LE SYNCHRONISME PRÉHISTORIQUE
a été créé en six jours de vingt- quatre heures, il s'en est trouvé un grand nombre, adoptant la glose de Buckland, et qui, à sa suite, ont affirmé que chaque jour formait un cycle ' composé d'une série incalculable de siècles, durant lesquels la terre a subi diverses transformations dont les preuves se découvrent avec les fossiles dans les profondeurs des terres. Entre ces deux opinions extrêmes, il y avait place pour une opinion plus rationnelle. Celle-ci, tout en tenant pour exacte et avérée la création en six jours, suivant la gradation biblique, admet que ces jours n'étaient point des jours solaires d'une durée régulière de vingt-quatre heures, mais des jours ou périodes cosmiques, d'une longueur indéterminée et irrégulière, bien que suffisante pour la formation, conformément aux principes géologiques, des dépôts qui composent les couches terrestres. Semblable opinion n'est nullement contraire à la croyance chrétienne ; elle laisse intacte la division mosaïque de la création et met cette division en parfaite harmonie avec les données de la science. " ^
D'ailleurs, la classification générale des terrains d'après les observations de la paléontologie et de la géologie ne peut pas s'étendre à toute la terre sans exception. Les signes chronologiques diffèrent selon les latitudes. Il est vrai toutefois que cette diversité est moins grande pour les premiers âges. Gela s'explique naturellement. Dans le principe, la température toujours uniforme du globe était plus constamment et plus universellement élevée. Il en résultait des conditions physiques plus favorables et moins variables, et la faune et la flore soumises à cette loi plus normale en ressentaient évidemment les influences heureuses.
En combinant la tradition mosaïque avec les notions expérimentales de la géologie, on voit que c'est i>8ndant l'époque quaternaire que l'homme a dû paraître sur la terre. Cependant, les couches supérieures- de l'époque tertiaire accusent déjà la trace de l'homme
Le texte sacré fait vivre les premières générations humaines
376 C.OXGHKS UES AAlKiilCAMSTKS. , -8
dans l'Asie. Durant les quinze ou vingt siècles qui se sont écoulés depuis la création de l'iiomnie jusqu'au déluge, il est probal)le que la race humaine s'était assez accrue pour déborder de son berceau, envoyer de nombreuses tribus peupler d'autres parties du monde, et ce, vers les extrémités occidentales, qui semblent avoir été habitées les premières après l'Asie.
Quoiqu'il en soit, des restes humains ont été découverts dans d'autres régions, môme au sein de couches antérieures à l'époque quaternaire. Certains savants en ont conclu qu'Adam ne fut pas le premier homme. Ils trouvent, pour appuyer leur opinion, des arguments dans quelques faits connus, dont ils tirent par analogie des conclusions synchroniques prouvant, d'après eux, l'existence d'une race préadamique. La question est intéressante. Je puis m'y arrêter un instant ; elle ne s'écarte pas de mon sujet. Voici les faits.
M. l'abbé Delaunay a trouvéun halitherium dont l'humérus, plusieurs cotes et presque toutes les vertèbres auraient été incisés par le travail de l'homme.
A Thénay, dans une couche du terrain miocène, on a découvert un silex prétendument travaillé de main d'homme (1).
A Savone, dans une couche du terrain pliocène, on a sur - ])ris les traces d'un homme fossile.
Les fouilles faites en Amérique et spécialement en Californie ont révélé l'existence de l'homme à l'époque tertiaire. Ces traces ont été reconnues dans les dépots do San-Lorenzo, deCasconade-Counly, de Vermillion-Bay, de Tuolumne, dans les récifs de la Floride, dans ceux de Natchez et de la Nouvelle-Orléans.
Quelles sont les conséquences de ces découvertes et de quelques autres également récentes, et que peut-on inférei
J) Hamy, Précis de la. Po/êoritolor/ie h'itnainc, lJuIli(jie, 187U.
U I.E SWXCHHO.MSME rUÉlUSTGUIiKE. 377
de la coïncidence que présentent sous ce rapport le Nouveau et l'Ancien Monde ?
Examinons d'abord les faits sous leur petit côté. La trace imparfaite et hypothétique laissée par l'outil gTOssier dont se servait l'homme primitif peut-elle, après tant de milliers d'années, donner quelque certitude sur une question aussi grave que celle de l'existence de l'homme à l'époque tertiaire, quand la g-éologie d'accord avec la Genèse fournit tant do preuves du contraire? Quelle est la valeur probante de conjectures assises sur d'aussi faibles indices (1) ?
N'est-il pas plus sérieux d'admettre que ces débris et vestiges humains ont été déposés à la place où ils ont été trouvés par suite de circonstances artilicielles qui se sont produites postérieurement à l'époque tertiaire, et dont la découverte ne prouverait dès lors rien en faveur de l'existence de l'homme pendant la période tertiaire?
Mais la science offre des arguments bien plus puissants pour combattre les conséquences synchroniques que l'on chercherait à déduire de certains faits exceptionnels et isolés comme ceux qui précédent. Les modifications que le sol a subies, les bouleversements volcaui([ues qui ont agi à sa surface tour à tour par l'eau et par le feu, surtout lors de la formation première du groupe kaïnozoïque, ont profondément remué la terre. Les couches de terrains ont été soulevées
(1) (c h'Salitherium rencontré par M. Delaunay, dans le cours de ses recherches, était presque entier; uu humérus, plusieurs côtes, presque toutes les vertèbres, portaient des incisions, des entailles extrêmement nettes; les premières linéaii'es, presque transversales, les secondes, obliques, conchoïdes, présentant de petites stries parallèles à la direction de l'entaille. Cette fois, c'était bien l'outil de pierre qui avait entamé l'os, presque toujours au point d'intersection de quelque muscle. Or, ces ossements sont extrêmement durs, et des marqxies de cotte nature n'ont pu être faites qu'à l'état frais, -n T)" E. T. Hamy, Précis de paléontologie humaine, T^-p. 58-9.
(Note de la Comraission'de jj-nhUcotion.)
378 CONGRÈS DES américanistes. 10
dans l'ordre de leur superposition ; mais dans certains cas, la voûte a été percée, dans d'autres les couches sont restées suspendues, dans d'autres enlin, l'action volcanique ayant cessé, la masse soulevée s'est affaissée et les terrains se sont confondus. Après cela, serait-il contestable que la découverte de la trace de l'homme dans les terrains de l'époque tertiaire ne soit pas une preuve de l'homme pliocène? Du reste, outre les causes géologi(jues qui peuvent donner l'explication de ces découvertes, il en est d'autres non moins sérieuses. La faune et la flore de l'époque tertiaire ne fournissent aucune espèce d'indication relativement à la présence sur la terre d'une race d'hommes antérieure à l'humanité adamique. Ensuite, à l'époque tertiaire, les conditions climatologiques étaient défavorables à la vie humaine, au point que les principes morbides auraient rendu l'existence de l'homme impossible. Son apparition vers cette époque n'est donc nullement probable. Toutes ces considérations s'appUquent à l'Ancien comme au Nouveau Monde. Voici encore pour ce dernier deux faits spéciaux.
Le docteur Dowler rapporte qu'en creusant une grande excavation, pour l'établissement d'une usine à gaz, près de i la Nouvelle-Orléans, sur les bords du Mississipi, on a trouvé à une profondeur de cinq mètres, sous plusieurs lits formés ; de matières végétales et superposés l'un à l'autre, une grande : quantité de charbon de bois et un squelette humain, dont le crâne appartient au type originaire de la race indienne rouge. \ Le docteur Dowler croit pouvoir assigner à ce squelette une antiquité de cinquante mille ans, ce qui nous mène bien au- 1 delà de l'époque quaternaire. D'après les calculs auxquels cetli éminent géologue s'est livré, le terrain d'alluvion du Mississipi atteint sur quelques points une épaisseur de plus de cent] mètres, et il n'y aurait rien d'exagéré à déterminer plus de cent mille ans pour sa formation. Semblable appréciation me semble singulièrement hasardée. Le Mississipi est un des| ilouvos les plus impétueux du monde. La rapidité et l'étenduej
Il LE SYiNCHKOiVISME PREHISTORIQUE. 379
de son cours ont creusé son lit à des profondeurs trèsvariables, suivant les obstacles dont ce lit se trouve semé et suivant la nature du sol sur lequel ce beau fleuve roule ses Ilots. L'estimation chronologique de M. Dowler me paraît dénuée de toute base certaine, car il n'est pas possible de lîxer d'une manière exacte et uniforme l'ancienneté des dépôts du Mississipi. • ,
M. Agassiz a calculé qu'il a fallu cent trente cinq mille ans pour former la moitié méridionale de la péninsule de la Floride. Il assure cependant que toute cette péninsule est d'origine quaternaire, chose difficile à concilier avec la longue période assignée à sa formation. L'origine de l'homme se place, comme on le sait, au commencement de cette époque, aussi quelques restes humains ont-ils été trouvés dans une portion des récifs de la Floride. M. Agassiz calcule que l'âge de ces restes peut être porté à dix mille ans. Je ne sais où il prend les bases de ces calculs, dont, la fausseté me semble évidente du moment où le point de départ est la formation de la Floride. Qui peut dire en effet si l'accroissement de ces récifs a eu lieu dans la proportion admise par M. Agassiz? N'y a-t-il jamais eu de variations dans cet accroissement? Des causes naturelles ne sont-elles pas venues faciliter ou entraver la formation du sol de cette péninsule? D'ailleurs, c'est un fait clairement démontré par un célèbre géologue belge, M. Dupont, directeur du Musée d'histoire naturelle à Bruxelles, dans ses savantes études sur ! la vallée de la Meuse, que les alluvions des premiers siècles I ont été plus abondantes que postérieurement , et que I la rapidité de la transformation fut d'autant plus grande qu'on [ remonte davantage vers les âges primordiaux. M. de Rossi, ■' un savant géologue italien, a soutenu avec succès la même thèse au point de vue de l'Amérique. Je crois donc pouvoir en conclure que la proportion établie par M. Agassiz pour la Floride n'est point fondée.
380 coxGHÎ:s nr.s a:\iei!ICAmstes. 12
Au surplus, il existe un autre et plus grave motif pour lequel il n'est pas possible d'admettre d'une manière absolue les arguments tirés de la disposition du sol, tout au moins quand il s'agit d'une époque antérieure aux terrains tertiaires. Ce motil' git dans la transformation qu'a subie le globe ou une grande partie du globe, au commencement de la période quaternaire. A ce moment de l'iiistoire du monde, la terre semble avoir été soumise à une révolution aqueuse, que ce soit un déluge universel ou non. Tous les géologues sont à ce sujet du même avis. Vers l'époque de ce cataclysme, certaines contrées de l'Asie et de l'Europe méridionale se trouvaient, seules à ce que l'on croit, habitées jtar les races humaines. Et ))Ourtant, comme Je viens de le rappeler, on a découvert des débris de l'homme parmi les fossiles antédiluviens de l'Amérique. Pareille circonstance n'autorise-t-elle pas à conjecturer que le Nouveau Monde fut également habité avant le déluge? Cette manière de voir est en tous cas préféral)le à l'opinion de ceux qui expli([uent la découverte de débris humains, parmi les couches du diluvium du continent américain, par le charriage violent et le transport lointain des eaux.
Les études récentes et très-complètes faites par les géologues sur la formation erratique prouvent jusqu'à l'évidence que la terre, à un moment donné, a été soumise à l'action impétueuse des eaux. La Science s'est donc, quant au fait lui-même, trouvé d'accord avec la tradition mosaïque. D'après les traces laissées par ce déluge, un courant d'une irrésistible puissance a dû venir du pôle nord. Les sillons, les stries, le polissage imprimés avec une force prodigieuse sur les roches les plus dures, se rencontrent depuis le Nord jusqu'au centre de l'Europe, au Canada et dans la majeure partie des Etats- Unis, se dirigeant toujours du Nord au Sud et dérivant par conséquent du pôle boréal. Mais aucun savant n'a cru pouvoir en conclure d'une façon positive, en s'appuyant sur les données de la science, que le cataclysme s'est étendu sur les deux
Uî LE SYNCHRONISME PRÉHISTORIQUE. 3Sl
hémisphères (1), ni qu'il a été universel à uno épofjue parfaitement déterminée. Les observations soigneusement laites depuis quelques années sur un dépôt de transport durant la période quaternaire, les analyses et les comparaisons dont les blocs errati(pies et les coniilomérats diluviens ont été l'objet dans les diverses régions du globe, semblent démontrer d'une façon de plus en plus certaine qu'ils ne sont pas
(1) a En parcourant les contrées septentrionales de l'Europe, on reconnaît partout les traces d'une immense catastrophe à laquelle les savants ont donné le nom de Diliivium du Nord. Les témoins irrécusables de ce grand phénomène sont les masses énormes de débris arrachés aux montagnes de la Suède et de la Finlande, et couvrant une étendue considérable de l'Allemagne, de la Pologne et de la Russie.
Les mêmes phénomènes se sont produits dans l'Amérique septentrionale où le soi est jonché de fragments de rochers provenant des régions polaires. J. Adhémar cité par M. le Capitaine Le Hon Périodicité des grands déluges résultant du mouvement graduel de la ligne des apsides de la terre p. 28. Seconde édition.
(c II est remarquable, dit M. d'Archiac, au sujet du terrain erratique,, que dans l'hémisphère sud, depuis le 41« degré jusqu'au cap Horn, on trouve le même phénomène que dans les parties septentrionales de l'Ancien et du Nouveau Monde et, de plus, avec des limites semblables. » D'Archiac, Histoire des 2-)rogrès de la géologie, cité dans le même ouvrage, p. 62.
o: M. Agassiz croit qu'à une époque antérieure à la nôtre, la température de nos contrées était plus froide qu'aujourd'hui, qu'un manteau de glace recouvrait, à la faveur de ce refroidissement général, toutes les régions boréales de la terre, et que cet immense glacier envoyait des blocs partout où nous les retrouvons aujourd'hui, polissant et striant les roches de la Scandinavie et de l'Amérique du Nord, couvrant de vastes moraines les plaines de la Russie, celles du Nord de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis.!) Même ouvrage, p. 88.
Voir, en outre, pp. 90, 91, 92. ''
{Note de la ('ommission de publication.)
382 CONGRÈS DES amékiganistes. 14
tous contemporains et que tout en procédant de la même cause, l'action de masses irrésistibles d'eau, ils n'ont point été produits par une inondation universelle de la terre. Sur certains points du sclobe, cette inondation paraît avoir précédé l'apparition de la race humaine ; on n'a encore trouvé de restes antédiluviens de l'homme et de son industrie que dans quelques régions, sans rapport synchronique, tandis que partout l'on trouve la preuve que la terre a été couverte par des eaux envahissantes et furieuses. D'ailleurs, la faune etr la stratigraphie établissent clairement un cataclysme diluvien. Ainsi, en Amérique, comme en Europe, il existe des cavernes où l'on rencontre des débris d'animaux, dont certaines espèces vivent encore, dont d'autres ont disparu. Les matériaux qui remplissent ces cavernes sont des amas diluviens de la même nature que ceux qui ont été trouvés sur les autres continents. Chose digne d'attention, c'est en Amérique, dans les terrains laurentiens du Canada, que se trouvent les strates les plus profondes qui aient conservé les traces fugitives de l'apparition de la vie organique sur la terre. M. Lund, dont les recherches minutieuses sur les cavernes de l'Amérique ont été si remarquées , n'a découvert d'ossements humains que dans six d'entre elles ; il n'y en a qu'une seule où il ait observé, à côté de ces restes humains, dos os d'animaux appartenant à des espèces éteintes. Ce fait, quoique unique, le porte à admettre que l'homme remonte, dans cette région, au-delà des temps historiques, et que la race qui y vivait alors était, quant à son type général, identique à celle qui y a été trouvée par les Européens. Les caractères anthropologiques de cette race accusent une grande ressemblance avec les figures sculptées qu'on retrouve dans les anciens monuments du Mexique.
Quand j'affirme la non-universalité du déluge, je n'entends pas contredire le récit de la Genèse. Pour faire périr tous les hommes, sauf ceux que Dieu voulait sauver en même temps que Noé et les animaux choisis par celui-ci, un i
15 ].E SYNCHRONISME PREHISTORIQUE. 383
déluge universel n'était point nécessaire. Cette grande catastrophe, dont l'histoire primitive de tous les peuples anciens conserve- une tradition plus ou moins exacte, a eu Ueu à une époque trop voisine de la création pour qu'une grande dispersion ait pu déjà exister. Une inondation universelle n'était donc pas nécessaire pour l'extermination des hommes. En disant que les eaux ont monté par toute la terre, l'écrivain sacré peut avoir eu en vue toutes les régions habitées alors par les hommes, ainsi que le suppose M. l'abbé Lambert, dans sa belle étude sur le Déluge mosaïque. '■ ■
Toutefois, ce n'est pas le déluge seulement qui a apporté des modifications au globe. Depuis la création du monde, presque tout a été transformé à la surface terrestre. Les cinq parties de la terre n'étaient pas groupées et divisées comme elles le sont aujourd'hui. Les mers avaient d'autres dimensions; les continents d'autres formes. Les péninsules présentaient des aspects différents ; de nouveaux isthmes se sont formés, d'autres ont été rompus. Des îles anciennes ont disparu sous les eaux, de nouvelles ont émergé. La mer a séparé des continents qui se touchaient ; ailleurs elle s'est retirée de certains groupes d'îles, qui sont venues former des montagnes au milieu de continents nouveaux. En un mot, la loi de transformation a été universelle ; mais elle a agi lentement, insensiblement, constamment, et son influence a été semblable à celle qu'exerce l'érosion du flot sur la côte, alors que la vague, qui vient mourir sur le sable, finit par envahir et faire disparaître à la longue le continent qu'elle enserre.
Aussi, les connaissances géographiques antérieures à Strabon et à Pomponius sont-elles devenues aujourd'hui l'objet de savantes recherches ; car les noms donnés anciennement ne trouvent plus maintenant leur place primitive. L'Océan Atlantique, les colonnes d'Hercule et d'autres points importants de la terre occupent actuellement sur notre planis-
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plière une place que les anciens désig-naient sous d'autres noms (1).
Avec ces transformations multiples, dans le sol et au-dessus du sol, dans le temps et dans l'espace, avec les migrations et les disparitions des races et des peuples, il est facile de comprendre que les études synchroniquessont d'un faiblesecours et qu'elles offrent souvent de très-sérieux inconvénients. Tous les penseurs ont senti qu'il était plus sûr de recourir, pour se guider, aux moindres indices patents, plutôt xpie de procéder par voie d'induction pure. C'est ce qui explique les nombreuses recherches d'ethnographie et d'archéologie préhistoriques auxquelles on se livre de nos jours.
La science, qui ne s'est appliquée qu'à consulter les monuments profanes, est néanmoins d'accord avec l'Ecriture sainte pour reconnaître que l'Asie a servi de berceau à l'humanité. C'est de cette partie du monde que sont sorties les tribus primitives qui se sont divisées pour peupler toute la terre.
Celles des branches de la famille de Noé qui se sont établies sur les lieux de leur origine, n'ont pas eu à lutter contre les diflicuités de la vie, ni contre les éléments hostiles de régions inconnues. Elles ont conservé et perfectionné les arts essentiels dont la pratique s'était déjà introduite. Elles se sont attacliées au sol qu'elles cultivaient; c'étaient les tribus livrées à l'agriculture.
Il n'en a pas été de même pour les tribus nomades. Parmi celles-ci, les unes conduisaient leurs troupeaux dans les plaines les plus fertiles, c'étaient les pasteurs, les scénites ; les autres se livraient forcément à la chasse, à la pèche, à la
(1) Ethnographie Caucasienne, 1861 — UOcéan des anciens, 1873,
17 I.K .SVACHliOMSME l'KKHISTOUIuL K. 385
i^'uerre. Sans cesse poussées eu avant par les besoins de l'existence, ces tribus errantes se sont écartées de plus en plus de leur point de départ. Au milieu des luîtes perpétuelles de leur vie, elles ont perdu les premières notions de la civilisation primitive. Des usages nouveaux, appropriés à cette existence vagabonde, et inspirés plutôt par l'instinct que par l'intelligence, un langage déchu, une croyance née des phénomènes de la nature dont le spectacle grandiose restait seul invariable à leurs yeux, tels furent les résultats de l'éloignement et de l'isolement auxquels les tribus nomades se trouvèrent réduites. Et quand elles se fixaient dans une région lointaine, elles se trouvaient plongées dans un état d'ignorance complète, tandis que les peuplades dont elles étaient sorties et qui avaient pu améliorer et perfectionner leur état social, formaient déjà un centre civilisé.
L'origine commune de ces peuplades diverses étant connue, combien ne ferait pas fausse route celui qui chercherait à établir le degré de civilisation de l'une par des parallèles basés sur la civilisation de l'autre ?
Comme c'est en Asie qu'il faut chercher l'origine du genre humain, c'est de là que sortirent les Egyptiens, les Phéniciens, les Hébreux, les Perses, les Grecs, les Sémites, les Scythes, etc.
Il peut y avoir eu plusieurs causes à ces migrations du monde primitif, et, qu'on les attribue à un grand cataclysme, à la famine ou à la guerre, elles se justifient aisi''ment.
Pour ne point m'élendre sur ce sujet, je me bornerai à rappeler qu'à mesure que le premier noyau de la race humaine s'accroissait, ses besoins augmentaient. De plus, les tribus primitives étaient presque exclusivement composées de pasteurs, une grande étendue de territoire leur était donc nécessaire. La îïcnèse porte à chaque pas la preuve de cette assertion. Abraham, Jacob et d'autres Sémites voyageaient toujours avec leurs tamilles et leurs troupeaux. Les pasteurs
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de Loth se querellaient avec ceux d'Abraham, « parce que la terre ne pouvait les supporter tous ensemble ».
Ces tribus nomades emportaient leurs croyances, leurs traditions, leurs usages. Dans leurs pérégrinations, elles rencontraient d'autres peuplades, les unes de races différentes ou éloignées depuis long'temps déjà du lieu de leur commune origine, et dont par suite les croyances et les traditions premières se trouvaient altérées, de même que leurs usages s'étaient modifiés, transformés. Les relations qui s'établissaient alors entre ces peuples frères, le besoin d'imitation inhérent au cœur et à l'esprit de l'homme, fusionnaient rapidement les tribus différentes, sans qu'elles pussent se soustraire aux influences, favorables ou non, mais nécessaires, exercées par l'une sur l'autre. C'est ainsi que s'explique comment, dans des régions fort distantes, à des époques diverses, au milieu d'hommes appartenant à des races distinctes, l'on trouve des vestiges identiques, des monuments semblables. Ce sont là les manifestations d'une civilisation uniforme au début, quoique très-dissemblable à des temps postérieurs, selon les contrées et les inlluences subies.
Le degré de développement social dans une partie du globe ne peut en conséquence, malgré des ressemblances incontestables, servir de point de comparaison pour apprécier la civilisation de certaines autres parties déterminées. Une période universelle de mœurs identiques est inadmissible à aucune époque du monde. Certains archéologues ont cru pouvoir attribuer exclusivement tantôt à l'époque paléolithique, tantôt à l'époque néoHthique, des constructions spéciales ou des procédés caractéristiques. Mais les monuments et les traces de l'industrie humaine qui ont servi de base à ces observations, se rapportent forcément à une période dont l'existence doit être considérée sous un point de vue relatif, suivant les régions. Pour arriver à des résultats certains et avérés, il faut tenir compte dans une large mesure des parties du globe qui servent de point de départ aux appréciations.
19 LE .SYNGHR0^I1^.ME PKÉHISTt>HIQUE. 387
Me sera-t-il permis à ce propos de signaler en passant l'influence constante qu'exercèrent les habitudes des premières races humaines sur les produits de leur travail et de leur génie, influence qui se retrouve encore aujourd'hui notamment dans les arts architectoniques ? L'agriculture obligeait l'homme à se fixer dans le lieu qu'il avait choisi et à travailler sans relâche la même terre. Cette nécessité le porta à se construire une demeure solide, pour y abriter non-seulement sa famille, mais encore ses bestiaux et ses récoltes. 11 éleva donc à l'aide du bois des forêts une cabanO; surmontée d'un toit incliné. Les peuples qui vivaient de la chasse ou de la pêche parcouraient au contraire sans cesse les pays, traversaient les vallées et les montagnes en longeant la mer. Ils ne sentaient point l'utilité d'une habitation confortable et fixe ; une demeure mobile, qu'ils pouvaient emporter dans leurs pérégrinations, convenait mieux à leurs besoins. D'autres se contentaient de se retirer dans les excavations naturelles que leur offraient les rochers, ou bien creusaient des cavités pour leur servir d'abri momentané. De là sont sortis les premiers types de l'architecture : les monuments chinois rappellent encore la tente primitive ; les constructions grecques ont de tout temps conservé les caractères de la cabane; et, les créations, architecturales que l'on admire dans les Indes font éclater aux yeux le souvenir des excavations souterraines. Pourtant, ces types uniques ne suffisent pas à prouver une origine certaine, ils n'appartiennent pas exclusivement à des régions déterminées. Ainsi, il est hors de doute que fart monumental égyptien procède de la combinaison de la cabane et des demeures souterraines.
I Pour en revenir plus spécialement à mon sujet, je crois pouvoir affirmer que rien ne peut être envisagé sous un point de vue absolu dans les appréciations préhistoriques. Ainsi, il n'est pas permis de conjecturer que dans telle contrée de la terre régnait la première ou la seconde période de l'âge de la pierre, l'âge de l'os, du bronze ou du fer, parce que dans telle
388 CUNGHIOS MÙ6 A.MKUK'.AXISTES. • 1^0
autre région dn globe existait à une époque correspondante un âge archéologique analogue. Pas plus qu'il n'est permis de supposer que les temps mythologiques coexistèrent uniformément sur toute la surface du globe, et que l'époque historique apparut à un moment donné, d'une contemporanéité absolue pour les deux liémisiilières.
Des faits nombreux démontrent clairement que les analogies cjui se rencontrent dans les traces laissées par les peuples préhistoriques ne suffisent point pour que l'on soit autorisé à en tirer un parallélisme dangereux ou des conséquences synchroniques quelconques. • >•: -. ■
Les archéologues admettent généralement ({ue la pierre fut kl première matière dans laquelle l'homme s'ingénia à graver des caractères. La pierre fut en quelque sorte le })remier matériel qui se présenta sous la main humaine. D'abord, les races primitives se servirent de la pierre pour perpétuer le souvenir de leurs hauts faits, les actes de bravoure de leurs guerriers. Puis, pour ces peuples ignorants, la pierre devint l'objet d'un culte, que l'ancien fétichisme fait comprendre. Enlin, de même que la pierre avait servi aux manifestations primordiales de la civilisation, son usage participa aux développements successifs du premier état social et bientôt la pierre devint, dans les limites du possible, l'instrument ordinaire de tous les besoins de la vie.
Ce n'est donc pas un caprice de savant qui a présidé à la . division des temps post-pliocènes en âge de la pierre brute, de J la pierre taillée, de la pierre polie, et ensuite du bronze et du 1er. Cette classification très-judicieuse s'est produite comme d'elle-même, par la nature des découvertes; elle est au surplus un moyen facile et lucide pour grouper les faits archéologiques dans les différentes régions du globe. Mais ce serait une erreur profonde que colle d'étendre uniformément sur toute la surface du globe les Ages de répo({ue quaternaire, en leur donnant un sens absolu, une conLemporanéilé ({ne la
ï21 LE SVA'CHIIOMS.ME PllÉlIISTOHUjUE. 'IfS^
science dément et qui jetterait le trouble dans l'histoire primitive du genre humain.
Si les âges préhistoriques, tels que les savaats les ont classés, se rencontrent sous toutes les latitudes dans l'existence de l'humanité, c'est aujourd'hui un lait avéré et incontestable que ces âges n'ont pu être contemporains sur tous les points du globe.
Quand on cite les âges de la pierre, on ne peut entendre par là qu'à un moment donné toutes les races humaines se soient trouvées réduites à cet état rudimentaire. Au point de vue synchronique, la classification des âges est complètement fausse. Ce qui le prouve péremptoirement, c'est que les métaux étaient connus avant le déluge; on travaillait le fer antérieurement à ce grand cataclysme, et cet art n'a pu disparaître que par l'effet de la dispersion des races. Ce qui le prouve encore, c'est qu'il existe de nos jours des tribus en Amérique, en Australie et sans doute ailleurs, qui ne sont pas sorties de l'âge de la pierre brute.
Je puis invoquer de nombreux témoignages à l'appui de ces considérations.
Dans l'ancien testament se trouve la preuve que les objets et ustensiles de pierre, les monuments mégalitkiques^ étaient encore en usage che/, les Hébreux bien postérieurement à l'âge archéologique auquel ils sont attribués. Les instruments de pierre étaient d'ailleurs d'un usage général parmi la race sémitique. La circoncision a été instituée et pratiquée avec des couteaux de pierre, et longtemps après la sortie d'Egypte, elle se pratiquait encore de la même manière. Les passages de la Genèse où l'on parle de l'usage de la pierre dans bien d'autres circonstances, sont nombreux. J'en citerai deux : dans l'Exode (chap. 20), le Seigneur ordonne à Moïse de construire un autel de pierre, qui ne soit pas de pierre taillée, alin que le 1er ne le profane pas de son contact ; cette recommandation est répétée au chap. 27 du Deutéronome, versets 5 iet T) : « Tu édifieras iin un autel au Seigneur ton Dieu, un autel
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de pierre, non touché par le fer...» La coexistence chez les Hébreux de l'usage des couteaux de pierre pour la circoncision et de l'usage des instruments de fer, n'est donc pas douteuse. M. le chanoine Gainet, dans son excellent ouvrage sur V Accord do la Bible et de la Géologie, auquel j'ai fait divers emprunts, dit ceci : « Chez les Orientaux, comme chez les Hébreux, les deux genres d'instruments caractéristiques des âges différents étaient simultanés ; ainsi, les Hébreux faisaient la circoncision avec des silex taillés après que Moïse eut confectionné le splendide mobiher du culte avec les plus riches métaux dans le désert, et pendant que le peuple égaré fondait le veau d'or avec les bracelets et les boucles des femmes Israélites ». Ces faits sont exacts, mais M. Gainet va trop loin quand il s'en sert comme d'un argument en faveur de la contemporanéité de tous les âges. Les Hébreux ne devaient pas nécessairement connaître le fer, à l'époque oii déjà ils connaissaient les métaux précieux: l*or et l'argent. En Amérique, lors de la découverte, le fer était encore inconnu, tandis que les métaux précieux étaient déjà fort estimés. D'ailleurS; si les Hébreux ont continué à pratiquer la circoncision à l'aide d'outils grossiers en silex taillé, ce qui rendait évidemment l'opération plus difficile et plus douloureuse, alors qu'ils auraient })u commodément se servir d'instruments en métal, ce ne peut être que par le désir de respecter une tradition rehgieuse, un ancien rite du culte hébraïque, dont d'anciennes formes liturgiques sont même conservées jusqu'à nos jours.
Le R. P. Petitot constate, dans son remarquable mémoire sur les Déné-Dindjiés, inséré au second volume du Compterendu du Congrès de Nancy, que chez plusieurs des tribus les plus septentrionales de la nation déné-dii!djié,on pratique encore la circoncision des mâles au moyen d'un morceau de silex. Le savant missionnaire rappelle en même temps qu'il a rapporté de la zone glaciale des armes et des ustensiles de pierre soit poliu, soit taillée, ut il voit, dans ces deux faite une preuve de la haute antiquité des Déné-Dindjiés, de
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l'unité de la race humaine et de la communauté d'origine entre les peuples des deux hémisphères.
M. de Rosny, ne croit pas qu'il ait jamais existé un âge delà pierre au Japon, pays relativement moderne. Les Mohaves de la Californie ne possédaient encore aucun instrument de métal en 185-i. C'est au commencement de ce siècle seulement que les Lapons renoncèrent aux instruments de pierre. Dans la guerre de Troie, douze cents ans avant Jésus-Christ, les armes étaient de bronze. Ce n'est que quinze cents ans plus tard (300 ans après J.-C.) que l'âge de fer commence dans le Danemark, selon l'opinion de M. Worsaœ, président du Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique de Copenhague. Tandis que partout ailleurs les savants ont refusé de reconnaître un âge du cuivre, M. Pulszky a démontré au Congrès d'Archéologie de Buda-Pesth que cet âge a existé en Hongrie. A Arles, dans une grotte visitée par les membres du Congrès réuni en cette ville, en octobre 1876, on a trouvé, à côté de quelques silex, une poterie faite 'au tour et vernissée. La grotte explorée présentait, sous une première couche de limon, un lit de cailloux qui devait remonter à une époque fort reculée. Sous ces cailloux se trouvait un amas d'ossements humains mêlés à du limon,,, sous ces ossements le dallage ! Les traces de l'âge de la pierre taillée gisaient donc confondues dans cette grotte avec les produits des temps historiques déjà avancés.
M. Leemans, le savant directeur du Musée royal d'antiquités, à Leyde, a fait observer, au Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique, de Bruxelles, que le jade et la néphrite ont été connus anciennement dans le Yucatan et au Mexique. Or, il résulte de la discussion à laquelle on s'est livré au même Congrès sur des haches en jadéide ou néphrite, présentées par le professeur Desor, de Neuchàtel, que ces haches ne se rencontrent que dans taines régions limitées de l'Europe et spécialement dans ceLe des Hautes- Alpes. La forme do ces haches, leur parfait état
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(1(3 eoas(ji'Viili(3«, l(Jiuoi!^-aoiiL qa'('lIos apparLicnnent à l'âge di' la pierro taillée. Le jade et la néphrite constituent une roche qui est assez abondante en Orient, mais dont il n'existe aucune trace dans les Alpes ni dans les dépôts erratiques. Les conclusions synchroniques que les archéologues pourraient tirer, à l'égard de l'Orient ou de l'Amérique, de la découverte encore inexpliquée de haches en jadéide ou en néphrite dans certaines parties de l'Europe seraient par suite bien aventurées. Je pourrais rappeler ici ce que M. Frédéric Troyon (1) affirmait avec beaucoup de justesse, en parlant de ces petites haches, munies d'un anneau, qui appartiennent à l'âge de bronze et qu'on nomme l'iomniunémcnt Coïts, (l'après les Anglais, du ' nom du peuple auquel ces derniers les attribuent, bien ({ue ce genre de hach(?tte se rencontre dans tous les pays de l'Europe, do inème qu'en Mongolie, en Chine et en Amérique : « Cette espèce d'instruments, disait M. Troyon, répond plutôt à un certain degré de développement humain qu'aux usages d'un peuple en particulier. » Rien n'est plus exact, et si l'on généralisait cette opinion, les sciences préhistoriques ne pourraient qu'y gagner en certitude et en autorité.
Néanmoins, je ne pourrais me rallier à une opinion aussi absolue ({ue c(îlle énoncée par M. Schaafhausen, au Congre?s d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique de Coi)enhague, quand il a dit : « Pourquoi séparer par les siècles les Kjœkkenmœddings, les monuments mégalithiques, les habitations lacustres, les instruments de pierre et de bronze? Tout cela fut contemporain des premières colonies phéniciennes des rivages de la Méditerranée. » Incontestablement, la division des âges archéologiques, imaginée par MM. Thomsen et Worsaa', est judicieuse et peut être universellement adoptée, sous la condition toutefois de n'en taire qu'une application restrictive et résrionale.
(1) Habitations lacustres, Lausanne, 1860, p. 110
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Los races priiniLives lu'ent dv la pierre un usage qui attira dès le début l'attenlion des archéolugucs. En observant les usages lapidaires, ils se sont livrés à des suppositions (jui méritent d'être signalées. Ces pierres isolées ou groupées, que l'on rencontre presque sur toute la surface du globe, que les Grecs appelaient kermès, les Romains levmhms, que dans les régions du nord on nomme cromlechs, dans la Gaule, tantôt dolmens on peulvans, ianiôt menhirs, selon leur disjiosition, et que les Portugais, chez qui on les trouve en grand nombre, désignent sous le nom de anias, sont comme des jalons, mart[uant l'itinéraire d'un peuple nomade, qui les élevait dans chaque endroit où il s'arrêtait. On a remarqué que ce furent surtout les peuples du nord, les Islandais, les Normands, cpii mirent cet usage en pratique durant des siècles. Un ancien historien, qu'on peut ranger parmi les houimes les plus éclairés de son temps et dans lequel on peut mettre une confiance d'autant plus grande qu'il écrivait à une époque déjà reculée, Damiào de Goês (1), dit, à propos de la découverte d'une pierre avec inscription dans une des îles Açores, que les peuplades venues dans cette île et qui y ont laissé cette trace de leur passage, pourraient être originaires de la Norvège, de la Gothie, de la Suède ou de l'Islande ; que tous ces peuples avaient pour habitude de faire tailler dans la pierre les faits remarquables et les actes de bravoure pour en perpétuer le souvenir, et que })lusieurs pierres d'une grande élévation, érigées vraisemblablement pour ces motifs, se rencontrent dans la dite île.
Damiâo de Goês, il y a plus de trois siècles, professait donc déjà une opinion identique à celle de nos modernes archéologues. Des constructions mégalithiques, auxquelles il fait allusion dans le passage cité , il semblait conclure , de môme que certains savants contemporains le font au sujet des carac-
(1) Chr. de P. D. Joâo, pag. 38, édit. de 1724.
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Lères l'uniques du iNord et des inscriptions lapidaii-es de l'Amérique septentrionale, que ces vestiges marquent ellectivement les étapes de la migration d'un peuple venu du Nord. Mais, contrairement à beaucoup d'archéologues modernes, Damiào de Goès s'est bien gardé d'en inférer que ces constructions, à cause de leurs analogies , appartenaient toutes à la même époque.
Selon la majorité des auteurs qui se sont occupés de cette question, le peuple auquel on peut attribuer les monuments mégalithiques, éparpillés sur les divers continents, serait de race Scythique ou même de race protoscythique. Des preuves très-sérieuses ont été fournies à l'appui de l'opinion qui admet comme certain que la race scythique a peuplé l'Amérique du Nord. Mais il n'existe pas de constructions mégalithiques de cette espèce dans l'Amérique septentrionale, ce qui semblerait indiquer que ces mêmes constructions n'ont jamais appartenu à la race scythique.
Quant aux inscriptions lapidaires, on les rencontre en assez grand nombre dans diverses parties de l'Amérique. Seulement, on ne saurait être assez prudent dans la reconstitution et la lecture des anciens caractères ; sinon, on arrive, sans s'en douter, à des résultats étranges et contradictoires, comme ceux auxquels a donné lieu le Roc de Dighton et qui ont été parfaitement exposés par M. Gabriel Gravier, de Rouen, dans la note qu'il a communiquée à ce sujet au Congrès de Nancy. : ■
Après la pierre, l'homme se servit d'os d'animaux, pour fabriquer des outils et des armes. Ensuite, ces instruments se perfectionnèrent; les produits de l'activité humaine et leurs applications se multiplièrent; l'homme eut recours au bois et travailla la terre cuite. De cette époque date la domesticité des animaux que l'homme parvint à plier à son service. A cette époque aussi remontent les premiers essais de navigation, d'agriculture et d'industrie.
Parvenue ce degré de civiUsation, l'homme sentit le besoin
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de donner à ses idées une l'orme extérieure et durable ; une sorte de monuments mégalithiques spéciale en lut la consé- (luence. A mesure que l'homme se civilisait, le désir de la sociabilité grandissait en lui, conjointement avec les inspirations morales et religieuses. Cette assertion est fondée sur des observations sérieuses. M. Broca a reconnu et prouvé les pratiques religieuses des âges préhistoriques, nu Congrès Anthropologique et Archéologique de Buda-Pesth (1).
La civihsation a naturellement suivi la même marche chez tous les peuples, qu'ils lussent sédentaires ou non, mais avec des progrès divers. Dans l'étude des premières sociétés humaines, l'on ne peut, malgré la différence des types, perdre de vue l'origine unique. En outre, l'homme, toujours poussé par des impulsions identiques, ayant dans des situations analogues des besoins toujours semblables, employant l'orcément partout des moyens uniformes pour satisfaire aux nécessités de la vie, fatalement soumis à une imité invariable de vues, abandonné par moments à la môme loi puissante de l'instinct, l'homme devait nécessairement, sous toutes les latitudes, présenter au point de vue social des analogies constantes, donner lieu à des coïncidences et à de nombreuses ressemblances. A cet égard, le développement graduel des facultés humaines, ayant l'expérience pour guide, l'imitation pour stimulant, laréllexion pour aide, substituant les procédés rationnels aux vues instinctives, a dû également suivre toujours une marche analogue.
Mais ioutes ces affinités ne peuvent justifier un parallélisme rigoureux, sans qu'il soiL tenu compte des conditions particulières résultant de l'intluence des temps et des lieux. Il serait en effet bien hasardeux de s'en rapporter aux analogies, quand on remarque qu'une incontestable conformité d'usages et de mœurs est prouvée tout à la fois par les con-
(1) Bulletin Moni'menlal, n° 1, IS'/B.
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sti'uctions du Yucatan et des Indes, par les palais des Assyriens et des Perses, par les colosses égyptiens, par les temples grecs, par les amphithéâtres et les termes romains.
Comme conclusion, je ne pourrais exprimer d'une façon plus concise et plus exacte le défaut de synchronisme dans les études préhistoriques qu'en reproduisant ici quelques lignes extraites du mémoire sur les migrations humaines, f}ue M. Gh. Tardy, membre de la Société géologique de France, a communiqué au Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique, de IJruxelles : « 1" L'éjmqiie pvùhisloi'iqne Unit dans une région, dit ce savant géologue, lorsipi'à ré])oque du développement de la civilisation, il se trouve, sur le sol, un peuple intellectuellement assez avancé, pour qu'il puisse avoir des historiens ; 2° la limite entre l'histoi'iqae et lo préhistorique devra suivre et suit, en effet, dans le temps et dans l'espace, une marche en rapport avec le degré de latitude des différents lieux oîi se sont arrêtées les invasions successives. Ainsi ce qui est au Nord, était encore récenunent préhistorique, taudis que ce qui est au Sud, est depuis longtemps histori(jue. » ■ ■'.. .
M. Sclïoetier dépose sur lo bureau plu.=;ieurs ouvrag-es offerts au Congrès.
Publications of the Prince Society. ]^oyaijes of tJie Novlbmento America, Boston 1877.
La Patngonia y laa Tierras australes del continente americano. ViCENTE Quesada, Buenos-Ayres, 1875.
Drillinrf in stone without métal. Charles Rau. Washington,
Mémoire of G. F. P. von Martius. Charles PiAu. Washington, 1871.
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Artificial Sbell-deposits in New-Jersey. Charles P!au. Washington, 1873.
1 DÉCOUVEUTE UU BRESIL. 397
Ancient aborigiiial (rade in North-America. GHARi.Es Rau. Washington, 1873.
Xorth-American stone iiuplemcnts. Charles Rau. Washington, 1874.
The archaeological collection of Uiq United States national Muséum. Charles Rau. Washington, 1873.
Etymologie du mot « homme ». Soixante-quatre nwnières d'écrire ce mot. Baron Textoti de Ravisi. Marseille, 1877.
M. Gravier présente l'analyse d'un mémoire de M. Paul GaflTarel, intitulé : La Découverte du Brésil par les Français. ,