REPÈRES CHRONOLOGIQUES
rU âges and in ail countries. Ce sentiment est à ce point profond, même chez les tribus contemporaines de l'Amérique du Nord, que d'ordinaire celles qui vont se déplacer recommandent instamment aux Indiens du voisinage de veiller à ce que les sépultures qu'elles abandonnent ne soient point profanées. Il serait donc absolument contraire à tout ce que nous savons des Indiens d'Amérique, d'admettre que sous leurs yeux ou sous ceux de leurs descendants, les monuments funéraires des ancêtres aient pu être ainsi envahis par la végétation environnante.
Nous sommes ainsi autorisés à conclure des faits ci-dessus énumérés: qu'il s'est écoulé en moyenne six siècles, depuis que la région des mounds a été abandonnée par les Mound- Builders ; que, par conséquent, lors de la découverte du Nouveau Monde, les Indiens dits Peaux-Rouges occupaient cette région depuis environ deux cents ans.
Les traditions indiennes ne sont nullement en contradiction avec ces conclusions. Les Indigènes connus sous les noms de Sacs et de Foxes, après un séjour de deux cents ans dans les environs d'Albany, Illinois, ne savaient rien concernant les mounds du pays, et ils ignoraient à quoi pouvaient servir certains des objets extraits de ces ouvrages (i). Les premiers Pères Jésuites qui ont visité la région des Lacs constatèrent que les Indiens de ces parages n'avaient aucune connaissance ni des Anciens mineurs ni des mines de cuivre ellesmêmes. Interrogés sur l'origine ou la destination des mounds, les Peaux-Rouges des vastes plaines du Mississipi, répondent que ces constructions sont l'œuvre d'un peuple qui les a précédés et qui leur est inconnu. Cette ignorance ne peut s'expliquer que par l'hypothèse d'une évacuation du territoire par les populations qui avaient construit les mounds. Disons à ce sujet, que les traditions des Indiens ne s'oblitèrent pas
{V) Smtthsonian Report for 1874, p. 359- fiO.
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aussi facilement qu'on pourrait le croire. « Nous avons autour de nous, dit le Colonel G. W. Yenkes, en parlant des sauvages de la Caroline du Nord, des Indiens dont les traditions remontent au-delà de cinq siècles (1). »
Il est donc acquis à l'histoire (jue vers les 11* et 12* siècles, il s'est produit, au sein de la population aborigène de l'Amérique du Nord, un grand mouvement d'émigration qui s'est probablement opéré dans la direction du Sud.
IJI.
Cela ne veut pas dire que toutes les parties de la région habitée par les Mound-Builders aient été évacuées à l'époque qui vient d'être indiquée. En effet, sur plusieurs points, cortains ouvrages sont recouverts de forêts vierges qui se sont renouvelées depuis leur abandon (2), et cette circonstance accuse un retrait de la population l'emontant au moins à douze siècles.
Voici comment on arrive à ce chiffre. Il résulte, avons-nous vu, de l'ensemble des observations faites sur les forêts vierges recouvrant les ouvrages abandonnés, que l'âge moyen des arbres peut être évalué à 600 ans ; or, il est des cas dans lesquels on a constaté que des arbres six fois séculaires croissent, non sur un sol antérieurement dépourvu de toute végétation, mais bien sur la poussière d'une forêt préexistante. Partout où des arbres se sont affaissés sur le sol pour y devenir la proie lente de la pourriture végétale, on aperçoit des aspérités ou des bosses provenant de la terre qui a été soulevée par les racines au moment de la chute. C'est la présence de ces bosses qui atteste, sans qu'il soit possible de s'y
(1) Foster, The prehistoric Races of the United States, p. 150.
(2) Lubbock, L'Homme avant l'Histoire, p. 235.
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méprendre; que la forêt s'est renouvelée. Les observations de MM. Dunlevy et Lapham ont mis ce point hors de doute (1). Ainsi donc, antérieurement à l'époque de Gharleraag'ne, les Mound-Builders avaient déjà abandonné plusieurs établissements. Leur disparition complète n'a donc pas été l'œuvre de quelques années mais bien do plusieurs siècles. Un intervalle d'au moins 600 ans einbrasse les diverses phases de leur retrait ; d'oi^i la conclusion, que l'évacuation du territoire s'est opérée par secousses successives, et que nous avons dégagé de la nuit des temps un fait historique présentant des analogies incontestables avec la grande migration des peuples qui s'est produite au centre du continent européen vers les l)remiers siècles de notre ère. En termes phis précis, nous sommes amenés à penser que les Peaux-Rouges ont joué, dans l'Amérique du Nord, relativement aux Mound-Builders leurs prédécesseurs, un rôle analogue à celui que les tribus germaniques ont joué à l'égard des peuples plus policés d'origine gallo-romaine.