx de la Terre Neufve quand ils peschent et pour nulle chose ne saulveroyent la vie à ung homme quand ilz le prennent, si n'est jeune enfant ou jeune fille. Sont si

(1) II s'agit du Cap de la Franciscane on Pointe Montauk, formant l'extrémité orientale de Long Island.

(2) II ne faudrait pas interpréter ce passage comme l'a fait M. Kunstmann, dans un ouvrage d'ailleurs fort bien fait (Die Entdeckung Amerikas, p. 47) et surtout précieux pour ses reproductions de cartes inédites. Analysant la description fjue Wytfliet a donnée de la Norumbega, en partie d'après Jean Alphonse, le savant bavarois dit: a Les habitants do la Norumbega suivent les mœurs et les cou" tûmes françaises. Les navires des Français ont aussi là leurs stations, comme l'indique l'île Claudia. » (ainsi nommée d'après la reine Claude de France, femme de François I^'). M. Kunstmann a cru que les habitants de la Norumbega étaient francisés (befolgen franzœsische Lebensart und Sitten) ; mais Jean Alphonse et Wytfliet disent seulement: l'un, qu'ils parlaient à peu près le langage des indigènes du Canada; l'autre qu'il avaient les mœurs des sauvages (et non des colons) de la Nouvelle France. Il est bon de le noter, de peur que l'assertion de M. Kunstmann ne donne lieu de croire que les indigènes de la Norombègue parlaient le français, de même qu'ils avaient des mots approchant du latin.

46 LE MAP.Kr.AND ET l'eSCOCILAND. 2i9

cruels que si prennent ung- homme portant barbe, iiz luy couppent les membres et les portent à leurs femmes et enffans, at'lin d'estre vengez en cela. Et y a entre eux force pelleteries de toustes bestes. Audel i du cap de Norombègue descend la rivière dudict Noromhdgue, environ vingt et cinq lieues du cap. Ladicte rivière est large de plus de quarante lieues de latitude en son entrée et ceste largeur au dedans bien trente ou ([uarante lieues et est toute pleine d'isles qui entrent bien dix ou douze lieues en la mer et est fort dangereuse de rochers et baptures (récifs). Ladicte rivière est par quarante et deux degrez de la haulteur du polie artique. Audedans de la dicte rivière quinze heuesy a une ville qui s'appelle Noromhrgue et y a en elle de bonnes gens et y a force pelleteries de toutes bestes. Les gens de la ville sont vestuz de pelleteries, ])(n'tans manleaulx de martres. Je me doubte que la dicte rivière va entre en la rivière de Hochelaga, car elle est sallée plus de quarante lieues en dedans selon le dict des gens de l;i ville. Los gens parlent beaucoup de motz qui approuchent du latin et adorent le soleil et sont belles gens et grandz hommes. La terre de Norombègue est haulte et bonne » (1).

(1) Cosmographie de Jehan Allefonse et de Raulin Secalart, cosmograplie de Honnefleur, 1545, manuscrit français de la Bibliothèque nationale de Paris, n° 676, grand format ; fol. 187 de l'anc, pagination. — Voy. notice sur cet ouvrage dans Les manuscrits français de la Bibliothèque du roi par M. A. Paulin-Paris, t. V, 1842, in-S", p. 310-3. Le savant paléographe lit Raulin Secalart, tandis que M. Margry lit Paul Secallar (Navigations françaises, p. 228). — Ce manuscrit est fort difficile à déchiffrer et l'écriture en est presque effacée, surtout celle des nombreuses cartes insérées dans le texte, aussi M. Brevort, qui a fourni à M. Murphy le texte que ce dernier a traduit en anglais et publié dans son ouvrage sur Verrazzano (p. 37-38), a-t-il mal lu les mots soulignés dans le passage reproduit plus haut. Ainsi il écrit Noroverege et une foi» Norombergue au lieu de Norombègue ; il lit 45° au lieu de 41° pour le cap de la Franciscane ; enfin il supprime la phrase : et ont aulcun motz.

250 CONGHÈS DES ÂMÉUICAMSTES. 47

Cet extrait a besoin rie diverses explications : la distance de cent quarante lieues entre le cap Breton et un autre situé au sud-est, qui portait le nom de cap de la Franciscane et qui paraît être la pointe Montauk, est passablement exacte, si l'on compte seize lieues et demie audeg'ré, comme Jonn Alphonse lui-même nous dit qu'il faut faire (1). Ce cap ou plutôt la baie de Long'-Island, que Jean-Alphonse n'a pas explorée à fond, formait, selon lui, la limite entre la Floride et la Norombègue. La rivière de Noï-ombègue qui a plus de quarante lieues (242 kilomètres) do large à son embouchure, qui continue à avoir cette largeur 30 ou 40 lieues plus haut, qui est pleine d'îles s'avançant à 10 ou 12 lieues en mer, ne peut être aucune des rivières proprement dites qui existent entre le cap Breton et la pointe Montauk ; les plus importantes d'entr'elles, les rivières Saint- Jean et Sainte- Croix, le Penobscot et le Kennebtk, sont loin d'avoir les dimensions extraordinaires dont paritf le cosmographe ; il ne faut donc pas prendre « rivière » dans le sens ordinaire, mais bien dans celui de « golfe » (comme Rivière de Gênes) ou plutôt de «bras de mer.» L'auteur l'entendait bien ainsi, puisqu'il suppose, d'ailleurs gratuitement, que la rivière de Norombègue était en communication avec celle de Hochelaga (le fleuve Saint-Laurent). Dans toute la contrée décrite par Jean Alphonse, il n'y a que la Baie Française (2), située entre la Nouvelle Ecosse et le Nouveau Brunswick qui ait à peu près les dimensions attribuées à la rivière de Norombègue : entre le cap Sainte-Marie à l'ouest de la Nouvelle Ecosse et la rive occidentale de la baie du Penobscot, il y a en effet 240 kilomètres. Ce golfe a bien aussi quarante lieues de profondeur; à la vérité il n'a pas partout la largeur que

(1) Fol. 185 de sa Cosmographie.

("2} Appelée par les Anglais Fundy liay, sans doute par corruption des mots fond de haie, qui , du temps de la domination française, devaient s'appliquer soit à la l)aie de Chignecto ou Roau- B;issia, soit au Bassin des Mines.

4K i.E ^rAUKI>A.^'D et l'escociland. ^21

notre cosmographo lui attribue d'après les rapports des indigènes ; il est néanmoins extrêmement larg-e, ayant encore 45 kilomètres de largeur à l'endroit oii il se bifurque en deux baies, celle de Gliignecto et le bassin des Mines. Les nomlireux îlots qui obstruent la baie du Penobscot et de Passima- ([uoddy, les longues îles et péninsules situées au sud de la l)aie de Fundy, justifient les assertions de notre auteur relativement aux îles qui s'avancent bien de dix à douze lieues dans la mer. Il faut donc se ranger à l'avis de M. l'abljô Laverdière, le savant éditeur de Ghamplain, qui soutient contre son auteur, que la rivière de Norombègue est la baie de Fundy, et non le Pentagouet ou Penobscot (1).

Seulement, il reste une assez grande difficulté, c'est que Jean Alphonse donne une fausse latitude à la rivière do Norombègue ; il la place (sans doute son entrée) par 42" de latitude septentrionale. Or cà cette hauteur il n'y a pas, dans la partie orientale de l'Amérique du Nord, de bras de mer ou de cours d'eau auquel puisse s'appliquer la description de Jean Alphonse, et la baie de Fundy est par 44° 30' ; il faut donc conclure que le pilote de Roberval s'est trompé dans ses évaluations ou a mal recopié ses notes, si toutefois f erreur est de lui et non pas de son copiste ou continuateur Raulin Secalart. La ville de Norombègue étant située à quinze lieues ou cent kilomètres en amont de l'entrée de la rivière, il fiuit la chercher soit dans l'ancien Port-Royal ou Rassin d'Annapohs, soit dans la baie de Passimaquoddy. Au milieu du XVP siècle, ses habitants ne se distinguaient plus des féroces sauvages des côtes voisines et du cap Rreton, que par des mœurs plus douces (2), par un costume plus riche,

(1) Œuvres de Champlain, édit. Laverdière, t. III, p. 31.

(•2) « Bonnes et belles gens, y> dit J. Alphonse. Le même témoignage leur est rendu par le marin Dieppois : « Gli habiter 1 di questa terra sono genti trattabili, amichevoli et piacevoli. » (Hamusio, Terzo volume délie 'iici.viyationi et vioggi. Yerwi^e. 155(5, iu-fol., t. III, fol. 423.^

22iJ COAGUÈS PES AMÉRICANISTES. 49

par plus d'adresse et d'habileté, et par l'usag-e de fds de coton, indices de leur ancienne civilisation qui, à la vérité, ne seraient pas assez caractéristicjues, s'il n'était resté dans la lançfuo du pays ipielques mots approchant du latin. — Notons en passant, que Membertou, saganio ou chef des Souriquois de la Nouvelle Ecosse « était barbu comme un Français (1), ... ce qui est si rare parmi les peuples de l'Amérique, que s'il ne fût pas né avant l'aiTivée des Français dans son pays, on n'eût pas douté que le sang européen ne fût mêlé dans ses veines avec le sang américain (2) ». Il avait été autmoin, c'està-dire prêtre ou schaman, et, comme marque de cette dignité, il portait suspendu sur la poitrine un triangle (3), peut-être par allusion à la croyance en la Trinité chrétienne.

Dans la dernière moitié du même siècle, la Norombègue paraît avoir éprouvé le contre-coup de la révolution qui eut lieu dans la Nouvelle France entre les voyages de J. Cartier et ceux de Ghamplain. La famille huronne-iroquoise, que le premier avait trouvée dans les royaumes de llochelaga et de Canada, paraît avoir été remjdacée par la famille algonqiiine, et lorsque Ghamplain visita de nouveau ces jiays, 80 ans plus tard, il ne restait plus de trace de Hochelaga ni de Stadaconé (i). De même pour la Norombègue, André Thevet, qui appelle

(1) Rclalion de la Nouvelle France (par le P. Biard), IGll, réôilitôe flans Relations; des Jésuites, t. I. Québec, 1858, in-8", p. 33.

(2) De Charlevoix, Hist. et descr. de la Nouvelle France. Paris, 1744, in-4o, t. I, p. 129.

i3) F. M. M;ix. Bibaud, Biographie des Sagamos illustres de V Amcrique septentrionale. Montréal, 1848, in-S", p. 54.

(4) Aussi Cliamplain vemarque-t-il expressément que, au temps de J. Cartier, « le pays était plus peuplé de gens sédentaires qu'il n'est à présent. » {Voy. du S' de Ghamplain. L. I. ch. 2, édit. de 1830. T. I. p. 14. — Cfr. Cours d'histoire du Canada, par J.-B.-A. Ferland, part. I''^. Québec, 1861, in-8», p. 45 ; — Parkmau, Les Pionniers français, trad, citée, p. 144, note 4.1

50 LE MARKLAND ET l'eSCOCILAND. 2:23

Cartier « son singulier ami » et Roberval « son familier, » qui dit avoir reçu d'eux des renseignements, qui affirme s'être souvent entretenu avec Donnaconna, roi de Canada, et qui prétend avoir visité la Norombègue (1), écrit dans sa Cosmographie universelle (2), publiée une trentaine d'années après les voyages faits par J. Cartier, Roberval et J. Alphonse, « l'une des plus belles rivières qui soit en toute la terre est nommée de nous Norombègue et des barbares Aggoncy (3), » Il ajoute : « Elle est marquée en quelques cartes marines Rivière Grande. Il entre plusieurs autres belles rivières dans ceste-ci, et sur laquelle jadis les P'rançais llrent bâtir un petit fort (4) quelque dix ou douze lieues en icelle, lequel était environné d'eau doulce, qui va dégorger dans icelle et fut nommée ceste place le fort de Norombègue (5). » Mais un peu plus loin, il dit que ceux du pays nomment la terre Française Norombègue (6). C'est donc de son temps, dans le troisième

(1) « Ayant mis pied à terre, » {Cosmographie, fol. 1008)

K Ayant demeuré là cinq jours. » (Ibid. fol. 1009.)

(2) Paris 1575, 2 vol. in-fol. ' ""

(3) Cette remarque et celle de Wytfliet (voy. plus loin) montrent que M. Murphy n'est pas fondé à affirmer que le nom de Noriimbega est incontestablement emprunté aux Indiens. C'est donc on vain qu'il cite, à l'appui de cette opinion, le passage suivant du missionnaire Vetmmille : « Nolumbega a le sens d'eau dormante entre les cataractes, dont il y a plusieurs dans cette rivière. A diverses reprises, voyageant en canot sur le Penobscot, j'ai entendu les Indiens appeler ces endroits Nolicmbega.-» {IJistory ofthe Abenakis. New- York. 1866, p. 48-49.)

(4) Probablement en 1518, lorsque le baron de Léry et de Saint- Just, vicomte de Gueu, tenta de coloniser le nord de l'Acadie. (Voy. Hist. de l'Acadie française, par M. Moreau. Paris 1873. ïn-H" p. 2-3.)

(5) Cosmogr. univ. fol. 1008. • -

(6) « La coste de Canada, depuis le Cap de Lorraine [ou Cap Breton], tournant au Sud, entre ainsi en mer comme fait Tltalie entra

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