‹ Compte-rendu de la seconde session, Luxembourg-1877Chapitre 40 sur 62 · LA KOL'TE UU MISSISSIPI · texte numérisé non relu

LA KOL'TE UU MISSISSIPI

définitivement la Nouvelle France ; malheureusement le capitaine de Beaujeu, qui commandait sa flottille, le trahit. Abandonné presque sans vivres et sans munitions sur les plages du Texas, à l'endroit qui porte aujourd'hui son nom, il ne perdit pas courage et fit diverses tentatives pour gagner par terre le Mississipi. Tous les Indiens, quand ils surent qu'il était Français, lui firent très-bon accueil. Au moment de toucher le but, il fut assassiné parDuhaut, l'un de ses compagnons (1).

Etablissements de Cavelier de la Salle app. XIIIj. — Lettre de Louis XIV à M. de la Salle, du l'2 avril 1684. Copie de la main de la Salle communiquée par M. Mario de la Quesnerie. — Mémoire de ce qui est nécessaire pour faire l'entreprise du sieur de la Salle. (Arch. du Min. de la Mar.). — Mémoire du sieur de la Salle sur l'entreprise qu'il a proposée à Monseigneur le Marquis de Seignelay, sur une des provinces du Mexique {h.Tc\i. du Min. de la Mar.). — Bée. et Etabl., ])p. 2$o et seq. — M. Parkman, The discovery of the Great West, pp. 302 et seq. . ,

(1) JouTET, Journal historique du dernier voyage de feu M. de la Salle ; Paris, 1713. — Anastase Douay, Premier établissement de la foy, ch. xxiv. — Charlevoix, op. cit., t. III, p. 5 et passim. — Mémoire de Tonty, édit. Margry. — Relation du voyage entrepris par feu M. Robert Cavelier, sieur de la Salle, pour découvrir dans le golfe du Mexique V embouchure du fleuve Missisipy , par M. Cavelier, prêtre de S.-Sulpice ; Manate, 1858. Ce mémoire a 3té imprimé à 100 ex. sur le ms. de M. F. Parkman. — Lettre de 'a Salle au minisire datée de l'etnbouchirre occidentale du fleuve Oolbert, le 4« mars 16S3{Avch.. du Min. delà Mar.) Correspondance !wec Beaujeu réunie en un cahier (Arch. du Min. de la Marine). — •procès-verbal du sieur de la Salle sur le naufrage de la flûte \ Aimable, à l'embouchure du fleuve Colbert (Arch. du Min. de la (lar.) — Interrogations faittes à Pierre et Jean Talon par ordre le mons'- le comte Bupontchartraia à leurs arrivée de la Vera- •reux le quatorsiesme de septembre W98. (Communication deM.Maiode la QnQ-^xxçvÏG).— Décoiiverte.i et Etablissements de Cavelier de

ïii^ CO.NGUKri DES A.MEHIC.V.MSïES. 1

Lui mort, sa découverte l'ut oubliée. Le Mississipi disparut des cartes ou n'y llg-ura que dans des situations imaginaires. C'est en 1699 seulement que Le Moyne d'Iberville en découvrit de nouveau les embouchures et y jeta les fondements de la puissance française (1).

M. stronck donne lecture d'un mémoire intitulé Repùrcs chronologiques de r histoire des Moiind-Biiildvrs. ■ . ^

Avant d'être occupées par les tribus indiennes en voie de, s'éteindre, les plaines centrales de l'Amérique du Nord étaient habitées par une population homogène, semi-civilisée, à laquelle les Ethnologues ont donné le nom de Mound-Builders ou « constructeurs de tumuli. » ' . ■•

Quoique nos connaissances relativement à cette race soient encore à l'heure actuelle dans un état peu satisfaisant, les recherches ethnologiques de ces dernières années ont cependant déchiré en partie le voile qui recouvrait depuis si longtemps l'histoire de cette intéressante fraction de l'espèce' humaine. Ce fut sans aucun doute sur les rives du Mississipi; et de rOhio que les Mound-Builders s'élaliliront de préfé-l rence, puisque cette région est i'em])lie de leurs monuments ;j mais leur empire s'étendait bien au-dtîlà de ces limites. On\ trouve en effet des mounds, dans la vallée do la Rivière Rouge,; dans le Dakota, dans le Montana, dans l'i^i'égon et jusque

la Salle, pp. 245 ot seq. — M. F. I'arkman", Thn discovery of the Great ^\^est^ pp. 310 et seq.

(1) Lettre d'Iberville écrite de Roche fort, en juillet iG99, à $on\ retour de Vexpédition à l'embouchure du Mixsissipi. (Bibliothèque: nationale, F. F.n" 1628). Pénicault, Relation ou Annalle de ce qus'est passé dans le pays de la Louisiane, i^il^ de la Bibliothèque de Rouen;.

- KEl'KUES CHUOXOLUGinUES. ' 313

dans la Colombie Britannique (1). Chose singulière! Les rivages de l'Atlantique présentent à peine quelques traces de cette race mystérieuse.

Les difficultés qui entourent l'histoire des Mound-Builders naissent de l'absence complète de tous témoignages écrits de la nature de ceux qui éclairent, dans l'Ancien Monde, l'histoire de la plupart des peuples. Les Celles et les Germains n'ont point écrit, mais des auteurs contemporains ont écrit sur eux. Les Druides ont trouvé un César, les Germains un Tacite. Ici rien de pareil. Si les documents découverts au Mexique et au Pérou nous avaient été conservés, nous aurions peut-être trouvé dans ces annales la clef de l'histoire du peuple dont il s'agit en ce moment. Il est en effet hors de doute, que les Mound-Builders de l'Amérique du Nord ont entretenu primitivement des relations avec les peuples plus policés du Sud. Les mounds qui reproduisent dans leurs contours essentiels les formes d'animaux appartenant exclusivement aux régions tropicales constituent à eux seuls la preuve de ce fait. Hàtons-nous cependant d'ajouter, que déjà à une époque assez reculée, ces relations devaient avoir été complètement interrompues, puisque les Européens ont trouvé d'Amérique centrale en plein âge de bronze, tandis que les Mound-Builders n'ont connu que la pierre et le cuivre à l'état natif.

Nous avons dit tout à l'heure que les documents écrits font absolument défaut. En effet, la célèbre pierre de Grave Creek, celle de Newark, et la table de Cincinnati, qui avaient donné tant d'espoir, lors de leur apparition, ont fort mal répondu à l'attente publique. Leur authenticité est aujourd'hui difficilement soutenable, et il faut convenir que le déchiffrement de

(1) Poster, The Pre-historic Races of the United States p. 151. Swineford; History and Revieio of the minerai ressources ofLake Superior, p. 87-89.

314 CONGRÈS DES AMÉRICÂNISTES. 3

ces inscriptions tout au moins suspectes n'a donné aucun résultat.

Nous en sommes donc réduits, pour tout ce qui concerne l'histoire des Mound-Builders, aux monuments muets qu'ils nous ont laissés, et aux objets si nombreux et si variés que des fouilles récentes ont mis en notre possession.

Parmi les diverses questions qui se rattachent au développement de cette race véritablement préhistorique, il en est une qui mérite de fixer particulièrement notre attention; je veux parler de sa chronologie. Il ne s'agit pas, ai-je besoin de le dire, de dates proprement dites à fixer, mais seulement de planter, ne fût-ce que d'une manière vague, quelques jalons chronologiques dans cette longue durée de siècles marquée par le passage des Mound-Builders.

Pour l'Ancien Monde, ou du moins pour l'Europe, on est parvenu à diviser l'immense espace de temps qui précède l'histoire au moyen d'observations géologiques ingénieusement combinées avec les résultats fournis par de nombreuses trouvailles archéologiques. En prenant pour point de départ la nature des matériaux qui ont servi à la fabrication des plus anciens outils de l'homme ainsi que le degré de perfection du travail, on a pu distinguer quatre périodes successives ou. quatre âges caractérisés : le premier, par la pierre taillée ; le ' second, par la pierre polie; le troisième, par le bronze; le, quatrième, par le fer. Je n'ai point ici à m'expliquer sur les délicates questions que soulève cette division, mais bien à examiner jusqu'à quel point elle est applicable à la préhistoire du Nouveau Monde.

Des outils en pierre recueillis dans les mounds américains, les uns sont simplement taillés, tandis que les autres, façonnés avec plus d'art, présentent des facettes polies. Il semblerait donc, au premier abord, que l'on puisse distinguer, dans l'Amérique du Nord comme en Europe, un âge de la pierre taillée, et un âge de la pierre polie. Malheureusement, il n'en est rion. En Europe, on trouve, dans certaines couches de

i r.EPÈHES CHRONOLOGIQUES. '515

l'écorce terrestre, des quantités plus ou moins grandes d'objets en pierje présentant tous le même caractère, soit celui de la taille, soit celui du polissage. Telle couche ne renferme que des objets bruts ou taillés, telle autre renferme exclusivement des objets qui ont été polis. En Amérique, au contraire, les mêmes tumuli renferment des spécimens taillés et des- spécimens polis. Il suit de là que les produits de l'âge de pierre ne peuvent y être utilisés au point de vue chronologique.

L'Amérique du Nord n'a point passé par l'âge du bronze, mais on a recueilli dans ses mounds, et ailleurs aussi, de nombreux échantillons de haches, de celtes, de ciseaux, de couteaux, de pointes de flèches, d'amulettes, de bijoux, tous objets fabriqués en cuivre natif sans aucun alliage. De là, pour les archéologues américains, un âge de cuivre particulier au Nouveau Monde. Mais cet âge n'est d'aucun secours pour la chronologie. En effet, au lieu qu'en Europe il est arrivé un moment oij, tout au moins en ce qui concerne les instruments tranchants, le bronze avait supplanté la pierre, il est constant que dans l'Amérique du Nord l'emploi du cuivre n'a point fait renoncer à celui de la pierre. On pourrait presque dire que l'âge de cuivre s'y confond avec celui de la pierre, puisque les aborigènes ne traitaient point le minerai par le feu, et qu'ils se bornaient à façonner en les martelant des blocs de métal à l'état natif.

Quant à l'âge de fer, chacun sait que l'usage de ce métal a été introduit dans le Nouveau Monde par les Européens.

Ne pouvant diviser les temps préhistoriques à l'aide des produits de l'industrie humaine, il nous reste pour dernière ressource de nous adresser aux végétaux, ces archives vivantes qui, par leurs cercles concentriques, nous font connaître exactement le nombre des années écoulées depuis leur sortie de terre. Il en est, sans doute, qui sont de peu de durée ; mais, dans les forêts vierges de l'Amérique, les robustes'tribus des chênes et des pins comptent des ^témoins remontant

fJlG GONGHÈS DES AMERICANISTES. 5

à l'antiquilé la plus haute. M. Kii'chhof a rencontré, en Californie, dans la vallée de Yoseiniti, des pins àg-és de plus de 3,400 ans !

Nous allons donc réunir les principales données chronologiques résultant de l'âge des arl)res qui ont crû sur les mounds de l'Amérique du Nord.

Konlucky. — M. R. Peter a constaté, en 1838, l'existence sur un mound de cet Etat, d'une végétation identique à celle des forêts vierges avoisinantes. Or, d'après les observations faites par M. Harrisson, la durée nécessaire pour la production d'un ]ihénomène semblable ne peut être évaluée à moins de cinq siècles. Dans les mômes parages, M. Peter a discerné les vestiges d'un remblai qui, d'après des renseignements trèsprécis puisés dans l'histoire du Kentucky, portait autrefois un frêne vieux de 400 ans (1).

Ohio. — MM. Squier et Davis ont constaté, sur un mound de Highland County, la présence d'un châtaignier qu'ils ont reconnu être âgé d'environ 600 ans (2).

Les célèbres ouvrages de Newark sont aujourd'hui en partie recouverts par une forêt vierge dont la croissance suppose une durée de cinq siècles (3).

On a coupé, il y a quelque temps, sur un ouvrage situé dans les environs de Marietta, un arbre dont le tronc accusait huit siècles d'existence (i). ■ ' . .

Virginie. — Les arbres percrus sur le mound qui a donné

(1) Smithsonian Report for 1871, p. 422-23.

(2) Smithsonian Report for 1862, p. 323.

(3) Fostef, The prêhistoric Races of the United States, p. 124-26.

(4) Force, The Mound-Builders, p. 02. . ;;

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son nom à la fameuse inscription dite de Grave Creek ont été trouvés âgés d'environ 600 ans (1).

Floride. — M. Wyman, qui a exploré les amas de coquilles de la Floride a trouvé sur quelques-uns de ces dépôts des chênes vieux de six siècles (2).

Indiana. — A six milles au Nord-Ouest de Waterloo, M. Robertson a fouillé un mound dont les talus étaient jonchés de troncs d'arbres en état de putréfaction. Un chêne noir, encore debout était âgé d'au moins quatre cents ans (3).

Wisconsin. — M. G. Barbier a constaté sur les épaulements de l'ouvrage de Rock-River la présence de chênes âgés de six à huit siècles (4).

Géorgie. — M. W. Kinley a découvert, en 1872, de nombreux groupes de tumuli dans cet Etat. Au sommet de l'un d'eux il a trouvé une variété de chênes dont la croissance est très-lente ; il n'hésite pas à leur attribuer une durée de plus de six siècles (5).

Tennessee. — Sur d'anciens amas de coquilles voisins du village de Savannah, M. J. Parish Stelle a trouvé un chêne (quercus macrocarpa) mesurant six pieds de diamètre. On sait que cette variété s'accroit latéralement d'un pied en cent vingt ans ; ce chêne est donc âgé de plus de sept siècles (6).

Région des Lacs. — Un ingénieur français, M. Simonin, a découvert sur les déblais provenant des exploitations des Anciens mineurs, un sapin vieux de quatre siècles (7).

(1) West. Reserve and North. Ohio Hist. Society. Nov. 1876.

(2) Foster, The prehistoric Races of the United States, p. 169.

(3) Smithsonian RepoH for 181 k, p. 381.

(4) Barbier, Découverte de l'Amérique, p. 229. '

(5) Smithsonian Report for i872, p. 424.

(6) Sm,ithsonian Report for 1871, p. 414.

(7) Revue des Deux-Mondes, 1875.

318 CONGHÈS UES amékicanistes. 7

Le savant archéolog'ue, M. Morlot estime que la végétation qui recouvre aujourd'hui les anciennes excavations minières de ces contrées accuse une durée se rapprochant parfois de dix siècles. au -iim>i'<i'. -!v

Le capitaine Peck a trouvé, sur les bords de l'Ontonag'on, des outils des Anciens mineurs enfouis, en contact avec une veine de cuivre, sous un énorme tronc de cèdre, qui luimême était recouvert par les racines tortueuses d'un arbre âgé de trois cents ans. Il est' vraisemblable que l'enfouissement des outils dont il s'agit remonte à six ou sept siècles.

Territoires. — M. Barrandt a découvert sur les bords du Bighorn, l'un des affluents du Missouri, des tumuli attestant l'existence dans ces lieux d'une cité aborigène préhistorique. Sur l'un de ces tumuli, croissait un chêne âgé d'environ six siècles.

En 1869-70, M. Barrandt a trouvé un chêne du même âge sur un autre tertre de la même région.

Tel est l'ensemble des faits qu'il nous a été possible de réunir. Ils seraient bien certainement plus nombreux si nous avions pu dépouiller les journaux et les recueils périodiques qui depuis quelques années enregistrent avec soin les observations de ce genre. . . ,^ ,.

L'envahissementpar la végétation forestière de monuments élevés au prix de tant de labeurs, implique évidemment le retrait de la population qui habitait les régions oii ils sont situés. Il est, en effet, notoire que tous les peuples apportent un soin jaloux à la conservation des enceintes sacrées renfermant les restes mortels de leurs ancêtres. Dans un récent travail sur les coutumes funéraires des Indigènes de l'Amérique du Nord, M. Barber exprime cette vérité en des termes d'une grande énergie : Respect for tlie dead, evinced by cérémonies, rites, and solemn décorations, bas been nniversal in

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