DISCOURS DE M. DA SILVA PARA.NHOS
Dans le second chapitre, intitulé : L'homme dans le Brésil, M, Gouto de Magalliaës aborde l'imporlanle question de savoir à quelle époque le Brésil a été peuplé. Le troisième chapitre est spécialement consacré à la linguistique. En voici le sommaire : classification des tribus d'après les langues ; classification morphologique des langues américaines dans le groupe des langues touraniemies ; classification, selon leur structure interne, des langues américaines en deux groupes : groupe dos langues aryennes, groupe des langues tupis et son étendue ; caractère des langues de ce groupe ; bibliographie du Tuiii et du Quichua.
Dans le quatrième chapitre, M. G. de Magalhaès traite les questions suivantes : race primitive du Brésil ; races métisses anciennes ; croisements récents ; des races mélisses (Gaucho, Gaypira, Gubarè, Tapuco) comme éléments de travail ; plan de catéchisation ; conséquences futures du croisement.
Le sommaire du cinquième chapitre donnera une idée des curieux renseignements qu'il contient: famille, mono-
mil annos ; outras cruzadas eom raças bvaucas. Um clos fruza-
mentos com o tronco branco deixou de si documeuto mais authentieo
do que os era que se assenta a historia, e esse documente sâo mii-
hares de i-aizes sanscrites que se eucontram no Quichua, soo-undo a
comparaçâo feita pelo Sr. Fidel Lopes, de Buonos-Ayres, em sua
'récente obra — Raças Aryaiias no Perû ; identicos vertigios se
encontram em outras linguas, como o demonstra oPadre Brasseur
de Bourbourg em sua Grammatica da lingua Quiche, e sens dialectos 33.
La Commisf^ion de publication appelle l'attention dos linguistes sur ce curieux passage.
SôC^ CONGUÈS DES AMÉHICAMSTES. O
garnie, polygamie, rapports entre l'homme et la iemme parmi les Sauvages du Brésil. Pieligion, instinct religieux; idée de Dieu; système général de la théogonie tupi ; sentiment do gratitude envers le créateur. Immortalité de Tàme ; transllguration. Légende de Alani qui a conçu en état de virginité ; nomenclature des dieux des Sauvages.
Dans le dernier chapitre, l'auteur décrit les régions du Brésil encore occupées par les Sauvages.
M. CouTO DE Magaluaès connaît une grande partie de l'intérieur de l'Empire, et il a étudié de près les indigènes dans les provinces de Para, de Goyaz et de Mato Grosso qu'il a successivement administrées.
Il me reste. Messieurs, à ex})rimer le regret ([ue le programme de la session actuelle n'ait été connu au Brésil qu'en mai dernier, par suite de retards qui ne sont imputables ni au Bureau du Gonorès do Nancv, ni au Comité d'organisation du Congrès de Luxembourg. Cette date exphque comment quelques-uns do mes compatriotes qui se livrent aux mêmes recherches n'ont pu présenter de mémoires spécialement écrits pour le Congrès ou lui offrir des travaux déjà publiés sur certains points du programme de cette session. Parmi les questions mises à l'ordre du jour par le Bureau du Congrès de Nancy, il en est trois auxquelles le Brésil est plus particulièrement intéressé : 1" celle de l'antiquité de l'Homme en Amérique, 2° celle des caractères particuliers de la langue tupi-guarani, 3° celle de l'histoire de la découverte et de la colonisation du Brésil.
Sur les deux premières questions, je suis heureux d'avoir }iu vous présenter le livre récent de M. Couto de Magaluaès. Sur la troisième, je me bornerai à indiquer!
f 1 A.MEUIC \ESPLCt;. 357
au Congrès l'ouvrage d'un Brésilien éminent, M. Varn- HAGEN, vicomte DE Porto Seguro : Historja Gérai do Brazil, dont la seconde édition vient d'être publiée à Rio de Janeiro. C'est l'histoire du Brésil la plus complète et la plus exacte qui ait paru jusqu'à ce jour. Presque tout le premier volume est consacré aux habitants primitifs du Brésil, ainsi qu'à la décou-verte et à la première colonisation de ce vaste empire.
M. j^clicetter lit un mémoire dans lequel il présente la défense d'Amerigo Vespucci, accusé depuis plus de trois siècles d'avoir usurpé la gloire revenant à Christophe Colomb, en imposant son nom au Nouveau Monde découvert par l'illustre marin génois.
Après avoir montré que Jean Schœner, géographe de Nuh-emberg a été l'auteur de cette accusation, reproduite par 'Las Cases dans son histoire des Indes, M. Scho:^tter constate que, de nos jours, des voix autorisées se sont fait entendre en faveur du navigateur llorentin. Il cite Alexandre de Humholdt (i), MM. Henry Barrisse {2}, Varnhagen(3), Wiesener(4), Butler (5), et lait avec eux justice des imputations calomnieuses dirigées contre la mémoire de Vespuce ; il démontre que ce navigateur a le premier reconnu que le continent occidental ferait un Nouveau Monde, et que son nom a été donné
. (1) Examen critii^tede fh/.^torre et de lu géographie du Nouveau Monde Paris, Gide, 1837-39.
(2) Bihliotheca americana vctustissima. New-Yorlv, 1864.
(3) Monographie d'Amerigo Vespuci. Lima, 1865.
(4) Dissertation sur Americ Vespuce et Cliristophe Colomb. Reçue des questions historiques. 1866. T. i, p. 225-52.
(^5) Transactions ofthe Wisconsin Academy of Sciences. Irts aad Letiers. T. ii, 1S7ù-74.
358 CONGRÈS DES amékicanistes. 2f
à cette partie du giobe, non à son instigation, mais bien à son insu.
Colomb avait cru être arrivé en Asie, et il avait pris l'Amérique du Nord pour une portion intégrante de cette partie du monde. Il était tombé dans une erreur semblable à celles des Normands du X'' siècle qui avaient pris le Vinland pour une dépendance lointaine de l'Europe.
Americ Vespuce fit connaître à l'Ancien Monde la partie méridionale du nouveau continent ; il en releva la côte sur une longueur de plus de cinquante degrés de latitude, et dès 1501 il songea à en doubler la pointe.
Les lettres dans lesquelles il fit connaître ses découvertes à des amis d'Italie et de France, sans prétendre aucunement à l'honneur de donner son nom au Nouveau Monde, furent publiées à Saint-Dié en Lorraine, par WaltzemiîUer de Fribourg en Brisgau, qui, obéissant à la mode du temps, s'était forgé le nom gréco-latin de Hylacomyliis (1). Ce fut ce savant qui, en 1507, imagina de désigner la « quatrième partie du monde » sous le nom d' « Amérique » (2); et, cette dénomi-
(1) Martin Hylacomylus WaltzemiîUer, ses ouvrage^ et ses col' laborateurs. Paris, Challamel, aîné, 1867.
(2) Dans un mémoire, publié par la Société de Géographie de de Paris, en juin 1875, M. Jules Marcou cherche à établir, que le nom donné au Nouveau Monde « par un libraire d'une petite ville perdue dans les Vosges » est celui d'une chaîne de montagnes (Améric ou Amérique) de l'Etat de Nicaragua sur le sol duquel Colomb prit pied en 1502; que le «. professeur-libraire dé* Saint-Dié aura entendu ce nom d'Amérique sans eu connaître la valeur, excepté comme désignant un pays des Nouvelles Indes trèsriche en or, et que ne connaissant aucunes relations imprimées autres que celles iV Albericus Vespucius, publiées eu latin en 1505 et eu alloiuaud eu 1506, il a cru voir dans ce prénom à' Albericus l'origino du nom [lour lui corrompu et altéré A' Amérique ou Améric ». M. iMarcuu ajoute « Renouvelant la fable du dauphin^ •Hylacomilus prit lo Pirée pour un homme, et dénomma cette terre
358 CONGRÈS DES améhicanistes. 2
à cette partie du globe, non à son instigation, mais bien à son insu.
Colomb avait cru être arrivé en Asie, et il avait pris l'Amérique du Nord pour une portion intégrante de cette partie du monde. Il était tombé dans une erreur semblable à celles des Normands du X'' siècle qui avaient pris le Vinland pour une dépendance lointaine de l'Europe.
Americ Vespuce fit connaître à l'Ancien Monde la partie méridionale du nouveau continent; il en releva la côte sur, une longueur de plus de cinquante degrés de latitude, et dès 1501 il songea à en doubler la pointe.
Les lettres dans lesquelles il fit connaître ses découvertes à des amis d'Italie et de France, sans prétendre aucunement à l'honneur de donner son nom au Nouveau Monde, furent publiées à Saint-Dié en Lorraine, par Waltzemiîller de Fribourg en Brisgau, qui, obéissant à la mode du temps, s'était ibrgé le nom gréco-latin de Hylacomylus (1). Ce fut ce savant qui, en 1507, imagina de désigner la « quatrième partie du monde » sous le nom d' « Amérique » (2); et, cette dénomi-
(1) Martin Hylacomylus Waltzemiîller, ses ouvrage^ et ses col' laborateurs. Paris, Challamel, aîné, 1867.
(2) Dans un mémoire, publié par la Société de Géographie de de Paris, en juin 1875, M. Jules Marcou cherche à établir, que le nom donné au Nouveau Monde « par un libraire d'une petite ville perdue dans les Vosges » est celui d'une chaîne de montagnes (Améric ou Amérique) de l'Etat de Nicaragua sur le aol duquel Colomb prit pied en 1502; que le « professeur-libraire de Saint-Dié aura entendu ce nom d'Amérique sans eu connaître la valeur, excepté comme désignant un pays des Nouvelles Indes trèsriche en or, et que ne connaissant aucunes relations imprimées autres que celles d'Albericus Vespucius, publiées eu latin en 1505 et en allomaud ou 1506, il a cru voir dans ce prénom d'Albericus Torigino du n<uu pour lui corrompu et altéré d'Amérique ou Améric ». M. Marou ajoute k Renouvelant la fable du dauphin, •Hylacomilus prit le Pirée pour un homme, et dénomma cette terre
8 AMÉRIC VESPUGK. 359
nation prévalut, dès 1511, dans les traités de géographie, et à partir de 1520 dans la plupart des cartes. Cependant, fait remarquer l'auteur, pendant longtemps encore le nom d'Amérique fut donné exclusivement à la partie méridionale du nouveau continent, la partie septentrionale étant toujours regardée comme faisant partie de l'Asie. Ce ne fut qu'au commencement de la seconde moitié du XVP siècle que la dénomination d' «Amérique» s'étendit du Sud au Nord. ' . -
M. ScHŒTTER communique à l'assemblée une remarquable mappemonde qui est « la reproduction sur une surface plane d'un globe en argent ayant fait partie d'un calice que le duc Charles IV de Lorraine avait rapporté d'Allemagne, et qui se trouve actuellement à la bibliothèque de Nancy ». On ignore le nom de l'auteur ainsi que la date de ce travail. Quoiqu'il en soit, le cartographe allemand donne à la partie méridionale du continent américain le nom de America nova, au Mexique celui de Hispania nova, tandis que tout le reste de l'Amérique du Nord est figuré comme étant partie intégrante de l'Asie, et porte les noms de Asia orientalis, Asia magna, India orientalis. L'Océan indien s'étend des côtes de l'Afrique orientale à celles de l'Amérique du Sud ; cependant la partie sud-est porte les noms de Magellannicus oceanus et de Mare pacificum, preuve péremptoire que la mappemonde en question a été dressée postérieurement à l'année 1520.
Cette mappemonde est curieuse à plus d'un titre. Les lacs
d'après le seul nom des navigateurs qui fût venu jusqu'à lui et qui présentât quelque analogie avec le mot Amérique ».
11 reste à expliquer eommoiit un nom de lieu qui ne figure dans aucune relation du XVI" si(î)clo, serait parveuu antéi'ieurement à 1507 jusque «. dans une petite ville perdue dans les Vosges»! Au surplus, le nom du navigateur florentin a été donné, tout d'abord, exclusivement au continent méridional que l'on croyait alors être une île située au sud des Indes occidentales.
CÛNGUliS DES AAIEKIGAMSTES.
connus aujourd'hui sous les noms de Victoria Nyanza et iV Albert Nyanza y sont marqués comme appartenant à la région du Nil.
En somme, M. ScHœrTER estime que la mémoire d'Americ4 Vespuce est à l'abri de tous reproches, et que l'honneur fait à son nom peut se justifier par cette double considération : qu'il a mis le pied sur le continent occidental avant Christophe Colomb, et qu'il n'a point partagé l'erreur dans laquelle est mort ce grand homme.
M. l'abbé ScliiiiBtx donne lecture d'un Mémoire intitulé : Les Eriés ou Kn-Kwiiks el leur destruction par les Sénécas^ tribu des Cinq Nations.
L'auteur identiiio la Nation Neutre des Canadiens avec les Erikcs ou Eriges des Hurons (les Eriés des missionnaires) el les Ka-Kawks des Sénécas. Toujours est-il que la tribu indienne dont il s'agit a occupé jusque vers le miheu du XVIP siècle, la rive sud-est du lac Erié (Doshoweh Jecarneodi « lac à la fourchette fondue ») et les deux rives du Niagara {Ncohgn rjahunda). Le P. de la Roche-Daillon, de l'ordre des Carmes déchaussés, qui le premier a évangélisé cette tribu, durant l'hiver de 1626, la dépeint comme étant d'humeur pacifique, tandis que les Religieux qui ont séjourné parmi les Hurons et les Iroquois la représentent comme ayant soutenu de longues guerres contre ces deux nations.
Les Sénécas, ennemis de longue date dos Eriges ou Ka- Kwaks, habitaient à l'est du Genesee (Gennisliejo gahimda) et ils avaient pour voisins les puissants Moliawks. i
Suivant le récit d'un chef desAIleghanies {Hayekdjokkunh ou « le bûcheron «, — les Anglais le nommaient Jacob Blaksnake) que M. l'abbé Schmitz s'attache à reproduire fidèlement, la guerre éclata de nouveau entre les deux peuples, vers 1655, à la suite de ce que l'on appellerait aujourd'hui un concours de gymnastique, dans lequel les Ka-
2 DESTRUCTION DKS ERIES. 361'-'
Kwaks furent, battus au jeu de paume (?), h la course et dans un duel au couteau qui termina la fête. A quelques jours de là, les Ka-Kwaks tentèrent de surprendre les Sénécas dans leurs villai^es, mais ceux-ci avertis à temps marchèrent à l'ennemi qu'ils écrasèrent dans deux batailles consécutives, dont la dernière, livrée selon toutes les vraisemblances sur les bords de l'Eighteen Mile Greek {Janunnogao gahiinda « la rivière remplie d'éeorce de Hickory » ), fut sanglante et décisive. Poursuivis à outrance, les vaincus se réfugièrent sur l'une des îles de la Rivière AUeghany (Oheeo gahunda), oi\ les Sénécas les atteignirent et en firent un grand massacre. Selon la tradition de ces derniers, les survivants auraient été adoptés par eux et incorporés dans leur tribu. Mais il est permis de supposer qu'une partie des Ka-Kwaks et môme que le gros de la nation parvint à gagner le Kentucky ; en effet, les Cat-aw-has qui apparurent quelque temps après dans ce pays, disaient venir d'une contrée, située au Nord, ({u'ils avaient dû abandonner à la suite de batailles sanglantes dans lesquelles l'avantage était demeuré aux Sénécas.
D'après M. Ketchum, auteur d'une « Histoire de Buffalo et des Sénécas » les Eriges fugitifs auraient réussi à gagner la rive droite du Mississipi, et plus lard, vers .1685, ils seraient revenus sur les bords du lac Erié dans l'espoir de tirer vengeance des Sénécas. Une bataille meurtrière aurait été livrée sur l'emplacement de la ville de Buffalo, et les restes des Eriges, vaincus une fois encore^ reposeraient dans le voisinage de l'église des Missions. M. l'abbé Schmitz fait remar- ([uer qu'en 1685 toutes les tribus des lacs inférieurs avaient été évangélisées et que les missionnaires qui résidaient parmi elles n'ont point eu connaissance d'un événement aussi im- ■ ' portant pour la contrée.
M. Blaise résume un mémoire de M. Henri §avary, sur la Conquête des anciens Chiliens par les Péruviens, au temps des Incas. - r-'t ! <i-,;>'i').: i ' ,1 ■>:■,, jh
362 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. 1
Ce travail se divise en deux parties dont la première est consacrée à l'histoire fort somnriaire de la conquête du Chili septentrional par les Incas, tandis que la seconde a pour objet un exposé succinct de l'état politique, de la législation criminelle, des croyances religieuses et des mœurs des Araucans, le tout sans indication des sources auxquelles l'auteur a puisé. ' ■ . ,.
Vers l'an 1450, l'Inca Yupanqui envahit le Chili, oii après deux campagnes laborieuses, il prit le parti de confier la direction des affaires de la guerre au prince Sinquiruca. Colui-ci, par une politique habile plutôt que par la force des armes, réussit à soumettre les provinces de Co-pia-ayou ou Copiapo, de Co-quimboo, de Quillota et de Mapocho situées au nord du Rapel ; mais, après qu'il eût franchi ce fleuve, les Araucans lui infligèrent une sanglante défaite, à la suite de laquelle l'Inca renonça pour jamais à la pensée d'attaquer de nouveau ce peuple vigoureux. Les quatre provinces conquises furent annexées à l'Empire mais non assimilées.
L'état politique des Araucans était alors bien supérieur à ce que nous le voyons aujourd'hui. Il y avait dans le pays des centres de population assez considérables, et un gouvernement régulier exercé par quatre caciques qui étaient parvenus à substituer le principe de l'hérédité à celui de l'élection. Aristocratique par essence, la constitution araucane était néanmoins tempérée par l'intervention, dans les cas graves, d'une sorte de représentation nationale. La loi punissait de mort la trahison envers l'Etat, l'adultère, la sorcellerie et le meurtre, mais elle admettait comme réparation légale de ce dernier crime la composition pécuniaire. Bien que les Araucans n'eussent ni temples ni prêtres, l'auteur pense qu'ils reconnaissaient l'existence d'un Etre suprême gouvernant le monde par le ministère d'esprits secondaires. Ils croyaient généralement à la survivance de l'âme, sans toutefois s'accorder entre eux sur les conditions de la vie future. Ils offraient en sacrifice, à l'Etre suprême, des animaux pour
1 PAY-TUMA. * . 36fl,
obtenir la victoire et de la fumée de tabac pour procurer la guérison des malades. Enfin, leur moralité laissait fort à désirer; mais, sous le rapport du patriotisme et de l'amour de la liberté, leur histoire peut fournir aux peuples européens d'utiles leçons.
M. l'abbé Sclimltz donne lecture des documents dont il a été question dans la séance précédente.
1. Les PP. Jésuites Gataldino et Maceta rapportent qu'au Paraguay, près des Galpaquis, ils ont rencontré la tradition qu'un saint homme, du nom de Pay-Zuma ou Pay-Tuma avait prêché dans ces pays la parole du ciel, que plusieurs d'entre eux avaient embrassé la nouvelle religion et qu'à son départ le saint homme leur avait dit qu'eux et leurs descen-
, dants abandonneraient de nouveau le culte du vrai Dieu, mais qu'après beaucoup de siècles d'autres envoyés du même Dieu viendraient avec la même croix rétablir la vraie reUgion.
Après nombre d'années les Pères de Montoya et de Mendoza pénétrèrent dans la contrée de Tayati. Les Indiens, les voyant venir vers eux, une croix à la main, les reçurent en
j manifestant une grande joie. Les missionnaires en furent très étonnés. Les indigènes leur racontèrent alors la même tradition que les PP. Gataldino etMaceto a^#ent rencontrée.
Sur une colline, près d'Assomption, on observe les empreintes du pied d'un homme. On raconte que différents miracles ont été opérés ici par ce Pay-Tuma, que l'on regarde comme l'apôtre saint Thomas (1).
(1) Voici ce que dit à cet égard, le P. de Charlevoix, dans son Histoire du Paraguay, Paris, M.DDC.LXI., T. I, Livre VI, p. 312-13. a 11 couroit depuis longtemps (1618) dans ces provinces, une tra- 1 Hition, à laquelle on a peut-être donné dans quelques relations
364 CONGRÈS DES AMÉRICANISTES. t
II. La seconde tradition nous est rapportée par le P. Gavallero. Il l'a rencontrée chez les Manacicas. Un homme blanc leur a prêché l'Evangile. Ils ont même conservé une
plus de créance quelle ne méritait, mais qu'il no me paroît pas plus aisé de réfuter que de prouver.
Dès le temps que les Pères Cataldino et Maceta s'éloignèrent dos villes espagnoles pour trouver moins d'obstacles à la conversion (les Guaranis (1609), le Cacique Maracana, dont j'ai déjà parlé, et quelques autres des principaux Guaranis, les assurèrent qu'ils avaient appris de leurs Ancêtres qu'un saint Homme, nommé Pay- Zuma, ou Pay-Tuma, avoit prêché dans leur Païs la foi du Ciel, c'est ainsi qu'ils s'exprimoiont ; que plusieurs s'étoient rangés sous sa conduite, et qu'il leur avoit prédit en les quittant, qu'eux et leurs descendants abandonneroient le culte du vrai Dieu qu'il leur avoit fait connoître; mais qu'après plusieurs siècles, de nouveaux Envoie» de ce même Dieu viondroient armés d'une Croix semblable à celle qu'il portait, et rétabliroient parmi leurs Descendans ce même culte.
Quelques années après, les Pères de Montoya et de Mendoze aïant pénétré dans le canton de Tayati, dont je parlerai bientôt, les Indiens qu'ils y trouvèrent les voïant venic avec une croix à la main, les reçurent avec de grandes démonstrations de joie qui les surprirent beaucoup; et comme ceux-ci s'aperçurent de leur étonncraent, ils leur racontèrent les mômes choses que Maracana avoit dites aux Pères Cataldino et Mocota, et ils apprirent que le saint Homme était aussi nommé Pay Abara, c'est-à-dire, le Père qui vit dans le célibat. Au reste, la tradition des Brasiliens est conforme à celle des Guaranis, et elle porte encore que l'Apôtre prit terre au Port des Saints, vis-à-vis de la Barre de Saint Vincent et qu'il apprit aux Habitants à cultiver le Manioc, et à en faire do la Cassave.
11 y a un grand chemin qui conduit du Brésil dans le Guayra^ lequel, quoique très-peu battu, ne se couvre jamais que de petites herbes, et les Naturels du Païs le nomment le chemin de Pay Zuma. Enfin, il y a au-dessus de l'Assomption un Rocher, dont le sommet est une Terrasse, où Von'croît appercevoir les traces de
3 PAY-TUiMA. 8f)5
idée vague d'un Dieu devenu homme pour le salut de l'humanité. Une de leurs fables parle d'une femme, d'une beauté extraordinaire, qui a enfanté, sans la coopération d'im
deux pieds d'Hommes, et les Indiens disent que c'est de là que Pay Zuma prèchoit le Loi de Dieu. Les Péruviens qui lui donnent In même nom, montrent chez eux de semblables vestiges, et rapportent quantité de merveilles que l'Apôtre opéra parmi eux. Ce qui est certain, c'est que bien des Espagnols ont ajouté foi à cette tradition, et prétendent qxie Pay Zuma étoit l'Apôtre Saint Thomas. »
La Commission de publication fait remarquer, 1° que la tradition dont il s'agit a été recueillie par les PP. Cataldino et Maceta plus de cent ans après la découverte du Paraguay, 2° que le P. Charlevoix, relii^ieux de la Compagnie de Jésus, n'était évidemment pas très-couvaincu de la réalité de cette tradition.
La seconde tradition est également rapportée par le P. Charlevoix. '"" •' " ,.' ''. . ■ ■
Voici le passage: « Cette nation est fort superstitieuse. JJne ancienne tradition porte que l'apôtre Saint Thomas a prêché l'Evangile dans leur pays (les Maiïacicas), ou y a envoyé quelques-uns de ses disciples; ce qui est certain, c'est qu'à travers les fables grossières, et les dogmes monstrueux dont leur Religion est composée, on y découvre bien des traces de Christianisme. 11 paroît surtout, si ce quon en dit est crai, qu'ils ont une légère idée d'un Dieu fait Homme pour le salut du Genre humain ; car une de leurs Traditions est qu'une femme douée d'une beauté parfaite conçut, sans avoir jamais habité avec un Homme, un très-bel Enfant, qui parvenu à l'âge viril, opéra bien des prodiges, ressuscita les morts, fit marcher les Boiteux, rendit la vue aux Aveugles, et aïant un jouirassemblé un grand Peuple, s'éleva dans les airs, transformé dans ce Soleil qui nous éclaire. S'il n'y avait pas, disent les Maponos, une si grande distance de lui à nous, on pourroit distinguer tous les traits de son visage. ...
Ces Indiens rendent de grands honneurs aux Démons, qui se font voir à eux, disent-ils, sous les figures les plus effraïantes; ils reconnoissent un grand nombre de Dieux, entre lesquels ils en dis-
366 CONGRÈS DES américanistes. 4
homme ; cet enfant, arrivé à l'âge de la virilité, a opéré des miracles, ressuscité des morts, rendu la vue à des aveugles, et à la lin a rassemblé autour de lui une grande foule, en présence de laquelle il est monté au ciel, oh. il s'est transformé en soleil pour nous éclairer.
Ces Manacicas ont aussi plusieurs divinités, entre autres une espèce de trinité consistant en Père, Fils et Saint-Esprit. Le Père ils l'appellent Omequaturiqui et Uragosorifo ; le Fils : Urasano et l'Esprit Urapa. La femme du Père s'appelle Guipoci, laquelle est devenue mère sans perdre sa virginité. Ces trois divinités sont désignées sous le nom collectif de Tiniamacas.
M. Petei'keii. Il résulte de la communication qui vient de nous être faite que le christianisme aurait été prêché aux Indiens du Paraguay par un saint homme du nom de Pay-Tuma qui ne serait autre que Saint-Thomas : pay père, Tuma Thomas, voilà le Père Thomas. Je m'en réfère, à cet égard, aux observations qui ont été présentées hier par M. Adam. -
tinguent trois, qui sont s.upérieurs aux autres, nt forment une Trinité composée du Père, du Fils et de l'Esprit. Ils donnent au Père deux noms, Omequaturiqui et Uragosoriso; ils appellent le Fils Urasana, et l'Esprit Urapo. C'est la femme du père appelée Quipoci, qui sans cesser d'être vierge devint la Mère d'Urasana. Le Père, disent-ils encore, parle d'unovoix haute et distincte; le Fils parle du nez ; et la voix de l'Esprit, si ce n'est pas le Tonnerre, en approche beaucoup. Quipoci se fait quelque fois voir toute resplendissante de lumière ; le Père est le Dieu de la Justice, et punit les méchans; le Fils, sa Mère et l'Esprit, font l'office d'Intercesseurs pour les Coupables; ces trois Dieux sont aussi appelés d'un nom commun, qui est Tiniamacas (Tome II, Livre XV, p. 274).
Ce fut seulement vers 1707 que le P. Cavellero entreprit d'évangéliser les Maiîacicas. Cette fois eneore le P. Charlevoix paraît être quelque peu sceptique, ce qui lui fait honneur, >r nfi.
5 PAY-TUAIÀ. 367
M. l'Abbé ScHMiTz a parlé d'une empreinte de pied humain que l'on aurait constatée sur une colline voisine de l'Assomption. J'ai vu cotte empreinte. Mais, quand on demande aux Indiens de qui elle est, ils répondent qu'elle a été laissée par le fondateur de l'Assomption. L'empreinte est celle du pied d'un homme de forte stature, et d'un pied chaussé. Comme l'action des agents atmosphériques tend à l'effacer, on a soin de la raviver de temps à autre.
Quant à la valeur des traditions qui auraient été recueillies par les PP. Jésuites, je fais les réserves les plus expresses. Les Indiens d'Amérique ont aimé de tout temps à mystifier les Blancs qui les interrogeaient sur leurs croyances religieuses.
M. l'Abbé de iHeissas. Il me semble que M. Peterken a déplacé la question en insistant sur des points tout à fait accessoires. Que Pay-Tiima signifie « le Père Thomas », ou tout autre chose, c'est ce dont il n'y a pas lieu de se préoccuper, du moment où il s'agit de savoir non pas qui a pu évangéliser le Paraguay, mais bien si le Paraguay a été évangélisé durant la période précolombienne. On dit que saint Thomas n'a pu être à la fois dans l'Inde et dans l'Amérique du Sud, j'en tombe d'accord ; mais, l'un de ses disciples plus ou moins immédiats a pu passer de l'Ancien Monde dans le Nouveau, comme il est arrivé à maints japonais, d'après ce qui a été dit dans une précédente séance. Enfin, il importe peu, à mon sens, que la tradition relative à fempreinte d'un pied humain sur une colline voisine de l'Assomption, soit vraie ou fausse ; qu'elle s'applique au fondateur de cette ville, à un saint homme nommé Pav-Tuma ou à tout autre.
868 CONGRÈS DES américanistrs. 6
Si, parce que plusieurs des traditions qui ont cours sur les origines des Eglises de France sont manifestement peu authentiques, on venait prétendre que la F'rance n'a point été évangélisée dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, on raisonnerait exactement comme vient de le faire l'honorable M. Peterken.
Laissons de côté les légendes pour nous attacher aux traditions qui ont été recueilHes de la bouche des Indiens du Paraguay par les PP. Jésuites. Les PP. Jésuites ontils menti ou dit la vérité; ont-ils été mystifiés par un cacique ou bien ont-ils constaté qu'un grand nombre d'Indiens, sur des points distants les uns des autres, tenaient le même langage ? Voilà comment il faut poser la question.
Quoi qu'on puisse dire sur les PP. Jésuites, que par parenthèse on traitait hier d'empoisonneurs, pour moi qui ne suis pas plus fanatique de leur ordre qu'on ne doit l'être, et tout en faisant aussi mes réserves sur la valeur des faits rapportés par les Indiens, j'estime que les Jésuites sont des témoins assez graves pour que leur témoignage ne soit pas rejeté à la légère et sans un examen très-sérieux. '^ .
M. Peterken. J'accepte parfaitement la conclusion de M. l'Abbé DE Meissâs et je le prie de croire que je n'ai aucun parti pris contre le christianisme non plus que contre les Pères Jésuites. Je me borne à dire que les faits rapportés par M. l'Abbé Schmitz me sont complètement inconnus, et que dès lors je fais prudemment des réserves.
M. l'Abbé de lleissas. Je crois que le mieux serait
1 LE SYNCHRONISME l'HÉlIISTORlULE. 969
d'en revenir à la motion l'aile hier par M. le Cilomle de Marsy et de mettre l'examen de cette question à l'ordre du jour de la prochaine session.
M. tSa ^ilvï& Paramlaos. C'est entendu.
M. Lucien Adam présente au Congrès un Mémoire^ de M. A. Bainps, sur Le Synchronisme préhistorique.
Les sciences préhistoriques forment la hi'anche la \Aus récente des connaissances de l'esprit humain. Il n'est pas de sciences plus vastes, plus variées, et à la lois plus utiles et plus intéressantes. Elles tendent à explorer ces régions obscures qui se trouvent par de là les limites de l'histoire. A cette fm, elles mettent à contribution la géologie, l'archéologie, l'ethnographie, la linguistirpie, la paléographie. Aucune (le ces sciences spéciales ne peut être négligée dans les ctutl es préhistoriques ; toutes concourent de la même manière au but que les savants se proposent : la connaissance du passé encore ignoré de notre globe et de ses habitants.
Au commencement de ce siècle, bien des savants se contentaient encore des traditions fabuleuses, produit de l'imagination populaire, toujours prédisposée au merveilleux. Ce fut dans les pays Scandinaves qu'on se livra tout d'abord d'une façon sérieuse aux recherches préhistoriques, et cotte fois In lumière nous vint du Nord.
Dans le principe, l'Europe, puis l'Asie, servirent seules d'objectif aux archéologues. Mais' on ne tarda pas à se demander si le Nouveau Monde avait suivi dans sa civilisation une marche identique ou analogue, Gomme, pom* les vieux continents, les savants étaient parvenus à fixer le point de d(q)a;-l lii-s .sociétés humaines et à suivre pas à pas leurs développements successifs, ils cherchèrent à appliquer les résultats de l'expérience acquise à l'Amérique, ce nouAeau
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continent que certains g-éologues prétendent avoir été formé, en partie du moins, antérieurement à notre vieux monde.
L'Amérique ne se présentait pas, aux yeux des archéologues, sous le même aspect que l'Europe. Son histoire dépassait à peine les temps de sa découverte par Christophe Colomb ; l'immense étendue de son territoire n'était encore guère connue ; son passé préhistorique était complètement ignoré de tous. Pourtant, on ne fut pas longtemps sans découvrir que cette ignorance avait tenu caché un état social des plus développés, une civilisation peut-être antérieure à celle du vieux monde.
Cette découverte fut une révélation. Des savants se consacrèrent à l'étude des grandes civilisations américaines, et à mesure qu'ils avancèrent dans cette science nouvelle, leur étonnement, leur admiration et leur ardeur ne firent que croître.
Dès le début, ils se demandèrent d'oHi provenait dans le Nouveau Monde ce passé grandiose. Et; dès le début aussi, deux doctrines diamétralement opposées se trouvèrent en présence.
Les uns attribuèrent la civilisation avancée des anciens habitants de l'Amérique à de nombreuses immigrations antérieures à Colomb.
Les autres soutinrent que cette civilisation était due au développement naturel et successif d'une race aborigène autochthone.
Les premiers cherchèrent à établir que la population pritnitive se composait de plusieurs races différentes les unes des autres ; que la forme du continent américain n'avait pas toujours été celle qu'il a aujourd'hui, qu'il pouvait dans les transformations successives de la terre avoir fait partie, ou du moins avoir été rapproché d'un autre continent. Ces savants concluaient à des immigrations diverses : immigrations asiatiques, par les îles AléoutienneS; immigrations d'Esquimaux, par le détroit de Behring, deux opinions rendues plausibles
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par les contigurations géohydrographiques ; immigration dans l'Amérique méridionale d'une partie des tribus d'Israël, hypothèse s'appuyant sur la conformité apparente des cérémonies religieuses et des rites des anciens Péruviens avec ceux des Hébreux; immigrations des Phéniciens qui avaient des relations avec un pays nommé Tulé, sur la situation duquel on n'est, il est vrai, pas bien d'accord; puis, plus tard, immigrations des Islandais, les seules qui soient admises par toutes les opinions.
Dans ce premier système, les aborigènes américains appartiendraient à des races diverses venues de l'Asie et de l'Europe. • ,. . . •. ■ " -
Les partisans d'une race autochthone rejettent au contraire avec indignation toute importation du dehors. Ils prétendent que les anciens peuples du Nouveau Monde ont leur origine dans ce continent, et (jue les civilisations dont on admire maintenant les antiques grandeurs sont le résultat du développement graduel de cette race primitive. Partager une autre opinion, disent ces savants, c'est retomber dans les fables ridicules qui sont pour la Science ce que la mythologie est pour l'histoire.
On voit quel abniie sépare les deux doctrines. Chose étonnante, i)0ur arriver à des conséquences aussi dissemblables, il faut, dans les deux systèmes, recourir aux mêmes éléments de preuves !
Il n'y a cependant pas deux marches à suivre pour les études préhistoriques. Vouloir commencer par l'époque la plus reculée, c'est chercher à élever un édifice sans fondements. Les origines des temps sont encore trop couvertes de brouillards pour qu'il soit possible d'en faire le point de départ et la base d'une science.
Si nulle étude n'est plus attrayante que celle qui à pour objet ces âges inconnus où l'histoire n'a pu agiter son flambeau, nulle étude aussi n'est plus ardue. En cette matière, la
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marche la plus naturelle et la plus rationnelle consiste à remonter du certain à l'incertain ; de l'histoire, par l'intermédiaire de l'archéologie et de la paléontologie, aux temps préhistoriques ; des temps préhistoriques, au moyen de la géologie et de la géogéniC; aux temps cosmiques.
L'histoire du monde et celle de l'existence de l'homme sur la terre, sont des questions d'une importance telle, que le savant ne peut négliger aucun fait, si minime qu'il soit, qu'il ne peut omettre aucun monument, aucune tradition, aucun vestige physique ou moral. Dans cet ordre d'idées, il n'est lioint de petites causes. L'étincelle sortie d'un silex que le pied foule, peut allumer un phare qui éclairera l'univers.
Dans l'étude des temps antérieurs à l'histoire, l'absence de pi'euves sérieuses poiu* appuyer leurs idées et leiu' servir de g'uide, oblige souvent l'archéologue et le linguiste à procéder par voie d'induction. L'homme est d'ailleurs porté naturellement aux comjtaj-aisons. Avant de rechercher dans deux faits les différences et les contrastes, il commencera toujours et instinctivement par établir les analogies et les ressemblances. Les deux méthodes sont bonnes, quand on dispose de données certaines ; mais avec des éléments douteux, il faut se délier de la méthode comparative. Combien facilement les analogies ne se produisent-elles pas, et que de ressemblances fortuites nerencontre-t-on pas fréquemment entre des objets qui n'ont rien de commun !
Mais c'est surtout dans les sciences préhistoriques que le parallélisme expose à des conséquences dangereuses. Lorsque la connaissance du temps lui-même fait délaut; il est facile de concevoir que les inductions qui découlent du temps risquent d'être fausses. Néanmoins une certaine école n'hé- I site pas à étendre la méthode compai'ative à travers le temps et l'espace et à tracer des parallèles d'un hémisphère à l'autre. IjC synchronisme préhistorique est aujourd'hui en grand honneur. Or, dans ce modeste travail, je me propose de démuni rcr rapidement quu le.i procédés byiiclu'uniijae&
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sont do nature, surtout dans les scienqes préhistoriques, à exposer aux plus graves erreurs ; que, morne dans les recherches relatives à la formation de notre globe, il ne peut être tenu aucun compte des analogies ni des synchronismes ; que, notamment en ce qui concerne l'Amérique, il serait dangereux de recourir, pour l'époque précolombienne, à une étude comparative entre l'Ancien et ie Nouveau Monde, dans l'espoir do surprendre de cette manière les secrets scientiliques que le continent américain nous cache encore.
C'est une chose certes bien étrange que rinditïérence qu'ont montrée les plus grands génies des nations anciennes, arrivées à un si haut degré de civilisation, pour l'histoire de la formation du globe. Solon, voulant instruire les enfants de son temps au sujet de l'époque primitive de la terre, ne parvenait k leur raconter que quelques fables mythologiques, alors que les Egyptiens possédaient déjà depuis huit mille ans la lettre des écritures sacrées et celle des mémoires hiéroglyphiques des colonnes du temple de Mercure.
L'étude des transformations de la terre et des révolutions du globe, depuis le moment que Moïse désigne sous le nom de chaos et que la Vulgate nonmie Viuanis et vacua, jusqu'au temps oîi l'homme a pris possession de la terre, est le propre de la géologie.
La géologie est une science vieille d'un demi-siècle; elle est donc plus ancienne que l'archéologie. Mais, de même que dans l'archéologie et l'ethnographie on rencontre la période hypothétique, de même la cosmographie et la géogénie précèdent la géologie proprement dite.
Les observations paléontologiques et stratigraphi([ues ont permis d'établir une classification générale des terrains du globe. A l'aide de ces branches spéciales do la géologie, les
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savants ont pu déterminer d'une façon exacte la succession des couches terrestres. On sait aujourd'hui qu'à l'époque silurienne, il y avait peu de terres émergées ; que la vie a ensuite commencé à prendre possession de la terre, d'abord sous son aspect le moins appréciable, par l'apparition des végétaux à formes rudimentaires, puis à mesure que l'air se purifiait, avec un accroissement de puissance que démontre l'époque houillère. Ces diverses phases répondent aux œuvres des trois premiers jours de la création. Le terrain permien, qui succède au terrain carbonifère constitue la transition et correspond au moment génésiaque du quatrième jour. Le terrain permion conduit au terrain jurassique, dont les couches renferment les fossiles les plus remarquables, traces des créations du cinquième jour. Alors successivement le terrain crétacé et le terrain tertiaire, en formant et en agrandissant les continents, en produisant, en développant, en multipliant les êtres animés préparent les voies à l'homme. Aussi la couche lapins récente, le terrain quaternaire, porte-t-elle les vestiges de l'homme et de son industrie. C'est la clôture de l'œuvre de la Genèse. La classification des terrains et de leurs subdivisions a été faite on ne peut plus clairement par M. Lymerie, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, et la Ghronoloffie de M. Rodier (1) est venue corroborer, au moyen d'élé ments astronomiques, l'époque précise à laquelle on avait hxe l'apparition de l'homme sur la terre.
On sait que de savantes et nombreuses controverses ont été soulevées par l'explication des diflicultés qui prennent naissance dans les faits géologiques. La tradition de la Bible a été interprétée de diverses manières. A côté de ceux qui refusaient d'écouter la raison et la science, pour s'attacher exclusivement à la lettre de la Genèse, et en conclure que le monde
(1) Antiquité dca races humaines, 1864.